| CELEX | 52020IR4616 |
| Type | Initiative législative |
| Date | vendredi 5 février 2021 |
| 26.3.2021 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 106/38 |
Avis du Comité européen des régions — Le redémarrage des secteurs de la culture et de la création
(2021/C 106/08)
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RECOMMANDATIONS POLITIQUES
LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS
| 1. | fait observer que la pandémie de COVID-19 a dramatiquement mis en lumière, d’une part, l’idée communément admise selon laquelle la culture peut être l’atout majeur pour le développement social, économique et durable de l’Europe, et de l’autre, la réalité du secteur de la culture et de la création. Sachant que sa définition est vague, et que la frontière entre un financement ou un subventionnement des arts et de la culture par des fonds publics et des créateurs et des professionnels de la culture travaillant à leur propre compte est tout aussi floue que la délimitation même de ce secteur, l’attention est ici portée en particulier sur les acteurs culturels qui, en principe, ne sont guère voire pas du tout soutenus par les pouvoirs publics. Dans la plupart des pays, ce secteur est majoritairement constitué de petites entreprises ainsi que d’artistes et d’autres professionnels de la création indépendants, il est vulnérable et souvent précaire, et a été par conséquent l’un des plus touchés par la crise, comme l’a souligné le CdR dans sa résolution sur ses priorités pour la période 2020-2025; |
| 2. | rappelle que les secteurs de la culture et de la création ont en commun de présupposer, entre autres, la création de «rassemblements», c’est-à-dire la jouissance publique des œuvres — ce qui les a placés dans une situation de confinement, toujours en cours pour certaines catégories et leurs activités connexes, et entraîne de graves pertes financières et d’emplois — mais qu’ils sont aussi une condition du progrès, de la recherche et de l’épanouissement, ainsi que du patrimoine culturel matériel et immatériel de l’Union. Le CdR fait également observer que les travailleurs de l’industrie du spectacle vivant appartiennent aux catégories les plus touchées par la crise liée à la pandémie de COVID-19. Ces personnes et leurs familles risquent de ne plus avoir aucun revenu et de ne pas pouvoir survivre. Le CdR invite les institutions européennes et les gouvernements nationaux à soutenir les travailleurs de ce secteur, en veillant à ce que les fonds du programme «Europe créative» parviennent au secteur de la culture et de la création sous toutes ses formes, ainsi qu’à tous ceux qui contribuent à lui donner vie, quel que soit le type d’emploi qu’ils occupent. Ces subventions pourraient ainsi, en accord avec les États membres, prendre la forme d’un revenu minimum de survie; |
| 3. | souligne qu’en vertu des articles 6 et 167 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, cette dernière est compétente, en matière de culture, pour appuyer, coordonner ou compléter l’action des États membres. Conformément au principe de subsidiarité, le CdR soutient les initiatives de l’Union dans ce domaine de compétence, car elles mettent en avant l’importance de la dimension transnationale et européenne de ce secteur. Les collectivités locales et régionales disposent de compétences importantes en matière de promotion du dialogue culturel et interculturel, et doivent également, en pleine crise sanitaire, coordonner les réseaux locaux et régionaux multidimensionnels dans le secteur culturel, qui associent toutes les parties concernées. Le contenu du présent avis s’inscrit dans le droit fil du baromètre régional et local annuel de l’Union; |
| 4. | souligne l’importance de garantir la liberté et l’indépendance de l’art et de la culture et met l’accent sur la valeur intrinsèque de la production culturelle et artistique, tout en insistant sur la nécessité de les promouvoir en tant que vecteurs essentiels du renforcement de l’identité européenne et de la valorisation de sa fonction sociale, et demande que la culture et l’art jouent un rôle plus important dans le débat sur l’avenir de l’Union, de manière que les secteurs de la culture et de la création soient considérés comme une priorité au niveau national, grâce à des synergies avec d’autres politiques et financements structurels au cours de la prochaine période de programmation; |
| 5. | propose un dialogue constant avec les organisations des secteurs de la culture et de la création en vue de mettre au point des systèmes de soutien aisément utilisables, ce qui se traduirait par une mobilisation favorisant l’innovation et l’éducation, au sein d’un écosystème territorial dynamique: création de fonds ad hoc pour la constitution de réseaux, réglementation couvrant la mobilité des acteurs culturels, développement des canaux spécialisés et des plateformes informatiques contenant des fiches de présentation des artistes, des associations, des acteurs de la culture, etc., pour faciliter leur internationalisation (sur le modèle Europass), publication de l’ensemble des appels à projets, mesures et actions spécifiques et adaptées de manière à garantir aux artistes et aux professionnels du secteur une utilisation et un accès simplifiés, compte tenu du fait que les secteurs de la culture et de la création emploient de nombreux travailleurs indépendants et précaires et concernent essentiellement des petites et moyennes entreprises (PME), qu’elles soient ou non à but lucratif; |
| 6. | relève la nécessité de communiquer de manière encore plus efficace, avec les gouvernements régionaux et locaux, sur les mesures et initiatives mises en place pour les secteurs de la culture et de la création dans l’Union, en prévoyant, pour la période actuelle, un meilleur suivi de ces secteurs au niveau local et régional et en reconnaissant les compétences exercées par les instances locales et régionales dans les politiques culturelles s’agissant d’assurer une répartition équitable des fonds qui leur sont alloués, étant donné que les institutions territoriales sont davantage familiarisées avec les structures de base. Un point de départ pourrait être la plateforme existante https://creativesunite.eu, de même que la pleine valorisation du potentiel que présentent les bureaux nationaux d’«Europe créative»; |
| 7. | rappelle qu’il importe de tirer parti des possibilités numériques et de les stimuler pour promouvoir la culture de manière interactive et favoriser l’accès à la culture pour tous les groupes de la société, en particulier les jeunes, en tant que futurs dépositaires et promoteurs du patrimoine culturel (1), et souligne la nécessité d’accroître les financements européens afin de cofinancer ces activités de numérisation dans le domaine de la culture en général, ce qui est d’autant plus pertinent dans le contexte de la pandémie actuelle, qui a révélé la fracture numérique existante, fondée sur des facteurs géographiques, économiques et générationnels; |
| 8. | réaffirme que «la culture doit être au cœur des relations internationales de l’Union européenne, dès lors que […] la diplomatie internationale s’est enrichie […] et que des formes et approches nouvelles ont émergé en matière de relations, dont celle de la diplomatie culturelle» (2). Le CdR avance par ailleurs que la diplomatie culturelle européenne devrait privilégier la promotion de l’Europe et de ses États membres, ainsi que des collectivités locales et régionales, notamment les échanges éducatifs et culturels, en s’adressant au public et aux pays tiers, eu égard à l’intérêt manifeste de promouvoir une image positive de l’Europe et de ses États membres, y compris leurs régions, en tant que ressource identitaire qui renforce la cohésion sociale et le dialogue. Afin que la diversité des expressions culturelles européennes puisse conserver sa prééminence en cette période d’après-COVID, nous devons procéder à un changement de paradigme, en prenant davantage conscience de ce que nous possédons et devons promouvoir, également sous des formes nouvelles et virtuelles, mais surtout du potentiel de création et de la capacité d’interaction avec d’autres secteurs (enrichissement mutuel), dans toutes les branches de l’art et de la culture. La pandémie de COVID-19 nous a permis de comprendre l’importance de renforcer et de développer la diplomatie culturelle de l’Union et de proposer une offre plus vaste et innovante pour être compétitifs sur la scène mondiale, sur laquelle apparaissent de nouvelles puissances émergentes, y compris au niveau culturel. En fait, la situation découlant de la crise de la COVID-19 met en évidence l’importance de travailler en réseau et de promouvoir des circuits de représentations d’arts de la scène et de cirque, ainsi que d’expositions, afin de pouvoir partager des projets au-delà des frontières locales et régionales. Il est donc nécessaire d’élaborer un circuit pour chaque sous-secteur artistique, de sorte que des tournées ou projets itinérants puissent commencer à fonctionner dès 2022; |
| 9. | insiste, dans le même temps, sur l’importance constante de promouvoir l’accès traditionnel au patrimoine original afin de mettre en valeur et de préserver le patrimoine artistique, historique et judéo-chrétien commun de l’Europe; |
| 10. | préconise la promotion des appels à propositions de l’Union européenne visant notamment à soutenir davantage les projets qui mettent en avant le rôle social de la culture, ainsi que l’expérimentation et l’innovation dans les arts visuels contemporains dont le but est de revitaliser des zones urbaines périphériques, rurales ou vulnérables, des écoles, des hôpitaux, des centres d’accueil et des prisons, et ce, en décernant des prix à des artistes et des créateurs pour la concrétisation d’un projet culturel européen de grande envergure qui couvre l’art contemporain et l’innovation tout en produisant des réalisations capables d’interagir de manière originale, innovante et sensible avec leurs destinataires, avec la collectivité, et contribuant au développement de nouveaux modèles de qualité de vie; |
| 11. | demande que des discussions soient menées avec les différents États membres afin de veiller à ce que, dans ces secteurs complexes, des outils soient mis en place pour saisir toute la diversité des nombreuses catégories, qui ne bénéficient pas toutes d’une protection pour leurs travailleurs. Le CdR suggère que soit envisagé un régime de protection sociale normalisé, permettant l’accès aux aides et aux subventions en cas d’événements particuliers, adaptant le système existant en le rendant moins rigide et plus moderne, offrant de nouveaux cadres réglementaires adaptés aux nouveaux modes de création, de production et de distribution du secteur, et mettant l’accent sur la créativité, afin de reconnaître le professionnalisme des acteurs culturels. Dans ce contexte, il est nécessaire de soutenir la nécessité d’intégrer dans le corps de l’administration publique les diplômés d’art dramatique et les titulaires d’autres diplômes liés à la création et pas encore intégrés à la fonction publique, ce afin de contribuer à la mise en place de programmes transversaux dans une perspective de création (jeu d’acteur, audiovisuel et théâtre); |
| 12. | souligne qu’il est urgent de garantir un cadre législatif sûr, couvrant expressément la santé et la sécurité de tous les travailleurs culturels et artistes dans leur environnement de travail et de prendre pleinement en considération les conditions de travail précaires dans les secteurs de la culture et de la création en cette période de pandémie, pendant toute la durée de la reprise et de ses suites; |
Liens avec les priorités politiques
| 13. | s’inquiète du sort des secteurs de la culture et de la création, malgré les mesures horizontales et sectorielles mises en œuvre depuis le début de la pandémie de COVID-19; |
| 14. | salue l’accord conclu en décembre 2020 entre le Parlement européen et le Conseil sur le programme «Europe créative», en particulier le soutien à hauteur de 2,2 milliards d’EUR garanti aux artistes. Cet accord reconnaît l’importance des secteurs de la culture et de la création et prévoit une augmentation significative des fonds à leur intention, alors même qu’ils auront besoin d’une aide massive tout au long de la phase de relance; |
| 15. | insiste sur la nécessité de se concentrer sur des activités culturelles durables, de miser sur les artistes et les autres acteurs culturels — quel que soit leur âge — exprimant des valeurs telles que la démocratie, l’ouverture au monde, l’intégration sociale, l’inclusion ou encore la sensibilisation à l’environnement, ainsi que sur la jouissance publique de l’art, en favorisant son lancement et sa revitalisation au moyen de programmes de l’Union et en facilitant l’accès à un éventail d’instruments de soutien financier durables, tels que les subventions publiques, le capital-risque et le crédit assorti de conditions de remboursement avantageuses à long terme; |
| 16. | se réjouit de la décision de faciliter la participation de projets culturels à petite échelle au programme «Europe créative» grâce à la simplification considérable des procédures bureaucratiques, principalement lors de la phase de candidature. Le CdR recommande en outre d’intégrer les investissements des différents fonds de l’Union dans la culture, en simplifiant leurs procédures et, le cas échéant, en étendant la possibilité de cofinancement jusqu’à 80 % pour les projets de petits opérateurs, tout en permettant à des fondations, des banques et des institutions de couvrir le montant restant. Il souscrit à cet effet à l’appel du Parlement européen, qui invite à «prévoir des aides conséquentes et principalement basées sur des subventions pour les industries et secteurs de la culture et de la création, afin de garantir les moyens de subsistance des communautés locales», et convient de la nécessité de «réserver aux industries et secteurs de la culture et de la création, en fonction de leurs besoins spécifiques, au moins 2 % de la facilité pour la reprise et la résilience consacrée à la relance» (3). Le CdR demande que les secteurs de la culture et de la création soient couverts par REACT-EU, insiste sur la nécessité d’inclure la culture dans les politiques nationales de mise en œuvre de cette initiative et de l’instrument européen de soutien temporaire à l’atténuation des risques de chômage en situation d’urgence (SURE) pour éviter de faire peser les coûts de la culture sur les budgets des villes et des régions qui ont déjà souffert au cours de la pandémie de COVID-19, et préconise l’utilisation du financement en cascade, un mécanisme prévu par la Commission européenne, également appelé Financial Support for Third Parties («soutien financier aux tiers»); |
| 17. | reconnaît la nécessité de créer un portail européen unique regroupant les informations concernant l’ensemble des programmes de l’Union qui financent le patrimoine culturel (4); |
| 18. | se félicite de l’intérêt grandissant et des efforts des collectivités locales et régionales de toute l’Europe s’agissant de promouvoir des visions et des actions communes dans les États membres. Le CdR espère que d’autres pays pourront reproduire des initiatives similaires à celles mises en œuvre dans le cadre de la charte d’Agrigente (5), qui a été signée par des centaines de maires et par des présidents de régions italiennes, et à laquelle des associations particulièrement représentatives, ainsi que le Comité lui-même (6), ont apporté leur soutien; |
| 19. | espère que le secteur du patrimoine culturel sera toujours en mesure de garantir la participation — malgré les restrictions causées par la pandémie de COVID-19 —, la durabilité, la protection et l’innovation, les quatre piliers sur lesquels repose l’Année européenne du patrimoine culturel, et souhaite que, compte tenu de la crise de la COVID-19, l’augmentation de l’enveloppe du programme «Europe créative» devienne structurelle, et que celle-ci soit gérée directement par les collectivités régionales; |
| 20. | estime que les professionnels du patrimoine culturel sont les mieux placés pour communiquer à l’ensemble de la communauté sur les avantages essentiels que revêt le patrimoine culturel pour l’économie, la culture, l’environnement et la société; |
| 21. | est favorable à ce que les créateurs, les artistes, le personnel technique et les autres acteurs de la culture et du patrimoine jouent un rôle plus important, et ne soient pas considérés uniquement comme des «moyens» de renforcer l’économie et la compétitivité. De fait, la situation créée par la COVID-19 a encore mis en évidence la nécessité de mettre en œuvre la culture dans le système éducatif, de manière transversale et dans les programmes. À cet égard, l’inclusion des arts du spectacle dans le temps scolaire est d’une importance capitale; |
| 22. | se déclare particulièrement préoccupé par la pénurie toujours plus importante d’artisans qualifiés, de professionnels de la restauration et d’experts du patrimoine, et invite les institutions européennes à inscrire la préservation des pratiques et des connaissances particulièrement utiles dans les futures initiatives de sauvegarde du patrimoine culturel; |
Dimension spécifiquement locale ou régionale
| 23. | réclame une action renforcée des États membres, qui pourraient prendre des mesures de soutien ou de coordination en vue de définir une approche stratégique européenne de relance des secteurs de la culture et de la création, dans le respect de la complémentarité et de la subsidiarité, principe directeur de l’Union européenne dans le domaine des relations culturelles; |
| 24. | reconnaît le rôle des collectivités locales et régionales en tant qu’acteurs indispensables à la promotion, au développement et au soutien des activités culturelles liées, entre autres, à la musique, aux arts plastiques, au folklore, aux arts du spectacle, aux arts audiovisuels et aux publications, au patrimoine culturel etc., au moyen de subventions qui contribuent à améliorer la situation des bénéficiaires pendant les mois de fermeture ou de réduction d’activité dans les espaces publics du fait des mesures sanitaires adoptées en raison de la COVID-19, mais aussi par d’autres mesures de soutien consistant, par exemple, à mettre à disposition gratuitement des espaces pour les activités culturelles ou à faciliter l’utilisation des espaces publics; |
| 25. | rappelle qu’en matière de culture et de créativité, nous n’avons pas toujours affaire uniquement à des biens matériels; parfois, la culture et la créativité se trouvent sublimées dans l’immatérialité, l’artiste devenant lui-même une œuvre d’art, qu’il soit chanteur, danseur, jongleur, trapéziste, musicien, mime, acteur ou équilibriste. Chacun d’eux est impliqué dans la transmission des traditions et des us et coutumes, crée des émotions, suscite des sentiments, promeut sa région, attire des touristes, franchit toutes sortes de barrières psychologiques, mais parfois, il ne parvient pas à surmonter les obstacles structurels qui sont aujourd’hui exacerbés par la pandémie. L’expérience des professionnels du patrimoine culturel est un bien public unique essentiel pour atteindre la qualité, les valeurs et la durabilité en matière de protection et de préservation du patrimoine. Par conséquent, une action stratégique menée par les administrations et visant à protéger les différents écosystèmes culturels s’impose; |
| 26. | appelle de ses vœux une intervention de l’Union européenne pour activer la coopération requise entre les États membres ainsi que pour soutenir, promouvoir et revitaliser les multiples branches liées aux secteurs de la culture et de la création, mises à l’arrêt par la pandémie de COVID-19. Chacune de ces catégories présente des caractéristiques différentes et a besoin d’espaces et de traitements différenciés, mais elles contribuent toutes à créer des perspectives pour le tourisme et le développement social, économique et culturel des territoires: citons, entre autres exemples, le patrimoine culturel, tant matériel, avec la gestion extrêmement complexe de monuments et de sites archéologiques — en particulier des sites subaquatiques —, musées, archives et bibliothèques, qu’immatériel — les fêtes régionales et locales, la gastronomie, les artisanats; les activités de vulgarisation — allant des conférences aux manifestations telles que les capitales européennes de la culture; les arts de la scène et les spectacles, la musique et la danse, qu’il s’agisse de l’opéra, des cirques, des artistes de rue; l’industrie de la création qui englobe le cinéma, l’édition, le design, la publicité, ainsi que la radio et la télévision; les arts graphiques, la sculpture, la peinture et l’architecture; et les institutions et fondations culturelles; |
| 27. | invite les collectivités locales et régionales à utiliser les fonds de l’Union et les divers programmes et mesures pour soutenir les artistes individuels, en particulier ceux qui sont moins connus mais déjà actifs dans le secteur, en leur offrant des possibilités d’événements et d’échanges, y compris virtuelles, susceptibles de révéler la multitude de potentiels créatifs que recèlent les territoires, et en leur permettant de devenir, comme ce fut le cas pour bon nombre d’entre eux dans le passé, des ambassadeurs et des passeurs de leur propre culture. En se mélangeant les uns aux autres, ils réussissent à créer une touche européenne commune, tout en préservant les particularités propres à chaque État membre et à chaque région. Le CdR préconise une coopération étroite avec les bureaux nationaux d’Europe créative afin d’améliorer les connaissances et l’information sur les territoires et demande aussi que la coopération entre les régions soit facilitée dans le cadre de ce programme; |
| 28. | soutient résolument la décision du Conseil et du Parlement européen de placer la coopération transfrontière au rang des priorités du volet culturel, de renforcer la coopération transnationale et la dimension transfrontière de la création, de la circulation et de la visibilité des œuvres européennes, ainsi que de favoriser la mobilité des acteurs de la culture et de la création. Le CdR se tient prêt à participer à l’élaboration d’un «statut européen de l’artiste», en coopération avec le Parlement européen, et demande qu’une attention particulière soit accordée, dans ce contexte, à la situation des artistes des régions européennes les plus éloignées. Il partage l’avis du Parlement européen, qui estime nécessaire de «protéger l’emploi dans le secteur du patrimoine culturel, de soutenir les professionnels de la restauration des biens culturels et les experts du patrimoine et de les doter des outils nécessaires à la protection des sites patrimoniaux européens» (7). Il rappelle également que les professionnels du patrimoine culturel, qui travaillent dans des environnements interdisciplinaires et intersectoriels et combinent des approches traditionnelles, créatives et innovantes pour préserver le patrimoine irremplaçable de l’Europe pour les générations futures, ne doivent pas être oubliés. Il demande dès lors de promouvoir une plus grande mobilité en permettant aux professionnels du patrimoine culturel de valider pleinement leurs connaissances et compétences formelles et non formelles; |
| 29. | rappelle ce qui a toujours été une évidence pour les opérateurs culturels: les villes et les territoires capables de valoriser leur histoire, de se raconter, de se renouveler et de se repenser, en laissant de l’espace à des économies légères, créatives et durables, deviennent attrayants non seulement pour les touristes et les secteurs économiques connexes, mais aussi pour les entreprises qui s’y établissent, ainsi que du point de vue de la valeur immobilière des territoires et de l’équilibre générationnel et interculturel, dans des sociétés qui sont désormais structurellement multiraciales et multiconfessionnelles; |
| 30. | invite à soutenir les efforts déployés par les régions pour stimuler la relance en s’ouvrant aux expérimentations, en s’intéressant aux nouveaux projets et aux nouvelles idées qui se développent davantage à l’heure où un changement de paradigme est nécessaire pour revitaliser les secteurs de la culture et de la création. La réhabilitation des zones urbaines et du territoire, au moyen de projets simples qui mettent à la portée de tous des connaissances pouvant être acquises aisément, y compris dans les zones périphériques et les régions moins développées ou ultrapériphériques, grâce aux infrastructures culturelles existantes ou prévues, à leur intégration et à leur implication sur le territoire, ainsi qu’à la mise en œuvre de plans de protection et de conservation du patrimoine historique de ces zones; |
| 31. | juge nécessaire de concevoir des solutions créatives pour la récupération, la refonctionnalisation, la réinterprétation et la gestion des zones elles-mêmes, pouvant consister en des opérations virtuelles et immatérielles liées au contexte, ou en interventions physiques sur place, recourant, par exemple, aux arts visuels, du spectacle et relationnels, aux arts appliqués, à la communication, à la fabrication numérique et à la réalité virtuelle, et d’y associer les communautés grâce à des activités qui favorisent la cohésion sociale et le développement de réseaux interpersonnels, caractérisées par l’applicabilité et la durabilité. Citons à titre d’exemple l’itinéraire artistique «Fiumara d’Arte», un parcours traversant plusieurs provinces siciliennes, parsemé d’œuvres d’artistes mondialement connus, qui, lors de manifestations particulières, deviennent les catalyseurs de nouveaux talents, en donnant ainsi à ces derniers l’occasion de se faire connaître. Il s’agit de développer la culture locale en renforçant son identité et sa spécificité, en créant une valeur unique, non transférable et fondée sur le lieu, dont les facteurs culturels sont également pertinents au niveau européen; |
| 32. | réitère les points de vue déjà exprimés sur l’initiative «Capitales européennes de la culture», qui a contribué à mettre en valeur la richesse, la diversité et les aspects communs des cultures européennes. Le CdR juge nécessaire de poursuivre cette initiative ainsi que d’autres, qui, comme le «label du patrimoine européen», pourraient être davantage exploitées. Il importe de développer la connaissance culturelle et créative, en particulier au sein de la jeune génération, sans sous-estimer le tourisme et le tourisme scolaire, qui souffrent tout autant que les secteurs de la culture et de la création et qui ne peuvent pas exister virtuellement; |
| 33. | souligne l’importance du volontariat dans la protection du patrimoine culturel et se félicite dès lors de l’appel ciblé lancé à cet effet dans le cadre du corps européen de solidarité; |
Observations générales
| 34. | estime nécessaire de diffuser la création artistique et culturelle dans toute l’Europe, mais aussi de promouvoir sur la scène internationale les artistes, les curateurs, les critiques et les autres acteurs culturels, ainsi que les créateurs d’autres disciplines, au moyen d’appels à propositions mettant l’accent sur le rôle social de l’art et de la culture, en associant les collectivités locales, les régions, les institutions culturelles proprement dites, les écoles, les hôpitaux, les foyers d’accueil et les prisons, qui jouent un rôle de chef de file de projets visant à la réhabilitation de zones et de bâtiments urbains périphériques ou vulnérables. Les projets devraient prévoir une collaboration entre des organismes européens issus de différents pays et une phase de promotion dans plusieurs États membres de l’Union, produire des œuvres capables d’interagir de manière originale, innovante et sensible avec la collectivité, contribuer au développement de nouveaux modèles de qualité de vie et induire l’accélération nécessaire en vue d’une véritable démocratisation de la culture et d’un élargissement de la participation citoyenne; il convient également de promouvoir de nouvelles formes d’innovation en matière de gestion culturelle, avec le développement d’incubateurs pour des projets et des initiatives culturels; |
| 35. | insiste sur la nécessité de produire de nouvelles œuvres, mais surtout de soutenir, grâce à l’art et à la culture, des objectifs sociaux mieux intégrés, structurés et plus efficaces, y compris face aux crises systémiques du marché et celles dues à la pandémie de COVID-19. En particulier, en s’inspirant librement de l’«Art bonus», une mesure incitative établie par le gouvernement italien qui a donné lieu à de bonnes pratiques de mécénat, des appels d’offres, appels à projets et concours pourraient être lancés pour promouvoir la commande d’œuvres d’artistes et de créateurs culturels européens contemporains par des particuliers et des entreprises, l’acquéreur s’engageant à permettre la jouissance publique des œuvres pendant une période déterminée dans des institutions muséales et à en promouvoir la circulation; |
| 36. | souligne qu’en ce qui concerne les «grappes culturelles» ou les «districts créatifs», il est devenu essentiel, en raison de la crise de la COVID-19, de positionner les villes et les régions au cœur des réseaux de connaissances afin de bénéficier pleinement de la libre circulation des idées, des capitaux et des personnes dans l’économie mondiale en réseau. Le soutien des collectivités locales et régionales est vital pour le développement de ces grappes mais pour être plus efficaces, celles-ci doivent également être reliées aux réseaux de connaissances intégrés et évolutifs européens et mondiaux. Les institutions de l’Union européenne devraient par conséquent soutenir financièrement les collectivités locales et régionales ainsi que les acteurs locaux dans la réalisation de tels projets; |
| 37. | recommande que les secteurs de la culture et de la création soient traités comme une industrie de biens de première nécessité, de sorte qu’ils ne soient pas pénalisés par un confinement en cas de nouveaux événements extraordinaires tels que la pandémie de COVID-19. Il conviendra donc d’être prévoyants et d’élaborer des lignes directrices communes pour leur permettre de poursuivre leurs activités, avec toutefois des restrictions quant à leur utilisation; |
| 38. | accueille avec intérêt le «nouveau Bauhaus européen» annoncé par la présidente von der Leyen, qui s’inscrit dans le cadre de la stratégie pour une vague de rénovations, estimant qu’il est nécessaire d’alimenter une nouvelle esthétique européenne fondée sur un besoin social de beauté, sur les interconnexions entre les réalités existantes, la régénération et l’environnement, ainsi que sur le développement et la mise en œuvre de matériaux durables sur le plan environnemental, à l’image des réalisations du Superstudio Group de Milan; |
| 39. | réitère à cet effet sa demande «que soient intensifiés, dans le cadre du nouveau programme urbain 2030, les investissements dans la culture et les plans d’utilisation et de gestion participative et durable du patrimoine culturel, y compris le patrimoine délaissé ou abandonné», sa conservation et sa diffusion, «en tirant parti des initiatives innovantes promues par les municipalités et des processus de coopération engagés par les acteurs territoriaux» (8). |
Bruxelles, le 5 février 2021.
Le président du Comité européen des régions
Apostolos TZITZIKOSTAS
(1) Avis du Comité européen des régions — La culture dans une Union plus ambitieuse: le rôle des régions et des villes (JO C 141 du 29.4.2020, p. 39).
(2) Avis du Comité européen des régions — Vers une stratégie de l’Union européenne en matière de relations culturelles internationales (JO C 207 du 30.6.2017, p. 95).
(3) Résolution du Parlement européen du 17 septembre 2020 sur la relance culturelle de l’Europe [2020/2708(RSP)].
(4) Projet de rapport de la commission CULT du Parlement européen [2019/2194(INI)].
(5) La charte d’Agrigente, signée à Rome le 30 octobre 2019, vise à promouvoir des politiques efficaces pour améliorer la jouissance du patrimoine culturel commun (http://www.anci.it/wp-content/uploads/Carta-di-Agrigento-per-una-nuova-Agenda-europea-della-Cultura.pdf).
(6) Avis du Comité européen des régions — La culture dans une Union plus ambitieuse: le rôle des régions et des villes, paragraphe 20 (JO C 141 du 29.4.2020, p. 39).
(7) Résolution du Parlement européen du 17 septembre 2020 sur la relance culturelle de l’Europe [2020/2708(RSP)].
(8) Avis du Comité européen des régions — La culture dans une Union plus ambitieuse: le rôle des régions et des villes (JO C 141 du 29.4.2020, p. 39).
Initiative législative — 52021IP0508
16/12/2021
Initiative législative — 52021IP0509
16/12/2021
Initiative législative — 52021IP0511
16/12/2021
Initiative législative — 52021IP0512
16/12/2021