COMMISSION EUROPÉENNE
Bruxelles, le 30.9.2020
SWD(2020) 322 final
DOCUMENT DE TRAVAIL DES SERVICES DE LA COMMISSION
Rapport 2020 sur l’état de droit
Chapitre consacré à la situation de l’état de droit en Roumanie
accompagnant le document:
COMMUNICATION DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN, AU CONSEIL, AU COMITÉ ÉCONOMIQUE ET SOCIAL EUROPÉEN ET AU COMITÉ DES RÉGIONS
Rapport 2020 sur l’état de droit
La situation de l’état de droit dans l’Union européenne
{COM(2020) 580 final} - {SWD(2020) 300 final} - {SWD(2020) 301 final} - {SWD(2020) 302 final} - {SWD(2020) 303 final} - {SWD(2020) 304 final} - {SWD(2020) 305 final} - {SWD(2020) 306 final} - {SWD(2020) 307 final} - {SWD(2020) 308 final} - {SWD(2020) 309 final} - {SWD(2020) 310 final} - {SWD(2020) 311 final} - {SWD(2020) 312 final} - {SWD(2020) 313 final} - {SWD(2020) 314 final} - {SWD(2020) 315 final} - {SWD(2020) 316 final} - {SWD(2020) 317 final} - {SWD(2020) 318 final} - {SWD(2020) 319 final} - {SWD(2020) 320 final} - {SWD(2020) 321 final} - {SWD(2020) 323 final} - {SWD(2020) 324 final} - {SWD(2020) 325 final} - {SWD(2020) 326 final}
Résumé
Depuis l’adhésion de la Roumanie à l’Union européenne en 2007, les réformes engagées par le pays dans les domaines de la justice et de la lutte contre la corruption font l’objet d’un suivi par la Commission au titre du mécanisme de coopération et de vérification (MCV), qui constitue un cadre important pour la réalisation de progrès en vue d’atteindre les objectifs de référence fixés.
En 2020, le gouvernement a réaffirmé son engagement à retrouver le chemin de la réforme judiciaire après les revers enregistrés entre 2017 et 2019. Cela a contribué à réduire sensiblement les tensions avec le système judiciaire. Les récentes nominations de nouveaux responsables à la tête des principaux services du ministère public pourraient ouvrir la voie à un exercice plus efficient des activités ayant trait aux poursuites. Toutefois, les progrès en vue de modifier la législation applicable ont été reportés en raison de la pandémie de COVID-19, conjuguée aux préparatifs des élections nationales à venir. Les mesures controversées qui ont une incidence négative sur l’indépendance de la justice demeurent en vigueur, à l’instar de la section d’enquête sur les infractions pénales au sein du système judiciaire, qui a pour mission exclusive de poursuivre les infractions commises par les juges et les procureurs. Le maintien de ces mesures accroît l’incertitude quant au fonctionnement du système de justice, notamment en raison de leur effet combiné. En outre, certaines de ces mesures sont également susceptibles d’avoir des répercussions négatives sur les ressources humaines du système de justice, notamment sur son efficience.
La Roumanie dispose d’un cadre stratégique national complet de lutte contre la corruption qui repose sur une forte participation des acteurs institutionnels nationaux et locaux. Malgré les progrès et les résultats obtenus par la Roumanie dans la lutte contre la corruption ces dix dernières années, les défis auxquels le système judiciaire a été confronté au cours de la période 2017-2019 ont soulevé des questions quant à la viabilité des réformes anticorruption. Même si le contexte politique actuel est propice à une diminution des confrontations, les principales institutions doivent faire face à un environnement difficile qui a des conséquences sur la mise en œuvre du cadre juridique et des capacités institutionnelles. Bien que les institutions compétentes les plus importantes aient poursuivi leurs activités, cette situation complique les efforts déployés pour maintenir les bons résultats en matière de poursuites judiciaires et de décisions de justice condamnant des actes de corruption à haut niveau. Les modifications du code pénal et du code de procédure pénale suscitent en attente des incertitudes quant au bon fonctionnement du cadre juridique de lutte contre la corruption, raison pour laquelle il est important de trouver des solutions juridiques et politiques qui donnent suite aux principales décisions de la Cour constitutionnelle. Le gouvernement en exercice a fait preuve d’une détermination renouvelée à avancer sur la voie de la prévention dans le cadre de la stratégie nationale globale de lutte contre la corruption.
Les garanties juridiques requises concernant la liberté et le pluralisme des médias sont en place. Néanmoins, des problèmes se posent en ce qui concerne la mise en œuvre et l’application effective du cadre législatif existant. La transparence de la propriété des médias s’avère incomplète, et l’autorité de régulation des médias audiovisuels ne dispose pas des ressources nécessaires pour s’acquitter pleinement des tâches qui lui incombent. Les médias peuvent être soumis à des pressions politiques, car il n’existe pratiquement pas de garanties juridiques spécifiquement applicables à l’indépendance éditoriale, à l’exception d’une certaine autorégulation au niveau des rédactions ou des éditeurs.
Le processus ordinaire de préparation et de promulgation des lois est bien réglementé, notamment par un dispositif institutionnel étendu d’équilibre entre les pouvoirs, mais son fonctionnement n’est pas toujours optimal. Les ordonnances gouvernementales d’urgence demeurent largement utilisées et les modifications législatives successives non coordonnées ont également des répercussions sur la qualité de la législation et la sécurité juridique, notamment pour l’environnement des entreprises. Il existe un cadre législatif favorable à la société civile, qui représente une force active et a su résister aux efforts déployés pour limiter ses activités. La société civile a joué un rôle important dans la défense de l’état de droit en Roumanie.
La Roumanie, tout comme la Bulgarie, présente comme particularité que le mécanisme de coopération et de vérification (MCV) a été mis en place lors de son adhésion à l’Union européenne en 2007 en tant que mesure transitoire visant à faciliter la poursuite des efforts déployés par la Roumanie pour réformer son système judiciaire et intensifier la lutte contre la corruption . Conformément à la décision portant création du mécanisme, le MCV prend fin lorsque tous les objectifs de référence applicables à la Roumanie sont atteints de manière satisfaisante . Dans ses rapports de janvier 2017, la Commission a adopté une évaluation complète des progrès réalisés par la Roumanie au cours des dix années déjà couvertes par le MCV. Elle a également tracé la voie vers la conclusion du mécanisme en se fondant sur douze recommandations clés finales dont l’application suffirait pour atteindre les objectifs du MCV. En raison de l’évolution de la situation en Roumanie, la Commission a formulé huit recommandations supplémentaires en novembre 2018. Dans le dernier rapport MCV, adopté en octobre 2019, la Commission a conclu que la Roumanie devait encore réaliser des progrès en ce qui concerne les recommandations formulées dans les rapports de janvier 2017 et de novembre 2018. En 2019, les juridictions roumaines ont adressé à la Cour de justice de l’Union européenne plusieurs demandes de décision préjudicielle concernant les obligations de la Roumanie au titre du MCV et le suivi des recommandations du MCV . Les affaires en question sont actuellement pendantes.
I. Système de justice
Le système judiciaire roumain est organisé en quatre instances, à la fois civiles et militaires: les tribunaux de première instance, les tribunaux ordinaires et spécialisés, les cours d’appel et la Haute Cour de cassation et de justice. La Haute Cour de cassation et de justice statue sur des affaires pénales en première instance et en appel pour certaines catégories de personnes , ainsi que dans des affaires en appel pour certains dossiers civils et administratifs. L’un des rôles fondamentaux de cette Cour est de garantir l’interprétation et l’application uniformes du droit par les autres juridictions. Le Conseil supérieur de la magistrature, qui est chargé de garantir l’indépendance de la justice, est divisé en deux sections: la section des juges et la section des procureurs. Chaque section jouit d’une compétence exclusive pour le recrutement et la gestion de la carrière des juges et des procureurs, respectivement, et fait office de juridiction compétente en matière disciplinaire. Le parquet est dirigé par le procureur général du ministère public près la Haute Cour de cassation et de justice. Le ministère public comprend des structures spécialisées dotées d’une compétence et d’une organisation particulières: la direction nationale anticorruption (DNA) et la direction d’enquête et de lutte contre le crime organisé et le terrorisme (DIICOT), dirigées par des procureurs en chef, et, depuis 2018, la section d’enquête du parquet sur les infractions pénales au sein du système judiciaire (SIIJ) . Il existe également des parquets militaires. Le procureur général et les procureurs en chef des structures spécialisées, la DNA et la DIICOT, sont nommés par le Président de la République, sur proposition du ministre de la justice et après avis consultatif du Conseil supérieur de la magistrature . L’Union nationale des barreaux roumains est une entité juridique exerçant des fonctions d’intérêt public, qui regroupe l’ensemble des 41 barreaux de Roumanie. La Cour constitutionnelle est responsable du contrôle de la conformité constitutionnelle des lois et du règlement des différends de nature constitutionnelle entre les autorités publiques.
Indépendance
Plusieurs modifications des lois sur la justice en 2018 et 2019 continuent de susciter des inquiétudes quant à leur incidence sur l’indépendance du système judiciaire. Les lois sur la justice réglementent le statut des juges et des procureurs, l’organisation du système de justice et le fonctionnement du Conseil supérieur de la magistrature. Les modifications, qui sont entrées en vigueur en juillet et octobre 2018, ont par la suite été modifiées par plusieurs ordonnances gouvernementales d’urgence. Ces mesures ont été accueillies avec une certaine inquiétude, d’autant plus que plusieurs parties prenantes nationales et internationales ont estimé que leur effet combiné représentait une menace sérieuse pour l’indépendance de la justice . Des problèmes majeurs ont été recensés concernant la création d’une section d’enquête sur les infractions pénales au sein du système judiciaire (SIIJ), le système de responsabilité civile des juges et des procureurs, les régimes de retraite anticipée, l’accès à la profession, ainsi que le statut et la nomination des procureurs de haut rang. Dès le début, leur mise en œuvre est venue confirmer les préoccupations exprimées au sujet de l’exercice de pressions sur les juges et les procureurs, ainsi que de l’indépendance, de l’efficience et de la qualité du pouvoir judiciaire . En outre, l’application continue des lois a mis en évidence de nouveaux problèmes allant au-delà de ceux qui avaient été relevés précédemment .
La mise en œuvre prolongée des lois sur la justice modifiées renforce l’incertitude quant au fonctionnement du système de justice. Si le gouvernement actuel a manifesté sa volonté d’engager un dialogue avec le pouvoir judiciaire et les partis politiques afin de revenir sur les mesures controversées, il a également souligné que la situation politique actuelle ne permettait pas de réunir les conditions propices à l’obtention d’un large consensus et de la majorité nécessaire au Parlement pour garantir un soutien à des réformes globales . Il est peu probable que de pareilles réformes soient engagées avant la tenue de nouvelles élections législatives. Le maintien en vigueur de ces modifications laisse planer des incertitudes quant au fonctionnement du système judiciaire dans son ensemble et quant à l’indépendance, au statut et à la carrière des magistrats en particulier. Cette situation est exacerbée par de fortes divisions au sein du système de justice quant aux solutions à proposer pour modifier les lois sur la justice. Dans ce contexte, bien que le Conseil supérieur de la magistrature, en vertu des fonctions qui lui sont dévolues, soit censé assumer un rôle de premier plan et contribuer à dégager un consensus, ses récents travaux ont été marqués par des dissensions et des controverses internes.
La perception de l’indépendance de la justice est faible dans le public, et cette perception a suivi une tendance à la baisse ces dernières années. Le niveau de perception de l’indépendance du système judiciaire par le public reste faible (37 %) et a reculé . Parmi les entreprises, le niveau de perception de l’indépendance du système judiciaire se situe dans la moyenne (53 %) . Dans les deux cas, la raison la plus souvent invoquée pour justifier la perception d’un manque d’indépendance du système judiciaire a trait à l’ingérence du gouvernement et des responsables politiques ou aux pressions qu’ils exercent . Le débat public sur la justice a été marqué par de fortes tensions, ainsi que par des attaques publiques de la part du monde politique et des médias contre le système judiciaire, mais ces tensions se sont considérablement apaisées sous le gouvernement actuel. Bien que le Conseil supérieur de la magistrature ait donné suite à certaines plaintes portées à son attention concernant la défense de l’indépendance, de la réputation et de l’impartialité des magistrats, l’activité globale du Conseil dans ce domaine a été limitée .
La section d’enquête du parquet sur les infractions pénales au sein du système judiciaire (SIIJ) demeure en place, malgré de nombreuses critiques. Cette section est exclusivement chargée de poursuivre les délits commis par des juges et des procureurs. Elle est également compétente pour engager des poursuites contre d’autres personnes qui font l’objet d’une enquête impliquant les juges ou les magistrats concernés . La Commission de Venise a relevé que la création de cette section ne semble pas justifiée par des éléments factuels , et que sa constitution et sa pratique ont été critiquées tant pour leurs effets sur l’indépendance des magistrats que pour les effets négatifs qu’elles pourraient avoir sur l’effectivité des poursuites . En outre, le sentiment que la pression exercée par la section peut se répercuter sur l’indépendance judiciaire a également un effet négatif sur l’apparence d’indépendance, qui est en soi une exigence essentielle de l’indépendance judiciaire . L’actuel ministre de la justice a entamé des consultations sur un projet de proposition visant à dissoudre la section et à rétablir l’ancien modèle organisationnel des services du ministère public , mais la pandémie de COVID-19 et la situation politique ont entravé ces démarches, et la section demeure opérationnelle. Le 21 juillet 2020, le Parlement a rejeté un projet d’initiative présenté par un groupe de députés en vue de démanteler la section, projet qui avait également reçu un avis consultatif négatif du Conseil supérieur de la magistrature . Bien que les autorités et les parties prenantes signalent que, depuis octobre 2019, la section a mis fin à la pratique consistant à retirer les recours et que le nombre d’affaires engagées contre des magistrats a diminué, des inquiétudes subsistent quant à la possibilité de l’utiliser comme un outil de pression sur les magistrats. En 2019, des juridictions roumaines ont adressé plusieurs demandes de décision préjudicielle à la Cour de justice de l’Union européenne, mettant en doute la compatibilité de la création de la section avec le droit de l’Union, notamment avec l’article 19, paragraphe 1, du TUE et l’article 47 de la charte . Les affaires sont actuellement pendantes.
De nouveaux responsables ont été nommés à la tête des services du ministère public en 2019, mais la procédure de nomination et de révocation des procureurs de haut rang suscite depuis longtemps des préoccupations. En octobre 2019, aucun des organes du ministère public ne possédait de direction attitrée . L’une des premières actions de l’actuel ministre de la justice a consisté en l’organisation des procédures de sélection, avec une transparence accrue, et en la promotion d’un processus directionnel pour le ministère public . Néanmoins, alors que le nouveau procureur en chef de la DNA a été nommé sur avis positif du Conseil supérieur de la magistrature, le procureur général et le procureur en chef de la DIICOT ont été nommés malgré un avis négatif du Conseil. Cette situation a mis en évidence les lacunes persistantes précédemment relevées par la Commission qui, dans le cadre du MCV, a recommandé de renforcer la solidité et l’indépendance du processus de nomination, et a estimé que la meilleure façon de parvenir à une solution durable était de solliciter le soutien de la Commission de Venise .
La révocation, en 2018, de l’ancienne procureure principale de la direction anticorruption a été examinée par la Cour européenne des droits de l’homme (Cour EDH). La Cour EDH a constaté que la Roumanie avait violé l’article 6, paragraphe 1, («Droit à un procès équitable») et l’article 10 («Liberté d’expression») de la convention européenne des droits de l’homme dans le cadre de la révocation de l’ancienne procureure principale de la DNA . La Cour EDH a estimé que l’ancienne procureure principale n’avait pas été en mesure de contester effectivement devant un tribunal les motifs de sa révocation . Dans ce contexte, la Cour EDH a attiré l’attention sur l’importance croissante accordée à l’intervention d’une autorité indépendante des pouvoirs exécutif et législatif pour toute décision touchant à la nomination et la révocation des procureurs . En ce qui concerne la liberté d’expression, la Cour EDH a également souligné que la révocation pourrait avoir un effet dissuasif, décourageant d’autres procureurs et des juges de participer au débat public sur les réformes législatives concernant le système judiciaire et en particulier sur les questions relatives à l’indépendance de la justice . S’agissant de la participation des magistrats au débat public, les rapports MCV ont fait état de préoccupations quant à la pratique de l’inspection judiciaire qui consiste à engager des procédures disciplinaires à l’encontre des juges et des procureurs s’exprimant publiquement sur la réforme du système judiciaire .
Les modifications apportées à la loi sur le statut des juges et des procureurs ont changé les dispositions régissant la responsabilité civile des juges . Les nouvelles dispositions autorisent le ministère des finances à déterminer si une erreur judiciaire a été commise de mauvaise foi ou par négligence grave et, par la suite, à engager des actions en recouvrement contre les juges pour le préjudice causé par leurs décisions. Le nouveau régime prévoit que, pour établir la responsabilité civile d’un juge, le tribunal doit d’abord établir que le jugement concerné a été entaché d’une erreur judiciaire et que la partie lésée doit être indemnisée, sans que le juge ayant rendu la décision contestée soit associé à cette première procédure judiciaire. Ensuite, le ministère des finances peut engager une action en recouvrement en justice contre le juge, sur la base de sa propre appréciation du fait que l’erreur judiciaire a résulté de l’exercice de devoirs et de prérogatives de mauvaise foi ou par négligence grave . Bien que le ministère ait l’obligation de consulter l’inspection judiciaire sur cette question, l’avis de cette dernière n’est pas contraignant. Le Conseil de l’Europe a reconnu que, bien qu’il puisse être légitime d’engager la responsabilité personnelle d’un juge pour le préjudice causé par une décision rendue de mauvaise foi ou par une négligence grave, cette possibilité doit être circonscrite par des garanties claires afin de protéger les juges contre les abus et d’empêcher l’exécutif d’exercer des pressions indues sur les juges. Des inquiétudes ont été exprimées quant au pouvoir attribué au ministère des finances dans ce contexte . Le Conseil de l’Europe a souligné l’effet dissuasif potentiel que ce nouveau régime pourrait avoir sur les juges et les procureurs, notamment en liaison avec la création de la nouvelle section d’enquête sur les infractions pénales au sein du système judiciaire . Une demande de décision préjudicielle portant sur le nouveau régime de responsabilité civile des magistrats est actuellement pendante devant la Cour de justice .
Qualité
Le déficit en ressources humaines dans le système de justice s’est creusé. En décembre 2019, plus de 12 % des postes de juges et près de 20 % des postes de procureurs étaient vacants. Des inquiétudes se font jour quant au fait que le pouvoir judiciaire pourrait manquer de plus en plus de personnel une fois que le nouveau régime de retraite anticipée applicable aux hauts magistrats sera entré en vigueur . Bien que l’entrée en vigueur du régime de retraite anticipée ait été reportée , il s’agit là d’une solution temporaire qui ne répond pas pleinement aux préoccupations exprimées . En outre, les juridictions inférieures risquent également d’être touchées par une pénurie de personnel, car les nouvelles dispositions ont prolongé la période de formation et de stage des aspirants juges , la pandémie de COVID-19 a retardé les nouvelles procédures de recrutement et aucune stratégie en matière de ressources humaines n’a été proposée par le Conseil supérieur de la magistrature. De plus, la Cour constitutionnelle a jugé que la disposition confiant au Conseil supérieur de la magistrature la tâche d’approuver les modalités d’organisation et de déroulement du concours permettant d’accéder à la magistrature était anticonstitutionnelle , ce qui risque d’entraîner des retards supplémentaires dans les nouveaux recrutements .
La création du groupe des responsables stratégiques du système judiciaire n’a pas produit les résultats escomptés. En 2017, le groupe des responsables stratégiques du système judiciaire a été mis en place dans le but de répondre aux grandes questions stratégiques relatives au système judiciaire, en rassemblant les principales institutions responsables du fonctionnement du système judiciaire . Celui-ci était également chargé de veiller à la mise en œuvre du plan d’action de la stratégie pour le développement du système judiciaire 2015-2020 , qui allait devenir le principal moteur de la réforme judiciaire, en intégrant la dynamique de réforme insufflée par le MCV. Le plan d’action comportait des solutions aux problèmes de pénurie de greffiers, de charge de travail excessive et de retard dans la motivation des décisions. Toutefois, après sa mise en place, le groupe des responsables stratégiques du système judiciaire n’a pas fonctionné comme prévu, et le plan d’action n’est toujours pas mis en œuvre dans une large mesure.
La Roumanie présente un niveau globalement satisfaisant de transformation numérique de la justice, et des efforts continus sont déployés dans ce sens. À l’heure actuelle, il est possible de transmettre des citations et de suivre les étapes de la procédure en ligne, ainsi que de soumettre une affaire par voie électronique, dans la plupart des juridictions . Toutefois, seules certaines décisions sont accessibles en ligne . Des efforts sont actuellement déployés pour améliorer le système de gestion des dossiers, lequel servira à déterminer le nombre de décisions définitives dans lesquelles les institutions publiques sont des débiteurs ou des créanciers. Une analyse est en cours pour définir les étapes nécessaires à la modernisation du système, notamment en ce qui concerne l’accessibilité électronique des documents de procédure, l’archivage électronique et la signature électronique. Celle-ci devrait être achevée d’ici à la fin de 2020.
Efficience
Dans l’ensemble, le système de justice gère de manière efficiente son volume d’affaires. En 2018, la durée des procédures devant les juridictions de première instance dans les affaires civiles et commerciales a légèrement diminué par rapport à 2017 , tandis qu’elle est restée pratiquement inchangée pour les affaires administratives . Le taux de variation du stock d’affaires pendantes a augmenté et est désormais supérieur à 100 % , ce qui signifie que le système judiciaire est en mesure de résoudre un plus grand nombre d’affaires que celles qui sont introduites. En général, la durée des procédures portant sur des domaines spécifiques du droit de l’Union est relativement faible , sauf pour les affaires de blanchiment d’argent .
Les modifications législatives qui concernent les ressources humaines peuvent entraver les efforts consentis par la Roumanie pour réduire la durée des procédures judiciaires. Plusieurs modifications législatives intervenues à partir de 2018 pourraient compromettre les efforts visant à réduire la durée excessive des affaires civiles et pénales . Les dispositions du code de procédure civile relatives aux procédures en chambre du conseil, visant à améliorer l’efficience du traitement des dossiers, ont été supprimées . Cependant, la principale préoccupation concerne les modifications des lois sur la justice, qui risquent non seulement de creuser le déficit en ressources humaines (voir ci-dessus), mais qui imposent également la participation de juges supplémentaires dans certaines formations ou une plus grande ancienneté dans les chambres spécialisées du ministère public. Les parties prenantes expriment également leurs inquiétudes quant à l’efficience du système de justice . En réponse à ces préoccupations, le Conseil supérieur de la magistrature a lancé deux projets destinés à déterminer quels sont les outils nécessaires au développement du système judiciaire et à s’attaquer à la charge de travail excessive des tribunaux .
II. Cadre de lutte contre la corruption
La Roumanie dispose d’un cadre législatif et institutionnel de lutte contre la corruption qui est largement en place. La mise en œuvre de l’actuelle stratégie nationale de lutte contre la corruption, qui couvre la période 2016-2020, se poursuit. C’est le ministère de la justice qui assure la coordination de sa mise en œuvre. Le service spécialisé dans la lutte contre la corruption, à savoir la direction nationale anticorruption (DNA), est habilité à enquêter sur les affaires de corruption de moyen et de haut niveau, tandis que le parquet enquête dans tous les autres dossiers de corruption. Il existe au sein du ministère de l’intérieur une direction spécialisée dans la lutte contre la corruption, compétente pour les questions d’intégrité et de corruption qui concernent le personnel du ministère, y compris la police. L’Agence nationale pour l’intégrité (ANI) est chargée de surveiller et de vérifier les avoirs, les conflits d’intérêts et les incompatibilités, notamment de tous les élus. L’Agence nationale de gestion des avoirs saisis (Agenția Națională de Administrare a Bunurilor Indisponibilizate – ANABI) assure la gestion des avoirs d’origine criminelle saisis et confisqués.
Dans l’indice de perception de la corruption de Transparency International, la Roumanie a obtenu un résultat de 44/100 et se classe au 19e rang dans l’Union européenne et 70e rang au niveau mondial . 83 % des Roumains interrogés considèrent que la corruption est répandue dans leur pays (moyenne de l’Union: 71 %) et 64 % des personnes interrogées se sentent personnellement affectées par la corruption dans leur vie quotidienne (moyenne de l’Union: 26 %) . En ce qui concerne les entreprises, 97 % d’entre elles considèrent que la corruption est répandue (moyenne de l’Union: 63 %) et 88 % estiment que la corruption constitue un problème lorsqu’elles font des affaires (moyenne de l’Union: 37 %). Par ailleurs, 58 % des personnes interrogées estiment que suffisamment de poursuites sont menées avec succès pour dissuader de pratiquer la corruption (moyenne de l’Union: 36 %), tandis que 37 % des entreprises estiment que les personnes et les entreprises qui se font prendre pour avoir corrompu un haut fonctionnaire sont sanctionnées de manière appropriée (moyenne de l’Union: 31 %) .
La Roumanie dispose d’un cadre stratégique national complet de lutte contre la corruption qui repose sur une forte participation des acteurs institutionnels nationaux et locaux. L’actuelle stratégie nationale de lutte contre la corruption, qui couvre la période 2016-2020, prévoit la participation volontaire d’une très grande partie de l’administration publique, y compris des collectivités locales et des entreprises d’État, ainsi que des services répressifs, du ministère public, des juridictions et de la société civile. Les outils de prévention sont fondés sur des plans de prévention de la corruption élaborés par chaque institution participante dans le cadre d’une auto-évaluation et d’une évaluation des risques, et sur des méthodes élaborées conjointement, ainsi que sur des évaluations par les pairs. L’efficacité de la stratégie est fortement tributaire de l’engagement politique et sa mise en œuvre a été plutôt modeste au cours de la période 2017-2019, malgré les échéances fixées par le gouvernement en août 2016. En 2019, l’engagement du gouvernement actuel à lutter contre la corruption s’est traduit par un nouvel élan en faveur de la mise en œuvre de la stratégie nationale de prévention de la corruption. La stratégie est désormais mieux appliquée et les actions préventives font l’objet d’un suivi tant au niveau national qu’au niveau local. Par ailleurs, le ministère de la justice évalue actuellement la stratégie en vue de concevoir la prochaine .
Le bon déroulement des enquêtes et des sanctions dans les affaires de corruption a été compromis par les pressions exercées sur le cadre juridique et institutionnel. Au cours de la période 2013-2017, le bilan des institutions chargées d’enquêter sur les actes de corruption à haut et moyen niveaux, d’engager des poursuites dans ces affaires et de rendre des décisions en la matière a été solide et s’est maintenu à un niveau constant. En 2018 et 2019, alors que les institutions continuaient d’instruire et de sanctionner les délits de corruption à haut niveau, les rapports MCV ont fait état de pressions systématiques exercées à l’endroit des grandes institutions de lutte contre la corruption, et de préoccupations croissantes quant aux répercussions négatives de cette pression continue. La DNA et le procureur général ont tous deux fait état d’un recul des résultats dans la lutte contre la corruption pour 2019. L’exercice ad interim des fonctions de direction pendant une période prolongée a eu une incidence sur leur capacité à faire face à la pression constante et aux difficultés répétées. Leur capacité institutionnelle a encore été altérée par les dispositions préjudiciables pour les ressources humaines des lois sur la justice telles que modifiées . La création de la section d’enquête sur les infractions pénales au sein du système judiciaire (SIIJ) a également eu des répercussions sur les résultats de la lutte contre la corruption à haut niveau . En outre, un certain nombre de décisions de la Cour constitutionnelle ont eu des effets marqués sur les affaires de corruption à haut niveau, notamment les décisions relatives à la constitution des formations de jugement au pénal à trois et cinq juges de la Haute Cour de cassation et de justice , aux méthodes de supervision technique (écoutes téléphoniques) et au délit d’abus de fonctions lié à la corruption . Selon la DNA, les conséquences combinées de ces décisions sont particulièrement graves, puisqu’elles entraînent l’abandon d’enquêtes et l’annulation d’affaires en justice, l’annulation de décisions de justice définitives et la réouverture de procès sur le fond des affaires concernées, avec le risque de permettre potentiellement aux auteurs de délits de corruption de se soustraire à la responsabilité pénale. Au cours des premiers mois de 2020, la situation semble s’être améliorée avec une atténuation de la pression politique et la nomination d’équipes de gestion stables. Néanmoins, l’incertitude demeure quant aux enquêtes et aux procès en cours dans les affaires de corruption à haut niveau. Au cours de la période 2015-2019, la Roumanie a fait l’objet, parmi les États membres, du deuxième plus grand nombre d’enquêtes de l’OLAF (40) clôturées avec une recommandation financière .
L’incertitude persistante concernant les modifications du code pénal et du code de procédure pénale compromet la lutte contre la corruption. Un certain nombre de modifications du code pénal et du code de procédure pénale sont attendues depuis longtemps . Ces modifications devraient notamment permettre de trouver des solutions juridiques et politiques à une série de décisions de grande portée prises par la Cour constitutionnelle depuis 2014, qui ont annulé des dispositions des codes et ont eu des effets notamment sur la lutte contre la corruption et la criminalité organisée . Cependant, en avril 2019, des modifications du code pénal, du code de procédure pénale et de la loi spéciale en matière de corruption ont été adoptées par le Parlement dans le cadre de procédures d’urgence, avec de potentielles conséquences négatives sur la lutte contre la criminalité en général et la lutte contre la corruption en particulier. Ces modifications, qui font suite à une première tentative avortée d’affaiblissement des codes pénaux en 2018 , ont été largement critiquées et ont été jugées anticonstitutionnelles en juillet 2019 . Elles ne sont dès lors pas entrées en vigueur. La mise en conformité du code pénal et du code de procédure pénale avec toutes les décisions de la Cour constitutionnelle reste en suspens. Par conséquent, l’insécurité juridique et les risques pour la viabilité de la lutte contre la corruption demeurent.
D’autres obstacles à l’effectivité des poursuites subsistent. Une question particulière porte sur l’obligation du Parlement de rendre des comptes pour ses décisions relatives aux demandes du ministère public d’autorisation de mesures préventives, telles que les perquisitions et les arrestations, et aux demandes d’autorisation d’enquêtes sur un membre du Parlement qui est ou a été ministre. En réponse aux recommandations du MCV et du GRECO, la Chambre des députés a modifié son règlement intérieur en 2019 en faisant référence à des critères établis par la Commission de Venise. La nouvelle procédure n’a pas encore été mise à l’essai, et le Sénat ne dispose pas d’une procédure similaire. Deux demandes présentées par le ministère public en 2019 pour ouvrir une enquête sur deux anciens ministres et membres du Parlement ont été rejetées.
L’Agence nationale pour l’intégrité (ANI) continue de produire des résultats, mais son bon fonctionnement est mis à rude épreuve, en raison de l’affaiblissement de son cadre législatif et de la réduction de ses ressources. L’ANI est chargée d’examiner les conflits d’intérêts administratifs, les incompatibilités et l’enrichissement injustifié, et elle a acquis une solide expérience dans ce domaine. La répression des incompatibilités et des conflits d’intérêts est un élément important de la prévention de la corruption. L’ANI a également mis au point de solides outils de prévention des conflits d’intérêts administratifs, notamment en ce qui concerne les marchés publics, ainsi que des campagnes de sensibilisation globales, en rapport entre autres avec les élections nationales et locales. Les rapports MCV ont mis en évidence les défis persistants liés au cadre juridique en matière d’intégrité et le besoin de stabilité et de clarté, ainsi que la nécessité d’un cadre solide et stable . Plusieurs modifications législatives entrées en vigueur en 2019 ont affaibli le régime applicable aux incompatibilités et aux conflits d’intérêts . En conséquence, l’ANI a dû clore un nombre important d’enquêtes en cours et d’autres affaires ont été annulées devant les tribunaux. L’ANI signale également une hausse des contestations concernant l’application de sanctions à la suite de décisions de justice définitives à l’égard d’élus locaux, avec pour conséquence que les sanctions pour incompatibilité ou conflit d’intérêts ne sont pas appliquées, ce qui a des répercussions sur l’application des règles d’intégrité pour les élections. L’Agence a proposé de collaborer avec le ministère de la justice et les parties prenantes pour revoir les lois sur l’intégrité et concevoir un cadre juridique cohérent et consolidé. Bien que la charge de travail de l’Agence augmente considérablement en période électorale, son budget a été réduit.
Des codes d’éthique et de conduite ont été établis pour les membres du Parlement et du gouvernement ces dernières années, en plus de ceux qui existent déjà pour la fonction publique. Cependant, l’effectivité du mécanisme destiné à faire respecter le code de conduite des parlementaires reste à prouver, car rares sont les cas dans lesquels des membres du Parlement ont fait l’objet de mesures disciplinaires .
L’Agence nationale de gestion des avoirs saisis (ANABI) est pleinement opérationnelle. L’ANABI a pour mission de veiller à l’exécution effective des décisions de confiscation rendues en matière pénale, grâce à une gestion efficiente des avoirs saisis qui sont distribués à l’Agence par les procureurs et les juges. Elle a progressé dans l’élaboration d’un système national intégré visant à suivre les mesures prises par les autorités à chaque étape du processus de recouvrement d’avoirs. En décembre 2019, plus de 30 organisations non gouvernementales ont demandé au gouvernement de rétablir les dispositions du mandat de l’ANABI relatives à la «réutilisation pour des finalités sociales» , ce qui aurait permis de garantir qu’une partie des produits du crime confisqués soit utilisée pour financer des projets de prévention de la criminalité visibles dans la société .
La Roumanie dispose d’une loi spécifique sur la protection des lanceurs d’alerte depuis 2004. Le lobbying est réglementé par des mesures non contraignantes, notamment par la mise en place d’un registre de transparence volontaire. Les aspects liés au (rétro)pantouflage sont régis par des dispositions juridiques spécifiques . Des dispositions législatives garantissent aux membres du personnel qui signalent des infractions à la législation la protection des autorités publiques, des institutions publiques et d’autres entités . De nombreuses institutions ont adopté des procédures opérationnelles visant à mettre en œuvre la législation sur la protection des lanceurs d’alerte et d’autres instruments relatifs à l’intégrité. Toutefois, le secteur privé n’est pas couvert par la législation en vigueur.
III.Pluralisme des médias
La Constitution consacre le droit à la liberté d’expression ainsi que le droit d’accès à toute information d’intérêt public. La loi sur l’audiovisuel définit la mission et la composition de l’autorité de régulation des médias et lui impose de garantir la transparence au niveau de l’organisation, du fonctionnement et du financement des médias de masse dans le secteur audiovisuel .
L’autorité de régulation dans le domaine des médias audiovisuels est le Conseil national de l’audiovisuel (CNA). Sa mission est définie par la loi sur l’audiovisuel . Le CNA est une autorité publique autonome soumise au contrôle parlementaire et garante de l’intérêt public dans le domaine de la communication audiovisuelle . Les décisions et les avis du CNA sont accessibles au public sur son site internet . Le Conseil est composé de 11 membres nommés par le Parlement – à la majorité des sénateurs et députés présents, pour un mandat de six ans – sur proposition du Sénat (trois membres); de la Chambre des députés (trois membres); du Président de la Roumanie (deux membres); et du gouvernement (trois membres). L’instrument de surveillance du pluralisme des médias (Media Pluralism Monitor – MPM 2020) estime que l’indépendance et le bon fonctionnement de l’autorité des médias présentent un niveau de risque faible. Il relève toutefois que certains des membres nommés possèdent une compétence limitée et qu’il n’existe pas de consensus sur les normes . Il ressort de la visite par pays que le budget alloué par l’État pour financer les activités du CNA a été touché par la crise de la COVID-19, et que l’autorité manque de personnel, notamment en raison des tâches supplémentaires associées à l’environnement numérique .
Les normes professionnelles en matière d’autorégulation dans le secteur de la presse sont définies au niveau des rédactions ou des éditeurs. Le MPM 2020 indique que l’absence de garanties spécifiques en matière d’indépendance éditoriale et de normes professionnelles, que ce soit au travers de la législation ou de l’autorégulation, constitue un motif de préoccupation.
La transparence de la propriété des médias s’avère incomplète. La loi sur l’audiovisuel impose au Conseil de garantir la transparence au niveau de l’organisation, du fonctionnement et du financement des médias de masse dans le secteur audiovisuel. Des dispositions régissant la transparence de la propriété des médias sont également intégrées dans le droit des sociétés .
La publicité d’État serait utilisée comme une méthode d’ingérence de l’État. Le MPM 2020 fait état d’un risque élevé pour le pluralisme des médias à cet égard. Les parties prenantes indiquent que la législation présente des lacunes en ce qui concerne les exigences en matière de divulgation, ce qui est considéré comme un facteur contribuant au manque de transparence et au risque d’abus . Par ailleurs, la distribution discrétionnaire de fonds pour la publicité d’État est un mécanisme utilisé par les autorités de l’État pour s’ingérer dans les médias, notamment au niveau local .
Si la liberté d’expression est reconnue par la Constitution et si l’accès à la profession de journaliste n’est pas restreint, certains problèmes soulevés découlent de la mise en œuvre du cadre juridique. Le MPM 2020 soulève certains problèmes liés à la protection de la liberté d’expression, jugeant que ces derniers ont tendance à résulter de problèmes de mise en œuvre plutôt que du cadre législatif lui-même. La législation destinée à protéger la dignité et la réputation des personnes exige que ces intérêts soient mis en balance avec la liberté d’expression. Le MPM 2020 fait état d’incohérences dans l’interprétation de la loi et dans la sévérité des sanctions infligées aux journalistes dans ce contexte . Cependant, les délits de «diffamation» et d’«injure» ont été dépénalisés lors de la révision du code pénal en 2014.
L’application du droit constitutionnel relatif à l’accès à toute information d’intérêt public se heurte à des obstacles. Le MPM 2020 fait état de problèmes concernant l’application de ce droit lorsqu’il s’agit de l’accès à des documents détenus par des organismes publics. Les parties prenantes signalent que les réponses parviennent souvent avec du retard et/ou sont incomplètes. Néanmoins, le MPM 2020 indique également que, dans toutes les affaires contentieuses portant sur des questions ayant trait à l’accès des journalistes aux documents et à leur utilisation par ceux-ci ou encore à la protection des sources, les décisions sont rendues par les juridictions conformément à la jurisprudence de la Cour EDH . Plusieurs parties prenantes ont évoqué les violations présumées de la législation sur la protection des données en vue de restreindre la liberté des médias. Les dérogations au traitement des données à caractère personnel à des fins journalistiques sont limitées dans la loi roumaine sur la protection des données . Le MPM 2020 considère que la «version nationale du RGPD» n’offre pas une protection adéquate de la profession de journaliste et fait état d’un cas dans lequel l’autorité roumaine de protection des données (APD) aurait exigé d’un organe de presse qu’il révèle ses sources.
Des journalistes roumains ont fait l’objet de menaces en raison de leurs activités professionnelles. En 2019 et 2020, la Plateforme du Conseil de l’Europe pour renforcer la protection du journalisme et la sécurité des journalistes a publié quatre alertes concernant la Roumanie: deux alertes concernaient des poursuites abusives pour diffamation, l’une portait sur une menace de mort visant une journaliste d’investigation , et l’autre concernait une coupure d’antenne d’une chaîne de télévision .
IV.Autres questions institutionnelles en rapport avec l’équilibre des pouvoirs
La Roumanie est une république démocratique représentative dont le régime est semi-présidentiel. Le Parlement roumain est bicaméral et comprend le Sénat (la chambre haute) et la Chambre des députés (la chambre basse). Le gouvernement, les députés, les sénateurs ou un groupe composé d’au moins 100 000 citoyens ont le droit d’initiative législative . La Cour constitutionnelle est le garant de la suprématie de la Constitution et est responsable de l’examen des lois .
Le processus de préparation et de promulgation des lois est bien réglementé, notamment par un dispositif institutionnel étendu constitué de contre-pouvoirs. En vertu de la Constitution, le Parlement est l’autorité législative, tandis que le gouvernement ne dispose que de pouvoirs délégués dans la procédure législative. La procédure législative ordinaire prévoit que le projet de législation doit être approuvé par les autorités publiques investies de responsabilités dans son application et faire l’objet d’une consultation publique . En outre, le Conseil législatif, un organe consultatif du Parlement composé d’experts, donne un avis sur tous les nouveaux projets de législation, garantit l’unification et la coordination systématiques de l’ensemble des lois et tient le registre officiel de la législation roumaine . Lorsque l’initiative législative est exercée par le gouvernement, le projet de loi doit être soumis au Parlement, au sein duquel il est discuté et adopté par les deux chambres. Le Président de la Roumanie promulgue la loi, mais il a la prérogative de la renvoyer une fois au Parlement pour qu’il la réexamine . Un contrôle de constitutionnalité ex ante peut être demandé par le président de la Chambre des députés, le président du Sénat, le gouvernement, un groupe de membres du Parlement, la Haute Cour de cassation et de justice, le Président de la Roumanie ou le médiateur.
La procédure législative ordinaire est souvent négligée au profit d’ordonnances gouvernementales d’urgence , fréquemment utilisées. Conformément à la Constitution, l’adoption d’ordonnances gouvernementales d’urgence n’est possible que dans des situations d’urgence extraordinaires et motivées, mais celles-ci ne peuvent être adoptées pour certaines catégories de lois telles que les lois constitutionnelles ou les lois ayant trait aux droits fondamentaux. Néanmoins, les gouvernements successifs ont fait usage d’ordonnances gouvernementales d’urgence pour légiférer dans de nombreux domaines, notamment dans ceux de la justice et des élections, ainsi que dans des domaines touchant aux droits fondamentaux, ce qui a suscité des inquiétudes quant à la qualité de la législation, à la sécurité juridique et au respect de la séparation des pouvoirs . Contrairement à ce qui est le cas dans la procédure législative ordinaire, l’obligation de consultation est inexistante et les contrôles institutionnels ne peuvent pas être exercés . Bien que le Médiateur («Avocatul Poporului») puisse contester le recours aux ordonnances gouvernementales d’urgence devant la Cour constitutionnelle, cette prérogative a rarement été exercée. Lors d’un référendum consultatif organisé en mai 2019 à l’initiative du Président de la République , une majorité de citoyens se sont déclarés favorables à l’interdiction de l’adoption d’ordonnances gouvernementales d’urgence dans le domaine de la justice, ainsi qu’à l’extension à d’autres autorités que le Médiateur du droit de contester les ordonnances directement devant la Cour constitutionnelle.
L’état d’urgence a été déclaré dans le cadre de la pandémie de COVID-19. L’état d’urgence a été déclaré par le Président de la République le 16 mars, avec l’accord du Parlement . Dans ce contexte, la Roumanie a notifié au Conseil de l’Europe une dérogation aux obligations découlant de la convention européenne des droits de l’homme . À la suite d’une demande du Médiateur concernant les amendes susceptibles d’être infligées, entre autres, en cas de non-respect des règles de quarantaine , la Cour constitutionnelle a estimé que les dispositions contestées étaient anticonstitutionnelles, puisque, dans la mesure où elles restreignaient les droits et libertés fondamentaux des citoyens ou des institutions fondamentales de l’État, ou y portaient atteinte, elles devaient être adoptées par voie de loi, en tant qu’acte formel du Parlement, et non dans le cadre d’une ordonnance gouvernementale d’urgence .
Les modifications législatives manquent souvent de prévisibilité et de qualité, et suscitent des inquiétudes quant à l’intérêt public. Les parties prenantes institutionnelles signalent que les dispositions législatives essentielles font l’objet de modifications trop fréquentes, alors que la finalité de ces modifications manque souvent de clarté et que les lois qui en résultent peuvent se révéler contradictoires . Les modifications soudaines de la législation dans le cadre d’ordonnances gouvernementales d’urgence et le manque de sécurité juridique sont également préjudiciables au climat des investissements . Dans divers domaines politiques, le Parlement a initié et adopté, ces trois dernières années, de nombreuses modifications des mêmes lois, y compris des modifications contradictoires. Au cours de la procédure législative, le Conseil législatif exerce souvent sa prérogative pour souligner la nature contradictoire des projets de modification, ainsi que les incompatibilités éventuelles avec la Constitution, mais ses avis sont uniquement consultatifs. Une grande partie des propositions législatives adoptées par le Parlement sont contestées devant la Cour constitutionnelle avant leur promulgation.
Malgré le cadre mis en place, les analyses d’impact et les consultations publiques ne sont pas suffisamment mises à profit. Les projets d’actes normatifs ne sont transmis pour analyse et approbation aux autorités publiques compétentes qu’après finalisation de la consultation publique, mais cette procédure de consultation est considérée comme formelle . Cependant, de nombreuses autorités locales et centrales ne publient pas la législation proposée en vue d’un débat public, et des impératifs d’urgence ou de sécurité nationale sont souvent invoqués pour restreindre la transparence .
Le gouvernement a pris des mesures afin d’améliorer la transparence et la responsabilité. Ces mesures, adoptées aux niveaux national et local, visent à favoriser la transparence de l’administration par l’adoption de principes et d’initiatives pour un gouvernement ouvert. Le gouvernement a également mis sur pied une plateforme de données ouverte spécialisée sur laquelle une liste d’ensembles de données ouverts est accessible au public . Dans le cadre d’évaluation de la Commission pour l’administration publique et la gouvernance, la Roumanie obtient un score très faible en ce qui concerne la qualité des données sur les marchés publics et la transparence des procédures de passation de marchés publics .
Le gouvernement s’est engagé à mettre en place un plan d’action visant à traiter le problème posé par l’exécution des décisions de justice et l’application de la jurisprudence par l’administration publique. La Roumanie ayant été reconnue coupable de violation de l’article 6, paragraphe 1, de la convention européenne des droits de l’homme au motif que l’État ou des entités juridiques relevant de sa responsabilité avaient manqué ou avaient mis un retard important à se conformer à des décisions de justice définitives , elle doit mettre en place les mesures structurelles nécessaires pour garantir l’exécution par l’administration publique des décisions de justice d’ordre pécuniaire et non pécuniaire. La Roumanie est placée sous la surveillance renforcée du Comité des Ministres du Conseil de l’Europe pour l’exécution de cet arrêt . Le 3 avril 2019, le gouvernement roumain a approuvé un protocole d’accord sur les mesures destinées à garantir l’exécution des jugements à l’encontre d’un débiteur public, conformément à la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme relative à la non-exécution ou à l’exécution tardive des décisions rendues à l’encontre d’un débiteur public. Ce plan comprend notamment un mécanisme fournissant des statistiques exactes pour permettre le suivi de ces questions à l’avenir.
Les autorités indépendantes jouent un rôle dans la protection des droits fondamentaux et de l’état de droit. L’Institut roumain des droits de l’homme (IRDH) est un membre associé non accrédité du Réseau européen des institutions nationales des droits de l’homme (REINDH) . Il est investi d’un mandat de promotion et couvre un large éventail de droits de l’homme en Roumanie. En 2020, une procédure législative a été lancée pour clarifier le mandat et les attributions de l’IRDH, qui lui confèrent la compétence de formuler des avis à la demande des commissions parlementaires sur des projets ou d’autres questions ayant trait aux droits de l’homme qui sont examinés par le Parlement . Le Médiateur est chargé de défendre les droits et les libertés des particuliers dans leurs relations avec les autorités publiques. Il s’agit d’une autorité publique, autonome et indépendante. Ses prérogatives consistent notamment à renvoyer les lois et les ordonnances gouvernementales, y compris les ordonnances gouvernementales d’urgence, à la Cour constitutionnelle en vue d’un examen constitutionnel ex post .
La société civile roumaine est active dans la défense de l’état de droit et a résisté aux efforts déployés pour limiter les activités des organisations non gouvernementales. La liberté d’association est inscrite dans la Constitution, et l’ordonnance gouvernementale nº 26/2000 définit les règles applicables à la création d’associations et de fondations . Ce texte établit le cadre destiné à faciliter l’accès des associations et des fondations aux ressources privées et publiques, ainsi que le partenariat entre les pouvoirs publics et les personnes morales de droit privé sans but lucratif. La forte mobilisation de la société civile dans les efforts de lutte contre la corruption a été essentielle pour susciter des réformes. Entre 2017 et 2019, la société civile a joué un rôle actif en dénonçant les réformes controversées et en exprimant un soutien déterminé à l’état de droit. Les parties prenantes font état de plusieurs tentatives d’ingérence dans les activités des organisations non gouvernementales , mais elles soulignent que la réaction collective de la société civile a empêché leur concrétisation . Les parties prenantes ont notamment exprimé la crainte que la transposition en droit roumain des règles de l’Union européenne sur la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme n’ait des répercussions sur les organisations non gouvernementales, notamment en les obligeant à publier au registre du ministère roumain de la justice la liste de tous les bénéficiaires de leurs activités ou de tous leurs donateurs, ce à quoi les organisations de la société civile se sont opposées .
Annexe I: liste des sources par ordre alphabétique*.
* La liste des contributions reçues dans le cadre de la consultation préalable à l’élaboration du rapport 2020 sur l’état de droit peut être consultée sur le [site web de la Commission].
Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne, communication à la Commission européenne dans le cadre de la préparation du premier rapport annuel sur l’état de droit, 2020.
CEPEJ, Systèmes judiciaires européens: efficacité et qualité de la justice, 2018
CIVICUS, profil par pays, Roumanie, 2020: https://monitor.civicus.org/country/romania/ .
Commission européenne, Tableaux de bord 2013, 2014, 2015, 2016, 2017, 2018, 2019 et 2020 de la justice dans l’UE.
Commission européenne, Rapport de la Commission au Parlement européen et au Conseil sur les progrès réalisés par la Roumanie au titre du mécanisme de coopération et de vérification, COM(2017) 44 final, 2017.
Commission européenne, Rapport technique - Roumanie 2019 [SWD (2017) 25 final], 2017.
Commission européenne, Rapport de la Commission au Parlement européen et au Conseil sur les progrès réalisés par la Roumanie au titre du mécanisme de coopération et de vérification, COM(2017) 751 final, 2017.
Commission européenne, Rapport technique - Roumanie 2019 [SWD (2017) 701 final], 2017.
Commission européenne, Rapport de la Commission au Parlement européen et au Conseil sur les progrès réalisés par la Roumanie au titre du mécanisme de coopération et de vérification, COM(2018) 851 final, 2018.
Commission européenne, Rapport technique - Roumanie 2019 [SWD (2018) 551 final], 2018.
Commission européenne, Rapport de l’OLAF 2019, 2020.
Commission européenne, «Assessment framework for Public Administration and Governance», 2019.
Commission européenne, Rapport de la Commission au Parlement européen et au Conseil sur les progrès réalisés par la Roumanie au titre du mécanisme de coopération et de vérification, COM(2019) 499 final, 2019.
Commission européenne, Rapport technique - Roumanie 2019 [SWD (2019) 393 final], 2019.
Commission européenne, Rapport par pays dans le cadre du Semestre européen – Roumanie, 2020.
Commission de Venise, Avis concernant la compatibilité avec les principes constitutionnels et l’état de droit des mesures adoptées par le gouvernement et le Parlement de Roumanie à l’égard d’autres institutions de l’État et l’ordonnance gouvernementale d’urgence modifiant la loi nº 47/1992 sur l’organisation et le fonctionnement de la Cour constitutionnelle, ainsi que l’ordonnance gouvernementale d’urgence modifiant et complétant la loi nº 3/2000 sur l’organisation d’un référendum de Roumanie, CDL-AD(2012)026, 2012.
Commission de Venise, Avis sur les ordonnances d’urgence OGU nº 7 et 12 portant révision des lois sur la justice, 2019.
Conseil consultatif de juges européens (CCJE), Avis du CCJE à la demande de l’Association du Forum roumain des juges concernant la situation de l’indépendance du pouvoir judiciaire en Roumanie, 2019.
Conseil consultatif de procureurs européens (CCPE), Avis du CCPE à la demande du Mouvement roumain pour la défense du statut des procureurs concernant la situation de l’indépendance des procureurs en Roumanie, 2019.
Conseil de l’Europe: Comité des Ministres, Recommandation CM/Rec(2010)12 du Comité des Ministres aux États membres sur les juges: indépendance, efficacité et responsabilités, 2010.
Conseil de l’Europe: Comité des Ministres, recommandation CM/Rec(2016)4 du Comité des Ministres aux États membres sur la protection du journalisme et la sécurité des journalistes et autres acteurs des médias, 2016.
Conseil supérieur de la magistrature, contribution à la consultation en ligne des parties prenantes en vue du rapport 2020 sur l’état de droit, 2020.
Cour de justice de l’Union européenne, Associação Sindical dos Juízes Portugueses, affaire C-64/16, arrêt du 27 février 2018.
Direction générale de la communication, Eurobaromètre: perception par le grand public de l’indépendance du système judiciaire national dans l’UE, 2016, 2017, 2018, 2019, 2020.
Eurocommerce, «Single Market Barriers Overview», 2020.
Funky Citizens, contribution à la consultation en ligne des parties prenantes en vue du rapport 2020 sur l’état de droit, 2020
Gouvernement roumain, contribution écrite au rapport 2020 sur l’état de droit, 2020.
GRECO, Quatrième cycle d’évaluation – rapport d’évaluation sur la prévention de la corruption des parlementaires, des juges et des procureurs – Roumanie, 2014.
GRECO, Quatrième cycle d’évaluation – rapport d’évaluation sur la prévention de la corruption des parlementaires, des juges et des procureurs – Rapport de conformité – Roumanie, 2019.
GRECO, Rapport de suivi au rapport ad hoc sur la Roumanie (article 34), 2019.
MEDEL, contribution à la consultation en ligne des parties prenantes en vue du rapport 2020 sur l’état de droit, 2020.
Réseau européen des conseils de la justice, «Independence and Accountability of the Judiciary – ENCJ Survey on the independence of judges 2019», 2020.
Réseau européen des institutions nationales des droits de l’homme, contribution du Réseau européen des institutions nationales des droits de l’homme au rapport 2020 sur l’état de droit, 2020.
Union nationale des juges roumains e a., Rapport sur l’état du système de justice et de l’état de droit en Roumanie, 2020.
Visite virtuelle en Roumanie dans le cadre du rapport 2020 sur l’état de droit.
Annexe II: visite en Roumanie
Les services de la Commission ont tenu des réunions virtuelles en juin 2020 avec:
·l’Agence nationale de gestion des avoirs saisis
·l’Agence nationale pour l’intégrité
·l’association des juges roumains
·l’association «Mișcarea pentru apărarea statutului procurorilor»
·l’association «Initiative pour la justice»
·le Centre pour le journalisme indépendant
·la commission des lois de la Chambre des députés
·le Conseil législatif
·le Conseil national de l’audiovisuel
·le Conseil supérieur de la magistrature
·la direction nationale anticorruption
·Expertforum
·Freedom House
·le Forum roumain des juges
·Funky Citizens
·la Haute Cour de cassation et de justice
·Media Association – Cluj
·le Médiateur
·le ministère de la justice
·le ministère public près la Haute Cour de cassation et de justice
·l’OCCRP
·le secrétariat général du gouvernement
·la stratégie nationale de lutte contre la corruption
·l’Union nationale des juges roumains
* La Commission a également rencontré les organisations suivantes lors de plusieurs réunions transversales:
·Amnesty International
·Centre européen pour la liberté de la presse et des médias
·Civil Liberties Union for Europe
·Commission internationale de juristes
·Conférence des Églises européennes
·EuroCommerce
·European Center for Not-for-Profit Law
·Fédération internationale pour les droits humains
·Forum civique européen
·Free Press Unlimited
·Front Line Defenders
·ILGA-Europe
·International Press Institute
·Plateforme d’apprentissage tout au long de la vie
·Open Society Justice Initiative/Open Society European Policy Institute
·Reporters sans frontières
·Société civile Europe
·Transparency International EU