| CELEX | 52020IE1588 |
| Type | Initiative législative |
| Date | jeudi 16 juillet 2020 |
| 28.10.2020 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 364/49 |
Avis du Comité économique et social européen sur «L’instauration des mesures de sauvegarde pour les produits agricoles dans les accords de commerce»
(avis d’initiative)
(2020/C 364/07)
| Rapporteur: | Arnold PUECH D’ALISSAC |
| Décision de l’assemblée plénière | 20.2.2020 |
| Base juridique | Article 32, paragraphe 2, du règlement intérieur |
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| Avis d’initiative |
| Compétence | Section «Agriculture, développement rural et environnement» |
| Adoption en section | 29.6.2020 |
| Adoption en session plénière | 16.7.2020 |
| Session plénière no | 553 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 204/2/3 |
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | Une coopération internationale renforcée est un préalable à des clauses de sauvegarde efficaces. |
| 1.1.1. | Le CESE souligne que l’approvisionnement alimentaire de l’humanité reste et restera un enjeu majeur au moins jusqu’en 2050. Pour nourrir 9 à 10 milliards d’êtres humains, nous aurons besoin de toutes les agricultures du monde. La FAO estime que la production mondiale devra augmenter de 70 % entre 2007 et 2050. Il est donc nécessaire de protéger les capacités de production de chaque pays, en promouvant des politiques agricoles et commerciales adaptées, tout en assurant un commerce international organisé pour faire face aussi bien aux aléas de la production qu’aux insuffisances pérennes de certaines zones géographiques. |
| 1.1.2. | Pour le CESE, l’harmonisation des normes de production pour éviter les distorsions de concurrence et permettre à chaque pays de produire une alimentation de base est indispensable. |
| 1.2. | Une amélioration de la transparence des marchés doit être poursuivie. |
| 1.2.1. | Lancée en 2011 par la réunion des ministres de l’agriculture du G20, l’initiative AMIS (Agricultural market information system — système d’information sur les marchés agricoles) regroupant les principaux producteurs et importateurs mondiaux de céréales et oléagineux permet de connaître la situation réelle des marchés et constitue aussi une instance de dialogue et de coordination des responsables gouvernementaux en période de forte volatilité sur les marchés agricoles. Cette initiative a démontré son utilité, mais doit encore être développée, sur le plan du nombre de pays participants et du périmètre, pour couvrir aussi les autres produits échangés sur les marchés mondiaux. |
| 1.3. | Les clauses de sauvegarde agricoles de l’OMC, aussi bien générales que dans les accords bilatéraux, doivent être améliorées sur différents critères que le CESE énumère dans cet avis. Il s’agit d’assurer une concurrence équitable et la pérennité des filières européennes, garantissant la souveraineté alimentaire au profit de tous les citoyens, producteurs comme consommateurs. Ce besoin de souveraineté alimentaire a été largement souligné lors de la vague de COVID-19. |
1.3.1. Une réaction rapide
Les clauses actuelles sont inefficaces en raison d’un temps de mise en œuvre trop important. Pourtant, grâce à la numérisation de l’économie, les données peuvent être disponibles en quelques heures. Le suivi des volumes et des prix est aujourd’hui efficace et permet une réaction rapide.
1.3.2. Une réaction automatique
Avec la connaissance fine des échanges, les flux commerciaux peuvent être régulés facilement. La mise en œuvre concertée entre les exportateurs et les importateurs pourrait être réalisée automatiquement, dès qu’une augmentation de 10 % en volume des échanges est constatée sur une période de temps définie, par exemple un an. Si l’augmentation est justifiée en raison d’un aléa ayant entrainé une moindre production, la clause ne serait pas activée. Par contre, si l’augmentation n’est pas justifiée, un droit de douane additionnel serait appliqué pour limiter cette augmentation.
1.3.3. Une réaction proportionnée
Selon la nature et l’origine de l’augmentation des flux commerciaux, la réaction doit être proportionnée afin de réduire cette augmentation ou d’assurer la suspension effective des flux déstabilisants pour les filières concernées.
1.3.4. Une réaction exhaustive
Tous les flux d’importation doivent être pris en compte, quelques soit leur statut et sans notification préalable. C’est justement pour les produits dits sensibles que des contingents à droits réduits sont octroyés dans les accords de libre-échange (ALE), et ce sont les secteurs qui sont les plus rapidement déstabilisés. Ils doivent donc être soumis aussi aux clauses de sauvegarde.
1.3.5. Des mesures dites miroirs
L’introduction de mesures miroirs dans les réglementations européennes sur l’importation doit d’une part assurer la même protection des consommateurs quelle que soit l’origine des produits et d’autre part limiter les distorsions économiques pour les opérateurs européens.
1.3.6. Une prise en compte du cadre de mise en application de l’accord de Paris
Les engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre sont un enjeu international majeur. Si certains pays ne les respectent pas, ils ne doivent pas en bénéficier en termes de commerce. Un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières doit être mis en place dans le secteur agroalimentaire. En raison de sa complexité, et dans l’attente de son approbation, des clauses de sauvegarde spécifiques à l’accord de Paris doivent être obtenues à l’OMC et incluses dans tous les accords de libre-échange négociés par la Commission européenne.
1.3.7. Une prise en compte des Objectifs de développement durable
Comme pour l’accord de Paris, des clauses de sauvegardes doivent être obtenues à l’OMC et incluses dans tous les accords signés par l’Union européenne.
2. Concept et historique des clauses de sauvegarde
| 2.1. | L’OMC prévoit des clauses spécifiques pour le secteur agricole, mais limite leur usage. |
| 2.1.1. | Les mesures de sauvegarde sont définies comme des mesures «d’urgence» concernant l’accroissement des importations de produits particuliers, lorsque ces importations causent ou menacent de causer un dommage grave à la branche de production nationale du pays importateur. Ces mesures, qui revêtent globalement la forme de suspension de concessions ou d’obligations, peuvent consister à appliquer des restrictions quantitatives à l’importation ou à relever les droits de douanes à l’importation. |
| 2.1.2. | Dans le domaine de l’agriculture, l’application de tarifs de sauvegarde plus élevés peut-être automatiquement déclenchée lorsque le volume des importations excède un certain niveau ou que les prix tombent en deçà d’un certain niveau, sans avoir à démontrer qu’un dommage grave est causé à la branche de production nationale. |
| 2.1.3. | Mais la clause de sauvegarde spéciale pour l’agriculture peut être invoquée uniquement pour des produits pour lesquels il a été procédé à une tarification et à condition que le gouvernement se soit réservé le droit de le faire dans sa liste d’engagements relatifs à l’agriculture. De plus, elle ne peut pas être invoquée pour des importations entrant dans le cadre de contingents tarifaires. |
| 2.2. | Les accords de libre-échange bilatéraux permettent d’aller plus loin. |
| 2.2.1. | Les ALE doivent couvrir l’essentiel des échanges commerciaux et ils doivent favoriser la libéralisation des échanges entre les pays signataires sans opposer d’obstacles au commerce avec le reste du monde. Face aux difficultés du processus de négociation multilatéral à l’OMC, de nombreux ALE ont été négociés au cours des dernières années. |
| 2.2.2. | L’Union européenne favorise cette option pour impulser la libéralisation du commerce et avancer sur des points non consensuels, comme les chapitres de développement durable. Toutefois, les derniers accords ont montré les limites de ce système et les difficultés à se doter d’une approche commune ou de prendre en compte pleinement d’autres accords internationaux, comme l’accord de Paris. |
| 2.3. | Le commerce international agroalimentaire demeure indispensable. |
| 2.3.1. | La recherche de l’autosuffisance alimentaire se heurte à plusieurs obstacles, à commencer par l’expansion démographique, qui rendent souvent indispensable le recours aux importations. Les échanges contribuent donc de manière cruciale à la sécurité alimentaire de la planète. Le défi pour les États est de trouver le bon équilibre entre le développement de leur propre production agricole et l’ouverture au commerce. Mais il est aussi de faire en sorte que leur agriculture, quand elle le peut, et dans des conditions qui ne faussent pas indûment la concurrence, puisse répondre à la demande internationale et exporter des denrées vers les pays qui sont incapables d’en produire à hauteur de leurs besoins. |
| 2.3.2. | Une étude prospective de l’institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE) montre en effet que d’ici à 2050, la concentration des exportations agricoles mondiales pourrait encore s’accentuer. Elle bénéficierait essentiellement à un petit nombre de pays ou de régions, où le changement climatique aurait un impact positif sur l’agriculture et qui pourraient ainsi augmenter leurs surfaces cultivées, de même que les rendements des cultures. |
| 2.4. | Le commerce agricole est utilisé à mauvais escient en diplomatie. Le secteur agricole est victime de négociations politiques qui ne le concernent pas: que ce soit dans le conflit sino-américain, dans celui entre Boeing et Airbus ou dans la phase finale des négociations commerciales, le secteur agricole fait régulièrement l’objet de mesures de rétorsion et d’offres de contrepartie de négociation. |
3. Insuffisances des clauses de sauvegardes actuelles
| 3.1. | Les procédures de sauvegarde sont trop longues et laborieuses. |
| 3.1.1. | La mise en place de clauses de sauvegarde a été longue et laborieuse dans le passé, les rendant inefficientes. Si l’Union européenne fait partie des membres de l’OMC ayant réservé leur droit à invoquer cette clause sur de nombreux produits, en pratique, elle ne les applique quasiment jamais. Ainsi, lors du «détournement» du poulet congelé-saumuré (s’il est saumuré, il n’a pas besoin d’être congelé) par le Brésil, le droit de douane moindre appliqué a permis de très importantes augmentations des importations de viande de volaille, entre 1996 et 2001, sans application des clauses de sauvegarde. |
| 3.2. | Les procédures actuelles ne garantissent pas une concurrence équitable. |
| 3.2.1. | L’avantage compétitif des producteurs de pays tiers qui ne sont pas tenus de respecter strictement les normes européennes est important. Ainsi, dans le dernier accord signé avec le Canada, les producteurs canadiens ont la possibilité d’utiliser une quarantaine de produits phytosanitaires interdits dans l’Union, comme l’atrazine, qui réduit fortement leur coût de production. Les pays d’Amérique utilisent des semences OGM autorisées à la commercialisation dans l’Union, mais pas à la production, notamment pour les protéines végétales comme le soja. |
| 3.2.2. | La conséquence de ces défauts est une augmentation des importations de produits agricoles, notamment des produits agricoles bruts. Ceci est à même de remettre en cause la souveraineté alimentaire européenne. Selon la dernière publication de la Commission européenne Agri-food trade statistical factsheet (1), le déficit de la balance commerciale de l’Union européenne pour les produits agricoles bruts dépasse les 20 milliards d’euros en 2019. |
| 3.3. | Ces insuffisances pénalisent aussi les consommateurs. L’absence de régulation conduit à une volatilité des prix excessives, qui a augmenté ces dernières années. La spéculation engendrée sur les marchés agricoles accentue encore cette volatilité, rendant l’accès à l’alimentation difficile pour de nombreux consommateurs à faible revenu. De plus, la déstabilisation des filières conduit à une réduction des capacités de production renforçant l’insécurité de l’approvisionnement des consommateurs. |
| 3.4. | La COVID-19 a mis en lumière, de façon tragique, à la fois le besoin de commerce agricole et l’indispensable souveraineté alimentaire. En matière de commerce international, l’Union européenne doit donc se donner les outils pour accroître la résilience de l’Union européenne face aux chocs économiques de manière à restaurer la confiance, la stabilité et une prospérité partagée pour l’ensemble des Européens. |
Bruxelles, le 16 juillet 2020.
Le président du Comité économique et social européen
Luca JAHIER
(1) Commission européenne: Agri-food trade statistical factsheet.
Résolution du Parlement européen du 18 décembre 2020 sur la détérioration de la situation des droits de l’homme en Égypte, en particulier le cas des militants de l’Initiative égyptienne pour les droits personnels (EIPR) (2020/2912(RSP))
18/12/2020
Résolution du Parlement européen du 17 décembre 2020 sur la mise en œuvre de la directive sur le retour (2019/2208(INI))
17/12/2020
Résolution du Parlement européen du 17 décembre 2020 sur le projet de décision d’exécution de la Commission autorisant la mise sur le marché de produits contenant du soja génétiquement modifié MON 87751 × MON 87701 × MON 87708 × MON 89788, consistant en ce soja ou produits à partir de celui-ci, en application du règlement (CE) n° 1829/2003 du Parlement européen et du Conseil (D069145/02 — 2020/2891(RSP))
17/12/2020
Résolution du Parlement européen du 17 décembre 2020 sur le projet de décision d’exécution de la Commission autorisant la mise sur le marché de produits contenant du maïs génétiquement modifié MON 87427 × MON 89034 × MIR162 × MON 87411 ou du maïs génétiquement modifié combinant deux ou trois des événements uniques MON 87427, MON 89034, MIR162 et MON 87411, de produits consistant en ces maïs ou produits à partir de ceux-ci, en application du règlement (CE) n° 1829/2003 du Parlement européen et du Conseil (D069146/02 — 2020/2892(RSP))
17/12/2020