LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilDroit européen52020AE3013
Avis institutionnel52020AE3013

Avis du Comité économique et social européen sur la communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions — Stratégie de l’UE relative au droit des victimes (2020-2025) [COM(2020) 258 final]

CELEX52020AE3013
TypeAvis institutionnel
Datejeudi 29 octobre 2020

Résumé IA

Cet avis du Comité économique et social européen approuve la stratégie 2020-2025 de la Commission visant à renforcer les droits des victimes d'infractions dans l'UE. Il souligne la nécessité d'une meilleure mise en œuvre de la directive sur les droits des victimes (2012/29/UE) et d'un soutien accru aux victimes, notamment via un accès facilité à l'information, à l'indemnisation et à une protection spéciale pour les groupes vulnérables. Le CESE insiste sur l'importance d'une approche coordonnée entre les États membres pour garantir une protection effective et non discriminatoire.

Texte intégral

11.1.2021

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 10/56


Avis du Comité économique et social européen sur la communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions — Stratégie de l’UE relative au droit des victimes (2020-2025)

[COM(2020) 258 final]

(2021/C 10/09)

Rapporteur:

Ionuț SIBIAN

Consultation

Commission européenne, 12.8.2020

Base juridique

Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Compétence

Section «Emploi, affaires sociales et citoyenneté»

Adoption en section

9.9.2020

Adoption en session plénière

29.10.2020

Session plénière no

555

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

226/1/4

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le CESE accueille très favorablement la stratégie de l’Union relative au droit des victimes pour la période 2020-2025 présentée par la Commission européenne, qui soutient la planification à long terme et la bonne mise en œuvre coordonnée des politiques dans un large éventail de secteurs, tout en veillant à ce qu’aucune victime ne soit laissée pour compte.

1.2.

Le CESE estime que, pour être opérationnelle, la stratégie doit faire l’objet d’un plan d’action clair contenant des détails sur les modalités et le calendrier de sa mise en œuvre ainsi que sur les résultats attendus.

1.3.

La stratégie proposée devrait être comprise et mise en œuvre parallèlement à d’autres stratégies de l’UE, comme la stratégie de l’Union en matière d’égalité hommes-femmes, la stratégie de l’UE en faveur d’une lutte plus efficace contre les abus sexuels commis contre des enfants, la stratégie en faveur de l’égalité de traitement à l’égard des personnes LGBTI, le cadre de l’UE pour les stratégies nationales d’intégration des Roms et la convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées (CNUDPH).

1.4.

La stratégie proposée devrait fournir davantage d’orientations et un aperçu détaillé de la manière dont les États membres pourraient mettre en œuvre des normes de haute qualité et mettre en place des outils accessibles, équitables et efficaces pour aider les victimes à accéder aux services de justice réparatrice.

1.5.

La Commission européenne devrait utiliser la stratégie pour inciter les États membres à soutenir la collecte de données, à consulter les communautés, les victimes et les victimes potentielles, et à effectuer des évaluations des besoins pour orienter l’élaboration des politiques et les réponses institutionnelles. Une vision uniforme de la collecte de données concernant les victimes de la criminalité, que cette stratégie pourrait garantir, permettrait d’apporter des réponses qui seraient à la fois plus et mieux ciblées.

1.6.

Le CESE recommande que le rôle du réseau européen de prévention de la violence sexiste et domestique proposé, qui figure dans la stratégie, soit également élargi pour tenir compte des objectifs et des résultats obtenus en ce qui concerne le repérage et la réduction de ce type de criminalité, en particulier lorsqu’il comporte une dimension transnationale.

1.7.

En ce qui concerne les actions clés proposées dans la stratégie pour la Commission européenne, le CESE estime que certains volets de celle-ci pourraient bénéficier de plus amples éclaircissements, notamment:

a.

la promotion de la formation ne devrait pas se limiter aux autorités judiciaires ou répressives car s’il est nécessaire d’assurer une formation professionnelle continue aux professionnels chargés de s’occuper des victimes de la criminalité, en particulier des victimes de crimes de haine, il importe tout autant de le faire pour les travailleurs sociaux et le personnel médical. Cette formation devrait inclure explicitement des sessions consacrées aux stéréotypes et aux préjugés, et être menée en coordination avec les organisations de la société civile qui apportent une assistance à différents groupes vulnérables;

b.

l’apport de financements européens aux organisations nationales d’aide aux victimes et aux organisations opérant au niveau des collectivités devrait aller de pair avec une coopération renforcée entre les organisations de la société civile (OSC) et les pouvoirs publics locaux ou nationaux (1). De façon générale, la stratégie devrait comporter des orientations claires, propres à permettre aux pouvoirs publics de coopérer et de communiquer avec les organisations de la société civile et les experts afin de recenser les besoins des communautés, de concevoir des campagnes ciblées ainsi que des systèmes de dénonciation et d’assistance qui soient pleinement accessibles, équitables et efficaces;

c.

les campagnes nationales visant à mieux faire connaître les droits des victimes devraient être adaptées aux besoins et aux caractéristiques spécifiques des communautés tout particulièrement vulnérables, notamment les ressortissants de pays extérieurs à l’Union européenne, les réfugiés et les demandeurs d’asile, et devraient être conçues en tenant compte des évaluations locales des besoins, des évolutions, des bonnes pratiques et des problèmes actuels.

1.8.

L’expérience de la COVID-19 montre une fois de plus que les autorités de certains États membres sont mal équipées pour fournir des abris d’urgence ou à court terme, en particulier en dehors des capitales. Le développement d’abris d’urgence, de maisons d’accueil et de centres d’assistance, ainsi que l’apport de services d’aide intégrés sont une nécessité et requièrent la coopération des autorités nationales et des acteurs de la société civile, tout comme un financement de l’Union.

1.9.

La Commission européenne devrait intégrer le programme relatif au droit des victimes dans tous les programmes de financement de l’UE, y compris les fonds de l’UE gérés aux niveaux national et international.

2. Contexte du présent avis

2.1.

Au cours des trente dernières années, les droits et les politiques de protection du droit des victimes se sont développés tant au niveau international qu’européen. De nombreux progrès ont été observés, notamment à la suite de l’adoption d’une série de réglementations de l’Union européenne qui ont bénéficié aux victimes, à savoir la directive sur les droits des victimes de 2012, la directive «Indemnisation» de 2004, et enfin, aujourd’hui, le texte intitulé «Pour une nouvelle stratégie de l’UE en matière de droits des victimes (2020-2025)».

2.2.

Lorsqu’elle adopte sa première stratégie européenne en matière de droits des victimes, la Commission a pour objectif de faire en sorte que toutes les victimes de la criminalité puissent avoir la certitude que leurs droits seront pleinement respectés, quel que soit l’endroit de l’Union où l’acte criminel s’est produit.

2.3.

La stratégie définit un certain nombre d’actions pour les cinq prochaines années, en ciblant prioritairement deux objectifs: premièrement, donner aux victimes les moyens de dénoncer les infractions, de prétendre à une indemnisation et, en fin de compte, de surmonter les conséquences de l’infraction; deuxièmement, œuvrer de concert avec tous les acteurs concernés pour les droits des victimes.

2.4.

La stratégie définit également un certain nombre d’actions qui concernent tant la Commission que les États membre et la société civile, pour les cinq prochaines années.

2.5.

La stratégie repose sur cinq priorités essentielles: 1. Communiquer efficacement avec les victimes et mettre en place un environnement sûr leur permettant de dénoncer les infractions; 2. Améliorer le soutien et la protection des victimes les plus vulnérables; 3. Faciliter l’accès des victimes à l’indemnisation; 4. Renforcer la coopération et la coordination entre tous les acteurs concernés par les droits des victimes; 5. Renforcer la dimension internationale des droits des victimes.

3. Observations générales

3.1.

D’une manière générale, les cinq priorités de la stratégie devraient pouvoir produire des effets positifs et contribuer efficacement à soutenir la mise en œuvre par les États membres du cadre européen correspondant. Toutefois, plusieurs points essentiels, ainsi que certaines questions transversales, peuvent également être relevés.

3.2.

La stratégie comporte des orientations limitées quant à l’importance de mettre en place des mécanismes de dénonciation, qu’ils soient formels ou informels, ou, selon les cas, d’en étendre la portée et d’en relever l’efficacité. Ces mécanismes devraient être intégrés et accessibles à toutes les catégories de victimes, quel que soit leur statut dans l’État membre concerné, et devraient être adaptés et suffisamment flexibles pour répondre aux besoins des plus vulnérables. Cela nécessiterait de renforcer l’évaluation des besoins, la documentation, la collecte de données et les processus de consultation, comme indiqué dans d’autres observations ci-dessous.

3.3.

Si la stratégie fait référence à un certain nombre de difficultés auxquelles sont confrontées les catégories vulnérables, elle devrait aussi mentionner les réfugiés et les demandeurs d’asile, reconnaissant ainsi leur vulnérabilité aggravée, en tant que catégorie, à divers crimes de haine motivés notamment, mais pas exclusivement, par l’islamophobie, le racisme ou la xénophobie.

3.4.

Il est observé dans la stratégie de façon générale que «les difficultés d’accès des victimes à la justice sont dues pour l’essentiel à un manque d’information ainsi qu’à un soutien et à une protection insuffisants». Il convient de souligner qu’il faudrait davantage détailler la stratégie, compte tenu de la nécessité, non seulement de mieux faire connaître les dispositions et mécanismes existants, mais aussi, plus généralement, de les rendre plus accessibles (depuis la dénonciation et l’auto-identification à l’accès aux mécanismes de soutien ou de recours). Des services de soutien peuvent souvent être nécessaires à cet égard, par exemple des travailleurs sociaux, des professionnels de la protection de l’enfance qui s’occupent des migrants non accompagnés ou des enfants demandeurs d’asile, ou encore des enfants accueillis dans des structures de protection de l’enfance, du personnel médical, des travailleurs spécialisés dans la santé mentale, des interprètes pour ceux qui ne parlent pas la langue locale, etc. Le personnel de ces services de soutien devrait également bénéficier de formations, mais à l’heure actuelle, la plupart des références relatives à la formation sur les droits des victimes sont faites en relation avec les services répressifs et le système judiciaire.

3.5.

Si la première priorité de la stratégie consiste clairement à assurer une communication efficace avec les victimes de la criminalité, ainsi qu’un environnement sûr pour qu’elles puissent dénoncer l’acte criminel, une inquiétude majeure demeure pour ce qui est de garantir l’existence, le bon fonctionnement et l’accessibilité des systèmes de dénonciation et d’enregistrement, en particulier les systèmes informels, sachant qu’il est souligné dans la stratégie elle-même que la plupart des communautés et victimes les plus vulnérables sont souvent réticentes à entrer en relation avec les autorités, sont dans l’incapacité de le faire, ou encore sont confrontées à d’autres obstacles pour accéder à une procédure de dénonciation officielle (auprès des autorités). Même si ces systèmes ne débouchent pas sur des enquêtes pénales, ils peuvent toujours justifier l’accès à des types particuliers de soutien et peuvent être utiles pour fournir des données dans des contextes locaux ou nationaux, ce qui devraient être essentiel à l’élaboration des politiques, ainsi qu’à la budgétisation et à la planification des services.

3.6.

En outre, et dans le même ordre d’idées, il apparaît que la stratégie ne mentionne que rarement, voire pas du tout, la documentation ou la collecte de données. Répondre aux besoins des victimes et mettre en place un cadre propre à garantir les droits des victimes, en ce qui concerne en particulier les victimes de certains types de criminalité — crimes de haine, violences sexuelles et sexistes, etc. — nécessite une excellente compréhension du contexte local et communautaire, l’accès aux différentes communautés, et exige des évaluations des besoins et l’élaboration de politiques ciblées et de solutions pratiques. En conséquence, la stratégie devrait, d’une manière générale, encourager les États, éventuellement en utilisant une approche transversale, à soutenir la collecte de données, à consulter les communautés, les victimes et les victimes potentielles, et à effectuer des évaluations des besoins, en recensant, en collaboration avec les organisations de la société civile, les meilleures pratiques, afin d’orienter l’élaboration des politiques et les réponses institutionnelles.

3.7.

Un dernier point à souligner concernant la collecte des données tient à la nécessité pour les autorités clés (police/justice/instances chargées des poursuites), de mettre en place des systèmes efficaces qui permettent que les informations sur les victimes de la criminalité soient collectées de manière exhaustive et systématique, analysées et utilisées dans la conception de mesures de réaction ciblées. À l’heure actuelle, par exemple, seuls quelques États membres de l’Union collectent des informations désagrégées sur les profils des victimes de la criminalité. Ces informations seraient utiles pour produire une analyse des évolutions et des modèles, et contribueraient à la conception d’activités de prévention, de campagnes d’information, d’outils de dénonciation, de mécanismes de détection et de réaction ou de services de soutien.

3.8.

Par ailleurs, il est difficile d’estimer l’ampleur de phénomènes tels que les crimes de haine dans de nombreux États membres de l’Union, parce que ces derniers ne disposent pas de systèmes de dénonciation accessibles, parce que leurs systèmes d’enregistrement des incidents et des plaintes (qui ne peuvent être accessibles qu’à la police et/ou aux instances chargées des poursuites) sont excessivement formels, et en raison de l’absence de critères et d’orientations sûres pour la collecte de données en ce qui concerne les victimes. Une vision uniforme de la collecte de données concernant les victimes de la criminalité, que cette stratégie pourrait garantir, permettrait d’apporter des réponses qui seraient à la fois plus et mieux ciblées. Cette situation est également liée à d’autres initiatives de la Commission et à la manière dont elles peuvent être mises en œuvre (telles que celles liées au racisme et à la xénophobie), sachant que ces dernières sont probablement affectées négativement par l’absence de données ou d’une analyse correcte de celles-ci.

3.9.

Pour ce qui est de la dénonciation, il importe de préciser que la stratégie porte sur les trois axes qui sont pertinents pour garantir les droits des victimes: a) la détection (des victimes de la criminalité), qui peut être réalisée grâce à des mécanismes formels et informels de dénonciation, tels que ceux exposés précédemment; b) la prévention et c) la réaction.

3.10.

Il convient de saluer le fait que la stratégie souligne à plusieurs reprises qu’il importe que «les professionnels concernés communiquent avec les victimes d’une façon adaptée à leurs besoins spécifiques». Toutefois, dans la perspective d’une mise en œuvre adéquate de cette intention particulière, il convient de mettre en place un mécanisme et des programmes de renforcement des capacités pour les professionnels concernés, afin de permettre une détection et une compréhension adéquates de ces besoins spécifiques. Sans cette détection, l’objectif de garantir une réaction répondant aux besoins spécifiques ne peut être atteint. Un tel mécanisme reposerait sur la coordination entre les autorités, les organisations de la société civile et les organisations de terrain ou liées à des communautés. Celui-ci permettra non seulement d’accroître la dénonciation et l’enregistrement d’infractions par des personnes appartenant à des communautés vulnérables spécifiques, mais aussi de contribuer au rassemblement d’éléments de preuves. Il sera ainsi possible de renforcer les capacités globales des systèmes nationaux à recenser les besoins des victimes et à apporter des signalements pertinents et des réponses personnalisées. Par conséquent, la stratégie devrait comporter un volet spécifique ou une clarification quant aux moyens d’améliorer la détection des besoins spécifiques des victimes de la criminalité.

3.11.

En ce qui concerne le point ci-dessus, la stratégie comporte plusieurs références aux victimes ayant des «besoins spécifiques» ou devant avoir accès à un «soutien spécialisé». À cet égard, il convient d’encourager, au moyen de la stratégie, les parties prenantes au niveau national à introduire des mécanismes de repérage et d’évaluation des besoins particuliers, ce qui supposera également des échanges réguliers avec d’autres mécanismes de détection pertinents existants, tels que le mécanisme de lutte contre la traite des êtres humains. Ceci permettrait des échanges d’expertise entre plusieurs organismes, ainsi qu’une réponse de meilleure qualité, plus globale et plus complète, bien adaptée aux besoins particuliers repérés.

3.12.

L’ensemble des services, de la même façon que les éventuelles campagnes de sensibilisation sur les droits des victimes, doivent également prendre appui sur des évaluations des besoins et des consultations avec les communautés. Lors de la conception de ces campagnes d’information, une attention toute particulière devrait être accordée, non seulement aux enfants victimes, aux victimes âgées ou handicapées, mais aussi aux besoins des victimes réfugiées, demandeuses d’asile ou migrantes, par exemple, qui peuvent aussi se heurter à de graves obstacles en matière d’accès à l’information, à la dénonciation ou aux services d’assistance, y compris la discrimination intersectionnelle.

3.13.

La priorité accordée à la formation est présente à chaque étape de la stratégie — et il est, en effet, essentiel d’assurer le bon fonctionnement des systèmes en place et de garantir les droits des victimes. Toutefois, si nous prenons acte de l’incidence de certains types d’infractions, en particulier les crimes de haine, la cybercriminalité, la violence à caractère sexiste ou la criminalité affectant les enfants, il faut que les activités de formation ne soient pas exclusivement réservées aux autorités judiciaires et de police. Un soin tout particulier devrait aussi être accordé à enrichir l’arsenal de compétences des premiers intervenants, qu’il s’agisse de travailleurs sociaux, d’enseignants, de professionnels de la protection de l’enfance, du personnel chargé de l’accueil ou de la détention des immigrés ou de la police des frontières. Cela vaut particulièrement dans le contexte de la migration mixte, notamment la migration irrégulière et mixte entre États membres de l’Union, et eu égard au risque d’être victime d’exploitation et à l’augmentation des cas signalés de violence aux frontières et dans les structures d’accueil des demandeurs d’asile.

3.14.

Si nous nous félicitons de l’attention toute particulière que la directive sur le droits des victimes de 2012 accorde à la justice réparatrice ainsi que de la conclusion selon laquelle de tels services devraient principalement tenir compte des intérêts et des besoins des victimes, nous estimons que la stratégie devrait fournir davantage d’orientations et un tableau détaillé de la manière dont les États pourraient faire appliquer des normes de qualité élevée et mettre en place des outils accessibles, justes et efficaces pour aider les victimes à accéder à ces services de réparation.

3.15.

Concernant la violence sexiste, si la stratégie en fournit bien quelques exemples, d’autres types de violences sexuelles et sexistes devraient également être reconnus et spécifiquement décrits, par exemple, les pratiques traditionnelles préjudiciables, telles que les mutilations génitales féminines, le mariage d’enfants, etc. Étendre cette liste contribuerait à sensibiliser davantage les services répressifs et les autres professionnels concernés à ces pratiques.

3.16.

Le rôle du réseau européen de prévention de la violence sexiste et domestique proposé, qui figure dans la stratégie, devrait également être élargi pour tenir compte des objectifs et des résultats obtenus en ce qui concerne le repérage et la réduction de ce type de criminalité (en particulier lorsqu’il comporte une dimension transnationale).

3.17.

Les violences à caractère sexiste et le harcèlement dans le monde du travail sont considérés comme des violations des droits de l’homme ou des atteintes à ces droits et constituent une menace pour la dignité humaine, compromettent la promotion du travail décent ainsi que l’accès au marché du travail et la progressions au sein de celui-ci. En 2007, les partenaires sociaux européens ont signé un accord autonome pour traiter de cette question, qui doit être pleinement mis en œuvre au niveau national dans les États membres. En 2019, à l’occasion du centenaire de l’Organisation internationale du travail, la convention no 190 sur la violence et le harcèlement, a été adoptée. Elle définit des mesures visant à prévenir les actes de violence et à protéger les victimes, indique les outils permettant d’assurer l’application effective de la législation et les voies de recours, de même qu’elle fournit des orientations et prévoit des actions de formation et de sensibilisation. Le CESE invite les institutions européennes à promouvoir la ratification rapide de cette convention par les États membres et à coordonner les activités de suivi possibles au niveau européen.

3.18.

Chaque fois que la stratégie aborde la question de la traite des êtres humains, il conviendrait de prendre aussi en considération l’impact de la traite et de l’exploitation sur les ressortissants de pays extérieurs à l’Union et les réfugiés. Cela vaut également pour les actions clés prévues dans la stratégie, qui devrait également mettre l’accent sur la nécessité d’évaluer dans quelle mesure les mécanismes mis à la disposition des victimes de la traite des êtres humains sont également accessibles aux ressortissants de pays tiers (tels que les migrants, les demandeurs d’asile et les réfugiés). En outre, la stratégie devrait inclure des mesures de soutien pour améliorer l’accessibilité, l’efficacité et l’adaptabilité des mécanismes de détection et de réaction face aux situations de traite, pour les réfugiés, les migrants et les demandeurs d’asile qui sont victimes de ce type de criminalité.

3.19.

En ce qui concerne l’accès à l’indemnisation des victimes de la criminalité, l’idée selon laquelle cet accès devrait être indépendant du statut de la victime dans un État membre de l’Union (ou être possible quel que soit ce statut) devrait aussi se trouver plus clairement formulée dans la stratégie. Malheureusement, les demandeurs d’asile, les réfugiés et les migrants sont souvent réticents à demander une indemnisation lorsqu’ils sont victimes de la criminalité, en raison du manque d’informations, de l’absence de services de soutien compétents et accessibles, ou encore de la crainte de représailles ou de conséquences négatives en rapport avec leur statut. Si l’objectif qu’elle se fixe est bien de donner aux victimes des moyens d’agir, la stratégie doit également se saisir de ces préoccupations, et prévoir des actions ciblées pour combler ces lacunes dont pâtissent des catégories spécifiques de victimes.

4. Observations spécifiques sur les cinq grandes priorités de la stratégie

4.1. Communiquer efficacement avec les victimes et mettre en place un environnement sûr leur permettant de dénoncer les infractions

4.1.1.

L’une des actions clés proposées pour la Commission européenne fait référence à la formation des autorités judiciaires et répressives. Néanmoins, s’il est nécessaire d’assurer une formation professionnelle continue aux professionnels chargés de s’occuper des victimes de la criminalité, en particulier des victimes de crimes de haine, il importe tout autant de le faire pour les travailleurs sociaux ou le personnel médical. Cette formation devrait inclure explicitement des sessions consacrées aux stéréotypes et aux préjugés, et être menée en coordination avec les ONG qui apportent une assistance à différents groupes vulnérables.

4.1.2.

S’agissant de l’action clé que la Commission européenne doit entreprendre concernant le financement européen à apporter aux organisations nationales d’aide aux victimes et aux organisations opérant au niveau des collectivités concernées, il faudrait en particulier utiliser ce financement pour développer des services d’assistance prenant la forme de paquets «tout compris», incluant un soutien juridique et psychologique pour aider à trouver en cas de besoin un emploi, un hébergement d’urgence et un soutien aux frais médicaux.

4.1.3.

À l’échelon des États membres, les actions clés proposées en restent à un niveau très général et essentiellement rhétorique. La mise en œuvre effective de la directive sera assurée si les autorités nationales élaborent, adoptent et mettent en œuvre des normes pour la méthodologie à suivre afin de permettre aux autorités judiciaires et répressives ainsi qu’aux services sociaux de reconnaître les victimes de la criminalité (en particulier les victimes de crimes de haine) et de leur fournir une assistance adéquate.

4.1.4.

Dans la mesure où les données désagrégées concernant les victimes de la criminalité ne sont pas encore collectées par les autorités nationales, cette tâche devrait s’imposer comme une priorité, peut-être avec le soutien financier de l’Union européenne.

4.1.5.

Les États membres devraient être inclus dans les actions clés proposées en matière de sensibilisation aux droits et aux voies disponibles de dénonciation des crimes car cette sensibilisation commence à l’école, par l’éducation civique. Les autorités nationales devraient veiller à ce que des informations sur les droits, sur les institutions nationales de défense des droits de l’homme et sur les mécanismes de protection disponibles, adaptées au niveau de compréhension des élèves, figurent bien dans les programmes nationaux d’enseignement obligatoires.

4.1.6.

Pour permettre aux ONG de participer aux activités de formation avec les autorités, tout en mettant en valeur l’expérience précieuse des bénéficiaires et des experts qui soutiennent les victimes de la criminalité, il est important que cette contribution soit reconnue et rémunérée dans le cadre de partenariats institutionnels (2).

4.2. Améliorer le soutien et la protection des victimes les plus vulnérables

4.2.1.

Concernant la proposition d’action clé pour la Commission européenne visant à aider les victimes ayant des besoins spécifiques, telles que les enfants victimes, les victimes de violences sexistes ou domestiques, les victimes de crimes de haine racistes et xénophobes, les personnes LGBTI+ victimes de crimes de haine, les personnes âgées et les victimes handicapées, tout soutien apporté aux groupes particulièrement vulnérables devrait commencer par la reconnaissance de ce qu’ils sont et des caractéristiques spécifiques de leur statut, ce qui est souvent à l’origine de leur victimisation. Cela supposerait l’adoption d’actes de droit dérivé et la mise au point de programmes complets de formation exposant les caractéristiques spécifiques des différents groupes les plus vulnérables, de méthodes d’entretien permettant d’éviter de nouveaux traumatismes, et de guides destinés à établir des contacts avec des communautés lorsque cela s’impose.

4.2.2.

Pour ce qui est de la proposition d’action clé proposée pour la Commission européenne consistant à mettre en œuvre les principes directeurs qui visent à garantir la protection et le soutien aux victimes de crimes de haine et de discours de haine, celle-ci devrait être complétée par l’instauration d’un mécanisme européen de suivi pour veiller à ce que des réponses efficaces soient apportées aux crimes de haine et aux discours haineux, par l’intermédiaire de l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne, laquelle pourrait poursuivre le développement de son actuel mécanisme de collecte de données, et inclure des dispositifs nationaux de dénonciation et d’alerte précoce.

4.2.3.

Concernant l’action clé proposée pour les États membres relative à l’adoption de mesures qui s’appuient sur les enseignements tirés de la pandémie de COVID-19, il s’agit en particulier d’actions visant à faire en sorte que les victimes de violences sexistes et domestiques accèdent à une assistance et une protection, et à mettre en place des services d’aide spécialisée, intégrés et ciblés pour les victimes les plus vulnérables, notamment des maisons d’accueil pour les enfants, les familles, les femmes victimes de violence à caractère sexiste et les personnes LGBTI+. Dans certains États membres, l’expérience de la COVID-19 a montré une fois de plus que les pouvoirs publics sont mal équipés pour fournir des refuges, en urgence ou à court terme, en particulier en dehors des capitales. Le développement d’abris d’urgence, de maisons d’accueil et de centres d’assistance, ainsi que l’apport de services d’aide intégrés sont une nécessité et requièrent la coopération des autorités nationales et des acteurs privés, ainsi qu’un financement de l’Union.

4.3. Faciliter l’accès des victimes à l’indemnisation

4.3.1.

L’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne figure au nombre des parties prenantes. Par l’intermédiaire de FRANET, son réseau d’experts indépendants des États membres, elle effectue une analyse annuelle de la législation et des politiques adoptées pour garantir la protection des droits des victimes, et elle peut aussi produire des rapports thématiques. Par le mandat qui lui confié, l’Agence des droits fondamentaux peut promouvoir des pratiques prometteuses et organiser des événements auxquels les autorités chargées de l’indemnisation peuvent échanger des idées et renforcer la coopération.

4.4. Renforcer la coopération et la coordination entre tous les acteurs concernés

4.4.1.

S’agissant de l’action clé proposée pour les États membres qui consiste à prendre des mesures pour renforcer la résilience des sociétés en favorisant une participation accrue de la société civile aux actions nationales, le concept de «participation accrue de la société civile» est beaucoup trop large: les associations de policiers, les personnels de surveillance des centres de détention, les associations de protection civile ou de défense civile, ou encore les églises, font également partie de la société civile. Il est essentiel d’associer activement les secteurs de la société civile qui travaillent directement avec les victimes de la criminalité.

4.4.2.

Alors que l’Union européenne a adhéré à la convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique (la convention d’Istanbul), à l’échelon national, cette convention est la cible d’attaques dans certains États membres, où les réserves et les interprétations se multiplient dans le contexte d’une rhétorique émergente des «valeurs traditionnelles» décrivant les concepts de genre, de violence fondée sur le genre et d’identité de genre comme des constructions venant altérer les identités nationales, et représentant la violence domestique comme une question relevant de la sphère privée. L’Union a un rôle fondamental à jouer pour préserver la convention d’Istanbul. S’il appartient aux États membres de développer et d’améliorer la législation nationale, l’Union peut quant à elle favoriser la sensibilisation à l’importance d’une protection contre la violence sexiste. Cet objectif peut également être atteint en affectant des ressources financières au développement de modules professionnels pour l’éducation des professionnels de la justice, pour faciliter les échanges et fournir un soutien aux ONG qui mènent des campagnes et des actions de sensibilisation, tout en apportant un soutien aux victimes de violences fondées sur le genre.

4.5. Renforcer la dimension internationale des droits des victimes.

4.5.1.

La coordination entre toutes les institutions et agences de l’UE dans la mise en œuvre de la stratégie est essentielle pour que l’UE puisse jouer un rôle de chef de file dans les actions en faveur des victimes prévues par le Conseil de l’Europe et les Nations unies.

4.5.2.

L’UE devrait recourir aux programmes internationaux pour financer des actions en dehors de son territoire afin de soutenir l’élaboration de lois, de politiques et de services, y compris par le financement d’actions de renforcement des capacités, qui couvrent toutes les victimes de la criminalité.

5. Financement de l’Union européenne

5.1.

Seule une fraction négligeable du budget de l’UE est consacrée aux questions relatives aux victimes. Cette modicité contraste avec le coût de la criminalité pour les victimes et la société. Compte tenu de l’importance et de la nature transversale des questions relatives aux victimes, la Commission européenne devrait élaborer une approche stratégique du financement en faveur des victimes qui recense les domaines les plus susceptibles de bénéficier d’un financement de l’UE et qui coordonne l’intégration des priorités des victimes dans les différents programmes de financement de l’UE, y compris au niveau national et international (3).

5.2.

Le financement est capital et devrait être alloué selon une approche non fondée sur des projets et à long terme, avec une combinaison de financements nationaux et de l’UE.

Bruxelles, le 29 octobre 2020.

Le président du Comité économique et social européen

Christa SCHWENG


(1) Sur les plans, entre autres, de la collecte de données et de la documentation, des mécanismes de dénonciation et de l’accès aux fonds, mais aussi en ce qui concerne la mise en place de systèmes locaux durables pour les services d’assistance.

(2) À titre d’exemple, à la suite de l’arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme de 2016 relatif à «l’absence d’enquête sur le mobile homophobe de violence envers des personnes homosexuelles: M.C. Et A.C. c/Roumanie», actuellement placé sous la surveillance étroite du Conseil des ministres du Conseil de l’Europe, l’ONG ACCEPT Roumanie, qui a soutenu les plaignants dans cette affaire, dispense régulièrement des formations à titre gracieux à l’Institut roumain d’études publiques (ISOP). Cette formation comprend une présentation de la législation anti-discrimination et des dispositions sur les crimes de haine ainsi que des explications sur la signification de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre. Elle comprend aussi des sessions pratiques, des simulations et des «bibliothèques vivantes», où pour une durée d’une heure par jour, trois ou quatre membres de la communauté LGBTI viennent participer aux sessions et partagent leurs expériences avec les services répressifs. Il s’agit là d’un effort considérable en matière de ressources humaines et de logistique, qui est fourni gratuitement par des bénévoles des ONG et des experts qui leur sont affiliés. Le véritable défi réside toutefois dans l’absence de pérennité et l’effet limité des sessions. Seul un petit groupe de vingt à trente participants est engagé dans ces sessions de formation, sur les centaines de nouvelles recrues ou encore sur les milliers d’employés du ministère de l’Intérieur. La solution consisterait à donner la priorité au développement de capacités internes au sein du système judiciaire ou des services répressifs nationaux pour faire en sorte que de tels modules soient intégrés à la formation professionnelle continue.

(3) Victim Support Europe, feuille de route de la stratégie relative aux droits des victimes pour la période 2020-2024.


Documents similaires

Avis institutionnel52020AB0037

Avis institutionnel — 52020AB0037

28/12/2020

Avis institutionnel52020AB0036

Avis institutionnel — 52020AB0036

22/12/2020

Avis institutionnel52020AG0017(02)

Exposé des motifs du Conseil: position (UE) no 17/2020 du Conseil en première lecture en vue de l’adoption du règlement du Parlement européen et du Conseil modifiant le règlement (UE, Euratom) no 883/2013 en ce qui concerne la coopération avec le Parquet européen et l’efficacité des enquêtes de l’Office européen de lutte antifraude

22/12/2020

Avis institutionnel52020AB0034

Avis institutionnel — 52020AB0034

18/12/2020

← Retour au droit européenVoir aussi sur EUR-Lex →