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AccueilDroit européen52019IE2122
Initiative législative52019IE2122

Avis du Comité économique et social européen sur «Dix ans de partenariat oriental: bilan de ses réalisations et élaboration de sa politique future» (avis d’initiative)

CELEX52019IE2122
TypeInitiative législative
Datejeudi 26 septembre 2019

Résumé IA

Cet avis d'initiative du Comité économique et social européen dresse le bilan des dix années du partenariat oriental, en évaluant ses réalisations concrètes et en proposant des orientations pour sa politique future. Il met l'accent sur la nécessité de renforcer la coopération économique, la société civile et l'État de droit dans les six pays partenaires, tout en soulignant l'importance d'une approche différenciée et d'une meilleure visibilité des bénéfices pour les citoyens. Pour un professionnel du droit français, ce texte offre une analyse prospective des évolutions normatives et des priorités politiques de l'UE dans cette région, pouvant influencer les futures négociations d'accords d'association et de libre-échange.

Texte intégral

15.1.2020

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 14/34


Avis du Comité économique et social européen sur «Dix ans de partenariat oriental: bilan de ses réalisations et élaboration de sa politique future»

(avis d’initiative)

(2020/C 14/04)

Rapporteure: Indrė VAREIKYTĖ

Décision de l’assemblée plénière

20.2.2019

Base juridique

Article 32, paragraphe 2, du règlement intérieur

Avis d’initiative

Compétence

Section «Relations extérieures»

Adoption en section

5.9.2019

Adoption en session plénière

26.9.2019

Session plénière no

546

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

155/3/6

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le Comité économique et social européen (CESE) tient le partenariat oriental pour une initiative de l’Union européenne à la fois très nécessaire et susceptible d’être couronnée de succès et demande au Parlement européen récemment élu et à la Commission européenne de s’engager pleinement en sa faveur. Le CESE s’engage également à continuer à participer très fortement à la construction de sociétés plus fortes et plus démocratiques dans les pays du voisinage de l’Union (1).

1.2.

Si les accords d’association (AA), y compris la zone de libre-échange approfondi et complet (ZLEAC), et les accords de déplacement sans obligation de visa avec la Géorgie, la République de Moldavie et l’Ukraine (le «trio associé») constituent les principales réalisations du partenariat oriental, l’on attend de ce dernier qu’il accomplisse au cours de la prochaine décennie des avancées plus importantes et mieux ciblées.

1.3.

Le Comité fait valoir que, tandis que le «trio associé» a montré qu’il progressait de plus en plus et qu’il était disposé à entreprendre des réformes, tout comme l’Arménie qui suit ce bon exemple, la Biélorussie et l’Azerbaïdjan ont pour l’essentiel stagné et, dans certains cas, se sont éloignés davantage encore de la définition de la démocratie.

1.4.

Le CESE tient l’Union européenne en tout premier lieu pour une union de valeurs; par conséquent, les relations que celle-ci entretient avec ses voisins devraient également être fondées sur les mêmes valeurs et assorties à l’avenir de conditions.

1.5.

Le Comité met en évidence les aspects suivants en tant que principaux défis qu’il conviendra d’affronter dans le cadre du partenariat oriental: la mise en œuvre effective des accords d’association et de la zone de libre-échange approfondi et complet, ainsi que des autres engagements y afférents, la consolidation de l’état de droit, la mise en place des réformes de la justice et la lutte contre la corruption; le renforcement de la protection de l’environnement et la lutte active contre le changement climatique; l’accroissement de la résilience de la société en contrecarrant les menaces hybrides et la désinformation; l’affermissement des conditions d’ensemble en faveur de la société civile et de médias libres et indépendants, et l’intensification de l’engagement de l’Union européenne à contribuer à améliorer la vie des citoyens touchés par les conflits dans cette région du monde.

1.6.

Le Comité recommande à la Commission de fixer, en vue de la prochaine période du partenariat oriental, des objectifs et des attentes adaptés pour chaque pays partenaire. La participation de la société civile à ce processus sera essentielle afin de disposer d’un instrument supplémentaire pour suivre activement les progrès accomplis.

1.7.

Le CESE propose de fixer un calendrier pour des évaluations successives et obligatoires des progrès réalisés afin d’encourager les gouvernements du partenariat oriental à élaborer leurs propres plans, en plus des feuilles de route bilatérales, et à mener à bien et à contrôler la réalisation des résultats concrets et des objectifs.

1.8.

Le CESE recommande également d’accroître progressivement le nombre d’indicateurs et les quantités de données requises que les pays du partenariat oriental devront présenter à Eurostat.

1.9.

À la lumière de la désinformation promue par le gouvernement russe, des campagnes agressives de projets d’investissements chinois et russes, ainsi que d’autres menaces dans cette partie du monde, les institutions de l’Union européenne doivent repenser leur stratégie de communication à l’endroit de la région couverte par le partenariat oriental afin de pouvoir en toucher les citoyens.

1.10.

Le CESE estime qu’il est nécessaire d’accorder davantage d’attention et de disposer de davantage d’instruments afin d’accroître les compétences des organisations de la société civile (OSC), des fonctionnaires et des dirigeants politiques des pays du partenariat oriental, ainsi que de renforcer les capacités des syndicats et des associations d’entreprises.

1.11.

Le CESE estime qu’il convient de donner davantage la priorité à la résolution des lacunes et des inadéquations en matière de compétences au sein des pays du partenariat oriental, à l’accroissement de l’efficacité d’ensemble de l’éducation et au resserrement des liens entre l’éducation, la recherche et l’innovation afin de renforcer la coopération entre les secteurs public et privé.

1.12.

Même si le commerce entre les pays du partenariat oriental et l’Union européenne est en croissance, il convient de renforcer les échanges intrarégionaux afin de garantir la diversification et la pérennité des revenus commerciaux.

1.13.

Le CESE est fermement convaincu de la nécessité de disposer d’un cadre juridique contraignant qui permettrait à la société civile d’accéder à l’information, de demander des comptes au gouvernement et de participer aux processus d’élaboration des politiques dans chacun des pays du partenariat oriental.

1.14.

Le Comité soutient fermement la proposition d’instaurer un dialogue renforcé sur les réformes liées à l’accord d’association et à la zone de libre-échange approfondi et complet entre l’Union européenne et le «trio associé», d’inclure des éléments de comparaison dans les recommandations spécifiques par pays partie à l’accord d’association et de synchroniser leur diffusion afin de favoriser une concurrence positive.

2. Observations générales

2.1.

Lancé en 2009 à titre d’initiative politique conjointe, le partenariat oriental vise à approfondir et à renforcer les relations entre l’Union européenne, ses États membres et les six pays de son voisinage oriental: l’Arménie, l’Azerbaïdjan, la Biélorussie, la Géorgie, la République de Moldavie et l’Ukraine.

2.2.

Dans le cadre de ce partenariat, toutes les parties ont convenu d’apporter des avantages concrets à la vie quotidienne de leurs citoyens grâce aux actions suivantes: renforcer les institutions et la bonne gouvernance, assurer l’état de droit et sa capacité à s’appliquer dans les faits, mettre en place des réformes essentielles de la justice, lutter contre la corruption; améliorer le dialogue avec la société civile, assurer l’autonomie des femmes et garantir l’équilibre entre les hommes et les femmes, renforcer la communication stratégique et soutenir la pluralité et l’indépendance des médias; aider les petites et moyennes entreprises à se développer, attirer des investissements, créer des emplois de qualité dans de nouveaux secteurs, accroître les débouchés commerciaux en favorisant l’accès à de nouveaux marchés; améliorer les liaisons et les infrastructures de transport, stimuler la résilience et l’efficacité énergétiques, ainsi que l’utilisation des énergies renouvelables; et investir dans les compétences des jeunes, l’esprit d’entreprise et l’aptitude à l’emploi.

2.3.

Alors que les trois accords d’association, de la zone de libre-échange approfondi et complet (AA/ZLEAC) et de déplacement sans obligation de visa avec les États signataires constituent des réalisations hautement méritoires, il est regrettable que les progrès d’ensemble observés dans la plupart des domaines cités précédemment soient modérés, aucun des résultats concrets prévus à l’origine n’ayant encore été pleinement atteint.

2.4.

Le CESE tient l’Union européenne en tout premier lieu pour une union de valeurs (2); par conséquent, les relations que celle-ci entretient avec son voisinage devraient également se fonder sur ces mêmes valeurs. Dans le cadre du partenariat oriental, il conviendrait de poser davantage de conditions et de déterminer clairement les voies à suivre sur la base d’un accord commun avec les pays dudit partenariat afin d’assurer que s’appliquent les droits de l’homme, les libertés des citoyens, des médias et de la presse, l’état de droit, une gouvernance transparente, l’égalité entre les femmes et les hommes, le dialogue social, la protection de l’environnement et d’autres valeurs fondamentales, en l’absence desquelles l’Europe d’aujourd’hui serait impensable. La situation la plus profitable pour l’ensemble de cette région du monde sera celle où les démocraties de l’Union européenne et celles de son voisinage seront comparables. Les États partenaires devraient également présenter un calendrier de ratification de chacun des 18 traités internationaux en matière de droits de l’homme (3) et d’obtention (ou de maintien) de l’accréditation au statut «A» de l’Alliance mondiale des institutions nationales des droits de l’homme (4).

2.5.

Le Comité reconnaît la nécessité de fournir des résultats clairs et mesurables, et recommande à la Commission de fixer, en vue de la prochaine période du partenariat oriental, des objectifs et des attentes adaptés pour chaque pays partenaire. Il est essentiel de faire en sorte que ces futurs objectifs et résultats ne s’attachent pas seulement aux indicateurs économiques, mais aussi à la prospérité et au bien-être de la société. Il s’est avéré qu’un attachement exclusif au développement économique n’apporte pas les résultats escomptés. Par exemple, alors que le montant total des subventions que l’Union européenne a accordées à l’Ukraine atteindra 4,8 milliards d’EUR d’ici 2020 (5), ce pays demeure néanmoins le plus pauvre de la région.

2.6.

La participation de la société civile à ce processus sera essentielle pour que les réformes programmées soient moins dépendantes des cycles électoraux et des changements politiques. Le processus de transformation et la mise en œuvre des réformes nécessaires ne peuvent s’effectuer qu’en associant les partenaires sociaux et les organisations de la société civile à la procédure législative, aux réformes et à leur application. À cette fin, il convient de faire participer les associations d’entreprises et les organisations de soutien aux processus de conception et de mise en œuvre des stratégies de développement économique et de coopération régionale.

2.7.

Pour être pleinement mis en œuvre et durables, les résultats doivent faire l’objet d’une forte appropriation locale. S’ils ne sont pas déterminés, discutés, soutenus et mis en œuvre en coopération avec la société civile locale, les résultats obtenus pourraient facilement être réduits à néant. De surcroît, jusqu’à présent, les acteurs fondamentaux chargés de la mise en œuvre ont été la Commission européenne et les ministères concernés du partenariat oriental, tandis que les gouvernements, qui doivent garantir une volonté politique continue de faire des réformes, ne figurent pas encore parmi les principaux protagonistes concernés par la réalisation des objectifs (6).

2.8.

Lors de la planification de la prochaine série d’objectifs à long terme, il convient d’accorder davantage d’attention au suivi de l’avancement de leur mise en œuvre. Jusqu’à présent, ce sont principalement le Service européen pour l’action extérieure (SEAE) et la société civile des pays du partenariat oriental qui ont effectué cette évaluation. Le CESE propose de fixer un calendrier pour des évaluations successives et obligatoires des progrès réalisés afin d’encourager les gouvernements du partenariat oriental à élaborer leurs propres plans, en plus des feuilles de route bilatérales, et à mener à bien et à contrôler la réalisation des résultats concrets et des objectifs.

2.9.

Le CESE recommande d’envisager d’accroître progressivement le nombre d’indicateurs et les quantités de données requises que les pays du partenariat oriental devront présenter à Eurostat afin de permettre un suivi plus étroit des progrès accomplis dans les réformes essentielles, ainsi qu’une évaluation plus transparente et objective. Les pays liés par un accord d’association ou la zone de libre-échange approfondi et complet devraient disposer d’un calendrier clair pour parvenir dans les faits au même niveau que les États membres de l’Union européenne pour ce qui est de la transmission de données à Eurostat.

2.10.

En vue d’évaluer l’impact de la participation de la société civile aux réformes initiées par le partenariat oriental, le Comité propose d’élaborer une analyse comparative qui permettrait de mesurer les différences en termes de résultats et d’influence de la société civile entre les pays dotés de groupes consultatifs internes (GCI) et les autres partenaires du partenariat oriental.

2.11.

Le Comité est fermement convaincu que la priorité actuelle pour le Parlement européen récemment élu et pour la Commission européenne consiste à parvenir à un consensus sur l’association des États du partenariat oriental, et éventuellement sur leurs perspectives d’adhésion à l’Union, pour autant qu’ils aient la volonté et la capacité de rejoindre cette dernière dans un avenir prévisible. En l’absence d’une vision claire de la nature de l’objectif final et de la récompense de tous les efforts déployés par chaque pays partenaire lorsqu’il réalise pleinement les objectifs et les résultats concrets fixés, aussi bien les progrès que la programmation vers cet objectif se trouvent gravement entravés.

2.12.

À plus long terme, la stratégie pour le partenariat oriental après 2020 pourrait englober la libéralisation de certains services, notamment les services financiers, l’accession des pays associés à l’espace unique de paiements en euros (SEPA) ainsi qu’à l’espace économique européen (EEE) par l’intermédiaire des accords d’association ou de la zone de libre-échange approfondi et complet, l’approfondissement de l’intégration dans le domaine du marché numérique, par exemple en matière de transmission des données, et l’extension de la liberté de circulation pour les professionnels par la voie de la conclusion avec l’Union européenne d’accords de reconnaissance mutuelle des qualifications professionnelles.

2.13.

La promotion des valeurs de l’Union européenne était et demeure l’idée essentielle qui sous-tend la politique du partenariat oriental. Le soutien au resserrement des relations et éventuellement à l’adhésion à l’Union demeure élevé parmi les citoyens des pays du partenariat oriental; toutefois, il est nécessaire de mener des efforts à long terme pour changer les mentalités. Alors que pour la plupart des citoyens de l’Union, il importe de respecter l’état de droit, de payer l’impôt et de se garder de l’économie souterraine, dans les pays du partenariat oriental, du fait de leur situation économique, les citoyens doivent se battre chaque jour pour survivre et ils ne placent donc pas l’adhésion à certaines valeurs de l’Union au premier rang de leurs priorités.

2.14.

Afin d’améliorer la gestion et d’accroître l’efficacité des dispositifs d’aide et des instruments destinés à garantir une participation inclusive de la société civile dans les processus globaux du partenariat oriental, il conviendrait de s’attacher à rassembler de tels instruments sous la houlette du CESE du fait de ses capacités sans équivalent, de son expérience du terrain, de son histoire institutionnelle et de son osmose avec la société.

2.15.

À la lumière de l’incidence considérable sur la société qu’exerce la désinformation promue par le gouvernement russe, tout comme les campagnes d’information agressives menées dans le cadre de projets d’investissements chinois et russes et d’autres menaces dans cette partie du monde, les institutions de l’Union européenne doivent repenser leur stratégie de communication à l’endroit de la région couverte par le partenariat oriental. L’une des méthodes éprouvées pour diffuser l’information sur les valeurs, les objectifs, les incidences et les exemples positifs de la coopération avec l’Union européenne consiste à donner davantage de pouvoir aux organisations locales de la société civile, tout simplement en les aidant à faire en sorte que leurs travaux quotidiens produisent de meilleurs effets.

2.16.

L’Union européenne devrait continuer à contribuer au règlement pacifique des conflits au sein de la région du partenariat oriental. Il convient de démultiplier les approches telles que celle du partenariat européen pour le règlement pacifique du conflit du Haut-Karabakh (EPNK), dans le cadre duquel les organisations de la société civile des États membres de l’Union européenne et des pays du partenariat oriental unissent leurs forces dans un effort commun pour bâtir une compréhension mutuelle du processus de règlement et établir la confiance dans ce dernier.

3. La société

3.1.

Les régimes de financement les plus récents pour les organisations de la société civile organisée du partenariat oriental posent une condition: pour que la société civile puisse travailler sur la mise en œuvre et les réformes de l’accord d’association, les OSC doivent devenir des agents de l’Union européenne et, de temps à autre, travailler sur des sujets qui ne leur sont pas familiers. À cause de cette condition, les OSC se contentent de demander les financements disponibles, au lieu de se concentrer sur leurs objectifs et les besoins de la société, et deviennent ainsi des prestataires de services parmi d’autres.

3.2.

Les OSC de l’Union européenne signalent, et les données comparatives le confirment (7), que la majorité de leurs homologues du partenariat oriental ne disposent même pas des compétences de base en matière de gestion de projet, notamment celles permettant d’élaborer des propositions de projets et d’en établir le budget. Par conséquent, il continue d’incomber un rôle très important aux organisations de l’Union européenne s’agissant de fournir les résultats liés au suivi des réformes, d’élaborer des rapports, des analyses et des recommandations fictifs sur différentes questions. Le CESE estime que les OSC moins qualifiées dans les pays du partenariat oriental ne devraient pas être ignorées ou dévalorisées, mais qu’elles devraient simplement faire l’objet d’attentes réalistes: il s’agit d’acteurs importants au sein de leurs communautés, mais il ne faut pas s’attendre à ce qu’elles produisent les mêmes résultats que les organisations européennes expérimentées.

3.3.

Par conséquent, le CESE recommande à la Commission de mettre en place, en partenariat avec les États membres de l’Union européenne, un programme accessible de formation qui s’attache à accroître les compétences des représentants des OSC, des fonctionnaires et des dirigeants des pays du partenariat oriental. Un tel programme pourrait également s’attaquer au manque de compétences dont témoignent les représentants des OSC lorsqu’ils intègrent la fonction publique, comme ce fut le cas après la révolution de la dignité en Ukraine et la révolution de velours en Arménie.

3.4.

De surcroît, le Comité estime qu’il convient d’accorder clairement la priorité aux dispositifs d’aide et à l’intégration au sein de partenariats des organisations de la jeunesse des États du partenariat oriental, ainsi que de continuer à soutenir leur participation aux programmes de coopération internationale et de mobilité, tels que «Jeunesse en action» et Erasmus+. La création d’écoles européennes, à l’instar de celle sise à Tbilissi, en Géorgie, dans les autres États du partenariat oriental pourrait constituer un bon point de départ afin de renforcer le niveau de l’éducation pour le calquer sur les meilleurs exemples des États membres de l’Union européenne.

3.5.

Le CESE estime que l’action en faveur de la cohésion sociale doit remédier aux lacunes et aux inadéquations en matière de compétences au sein des pays du partenariat oriental afin d’accroître l’efficacité d’ensemble de l’éducation en adaptant les meilleurs exemples et les meilleurs systèmes de leurs homologues de l’Union européenne. Au sein de la région, la qualité de l’éducation qui permet l’innovation demeure faible et il est donc nécessaire de réformer les systèmes éducatifs et d’associer les organisations de la société civile et les professionnels concernés à la conception des programmes scolaires. Il s’impose d’améliorer les liens entre l’éducation, la recherche et l’innovation afin de renforcer la coopération entre les secteurs public et privé (8).

3.6.

Le Comité se félicite de l’engagement de la Confédération syndicale internationale (CSI) et de son conseil régional paneuropéen (CRPE), ainsi que de la Confédération européenne des syndicats (CES) en vue de renforcer les capacités de syndicats indépendants dans les pays du partenariat oriental. De tels projets et initiatives sont importants pour promouvoir le modèle social européen, notamment le dialogue social et la sécurité sociale, tout comme la négociation collective. L’existence d’organisations syndicales fortes et indépendantes est essentielle pour le succès d’une croissance durable et du progrès social qui découlent des processus de transformation liés à la mise en œuvre d’accords d’association ou de partenariat. Des syndicats forts constituent également une condition préalable à la réussite et au dynamisme de la société civile.

4. L’économie

4.1.

Le renforcement de la résilience économique et l’accroissement de la compétitivité sont au cœur de la coopération de l’Union européenne avec les pays du partenariat oriental, l’accent étant mis sur la collaboration en vue de créer des emplois et de développer des économies plus solides, plus diversifiées, dynamiques et durables. Des progrès significatifs ont été accomplis dans ce domaine, notamment l’augmentation des échanges commerciaux entre l’ensemble des six pays partenaires et l’Union.

4.2.

Le CESE estime que les engagements visant à harmoniser les marchés numériques dans la région du partenariat oriental ne sont pas encore effectivement mis en œuvre, ce qui entrave la création et l’expansion des services numériques. Dans le même temps, le CESE se félicite du consensus obtenu sur les plans d’un accord de fourniture d’itinérance pour la région d’ici à 2020, ce qui non seulement permettrait d’améliorer l’accès aux communications pour les citoyens, mais pourrait également présenter l’atout supplémentaire de stimuler le tourisme et de retirer des avantages économiques plus larges.

4.3.

Le commerce entre les pays du partenariat oriental et l’Union européenne est certes en croissance, mais des efforts supplémentaires doivent être consentis pour renforcer les échanges intrarégionaux afin de garantir la diversification et la pérennité des revenus commerciaux.

4.4.

Le CESE estime qu’il convient d’étudier et d’approfondir l’intégration commerciale de cette région du monde conduisant à constituer un espace économique commun, à supprimer les frais d’itinérance, à créer une zone commune de migration, à synchroniser les réseaux électriques, à développer des sources indépendantes d’énergie propre et à assimiler les normes agricoles à celles de l’Union européenne, car il s’agit des plus importants projets économiques communs tant pour les pays du partenariat oriental que pour l’Union européenne dans son ensemble.

4.5.

Le Comité fait valoir la nécessité de développer des associations indépendantes d’entreprises et des organisations d’aide aux entreprises dans cette région du monde. Il est nécessaire d’associer davantage, et de meilleure manière, de telles organisations au développement des entreprises et à la mise en place de la zone de libre-échange approfondi et complet. Dans le même temps, les petites et moyennes entreprises des pays du partenariat oriental doivent créer des associations ou des organisations faîtières qui représenteraient leurs intérêts et qui renforceraient leur position s’agissant de faire valoir leurs intérêts dans le cadre de la procédure législative et de s’assurer une part de leur marché national et du marché de l’Union européenne.

5. La gouvernance

5.1.

L’intensification des efforts en matière de renforcement des institutions et de bonne gouvernance constitue une priorité absolue de l’Union européenne dans les pays du partenariat oriental où des problèmes subsistent. Il convient plus particulièrement de redoubler d’efforts en matière d’état de droit, de mise en œuvre des principales réformes judiciaires et de lutte contre la corruption. Il s’agit là des conditions préalables pour asseoir la confiance des citoyens à l’égard de l’État, garantir la stabilité à long terme et favoriser un climat propice à l’investissement.

5.2.

Le Comité attire l’attention sur le fait que seules les législations de la République de Moldavie et de l’Ukraine ont rendu les consultations publiques obligatoires pour le gouvernement. Il faut un cadre juridique contraignant qui permettrait à la société civile d’accéder à l’information, de demander des comptes au gouvernement et de participer aux processus d’élaboration des politiques. En outre, afin de renforcer les organisations de la société civile, les gouvernements des pays du partenariat oriental doivent s’engager à les soutenir de manière plus cohérente et directe.

5.3.

Pour ce qui est du renforcement des capacités, les institutions des pays du partenariat oriental qui fonctionnent correctement et qui sont en mesure de procéder aux réformes nécessaires jouent un rôle plus essentiel que jamais; aussi convient-il d’officialiser les dispositifs de jumelage entre elles (par exemple un réseau des agences chargées de la sécurité alimentaire, des organismes de normalisation, des agences de lutte contre la corruption, etc.) et éventuellement de leur faire bénéficier d’un soutien de la part de l’Union européenne.

5.4.

Un mécanisme conjoint d’association pourrait servir de véhicule de soutien à l’ensemble des dispositifs conjoints de renforcement des capacités, de jumelage et de mise en réseau, des échanges de pratiques et du développement d’approches et d’instruments communs. L’on pourrait également envisager le financement des équipes de réforme selon les modalités définies pour l’Ukraine.

5.5.

Le CESE insiste également sur la nécessité d’aider les gouvernements et la société civile des pays du partenariat oriental à développer les instruments nécessaires pour évaluer les inégalités entre les femmes et les hommes et pour lutter contre celles-ci. Il est essentiel de faire en sorte que l’appui apporté aux offices statistiques d’État englobe la collecte de données sur le genre et le commerce, y compris au moyen de questionnaires spécifiques auprès des ménages et d’enquêtes auprès des entreprises, ainsi que des indicateurs spécifiques pour suivre dans le temps les incidences liées au commerce.

6. La connectivité

6.1.

Les travaux menés par l’Union européenne avec les pays partenaires pour améliorer les liaisons et les infrastructures de transport, stimuler la résilience et l’efficacité énergétiques ainsi que l’utilisation des énergies renouvelables pour réduire les émissions de gaz à effet de serre ont connu des avancées considérables. La poursuite des investissements dans ces domaines permettra de renforcer le développement économique durable et d’apporter des avantages concrets à la vie des citoyens en créant des sources d’énergie de substitution et en réduisant la dépendance à l’égard d’un seul fournisseur principal, ainsi que la consommation énergétiques.

6.2.

Le Comité souligne dès lors qu’il importe de poursuivre la diversification de l’énergie, de réduire encore les émissions de CO2 et de mettre en place des mécanismes nationaux efficaces de surveillance des émissions, ainsi que d’intensifier les actions prises en faveur de la protection de la biodiversité et de la gestion durable des forêts.

7. Les accords d’association/la zone de libre-échange approfondi et complet

7.1.

Le Comité soutient fermement la proposition d’instaurer un dialogue renforcé sur les réformes liées à l’accord d’association et à la zone de libre-échange approfondi et complet entre l’Union européenne et le «trio associé», d’inclure des éléments de comparaison dans les recommandations spécifiques par pays partie à l’accord d’association et de synchroniser leur diffusion afin de favoriser une concurrence positive, cette mesure s’étant déjà révélée efficace pour accélérer les progrès en Europe centrale et orientale.

7.2.

L’on recommande de poursuivre l’institutionnalisation de la coopération entre le «trio associé» et l’Union européenne, en particulier à l’échelon opérationnel. À cet égard, la création d’un groupe opérationnel conjoint et de quelques sous-groupes qui traduisent le processus d’institutionnalisation à l’échelon des parlements pourrait constituer un bon point de départ. Elle pourrait être suivie de semblables regroupements de la société civile organisée, dans le cadre des plates-formes de la société civile du partenariat oriental, des associations d’entreprises et des organisations de soutien aux entreprises, des syndicats et d’autres. L’expérience engrangée et les réseaux créés dans le cadre de la coopération au sein de l’organisation GUAM (Géorgie, Ukraine, Azerbaïdjan et Moldavie) pour la démocratie et le développement économique pourraient servir d’exemple. L’aide de l’Union européenne et de ses États membres apporterait un appui significatif à une telle institutionnalisation.

7.3.

Compte tenu de leur complexité, il est difficile de mettre en œuvre les accords d’association et la zone de libre-échange approfondi et complet, qui requièrent des ressources considérables sur le plan politique, financier et humain et qui recèlent de nombreux défis, tout spécialement parce qu’ils visent à réformer dans l’esprit du marché, alors que les principales et véritables attentes à l’endroit des réformes prônées par l’Union européenne concernent l’état de droit et la bonne gouvernance. Le Comité juge essentiel de tenir compte de telles attentes et d’appuyer la mise en œuvre des accords d’association et de la zone de libre-échange approfondi et complet au moyen d’initiatives menées en parallèle afin de renforcer les démocraties associées. L’on pourrait envisager des mécanismes supplémentaires de soutien, sachant que celui-ci ne serait fourni qu’une fois pleinement réalisés les objectifs convenus en commun dans le cadre de telles initiatives parallèles, et qui pourraient constituer une source supplémentaire de motivation.

7.4.

Le CESE recommande vivement de traiter sur une base régulière des problèmes des femmes en matière de droit du travail et de salaires, notamment dans les secteurs de l’industrie et des services où se manifestent les écarts les plus importants et les plus variables. Le programme de rapprochement dans le cadre des accords d’association et de la zone de libre-échange approfondi et complet propose une approche globale en matière d’action législative et de mise en œuvre des conventions internationales, y compris celles relatives à la discrimination fondée sur le sexe et à la lutte contre les discriminations. Il est essentiel de suivre ce processus, d’améliorer la collecte de données statistiques ventilées par sexe en matière d’emploi et de salaires, et de soutenir les groupes de femmes dans la défense de leurs intérêts.

Bruxelles, le 26 septembre 2019.

Le président

du Comité économique et social européen

Luca JAHIER


(1) Au cours de la dernière décennie, le CESE a adopté plus d’une douzaine d’avis sur divers aspects du partenariat oriental. Il a également mis sur pied un comité permanent de suivi «Voisins européens de l’Est», il a constitué des plates-formes bilatérales de la société civile des États de l’Union et des pays du partenariat oriental, tout comme des groupes consultatifs internes (GCI), et il a organisé des forums des entreprises du partenariat oriental en marge des sommets dudit partenariat.

(2) Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (2016/C 202/02).

(3) https://indicators.ohchr.org

(4) https://nhri.ohchr.org/

(5) Rebuilding Ukraine: An assessment of EU assistance («Reconstruire l’Ukraine: une évaluation de l’aide de l’Union européenne»), Chatham House, the Royal Institute of International Affairs, 2018.

(6) Note d’orientation du Forum de la société civile du partenariat oriental, document de travail conjoint des services de la Commission, EaP – Focusing on key priorities and deliverables – Assessment and recommendations by the civil society («Partenariat oriental – Mettre l’accent sur les priorités et résultats essentiels – Évaluation et recommandations de la société civile»), 2017.

(7) Ukraine Analytica, 3e numéro (13), 2018.

(8) http://eu4business.eu/files/medias/regional-position-paper_final_kyiv-21-june-2017-2_0.pdf


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Résolution du Parlement européen du 19 décembre 2019 sur la répression violente des récentes manifestations en Iran (2019/2993(RSP))

19/12/2019

Initiative législative52019IP0109

Résolution du Parlement européen du 19 décembre 2019 sur la commémoration du trentième anniversaire de la révolution roumaine de décembre 1989 (2019/2989(RSP))

19/12/2019

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