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AccueilDroit européen52019IR1053
Initiative législative52019IR1053

Avis du Comité européen des régions — Plan d’action contre la désinformation

CELEX52019IR1053
TypeInitiative législative
Datejeudi 5 décembre 2019

Résumé IA

Le Comité européen des régions émet un avis sur le plan d'action de la Commission européenne visant à lutter contre la désinformation. Il souligne la nécessité d'une approche multipartite impliquant les autorités locales et régionales, et insiste sur le renforcement de la littératie numérique et la protection des processus démocratiques. Cet avis appelle à une coordination renforcée entre les niveaux de gouvernance pour contrer efficacement les campagnes de désinformation, notamment en période électorale.

Texte intégral

10.3.2020

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 79/50


Avis du Comité européen des régions — Plan d’action contre la désinformation

(2020/C 79/10)

Rapporteur

:

Randel LÄNTS (EE/PSE), conseiller municipal de la ville de Viljandi

Document de référence

:

Communication conjointe au Parlement européen, au Conseil européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions — Plan d’action contre la désinformation

JOIN(2018) 36 final

RECOMMANDATIONS POLITIQUES

LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS

Observations

1.

se félicite de l’initiative que la Commission européenne a prise en vue de lutter contre la désinformation (1), lui permettant de sensibiliser le public à ce problème et de le mettre en garde contre les effets potentiellement dévastateurs de la désinformation sur les processus électoraux et sur l’intégrité des institutions démocratiques. Le CdR accueille favorablement l’approche associant de multiples acteurs en matière de désinformation, qui encourage la participation des gouvernements, de la société civile et du secteur privé, et qui repose sur la coopération, l’éducation et la réglementation;

2.

réaffirme les points de vue qu’il a exprimés dans son avis intitulé «Lutter contre la désinformation en ligne: une approche européenne» (2). Le CdR souhaite notamment attirer l’attention sur la nécessité de sensibiliser davantage les citoyens à ce problème et signaler que l’apprentissage scolaire constitue un des moyens d’intensifier cette prise de conscience;

3.

constate avec satisfaction que la question de la désinformation, aussi bien en ce qui concerne les processus au sein de l’Union européenne que les développements au-delà de ses frontières, de même que la participation d’acteurs de l’Union et des pays tiers, figurent parmi les priorités de la prochaine Commission européenne. Le CdR attend avec intérêt de travailler en étroite collaboration avec l’équipe de commissaires européens nouvellement constituée pour faire valoir l’expérience et les préoccupations des niveaux de gouvernance infranationaux sur ces questions;

4.

salue la résolution du Parlement européen sur l’ingérence électorale étrangère et la désinformation dans les processus démocratiques nationaux et européens, et réaffirme qu’il est nécessaire, afin de lutter contre ce phénomène, d’adopter une approche coordonnée à plusieurs niveaux, qui associe de multiples parties prenantes et qui intègre le point de vue des collectivités locales et régionales;

5.

note que la désinformation, en ce qu’elle constitue un problème inhérent à des changements socio-économiques complexes et rapides, doit être traitée de manière globale. Le CdR est d’avis que les collectivités locales et régionales sont bien placées pour prendre part aux débats sur la menace que pose la désinformation et pour lancer et coordonner des contre-mesures;

6.

souligne qu’il existe de véritables «centrales»de diffusion de fausses informations et que, pour les neutraliser, institutions, plateformes de médias sociaux et société civile doivent déployer des efforts communs et soutenus;

7.

constate que les nouvelles possibilités en matière de collecte et de diffusion des informations requièrent de donner aux citoyens les moyens de lutter contre la désinformation en ligne par des connaissances, des compétences numériques et des actions. Le développement de l’éducation aux médias nourrit l’esprit critique des citoyens et leur permet d’examiner en profondeur les informations et leurs sources. Ce processus leur donne la possibilité de faire des choix éclairés quant au contenu qu’ils consomment, ce qui renforce notamment la résilience de la société. L’urgence de cette question réside dans le fait que plus de la moitié de la population des États membres de l’Union européenne s’informe au quotidien au moyen des médias sociaux;

8.

estime cependant que les habitudes et les capacités des citoyens en matière de consommation médiatique restent influencées par la crédibilité des médias «traditionnels», laquelle repose à son tour sur la responsabilité assumée à l’égard de la rédaction de publications de presse. Si nous avons pu jusqu’à présent évoluer au sein d’un environnement public d’information fiable et constructif, c’est parce que nous avons conscience qu’une entreprise qui fournit du contenu journalistique est responsable, sur le plan juridique, économique et déontologique comme sur celui de sa réputation, de la véracité des informations qu’elle publie;

9.

constate que, dans les nouveaux médias, les rédacteurs et la fiabilité des informations diffusées ne sont pas suffisamment contrôlés, voire ne le sont pas du tout. Dans le même temps, de nouveaux moyens de présenter des informations erronées de la manière la plus crédible et réaliste possible sont apparus ces dernières années;

10.

fait observer que l’expérience tirée à ce jour de diverses questions et campagnes relatives à l’éducation à la citoyenneté démontre clairement que seul un processus long et complexe permet de sensibiliser les citoyens et d’induire un changement de comportement, entre autres grâce à la mise en œuvre de l’éducation aux médias et à l’information. Si les médias, les responsables politiques et les décideurs peuvent s’exprimer à profusion sur le thème de la désinformation, ils n’exercent, ce faisant, qu’une influence limitée pour amener un changement de comportement chez les citoyens;

11.

reconnaît que l’on est pas encore parvenu à intégrer tous ces aspects dans les programmes d’éducation à la citoyenneté et à les ancrer dans la conscience générale de la population et dans l’activité des nouveaux médias au quotidien. Pour provoquer un changement de comportement à long terme, il convient de mettre l’accent sur l’éducation à la citoyenneté et un travail en direction de l’opinion publique. Indépendamment du système éducatif et du développement d’une réflexion et d’une action citoyennes, il est également crucial de concevoir des campagnes de communication destinées à un large public et de s’adresser au groupe ciblé d’une manière appropriée, sur les canaux médiatiques qu’il privilégie;

12.

souligne qu’au sein de l’Union européenne, les plateformes de médias sociaux réalisent des bénéfices considérables, mais qu’en ce qui concerne les contenus, elles n’offrent pas de services d’assistance aux utilisateurs qui ont besoin d’une aide rapide. La communication avec ces plateformes se fait au cas par cas, de manière individuelle et seulement de façon sporadique; une méthode normalisée, rapide et efficace fait défaut pour lutter contre les fausses informations ou les discours de haine;

13.

estime qu’il est fondamental, pour garantir un environnement public d’information équilibré et fondé sur des données factuelles, que les plateformes de médias sociaux sur lesquelles sont publiés des messages politiques à titre onéreux soient soumises à des exigences uniformes en matière de véracité des informations. Si un message politique publié contre paiement s’avère ne pas être conforme à ces exigences, la plateforme de médias sociaux doit avoir l’obligation d’en retirer le contenu en question;

14.

constate avec inquiétude que jusqu’à présent, les plateformes de médias sociaux ont réussi à se soustraire à une réglementation qui obligerait expressément ces entreprises à aider les utilisateurs en matière de contenu et à résoudre leurs problèmes en temps réel et dans la langue de l’État membre concerné;

15.

juge préoccupant que les individus manquent souvent des compétences et des connaissances nécessaires et ne savent pas comment répondre aux fausses informations ou se comporter lorsqu’eux-mêmes ou leurs proches sont victimes de désinformation ou de propos haineux. Les communes de plus petite taille, en particulier, sont encore nombreuses à être dépourvues de l’expérience nécessaire et à ignorer de quelle manière elles peuvent, en situation de crise, réagir à l’égard des plateformes mondiales de médias sociaux;

16.

regrette que les problèmes soient souvent exacerbés par l’incompréhension qu’affichent parfois les représentants des plateformes de médias sociaux vis-à-vis du contexte culturel et des spécificités locales, et que la communication avec elles se déroule le plus souvent en anglais et exige beaucoup de temps. Alors qu’il est impératif de trouver rapidement des solutions lorsque de la désinformation est diffusée, les plateformes de médias sociaux ont adopté jusqu’à présent un comportement passif et opaque;

17.

déplore que les pouvoirs régionaux et locaux, qui connaissent au mieux la situation sur le terrain, ne jouent qu’un rôle secondaire pour lutter contre la diffusion de fausses informations et pâtissent très souvent de leur manque de connaissances, de compétences et de ressources, sans compter qu’à la différence des services sociaux, de l’éducation et de l’intérêt général, la lutte contre la désinformation ne fait pas partie des compétences classiques de ces collectivités régionales et locales;

18.

fait observer que les collectivités locales et régionales seraient capables d’agir abondamment contre la désinformation. Elles pourraient aider les citoyens à faire la distinction entre la véritable information et la désinformation, en donnant à leurs activités une forme plus ouverte et transparente et en organisant des dialogues citoyens et des débats publics, tant en direct qu’en ligne. Dans le déploiement de ces efforts, il conviendrait qu’elles coopèrent avec les journalistes locaux et régionaux, les milieux universitaires et les groupes de réflexion, la société civile, les pouvoirs publics nationaux, les organes et institutions de l’Union, ainsi que les militants et les commentateurs politiques;

19.

relève que la lutte contre la désinformation et son suivi impliquent toutefois de posséder des compétences et des outils spécifiques, dont ne dispose pas encore, à l’heure actuelle, le fonctionnaire ou spécialiste lambda d’une collectivité régionale ou locale. Les lacunes en matière de compétences et de connaissances, ainsi que le manque d’expérience, constituent des inconvénients stratégiques majeurs, qui entravent une détection efficace de la désinformation et la prévention de sa propagation;

20.

rappelle que la place qu’occupe la sphère de l’information publique et la vitesse à laquelle sont diffusées les informations ont une influence considérable sur les processus politiques et l’état d’esprit dans la société. Il est donc urgent de renforcer les capacités de lutte contre la désinformation au niveau des collectivités régionales et locales et des autres acteurs de terrain;

21.

souligne que la lutte contre la propagation de la désinformation ne peut prendre la forme d’un contrôle des opinions ou d’une censure, ni en donner l’impression. L’éventuelle diffusion d’une telle désinformation doit donner lieu à une surveillance systématique et continue en amont des élections, en cas de crises et lors d’évolutions rapides au sein de la société, mais non pas s’exercer en continu. Prévenir la désinformation ne peut équivaloir à restreindre la liberté d’expression, à contrôler les opinions politiques ou à opérer un glissement vers une société de surveillance; au contraire, cette prévention est une condition préalable à la liberté d’expression et d’opinion;

22.

fait valoir que la lutte contre la désinformation ne doit être menée que dans des conditions de transparence absolue, donnant la possibilité aux citoyens de recevoir en permanence des informations complètes, par exemple en ce qui concerne la protection des données, le traitement de celles qui ont un caractère personnel et les questions de financement. Si cette lutte n’est pas suffisamment transparente, le risque est grand que les mesures de lutte contre les fausses nouvelles soient elles-mêmes la cible de campagnes de désinformation malveillantes;

23.

est d’avis que les médias régionaux et locaux et la société civile doivent être associés à la lutte contre la désinformation de la manière la plus large possible. De par leur travail quotidien et leur expérience professionnelle, les journalistes sont rompus à la détection des fausses informations, y sont plus fortement sensibilisés et s’y montrent davantage attentifs que d’autres acteurs qui n’évoluent pas au quotidien dans la sphère de l’information;

24.

note qu’il y aurait lieu de promouvoir, grâce à des ressources financières, au développement de la coopération et au renforcement du savoir-faire, diverses initiatives favorisant la vérification des faits par les journalistes et la société civile, le démontage des mythes et la diffusion d’informations fiables;

25.

estime qu’il est important d’associer les acteurs de la société civile, y compris aux niveaux local et régional, à la constitution de réseaux de vérificateurs de faits, de manière à accroître ainsi la transparence et à transmettre des connaissances sur les spécificités locales. Il serait également possible de s’inspirer du principe dit «de crédibilité», en usage dans l’économie collaborative, qui signifie que les vérificateurs de faits pourraient être indemnisés en fonction de l’intensité et de l’exactitude de leur activité, le but étant d’accroître le nombre de personnes concernées. Dans un tel système, la communauté de ces vérificateurs réglementerait ses propres travaux et établirait également ses propres normes grâce à un examen entre pairs. Par ailleurs, il est urgent de développer davantage les réseaux et les outils institutionnels aux niveaux national et européen;

26.

constate que la formation et la sensibilisation des représentants de la société civile contribuent à consolider le réseau de lutte contre la propagation de fausses nouvelles et de fausses informations et à réduire le risque qu’une censure ne soit exercée par les autorités publiques ou que des velléités de restreindre la liberté d’expression ne se fassent jour;

27.

souligne qu’en outre, la lutte contre les fausses informations pourrait être facilitée par certains outils technologiques, accessibles au public, qui permettent une détection rapide et simplifiée des campagnes de désinformation massives. Il serait possible de développer encore les algorithmes nécessaires pour surveiller l’activité sur les médias sociaux, afin de repérer les campagnes de désinformation à grande échelle et, lorsque des cas graves sont détectés, d’enclencher des réponses appropriées;

28.

attire l’attention sur l’importance capitale que l’échange rapide et efficace d’informations et d’expériences revêt pour lutter contre la désinformation. Grâce à l’analyse de l’expérience acquise dans les collectivités régionales et locales et des cas de diffusion de fausses informations, il est possible de dégager certains points communs, canevas, erreurs ou réussites qui caractérisent ces campagnes. Par conséquent, l’Union européenne devrait promouvoir, tant financièrement que par l’intermédiaire de son réseau, l’échange d’expériences entre les collectivités territoriales et les États membres, ainsi que l’apprentissage mutuel;

Propositions

29.

propose d’engager les plateformes de médias sociaux, au moyen de recommandations politiques ou de mesures réglementaires, à fournir un travail bien plus soutenu en direction du grand public afin d’instruire les utilisateurs sur la désinformation et la critique des sources. Avant la tenue d’élections ou de référendums, ainsi qu’en période de crise, les médias sociaux pourraient afficher des contenus qui expliquent le contexte spécifique et mettent en garde les utilisateurs contre l’existence de sources de désinformation. Le CdR note à cet égard qu’une première analyse de la campagne des récentes élections européennes suggère que de nombreuses plateformes ont fourni des informations visant à alerter les utilisateurs sur leur contexte particulier et ont ainsi contribué à limiter l’impact de toute action de désinformation;

30.

estime qu’il est nécessaire d’inciter les plateformes de médias sociaux, par des recommandations politiques ou des dispositions réglementaires si nécessaire, à contribuer plus qu’elles ne l’ont fait jusqu’à présent à développer des réseaux complets de vérificateurs de faits, cette démarche nécessitant probablement une certaine forme de compensation basée sur le revenu généré par les nouveaux médias. Le CdR est également d’avis qu’il est capital d’œuvrer en faveur d’opérateurs de médias fiables au niveau national, régional et local, où ceux du service public, en particulier, jouent actuellement un rôle essentiel, et devront le conserver à l’avenir;

31.

recommande l’adoption de mesures réglementaires pour déceler les campagnes de diffusion de fausses informations et les neutraliser, y compris en coopération avec les plateformes de médias sociaux et au moyen de signalements. La mise en place de normes uniformes relatives aux signalements en matière de lutte contre les fausses informations permettrait de suivre les activités des plateformes de médias sociaux sur une plus longue période, de les surveiller, le cas échéant, par l’intermédiaire d’organismes tiers indépendants et d’obtenir ainsi un aperçu plus complet de l’ampleur des problèmes liés à la propagation des fausses informations;

32.

préconise d’établir un cadre juridique européen obligeant les plateformes mondiales de médias sociaux à mettre en place, dans chaque État membre, une centrale d’assistance et un point de contact travaillant dans la langue nationale correspondante. Chaque citoyen ou représentant d’une commune ou d’une organisation non gouvernementale devrait pouvoir s’adresser sans aucune difficulté aux services d’assistance à la clientèle, lesquels devraient être bâtis sur des principes similaires dans l’ensemble de l’Union européenne. Assurer un tel service à la clientèle dans sa langue maternelle et garantir la présence physique d’une centrale d’assistance faciliterait grandement la lutte contre les fausses informations et renforcerait les droits des citoyens;

33.

recommande aux plateformes de médias sociaux d’offrir aux citoyens la possibilité de signaler éventuellement, sans grand effort, la propagation de fausses informations ou des tentatives en ce sens;

34.

demande d’envisager d’octroyer un soutien financier aux collectivités régionales et locales et aux associations de citoyens partout en Europe afin d’accroître leur capacité à détecter les fausses informations, à lutter contre leur propagation et à renforcer la coopération mutuelle et transfrontière entre ces autorités et les groupements citoyens;

35.

recommande qu’un «Guide de traitement de la désinformation»soit mis à disposition par l’intermédiaire du réseau de vérificateurs de faits, afin de mettre en place des apprentissages grâce aux établissements d’enseignement et aux autorités locales en vue de promouvoir la pensée critique dans la lutte contre la désinformation;

36.

note qu’il s’impose de développer chez les plus jeunes la capacité d’analyser les faits, l’esprit critique et le bon sens afin qu’ils puissent décrypter et vérifier l’information reçue, et estime qu’il est nécessaire à cette fin de promouvoir des activités de sensibilisation (débats, dialogues, etc.) dans les établissements d’enseignement et les centres de formation pour lutter contre la désinformation.

Bruxelles, le 5 décembre 2019.

Le président

du Comité européen des régions

Karl-Heinz LAMBERTZ


(1) Communication conjointe au Parlement européen, au Conseil européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions — Plan d’action contre la désinformation.

(2) Avis du Comité européen des régions — Lutter contre la désinformation en ligne: une approche européenne.


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