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AccueilDroit européen52019IR3729
Initiative législative52019IR3729

Avis du Comité européen des régions — La contribution des régions et des villes au développement de l’Afrique

CELEX52019IR3729
TypeInitiative législative
Datemercredi 12 février 2020

Résumé IA

Cet avis du Comité européen des régions souligne le rôle clé des collectivités territoriales européennes dans la mise en œuvre des partenariats avec l'Afrique, en insistant sur la décentralisation de la coopération. Il préconise une approche locale pour les projets de développement, notamment en matière de gouvernance, d'urbanisation durable et de transition numérique. Pour un professionnel du droit français, ce texte invite à intégrer les collectivités locales dans les stratégies de coopération internationale et à adapter les cadres juridiques pour faciliter ces partenariats décentralisés.

Texte intégral

29.4.2020

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 141/25


Avis du Comité européen des régions — La contribution des régions et des villes au développement de l’Afrique

(2020/C 141/06)

Rapporteur:

Robert ZEMAN (CZ/PPE), conseiller municipal de la ville de Prachatice

RECOMMANDATIONS POLITIQUES

LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS

Hypothèses de départ

1.

rappelle que le développement durable et le succès de la politique de développement sont tributaires de nombreuses autres questions et politiques et les affectent tout à la fois, qu’il s’agisse, par exemple, du, soutien général à l’établissement de relations personnelles et de cadres de coopération entre collectivités locales et pouvoirs régionaux, des politiques sociales et sanitaires, de la gestion de la migration, de la sûreté et de la sécurité, du soutien à un développement économique durable, notamment à l’intention des petites et moyennes entreprises, ou de la promotion des échanges de connaissances et d’une bonne administration. Pour nombre de ces questions, les collectivités locales et régionales sont des acteurs essentiels, aussi bien au sein de l’Union européenne qu’en dehors, et il importe donc au plus haut point de concevoir de nouvelles idées quant à la manière dont elles peuvent contribuer au développement durable, notamment en Afrique;

2.

appelle de ses vœux une approche globale de la part de l’Union européenne et souligne que, pour que les mesures proposées soient couronnées de succès, il est absolument nécessaire d’instaurer une coopération étroite avec les partenaires concernés des pays africains et les institutions internationales, par exemple le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) (1) ou l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) (2);

3.

fait observer qu’une coopération conçue à grande échelle en matière d’économie et de développement constitue l’un des moyens de s’attaquer aux causes profondes de la migration à destination de l’Union. Le CdR fait valoir que traiter le problème complexe, aux conséquences multiples, que constitue la migration nécessite et continuera de nécessiter la mobilisation d’un volume considérable de ressources publiques dans l’Union européenne. Une telle approche permettrait également de réduire les perceptions négatives de la migration vers le territoire de l’Union en matière sociale et de sécurité et d’atténuer certaines tensions au sein des sociétés européennes, qui alimentent l’extrémisme politique et social;

Travaux et avis du Comité des régions à ce jour

4.

dès lors, rappelle les travaux très importants déjà réalisés par le Comité des régions et ses avis élaborés par Hans Janssen, Peter Bossman et Jesús Gamallo Aller (3), et propose, dans le texte suivant, des idées pour avancer dans la réflexion ainsi que quelques mesures plus concrètes afin d’améliorer les conditions de vie et de favoriser le développement durable en Afrique pour contribuer à réduire les contraintes qui poussent les personnes à migrer (4);

5.

réitère son soutien à la proposition d’instrument de voisinage, de coopération au développement et de coopération internationale (IVCDCI), qui constitue une source capitale de financement pour un soutien ciblé en faveur du développement durable; le CdR réclame derechef la mise en place de programmes spéciaux dotés de leur propre budget, et pas uniquement dans le cadre de l’IVCDCI (5), qui serviront à soutenir les travaux des villes et des régions de l’Union européenne dans le domaine du développement, y compris divers projets à long terme en Afrique. Idéalement, de tels programmes pourraient être gérés directement par des régions européennes de l’ensemble de l’Union et seraient propres à permettre aux villes, municipalités, entreprises et organisations à but non lucratif de ces régions de participer à des projets qui, conformément aux objectifs de développement durable des Nations unies (6), visent à améliorer la qualité de vie dans des zones géographiques spécifiques;

6.

souligne que les programmes ainsi mis en place devraient être définis comme étant à long terme, afin de permettre à leurs participants de s’engager sur le long terme;

7.

estime qu’afin d’encourager les régions à participer à de tels programmes, et notamment celles qui ne disposent pas d’ores et déjà d’une expérience spécifique en matière de coopération au développement, il convient que lesdits programmes prévoient un système d’incitations et d’assistance technique;

8.

est convaincu que la mise en place de tels programmes spéciaux pourrait permettre aux régions, villes, entreprises, organisations non gouvernementales et citoyens européens vivant dans ces régions d’augmenter leurs chances d’agir pour favoriser le développement durable en dehors de l’Union européenne, d’approfondir leurs connaissances sur la vie dans d’autres régions du monde, notamment en Afrique, et d’accroître ce faisant leurs débouchés commerciaux;

9.

propose que ces programmes se fondent sur des appels à participation auprès des régions, en mettant tout particulièrement l’accent sur la coopération transfrontalière, afin de mutualiser les expériences, les ressources humaines, ainsi que le savoir-faire;

10.

demande que ces programmes soient aussi simples que possible du point de vue administratif;

Établir des relations personnelles, renforcer les capacités en tant qu’outil fondamental pour une coopération au développement efficace

11.

rappelle que certaines régions ultrapériphériques de l’Union entretiennent des liens historiques étroits avec l’Afrique et possèdent une expérience dans des domaines intéressant leurs voisins, et demande que l’on optimise les possibilités de coopération par-delà les frontières, en utilisant avec la plus grande souplesse qui soit les possibilités offertes pour la prochaine période dans le cadre de la coopération territoriale européenne et de l’instrument de voisinage, de coopération au développement et de coopération internationale (IVCDCI);

12.

estime qu’il est essentiel de tirer parti de la coopération et des alliances que les communes et les régions de l’Union européenne entretiennent avec leurs homologues africaines, afin de favoriser une approche de cohérence des politiques, ainsi que d’exploiter leur connaissance du développement et de la coopération régionale et de l’innovation (conformément à la stratégie de spécialisation intelligente);

13.

souligne qu’il est essentiel, pour la viabilité à long terme des projets, de renforcer autant que possible aussi bien les capacités que les relations directes entre citoyens afin de s’assurer que les deux parties s’approprient les projets et en accroissent ainsi l’incidence sur les citoyens concernés;

14.

est convaincu que la mobilité, le renforcement et l’expansion de véritables relations de partenariat, dans un premier temps par l’intermédiaire des représentants, et par la suite directement entre les simples habitants, des régions, villes et communes des pays de l’Union européenne et de l’Union africaine sont indispensables pour garantir, de la part du grand public, une large adhésion à la réalisation de tels projets. Les collectivités et organismes locaux font partie des instances politiques les plus respectées et légitimes pour mettre effectivement en œuvre des projets visant à améliorer la qualité de vie en Afrique;

15.

constate, à la lumière de l’expérience acquise par ses membres, que des relations personnelles suffisamment qualitatives, actives et diversifiées entre les décideurs politiques, la société civile et les citoyens sont essentielles car elles constituent la base pour la réalisation de projets spécifiques et sont propres à en assurer la viabilité et le bon fonctionnement à long terme;

16.

se dit convaincu qu’une sensibilisation de qualité aux conditions de vie réelles des citoyens ordinaires, tant de l’Union européenne que d’Afrique, constitue l’un des outils importants susceptibles de réduire l’intérêt que suscite la migration irrégulière à destination de l’Europe. Cette sensibilisation ne saurait se faire que par les seuls médias; elle doit aussi avoir lieu, autant que possible, au niveau des relations entre pairs, par exemple au moyen d’échanges directs entre les collectivités locales et régionales, lesquels sont susceptibles de favoriser une meilleure compréhension de leurs différentes réalités culturelles et socio-économiques et pourraient améliorer la mise en œuvre des projets de développement et qu’il convient dès lors de bâtir et aussi de soutenir financièrement;

17.

encourage les contributions les plus larges possible en provenance également des villes, des communes et des régions des États membres de l’Union qui n’ont pas actuellement de liens intenses de coopération au développement avec les pays africains; de tels apports pourraient permettre de parvenir à une mise en œuvre plus large, plus variée et plus efficace des projets et activités en vue de soutenir le développement durable dans des pays africains, tout en renforçant la légitimité de cette coopération aux yeux des citoyens de ces États membres. Afin de surmonter les difficultés culturelles et linguistiques, il est judicieux de prévoir également des partenariats régionaux et communaux trilatéraux;

Une approche globale de la coopération avec les régions et les communes d’Afrique en tant que socle d’une réussite à long terme

18.

souligne que le transfert de l’expérience des collectivités territoriales européennes s’agissant de mener à bien les tâches quotidiennes que représentent l’administration directe du territoire et la coopération mutuelle, notamment par-delà les frontières, associé à une approche globale qui ne soit pas axée sur la seule coopération au développement, fait partie des outils efficaces pour améliorer les conditions de vie dans les pays de l’Union africaine;

19.

suggère par conséquent que les projets de partage des bonnes pratiques, tels que l’initiative de Nicosie du CdR, constituent un instrument utile pour bâtir une coopération directe et concrète entre l’Union européenne et des pays tiers partenaires à l’échelon local et régional (7);

20.

propose que les projets administrés par les régions de l’Union visent à des partenariats resserrés avec leurs entreprises, leurs ONG ou leurs experts, sous la forme d’une coopération avec les communes, leurs entreprises, les organisations et les travailleurs d’Afrique actifs sur place. De tels projets doivent être axés sur les objectifs de développement durable (ODD) (8) (planification urbaine, approvisionnement en eau et traitement de celle-ci, gestion des déchets et valorisation de ceux-ci dans le cadre de l’économie circulaire, etc.), et répondre aux besoins des communautés de manière flexible et sur le long terme;

21.

est conscient que la mise en œuvre de projets visant à favoriser le développement durable en Afrique est une activité extrêmement complexe, exigeante et souvent risquée, et estime qu’il convient dès lors de créer des instruments supplémentaires pour aider les villes et les régions de l’Union européenne dans leurs projets de coopération, qui s’attacheraient au caractère durable des projets, à la sécurité et à la promotion d’activités conjointes propres à en encourager et à en stabiliser la mise en œuvre sur le long terme;

22.

propose que les projets, le partage de bonnes pratiques et les autres activités visent en particulier à stabiliser la situation de la jeunesse/des jeunes et à renforcer la place des femmes dans la société (9), aussi bien en tant que groupes qu’individus, y compris au moyen de la mise en œuvre entre pairs, permettant ainsi leur développement personnel et le renforcement de leur confiance en un avenir meilleur et, partant, de leur capacité à contribuer au caractère durable de leur environnement immédiat;

23.

considère que les petites et moyennes entreprises constituent le fondement d’une société civile fonctionnelle, moderne et stable, et propose dès lors, en plus des projets visant à promouvoir la création de telles entreprises en Afrique, que soient mises en œuvre des activités telles que des stages de travail au sein de l’Union, des séjours d’échange de travailleurs, la création éventuelle d’entreprises européennes et africaines communes, et tous les autres types d’activités susceptibles d’augmenter l’emploi dans les petites entreprises;

24.

est conscient du fait qu’il est nécessaire, d’une part, de soutenir les solutions locales dans les domaines de l’emploi, de l’entrepreneuriat, de la santé, de la protection de l’environnement et d’autres activités, mais aussi, dans le même temps, de contribuer à renforcer les échanges commerciaux mutuels, l’entrepreneuriat et la coopération au niveau international;

25.

note que toutes les activités visent à contribuer à améliorer la qualité de vie d’individus, de familles et de communautés locales spécifiques, afin de promouvoir la croissance de la classe moyenne en tant que vecteur d’une société stable et saine;

26.

est conscient que la réussite des projets visant à soutenir le développement durable doit être favorisée par des activités d’information sur les expériences de l’Union européenne, de ses États membres et de leurs collectivités locales et régionales susceptibles d’être utiles pour les partenaires locaux. En outre, il importe de chercher des personnes de contacts locales pour œuvrer aux projets réalisés ou pour aider les jeunes, les écoles et les organismes représentatifs d’intérêts à trouver des partenaires adéquats pour un partage d’expériences, des stages d’échange, etc.;

27.

propose de tirer parti des technologies de communication disponibles et des réseaux sociaux afin de diffuser des informations aussi fiables que possible, de la manière la plus large et dans le même temps la plus personnalisée possible, et ce sur la base de sources officielles de l’Union européenne et de ses régions, afin de réduire l’effet de la mésinformation et de la désinformation, tant au sein de l’Union européenne que sur les pays d’Afrique;

28.

estime que des relations et une coopération élargies entre des régions de l’Union européenne et de l’Union africaine peuvent conduire à l’avenir à porter ces relations à un niveau supérieur sur le plan qualitatif à l’échelon de l’Union européenne et de l’Union africaine. De nouvelles relations de partenariat d’égal à égal, plus resserrées, pourraient autoriser d’autres formes importantes de coopération et un développement progressif sur le plan économique et social, ce qui contribuerait également à une réduction des pressions migratoires;

Les projets pilotes en tant qu’élément indispensable pour vérifier dans la pratique les hypothèses théoriques du présent avis

29.

affirme sa conviction selon laquelle l’Union européenne devrait penser à l’échelle mondiale et agir à l’échelon local, et estime que l’approche de base de ce plan devrait toujours revêtir un caractère ascendant. Par conséquent, le présent avis souligne la nécessité de faire appel à l’expérience des collectivités régionales et locales européennes, ainsi qu’à celles des entreprises et des experts, pour assurer la bonne mise en œuvre des activités et des projets, et ce en coopération avec leurs homologues africains;

30.

l’objectif du présent avis est de favoriser autant que possible le développement durable de la société des villes et des communes des États africains; par conséquent, le CdR demande de lancer dès que possible des projets pilotes et d’autres activités en rapport, qui sont indispensables pour instaurer avec succès une aide à long terme aux États africains dans lesquels il est possible, pour des raisons politiques et de sécurité, de réduire l’intérêt pour la migration irrégulière non seulement vers les pays de l’Union européenne mais également au sein de l’Afrique.

Bruxelles, le 12 février 2020.

Le président du Comité européen des régions

Apostolos TZITZIKOSTAS


(1) https://www.unhcr.org/fr/

(2) https://www.iom.int/fr

(3) Avis du CdR sur les thèmes: «Le voisinage et le monde», rapporteur: Hans Janssen, 2018; Fonds «Asile et migration», rapporteur: Peter Bossman, 2018; «La migration le long de la route de la Méditerranée centrale», rapporteur Hans Janssen, 2017; «Cadre de partenariat avec les pays tiers en matière de migration», rapporteur: Peter Bossman, 2017; «Proposition concernant un nouveau consensus européen pour le développement — Notre monde, notre dignité, notre avenir», rapporteur: Jesús Gamallo Aller, 2017; «Protection des réfugiés dans leur région d’origine: une nouvelle perspective pour 2016»; rapporteur: Hans Janssen, 2016; et «Une vie décente pour tous: de la vision à l’action collective», rapporteur: Hans Janssen, 2015.

(4) Rapport de la Fondation Mo Ibrahim: https://mo.ibrahim.foundation/sites/default/files/2020-01/2019_Forum_Report_2.pdf

(5) Avis du CdR sur «Le voisinage et le monde», rapporteur: Hans Janssen, 2018.

(6) Objectifs de développement durable des Nations unies (ODD): https://www.undp.org/content/undp/fr/home/sustainable-development-goals.html

(7) Initiative de Nicosie: https://cor.europa.eu/fr/our-work/Pages/Libya.aspx

(8) Objectifs de développement durable des Nations unies (ODD): https://www.undp.org/content/undp/fr/home/sustainable-development-goals.html

(9) Rapport de la Fondation Mo Ibrahim: https://mo.ibrahim.foundation/sites/default/files/2020-01/2019_Forum_Report_2.pdf


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