| CELEX | 52020AE2828 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | jeudi 29 octobre 2020 |
| 11.1.2021 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 10/79 |
Avis du Comité économique et social européen sur la recommandation de recommandation du Conseil concernant la politique économique de la zone euro
(supplément d’avis)
[COM(2019) 652 final]
(2021/C 10/17)
| Rapporteure générale: | Judith VORBACH (1) |
| Décision du bureau | 28.5.2020 |
| Base juridique | Article 32, paragraphe 1, du règlement intérieur et article 29, point a), des modalités d’application du règlement intérieur |
| Compétence | Section «Union économique et monétaire et cohésion économique et sociale» |
| Adoption en section | 8.9.2020 |
| Adoption en session plénière | 29.10.2020 |
| Session plénière no | 555 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 148/9/21 |
Préambule
Le présent avis fait partie d’un ensemble de deux avis de suivi: celui ci-dessous portant sur la recommandation concernant la politique économique de la zone euro [COM(2019) 652 final] et un second consacré à la stratégie annuelle 2020 pour une croissance durable [COM(2019) 650 final]. L’objectif est de mettre à jour et de développer les propositions précédentes du CESE (2) , compte tenu des évolutions récentes, des conséquences de la COVID-19, de la relance après la pandémie, ainsi que des différents rapports et recommandations publiés dans le cadre du Semestre européen en cours. Cet ensemble d’avis constitue la contribution globale de la société civile de l’UE à la politique économique, sociale et environnementale pour le prochain cycle du Semestre européen, qui doit être lancé en novembre 2020. Le CESE invite la Commission européenne et le Conseil à prendre cette contribution en considération dans le cadre du prochain «paquet d’automne» du Semestre européen et du processus décisionnel interinstitutionnel qui en découle.
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | Le choc symétrique exogène provoqué par la COVID-19 frappe durement l’économie de la zone euro. Dans ses prévisions économiques du printemps 2020, la Commission européenne estime que «l’Union européenne est tombée cette année dans la récession économique la plus profonde de son histoire» (3), une sombre perspective qu’elle confirme dans ses prévisions économiques de l’été 2020, anticipant «une récession encore plus profonde, avec des situations qui deviennent plus divergentes» (4). |
| 1.2. | Parachever le marché unique et veiller à ce qu’il soit promptement rétabli et pleinement fonctionnel doit rester l’une des toutes premières priorités. Il s’agit en l’occurrence de faire appliquer notamment les vingt principes contenus dans le socle européen des droits sociaux. |
| 1.3. | Les prévisions indiquent qu’une montée spectaculaire du chômage, de la pauvreté et des inégalités sociales et économiques va se produire, tandis que les entreprises seront nombreuses à faire faillite. En outre, si tous les États membres de la zone euro ont été frappés par la pandémie, ses conséquences économiques et sociales sont variables. Craignant une récession profonde, les citoyens européens comme les investisseurs se sont montrés prudents et attendent des prévisions plus fiables. Le CESE met également en garde contre d’autres risques systémiques pouvant mener à une grave récession de l’économie, tels que l’instabilité du secteur financier ou des tendances déflationnistes. |
| 1.4. | Le CESE appelle à la solidarité entre les États membres de la zone euro et entre les citoyens de manière à réduire les inégalités de revenu et de patrimoine au sein des sociétés. L’on escompte que la pandémie aura aussi de graves incidences sur le marché du travail et les conditions sociales au sein de la zone euro en raison de la hausse du chômage, des inégalités de revenu, de la pauvreté et de l’exclusion sociale. L’on prévoit que le taux de chômage de la zone euro grimpe jusqu’à 9,6 % en 2020, avant de légèrement retomber à 8,6 % en 2021, sachant que de fortes disparités se manifestent derechef entre États membres, régions, voire catégories de citoyens. Est également attendue une forte augmentation du chômage des jeunes, que pourrait venir contrer une garantie efficace pour la jeunesse. En outre, les inégalités de revenu et de patrimoine vont de pair avec des inégalités d’espérance de vie et d’accès à une éducation et à des soins de santé de haute qualité. Les futures politiques de l’Union européenne devront aussi tenir rigoureusement compte des répercussions de la crise sur les groupes défavorisés et les personnes handicapées. |
| 1.5. | Le CESE escompte que la pandémie aura pour effet de restructurer notre économie et que de nouveaux modèles économiques seront mis au point. L’Europe est déjà le champion de l’économie circulaire, de la transition écologique et de la lutte contre le changement climatique. Prendre rapidement et efficacement le virage du numérique permettra d’accélérer la transition vers une croissance écologique et intelligente. L’UE doit exploiter cet élan pour renforcer ses avantages concurrentiels et faire en sorte que l’Europe prenne une position de tête et joue un rôle de premier plan dans les domaines d’une importance vitale que sont le secteur numérique, l’intelligence artificielle, la technologie, la décarbonation et une croissance durable et circulaire. Le CESE souligne que c’est dès à présent qu’il est temps d’agir et non lorsque la pandémie de COVID-19 prendra fin. |
| 1.6. | Le CESE se félicite de la décision du Conseil relative au plan de relance pour l’Europe qui doit jouer un rôle central dans le redressement de l’économie européenne, aider les États membres à lutter contre la pandémie et assurer un rebond prompt et durable de l’économie. Il convient d’établir un lien entre les plans de relance et la mise en œuvre du socle européen des droits sociaux et des ODD, tout en stimulant une croissance durable et inclusive. |
| 1.7. | Le CESE estime que le prochain cadre financier pluriannuel (CFP) devrait procurer les moyens nécessaires d’assurer une croissance durable et inclusive et de réaliser les objectifs stratégiques de l’Union. Aussi relève-t-il que le Conseil européen a fixé le volume du CFP à des montants inférieurs à ceux réclamés par le Parlement européen et le CESE. En outre, les montants prévus pour l’instrument «Next Generation EU» afin de compenser les coupes opérées dans le CFP ont été annulés ou fortement réduits. Le CESE s’inquiète tout particulièrement des coupes opérées dans les investissements dans l’innovation et la recherche, la numérisation et le Fonds pour une transition juste, tout comme de l’abandon du critère lié au respect de l’état de droit. |
| 1.8. | La pandémie a accru les contraintes qui s’exercent sur les budgets publics et l’on s’attend à une augmentation des niveaux d’endettement partout au sein de la zone euro. Dans le même temps, des engagements ont été contractés pour lutter contre le changement climatique et prendre le virage du numérique, tandis que des investissements de qualité qui stimulent la création de valeur et créent de bons emplois sont essentiels pour assurer le redressement économique et social. Le CESE est d’avis que stimuler la demande afin de faire face à la crise climatique, de promouvoir des emplois bien rémunérés et de lutter contre la pauvreté n’est pas seulement nécessaire pour atteindre en soi ces objectifs, mais aussi pour garantir la reprise de l’économie. |
| 1.9. | Le CESE considère que l’activation de la clause dérogatoire était une initiative indispensable et il adresse une mise en garde contre un retour aux règles en vigueur avant la pandémie, qui imposerait l’austérité aux États les plus durement frappés et réduirait à néant le moindre bénéfice que pourrait procurer l’instrument «Next Generation EU». Il estime par ailleurs que des règles budgétaires modernisées ne devraient s’appliquer à nouveau qu’au moment où le chômage se réduira de manière significative. En outre, le CESE demande instamment une réorientation de la gouvernance économique vers un modèle axé sur la prospérité et fondé sur la solidarité, en appliquant par exemple une «règle d’or». |
| 1.10. | Instaurer rapidement un assouplissement de l’utilisation des fonds de l’Union qui permet aux États membres d’effectuer des virements entre fonds, entre régions et entre objectifs stratégiques constitue une approche à la fois nécessaire et utile. Toutefois, le CESE signale la nécessité pour les États membres d’améliorer significativement leurs capacités de programmation tout en s’assurant de la pleine absorption et de l’utilisation efficace de l’ensemble des financements mis en œuvre, tout spécialement en ce qui concerne les investissements qui produisent des effets positifs immédiats afin de surmonter la récession et/ou les investissements dans la transition vers une économie durable, inclusive, numérisée et sobre en carbone. |
| 1.11. | Le Semestre européen a été récemment placé au centre de la facilité pour la reprise et la résilience. Cependant, le CESE relève que les organes politiques tels que le Parlement européen et certains parlements nationaux ne sont guère associés à ce processus, voire pas du tout, et que par conséquent le contrôle démocratique exercé sur celui-ci est insuffisant. Il conviendrait également de renforcer encore le rôle des partenaires sociaux et des organisations de la société civile. |
| 1.12. | Le CESE attend des banques de la zone euro qu’elles servent d’amortisseurs durant la crise en procurant la liquidité et les crédits nécessaires aux particuliers. Il convient d’achever l’union bancaire au plus vite, et notamment de mettre en œuvre le système européen d’assurance des dépôts. Au même titre, l’achèvement de l’union des marchés des capitaux devrait figurer parmi les grandes priorités. Dans ce contexte, le CESE souligne combien une régulation efficace des marchés financiers est importante pour garantir la stabilité du secteur financier. |
| 1.13. | Il est essentiel de mettre en œuvre des politiques sociales à l’échelon de l’Union européenne et par la voie du Semestre européen afin de remédier aux défaillances du marché ou de soutenir les développements du marché à l’échelon national. Le CESE souligne que remédier aux déséquilibres colossaux entre les États membres et en leur sein constitue une condition préalable pour parvenir à la résilience économique et sociale. |
| 1.14. | Le CESE estime que l’intervention rapide d’investissements conséquents publics et privés dans la recherche et le développement et dans les compétences doit devenir une priorité immédiate si l’Union européenne veut répondre au défi posé par le déclin et le vieillissement de sa population et prendre le virage du numérique. Les gouvernements devraient se tenir prêts à encourager les idées neuves et à financer des expérimentations dans des secteurs à fort potentiel de croissance. |
| 1.15. | Il s’impose de soutenir les systèmes nationaux de protection sociale. Afin de créer des structures résilientes, fondées sur la solidarité, qui stabilisent la zone euro en temps de crise, il convient de mettre en œuvre un régime européen de réassurance chômage afin de renforcer les systèmes nationaux en subordonnant ses subventions à un financement solide des systèmes nationaux. |
| 1.16. | Le CESE s’interroge sur la manière dont les États membres de la zone euro réagiraient à un choc différent, de nature asymétrique, dans le prolongement de la situation actuelle, si une autre crise ne frappait qu’un ou deux d’entre eux. Le CESE considère que les États membres de la zone euro ont besoin d’une coopération accrue et d’instruments spécialement conçus pour améliorer leur résilience et leur capacité à amortir les chocs symétriques et asymétriques. |
| 1.17. | L’évasion fiscale, l’érosion de l’assiette, les transferts de bénéfices, le blanchiment des capitaux et la lutte contre la corruption sont encore des sujets politiquement sensibles pour de nombreux États membres. Le CESE préconise un calendrier décisif et accéléré de réformes des politiques fiscales qui permettraient de combler les failles et de lutter contre l’évasion fiscale dans toute l’Union, ces phénomènes ayant aujourd’hui gagné en importance. Un programme fiscal moderne doit être élaboré au niveau de l’Union pour que celle-ci relève les défis économiques, sociaux et écologiques de demain tout en adoptant également un fonctionnement plus démocratique. En effet, dès l’an passé, le Comité a pleinement soutenu l’ouverture de discussions sur la transition progressive vers le vote à la majorité qualifiée et la procédure législative ordinaire en matière de politique fiscale, tout en reconnaissant qu’à tout moment, tous les États membres ainsi que les institutions et organes de l’Union européenne doivent disposer de possibilités adéquates pour participer au processus décisionnel. Le CESE demande que les propositions de la Commission en la matière soient suivies de mesures dans les plus brefs délais et aux conditions qu’il a préconisées dans ses avis antérieurs (5). |
2. Introduction et observations générales
| 2.1. | En février 2020, le CESE a adopté à une large majorité son avis sur la «Politique économique de la zone euro (2020)». Si la zone euro connaissait encore une période de croissance, l’atonie et les déséquilibres internes et externes de l’économie étaient préoccupants. La conjoncture économique et sociale a radicalement changé depuis lors, en Europe comme partout dans le monde, car la pandémie de COVID-19 s’est rapidement propagée, touchant l’ensemble des États membres. Ce choc extrême — symétrique et exogène — affecte l’économie de la zone euro et il aggrave la pauvreté et les inégalités de revenu. Dans ses prévisions économiques du printemps 2020, la Commission européenne estime que «l’Union européenne est tombée cette année dans la récession économique la plus profonde de son histoire». Les prévisions économiques de l’été 2020 confirment cette sombre perspective, anticipant «une récession encore plus profonde, avec des situations qui deviennent plus divergentes». |
| 2.2. | L’Europe possède le plus grand marché unique au monde et la deuxième monnaie la plus utilisée. Toutefois, la monnaie unique ne pourra réaliser son plein potentiel que lorsque tous les États membres l’auront introduite et que l’Union économique et monétaire (UEM) sera achevée. Si la Commission porte un intérêt croissant à un renforcement du rôle de l’euro dans le monde, on ne pourra atteindre cet objectif qu’à condition de contenir autant que faire se peut la récession et de générer une croissance durable, dynamique et inclusive dans son prolongement immédiat. Il s’impose donc également d’aider les États membres grâce à une stratégie commune de l’Union cohérente et ciblée. Dans son discours du 11 juin dernier, le président de l’Eurogroupe a reconnu que «la coordination, en particulier dans la zone euro, est primordiale pour nous prémunir des divergences et d’une aggravation de nos déséquilibres. Protéger la monnaie unique est tout aussi essentiel que de protéger le marché unique. En réalité, les deux aspects sont liés» (6). |
| 2.3. | Le marché unique compte parmi les réalisations les plus remarquables du projet européen. Il a rendu possibles la liberté et la fluidité des échanges commerciaux entre les États membres, contribuant à leur richesse et à leur prospérité ainsi qu’à des niveaux de vie parmi les plus élevés au monde. Parachever le marché unique et veiller à ce qu’il soit promptement rétabli et pleinement fonctionnel doit rester une priorité de premier ordre, compte tenu des négociations sur le Brexit et de leurs retombées éventuelles. Cela implique notamment une stratégie sociale comprenant des mesures de convergence ascendante dans ce domaine afin d’assurer des conditions de travail équitables et plus favorables, ainsi qu’une répartition plus égalitaire des revenus et des richesses. Il faut veiller à la bonne application des vingt principes contenus dans le socle européen des droits sociaux, comme le principe «à travail égal au même endroit, salaire égal», en vue de mettre en œuvre des mesures en faveur de la convergence sociale et d’obtenir de meilleures conditions de travail. Il s’impose de mesurer également les effets négatifs de la pandémie sur les avancées dans la réalisation du programme des ODD, et l’Union européenne devrait s’efforcer de s’en tenir à la série originelle d’objectifs. |
| 2.4. | Dans ses prévisions du printemps, la Commission souligne que «la pandémie a très gravement affecté les dépenses de consommation, la production industrielle, l’investissement, les échanges commerciaux, les flux de capitaux et les chaînes d’approvisionnement», et s’attend dans le même temps à ce que le marché du travail soit soumis à rude épreuve. La Commission relève également «un risque que la pandémie ne provoque des changements d’attitude plus radicaux et permanents à l’égard des chaînes de valeur mondiales et de la coopération internationale». D’autres risques funestes sont présents, comme la gravité de la pandémie, les faillites, une crise du secteur financier, des problèmes de liquidité et des négociations difficiles. Le marché du travail pourrait en conserver longtemps les stigmates. Les prévisions économiques de l’été anticipent une contraction de l’économie en 2020, de 8,75 % dans la zone euro et de 8,3 % dans l’ensemble de l’Union. |
| 2.5. | Après le choc symétrique et exogène sans précédent qu’a infligé la pandémie de COVID-19, les prévisions indiquent qu’une montée spectaculaire du chômage, de la pauvreté et des inégalités sociales et économiques va se produire, tandis que les entreprises seront nombreuses à faire faillite. Si tous les États membres de la zone euro ont été frappés par la pandémie, ses conséquences économiques et sociales sont variables. Dans certains pays de l’Union, cet impact viendra s’ajouter à des problèmes sociaux préexistants. Les prévisions de PIB pour 2020 varient, d’un recul de 4,6 % en Pologne jusqu’à une chute de 11,2 % en Italie, et l’on s’attend à ce que l’ampleur du ralentissement en 2021 soit sensiblement différente d’une région et d’un État membre à l’autre. Les divergences entre les États membres quant au coût des emprunts et l’accès à ceux-ci, de même que le manque de coordination européenne en matière de politiques économiques, sociales et environnementales, peuvent peser sur la capacité des États membres à affronter la crise. Les écarts dans la capacité à financer les investissements nécessaires pour redémarrer les économies pourraient également fausser les conditions de concurrence dans la zone euro. Enfin, la persistance de fortes inégalités entre les États membres et les régions pourrait entraîner une migration depuis les pays plus pauvres vers les plus riches, provoquant ainsi une fuite des cerveaux problématique ainsi que d’autres complications sur le plan social. |
3. Les conséquences de la pandémie de COVID-19
| 3.1. | Aujourd’hui encore, plusieurs mois après le début de la pandémie, la situation reste instable, avec des prévisions qui changent tous les mois et des risques qui s’accumulent. Personne ne peut encore prédire si nous serons confrontés à une vague de récession à double creux suivie d’une période de reprise, ou même à une descente plus compliquée et plus durable vers le fond, suivie d’une reprise plus tardive et plus lente. Craignant une récession profonde, les citoyens européens comme les investisseurs se sont montrés prudents et attendent des prévisions plus fiables. Le CESE insiste sur l’importance que revêtent les attentes pour la demande macroéconomique. Le comité budgétaire européen a récemment constaté qu’une aide budgétaire de plus grande ampleur sur une plus longue durée sera également nécessaire en 2021, sachant que le relâchement des mesures de confinement sera plus lent que prévu et qu’il est probable que les consommateurs accroîtront leur épargne de précaution. Lorsque les entreprises et les ménages privés, aussi bien nationaux qu’étrangers, réduisent leurs dépenses, les dépenses des pouvoirs publics constituent, de conserve avec une politique monétaire accommodante, la seule manière de soutenir la demande (7). Le CESE soutient expressément ce point de vue et met en garde contre d’autres risques systémiques pouvant mener à une grave récession de l’économie, tels que l’instabilité du marché financier ou des tendances déflationnistes. |
| 3.2. | La pandémie a accru les contraintes qui s’exercent sur les budgets publics et l’on s’attend à une augmentation des niveaux d’endettement partout au sein de la zone euro, mais derechef à des degrés très divers d’un État membre à l’autre. Certains pays ont été touchés par la pandémie alors qu’ils présentaient déjà des niveaux d’endettement élevés. Dans le même temps, des engagements ont été contractés pour lutter contre le changement climatique et prendre le virage du numérique, tandis que des investissements de qualité qui stimulent la création de valeur et créent de bons emplois joueront un rôle central dans le redressement économique et social. L’Union européenne devrait s’efforcer de tirer parti des effets bénéfiques des synergies entre investissements publics et privés et coordonner la future mise en œuvre des programmes structurels. |
| 3.3. | Une baisse significative de l’offre et de la demande a été constatée dans toute l’Union européenne à la suite de la crise sanitaire. «Initialement, la pandémie a pris la forme d’un choc d’offre, mais ses effets dits “de second tour” provoquent maintenant un choc massif de la demande globale. L’impact global […] dépendra de celui des deux chocs qui prédominera […]» (8). Ce sont les petites et moyennes entreprises (PME) qui ont payé le plus lourd tribut à la pandémie et, en l’absence de plans de sauvetage spécifiques et réalistes à leur intention, beaucoup feront faillite. L’Union européenne a déjà pris des mesures au niveau central, mais c’est aux États membres qu’il appartient de mettre en œuvre et de rediriger sans délai les fonds disponibles, de manière coordonnée, là où ils sont les plus nécessaires. La Commission européenne devrait par conséquent surveiller avec attention l’absorption correspondante des fonds disponibles. |
| 3.4. | Le confinement imposé par la plupart des États membres a exposé au grand jour les vulnérabilités des chaînes d’approvisionnement longues ainsi que les effets délétères de la dépendance de secteurs critiques à l’égard de fournisseurs extérieurs. C’est pourquoi un plan stratégique clair et soigneusement conçu est nécessaire au niveau de l’Union, les investissements publics servant d’incitations aux investissements privés. Le secteur privé est capable, dans une très large mesure, de déterminer son degré de dépendance en choisissant le lieu de livraison des matières premières, les ressources humaines, la logistique, etc. La nouvelle stratégie industrielle devrait contribuer à réduire cette dépendance. En outre, il conviendrait d’engager des discussions au niveau tant de l’Union que des États membres au sujet de la production nationale dans certains secteurs clés, et en particulier celui de la santé. |
| 3.5. | Le CESE a déjà indiqué qu’il était «nécessaire de (re)construire des chaînes de valeur industrielles intégrées à l’intérieur de l’UE afin de renforcer l’autonomie stratégique et la résilience économique de l’Europe» (9). Le 13 juin 2020, la présidente de la Banque centrale européenne (BCE) a déclaré que «la volonté de construire des chaînes d’approvisionnement plus résilientes pourrait être le catalyseur dont nous avons besoin pour parachever le marché unique» (10). Cette démarche permettrait également de préserver des emplois décents et efficaces, d’aider les entreprises à créer de la valeur ajoutée, de renforcer la compétitivité, de réduire la dépendance, de s’attaquer aux évolutions défavorables de la démographie et de réaliser la convergence vers le haut. |
| 3.6. | La pandémie aura aussi de graves incidences sur le marché du travail et les conditions sociales au sein de la zone euro. On s’attend à ce que la crise de la COVID-19 entraîne une hausse significative du chômage, des inégalités de revenu, de la pauvreté et de l’exclusion sociale. Selon les prévisions économiques du printemps 2020, le taux de chômage de la zone euro devrait grimper jusqu’à 9,6 % en 2020, avant de légèrement retomber à 8,6 % en 2021, sachant que de fortes disparités se manifestent derechef entre États membres, régions, voire catégories de citoyens. Certains secteurs comme le tourisme, la gastronomie, l’aviation et la culture peuvent être pénalisés à long terme. Malgré les mesures de stabilisation de grande envergure qui ont été mises en place, il est probable que les revenus d’un grand nombre de personnes resteront précaires. Ceux qui étaient déjà vulnérables avant la crise ont de grandes chances d’être les plus durement touchés. Bon nombre des emplois qui se sont avérés d’une importance vitale pendant la crise sont largement sous-payés et sous-évalués par le marché du travail. Les futures politiques de l’Union européenne devront tenir rigoureusement compte des répercussions de la crise sur les groupes défavorisés et les personnes handicapées. En outre, une forte augmentation du chômage des jeunes est attendue, ce qui met en évidence la nécessité d’instaurer une garantie pour la jeunesse efficace et renforcée, ainsi que des programmes d’aide à l’emploi. |
| 3.7. | Le CESE escompte que la pandémie aura pour effet de restructurer notre économie et que de nouveaux modèles économiques seront mis au point. Une analyse secteur par secteur montre que les différences sont d’ores et déjà sensibles, à des degrés divers. Si derrière chaque crise il y a une chance à saisir, alors nous devons utiliser celle-ci pour renforcer nos avantages concurrentiels et faire en sorte que l’Europe prenne une position de tête et joue un rôle de premier plan dans les domaines d’une importance vitale que sont le secteur numérique, l’intelligence artificielle, la technologie, la décarbonation, une croissance durable et circulaire et une économie inclusive. Pour ce faire, il s’impose de mettre fortement l’accent sur des investissements dans la recherche et l’innovation, ainsi que dans le développement des aptitudes et des compétences. Un cadre politique certain, prévisible et concurrentiel constitue un élément important d’un environnement propice aux investissements privés. De façon générale, l’Union européenne devrait procurer aux entreprises les conditions adéquates pour gérer les transitions numérique et écologique d’une manière qui permette de créer des entreprises et des emplois nouveaux et qui produise ainsi simultanément de multiples effets bénéfiques. |
| 3.8. | Le bilan humain qui s’aggrave et les répercussions sociales et économiques de la pandémie posent un défi d’envergure au projet européen. Aujourd’hui plus que jamais, la zone euro est invitée à faire preuve de solidarité et à sortir renforcée de l’épreuve. Le CESE demande que des mesures décisives soient prises pour réduire les inégalités de revenu et de patrimoine observées dans les sociétés au niveau national, car celles-ci vont également de pair avec des inégalités en matière d’espérance de vie et d’accès à une éducation et des soins de santé de qualité. |
| 3.9. | Une politique européenne bien coordonnée en matière de santé serait un atout de taille pour vaincre la pandémie, en ce qu’elle permettrait aux États membres de coopérer les uns avec les autres et de s’entraider. La distribution équitable de produits médicaux jugés utiles et appropriés pour lutter contre la propagation de la COVID-19 devrait constituer l’une des priorités de la politique européenne de santé, ainsi qu’une preuve de la solidarité entre les États membres. Tant que la pandémie ne sera pas jugulée, aucune reprise économique forte et durable ne sera possible. |
4. Le redressement économique et social
| 4.1. | Le CESE souligne que c’est dès à présent qu’il est temps d’agir et non lorsque la pandémie de COVID-19 prendra fin. L’action politique et les processus de réforme doivent se poursuivre en des temps d’immense incertitude. Il s’agit de poursuivre promptement les débats qui n’ont que trop attendu, concernant par exemple le réexamen de la gouvernance économique, la refonte du Semestre européen, tout comme le lancement de la conférence sur l’avenir de l’Europe, et de faire jouer d’importantes politiques telles que l’intégration des objectifs de développement durable (ODD) dans le cadre réglementaire. L’on peut envisager la crise de la COVID-19 comme une chance, pour autant que l’Union européenne trouve assez de courage pour la saisir. |
| 4.2. | Le CESE se félicite de la décision du Conseil relative au plan de relance pour l’Europe. Bien qu’à l’échelle macroéconomique, les montants en jeu soient modestes, ce plan constitue un pas d’une extrême importance car il renforce la position de la BCE d’agir «quoi qu’il en coûte», que l’ensemble de l’Union fait à présent sienne. L’instrument «Next Generation EU» mis en œuvre dans le cadre du CFP a un rôle central à jouer dans le redressement de l’économie européenne et il doit aider les États membres à lutter contre la pandémie et assurer un rebond prompt et durable de l’économie. Il reste toutefois certaines lacunes à combler. Il convient de s’assurer de l’absence de tout risque de conditionnalité négative dans le cadre des recommandations par pays et du Semestre européen, alors que ceux-ci deviennent dans les faits plus contraignants encore du fait du rôle qui leur incombe dans la facilité pour la reprise et la résilience. Les plans de relance devraient viser à stimuler une croissance durable et inclusive en accordant une attention plus poussée aux cibles des ODD et au socle européen des droits sociaux. Il importe également de prendre en considération la situation socio-économique de chaque État membre. |
| 4.3. | Le CESE apprécie la réaction immédiate que l’Union européenne et ses États membres ont opposée à la pandémie de COVID-19. Il estime que le prochain cadre financier pluriannuel (CFP) devrait doter l’Union européenne des moyens nécessaires d’assurer une croissance durable et inclusive, de fonctionner sans accroc et de réaliser ses objectifs stratégiques. Cela suppose de financer suffisamment la recherche et le développement, les technologies numériques et la lutte contre le changement climatique. Le CFP doit également fixer les bonnes priorités afin de renforcer la cohésion des États membres et de l’Union dans sa globalité. Aussi le CESE relève-t-il que le Conseil, lors de sa réunion au somment, a fixé le volume du CFP à 1,05 % du RNB de l’UE à 27, bien loin du chiffre de 1,3 % du RNB exigé par le Parlement européen et le CESE, et même de celui de 1,1 % du RNB de l’UE à 27 proposé en mai 2018. En outre, les montants prévus pour l’instrument «Next Generation EU» afin de compenser les coupes opérées dans le CFP, par exemple pour ce qui est des politiques de cohésion, ont été en définitive annulés ou fortement réduits. Le CESE s’inquiète par ailleurs des coupes opérées dans les investissements dans l’innovation et la recherche, la numérisation et le Fonds pour une transition juste, tout comme de l’abandon du critère lié au respect de l’état de droit. Enfin, le CESE demande que des mesures décisives soient prises promptement pour mettre en œuvre des ressources propres supplémentaires. |
| 4.4. | Le CESE recommande de maintenir un équilibre prudent entre les mesures axées sur l’offre et celles orientées vers la demande. Pour ce qui concerne la demande, il faut bien garder à l’esprit que les actions consistant à stimuler au sein de la zone euro les investissements en réaction à la crise climatique, à lutter contre le chômage, à promouvoir des emplois rémunérateurs et à combattre la pauvreté ne sont pas seulement des objectifs en soi, mais qu’elles exercent aussi des effets positifs sur la demande globale et sont, à ce titre, susceptibles de favoriser la reprise économique. |
| 4.5. | Le mécanisme européen de stabilité (MES) dispose des instruments nécessaires pour surmonter un choc comme celui de la COVID-19. Le 9 avril 2020, l’Eurogroupe a décidé d’adopter un ensemble complet de mesures à hauteur de 540 milliards d’EUR, y compris un instrument de prêt de 240 milliards d’EUR (mesure de soutien dans le cadre de la crise pandémique) sur la base de la ligne de crédit assortie de conditions renforcées du MES qui sera disponible pour tous les pays de la zone euro. Le 15 mai 2020, le conseil des gouverneurs du MES est convenu de mettre la mesure de soutien dans le cadre de la crise pandémique à la disposition de tous les États membres de la zone euro. Il décidera ensuite de l’opportunité d’accorder ou non le soutien demandé par chaque pays, en fonction d’une évaluation effectuée par la Commission européenne en concertation avec la BCE et dans le cadre d’une collaboration avec le MES (11). |
| 4.6. | Le CESE considère également que l’activation rapide de la clause dérogatoire du pacte de stabilité et de croissance était une initiative indispensable. Le CESE prend toutefois acte des recommandations du comité budgétaire européen selon lesquelles il conviendra de proposer des clarifications au printemps 2021 concernant le calendrier et les conditions pour en sortir ou pour la réexaminer. Dans ce contexte, le CESE adresse une mise en garde contre un retour prématuré aux règles en vigueur avant la pandémie, qui imposerait l’austérité aux États les plus durement frappés et réduirait à néant le moindre bénéfice que pourrait procurer l’instrument «Next Generation EU». En outre, toute nouvelle règle budgétaire ne devrait s’appliquer à nouveau qu’au moment où le chômage se réduira de manière significative. |
| 4.7. | Le CESE demande instamment une réorientation de la gouvernance économique vers un modèle axé sur la prospérité et fondé sur la solidarité. Le CESE souscrit aux thèses du comité budgétaire européen selon lesquelles il convient de s’attaquer à la propension à réduire les investissements des pouvoirs publics lorsque des pressions s’exercent sur les finances publiques; il se félicite par ailleurs de son ouverture quant à l’application d’une «règle d’or» et de ses recommandations visant à surmonter les déficiences passées des règles budgétaires afin de protéger les investissements des pouvoirs publics, et notamment de mettre en œuvre une capacité budgétaire centrale (12). Le CESE demande à la Commission de poursuivre l’examen en cours du cadre de gouvernance économique afin d’en accélérer la modernisation. Par exemple, malgré une politique monétaire très expansionniste, l’Union européenne est encore confrontée à un risque de déflation. |
| 4.8. | L’Union européenne s’est activement efforcée de mobiliser tous les fonds disponibles pour permettre aux États membres de réagir immédiatement face à la pandémie. Le CESE se félicite qu’il ait été rapidement prévu d’assouplir l’utilisation des fonds de l’Union en permettant aux États membres d’effectuer des virements entre fonds, entre régions et entre objectifs stratégiques. Dans le même temps, le CESE tient pour nécessaire que les États membres améliorent significativement leurs capacités de programmation tout en s’assurant de la pleine absorption et de l’utilisation efficace de l’ensemble des financements mis en œuvre. Il convient d’utiliser ces financements pour des investissements qui produisent des effets positifs immédiats afin de surmonter la récession et/ou pour des investissements dans les transitions des États membres de l’Union européenne vers une économie durable, inclusive, numérisée et sobre en carbone. Le CESE demande à la Commission européenne de fournir une vue d’ensemble structurée de l’ensemble des fonds et ressources disponibles. |
| 4.9. | Le Semestre européen est un instrument de programmation, de suivi et de gouvernance essentiel pour l’Union européenne qui lui a récemment donné une place centrale dans la facilité pour la reprise et la résilience. Le CESE prend acte de la réforme annoncée du processus du Semestre européen et du nouveau rôle de coordination des mesures de relance qu’il est proposé de lui attribuer, dans le respect plein et entier des principes du pacte vert pour l’Europe (13), du socle européen des droits sociaux (14) et des objectifs de développement durable des Nations unies (ODD) (15). Cependant, le CESE relève que les organes politiques tels que le Parlement européen et certains parlements nationaux ne sont guère associés à ce processus, voire pas du tout, et que par conséquent le contrôle démocratique exercé sur celui-ci est insuffisant. Il conviendrait également de renforcer encore le rôle des partenaires sociaux et des organisations de la société civile. |
| 4.10. | Le Comité est d’avis qu’il serait extrêmement utile que le budget de l’UE puisse faire preuve d’une plus grande souplesse pour affronter des chocs néfastes, en particulier lorsqu’ils ne sont pas d’origine économique. Il recommande à l’Union européenne de mener des politiques visant à améliorer immédiatement la coopération des États membres en temps de crise. Grâce à une amélioration des protocoles et à un renforcement de la coopération, il serait possible d’apporter une réponse européenne rapide et coordonnée face à tout type de catastrophe. |
| 4.11. | Par ailleurs, les banques étaient mieux préparées à cette crise qu’elles ne l’étaient pour la crise financière de 2008. Le CESE attend des banques de la zone euro qu’elles servent d’amortisseurs durant la crise en procurant la liquidité et les crédits nécessaires aux particuliers et aux entreprises. Il convient d’achever l’union bancaire dans les plus brefs délais, et notamment de mettre en œuvre le système européen d’assurance des dépôts. De même, l’achèvement de l’union des marchés des capitaux devrait figurer au même titre parmi les grandes priorités de l’Union. Le CESE souligne en outre combien une régulation efficace des marchés financiers est importante pour garantir la stabilité du secteur financier. |
| 4.12. | Le CESE fait observer que la lutte contre les déséquilibres internes et externes et les inégalités passe, d’une part, par la mise en œuvre de politiques sociales au niveau de l’Union et dans le cadre du Semestre européen, afin de corriger les défaillances des marchés ou d’en soutenir le développement au niveau national. Elle implique, d’autre part, que soient pris en compte les effets distributifs de toute action menée par l’Union dans le cadre des politiques économiques, depuis la régulation des marchés financiers jusqu’aux mesures visant à lutter contre la crise du climat et celle de la COVID-19. En outre, le bien-être des ménages a tendance à dépendre de plus en plus de facteurs européens, par exemples des politiques budgétaires à sens unique, la faiblesse de la dimension sociale ou les retards dans l’approfondissement de l’UEM. Le CESE souligne que remédier aux déséquilibres colossaux entre les États membres et en leur sein constitue une condition préalable pour parvenir à la résilience économique et sociale. |
5. La voie à suivre
| 5.1. | Le CESE estime que l’intervention rapide d’investissements conséquents publics et privés dans la recherche et le développement et dans les compétences doit devenir une priorité si l’Union européenne veut répondre au défi posé par le déclin et le vieillissement de sa population et prendre le virage du numérique. Il a déjà fait valoir que «[l]es travailleurs européens doivent pouvoir bénéficier de programmes de formation, de reconversion, de perfectionnement et d’apprentissage tout au long de la vie de manière à profiter pleinement de l’évolution technologique» (16). Les gouvernements devraient se tenir prêts à encourager les idées neuves et à financer des expérimentations dans des secteurs à fort potentiel de croissance. |
| 5.2. | Pour éviter des dommages à grande échelle, il s’impose de soutenir les systèmes nationaux de protection sociale. Il convient de mettre en œuvre un régime européen de réassurance chômage pour créer des structures résilientes, fondées sur la solidarité, qui stabilisent la zone euro en temps de crise et consolident la protection sociale dans les États membres. À l’image des autres systèmes intervenant en cas de chômage, celui-ci servirait de stabilisateur automatique, en même temps qu’il pourrait suppléer les systèmes d’assurance-chômage nationaux en cas de récession majeure. Il renforcerait par ailleurs les systèmes nationaux en conditionnant ses allocations à un financement des régimes nationaux qui soit solide et fondé sur la solidarité. L’instrument de soutien à l’atténuation des risques de chômage en situation d’urgence marque un pas dans la bonne direction, mais il n’est pas suffisant. |
| 5.3. | Les estimations données par la Commission européenne à la fin du mois de mai 2020 montrent que pour concrétiser la transition écologique et la transformation numérique, l’Union européenne doit investir au moins 595 milliards d’EUR chaque année (17). Le CESE considère que la relance économique doit être pleinement alignée sur les principes du pacte vert pour l’Europe et des ODD. L’Europe est déjà le champion de l’économie circulaire, de la transition écologique et de la lutte contre le changement climatique. Le CESE considère que prendre rapidement et efficacement le virage du numérique permettra d’accélérer la transition vers une croissance écologique et intelligente. |
| 5.4. | Le CESE a adressé à de multiples reprises des mises en garde au motif que «la prospérité de l’Europe sera d’autant plus menacée que se prolongera la politique actuelle, toute tournée vers la réalisation d’économies et dépourvue d’un plan d’investissement efficace», et devant «l’absence d’une vision stratégique claire de l’avenir et l’incapacité à apporter une réponse adéquate à d’autres crises économiques et financières». De même, au début 2018, le CESE insistait sur «la nécessité d’élaborer de nouveaux instruments financiers pour prévenir les crises et contrer les mesures procycliques» (18). Le CESE demande une nouvelle fois que des mesures spécifiques soient prises afin d’alléger la pression pesant sur les finances publiques et d’augmenter ainsi la marge de manœuvre pour réagir aux chocs externes. |
| 5.5. | Le CESE s’interroge sur la manière dont les États membres de la zone euro réagiraient à un choc différent, de nature asymétrique, dans le prolongement de la situation actuelle et de la reprise qui s’annonce laborieuse, et compte tenu des incertitudes qui planent encore sur la zone euro. La réponse de l’Union serait-elle aussi prompte et immédiate si un ou deux États membres de la zone euro seulement étaient touchés par une autre crise? Si une telle perspective serait tout à fait regrettable, le CESE est d’avis qu’un choc asymétrique de cette nature constituerait un test décisif de la solidarité de l’Union européenne et de son projet de manière générale. Dès lors, le CESE considère que les États membres de la zone euro ont besoin d’une coopération accrue et d’instruments spécialement conçus pour améliorer leur résilience et leur capacité à amortir les chocs symétriques et asymétriques. En sus de renforcer la résilience de l’économie, il convient également d’accroître celle du monde du travail et de la société. Pour atteindre cet objectif, l’un des facteurs essentiels consiste à accroître l’engagement des partenaires sociaux et des organisations de la société civile dans tous les processus, à l’échelon national et à celui de l’Union (19). |
| 5.6. | Au moment où les déficits et les niveaux d’endettement grandissent partout dans l’Union, nous devons repenser notre approche de la fiscalité et de tous les autres facteurs qui influent sur l’imposition. L’évasion fiscale, la planification fiscale agressive, l’érosion de l’assiette, les transferts de bénéfices, le blanchiment des capitaux et la lutte contre la corruption se sont révélés être des sujets politiquement sensibles pour de nombreux États membres, mais nous ne pouvons plus nous permettre de les écarter d’un revers de la main. Le CESE préconise une réforme décisive des politiques fiscales qui permettrait de combler les failles et de lutter contre l’évasion fiscale dans toute l’Union. De surcroît, il plaide en faveur d’une politique budgétaire bien coordonnée au sein de la zone euro, qui permettrait de renforcer la position monétaire, la viabilité des finances publiques et la résilience face aux chocs. Il renouvelle également les recommandations qu’il a adressées aux États membres et aux institutions européennes pour qu’ils accélèrent la manœuvre dans la lutte contre l’évasion et la fraude fiscales, ces phénomènes ayant aujourd’hui gagné en importance. Un programme fiscal moderne doit être élaboré au niveau de l’Union pour que celle-ci relève les défis économiques, sociaux et écologiques de demain tout en adoptant également un fonctionnement plus démocratique. En effet, dès l’an passé, le Comité a pleinement soutenu l’ouverture de discussions sur la transition progressive vers le vote à la majorité qualifiée et la procédure législative ordinaire en matière de politique fiscale, tout en reconnaissant qu’à tout moment, tous les États membres ainsi que les institutions et organes de l’Union européenne doivent disposer de possibilités adéquates pour participer au processus décisionnel. Le CESE demande que les propositions de la Commission en la matière soient suivies de mesures dans les plus brefs délais et aux conditions qu’il a préconisées dans ses avis antérieurs (20). |
Bruxelles, le 29 octobre 2020.
Le président du Comité économique et social européen
Christa SCHWENG
(1) Cet avis a été élaboré au cours du mandat 2015-2020 du CESE par Mihai Ivașcu, rapporteur, et Judith Vorbach, corapporteure. Il a été présenté lors de la première session plénière du mandat 2020-2025 du CESE en octobre 2020 par Judith Vorbach, en qualité de rapporteure générale.
(2) Avis du CESE sur la stratégie annuelle 2020 pour une croissance durable (JO C 120 du 14.4.2020, p. 1) et sur la politique économique de la zone euro (2020) (JO C 120 du 14.4.2020, p. 7).
(3) Prévisions économiques du printemps 2020, https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/fr/ip_20_799
(4) Prévisions économiques de l’été 2020, https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/fr/IP_20_1269
(5) Voir les avis du CESE sur le thème «Fiscalité — le vote à la majorité qualifiée» (JO C 353 du 18.10.2019, p. 90) et sur le thème «Renforcer une croissance économique durable dans l’ensemble de l’Union européenne» (JO C 364 du 28.10.2020, p. 29).
(6) Observations de M. Mário Centeno à l’issue de la visioconférence de l’Eurogroupe du 11 juin 2020, https://www.consilium.europa.eu/fr/press/press-releases/2020/06/11/remarks-by-mario-centeno-following-the-eurogroup-videoconference-of-11-june-2020/
(7) Détermination de l’orientation budgétaire adéquate pour la zone euro en 2021: https://ec.europa.eu/info/sites/info/files/2020_06_25_efb_assessment_of_euro_area_fiscal_stance_en.pdf (en anglais).
(8) «The European Central Bank in the COVID-19 crisis: whatever it takes, within its mandate» [La Banque centrale européenne pendant la crise de la COVID-19: quoi qu’il en coûte, dans les limites de son mandat].
(9) Voir avis du CESE sur la stratégie industrielle (JO C 364 du 28.10.2020, p. 108).
(10) «The path out of uncertainty» [La voie à suivre pour sortir de l’incertitude].
(11) https://www.esm.europa.eu/content/europe-response-corona-crisis
(12) Détermination de l’orientation budgétaire adéquate pour la zone euro en 2021: https://ec.europa.eu/info/sites/info/files/2020_06_25_efb_assessment_of_euro_area_fiscal_stance_en.pdf (en anglais).
(13) Un pacte vert pour l’Europe.
(14) Socle européen des droits sociaux (JO C 428 du 13.12.2017, p. 10).
(15) Objectifs de développement durable des Nations unies.
(16) JO C 228 du 5.7.2019, p. 57.
(17) SWD(2020) 98 final (disponible uniquement en anglais).
(18) JO C 262 du 25.7.2018, p. 28.
(19) Avis du CESE sur «Vers une économie européenne plus résiliente et durable» (JO C 353 du 18.10.2019, p. 23).
(20) Voir la note 5 de bas de page.
ANNEXE
Les amendements suivants, bien qu’ayant obtenu plus d’un quart des votes, ont été rejetés au cours des débats.
Paragraphe 1.17
Modifier comme suit:
| 1.17 | L’évasion fiscale, l’érosion de l’assiette, les transferts de bénéfices, le blanchiment des capitaux et la lutte contre la corruption sont encore des sujets politiquement sensibles pour de nombreux États membres. Le CESE préconise une réforme décisive des politiques fiscales qui permettrait de combler les failles et de lutter contre l’évasion fiscale dans toute l’Union. De surcroît, le CESE appuie l’initiative de la Commission concernant le vote à la majorité qualifiée, dont il estime qu’il importe de la mettre en œuvre certes progressivement mais dès à présent. |
Exposé des motifs
Le vote à la majorité qualifiée (VMQ) sur les questions fiscales est un sujet très sensible ayant de profondes implications pour la souveraineté des pays en matière d’économie. Il existe des raisons dûment fondées pour lesquelles la fiscalité est inscrite comme une compétence nationale dans le traité sur l’Union européenne. Ces raisons n’ont pas perdu de leur importance. Un changement en matière de souveraineté pourrait également constituer un obstacle à la résilience économique et sociale. Compte tenu de la complexité de ces enjeux, il conviendrait de ne pas exposer ici en quelques phrases une nouvelle position du CESE quant au vote à la majorité qualifiée.
Paragraphe 5.6
Modifier comme suit:
| 5.6. | Au moment où les déficits et les niveaux d’endettement grandissent partout dans l’Union, nous devons repenser notre approche de la fiscalité et de tous les autres facteurs qui influent sur l’imposition. L’évasion fiscale, la planification fiscale agressive, l’érosion de l’assiette, les transferts de bénéfices, le blanchiment des capitaux et la lutte contre la corruption se sont révélés être des sujets politiquement sensibles pour de nombreux États membres, mais nous ne pouvons plus nous permettre de les écarter d’un revers de la main. Le CESE préconise une réforme décisive des politiques fiscales qui permettrait de combler les failles et de lutter contre l’évasion fiscale dans toute l’Union. De surcroît, il plaide en faveur d’une politique budgétaire bien coordonnée au sein de la zone euro, qui permettrait de renforcer la position monétaire, la viabilité des finances publiques et la résilience face aux chocs. Le CESE appuie dès lors l’initiative de la Commission concernant le vote à la majorité qualifiée, dont il estime qu’il importe de la mettre en œuvre certes progressivement mais dès à présent. |
Exposé des motifs
Le vote à la majorité qualifiée (VMQ) sur les questions fiscales est un sujet très sensible ayant de profondes implications pour la souveraineté des pays en matière d’économie. Il existe des raisons dûment fondées pour lesquelles la fiscalité est inscrite comme une compétence nationale dans le traité sur l’Union européenne. Ces raisons n’ont pas perdu de leur importance. Un changement en matière de souveraineté pourrait également constituer un obstacle à la résilience économique et sociale. Compte tenu de la complexité de ces enjeux, il conviendrait de ne pas exposer ici en quelques phrases une nouvelle position du CESE quant au vote à la majorité qualifiée.
Les deux amendements ont fait l’objet d’un vote conjoint et ont été rejetés par 81 voix pour, 135 voix contre et 29 abstentions.
Avis institutionnel — 52020AB0037
28/12/2020
Avis institutionnel — 52020AB0036
22/12/2020
Exposé des motifs du Conseil: position (UE) no 17/2020 du Conseil en première lecture en vue de l’adoption du règlement du Parlement européen et du Conseil modifiant le règlement (UE, Euratom) no 883/2013 en ce qui concerne la coopération avec le Parquet européen et l’efficacité des enquêtes de l’Office européen de lutte antifraude
22/12/2020
Avis institutionnel — 52020AB0034
18/12/2020