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AccueilDroit européen52020AE2821
Avis institutionnel52020AE2821

Avis du Comité économique et social européen sur la proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil relatif à l’établissement d’un programme d’action de l’Union dans le domaine de la santé pour la période 2021-2027 et abrogeant le règlement (UE) n° 282/2014 (programme «UE pour la santé») [COM(2020) 405 final — 2020/0102 (COD)]

CELEX52020AE2821
TypeAvis institutionnel
Datevendredi 18 septembre 2020

Résumé IA

Cet avis du Comité économique et social européen (CESE) soutient la proposition de règlement établissant le programme «UE pour la santé» pour 2021-2027, tout en formulant des recommandations pour renforcer son efficacité. Le CESE insiste notamment sur la nécessité d'une approche intégrée de la santé, d'un financement suffisant et d'une meilleure coordination entre les États membres pour faire face aux crises sanitaires et aux défis structurels des systèmes de santé. Pour un professionnel du droit français, cet avis constitue un élément de contexte important pour comprendre les objectifs et les priorités politiques de ce programme d'action européen.

Texte intégral

11.12.2020

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 429/251


Avis du Comité économique et social européen sur la proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil relatif à l’établissement d’un programme d’action de l’Union dans le domaine de la santé pour la période 2021-2027 et abrogeant le règlement (UE) no 282/2014 (programme «UE pour la santé»)

[COM(2020) 405 final — 2020/0102 (COD)]

(2020/C 429/32)

Rapporteur général:

Antonello PEZZINI (IT-I)

Corapporteur général:

Alain COHEUR (BE-III)

Consultation

Parlement européen, 17.6.2020

Conseil, 10.6.2020

Base juridique

Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Décision de l’assemblée plénière

9.6.2020

Compétence

Section «Emploi, affaires sociales et citoyenneté»

Adoption en session plénière

18.9.2020

Session plénière no

554

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

218/0/2

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le CESE souligne que la pandémie de coronavirus a mis en exergue plus que jamais l’importance du renforcement du rôle de l’Union européenne en matière de santé, de sa capacité de réaction, de gestion et de coordination et de ses compétences par une «Union européenne de la santé», afin de répondre aux souffrances endurées par les citoyens et les acteurs de la santé dont le personnel médical et paramédical en première ligne ainsi qu’à leurs attentes pour une politique européenne de santé publique effective au moyen d’une articulation entre les niveaux de pouvoir européen, nationaux et régionaux déployée dans le cadre d’une gouvernance à multiniveaux (1).

1.2.

Le CESE salue la proposition «Programme UE pour la santé» de la Commission européenne de mai 2020 mobilisant des fonds dédiés, à la fois dans l’instrument de relance «Next Generation EU» et dans le budget pluriannuel «CFP 2021-2027» et déplore les coupes budgétaires réalisées par le Conseil européen de juillet 2020, alors que la santé publique est confrontée, à court terme et à long terme, à des défis politiques, sociaux, économiques, numériques et environnementaux complexes pour lesquels des mesures innovantes, transversales et intégrées et des investissements stratégiques d’envergure (dans le social et la santé) sont nécessaires.

1.2.1.

Pour le CESE, une «Europe à la carte» (2) (dite «Europe à plusieurs vitesses») ne peut constituer la voie à suivre pour répondre aux enjeux actuels dépassant les frontières nationales et ne permet pas d’œuvrer à un projet d’intégration européen ambitieux et solidaire, fondé sur l’«unité dans la diversité» et guidé par des objectifs de coopération communs.

1.3.

Le CESE appelle les institutions européennes et les États membres à faire preuve de volonté politique en vue d’un «Pacte de santé pour l’avenir de l’Europe», conformément aux valeurs fondamentales de l’Union européenne, dont la solidarité européenne, et aux engagements pris aux niveaux international (objectifs de développement durable, promotion des droits humains et application de conventions internationales) et européen (priorités de la présidence allemande du Conseil de l’Union européenne, concrétisation du socle européen des droits sociaux).

1.4.

Le CESE demande au Parlement européen, en sa qualité de «colégislateur», de mener les négociations avec le Conseil pour une augmentation des moyens financiers alloués au programme santé et aux autres instruments à utiliser en synergie dans le domaine de la santé (recherche, cohésion et coopération transfrontalière), de même que pour un recours spécifique aux fonds du mécanisme européen de stabilité afin de sortir de l’austérité.

1.5.

Le CESE insiste pour que, dans la mise en œuvre du programme, une attention spécifique soit accordée à la lutte contre les inégalités sociales en matière de santé, à l’accessibilité à des soins de santé de qualité, à la continuité des soins (y compris transfrontaliers) en toutes circonstances, à l’appui et à la consolidation des systèmes de santé à couverture universelle et au développement de l’action européenne multidimensionnelle en santé publique, en lien avec les principes du socle européen des droits sociaux, dont les «soins de santés», l’«inclusion des personnes ayant un handicap» et les «soins de longue durée».

1.5.1.

Le CESE demande, plus précisément, que des lignes directrices européennes soit adoptées pour répondre aux besoins des plus vulnérables d’entre nous que sont les personnes précarisées, les personnes âgées et les personnes en situation de handicap, surtout lorsqu’elles doivent vivre dans des lieux accueillant un grand nombre de résidents, toutes ces personnes ayant été frappées de plein fouet par la pandémie et ses conséquences, dans l’ensemble de l’Europe.

1.5.2.

Une attention particulière doit être accordée au renforcement des droits des personnes âgées et en situation de handicap et, notamment, à la définition d’un cadre d’évaluation conjointe intégrant une planification personnalisée, une préférence pour l'assistance à domicile ou dans les petites résidences, des critères de qualité et d’accessibilité pour la prise en charge résidentielle et les soins de longue durée dont elles ont besoin. Les taux de mortalité très élevés dans de nombreux établissements pour les personnes âgées et en situation de handicap doivent mobiliser l’attention afin d’améliorer la gestion de ceux-ci, remise en cause dans de nombreux pays de l’UE. Et, de manière générale, toute la politique de soutien aux personnes âgées devrait être revue entre autres dans le cadre des travaux de la Commission européenne sur les conséquences de l'évolution démographique en Europe. À l'instar de ce qui a déjà été fait sur des déterminants de la santé spécifiques, le CESE demande l'élaboration de lignes directrices claires et innovantes plaçant l’Humain et les droits humains, des aînés et des plus fragilisés, au cœur des priorités.

1.6.

Le CESE considère comme prioritaire une gouvernance européenne en matière de santé cohérente qui intègre également des modalités d’implémentation du programme pour la santé et qui soit assortie des financements adéquats et d’initiatives matérialisant l’«Europe de la santé», et il plaide pour une approche opérationnelle de la «santé dans toutes les politiques».

1.7.

Le CESE propose qu’au regard de l’urgence que nous vivons, des risques de résurgence de pandémies et des expériences inspirantes qui existent dans le cadre de l’«Europe de l’énergie» et des dispositifs liés à la défense et à la protection civile, un mécanisme de coordination et d’intervention rapide européen soit déployé au plus vite.

1.8.

Il convient de créer sans délai un groupe de travail composé d’experts agissant en tant que coordinateurs des savoirs et des ressources, pour mettre en réseau les meilleures centres de virologie et d’épidémiologie et les meilleures compétences en matière de diagnostic.

1.9.

Le CESE suggère que ce groupe de travail, en collaboration avec les unités d’intervention d’urgence des armées, dresse un inventaire des ressources disponibles et pouvant être allouées aisément — y compris les services d’urgence — et prévoie le déploiement d’unités mobiles. Il doit mettre en réseau les meilleures ressources disponibles en matière d’intelligence artificielle et d’appui informatique, pour pouvoir développer des simulations et des stratégies.

1.9.1.

Ce groupe devrait également approfondir les aspects liés à l’état de santé de l’ensemble du personnel médical, ce qui est non seulement fondamental pour le droit à la santé, mais aussi pour pouvoir répondre efficacement à une nouvelle crise éventuelle. En outre, le groupe de travail pourrait jeter les bases d’une spécialisation européenne en médecine de crise et d’urgence, comme le suggère le document de la Commission.

1.9.2.

L’ampleur des dépenses pouvant être consacrées à cette opération essentielle semble très limitée, car la plupart des membres de ce groupe de travail dépendent déjà d’universités, d’instituts de recherche ou de corps médicaux militaires.

1.9.3.

Le CESE juge de la plus haute importance que ce groupe de travail soit immédiatement opérationnel.

1.9.4.

Le CESE regrette que, lors de la pandémie qui perdure aujourd’hui, la Commission européenne n’ait pas fait entendre sa voix, qui fait autorité. En faisant appel aux experts européens du plus haut niveau, elle aurait pu apporter de la clarté en ce qui concerne les périmètres sanitaires et l’impact du virus sur la population et démonter certaines thèses, souvent opposées, concernant les caractéristiques et l’évolution de la maladie. Face à de précédentes épidémies, les institutions européennes ont répondu par des actions tangibles, par exemple par la création de la direction générale de la santé (DG SANTE) ou encore par la mise en place du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC). Pour le CESE, cette dynamique se doit d’être poursuivie.

1.10.

Le CESE estime que des résultats tangibles ne peuvent être obtenus par le programme santé qu’avec une approche inclusive, associant les organisations internationales (dont l’Organisation mondiale de la santé avec laquelle la collaboration et les synergies sont à approfondir), la Convention relative aux droits des personnes handicapées (CNUDPH) et les acteurs de la santé au plus proche de la réalité des citoyens, et moyennant une évaluation régulière des objectifs.

1.11.

Le CESE insiste sur la valeur du personnel de santé, qui travaille dans un secteur particulièrement sensible et difficile, et demande qu’on lui accorde une attention permanente de manière à pouvoir prévenir ses exigences en matière de formation, de structures, d’équipements de protection et de bien-être économique et social.

1.12.

Le CESE soutient fermement les partenariats public-privé européens dans le domaine de la santé, à l’instar de l’initiative commune IMI 2, et soutient les efforts conjoints visant à renforcer la dimension technologique et productive européenne, grâce à un engagement plus ferme des communautés scientifiques et sanitaires européennes en faveur d’un véritable espace européen de la santé.

2. Tirer des enseignements de la crise multidimensionnelle générée par la pandémie de coronavirus

2.1.

La pandémie de coronavirus a mis en lumière la fragilité des systèmes de santé de nombreux pays dans le monde, dont ceux des États membres de l’Union européenne qui ont souffert de la faiblesse des investissements publics et de l’application directe des impératifs de la gouvernance économique européenne imposant des mesures de contrainte budgétaire. Les montants de financement des systèmes de santé varient donc considérablement d’un État membre à l’autre, tout comme les montants alloués par chacun d’entre eux à la lutte contre la pandémie de coronavirus.

2.2.

L’Europe est confrontée à une triade de menaces formée par des pandémies incontrôlées et l’accroissement des inégalités sociales en matière de santé, des lacunes dans l’arsenal des mesures de politique économique et des «cygnes noirs» géopolitiques, laquelle est en mesure de mettre à rude épreuve la santé et le bien-être de ses citoyens, de faire basculer l’économie mondiale dans une dépression persistante et de provoquer un effondrement et des mouvements de fuite sur le marché financier.

2.3.

La crise du coronavirus a souligné, une nouvelle fois, l’importance de rétablir l’équilibre entre l’activité humaine et la nature. L’impact de l’environnement (avec les changements climatiques, la qualité de l’air, la biodiversité, les systèmes alimentaires, etc.) sur la santé n’est plus à démontrer.

2.3.1.

Il serait très utile que la Commission et le Parlement européen, tous deux vivement attachés aux enjeux du développement durable, de l’environnement et de la biodiversité, fassent entendre leur voix et, surtout, avec l’aide des principaux experts européens, fournissent aux citoyens européens, en ces moments pénibles, des indications et des solutions possibles fondées sur des bases scientifiques leur permettant de faire face de manière plus sûre à la situation sanitaire difficile qui provoque désarroi et douleur.

2.4.

Les maladies non transmissibles (MNT) ne cessent d’augmenter en Europe et sont la principale cause d’invalidité et de décès en Europe: les maladies cardiovasculaires, le diabète, le cancer et les maladies respiratoires représentent 77 % de la charge de morbidité et 86 % de la mortalité prématurée. De nombreuses MNT sont liées à la combinaison de plusieurs facteurs, dont les facteurs environnementaux.

2.5.

Le «pacte vert» présenté par la Commission européenne pose les fondements d’une nouvelle stratégie de croissance durable et inclusive visant à améliorer la santé et la qualité de vie des personnes, à préserver la nature et à ne laisser personne de côté.

2.6.

Les zones frontalières se prêtent particulièrement bien à une action politique européenne dans le domaine de la santé. Ces zones constituent, la plupart du temps, une aire géographique à forte mobilité. Elles ont été les premières à pouvoir bénéficier d’accords ou de conventions passés entre pays limitrophes pour améliorer l’accessibilité aux soins.

2.7.

Or, la coopération transfrontalière en matière de santé instaurée depuis plus de 20 ans par les programmes INTERREG et faite de concertation, de construction, d’organisation, de solutions parfois complexes entre les acteurs, a été balayée en quelques heures par l’arrivée de la COVID-19 et par la fermeture unilatérale des frontières, sans aucune prise en considération des réalités transfrontalières ni aucune volonté de maintenir cet esprit de coopération.

3. Renforcer les systèmes de santé et la capacité d’agir de l’Union européenne (UE)

3.1.

La pandémie de COVID-19 a eu — et continue d’avoir — une incidence majeure aux niveaux mondial, européen et transfrontalier, en particulier sur les citoyens et la société ainsi que sur les structures économiques, sociales et des soins de santé, et a mis en évidence la nécessité manifeste de renforcer les systèmes sanitaires et de gestion des crises.

3.2.

La politique de l’UE en matière de santé vise à promouvoir la santé, à assurer la protection contre les risques sanitaires et à coordonner les stratégies entre les États membres de l’Union européenne. La pandémie de COVID-19 a montré que ceux-ci doivent impérativement coopérer et se coordonner pour faire face aux crises.

3.3.

Afin de répondre efficacement à toute nouvelle menace transfrontière qui pourrait se présenter pour la santé, il convient de renforcer la capacité de réaction de l’UE dans les situations d’urgence, de manière générale en lien avec la concrétisation du socle européen des droits sociaux (notamment, de son principe 16) et des compétences européennes étendues en matière de santé, y compris par la révision des traités européens.

3.4.

Si l’UE ne dispose, actuellement, que de compétences d’appui en matière de santé publique, facteur qui limite sa marge d’action, elle agit en la matière par le biais de ses autres politiques, notamment dans le cadre du cycle de coordination des politiques menées dans le domaine économique et dans celui du marché intérieur.

3.5.

Dans le contexte de «l’avenir de l’Europe», une Europe de la santé doit constituer une priorité: le programme «L’UE pour la santé» constitue un premier pas dans cette direction.

3.6.

L’UE a pris plusieurs initiatives, à poursuivre et à consolider, dont deux peuvent être évoquées plus particulièrement: les réseaux européens de référence (RER) et les plans européens.

3.7.

Depuis 2017, les RER sont conçus pour mettre en relation des experts européens des maladies rares. Ils veillent à ce que l’information circule plutôt que le patient, afin d’assurer la meilleure prise en charge possible sans les inconvénients inhérents à un déplacement du patient. Aujourd’hui, plus de 900 unités de soins de santé hautement spécialisées dans plus de 300 hôpitaux sont concernées. Ce modèle pourrait être reproduit pour d’autres pathologies.

3.8.

En ce qui concerne la gouvernance et les modalités d’action, l’UE dispose de cinq agences auxquelles s’ajoutent d’autres dispositifs dont le «Corps médical européen» ou «Casques blancs» afin de réagir plus rapidement aux situations d’urgence.

3.9.

S’agissant des questions relatives à la santé, les autorités nationales bénéficient du soutien de deux agences spécialisées. D’une part, le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (3) (ECDC) évalue et surveille les risques sanitaires émergents afin de coordonner les réponses à ceux-ci. D’autre part, l’Agence européenne des médicaments (4) gère l’évaluation scientifique de la qualité, de la sécurité et de l’efficacité de tous les médicaments disponibles dans l’UE. D’autres agences jouent un rôle connexe important.

3.10.

La crise actuelle de la COVID-19 a révélé qu’aujourd’hui plus que jamais, une plus grande priorité doit être accordée à l’allocation de moyens à la santé dans le futur cadre financier pluriannuel.

3.11.

L’expérience de la crise a montré qu’il faut consentir davantage d’efforts pour que les systèmes de santé soient prêts d’une part à fournir des services de pointe, des médicaments, des produits médicaux et des technologies médicales et d’autre part, à faire face à des épidémies et à d’autres crises ou défis imprévisibles.

3.12.

Il est nécessaire de disposer d’un système à l’épreuve du temps et des crises pour garantir l’accès en temps utile et en toutes circonstances à des médicaments sûrs, de qualité et efficaces et pour remédier aux pénuries et à la dépendance à l’égard des importations de médicaments et de principes pharmaceutiques actifs en raison d’une fabrication en dehors de l’UE et, surtout, pour renforcer la coopération et la coordination entre les autorités de réglementation en cas de menaces émergentes pour la santé.

3.13.

Il convient d’investir dans les territoires, en renforçant l’assistance territoriale et à domicile afin d’assurer la proximité avec les citoyens grâce à des technologies permettant le suivi à distance, à la télémédecine, à des applications ou à des dispositifs médicaux issus de la médecine dite «des quatre P» (prédictive, préventive, personnalisée et participative), ainsi que d’investir dans le renforcement de l’assurance-santé obligatoire, dans un premier temps au niveau national, et ensuite dans le cadre d’une coordination étendue au niveau de l’UE (5).

4. Doter l’Europe des moyens de ses ambitions

4.1.

Les investissements en matière de santé et les différents programmes financiers doivent être articulés, avec une vision transversale. Les aspects tant curatifs que préventifs et promotionnels doivent être pris en considération.

4.2.

Le programme «Horizon Europe» prévoit en outre une série de nouvelles «missions», c’est-à-dire des partenariats de recherche caractérisés par des objectifs ambitieux visant à résoudre des problèmes urgents qui ont des répercussions sur le quotidien des citoyens.

4.3.

La numérisation du secteur de la santé sera un volet important des politiques de financement européennes. À cet égard, le pôle «Santé» du programme «Horizon Europe» prévoit une enveloppe de plus d’un milliard d’euros pour la seule élaboration de solutions relevant des technologies de l’information et de la communication (TIC) en matière de prévention, de diagnostic, de traitement et de soins.

4.4.

Le mécanisme pour l’interconnexion en Europe (MIE) alloue quelque 80 millions d’euros au développement et à l’interopérabilité des systèmes de santé en ligne. Le futur programme pour une Europe numérique prévoit également de soutenir la création et le renforcement d’un espace européen commun des données relatives à la santé, qui inclue la normalisation des types de données partagées, un accord sur des indicateurs communs et la participation active d’Eurostat concernant ces derniers.

4.5.

L’instrument d’aide d’urgence au sein de l’UE a été renforcé dans le secteur de la santé. La réserve «rescEU», qui fait partie du mécanisme de protection civile de l’UE (6), est axée sur la réponse rapide et directe à la crise sanitaire.

4.6.

Dans le cadre des programmes de coopération transfrontalière INTERREG gérés de façon déléguée, la santé doit être promue comme thème prioritaire.

5. Déployer une réponse européenne ambitieuse et commune dans le cadre de la relance

5.1.

Dans une résolution du 17 avril 2020 (7), le Parlement européen a demandé qu’un budget spécifique soit dégagé pour soutenir les systèmes de santé nationaux pendant la crise au moyen d’investissements plus importants visant à rendre les systèmes de santé européens plus résilients et à aider les pays en difficulté; il a par ailleurs appelé de ses vœux la création d’un nouveau programme européen autonome en matière de santé.

5.2.

Le CESE a exprimé à plusieurs reprises son point de vue sur la politique européenne en matière de santé (8). Dès le 17 mars 2020, le Comité et ses membres ont appelé à davantage de solidarité et à une action commune à l’échelon européen visant à lutter efficacement contre les conséquences de la pandémie.

5.3.

Comme la relance, les différentes mesures adoptées par les institutions européennes dans le cadre de «L’UE pour la santé» se doivent d’être inclusives et d’associer l’ensemble des acteurs de la santé (organisations d’assurance maladie, mutuelles, etc.).

6. Mettre en œuvre un programme de santé intégré et intersectoriel

6.1.

Le CESE se félicite de l’initiative de la Commission européenne qui vise à apporter une réponse coordonnée, intégrée et gérée au niveau européen aux crises sanitaires dues à des pandémies, en donnant une dimension pleinement européenne à la politique en matière de santé, aux réseaux de prévention et de diagnostic précoce à distance, au renforcement de l’innovation et à la recherche dans le domaine de la santé ainsi qu’au déploiement des technologies numériques dans le secteur de la santé.

6.2.

Le Comité souligne notamment la nécessité d’améliorer la coordination au niveau européen en ce qui concerne les objectifs relatifs aux maladies non transmissibles et aux maladies chroniques invalidantes, et attire l’attention sur la protection des groupes vulnérables de la société, les aspects liés à la santé mentale et la lutte contre la perte d’autonomie des personnes âgées.

6.3.

Le CESE met l’accent sur l’importance du concept «une seule santé» qui a été adopté, sachant qu’il ne peut, d’une manière générale, y avoir de réponse qui ne concerne qu’un seul secteur et de solution qui réside uniquement dans l’amélioration des thérapies; il est évident qu’il faut éliminer les points faibles de la santé publique en adoptant une approche globale et intégrée.

6.4.

Le Comité considère que la coordination est un aspect fondamental, qui ne saurait être relégué parmi les quelque 70 actions éligibles, au même titre que la création et l’exploitation éventuelles d’un «mécanisme de coordination intersectorielle du concept “Une seule santé”». Le CESE estime qu’il convient d’accorder la priorité à cet aspect, étant donné que la gestion d’un mécanisme de coordination intersectorielle est un élément clé de la lutte contre les crises.

6.5.

Le Comité juge important que l’approche proposée permette de prendre en compte l’équilibre entre la santé humaine et la santé animale (voir le rôle possible des réservoirs animaux dans l’apparition de maladies transmissibles) ainsi que les écosystèmes (par exemple, l’attention portée à l’incidence de l’élimination des déchets sensibles au cours d’une crise), et de faire en sorte que la protection des groupes vulnérables soit au cœur des stratégies de résilience face aux crises.

6.6.

Le CESE est toutefois préoccupé par le fait que la coordination de cette approche de défense et de prévention contre les menaces transfrontières graves pour la santé et les pandémies soit confiée à une pluralité d’agences (9) qui ont un contexte, des missions et des compétences spécifiques et ne semblent pas en mesure de se coordonner de manière automatique et efficace au cas où elles devraient se mobiliser et apporter une réponse urgente et intégrée.

6.7.

Le CESE met l’accent sur le fait que les agences devraient agir ensemble, avec un mécanisme de coordination transsectoriel et constituer le moteur des propositions de l’UE en travaillant de concert.

6.8.

En lien avec la gouvernance et le rôle des agences, les capacités d’action de la direction générale de la santé et de la sécurité alimentaire (DG SANTE) de la Commission européenne, son articulation avec la direction générale de l’emploi, des affaires sociales et de l’inclusion (DG EMPL) et leur suivi transversal de toutes les politiques européennes du point de vue des questions sociales et de santé doivent être renforcés.

6.9.

Le CESE est convaincu qu’il convient de prendre dûment en compte le fait que trois épidémies de coronavirus successives ont mis en évidence, dans le monde et tout récemment aussi en Europe, que l’absence de réponse immédiate et intégrée, les lacunes en matière de gestion des informations, l’incapacité mais aussi le manque de volonté de coordonner les réponses, le manque de ressources, mais plus encore l’absence de mobilisation et de gestion stratégique des ressources potentiellement disponibles, ont permis aux épidémies de se propager, alors que leur incidence aurait pu être moins importante.

6.10.

Le Comité souligne que le facteur qui a le plus entravé la réaction à la COVID-19 dans de nombreux pays du monde et, du moins en partie, en Europe, est l’absence de capacités en matière d’alerte et de réaction intégrée. Face à la nécessité d’une action urgente, la situation a été aggravée par l’absence de capacité juridique à mettre en œuvre rapidement les règlements d’urgence transitoires. Il serait par conséquent opportun d’examiner la possibilité de mettre en place un mécanisme européen d’alerte précoce.

6.11.

Le CESE insiste sur la nécessité d’exempter la santé de toute mesure de fermeture des frontières. «La santé ne peut avoir de frontière»: ce principe doit être inscrit dans les traités européens. À cet égard, le CESE plaide pour la reconnaissance de la mobilité du personnel de la santé et des patients.

6.12.

La Cour des comptes s’est prononcée à plusieurs reprises sur la nécessité d’améliorer la présence et l’action de l’Europe en matière de systèmes de santé, afin qu’ils soient plus proches des citoyens européens par-delà les frontières et qu’ils améliorent les services qu’ils prodiguent, en particulier pour les personnes les plus fragiles et les plus faibles économiquement. Le CESE invite la Commission à mettre en exergue les valeurs sociales qui sont clairement énoncées dans les traités et qui doivent devenir, concrètement, la référence culturelle et l’axe d’action d’une Union européenne de la santé.

6.13.

Le CESE appuie la Cour des comptes qui s'est prononcée à plusieurs reprises sur la nécessité d'améliorer l'action de l'Union européenne en matière de santé, d’œuvrer à la convergence des systèmes de santé par-delà les frontières au bénéfice des citoyens européens et de renforcer l’accessibilité des services de santé, en particulier pour les personnes les plus fragiles et les plus faibles économiquement.

7. Adapter les mesures opérationnelles, fonctionnelles et stratégiques

7.1.

Il est certainement utile de renforcer les ressources humaines et financières, mais si l’on avait mené une action intégrée et fait preuve d’un sens de la coopération plus élevé, on aurait pu disposer, avec les ressources disponibles alors, d’équipements et de compétences suffisants pour bloquer les épidémies.

7.2.

Coordination et coopération sont dès lors fondamentales pour répondre aux besoins créés par l’urgence sanitaire, soutenir l’activité économique et préparer le terrain en vue de la reprise.

7.3.

Le CESE estime qu’il est indispensable de prévoir la mise en place d’un organisme d’analyse, de prévention dans le contexte de l’ECDC et de simulation des réponses, qui soit en mesure de fournir des données essentielles pour planifier les stratégies et de mobiliser, à très brève échéance, les meilleures ressources disponibles.

7.4.

Appliquer l’approche des RER (10) à d’autres secteurs permettrait de créer des groupes capables de recruter les meilleures talents disponibles en Europe dans des secteurs utiles pour lutter contre la crise et de jeter les bases de synergies.

7.5.

Toutefois, le CESE considère que cette approche est insuffisante, car le véritable problème réside dans la coordination et la finalisation des travaux de ces réseaux (en d’autres termes la création et la gestion de réseaux de réseaux).

7.6.

Il convient de développer des campagnes et des plans européens mettant davantage l’accent sur les plus vulnérables, et portant, entre autres, sur la promotion de modes de vie sains, la prévention et le dépistage, la mise en place de parcours de soins et de bien-être intégrés, et la lutte contre les inégalités sociales, etc.

8. Suivre la réalisation des objectifs par un monitoring régulier et une approche inclusive

8.1.

Le CESE souligne qu’une attention particulière doit être accordée aux indicateurs permettant de contrôler et de vérifier la qualité des objectifs du programme. S’il est indispensable de disposer d’indicateurs généraux, ou «macro-indicateurs», l’objectif consistant à promouvoir et à mettre en œuvre les ressources européennes dans un contexte de crise(s) requiert un système flexible qui, pour répondre aux besoins ponctuels et évolutifs, doit être capable de produire en continu des «micro-indicateurs» ad hoc afin de satisfaire les besoins permanents pour lesquels il a été créé.

8.2.

De l’avis du Comité, il serait nécessaire de créer un groupe de professionnels de la santé issus des États membres et d’experts de différentes disciplines. Un certain nombre d’entre eux au moins devraient disposer d’une expertise spécifique dans la lutte contre les urgences sanitaires, et les autres devraient avoir une expérience des méthodes de travail intégrées, comme c’est le cas dans les domaines de la recherche, de la protection civile et de la médecine militaire au niveau européen.

8.3.

Le CESE salue le programme de la Commission mettant en évidence la nécessité de disposer d’un mécanisme de surveillance des crises. Dans ce cadre, en plus des mesures proposées axées sur la production d’équipements et de technologies, le CESE rappelle l’importance de mettre en place un système de coordination, de planification, de suivi et de pilotage stratégique aux fins de prévention et d’interventions précoces.

8.4.

Si, dans le domaine de la santé, l’Union doit apporter un soutien aux États membres, dans celui de la formation, elle joue un rôle fondamental. À cet égard, il convient de renforcer son rôle de vérification des différents organismes actifs dans le secteur de la formation aux métiers de la santé (l’Union doit notamment jouer un rôle central dans les cliniques universitaires pour ce qui concerne leurs missions de formation, y compris en matière de santé).

8.5.

Le CESE est favorable à une participation égalitaire des hommes et des femmes aux processus de décision: au delà des cadres juridiques utiles, l’équilibre entre les sexes en matière de processus décisionnel et dans la vie politique, économique et sociale peut être réalisé notamment grâce à une approche qui intègre la dimension de genre au niveau social et familial.

8.6.

De l’avis du CESE, il serait souhaitable que l’Union assure un suivi constant de la qualité concernant ces segments de la santé. Ce suivi devrait notamment être axé sur la nécessité, pour les États membres, de garantir des espaces sanitaires adéquats et des structures pour une formation conforme aux exigences communautaires.

8.7.

Le CESE rappelle que les avantages offerts par le numérique pourraient bénéficier à l’égalité d’accès aux soins de santé pour autant que différentes conditions soient réunies:

—

une couverture territoriale égale,

—

la réduction de la fracture numérique,

—

l’interopérabilité de l’ensemble de l’architecture numérique,

—

la conformité au règlement général sur la protection des données sanitaires (11).

9. Appuyer le personnel de la santé

9.1.

Le CESE est convaincu qu’il convient d’accroître la participation directe de l’Union à la formation du personnel de santé, étant donné notamment que le renforcement des systèmes de protection civile rend nécessaire la création d’une nouvelle profession: expert en coordination et en suivi des crises. Un professionnel présentant ce profil devait être disponible dans toutes les sections territoriales de la protection civile.

9.2.

Une action pilote pourrait être envisagée afin de créer une école européenne proposant une formation de troisième cycle organisée en coopération avec des universités européennes.

9.3.

Outre la formation, le CESE reconnaît l’importance pour l’UE d’œuvrer à des conditions de travail dignes pour le personnel de santé, «héros» de la crise.

10. Faire de l’UE une pionnière en matière de recherche

10.1.

S’agissant de la politique de soutien à la recherche portant sur des médicaments susceptibles d’être utiles en cas de crise, il convient de noter que certains pans de celle-ci, en particulier la recherche sur les médicaments déjà utilisés dans des conditions similaires, concernent des médicaments présentant un faible intérêt pour le marché parce qu’ils ne sont pas brevetés. C’est la raison pour laquelle il convient d’intensifier également la recherche indépendante, y compris sur une question aussi sensible que celle des vaccins, notamment aux fins de garantir une souveraineté européenne en matière de technologie et de production dans ce domaine.

10.2.

Il ressort de travaux menés récemment que les principales universités ne sont plus aussi bien classées en ce qui concerne la production scientifique (2015-2019) — une tendance nettement plus marquée en Europe puisqu’une seule université européenne figure parmi les 30 premières. En revanche, les entreprises spécialisées dans les services relatifs à l’internet, aux technologies et à l’analyse de données n’ont cessé de gagner en importance dans le domaine de la recherche.

10.3.

Le CESE estime qu’il convient d’établir des synergies entre le programme «L’UE pour la santé» pour la période 2021-2027 et tous les autres programmes et fonds destinés à la recherche et à l’innovation technologique dans le secteur de la santé. Ces synergies permettraient de stimuler l’innovation et la production de brevets ainsi que d’accompagner et de soutenir une production biomédicale de haut niveau.

Bruxelles, le 18 septembre 2020.

Le président du Comité économique et social européen

Luca JAHIER


(1) Comité des régions, «Charte pour la gouvernance à multiniveaux».

(2) EUR-Lex.

(3) https://www.ecdc.europa.eu/en.

(4) https://www.ema.europa.eu/en.

(5) JO C 434 du 15.12.2017, p. 1.

(6) https://what-europe-does-for-me.eu/fr/portal/2/X07_26001.

(7) https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/TA-9-2020-04-17-TOC_FR.html.

(8) Règlement relatif à l’initiative d’investissement en réaction au coronavirus, EESC-2020-01536-00-01-PAC-TRA (ECO/515, en cours); JO C 227 du 28.6.2018, p. 11; JO C 240 du 16.7.2019, p. 10; JO C 271 du 19.9.2013, p. 122; JO C 14 du 15.1.2020, p. 52; JO C 434 du 15.12.2017, p. 1; JO C 242 du 23.7.2015, p. 48; JO C 116 du 20.4.2001, p. 75; JO C 255 du 22.9.2010, p. 76; JO C 143 du 22.5.2012, p. 102; JO C 234 du 30.9.2003, p. 36; JO C 18 du 19.1.2011, p. 74; JO C 120 du 20.5.2005, p. 54; JO C 44 du 15.2.2013, p. 36; JO C 218 du 11.9.2009, p. 91; JO C 242 du 23.7.2015, p. 48; JO C 44 du 11.2.2011, p. 10; JO C 13 du 15.1.2016, p. 14; JO C 440 du 6.12.2018, p. 150; JO C 283 du 10.8.2018, p. 28; JO C 440 du 6.12.2018, p. 57.

(9) Voir paragraphe 2.6.

(10) JO L 88 du 4.4.2011, p. 45.

(11) Voir la note 5 de bas de page.


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