| CELEX | 52021AE1790 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | jeudi 8 juillet 2021 |
| 16.9.2021 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 374/66 |
Avis du Comité économique et social européen sur la communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions — «Plan d’action sur les synergies entre les industries civile, spatiale et de la défense»
[COM(2021) 70 final]
(2021/C 374/11)
| Rapporteur: | Manuel GARCÍA SALGADO |
| Corapporteur: | Jan PIE |
| Consultation | Commission européenne, 26.3.2021 |
| Base juridique | Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne |
| Compétence | Commission consultative des mutations industrielles (CCMI) |
| Adoption en section | 17.6.2021 |
| Adoption en session plénière | 8.7.2021 |
| Session plénière no | 562 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 195/0/7 |
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | Le CESE estime que l’initiative visant à favoriser les synergies entre les instruments financés par l’Union tout en facilitant l’enrichissement mutuel entre l’aéronautique civile, la défense et le secteur spatial peut renforcer l’autonomie stratégique et la souveraineté technologique européennes, accroître la sécurité des citoyens européens, développer davantage le marché unique, et stimuler la compétitivité, la croissance économique et l’emploi en Europe. Il soutient donc pleinement les objectifs du plan d’action et appelle à une mise en œuvre rapide, énergique et ambitieuse de ses onze actions. |
| 1.2. | L’adoption de nouvelles technologies numériques et d’autres technologies émergentes dans le domaine de la défense et de la sécurité devrait être une priorité essentielle du plan d’action. Afin de faciliter cette adoption, il convient de veiller à ce que les initiatives civiles pertinentes tiennent compte dès le départ des exigences en matière de défense et de sécurité. Cela contribuerait également à optimiser la portée et l’efficacité des instruments spécifiques de financement de la défense et de la sécurité. |
| 1.3. | Le CESE estime que le plan d’action ne devrait pas se limiter à inventorier les possibilités de synergies existantes, mais indiquer également la voie à suivre pour passer d’une approche ad hoc à une approche plus systématique qui crée des synergies dès la conception. Le CESE encourage dès lors la Commission à introduire de nouvelles formes de planification intégrée dans tous les programmes concernés. |
| 1.4. | De l’avis du CESE, l’approche consistant à relier les compétences, les technologies et les chaînes de valeur peut aboutir à une plus grande cohérence et à une utilisation plus stratégique des financements de l’Union. Il invite donc la Commission à élaborer les programmes correspondants de l’Union en conséquence. |
| 1.5. | Le CESE estime que le projet d’observatoire des technologies critiques constitue un élément essentiel de cette approche. Afin de promouvoir l’enrichissement mutuel entre les secteurs civils, de la défense, de la sécurité et de l’espace, l’observatoire devrait en particulier élaborer une taxonomie technologique commune applicable à tous. |
| 1.6. | Le CESE estime que le plan d’action est un pilier de la stratégie industrielle de l’Union. À cet égard, il est essentiel que les feuilles de route technologiques se traduisent avec succès en véritables initiatives phares industrielles. Il invite donc la Commission à veiller à ce que les travaux de l’observatoire débouchent sur des résultats tangibles. |
| 1.7. | De l’avis du CESE, la pleine participation des parties prenantes concernées, en particulier l’industrie et les organismes de recherche et de technologie, est essentielle à la réussite de la mise en œuvre du plan d’action. Dans ce contexte, le CESE se félicite de l’intention de la Commission de lancer des actions spécifiques pour soutenir les jeunes pousses, les petites et moyennes entreprises (PME) et les organismes de recherche et de technologie afin de diffuser les programmes et instruments de l’Union. |
| 1.8. | Il est tout aussi important de sensibiliser le public aux retombées économiques et technologiques du financement de la défense et de la sécurité de l’Union pour les citoyens de l’Union. À cette fin, la Commission devrait lancer des campagnes d’information spécifiques associant des représentants de la société civile. |
| 1.9. | Le CESE estime que les PME jouent un rôle clé dans le processus de mise en œuvre du plan d’action. Il est donc important de veiller à ce qu’elles aient accès à toutes les mesures envisagées. |
| 1.10. | Au fil de l’histoire, les innovations en matière de défense ont ensuite été adoptées par des produits civils. Aujourd’hui, les technologies émergentes sont alimentées par d’énormes investissements des secteurs commerciaux, et la diffusion technologique va de plus en plus dans la direction opposée, du secteur civil vers celui de la défense. Dans ce contexte, la numérisation revêt une importance particulière. Le plan d’action est essentiel pour favoriser l’intégration des nouvelles technologies numériques et d’autres technologies émergentes dans l’écosystème formé par les secteurs de la défense, de la sécurité et de l’espace. |
| 1.11. | Il convient d’accorder la priorité au recrutement, au maintien et à la promotion ciblés des femmes dans les secteurs de la défense et de la sécurité, de même qu’il faut garantir des emplois de qualité et des qualifications pour les jeunes en vue de favoriser l’inclusion sociale et l’égalité entre les hommes et les femmes dans un écosystème encore masculin. |
| 1.12. | Outre les droits à l’égalité des chances et à la non-discrimination, l’emploi de qualité fait partie d’un nouveau contrat social à établir avec les citoyens européens. |
| 1.13. | Il est nécessaire d’intégrer les aspects sociaux dans les investissements, c’est-à-dire que le retour sur investissement ne doit pas seulement être appréhendé en termes économiques, mais aussi au regard d’aspects essentiels tels que l’emploi, la création d’emplois et la qualité de l’emploi. Il convient d’ouvrir les portes du secteur spatial aux PME en facilitant leur accès aux fonds de résilience, en renforçant les synergies dans la formation et la qualification de leurs travailleurs, ainsi que leur mobilité, en consolidant les écosystèmes tout au long de la chaîne de valeur, en évitant les doublons avec les ressources et en partageant celles-ci entre tous les pays de l’Union. |
| 1.14. | De même, y compris dans le cas d’investissements de grande valeur stratégique, la nécessité d’évaluations et de contrôles selon des normes définies en matière de responsabilité sociale des entreprises devrait être prise en compte. |
| 1.15. | Il y a lieu d’intégrer ces valeurs, exigibles, dans les investissements au niveau européen, aucun domaine d’investissement public ne devant être exonéré de ces dispositions. |
2. Contexte
| 2.1. | L’espace, la défense et la sécurité forment avec l’aéronautique civile un écosystème de haute technologie d’importance stratégique pour l’Europe. De nombreuses entreprises au sein de cet écosystème mènent à la fois des activités de défense et civiles et font partie de chaînes d’approvisionnement transfrontières complexes, qui comprennent de nombreuses PME et sociétés à moyenne capitalisation. Cet écosystème possède une longue expérience en matière de synergies entre ses secteurs et avec d’autres secteurs civils de l’industrie de haute technologie. L’émergence de nouvelles technologies offre un énorme potentiel de synergies futures. |
| 2.2. | Au fil de l’histoire, les innovations en matière de défense ont ensuite été adoptées par des produits civils. Aujourd’hui, les technologies émergentes sont alimentées par d’énormes investissements des secteurs commerciaux, et la diffusion technologique va de plus en plus dans la direction opposée, du secteur civil vers celui de la défense. Dans ce contexte, la numérisation revêt une importance particulière. Le plan d’action est essentiel pour favoriser l’intégration des nouvelles technologies numériques et d’autres technologies émergentes dans l’écosystème formé par les secteurs de la défense, de la sécurité et de l’espace. |
| 2.3. | Le CESE estime que pour se remettre de la crise de la COVID-19 et faire en sorte que la révolution technologique en cours soit un succès, l’Union a besoin d’une «réinitialisation» industrielle fondée sur l’utilisation de technologies numériques avancées qui favoriseront la croissance économique et permettront de créer un modèle économique plus résilient. |
| 2.4. | Les avancées technologiques représentent un processus continu et dynamique; des percées décisives sont toujours accomplies, mais elles sont difficiles à prévoir. Par conséquent, il est extrêmement important d’encourager la convergence des technologies émergentes à double usage au moyen de projets européens à grande échelle pour stimuler l’innovation, la compétitivité et l’avance technologique dans des secteurs d’importance stratégique. |
| 2.5. | En octobre 2020, le Conseil européen a noté que parvenir à une autonomie stratégique tout en préservant une économie ouverte était un objectif clé de l’Union et a appelé cette dernière à développer son autonomie dans l’industrie spatiale ainsi qu’une base industrielle de défense plus intégrée. Ces objectifs sont soutenus par de nombreuses initiatives importantes de l’Union, telles que le Fonds européen de la défense (FED) (1), le programme spatial (2), le programme pour une Europe numérique, programme-cadre pour la recherche et l’innovation «Horizon Europe», la stratégie pour l’union de la sécurité et la nouvelle stratégie industrielle. Le CESE considère le plan d’action sur les synergies entre les industries civile, spatiale et de la défense comme un lien entre ces instruments et stratégies et appelle la Commission européenne à déployer un maximum d’efforts dans la mise en œuvre ambitieuse et efficace des actions proposées. |
| 2.6. | Le retour sur investissement ne doit pas seulement être appréhendé en termes économiques, mais aussi au regard d’aspects essentiels tels que l’emploi, la création d’emplois et la qualité de l’emploi. Le CESE souligne par conséquent l’importance de l’éducation et des compétences pour la réussite de la mise en œuvre du plan d’action. Il ne peut y avoir d’innovation et de compétitivité sans une main-d’œuvre hautement qualifiée, et l’adoption de nouvelles technologies émergentes nécessitera des efforts supplémentaires en matière de reconversion et de mise à niveau des compétences. En outre, les initiatives visant à favoriser les synergies technologiques entre les secteurs devraient s’accompagner de mesures destinées à faciliter la mobilité intersectorielle des travailleurs. |
| 2.7. | Le CESE estime que la diversité est un moteur essentiel de l’innovation et invite la Commission à utiliser le plan d’action pour favoriser l’inclusion sociale et l’égalité entre les hommes et les femmes dans un écosystème encore dominé par les hommes. Comme l’ont démontré les travaux de recherche, la diversité conduit à une meilleure prise de décision. Par conséquent, la présence des femmes à tous les niveaux de la prise de décision est cruciale et devrait être favorisée par des politiques de recrutement, de maintien et de promotion. En outre, le Comité demande que des mesures soient prises pour lutter contre la ségrégation verticale et donner aux jeunes filles un premier coup de pouce afin de les inciter à embrasser des carrières dans ces secteurs, par exemple en faisant en sorte qu’elles soient attirées par le secteur STEM (sciences, technologie, ingénierie et mathématiques) à un stade précoce de leur scolarité. |
3. Observations générales
| 3.1. | Le plan d’action de la Commission européenne mentionne spécifiquement et met en relief les «synergies», qui sont examinées «dans un environnement international complexe, où l’Union doit maintenir son avance technologique et soutenir sa base industrielle». Dans le nouveau contexte géopolitique, il est particulièrement important de soutenir les secteurs qui contribuent à l’autonomie stratégique et à la souveraineté technologique de l’Union. |
| 3.2. | Le cadre financier pluriannuel (CFP) 2021-2027 de l’Union accroît considérablement les investissements dans les technologies pour des secteurs stratégiques tels que la défense, la sécurité, la mobilité, la santé, la gestion de l’information, la cybersécurité et l’espace. Avec le Fonds européen de la défense (FED), il comprend pour la toute première fois un programme de l’Union spécifiquement consacré aux projets de coopération dans le domaine de la défense. Les programmes pertinents du CFP couvrent, de manière complémentaire, la recherche, le développement, la démonstration, le prototypage et le déploiement (passation de marchés de produits et de services innovants). Par conséquent, il existe un énorme potentiel de synergies entre les programmes de l’Union. Exploiter pleinement ces synergies augmenterait considérablement la valeur ajoutée des investissements européens et doit donc constituer une priorité absolue pour la Commission. |
| 3.3. | Les dépenses publiques en matière de recherche et d’innovation (R&I) en Europe restent bien inférieures aux niveaux de dépenses des États-Unis et de la Chine. Les efforts en matière de R&I sont déterminants pour la compétitivité de l’industrie et l’autonomie de l’Europe. Par conséquent, les synergies doivent optimiser le retour sur investissements, mais pas remplacer le financement de la R&I. Les États membres doivent également intensifier leurs efforts et ne pas utiliser les investissements européens comme prétexte pour réduire leurs propres dépenses dans les secteurs stratégiques. La synchronisation entre les programmes de l’Union, en tant que faisant partie du semestre européen, par exemple, et les programmes des États membres est tout aussi importante pour garantir une utilisation optimale des ressources. |
| 3.4. | Les nouvelles technologies numériques et autres technologies émergentes sont alimentées par d’importants investissements des secteurs commerciaux. Dans le même temps, elles constituent des catalyseurs indispensables pour les capacités en matière de défense et de sécurité. L’adoption de ces technologies dans les domaines de la défense et de la sécurité devrait donc être une priorité du plan d’action, qui devrait veiller à ce que les programmes civils tels que l’initiative européenne sur l’informatique en nuage, l’alliance européenne pour un hydrogène propre et l’initiative relative à un processeur européen prennent en considération dès le départ les exigences en matière de défense et de sécurité. |
| 3.5. | Des synergies technologiques sont principalement possibles à des niveaux de maturité technologique (NMT) peu élevés ainsi que pour les composants et sous-systèmes. Dans des domaines numériques tels que l’intelligence artificielle, le calcul à haute performance et la chaîne de blocs, de nombreux modèles et théories sous-jacents sont identiques pour différents secteurs. Le partage d’efforts de recherche à ces niveaux accélérerait le développement de solutions spécifiques aux secteurs et libérerait des ressources pour leur déploiement. Une nouvelle approche de partenariat en matière de gouvernance entre l’industrie, les pouvoirs publics, les partenaires sociaux et d’autres parties prenantes devrait garantir une transition juste pour les écosystèmes dans leur transformation numérique et «verte». La priorité sera donnée à la recherche de synergies entre les écosystèmes et les secteurs confrontés aux défis les plus importants pour atteindre les objectifs de résilience et de durabilité, dans ses trois dimensions: environnementale, sociale et de gouvernance. L’inclusion des PME dans les pôles transeuropéens, interdisciplinaires et transsectoriels sera encouragée, en reliant les chaînes de valeur critiques des écosystèmes aérospatiaux et de défense, en particulier avec la mobilité, l’automobile et les transports ainsi que la santé. Il faudra les accompagner pour leur permettre de faire face aux chocs et aux vulnérabilités ou diversifier leurs activités en les reliant à de nouveaux partenaires locaux et transfrontaliers, dans le cadre de plans opérationnels en faveur d’une compétitivité durable. |
| 3.6. | Les synergies créées lors de la phase de recherche n’élimineront pas les différences entre les applications spécifiques aux secteurs. Les clients ayant des exigences différentes, la 5G destinée au secteur de la défense ne sera pas identique à la 5G commerciale, et l’informatique en nuage dans le domaine militaire différera de l’informatique en nuage commerciale, même si les composants technologiques de base sont similaires. Les industries de la défense, de la sécurité et de l’espace sont indispensables pour l’adaptation et l’intégration des technologies émergentes dans les solutions spécifiques aux secteurs. |
| 3.7. | Du point de vue du CESE, la mise en œuvre du plan d’action doit également tenir compte des différences entre les marchés de la défense, de la sécurité, de l’espace et de l’aéronautique civile. Les modèles économiques et les cadres réglementaires n’étant pas les mêmes, il convient de trouver un équilibre en ce qui concerne l’ouverture des résultats des recherches, les droits de propriété intellectuelle (DPI), les garanties liées aux investissements à haut risque, l’assurance d’une rentabilité économique, etc. À cet égard, les technologies émergentes soulèveront également de nouvelles difficultés, par exemple en matière d’harmonisation et de protection des données. |
4. Observations particulières
| 4.1. | Le CESE estime que le plan d’action doit tenir compte des initiatives en matière de sécurité et de défense pertinentes gérées par les États membres. Il convient de citer, à titre d’exemple, les orientations stratégiques sur la sécurité et la défense, l’examen annuel coordonné en matière de défense (EACD), la coopération structurée permanente (CSP) et le pacte sur le volet civil de la politique de sécurité et de défense commune. |
| 4.2. | Le CESE estime également qu’il importe de tenir compte de la coopération entre l’Union et l’OTAN et de garantir en particulier l’interopérabilité entre les moyens de l’OTAN et ceux de l’Union, y compris pour les communications cryptées et sécurisées. Les services de la Commission devraient continuer de travailler en étroite collaboration avec le Service européen pour l’action extérieure (SEAE) et l’Agence européenne de défense (AED), dont les activités devraient favoriser les synergies et l’enrichissement mutuel. |
| 4.3. | Le CESE se félicite de l’importance que le plan d’action accorde aux projets phares. Réunissant des entreprises de toutes tailles de différents secteurs et de toute l’Union, ces initiatives phares favorisent la coopération transfrontière et peuvent devenir des cadres efficaces pour une utilisation cohérente des instruments de politique industrielle. Pour que la mise en œuvre du socle européen des droits sociaux dans les transitions numérique et climatique soit effective et qu’elle ait un impact structurel à long terme sur la mise en œuvre des mécanismes de compétitivité durable associés au cycle du semestre européen, nous recommandons que les mesures s’accompagnent d’un système de gouvernance multipartite, afin de garantir la cohérence entre les différentes actions et d’associer efficacement toutes les parties prenantes. |
| 4.4. | Le CESE encourage la Commission à mettre en œuvre le plan d’action dans une perspective à long comme à court terme. À court terme, il devrait promouvoir l’enrichissement mutuel entre les initiatives existantes financées par l’Union. Le plan d’action lui-même énumère un large éventail d’initiatives dans différents domaines, de l’espace à la sûreté maritime, qui semblent prometteuses à cet égard. |
| 4.5. | Dans le même temps, le CESE estime que le plan d’action ne devrait pas se limiter à inventorier les possibilités de synergies existantes, mais devrait également indiquer la voie à suivre pour passer d’une approche ad hoc à une approche plus systématique qui crée des synergies dès la conception. Le plan d’action contient plusieurs éléments pouvant permettre d’atteindre cet objectif: veille technologique intersectorielle, planification des capacités, coordination étroite des programmes de financement, feuilles de route sur les technologies, évaluation des chaînes de valeur, etc. Pour que les mesures proposées soient efficaces et puissent avoir une incidence structurelle à long terme, nous recommandons qu’elles s’accompagnent de nouvelles structures de gouvernance et de processus de planification correspondants pour tous les programmes concernés, afin de garantir la cohérence entre les différentes actions et de mobiliser efficacement toutes les parties prenantes concernées. |
| 4.6. | Le CESE estime que la transparence est tout aussi importante. Le choix des technologies, des feuilles de route et des programmes phares à soutenir devrait être compréhensible et fondé sur des critères objectifs. Le rapport d’avancement bisannuel envisagé devrait présenter des indicateurs de performance clés pour mesurer la réussite et inclure des examens de validation des étapes afin d’améliorer le processus et mettre fin aux actions lorsque aucune valeur n’est produite. Les aspects juridiques et réglementaires devraient également faire partie du processus d’évaluation afin de déterminer si et quand la base juridique et les dispositions des programmes de l’Union devraient être modifiées pour favoriser et exploiter les synergies. |
| 4.7. | Les points de vue du CESE s’agissant de chaque action considérée individuellement sont exposés ci-après: |
| 4.7.1. | ACTION No 1: avant la fin de 2021, la Commission présentera une proposition visant à renforcer le recensement prospectif et précoce des besoins et des solutions dans le domaine de la sécurité intérieure et des services répressifs en encourageant les approches axées sur les capacités dans tous les secteurs de la sécurité, sur la base des bonnes pratiques des secteurs de la défense et de l’espace. Du point de vue du CESE, cette action est tout à fait opportune, car une approche axée sur les capacités est essentielle pour surmonter la fragmentation actuelle du marché européen de la sécurité et permettre aux utilisateurs finaux de la sécurité d’être en avance sur les menaces de sécurité actuelles et futures. De même, le processus de planification des capacités envisagé pour la gestion intégrée des frontières est jugé opportun, mais sa mise en œuvre doit être considérablement accélérée pour avoir une incidence sur les programmes de dépenses connexes avant la fin du CFP actuel. Pour faire face à la diversité des utilisateurs finaux de la sécurité et offrir une certaine stabilité aux processus de planification, nous recommandons de lancer, à l’échelle de l’Union, des missions de sécurité suffisamment vastes pour refléter les besoins variés et changeants en matière de capacités. L’approche envisagée devrait être stratégique et à long terme, mais également suffisamment flexible pour couvrir d’éventuels événements peu probables mais susceptibles d’importantes répercussions (comme une pandémie) et réagir à l’apparition soudaine de menaces inattendues. |
| 4.7.2. | ACTION No 2: avant la fin de 2021 et dans la perspective des programmes de travail 2022, la Commission renforcera encore son processus interne visant à promouvoir les synergies entre les secteurs de l’espace et de la défense et les industries civiles connexes en améliorant la coordination des programmes et instruments de l’Union et en lançant des actions visant à faciliter l’accès au financement. Le CESE considère cette action comme l’une des pièces maîtresses du plan d’action. L’Union devrait exploiter les synergies potentielles horizontalement entre les programmes de R&I (par exemple, le Fonds européen de la défense (FED) et le programme «Horizon Europe») afin de favoriser l’enrichissement mutuel, mais également verticalement entre les programmes de R&I et de déploiement (par exemple, la recherche en matière de sécurité et le Fonds pour la sécurité intérieure) en vue de favoriser l’adoption par le marché des résultats des recherches. Les différences dans les règles et les conditions des programmes risquent de faire obstacle aux synergies et nécessiteront un examen attentif des questions juridiques et techniques telles que les droits de propriété intellectuelle et industrielle. Il sera particulièrement important d’établir, au sein de la Commission, de nouvelles formes de programmation et de planification intégrées afin de garantir que les synergies ne sont pas générées par hasard, mais de manière délibérée. |
| 4.7.3. | ACTION No 3: dès le second semestre 2021, la Commission annoncera des actions ciblées en faveur des jeunes pousses, des PME et des organismes de recherche et de technologie (ORT) ayant pour but de mieux faire connaître les programmes et instruments de l’Union qui offrent des possibilités de financement, apportent un soutien technique et proposent des formations pratiques, fournissent des services d’accélération d’entreprise, présentent des solutions innovantes et facilitent l’entrée sur les marchés de la défense, de la sécurité, de l’espace ou d’autres marchés civils connexes. Le CESE convient que les jeunes pousses et les PME sont des moteurs essentiels de l’innovation et qu’elles jouent un rôle important dans les synergies, car elles opèrent souvent dans différents secteurs et transcendent la frontière entre les secteurs civil et de la défense. Dans le même temps, elles n’ont généralement pas les capacités nécessaires pour exécuter des projets complexes ni la solidité financière requise pour opérer de manière indépendante sur des marchés entièrement publics et hautement réglementés où les clients ont des besoins très spécifiques. Par conséquent, elles ont besoin de liens solides avec les intégrateurs de systèmes pour stimuler l’innovation sur le marché. Le plan d’action devrait donc soutenir l’intégration des jeunes pousses et des PME dans les chaînes d’approvisionnement transfrontières et favoriser le lien entre les OTR et l’industrie. |
| 4.7.4. | ACTION No 4: la Commission élaborera des feuilles de route technologiques pour stimuler l’innovation dans le domaine des technologies critiques pour le secteur de la défense, le secteur spatial et les secteurs civils connexes et pour encourager la coopération transfrontière en utilisant de manière synergique tous les instruments pertinents de l’Union. Ces feuilles de route s’appuieront sur une évaluation réalisée tous les deux ans par un nouvel observatoire des technologies critiques mis en place au sein de la Commission. Les feuilles de route pourraient déboucher sur le lancement de nouveaux projets phares. Le CESE appuie pleinement la création d’un observatoire ainsi que sa mission visant à développer des feuilles de route sur les technologies qui rassemblent les secteurs de la défense et de l’espace et les industries civiles connexes. Nous saluons également l’intention d’inclure les chaînes de valeur dans l’évaluation, car elle ouvre la voie à l’utilisation cohérente et combinée d’instruments de politique industrielle pour soutenir l’avance technologique dans des secteurs stratégiques. Le succès de cette action dépendra néanmoins de nombreux facteurs. L’observatoire devra:
Enfin, il convient de veiller à ce que les feuilles de route générées par l’observatoire ne deviennent pas de simples exercices théoriques, mais qu’elles soient réellement mises en œuvre dans le cadre de programmes de travail et de programmes phares. Pour y parvenir, nous recommandons que l’observatoire s’appuie également sur les enseignements tirés de processus similaires existants, tels que le groupe de travail conjoint (AED-ASE-CE) sur les technologies spatiales critiques. |
| 4.7.5. | ACTION No 5: la Commission présentera d’ici à la fin de 2022, en étroite collaboration avec d’autres parties prenantes essentielles, un plan visant à promouvoir l’utilisation des normes hybrides existantes dans les secteurs civil et de la défense et l’élaboration de nouvelles normes. Le CESE estime que les normes constituent un outil puissant pour façonner les marchés. L’utilisation de normes hybrides a du sens lorsqu’elle est appropriée, et les exemples liés aux domaines chimique, biologique, radiologique et nucléaire (CBRN) ou à l’espace des données de sécurité sont réellement prometteurs. La difficulté réside toutefois dans la lenteur du processus de normalisation des normes techniques, qui semble avoir de plus en plus de mal à suivre le rythme des nouvelles évolutions des innovations. Les exigences en matière de normes devraient également faire partie des appels du programme «Horizon Europe» pour garantir que les innovations seront réellement utilisables par les utilisateurs finaux. |
| 4.7.6. | ACTION No 6: au cours du premier semestre de 2022, la Commission lancera, en coopération avec le Conseil européen de l’innovation et d’autres parties prenantes, un «incubateur d’innovation» pour soutenir les nouvelles technologies et façonner l’innovation à double usage. La Commission soutiendra aussi des réseaux transfrontières d’innovation en matière de défense qui testeront la pertinence des technologies issues du secteur civil et encourageront l’innovation responsable dans les chaînes de valeur de la défense. Ces actions remédieront également à la fragmentation actuelle du paysage de l’innovation dans les secteurs civil et de la défense ainsi qu’aux pénuries de compétences et contribueront à la réalisation des objectifs d’égalité et d’inclusion. Le CESE estime que l’idée de la création d’un incubateur d’innovation à double usage et de réseaux d’innovation dans le domaine de la défense est intéressante et mérite d’être explorée. Dans ce contexte, il convient d’accorder une attention particulière à l’obsolescence rapide de nombreuses technologies commerciales, qui constituent souvent un obstacle majeur à leur utilisation dans les applications de défense. Le CESE encourage également la Commission à promouvoir activement les transferts intersectoriels de technologies avec des mesures de soutien administratif et financier. Étant donné qu’elle ouvre de nouvelles voies, le CESE recommande un suivi actif et une évaluation régulière de cette action afin de mesurer son succès. |
| 4.7.7. | ACTION No 7: à partir de juin 2021, la Commission mettra en place, conjointement avec les États membres, le Centre de compétences en matière de cybersécurité, en lui allouant les ressources nécessaires, provenant des programmes et instruments pertinents de l’Union. La Commission s’efforcera de renforcer les synergies, les spin-ins et les spin-offs entre les activités du Centre, du FED et du programme spatial de l’Union en matière de cybersécurité et de cyberdéfense afin de réduire les vulnérabilités et de générer des gains d’efficience. Le CESE estime que les activités couvertes par l’action no 7 sont essentielles à la souveraineté de l’Europe dans des domaines technologiques clés. La cybersécurité et la cyberdéfense sont des choix évidents pour la création de synergies entre les secteurs de la sécurité, de la défense et de l’espace, et elles devraient réellement bénéficier d’une priorité élevée. Une coopération étroite entre les pouvoirs publics et le secteur privé est particulièrement importante à cet égard. |
| 4.7.8. | ACTION No 8: à partir du premier semestre de 2022, afin de soutenir les technologies de rupture, la Commission présentera des formes innovantes de financement pour encourager la participation d’acteurs non conventionnels, attirer les jeunes pousses et promouvoir l’enrichissement mutuel des solutions, en se fondant sur les possibilités offertes par les programmes et instruments de l’Union, notamment le programme pour une Europe numérique et le FED. Le CESE accueille favorablement le soutien aux technologies de rupture potentielles comme un complément logique à une approche plus traditionnelle axée sur les capacités et suggère de le lier étroitement à l’observatoire technologique envisagé. Nous sommes également favorables à ce qu’il soit recouru au FED et au programme pour une Europe numérique dans le cadre de telles activités et recommandons de poursuivre à moyen terme le développement d’une agence européenne à part entière similaire à l’agence DARPA (3) (Agence pour les projets de recherche avancée en matière de défense). |
| 4.7.9. | ACTION No 9: «technologies de l’Union relatives aux drones». Les drones (4) fournissent de nombreuses illustrations des technologies utilisées dans l’aéronautique commerciale, ainsi que dans les secteurs de l’espace, de la sécurité et de la défense. L’enrichissement mutuel est un élément essentiel de la technologie des drones, et l’introduction de drones civils et militaires dans le domaine aérospatial a également un double objectif. Par conséquent, le CESE soutient pleinement le lancement d’un projet phare sur les drones en tant que choix évident et recommande de le soutenir par une feuille de route technologique spécifique qui donne la priorité aux éléments technologiques adéquats en fonction de leur pertinence pour l’autonomie stratégique et la souveraineté technologique européennes. |
| 4.7.10. | ACTION No 10: «système européen de communications spatiales sûres au niveau mondial». Le CESE considère que ce projet phare est très important, car il couvre des aspects essentiels de l’autonomie et de la souveraineté technologique européennes. Dans le même temps, la manière dont ce projet créera des synergies avec le secteur de la défense ou en bénéficiera ne nous apparaît pas clairement. Nous estimons qu’afin de créer de nouvelles synergies, une solution pourrait consister à embarquer des charges utiles supplémentaires à bord des satellites de ce système. Celles-ci pourraient inclure des capteurs pour la surveillance de l’espace, ce qui créerait des synergies entre les deux programmes phares liés à l’espace. |
| 4.7.11. | ACTION No 11: «gestion du trafic spatial». La gestion du trafic spatial est essentielle pour la sécurité des ressources et des infrastructures spatiales qui sont de plus en plus importantes pour le fonctionnement des sociétés modernes. Le CESE soutient donc le lancement d’un programme phare spécifique en matière de gestion du trafic spatial. Dans le même temps, nous sommes préoccupés par le fait que cette initiative se limite aux questions réglementaires et de normalisation, qui sont importantes mais pas suffisantes. Par conséquent, la Commission devrait également envisager la création d’un marché pour les données de surveillance de l’espace (comme c’est l’objectif aux États-Unis). Afin de mettre au point une approche européenne crédible de la gestion du trafic spatial, l’Europe devrait également améliorer significativement ses capacités de surveillance de l’espace (nouveaux capteurs, capacité d’analyse et de calcul, etc.). |
Bruxelles, le 8 juillet 2021.
La présidente du Comité économique et social européen
Christa SCHWENG
(1) Règlement (UE) 2021/697 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2021 établissant le Fonds européen de la défense et abrogeant le règlement (UE) 2018/1092 (JO L 170 du 12.5.2021, p. 149).
(2) Communication sur le programme spatial [COM(2021) 208 du 21.4.2021].
(3) L’agence DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency) est une agence de R&D relevant du ministère américain de la défense, chargée du développement des technolologies émergentes.
Avis institutionnel — 52021AB0040
29/12/2021
Avis institutionnel — 52021AB0039
28/12/2021
Avis institutionnel — 52021AB0038
22/12/2021
Avis institutionnel — 52022AG0001(01)
20/12/2021