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AccueilDroit européen52020IE1596
Initiative législative52020IE1596

Avis du Comité économique et social européen sur «Vers une stratégie de l’Union européenne pour une consommation durable» (avis d’initiative)

CELEX52020IE1596
TypeInitiative législative
Datevendredi 18 septembre 2020

Résumé IA

Le Comité économique et social européen (CESE) propose, dans cet avis d'initiative, une stratégie globale pour transformer les modes de consommation au sein de l'UE, en mettant l'accent sur la durabilité, la réparabilité et la longévité des produits. Il préconise des mesures concrètes telles que la création d'un «passeport numérique du produit», le renforcement des garanties légales et la lutte contre l'obsolescence programmée, afin de responsabiliser les consommateurs et les producteurs. Ce texte invite la Commission européenne à légiférer pour intégrer ces principes dans le droit dérivé de l'UE, ce qui aurait un impact direct sur les obligations des fabricants et les droits des consommateurs français.

Texte intégral

11.12.2020

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 429/51


Avis du Comité économique et social européen sur «Vers une stratégie de l’Union européenne pour une consommation durable»

(avis d’initiative)

(2020/C 429/08)

Rapporteur:

Peter SCHMIDT

Décision de l’assemblée plénière

20.2.2020

Base juridique

Article 32, paragraphe 2, du règlement intérieur

Avis d’initiative

Compétence

Section «Agriculture, développement rural et environnement»

Adoption en section

8.7.2020

Adoption en session plénière

18.9.2020

Session plénière no

554

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

212/2/5

1. Conclusions et recommandations

1.1.

La pandémie de COVID-19 a mis à nu la fragilité des chaînes d’approvisionnement. Reconstruire l’économie après la crise offrira l’occasion de repenser notre société et de concevoir un nouveau modèle de prospérité. Il n’est plus loisible mais nécessaire de changer de priorités en faveur de modes plus durables de production, de distribution et de consommation et d’accroître la résilience de tous les acteurs des chaînes d’approvisionnement face aux crises. La résilience des agriculteurs qui produisent notre alimentation ou des travailleurs qui fabriquent nos vêtements importe tout autant que celle des sociétés d’importation, des fabricants, des grossistes, des PME ou des chaînes de distribution en Europe.

1.2.

Le CESE réclame une stratégie exhaustive de l’Union européenne pour une consommation durable. Pour les citoyens, le choix le plus durable doit être aussi celui le plus aisé. Pour ce faire, il sera nécessaire de modifier de manière systémique notre façon de produire et de consommer. Il convient notamment de mieux faire valoir la responsabilité qui incombe aux producteurs (1) s’agissant de lutter contre la consommation non durable. Étant donné que les marchés ne fourniront pas automatiquement des résultats durables, une stratégie est nécessaire afin de créer le cadre réglementaire et la direction stratégique aussi bien à l’intention du secteur privé, y compris au moyen de modèles d’entreprise circulaires et durables, que des pouvoirs publics, par exemple au travers des marchés publics.

1.3.

Il convient d’inscrire pleinement la dimension sociale dans le cadre de la stratégie, tout comme les dimensions économique et environnementale, afin de parvenir à la cohérence des politiques indispensable au développement durable. Trop longtemps, l’Union européenne s’est attachée à des solutions fondées sur le marché et a négligé la dimension des citoyens et des travailleurs. L’amélioration des conditions de travail, des salaires minimaux, la protection sociale, l’investissement dans les services publics, la gouvernance inclusive, la fiscalité équitable, etc. devraient figurer parmi les critères de durabilité. Une telle démarche contribuerait à rendre nos systèmes de production et de consommation plus équitables et plus durables à long terme. Elle favoriserait également la mise en œuvre du programme des Nations unies à l’horizon 2030.

1.4.

Une stratégie de l’Union pour une consommation durable doit accorder une attention toute particulière à son incidence sur les populations vulnérables et les ménages à faibles revenus, que la crise actuelle a tout spécialement frappés, et qu’elle continuera à frapper, tout en étudiant l’incidence sur les acteurs vulnérables au sein des chaînes d’approvisionnement, notamment sur les agriculteurs et les travailleurs. Il convient de rendre les produits et les services durables accessibles et abordables pour tous.

1.5.

À court et moyen terme, il convient de mieux coordonner tous les instruments politiques pertinents (tels que par exemple les marchés publics, l’étiquetage, la fiscalité, etc.) et de les orienter sur la voie de cette vision. Une approche plus harmonisée est nécessaire afin de surmonter la fragmentation et le cloisonnement qui caractérisent actuellement les politiques de l’Union.

1.6.

Dans le contexte de la reprise dans le sillage de l’épidémie de COVID-19, le CESE invite la Commission, le Parlement et les États membres à œuvrer de manière resserrée avec lui afin de concevoir un programme substantiel et coordonné de politiques intégrées qui aidera l’Europe à «se reconstruire en mieux» et créera les conditions pour une stratégie exhaustive de l’Union en faveur d’une consommation durable. Le CESE recommande les actions spécifiques suivantes qu’il convient de mettre en œuvre:

—

introduire des normes de produits et proscrire des produits en favorisant la durabilité, c’est-à-dire promouvoir la longévité et la durabilité des produits,

—

interdire les pratiques commerciales déloyales,

—

améliorer les règles de concurrence pour ce qui est des initiatives collectives qui favorisent la durabilité au sein des chaînes d’approvisionnement,

—

rendre exécutoires les clauses sociales et environnementales des accords commerciaux,

—

renforcer la responsabilité des entreprises et sensibiliser davantage celles-ci aux aspects environnementaux (EMAS, par exemple) et sociaux,

—

déplacer le poids de l’imposition du travail vers l’exploitation des ressources,

—

promouvoir des marchés publics équitables et écologiques qui prévoient des critères minimaux obligatoires,

—

accroître la transparence en instaurant des règles d’étiquetage obligatoire concernant l’origine, la durabilité et la dimension sociale,

—

encourager les initiatives ascendantes et les interventions pilotes,

—

traiter de la publicité et de la mercatique,

—

promouvoir l’éducation à la consommation durable.

2. Introduction

2.1.

La pandémie de COVID-19 a mis à nu la fragilité de l’approvisionnement et la nécessité d’une transformation urgente et systémique. L’insuffisance de l’investissement dans les secteurs de la santé et des soins, l’excès de confiance dans les chaînes mondiales d’approvisionnement et la dépendance des systèmes économiques à l’égard de processus linéaires de production et de consommation incompatibles avec la finitude de notre planète ont mis en péril la capacité des gouvernements à agir avec rapidité et détermination afin de protéger la santé publique. Il n’est plus loisible mais nécessaire de changer de priorités en faveur de modes plus durables de production, de distribution et de consommation et d’accroître la résilience de tous les acteurs des chaînes d’approvisionnement face aux crises (2). La pandémie a placé la protection sociale, les services publics, les travailleurs peu qualifiés, la santé et la sécurité au travail, ainsi que les conditions de travail, au centre du débat médiatique et politique.

2.2.

L’Union européenne s’est pleinement engagée à réaliser le programme des Nations unies de développement durable à l’horizon 2030 assorti de ses 17 objectifs de développement durable (ODD). Nonobstant, la mise en œuvre de l’ODD 12 sur la consommation et la production durables n’a cessé de constituer un véritable problème pour l’Europe (3), alors même que cette dimension est cruciale pour réaliser le programme à l’horizon 2030 dans son ensemble. De fait, les manières dont la plupart des personnes consomment actuellement (en grandes quantités, à un rythme élevé, en suivant une trajectoire linéaire et en produisant de nombreux déchets selon le modèle «extraire-fabriquer-jeter») ne sont pas durables. De surcroît, faire jouer aux citoyens avant tout le rôle de consommateurs individuels fait peser une lourde responsabilité sur les personnes quant à leurs choix, sans leur offrir de solutions de remplacement accessibles ou abordables.

2.3.

Le CESE a déjà demandé à l’Union de proposer une nouvelle vision en matière de prospérité pour les personnes comme pour la planète, qui soit fondée sur les principes de la durabilité environnementale, du droit à une vie décente et de la protection des valeurs sociales (4). Une démarche systémique de l’UE en matière de consommation durable constitue l’un des éléments constitutifs essentiels de la vision stratégique du CESE d’une économie durable du bien-être qui ne laisse personne de côté.

2.4.

L’Union européenne bénéficie d’un élan politique important pour prendre des mesures résolues afin d’avancer sur la voie de cette vision. Le pacte vert — et social — pour l’Europe recèle de très grandes possibilités pour reconstruire l’économie une base plus durable après la crise de la COVID-19, pour contribuer à créer un nouveau modèle de prospérité et pour garantir une transition juste (5).

2.5.

En particulier, le nouveau plan d’action pour une économie circulaire prévoit spécifiquement une action visant à donner aux consommateurs les moyens de participer à la transition verte, ainsi que plusieurs initiatives susceptibles de faire valoir la responsabilité des régulateurs et des entreprises. Ce plan d’action pour une économie circulaire devrait élargir la portée de la «nouvelle donne pour les consommateurs» de 2018, qui s’attachait principalement à protéger et faire respecter les règles, plutôt qu’à donner des possibilités réelles d’agir. Il importe également et doublement de mettre en œuvre les deux stratégies que sont celle en faveur de la biodiversité et celle intitulée «de la ferme à la table» car la crise de la COVID-19 rend plus urgent que jamais d’accroître la résilience et la durabilité des systèmes alimentaires européens et mondiaux. Le prochain et huitième programme d’action pour l’environnement devrait constituer l’occasion d’aborder de manière plus résolue la consommation durable.

2.6.

Le présent avis participera des réflexions sur la reprise après la COVID-19 en formulant des recommandations concrètes pour une stratégie exhaustive de l’Union européenne pour une consommation durable, qui s’inscrit dans le cadre du pacte vert pour l’Europe et qui complète le nouveau plan d’action pour une économie circulaire.

3. Défis — Analyse de la situation actuelle

3.1.

L’Europe est encore loin de vivre dans les limites qu’impose la finitude de notre planète. Différentes études menées selon diverses méthodologies afin d’évaluer les modes de consommation de l’UE arrivent à cette même conclusion (6), y compris un rapport récent de l’Agence européenne pour l’environnement (AEE) et de l’Office fédéral suisse de l’environnement (OFEV) (7).

3.2.

La consommation de produits et de services est une cause directe et indirecte de pressions telles que le changement d’affectation des terres, les émissions et la libération dans l’environnement de produits chimiques toxiques, qui entraînent à leur tour une série d’incidences environnementales, notamment le changement climatique, l’appauvrissement et la pollution des eaux douces et la perte de biodiversité. Cette «empreinte écologique» de la consommation est considérable en Europe et en fait, elle est l’une des plus élevées au monde. Les données suggèrent qu’il nous faudrait près de trois Terres pour supporter l’économie mondiale si chaque habitant de notre planète consommait comme un Européen moyen (8), (9).

3.3.

Pour maintenir ses niveaux élevés de consommation, l’Europe dépend de ressources extraites ailleurs dans le monde. De ce fait, l’Europe exporte de plus en plus vers d’autres parties du monde les pressions qu’elle exerce sur des aspects essentiels de l’environnement (10). En définitive, ce modèle n’est plus compatible avec un avenir sûr et durable (11).

3.4.

À défaut de pouvoir tenir pour durable l’exportation de l’empreinte écologique de l’UE dans le cadre de ses échanges commerciaux, il convient également de reconnaître que pour de nombreux pays, notamment les pays les moins avancés, leurs échanges avec l’UE jouent un rôle important dans leur développement socio-économique. En fait, l’UE promeut activement le commerce en tant qu’outil permettant d’encourager la durabilité à l’échelle mondiale ainsi qu’au sein des pays qui sont ses partenaires commerciaux. Il convient donc d’assurer une cohérence méticuleuse entre les principes d’équité, de circularité et d’une consommation plus durable et le commerce, permettant d’offrir des débouchés aussi bien pour l’UE que pour ses partenaires commerciaux (12).

3.5.

Les modes de consommation européens actuels soulèvent également plusieurs questions concernant l’équité sociale. Alors qu’en termes de matières, certaines parties de l’Europe produisent quelques-unes des empreintes les plus élevées dans le monde (13), d’autres régions d’Europe ne sont pas en mesure d’offrir le niveau de vie que l’on tient généralement pour acceptable. Au sein de l’UE, les niveaux de privation matérielle varient considérablement, tout comme le degré de détresse économique (14). La consommation est donc étroitement liée aux programmes politiques concernant, par exemple, la nutrition, la pauvreté et les inégalités (15). Consommer de manière plus durable dans l’ensemble de l’Europe pourrait se traduire par une augmentation de l’utilisation des ressources pour certains, et par sa diminution pour d’autres, à savoir dans l’ensemble par un accès mieux équilibré aux ressources et une justice renforcée en matière de ressources (16).

3.6.

La consommation non durable résulte d’une interaction complexe entre une série de différents facteurs. Le modèle d’entreprise dominant est linéaire, c’est-à-dire que la croissance de la plupart des entreprises se fonde toujours sur l’achat de produits toujours plus nombreux par un nombre toujours plus élevé de personnes. La durée de vie réelle de nombreux produits de consommation se réduit (17), tandis que leur réparation est rendue, souvent de manière intentionnelle, de plus en plus compliquée (18). D’autres solutions que le modèle économique linéaire consistant à extraire-fabriquer-jeter, telles que celles qui se fondent sur la circularité des matières, leur mise à disposition sous la forme de service ou encore leur partage, pourraient contribuer à réduire la consommation globale de matières, mais elles demeurent marginales et dans les conditions actuelles, elles ne sont souvent pas en mesure de concurrencer les solutions linéaires (19). En fait, les produits secondaires (réutilisés/refabriqués/recyclés) sont souvent vendus en plus des (nouveaux) produits primaires, ce qui entraîne des incidences sur l’environnement issues des productions tant primaire que secondaire (20). Promouvoir la circularité sans promouvoir de changements systémiques plus larges de la production (et notamment de la conception des produits), de la consommation et de la prévention des déchets ne reviendrait donc qu’à ne s’attaquer qu’à une partie du problème. Les consommateurs devraient bénéficier d’un véritable «droit à la réparation».

3.7.

Le prix est l’un des facteurs les plus déterminants et déclencheurs de la demande (21), et aussi longtemps que le prix des produits et des services n’en reflétera pas plus exactement leur véritable coût, il ne sera pas possible d’évoluer globalement vers des modes durables de consommation. À l’heure actuelle, ce sont les contribuables et les générations futures qui supportent habituellement les coûts économiques des externalités environnementales et sociales de la production et de la consommation, et non les entreprises qui commercialisent les produits et les services en question. Les produits et les services qui offrent des solutions de rechange présentant de moindres incidences demeurent souvent plus chers et d’un accès malaisé, en dépit des effets démontrés qu’ont les moindres externalités négatives de choix de consommation plus durables, tels que les produits issus de l’agriculture biologique et du commerce équitable (22).

3.8.

Entre-temps, il a été porté une attention accrue aux méthodes de comptabilisation des véritables coûts et les études se sont multipliées depuis que l’économiste A. C. Pigou a forgé le terme de coûts d’«externalité» (23). En 2008, la Commission a publié une stratégie sur l’internalisation des coûts externes (24), qui hissait la fiscalité, les péages (ou redevances d’usage) et, dans certaines circonstances, l’échange de droits d’émission, au rang de principaux instruments économiques permettant d’internaliser les coûts externes. Toutefois, l’évolution que l’on observe à long terme en Europe est celle d’une baisse de la part des recettes des taxes «environnementales» dans l’ensemble des recettes fiscales (25).

3.9.

Un autre problème réside dans l’interprétation qui domine à l’heure actuelle le droit de la concurrence, qui recourt à une notion très étroite du bien-être du consommateur, qui privilégie le caractère modique des prix en rayon dont il bénéficie sur le caractère durable des produits et de la manière dont ceux-ci sont fabriqués. En 2013, l’ACM, l’autorité néerlandaise de la concurrence, a jugé dans l’affaire «Accord sur l’énergie» qu’un accord énergétique multipartite pour une croissance durable conclu par les employeurs, les syndicats, les organisations environnementales et d’autres parties afin de conserver l’énergie, stimuler l’énergie produite à partir de sources d’énergie renouvelables et créer des emplois n’était pas conforme aux exigences du droit de la concurrence. En 2014, cette même autorité a estimé dans l’affaire «Poulet de demain», qu’un accord multipartite visant à améliorer le bien-être des poulets, en réduisant l’usage des antibiotiques et en augmentant leur espace, ainsi qu’en adoptant d’autres mesures environnementales supplémentaires, restreignait la concurrence.

3.10.

Les lignes directrices concernant l’application de l’article 101, paragraphe 3, du TFUE indiquent que ledit article «a pour objectif de préserver la concurrence sur le marché afin d’accroître le bien-être du consommateur et d’assurer une répartition efficace des ressources» sans préciser s’il convient de prendre en compte des considérations non économiques ni de quelle manière. De nombreux acteurs souhaiteraient faire monter en puissance leurs projets de durabilité, mais les investissements requis sont trop importants pour qu’ils puissent les effectuer par leurs propres moyens. Les lignes directrices relatives au droit de la concurrence devraient leur apporter davantage de clarté sur la manière de s’engager dans une coopération dans le domaine de la durabilité.

3.11.

Une récente étude de la Fairtrade Foundation («Fondation pour le commerce équitable») démontre que l’absence de clarté de l’environnement juridique pour une éventuelle coopération dans le domaine des prix à la ferme modiques entrave les avancées en vue de travailler de manière collaborative afin d’assurer des salaires et des revenus décents tout au long des chaînes d’approvisionnement. Ce rapport relève qu’un surcroît d’éclaircissements de la part des autorités de la concurrence sur leur manière d’évaluer au regard du droit de la concurrence une coopération préconcurrentielle concernant la question des prix à la ferme modiques permettrait grandement de progresser (26).

3.12.

Une approche cohérente de la consommation durable se heurte à la fragmentation qui prévaut actuellement parmi les actions politiques de l’Union européenne. Si l’on s’en tient par exemple à la mise en œuvre de la directive de 2014 sur la passation des marchés publics (27), plusieurs directions générales de la Commission œuvrent séparément à fournir des documents d’orientation aux pouvoirs adjudicateurs (le manuel «Acheter vert!» de la DG Environnement (28), le guide «Acheter social» sous la direction de la DG GROW (29), qui fait actuellement l’objet d’une mise à jour), auxquels la Commission ajoute ses «Orientations sur la passation de marchés de solutions innovantes» (30). Cet état de fait peut susciter une forte confusion parmi les pouvoirs adjudicateurs au sein de l’UE qui entendent adopter une approche intégrée de la passation de marchés durables, comme le prévoit l’objectif de développement durable 12.3.

4. La vision — Vers une stratégie exhaustive de l’Union européenne pour une consommation durable

4.1.

Les politiques concernant la durabilité des processus de production (telles que l’écoconception), des produits et des services, et concernant les matières qui deviennent des déchets, constituent de longue date des pierres angulaires de l’action politique de l’Union européenne; de ce fait, cette dernière dispose d’un cadre politique assez bien établi en la matière. Toutefois, une telle approche ne suffit plus pour porter l’ampleur du changement requis dans le temps imparti; aussi convient-il de prêter davantage attention au rôle de la consommation dans la réalisation du développement durable.

4.2.

Les politiques menées à l’échelon de l’Union s’attachant à la consommation se sont concentrées jusqu’à présent sur les rôles que peuvent jouer les citoyens en tant que consommateurs et sur le recours aux instruments d’action politique fondés sur les informations pour tenter d’influer sur le comportement des consommateurs. À cet égard, l’on peut citer les exemples que sont notamment l’éco-étiquetage des produits, les campagnes de sensibilisation et les critères volontaires en matière de marchés publics écologiques.

4.3.

Toutefois, ces instruments d’action politique n’ont produit que des effets limités sur la consommation non durable. En fait, il n’existe que peu de données probantes pour montrer qu’améliorer l’information sur les performances environnementales des produits, telle que les labels écologiques, permette de produire dans les faits un changement des comportements d’achat, et encore moins à l’échelle requise. Cette situation s’explique par divers effets rebonds, des routines et des habitudes inconscientes, etc. (31). Les choix des consommateurs (qu’il s’agisse de ménages ou des secteurs privé ou public) demeurent largement guidés par le prix et la facilité d’utilisation (32). Il importe toutefois de faire valoir que dans le cadre du système en place, ce n’est pas aux consommateurs qu’incombe la responsabilité de tels choix, mais bien plutôt aux producteurs (33). C’est la logique capitaliste et le déséquilibre des pouvoirs au sein de la chaîne d’approvisionnement qui conduisent à un «nivellement par le bas» en privilégiant le prix sur la durabilité.

4.4.

Il est tout aussi problématique d’imputer aux citoyens la responsabilité de réaliser une consommation plus durable, étant donné que la plupart des produits et des services n’affichent pas leur véritable coût et que les leviers du marché et de la société sont réglés de manière à encourager l’accroissement de la consommation matérielle. Il s’impose de mieux faire valoir la responsabilité qui incombe aux secteurs privé et public de s’attaquer à la consommation non durable, ainsi que d’adopter les instruments qui contribuent à faire en sorte, de manière équilibrée et transparente, que les choix plus sains, plus durables et plus sûrs, soient ceux qui sont les plus aisés et les plus abordables pour les citoyens. La Commission européenne devrait continuer à soutenir les campagnes paneuropéennes menées par la société civile sur la consommation durable, en ne s’attachant pas uniquement aux décisions individuelles prises par les consommateurs.

4.5.

Le caractère que revêt l’action politique menée à l’échelon de l’Union à ce jour s’explique en partie par l’équilibre des compétences entre l’Union et ses États membres. Les instruments politiques auxquels il est possible de recourir afin de tenter de réglementer la demande, tels que l’imposition, relèvent largement de la compétence des États membres. Nonobstant, l’Union européenne joue un rôle central pour faire en sorte que l’Europe vive dans les limites de notre planète et elle dispose de plusieurs moyens pour agir sur la consommation non durable. Certains États membres pourraient également bénéficier d’autres orientations (boîte à outils) de la part de l’UE.

4.6.

Des approches isolées, par exemple d’ordre équitable ou circulaires, sont importantes, sans être suffisantes, pour parvenir à la durabilité. En outre, se présente le risque qu’en concevant des réponses politiques à la consommation non durable de manière isolée les unes des autres, l’on crée des problèmes imprévus par la suite. Une approche exhaustive et coordonnée est nécessaire, qui reflète la complexité de la question en jeu et qui fournisse une contribution cohérente de la part de divers domaines d’action politique, qu’il s’agisse de la recherche, de l’innovation, des politiques sectorielles et industrielles, ou encore de l’éducation, du bien-être, du commerce et de l’emploi (34). Il importe qu’une stratégie de l’Union complète, et surtout ne remette pas en cause, des interventions réglementaires ambitieuses lorsque celles-ci sont nécessaires.

4.7.

Une stratégie de consommation durable à l’échelon de l’Union devrait fournir un cadre ambitieux aux États membres et au secteur privé pour qu’ils puissent s’attaquer aussi bien à la consommation des ménages qu’à celle du secteur public. Les marchés ne produiront pas automatiquement des résultats durables. Une stratégie est nécessaire pour créer l’environnement réglementaire et la direction stratégique propices à des initiatives ambitieuses pionnières, aussi bien pour les produits que pour les services (sachant que l’économie des services n’est pas forcément durable).

4.8.

Une stratégie de l’Union se ferait également l’écho des revendications des consommateurs européens qui demandent à l’Union d’assurer des changements structurels et la création de nouvelles infrastructures pour permettre aux consommateurs d’adopter des modes de vie plus durables (35).

4.9.

Intégrer au niveau européen le rôle que joue la consommation peut également aider à éviter les effets rebonds et d’autres effets imprévus que pourrait produire une politique nouvelle et/ou refondue, ainsi que soutenir la transition culturelle à long terme dans la manière dont nous percevons la notion d’efficacité et le rôle de la consommation pour réaliser le programme à l’horizon 2030.

4.10.

Une stratégie de l’Union pour une consommation durable devrait prévoir des objectifs pour une réduction en termes absolus de l’empreinte sur les matières premières de la consommation européenne. Des objectifs établis à l’échelon de l’Union peuvent fournir une orientation, un élan et une cohérence pour d’autres échelons de gouvernement et pour les novateurs publics et privés afin de contribuer à réaliser l’économie du bien-être (36).

4.11.

En outre, l’aspect de justice est crucial dans l’utilisation des ressources, alors qu’il a été longtemps négligé dans l’action politique de l’Union (37). Une stratégie pour une consommation durable doit s’axer sur les personnes, et avoir pour ambition de rendre accessibles, abordables et attrayants pour tous les choix de consommation durables. Cette stratégie doit accorder une attention particulière à l’impact sur les populations vulnérables et les ménages à faible revenu. Il convient également d’aborder en conséquence la question des groupes sociaux à fort pouvoir d’achat.

4.12.

Les travailleurs et les agriculteurs ont un rôle essentiel à jouer afin de promouvoir la consommation durable, car ils sont à la fois des consommateurs en bout de chaîne mais aussi des producteurs au début de la chaîne d’approvisionnement. Il est essentiel que les politiques de consommation durable prévoient donc une approche équilibrée s’agissant de répartir la valeur au sein et tout au long de la chaîne de valeur, par exemple en favorisant des salaires décents pour les travailleurs et un revenu de subsistance pour les agriculteurs, tant au sein de l’UE que dans les pays du Sud, plutôt que de viser exclusivement à obtenir à court terme des prix modiques pour les consommateurs. Les travailleurs, les syndicats, les groupements d’agriculteurs et les organisations de la société civile peuvent également jouer un rôle essentiel pour contrôler le respect des normes en matière de durabilité et de droits de l’homme au sein des chaînes de valeur mondiales.

4.13.

Le commerce de détail peut également jouer un rôle important afin de promouvoir une consommation durable en créant des incitations douces («nudging») qui orientent le consommateur vers des choix plus sains et plus durables. Au sein de ce secteur, il est particulièrement intéressant de relever le modèle d’entreprise coopérative de consommateurs, en raison de sa forme entrepreneuriale spécifique, qui place la personne du consommateur au centre de ses activités et de sa structure de gouvernance démocratique.

4.14.

Une stratégie de l’Union devrait comprendre des initiatives visant à garantir la transparence et la fiabilité des flux d’informations afin de soutenir la consommation durable, en exploitant les possibilités qu’offrent les solutions numériques nouvelles et émergentes. Cette démarche pourrait aider les entreprises disposées à innover mais qui ne disposent pas à l’heure actuelle des instruments de mesure ni des données qui permettent d’évaluer avec fiabilité les incidences écologiques et sociales de la consommation de tous les jours. C’est là un problème auquel sont tout particulièrement confrontées les PME, les jeunes pousses et les coopératives, qui sont des novateurs et des plateformes de test essentiels. Tout spécialement, l’Union a un rôle important à jouer pour harmoniser et contrôler les allégations écologiques revendiquées sur le marché intérieur. À l’heure actuelle, le nombre élevé de telles allégations, qui reposent sur des données dont le caractère probant est fort disparate, engendre la confusion et risque de saper la confiance des consommateurs dans la légitimité de la moindre de ces allégations. Le CESE se félicite dès lors de l’ambition qu’affiche la Commission dans le cadre de la mise en œuvre de son nouveau plan d’action pour une économie circulaire, de présenter une proposition législative visant à garantir que les entreprises étayent leurs allégations environnementales.

4.15.

Une stratégie à l’échelon de l’Union pour une consommation durable devrait mettre en évidence et faire jouer les synergies avec d’autres domaines d’action politique. Par exemple, 45 % des émissions totales de carbone de l’Europe dépendent de la manière dont nous produisons et utilisons les produits, et de la manière dont nous produisons des denrées alimentaires (38). Les systèmes alimentaires peuvent être la source d’une restauration et d’un renforcement de la résilience pourvu que les produits alimentaires soient cultivés, transformés et consommés différemment. Il est presque certain qu’il faudrait pour cela que l’alimentation du bétail soit adaptée au mieux à l’espèce concernée et que les consommateurs suivent un régime équilibré comprenant moins de viande, deux démarches qui sont bénéfiques tant pour le climat que pour la santé (39). La consommation et la demande jouent un rôle crucial dans notre capacité à réduire les émissions de gaz à effet de serre. De la même manière, le principal défi à relever dans le cadre de la lutte contre la perte de biodiversité et la dégradation des écosystèmes en Europe réside dans notre mode de vie qui nécessite plusieurs planètes (40). Le CESE réitère également son appel en faveur d’une reconnaissance des droits de la nature afin d’assurer leur parité avec ceux des particuliers et des entreprises (41).

5. Passer de la vision à la mise en œuvre — Possibilités d’action à l’échelon de l’Union européenne et de ses États membres

5.1.

Dans le contexte de la reprise dans le sillage de l’épidémie de COVID-19, le CESE invite la Commission, le Parlement et les États membres à œuvrer de manière resserrée avec lui afin de concevoir un programme substantiel et coordonné de politiques intégrées qui aidera l’Europe à «se reconstruire en mieux» et créera les conditions pour une stratégie exhaustive de l’Union en faveur d’une consommation durable. Les plans de relance verte devraient donner un coup de fouet aux changements systémiques nécessaires dans les systèmes de mobilité, d’alimentation, de logement, de loisirs, dans les systèmes énergétiques et au sein des groupes de produits à forte incidence (42), en s’intéressant à l’impact de la consommation de l’UE, tant en son sein que dans les pays du Sud. Les propositions suivantes pourront servir de point de départ à cet exercice.

5.2. Instruments juridiques ou réglementaires

5.2.1.

Introduire des normes de produits (réglementation) et proscrire des produits (interdictions) en favorisant la durabilité, c’est-à-dire promouvoir la longévité des produits. Le CESE a été un pionnier en réclamant l’interdiction totale de l’obsolescence programmée déjà dans son avis de 2013 sur la durée de vie des produits et l’information des consommateurs (43), ainsi que dans des avis ultérieurs. Il y estimait utile de mettre en place un système garantissant une durée de vie minimale des produits achetés. Un rapport récent élaboré à la demande de la commission du marché intérieur et de la protection des consommateurs du Parlement européen va dans le même sens (44). Dans ce contexte, il convient également d’examiner les conséquences de la croissance du commerce électronique, par exemple lors de la crise de la COVID-19.

5.2.2.

Interdire les pratiques commerciales déloyales (PCD), non pas seulement dans les chaînes d’approvisionnement alimentaire, comme l’a fait la nouvelle directive contre les pratiques commerciales déloyales dans les chaînes d’approvisionnement alimentaire (45), mais aussi dans d’autres secteurs, tels que le textile, marqués par des pratiques commerciales déloyales de grande ampleur, aggravées par la crise de COVID-19 (46). Le CESE plaide en faveur d’une mise en œuvre équilibrée de la directive contre les pratiques commerciales déloyales, afin d’éviter de protéger les grands fabricants de marques qui abusent de leur pouvoir de négociation pour générer des marges bénéficiaires fort conséquentes.

5.2.3.

Droit de la concurrence. Permettre la négociation collective entre les fournisseurs et les acheteurs sur le prix (et les conditions de livraison) des produits de base essentiels, en particulier sur les interfaces qui présentent de fortes disparités de degrés de concentration de maillons successifs de la chaîne de valeur (lorsque par exemple, des fournisseurs fragmentés se retrouvent face à des acheteurs concentrés). Dans le cadre de la révision à laquelle procède actuellement la Commission des lignes directrices concernant l’accord horizontal, il convient de réintroduire une section relative aux accords sectoriels en matière de durabilité, conformément au modèle présenté dans la section consacrée aux accords environnementaux dans les anciennes lignes directrices de 2001 (47), et les adapter au contexte actuel, notamment en tenant compte du pacte vert pour l’Europe, de l’accord de Paris, ainsi que de l’ODD 12.

5.2.4.

Règles commerciales. Faire en sorte de pouvoir appliquer les clauses sociales et environnementales des accords commerciaux, les assortir de sanctions (telles que des tarifs majorés ciblés pour les secteurs stratégiques, à l’exclusion des secteurs dans lesquels l’imposition de droits de douane pourrait entraîner une augmentation de la pauvreté dans les PMA) en cas de non-respect.

5.2.5.

Responsabilité des entreprises. Rendre obligatoire le devoir de vigilance pour les acheteurs tout au long de leur chaîne d’approvisionnement (créer une obligation) pour les chaînes d’approvisionnement durables dans le cadre des efforts visant à faire valoir la responsabilité des entreprises. Plutôt que de recourir à une approche de «liste de vérification», les entreprises devraient réexaminer leurs pratiques d’achat, comme le conseille l’OCDE (48), et être contraintes par des règles juridiques plus strictes sur le contrôle des activités de lobbying. Il convient d’agir pour lutter contre l’écoblanchiment.

5.2.6.

Recourir obligatoirement à un instrument standard pour repérer et suivre les informations relatives aux opérations réalisées le long de la chaîne de valeur (qui, quand, où, dans quelles conditions sociales et environnementales), ce qui fournit les moyens techniques de satisfaire à l’obligation. Il convient d’associer la société civile et les syndicats à la conception et au suivi des normes environnementales et sociales.

5.3. Instruments économiques et financiers

5.3.1.

Déplacer le poids de l’imposition du travail à l’exploitation des ressources. Tirer parti de la révision en cours du règlement sur la TVA afin de fournir des critères clairs sur la manière dont les États membres peuvent introduire des taux réduits de TVA pour les produits fabriqués de manière durable et pour les services susceptibles de réduire les incidences néfastes de la consommation, tels que des services de réparation ou de partage. Porter des mesures visant à empêcher la concurrence fiscale et un «nivellement par le bas» entre les États membres et favoriser une fiscalité plus juste des secteurs et des capitaux les plus rentables.

5.3.2.

Principe du «pollueur-payeur». La Commission européenne a commencé à prendre davantage au sérieux l’approche consistant à internaliser les effets externes, c’est-à-dire, par exemple, à reconnaître que les énergies renouvelables sont défavorisées aussi longtemps que le prix du marché ne prend pas intégralement en compte les coûts externes des ressources fossiles, ou à tenter de mettre en œuvre le «principe du pollueur-payeur» dans le secteur des transports. Dans le même temps, il convient de constater que ces approches concilient les dimensions écologique et économique de la durabilité, mais qu’elles n’intègrent pas la dimension sociale (49).

5.3.3.

Marchés publics équitables et écologiques. L’ODD 12.7 fait état de l’importance d’élaborer des plans d’action en matière de marchés publics durables. Diverses actions nationales concernant les principes directeurs des Nations unies en matière de plans relatifs aux droits de l’homme font référence aux marchés publics et plusieurs bonnes pratiques existent à cet égard au niveau national. Par exemple, l’on a assisté au Danemark au passage des cuisines publiques à des niveaux plus élevés de produits biologiques, tout en tenant compte des contraintes budgétaires. À l’heure actuelle, l’ICLEI — Les gouvernements locaux pour le développement durable — promeut une initiative pour défendre le recours progressivement obligatoire à un approvisionnement alimentaire durable dans l’ensemble des écoles et des établissements préscolaires en Europe. Dans le cadre du nouveau plan d’action pour une économie circulaire, la Commission européenne a annoncé vouloir encourager les acheteurs publics à participer à l’initiative «Acheteurs publics pour le climat et l’environnement», qui réunira les acheteurs engagés dans la mise en œuvre des marchés publics écologiques. Le CESE invite la Commission à prévoir d’inclure des critères plus larges de durabilité, tels que des considérations d’ordre social et de commerce équitable. Le CESE soutient également l’intention de la Commission européenne de proposer dans la législation sectorielle des critères et des objectifs minimaux contraignants en matière de marchés publics écologiques, ainsi que d’introduire progresser une obligation en matière de publication de rapports afin de contrôler l’adoption des marchés publics écologiques.

5.3.4.

Politiques de coopération au développement en faveur de l’agriculture à petite échelle, des PME et des coopératives de consommateurs.

5.4. Instrument volontaire ou fondé sur l’information

5.4.1.

L’étiquetage des produits peut contribuer à stimuler plus avant les efforts de certaines entreprises en matière de durabilité, mais ces labels ne devraient jamais servir de prétexte pour ne pas réglementer les comportements et les pratiques qui ne sont pas acceptables. Par exemple, l’une des options qu’envisage la Commission européenne dans le cadre du suivi de sa communication sur le thème «Renforcer l’action de l’UE en matière de protection et de restauration des forêts de la planète», consiste à mettre en place un label attestant de l’absence de contribution à la déforestation. Toutefois, une telle démarche pourrait susciter la perception selon laquelle l’Union européenne tolère en fait sur son marché des produits qui ne sont pas respectueux des forêts, suscitant ainsi une grande confusion. Le CESE demande à la Commission européenne de développer d’autres labels existants d’excellence environnementale qui couvrent l’ensemble du cycle de vie, tels que le label écologique de l’UE, et d’étendre leur portée à la dimension sociale. En particulier, mettre en place un système clair d’étiquetage concernant l’origine et les moyens de production rendrait les choix des consommateurs plus aisés (50).

5.4.2.

Initiatives ascendantes partant du terrain et gouvernance à plusieurs niveaux. Décentraliser l’action au niveau local par l’intermédiaire d’acteurs de confiance, tels que les administrations et les associations des villes, constitue un moyen efficace de concevoir des actions locales, de se rapprocher des citoyens et de les faire participer de manière utile. Un nombre croissant de collectivités locales dispose de solides stratégies de développement durable, que la Commission encourage au moyen de récompenses telles que la capitale verte européenne, l’accord de ville verte ou le prix des villes de l’UE pour le commerce équitable et éthique. Il est probable que les réponses apportées actuellement à la crise de la COVID-19 influeront sur ces modes et tendances. Les interventions pilotes en situation réelle peuvent être très utiles pour éclairer la conception et la mise en œuvre de la stratégie de l’Union pour une consommation durable et il convient donc de les soutenir.

5.4.3.

Publicité et mercatique. Il convient également d’examiner le rôle joué par la publicité et la mercatique, afin qu’elles abandonnent leur forte orientation consumériste et privilégient les aspects de la durabilité des produits et les possibilités de les réutiliser, tout en prohibant la publicité trompeuse ou mensongère.

5.4.4.

Éducation. Il convient de mettre sur la table des propositions visant à intégrer l’éducation à la consommation durable dans les programmes scolaires dès le plus jeune âge et à encourager les initiatives du secteur privé en matière d’éducation (comme par exemple celles menées par des coopératives de consommateurs) afin de favoriser l’engagement des citoyens et le changement de culture.

Bruxelles, le 18 septembre 2020.

Le président du Comité économique et social européen

Luca JAHIER


(1) La responsabilité des producteurs est intersectorielle, mais il convient de tenir compte de la situation spécifique des agriculteurs.

(2) Résolution du CESE sur la relance après la COVID-19.

(3) Eurostat, Sustainable development in the European Union («Le développement durable dans l’Union européenne»), 2020 (publication disponible uniquement en anglais).

(4) JO C 106 du 31.3.2020, p. 1.

(5) JO C 47 du 11.2.2020, p. 30.

(6) Agence européenne pour l’environnement, L’environnement en Europe — État et perspectives 2020 (en anglais).

(7) Agence européenne pour l’environnement (en anglais).

(8) Global Footprint Network (Réseau mondial de l’empreinte écologique, site en anglais).

(9) Vandermaesen, T. et al., EU overshoot day — Living beyond nature’s limits («Le jour du dépassement de l’Union européenne — Vivre au-delà des limites de la nature»), WWF, Bruxelles, 2019.

(10) Agence européenne pour l’environnement, L’environnement en Europe — État et perspectives 2020 (en anglais).

(11) Steffen, W. et al., 2015.

(12) Kettunen, M., Gionfra, S., Monteville, M., EU circular economy and trade («Économie circulaire et commerce de l’UE»), Institut pour une politique européenne de l’environnement, Bruxelles/Londres, 2019.

(13) Agence européenne pour l’environnement (en anglais).

(14) Eurostat (en anglais).

(15) Commission économique des Nations unies pour l’Europe (CEE-ONU).

(16) Rijnhout, L., Stoczkiewicz, M., Bolger, M., Necessities for a Resource Efficient Europe («Les impératifs d’une Europe efficace dans l’utilisation des ressources»), 2018.

(17) Agence européenne pour l’environnement, Waste prevention in Europe («La prévention des déchets en Europe»), 2018.

(18) Bureau européen de l’environnement, Coolproducts don't cost the earth («Les équipements électroménagers ne coûtent pas le prix de la Terre»), 2019.

(19) OCDE (en anglais), 2019.

(20) Zink, T., Geyer, R., 2017.

(21) Enquête Eurobaromètre 2019, Sécurité des aliments dans l’UE, juin 2019.

(22) The external costs of banana production («Les coûts externes de la production de bananes»).

(23) Pigou, A. C., The Economics of Welfare («L’économie du bien-être»), 1920.

(24) Commission européenne, Stratégie pour une mise en œuvre de l’internalisation des coûts externes, COM(2008) 435 final.

(25) Eurostat (en anglais).

(26) Fairtrade Foundation, Competition Policy and Sustainability: A study of industry attitudes towards multi-stakeholder collaboration in the UK grocery sector («Politique de la concurrence et développement durable: une étude des comportements de l’industrie à l’égard de la coopération multipartite au sein du secteur de l’alimentation au Royaume-Uni»), Londres, avril 2019.

(27) Directive 2014/24/UE.

(28) Commission européenne, Manuel «Acheter vert!», 2016.

(29) Commission européenne, «Acheter social».

(30) Commission européenne, Orientations sur la passation de marchés de solutions innovantes, 2018.

(31) Il s’agit ici de changements concrets de comportement, par opposition à la disposition qu’affichent les personnes à changer leur comportement. À ce dernier égard, une synthèse de l’état de la recherche figure dans LE Europe et al., 2018.

(32) LE Europe, VVA Europe, Ipsos, ConPolicy et Trinomics, 2018.

(33) Voir note de bas de page no 1.

(34) Agence européenne pour l’environnement (en anglais).

(35) Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC), 2020.

(36) JO C 106 du 31.3.2020, p. 1.

(37) Rijnhout, L., Stoczkiewicz, M., Bolger, M., 2018.

(38) Fondation Ellen MacArthur, 2019.

(39) JO C 190 du 5.6.2019, p. 9.

(40) Gerritsen, E., Underwood, E., What the Green Deal means for Europe's biodiversity («Ce que signifie le pacte vert pour la biodiversité en Europe»), 2019.

Allen, B., Charveriat, C., A meaty challenge («Un problème coriace»), Institut pour une politique européenne de l’environnement, Bruxelles, 2018.

(41) JO C 81 du 2.3.2018, p. 22.

(42) Institut pour une politique européenne de l’environnement et Fondation européenne d’études progressistes.

(43) JO C 67 du 6.3.2014, p. 23.

(44) Étude à la demande de la commission IMCO du Parlement européen (en anglais).

(45) JO C 440 du 6.12.2018, p. 165.

(46) Rapports élaborés par l’OCDE (en anglais), la société civile (en néerlandais) et des syndicats (en anglais).

(47) JO C 3 du 6.1.2001, p. 2.

(48) Guide de l’OCDE sur le devoir de diligence applicable aux chaînes d’approvisionnement responsables dans le secteur de l’habillement et de la chaussure.

(49) JO C 47 du 11.2.2020, p. 30.

(50) JO C 190 du 5.6.2019, p. 9.


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