COMMISSION EUROPÉENNE
Bruxelles, le 21.3.2019
COM(2019) 147 final
RAPPORT DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN ET AU CONSEIL
Rapport à mi-parcours sur l'état d'avancement conformément à l'article 5 ter de la décision du Conseil instituant une entreprise commune pour ITER et le développement de l'énergie de fusion et lui conférant des avantages
Table des matières
1. Objet, finalité et portée de l’évaluation
2. Contexte et objectifs de la contribution européenne à ITER
3. Mise en œuvre, progrès et état d’avancement
Avancement de la construction et de la gestion du projet ITER sur la période 2014-2017
Nouvelle base de référence du projet fondée sur une approche par étapes
Dépenses d’Euratom en lien avec ITER
Progression des contributions d’Euratom à ITER au titre de la base de référence de 2016
Avancement et calendrier des projets relevant de l’AE
4. Évaluation des résultats obtenus à ce jour – méthodologie et outils conformes aux principes d’une meilleure réglementation
Limitations de l’évaluation
5. Analyse et réponses aux questions d’évaluation
Pertinence
Efficacité
Valeur ajoutée de l’UE
Efficience
Cohérence
6. Conclusions
Annexe 1: Informations procédurales concernant le processus de préparation de l’évaluation
Annexe 2: Méthodes utilisées lors de la préparation de l’évaluation
Questions d’évaluation de l’étude justificative
Approche méthodologique
Collecte des données
Matrice d’évaluation
Agrégation d’analyses
Liste des abréviations
AE Approche élargie
AD Agence domestique
F4E Fusion for Energy
CD Conseil de direction de F4E
VAB Valeur ajoutée brute
OI Organisation ITER
OLI Officiers de liaison industrielle
APM Accord de passation de marchés
1. Objet, finalité et portée de l’évaluation
Le projet ITER est un cas unique de collaboration scientifique internationale entre sept parties représentant 80 % du PIB mondial. Son objectif est d’explorer la possibilité d’utiliser la fusion comme source d’énergie à des fins pacifiques. À l’issue de la signature de l’accord ITER en 2006 entre sept partenaires internationaux, dont Euratom (représentée par la Commission européenne), le Conseil de l’Union européenne a adopté en mars 2007 la décision 2007/198/Euratom instituant une entreprise commune pour ITER et le développement de l’énergie de fusion (F4E). La principale fonction de F4E est de s’acquitter des obligations d’Euratom en ce qui concerne le projet ITER et de mener d’autres activités en lien avec ITER. Les membres de F4E sont Euratom, les États membres d’Euratom et la Suisse.
La décision du Conseil instituant F4E exige la préparation d’un rapport à mi-parcours sur l’état d’avancement de la mise en œuvre de ladite décision, qui expose les résultats de l’utilisation de la contribution d’Euratom pendant la période de programmation financière pluriannuelle 2014-2020. La section 3 du présent document répond à sur cette exigence.
Nonobstant les dispositions spécifiques de ladite décision concernant la préparation du rapport à mi-parcours sur l’état d’avancement, il a été jugé important, notamment dans le contexte de la préparation du cadre financier pluriannuel 2021-2027, de mener également une évaluation à mi-parcours de la participation européenne au projet ITER dans le cadre de F4E, en suivant les critères habituels des évaluations à mi-parcours en application des principes d’une meilleure réglementation. Le présent document expose également les résultats d’une telle évaluation à mi-parcours.
Le champ d’application temporel et matériel de l’analyse du présent rapport couvre les années 2014 (soit le début de la période de financement actuelle) à 2017 et concerne principalement la contribution européenne à ITER, tout en abordant d’autres activités connexes de F4E.
Les conclusions préliminaires de la présente évaluation ont contribué à façonner la proposition de la Commission relative au cadre financier pluriannuel (CFP) 2021-2027 et ses résultats seront utilisés dans le cadre des négociations à ce sujet avec le Parlement européen et le Conseil de l’Union européenne. Plus généralement, les conclusions de cette évaluation contribuent utilement à d'éventuelles améliorations au cours de la période de financement actuelle ou mettent en lumière des éléments à prendre en considération pour la prochaine période de financement.
Le présent rapport s’appuie sur une étude justificative préparée fin 2017 et début 2018 par un consultant externe. Celle-ci couvrait la période 2014-2017 et se concentrait sur la contribution européenne à ITER dans le cadre de F4E. Le rapport s’appuie également sur deux autres études menées par des consultants externes: l’une concernant la préparation de l’analyse d’impact/l’évaluation ex ante relative au financement de l'UE et à sa participation à ITER et aux activités relevant de l’approche élargie (AE) au titre du prochain CFP, qui étudie les différentes options possibles pour la future contribution de l’UE au projet, du point de vue des finances et de la gestion; et l'autre étant une étude dite «Value for Money», qui analyse l’incidence des investissements de l’UE dans le projet ITER sur l’industrie européenne pendant la période 2008-2017, et modélise l’incidence future d’investissements supplémentaires. Ces trois études se sont à leur tour appuyées sur d’autres examens de F4E et de l’organisation ITER (OI) réalisés ces dernières années. L’annexe 1 présente la liste complète des documents justificatifs mentionnés dans la présente évaluation.
2. Contexte et objectifs de la contribution européenne à ITER
Conformément à l’accord ITER et aux modalités d’application convenues entre les parties, le projet ITER vise à construire et à exploiter un réacteur de fusion expérimental qui sera utilisé pour explorer et démontrer la faisabilité scientifique et technologique d’une production de puissance soutenue à partir de la fusion. Le projet est mis en œuvre par l’organisation ITER (OI), établie en vertu de l’accord ITER en tant qu’organisation internationale. Le projet ITER devrait aboutir à la réalisation d’un ensemble d’expériences («plasma de deutérium-tritium») qui parviendront à un bilan énergétique net positif de la fusion. Ces résultats peuvent ouvrir la voie à la construction d’une centrale électrique de démonstration (DEMO), dont l’objectif serait de démontrer qu’une centrale électrique peut fonctionner à partir de la fusion.
Plusieurs conceptions de réacteurs de fusion ont été envisagées, mais celle du tokamak est généralement reconnue comme étant la plus facile à réaliser et la plus réaliste. L’illustration 1 présente une coupe transversale de la conception du tokamak d’ITER, accompagnée de vignettes décrivant ses principaux composants et systèmes.
Selon l’accord ITER, chaque partie s’engage à apporter deux types de contributions au projet: des contributions en nature et des contributions en numéraire. Les contributions en numéraire sont versées directement à l’OI et utilisées pour son fonctionnement et ses activités, à savoir la conception et la spécification des composants du projet ainsi que l’assemblage, l’installation et l’exploitation de la machine de façon générale. Les contributions en nature prennent la forme de composants et de systèmes accessoires et d’appui pour le tokamak; ceux-ci sont achetés et construits par les parties à l'accord puis livrés au site d’ITER à Cadarache, en France. L’illustration 2 présente un schéma simplifié du tokamak d’ITER, indiquant quelles parties ont fourni les principales contributions en nature.
Les parties exercent la gouvernance du projet ITER et supervisent l’OI principalement par l’intermédiaire du conseil ITER, au sein duquel elles sont toutes représentées et qui se réunit deux fois par an. Le conseil ITER chapeaute le projet et en assume la responsabilité; il est assisté par ses organes consultatifs/subordonnés.
Conformément à l’accord ITER, chaque partie doit établir une agence domestique (AD) chargée de fournir à l’OI les deux types de contributions au nom de la partie. F4E est l’agence domestique de l’UE. La gouvernance de F4E est exercée par ses membres, par l’intermédiaire de son conseil de direction et de ses organes.
L’illustration 3 schématise la structure de gouvernance d’ITER d’un point de vue principalement européen. Elle couvre la structure de gouvernance de l’organisation ITER et de F4E, en indiquant également leur interdépendance.
Illustration 1: Coupe transversale du tokamak d’ITER, accompagnée de vignettes expliquant brièvement les fonctions des principaux systèmes. Source: Rapport sur les principales réalisations de F4E en 2016. Droit d’auteur: OI
Illustration 3: Schéma de la structure de gouvernance du projet ITER. Source: F4E
Illustration 2: Schéma du tokamak indiquant de façon générale quels membres ont fourni quels composants de la machine
Dans le contexte des négociations de l’accord ITER, un accord bilatéral distinct, bien que connexe, a été signé entre l’UE et le Japon en 2005. Cet accord, appelé «accord relatif à l’approche élargie» (AE), facilite la coopération entre ces deux parties dans le cadre de trois projets liés à la fusion et menés au Japon, qui visent à appuyer le développement et la réalisation du projet ITER et la préparation de DEMO. La majorité (environ 90 %) des ressources que l’Union apporte aux projets relevant de l’AE prend la forme de contributions en nature volontairement fournies par plusieurs membres de F4E; par conséquent, la contribution en numéraire versée par l’intermédiaire de F4E pour les activités relevant de l’AE est très faible en comparaison des contributions en numéraire et en nature à ITER.
Conformément à tout ce qui précède, F4E a trois missions statutaires:
a) apporter la contribution de la Communauté européenne de l’énergie atomique (Euratom) à l’organisation internationale ITER pour l’énergie de fusion;
b) apporter la contribution d’Euratom aux activités relevant de l’approche élargie avec le Japon en vue de la réalisation rapide de l’énergie de fusion;
c) élaborer et coordonner un programme d’activités en préparation de la construction d’un réacteur de fusion de démonstration et des installations associées, notamment le centre international d’irradiation des matériaux de fusion (IFMIF).
Actuellement, les activités de F4E sont principalement concentrées sur les points a) et b). Les travaux réalisés par F4E sur DEMO sont, à l’heure actuelle, essentiellement menés dans le cadre de sa collaboration avec le consortium européen pour le développement de l’énergie de fusion (EUROfusion), qui mène d’importantes activités de recherche, en partie financées par les subventions de F4E, sur des sujets pertinents pour la préparation de DEMO. Toutes les actions de F4E bénéficient de l’appui scientifique d’EUROfusion, financée par le programme Euratom de recherche et de formation.
L’illustration 4 ci-dessous présente la logique d’intervention de la mise en œuvre par F4E de la contribution de l’Union à ITER et des activités connexes relevant de l'AE et de DEMO. Un bilan positif d’ITER constituera un signe important pour confirmer que la fusion est une source d’énergie nouvelle et durable qui contribuera à atténuer le changement climatique, à renforcer la sécurité énergétique, à améliorer la performance environnementale du secteur de l’énergie et à stimuler l’innovation et la compétitivité de l’UE. La réussite d’ITER dépendra de l’engagement continu et du soutien (contributions en nature et en numéraire) des parties à l’accord ITER.
La section suivante du présent rapport fait état de plusieurs évolutions positives réalisées ces dernières années dans l’exécution du projet ITER. Malgré ces progrès et les améliorations notables dans l’exécution et la gouvernance du projet, il demeure, en ce qui concerne la conception et l'assemblage, d’importants risques dont la prise en compte adéquate nécessite toujours toute l’attention de la direction et des parties intéressées, notamment en prévoyant des ressources suffisantes contre les aléas temporels et financiers.
Le Brexit n’a pas d’incidence sur l’engagement de l’Union en faveur d'ITER.

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