| CELEX | 52019IR3686 |
| Type | Initiative législative |
| Date | jeudi 5 décembre 2019 |
| 10.3.2020 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 79/54 |
Avis du Comité européen des régions — Rapport de la Commission européenne sur la politique de concurrence 2018
(2020/C 79/11)
| Rapporteur | : | Dominique LÉVÊQUE (FR/PSE), maire d’Aÿ-en-Champagne |
| Texte de référence | : | Rapport de la Commission européenne sur la politique de concurrence 2018 COM(2019) 339 final |
RECOMMANDATIONS POLITIQUES
LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS
Considérations générales
| 1. | estime qu’une politique de concurrence non faussée et efficace constitue un fondement essentiel du projet européen. Elle ne constitue pas pour autant une fin en soi mais un instrument de mise en œuvre du marché intérieur nécessaire à la réalisation des objectifs de l’Union européenne tels que définis à l’article 3 du traité sur l’Union européenne (TUE), qui repose en particulier sur le cadre stratégique des objectifs du développement durable (ODD), une économie sociale de marché et le progrès social. La mise en œuvre de la politique de concurrence doit par ailleurs être en cohérence avec les autres politiques de l’Union [article 7 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE)], et obéir aux exigences transversales en matière d’emploi, d’environnement et de protection des consommateurs définies aux articles 9, 11 et 12 du TFUE; |
| 2. | rappelle que l’article 3 du TFUE confère une compétence exclusive à l’Union européenne (UE) en matière d’établissement des règles de concurrence et que la Commission exerce des pouvoirs d’exécution directe. De ce fait, les mécanismes juridiques prévus pour assurer le respect du principe de subsidiarité ne s’appliquent pas à la politique de concurrence (article 5 du TUE). Néanmoins, cette compétence exclusive ne dispense pas la Commission de l’obligation d’entretenir un dialogue continu — et de se conformer dûment à cette obligation — dans le cadre de la préparation et de l’évaluation des dispositifs de concurrence avec les autorités publiques des États membres à tous les niveaux de pouvoirs, les autorités nationales de concurrence, le Parlement européen, le Comité européen des régions (CdR), le Comité économique et social européen et la société civile, et en particulier les associations de consommateurs; |
| 3. | salue le rapport annuel sur la politique de concurrence 2018 mais constate qu’il présente essentiellement les principales décisions de la Commission intervenues en 2018 et des développements législatifs en matière de concurrence et ne contient pas de pistes de réforme. Or, les orientations politiques pour la prochaine Commission européenne 2019-2024, présentées par la présidente-élue le 16 juillet dernier, impliquent des réformes de la politique de concurrence européenne, notamment en lien avec le «pacte vert pour l’Europe», une nouvelle législation sur les services numériques ou l’institution d’un fonds public-privé spécialisé dans les introductions en bourse de PME; |
| 4. | regrette vivement que l’accord de retrait Royaume-Uni-Union européenne du 17 octobre 2019 ne contienne plus de mesures contraignantes garantissant l’alignement futur du Royaume-Uni sur les normes de l’Union européenne dans les domaines des aides d’État, de la concurrence et des questions fiscales pertinentes. L’engagement du Royaume-Uni, non contraignant et non spécifique, de maintenir des «conditions égales pour tous»grâce à des «normes élevées communes»dans ces domaines, énoncés dans la déclaration politique accompagnant l’accord, offre une protection insuffisante aux citoyens, aux travailleurs et aux entreprises du Royaume-Uni; |
Retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne
| 5. | souligne que le Royaume-Uni (RU) restera soumis aux règles de concurrence de l’Union européenne jusqu’à la date de sa sortie de l’Union européenne au moins. Les enquêtes ouvertes avant cette date pourraient n’être closes qu’après ladite date, mais devront toujours être mises en œuvre; se félicite dans ce contexte des clarifications apportées par la Commission dans sa note du 25 mars 2019 sur les conséquences d’un retrait du RU en matière de droit de la concurrence de l’Union européenne (1) mais regrette que cette note ne porte que sur les comportements anti-concurrentiels et le contrôle des concentrations; |
| 6. | estime que dans l’hypothèse d’un retrait britannique, la vigilance devra également être de mise si le gouvernement britannique ne maintient pas son engagement de poursuivre le contrôle des aides d’État en maintenant un cadre réglementaire commun avec l’Union européenne; réitère par ailleurs sa demande d’étudier la possibilité de mettre en place des mesures d’adaptation temporaires des règles sur les aides d’État (assouplissement ou suspension) pour certaines zones géographiques et certains secteurs économiques qui seraient particulièrement affectés par les conséquences d’un retrait du RU, a fortiori s’il est effectué hors d’un cadre négocié («no deal»); considère dès lors qu’il y aurait lieu d’étendre la portée du règlement général d’exemption par catégorie; |
Politique de concurrence et stratégie industrielle de l’Union européenne
| 7. | rappelle que le Conseil a invité la Commission «à présenter, d’ici la fin de 2019, une vision à long terme pour l’avenir industriel de l’Union européenne, assortie de mesures concrètes destinées à la mettre en œuvre». Dans ce contexte, le CdR s’est déjà dit «convaincu qu’une stratégie industrielle européenne devrait également englober une refonte minutieuse et étayée des règles de l’Union européenne en matière d’aides d’État et de contrôle des concentrations afin de garantir des conditions de concurrence équitables au niveau international, conformément aux politiques commerciales mondiales et aux accords multilatéraux. Dans le même temps, cette stratégie devrait également prendre en compte le potentiel d’investissement et d’innovation qu’offrent les aides d’État ou les opérations de concentration» (2). Le CdR estime que parmi les paramètres de ce potentiel figurent la capacité de créer ou de maintenir des emplois industriels au sein de l’Union européenne, notamment en participant à la reconversion de filières industrielles en difficulté et à la production de composants stratégiques pour l’industrie européenne; |
| 8. | suggère une inflexion de méthode en matière de contrôle des aides à la R & D et à l’innovation (RDI) par la limitation au maximum du contrôle ex ante exercé par la Commission, un raccourcissement des délais d’examen de ces aides et une simplification du dispositif des projets importants d’intérêt européen commun (PIIEC) (3). Une telle inflexion devrait permettre de faciliter la mise en œuvre des PIIEC, dont un seul, en matière de microélectronique, a pu être mis sur les rails, pour un montant de 1,75 milliard d’EUR, tandis que le projet de PIIEC portant sur la conception et la production de cellules et modules de batteries de nouvelle génération, d’un montant de 6 milliards d’EUR d’investissements pour 1,2 milliard d’EUR d’aides publiques, a été soumis à la Commission en mai dernier; |
Aides d’État — Considérations générales
| 9. | se félicite que le processus de modernisation du contrôle des aides d’État entamé en 2014 ait permis d’accroître le nombre d’exemptions, avec plus de 96 % des nouvelles mesures d’aide mises en œuvre depuis 2015 relevant du règlement général d’exemption par catégorie (RGEC), et une focalisation du contrôle des aides d’État sur les grands enjeux; |
| 10. | souligne l’intérêt que présente, en matière de transparence, le développement de la plateforme informatique «Transparency Award Module» (4) qui permet de transmettre et de publier les données relatives aux aides d’État supérieures à 500 000 EUR et constate qu’à la fin 2018, 25 États membres avaient publié les informations sur plus de 43 000 aides octroyées; |
| 11. | réitère sa conviction que la Communication sur la notion d’aide d’État adoptée en 2016 par la Commission offre une base utile aux autorités publiques pour mieux appréhender cette problématique complexe. Invite néanmoins la Commission à la mettre à jour au regard de l’évolution de sa pratique décisionnelle et de la jurisprudence européenne, notamment en matière de sélectivité; |
| 12. | invite la Commission à relever le plafond des aides de minimis de 200 000 EUR à 500 000 EUR sur une période de trois exercices fiscaux, considérant que ce plafond avait été fixé en 2006; |
| 13. | relève que la Commission a lancé en 2018 un «bilan de qualité»des règles en matière d’aides d’État qui devrait être suivi, début 2020, d’une série de propositions de révision de ces règles; insiste dans ce contexte pour que le CdR soit pleinement associé et en temps utile à l’analyse des propositions sur les dispositifs les plus intrinsèquement liés aux compétences et au champ d’action politique, économique et social des collectivités territoriales, à savoir: le RGEC; le règlement de minimis; les lignes directrices concernant les aides d’État à finalité régionale; l’encadrement des aides d’État à la recherche, au développement et à l’innovation (RDI); la communication relative aux aides d’État concernant les projets importants d’intérêt européen commun (PIIEC); les lignes directrices concernant le financement des risques, celles sur les aides d’État aux aéroports et aux compagnies aériennes; celles sur les aides à la protection de l’environnement et à l’énergie; celles relatives aux aides au sauvetage et à la restructuration; et enfin celles concernant le secteur ferroviaire; |
| 14. | prend acte de la consultation publique qui s’est tenue entre le 26 juin et le 27 septembre 2019 sur la proposition de révision du règlement général d’exemption par catégorie (RGEC) visant à accompagner le prochain cadre financier pluriannuel (CFP) et ayant l’objectif d’identifier la manière la plus simple et la plus efficace possible pour faciliter une combinaison de financements nationaux et de financements provenant du budget de l’Union européenne; se félicite en particulier que la proposition étende l’exemption par catégorie actuelle, qui se limite aux aides accordées aux PME, aux grandes entreprises sans notification préalable (article 20); se réjouit également que le RGEC puisse prévoir une exemption par catégorie simplifiée pour les montants d’aide très faibles fournis aux projets de CTE (jusqu’à 20 000 EUR par entreprise et par projet) (article 20 bis); soutient enfin l’augmentation pour les PME du plafond de l’intensité de l’aide à 80 %; fait cependant valoir deux préoccupations additionnelles:
|
| 15. | prend acte de la Communication de la Commission sur la récupération des aides d’État illégales et incompatibles avec le marché intérieur, publiée le 22 juillet 2019 (5), qui s’inscrit dans la mise en œuvre du règlement (UE) 2015/1589 du Conseil du 13 juillet 2015 portant modalités d’application de l’article 108 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (6). À l’intérieur de ce cadre juridique, la Communication en question n’apporte pas d’allègements pour les bénéficiaires d’aides d’État et en particulier d’aides d’État de minimis. En effet, le délai de prescription de 10 ans pour les aides de minimis n’est pas réduit alors que, du fait des actions procédurales suspensives, ce délai est dans les faits encore beaucoup plus long. La Commission n’a pas accepté non plus de renoncer à la récupération dans les cas où elle a créé une confiance légitime, lorsque les informations nécessaires à la récupération ne sont pas disponibles ou lorsqu’une décision d’un tribunal national traitant spécifiquement de l’existence d’une aide devient définitive. Par ailleurs, la Commission considère que, si le montant de l’aide ne peut pas être récupéré auprès du bénéficiaire, celui-ci ne doit pas seulement être contraint à l’insolvabilité: aucune restructuration ni poursuite temporaire de ses activités ne devrait même être autorisée sans récupération du montant total de l’aide. Cette approche est difficile à concilier avec l’objectif de procédures d’insolvabilité nationales et européennes. Bien que les procédures de recouvrement d’aides d’État visent à supprimer rétroactivement les effets de distorsion des aides illégales, la restructuration d’entreprises en vertu de la législation sur l’insolvabilité prend également en compte d’autres objectifs, par exemple le maintien de l’emploi. Le CdR invite dès lors la Commission à envisager de présenter une proposition de modification du règlement (UE) 2015/1589; |
| 16. | relève que l’encadrement des aides d’État dans le secteur bancaire n’a pas évolué depuis août 2013 (7) alors que le contexte économique a fondamentalement changé et que se pose la question de savoir si la condition préalable que d’éventuelles aides contribuent à «remédier à une perturbation grave de l’économie d’un État membre»(article 107, paragraphe 3, point b) du TFUE) est toujours pertinente; |
| 17. | se félicite de l’arrêt du Tribunal de l’Union européenne du 24 septembre 2019 dans les affaires jointes T-755/15 et T-759/15 sur la validité de la décision de la Commission européenne rendue en 2015 sur l’aide accordée par le Luxembourg à Fiat Chrysler Finance Europe. En effet, l’arrêt confirme qu’un avantage sélectif à travers un rescrit fiscal peut constituer une aide d’État illégale et incompatible avec le marché intérieur et que l’examen par la Commission d’un rescrit fiscal sous l’angle des règles en matière d’aides d’État ne constitue pas une «harmonisation fiscale». Dans le même temps, il souligne que, conformément à l’arrêt du Tribunal du 15 novembre 2011 dans les affaires jointes C-106/09 et C-107/09P, «relèvent de la compétence des États membres la désignation des bases d’imposition et la répartition de la charge fiscale sur les différents facteurs de production et les différents secteurs économiques»; |
Aides d’État en matière de services d’intérêt économique général (SIEG)
| 18. | rappelle que dans l’application des réglementations de l’Union européenne sur les aides d’État en matière de SIEG, les traités confèrent aux États membres un large pouvoir d’appréciation en ce qui concerne la définition d’un SIEG. Doivent également être respectés les principes de l’autonomie locale et régionale, de la cohésion économique, sociale et territoriale et de la neutralité à l’égard du régime de propriété dans les États membres de l’Union garantis à l’article 3 du TUE ainsi qu’aux articles 14, 106 et 345 et au protocole no 26 du TFUE; |
| 19. | souligne l’importance que revêt, en matière de SIEG de logement social, l’arrêt du Tribunal du 15 novembre 2018 portant sur un recours d’organismes néerlandais de logement social (8). En effet, cet arrêt précise d’une part l’obligation de l’État membre de démontrer que, pour échapper aux règles de concurrence, le périmètre du SIEG de logement social doit être nécessaire et proportionné par rapport à un besoin réel de service public en matière d’accès au logement et d’autre part limite le rôle de la Commission au contrôle de l’erreur manifeste. La définition du SIEG de logement contient une erreur manifeste si elle est imprécise parce qu’elle se limite à prévoir la location en priorité aux personnes ayant des difficultés à trouver un logement convenable sans que ce groupe cible ne soit défini; |
| 20. | réitère dans ce contexte (9) son appel en faveur d’une clarification du champ d’application de la décision de la Commission du 20 décembre 2011 en lien avec le logement social. Afin de répondre à la réalité alarmante du logement qui touche une large partie de la population aux revenus modestes voire moyens, et aux diverses situations des marchés de l’immobilier locaux, et aussi afin de respecter le pouvoir d’appréciation conféré aux États membres en ce qui concerne la définition d’un SIEG et en application du principe de subsidiarité, la décision devrait s’appliquer à l’approvisionnement de logements sociaux à des groupes spécifiques, dont les besoins en matière de logement ne peuvent être satisfaits par les conditions du marché, notamment en raison de contraintes liées à leur solvabilité ou à d’autres vulnérabilités. La nature exacte des besoins doit être clairement définie par les autorités compétentes des États membres en utilisant des critères adéquats et transparents; |
| 21. | prend acte du fait que la Commission a adopté, le 7 décembre 2018, la prolongation de la durée d’application de son règlement concernant les aides de minimis aux entreprises fournissant des SIEG jusqu’au 31 décembre 2020. Dans ce contexte, le Comité rappelle à cet égard avoir demandé:
|
Aides d’État en matière de transition écologique et énergétique
| 22. | insiste sur le fait qu’il importe que la politique de la Commission en matière d’aides à la protection de l’environnement et à l’énergie s’inscrive pleinement dans la mise en œuvre de l’accord conclu à Paris au titre de la CCNUCC, promeuve l’énergie durable sous la forme des énergies renouvelables et d’efforts pour une efficacité énergétique plus poussée et permette de lutter contre la précarité énergétique, de sécuriser l’approvisionnement en énergie et de renforcer la cohésion territoriale; réclame dans ce contexte qu’il soit mis fin aux aides d’État en faveur de l’extraction de combustibles fossiles; |
| 23. | attire l’attention des membres du Comité européen des régions et plus généralement des représentants de collectivités locales et régionales sur la consultation en cours (jusqu’au 6 novembre 2019) sur l’évaluation des règles relatives aux subventions publiques en faveur des services sociaux et de santé d’intérêt économique général (10) et espère un retour significatif d’expériences concrètes; se fait pour sa part l’écho de difficultés rencontrées par des collectivités territoriales pour la définition du périmètre des «personnes défavorisées»en lien avec le logement social ainsi qu’avec la méthode de calcul des surcompensations; |
| 24. | prend note du processus de révision des lignes directrices concernant certaines aides d’État dans le contexte du système d’échange de quotas d’émission de gaz à effet de serre lancé le 20 décembre 2018; |
| 25. | tient à apporter les éléments de contribution suivants pour la révision à venir des lignes directrices concernant les aides à la protection de l’environnement et à l’énergie:
|
| 26. | invite la Commission à vérifier si l’exonération de taxe du kérosène ne constitue pas une distorsion de concurrence au profit du secteur aérien basée sur une interprétation incorrecte de la convention internationale de Chicago sur l’aviation civile internationale (1944). En effet, celle-ci dispose que lors d’un vol international le carburant contenu dans les réservoirs d’un avion ne peut être taxé à l’arrivée dans un pays, mais elle ne dit rien sur la taxation au moment de l’avitaillement des vols. De ce fait, comme cela se fait dans certains États membres, un État pourrait, en tout cas pour un vol domestique, imposer une taxation du billet si l’avion est en concurrence directe avec un service ferroviaire, ou une taxation du kérosène pour limiter les émissions de gaz à effet de serre. Du fait de l’impact de telles taxes sur le marché intérieur de l’Union européenne, il serait cependant préférable qu’une telle taxation soit coordonnée au niveau européen. Le Comité estime dès lors que l’initiative citoyenne européenne «Fairosene»visant à mettre fin à l’exonération fiscale du carburant d’aviation en Europe mérite toute considération (13); |
| 27. | rappelle sa demande (14) que «soient définies pour les régions charbonnières des zones pouvant prétendre à un soutien spécifique, au titre de l’article 107, paragraphe 3, points a) et c), du TFUE et qu’en ce qui les concerne, les dispositions du droit de l’Union européenne en matière d’aides soient remaniées de manière à laisser la possibilité de prendre des mesures de maîtrise du changement structurel […]. En outre, il conviendrait de vérifier si, pour de telles mesures d’aide en leur faveur, il ne serait pas possible d’invoquer l’article 107, paragraphe 3, point b), de ce même traité, au vu de l’importance majeure et emblématique que leur reconversion opérée pour des motifs climatiques revêt dans le contexte de la politique européenne en matière d’énergie et de climat»; |
Politique de concurrence et cohésion économique, sociale et territoriale
| 28. | se félicite qu’en 2018 la Commission ait pour la première fois mis en application les lignes directrices relatives au haut débit en autorisant les pouvoirs publics à soutenir le déploiement du haut débit, à savoir un projet bavarois (15) concernant le déploiement de réseaux à très haute capacité dans six municipalités en zone rurale. Au regard du constat que la réalisation des objectifs en matière de connectivité du marché unique numérique devrait nécessiter un investissement global d’environ 500 milliards d’EUR au cours des dix prochaines années, il est essentiel que la politique de concurrence tienne compte des spécificités de l’installation du haut débit dans les zones rurales, afin de servir l’intérêt public et d’inverser la tendance de plus en plus asymétrique entre les zones rurales et les zones urbaines en ce qui concerne les possibilités d’accès aux technologies; |
| 29. | souligne que dans son avis sur le règlement-cadre sur les Fonds structurels et d’investissement, le CdR a proposé que, dans le contexte de régimes d’aide d’État, l’organe octroyant l’aide puisse être considéré comme le bénéficiaire de l’aide (article 2) «lorsque l’aide accordée par organisme est inférieure ou égale à 200 000 EUR»et relève que le Parlement européen et le Conseil ont accepté cette proposition; |
| 30. | rappelle qu’en matière de fonds européens, le règlement général d’exemption par catégorie dispose (considérant 26) que «tout financement de l’Union géré au niveau central par les institutions, les agences, des entreprises communes ou d’autres organes de l’Union, et qui n’est contrôlé ni directement ni indirectement par les États membres ne constitue pas une aide d’État. Lorsqu’un tel financement de l’Union est combiné avec une aide d’État, il convient que seule cette dernière soit prise en compte pour déterminer si les seuils de notification et les intensités d’aide maximales sont respectés, pour autant que le montant total du financement public octroyé pour les mêmes coûts admissibles n’excède pas le taux de financement le plus favorable prévu par les règles applicables du droit de l’Union»; |
| 31. | réitère sa demande à la Commission d’élever le seuil d’application du RGEC aux aides en faveur des aéroports régionaux significativement au-delà du seuil actuel de 200 000 passagers par an dès lors qu’ils ne produisent aucun effet significatif sur les échanges commerciaux entre les États membres, qu’ils sont structurellement dans l’impossibilité de couvrir leurs coûts d’exploitation et d’investissement (16) et que les aides d’État afférentes visent à développer des infrastructures de transport aérien sûres et durables dans des régions mal desservies (17); |
| 32. | regrette que les propositions faites par la Commission en juin 2018 pour une réforme de la PAC post-2020 ne contenaient pas, contrairement à ce que le CdR avait demandé, de propositions de révision des règles de concurrence applicables au secteur agricole; appelle dès lors la Commission à reconsidérer, indépendamment du suivi interinstitutionnel des propositions législatives pour la PAC post-2020, son interprétation jusqu’ici très restrictive de l’article 101 du TFUE dans les lignes directrices transversales et à ne pas faire obstacle à des accords collectifs conclus par les organisations de producteurs; |
| 33. | se félicite que la Commission ait, en phase avec les revendications du CdR, relevé en mars 2019 le plafond individuel des aides de minimis dans le secteur agricole en le portant de 15 000 à 20 000 EUR et, sous certaines conditions, à 25 000 EUR, tout en augmentant le plafond national pour l’ensemble des aides de minimis, porté de 1 à 1,25 % de la production agricole annuelle du pays sur trois ans. Ces deux augmentations permettent en effet de tenir compte au moins partiellement de la recrudescence de crises climatiques, sanitaires et économiques; |
La politique de concurrence dans l’ère numérique
| 34. | se félicite que l’adaptation de la politique de concurrence de l’Union européenne à l’ère numérique soit identifiée comme prioritaire dans le rapport de la Commission et que le nouveau programme relatif à la concurrence pour la période 2021-2027 se focalisera sur les enjeux liés au recours aux métadonnées et aux algorithmes; |
| 35. | regrette de ce fait que les propositions contenues dans le rapport sur «une politique de concurrence pour l’ère numérique» (18), présenté en avril dernier, n’aient pas été discutées plus en avant dans le rapport annuel; considère comme particulièrement pertinentes les propositions suivantes:
|
| 36. | réclame que soit mis en place un dispositif législatif européen permettant au niveau de gouvernance responsable (local, régional, national ou européen) ayant mandaté des plateformes pour exercer des missions de service d’intérêt général de pouvoir accéder aux algorithmes utilisés par ces dernières et les contrôler; |
| 37. | soutient un degré accru de contrôle des acquisitions de start-ups par des plateformes et/ou des écosystèmes dominants ou de dimension systémique; recommande également que les seuils juridictionnels fixés dans le règlement de l’Union européenne sur les concentrations soient modifiés de manière que les acquisitions soient évaluées non seulement sur la base du chiffre d’affaires, mais également sur la valeur de la transaction afin de mieux évaluer le potentiel concurrentiel des start-ups, qui en général ne suivent pas un modèle de profit à court terme; |
Contrôle des fusions
| 38. | insiste sur la nécessité que l’analyse concurrentielle conduite par la Commission prenne mieux en compte la question du contrôle de l’État et des subventions accordées aux entreprises qui peuvent fausser la concurrence, en particulier dans le cas de concurrents d’États tiers; |
| 39. | invite également la Commission à envisager une adaptation du règlement (CE) no 139/2004 du Conseil du 20 janvier 2004 relatif au contrôle des concentrations entre entreprises («le règlement CE sur les concentrations») (19) et une mise à jour des lignes directrices actuelles en matière de concentrations. Concrètement, la Commission devrait veiller à ce que les engagements structurels qu’elle requiert pour autoriser des fusions n’aboutissent pas à la vente d’actifs stratégiques à des concurrents extra-européens (constatée dans un cas sur deux depuis 2010). Par ailleurs, l’horizon temporel de l’analyse de la Commission est en principe fixé à deux-trois ans, ce qui ne permet pas d’anticiper des changements majeurs liés à l’entrée sur le marché d’acteurs innovants, notamment dans le secteur numérique. Dès lors, les lignes directrices sur les concentrations horizontales pourraient être modifiées en supprimant la référence au délai de deux ans (paragraphe 74) et en stipulant que l’horizon temporel de l’analyse «dépend des caractéristiques et de la dynamique du marché, ainsi que des capacités spécifiques des entrants potentiels»; |
Dimension mondiale de la politique de concurrence
| 40. | considère que la Commission ne doit pas seulement se focaliser sur l’inclusion de chapitres sur la concurrence lors de la conclusion de nouveaux accords de libre-échange mais également contrôler l’application des accords déjà signés et anticiper des mesures de rétorsion lorsque l’accès d’entreprises européennes à des marchés étrangers est restreint. Pour ce faire, il y a lieu d’étudier la possibilité de créer au sein de la Commission une fonction de «chief enforcer»; |
| 41. | appelle, dans le cadre de l’ouverture des marchés publics à la concurrence internationale, à la relance de la procédure législative pour l’adoption de l’instrument de réciprocité pour les marchés publics avec les pays tiers proposé par la Commission en 2016. En effet, un tel instrument apparaît indispensable alors que, dans le cadre des négociations relatives à la révision de l’accord sur les marchés publics conduites au sein de l’OMC et de négociations bilatérales avec des pays tiers, l’Union a confirmé l’ouverture de ses marchés publics pour un montant de quelque 352 milliards d’EUR, tandis que certains signataires de cet accord ne couvrent que de manière limitée les marchés publics dans leurs listes (178 milliards d’EUR aux États-Unis et 27 milliards d’EUR au Japon); |
| 42. | invite tous les États membres à compléter le règlement sur le filtrage des investissements étrangers en Europe (20) par des mécanismes de contrôle au niveau national, notamment pour permettre aux États membres de s’assister mutuellement lorsqu’un investissement direct étranger dans un État membre est susceptible de porter atteinte à la sécurité ou à l’ordre public d’autres États membres; |
| 43. | se félicite que la Commission européenne ait imposé, en février 2019, des mesures de sauvegarde définitives en réponse à la décision des États-Unis d’imposer des tarifs douaniers sur les produits sidérurgiques. En effet, les importations de produits sidérurgiques vers l’Union européenne avaient fortement augmenté, menaçant ainsi sérieusement les entreprises sidérurgiques de l’Union européenne, qui se trouvent toujours dans une position de fragilité en raison d’une surcapacité continue sur le marché mondial de l’acier et d’un nombre sans précédent de pratiques commerciales déloyales de la part de certains partenaires commerciaux. Conformément aux engagements pris par l’Union européenne dans le cadre de l’OMC, ces mesures maintiennent un flux continu d’importations garantissant une concurrence effective sur le marché européen de l’acier et un choix suffisant pour les nombreux utilisateurs européens d’acier. Toutefois, compte tenu de la détérioration accrue des perspectives économiques de l’industrie sidérurgique, il convient de réexaminer rapidement ces mesures de sauvegarde et de les renforcer le cas échéant. |
Bruxelles, le 5 décembre 2019.
Le président
du Comité européen des régions
Karl-Heinz LAMBERTZ
(1) https://ec.europa.eu/info/sites/info/files/file_import/eu-competition-law_fr.pdf
(2) Avis du CdR — Une approche territorialisée de la stratégie de politique industrielle de l’Union européenne, 26 juin 2019, paragraphe 16.
(3) Voir le manifeste franco-allemand pour une politique industrielle adaptée au XXIe siècle, https://ue.delegfrance.org/manifeste-franco-allemand-pour-une
(4) Voir https://webgate.ec.europa.eu/competition/transparency/public
(5) https://ec.europa.eu/competition/state_aid/legislation/recovery_notice_fr.pdf
(6) JO L 248 du 24.9.2015, p. 9.
(7) Communication de la Commission concernant l’application, à partir du 1er août 2013, des règles en matière d’aides d’État aux aides accordées aux banques dans le contexte de la crise financière,
https://eur-lex.europa.eu/legal-content/fr/TXT/HTML/?uri=CELEX:52013XC0730(01)&from=FR
(8) Affaire T-202/10 RENV II: http://curia.europa.eu/juris/document/document.jsf?text=&docid=207808&pageIndex=0&doclang=fr&mode=lst&dir=&occ=first&part=1&cid=14523814
(9) Voir le paragraphe 41 de l’avis du CdR sur les «Aides d’État et services d’intérêt économique général»(ECON-VI-013), adopté le 11 octobre 2016.
(10) https://ec.europa.eu/info/law/better-regulation/initiatives/ares-2019-3777435_fr
(11) Directive (UE) 2019/944 du Parlement européen et du Conseil du 5 juin 2019 concernant des règles communes pour le marché intérieur de l’électricité et modifiant la directive 2012/27/UE (JO L 158 du 14.6.2019, p. 125).
(12) Lignes directrices concernant les aides d’État à la protection de l’environnement et à l’énergie pour la période 2014-2020, https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX%3A52014XC0628%2801%29
(13) https://eci.ec.europa.eu/008/public/#/initiative
(14) Paragraphes 29 à 31 du projet d’avis du CdR sur «La mutation des structures socio-économiques des régions charbonnières en Europe», rapporteur Mark Speich (PPE/DE), adoption de l’avis prévue lors de la session plénière des 8 et 9 octobre 2019.
(15) Affaire SA.48418 Bayerisches Gigabit Pilotprojekt – Allemagne, disponible à l’adresse suivante: http://ec.europa.eu/competition/elojade/isef/case_details.cfm?proc_code=3_SA_48418
(16) Avis du CdR du 28 novembre 2013 sur le thème «Lignes directrices de l’Union européenne sur les aides d’État aux aéroports et aux compagnies aériennes»(COTER-V-043).
(17) Voir la décision de la Commission européenne concernant l’aéroport d’Angoulême, 23 juillet 2014: http://europa.eu/rapid/press-release_MEMO-14-498_fr.htm
(18) http://ec.europa.eu/competition/publications/reports/kd0419345enn.pdf
(19) JO L 24 du 29.1.2004, p. 1.
(20) Règlement (UE) 2019/452 du Parlement européen et du Conseil.
Résolution du Parlement européen du 19 décembre 2019 sur la répression violente des récentes manifestations en Iran (2019/2993(RSP))
19/12/2019
Résolution du Parlement européen du 19 décembre 2019 sur la situation des droits de l’homme et de la démocratie au Nicaragua (2019/2978(RSP))
19/12/2019
Résolution du Parlement européen du 19 décembre 2019 sur la situation des Ouïgours en Chine («China Cables») (2019/2945(RSP))
19/12/2019
Résolution du Parlement européen du 19 décembre 2019 sur la commémoration du trentième anniversaire de la révolution roumaine de décembre 1989 (2019/2989(RSP))
19/12/2019