| CELEX | 52021AE3123 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | jeudi 9 décembre 2021 |
| 6.4.2022 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 152/127 |
Avis du Comité économique et social européen sur la proposition de directive du Parlement européen et du Conseil modifiant la directive (UE) 2018/2001 du Parlement européen et du Conseil, le règlement (UE) 2018/1999 du Parlement européen et du Conseil et la directive 98/70/CE du Parlement européen et du Conseil en ce qui concerne la promotion de l’énergie produite à partir de sources renouvelables, et abrogeant la directive (UE) 2015/652 du Conseil
[COM(2021) 557 final — 2021/0218 (COD)]
(2022/C 152/21)
| Rapporteur: | Christophe QUAREZ |
| Corapporteur: | Lutz RIBBE |
| Consultation | Parlement européen, 13.9.2021 Conseil de l’Union européenne, 22.9.2021 |
| Base juridique | Articles 114, 194, paragraphe 2, et 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne |
| Compétence | Section «Transports, énergie, infrastructures et société de l’information» |
| Adoption en session plénière | 9.12.2021 |
| Session plénière no | 565 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 191/2/5 |
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | Le CESE accueille favorablement la révision à la hausse de la part des énergies renouvelables à atteindre et se félicite que ces objectifs visent les secteurs de l’industrie, du transport et du logement. La politique en matière d’énergies renouvelables devrait porter des fruits dans trois domaines: l’atténuation du changement climatique, la sécurité énergétique et le développement économique (création d’emplois). Cependant, elle requiert également la sécurité juridique, laquelle est mise à mal par le fait que la révision intervient deux semaines à peine après le délai de transposition. Toutefois, le Comité souligne que même dans sa version renforcée, l’objectif n’est probablement pas à la hauteur des objectifs climatiques de l’accord de Paris, et encore moins des dispositions de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques visant à prévenir toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique. Ces perturbations dangereuses sont déjà évidentes aujourd’hui, avec l’augmentation des températures mondiales. |
| 1.2. | Le CESE attire l’attention de la Commission sur la synergie qu’il est nécessaire d’établir entre les règlements existants, révisés dans le cadre du paquet «Ajustement à l’objectif 55», et les nouveaux outils qui sont proposés, tels que le Fonds social pour le climat ou le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières. |
| 1.3. | Le CESE estime qu’il est indispensable d’établir des conditions de concurrence équitables entre les sources de production d’énergie, ce qui implique de mettre un terme au subventionnement des énergies fossiles, qui continue d’augmenter (1). |
| 1.4. | Le CESE rappelle que les citoyens et notamment les jeunes doivent être au cœur de la politique énergétique européenne et regrette à ce titre le manque d’ambition de la Commission lorsqu’il s’agit de promouvoir et développer le prosumérisme individuel et communautaire, en dépit de ce que prévoyait la communication sur l’union de l’énergie. |
| 1.5. | Le CESE soutient largement les principes de la sylviculture responsable définis dans la proposition et suggère de donner la priorité à l’utilisation des sous-produits forestiers et des produits en bois recyclé pour la bioénergie. Il demande également que le soutien aux centrales bioénergétiques soit réévalué en vue de réorienter les biocarburants vers les transports, en particulier dans les secteurs où l’électrification pose problème et où ils constituent une solution de substitution facilement disponible à un coût raisonnable, comme expliqué plus en détail aux paragraphes 4.9 et 4.20. |
| 1.6. | Le CESE regrette l’absence d’une stratégie claire pour le développement des énergies éolienne terrestre et photovoltaïque, à l’instar de celle récemment publiée par la Commission concernant l’énergie éolienne en mer. Une stratégie de décentralisation et de promotion efficace de l’énergie citoyenne contribuerait à renforcer les chaînes de valeur régionales et à accroître l’adhésion du public à la transition énergétique. Dans le cas contraire, l’Europe risque de payer le prix fort (dans les domaines tant social qu’économique) pour le laxisme dont elle a fait preuve au cours des dernières décennies. Le CESE attire également l’attention sur la nécessité accrue de:
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| 1.7. | Le CESE appelle le Parlement européen et la Commission à rouvrir le débat autour de la fixation d’objectifs nationaux contraignants. |
2. Introduction
| 2.1. | La proposition de révision de la directive relative à la promotion de l’utilisation de l’énergie produite à partir de sources renouvelables (ci-après «la directive»), qui fait l’objet du présent avis, a été publiée le 14 juillet 2021. Elle fait partie intégrante du paquet «Ajustement à l’objectif 55» élaboré par la Commission afin de réduire, d’ici 2030, nos émissions de gaz à effet de serre de 55 % et ainsi permettre à l’Union européenne d’être climatiquement neutre en 2050, comme le prévoit la loi européenne sur le climat. |
| 2.2. | Paru en août 2021, le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) fait état, pour l’année 2019, de la concentration de CO2 la plus élevée enregistrée depuis au moins 2 millions d’années. Il rappelle également que l’atteinte de la neutralité climatique est la condition sine qua non afin de limiter le réchauffement entre 1,5 et 2 oC. La COP26 qui se déroulera à Glasgow en novembre 2021 sera l’occasion d’examiner les progrès réalisés par les États depuis la conclusion de l’accord de Paris en 2015 et de rehausser les ambitions climatiques. En effet, comme le soulignait récemment l’Agence internationale de l’énergie, la neutralité climatique implique de transformer l’économie mondiale actuellement dominée par les énergies fossiles en un modèle principalement alimenté par des énergies renouvelables (2). C’est dans ce contexte que s’inscrit la révision de la directive sur les sources d’énergie renouvelables. |
3. Observations générales sur la proposition de directive
| 3.1. | Poursuivant l’objectif de faire de l’Union européenne le numéro un mondial des énergies renouvelables, la directive avait fait l’objet d’une nécessaire refonte en 2018 (3). Le CESE déplore l’absence de stabilité réglementaire résultant du fait que des amendements proposés dans le projet de révision concernent des points ayant déjà fait l’objet de modifications dans le cadre de la dernière révision en date de la directive et ce immédiatement après leur délai de transposition, fixé au 30 juin 2021. Le Comité approuve néanmoins la proposition de la Commission de réviser la directive à la lumière des nouveaux objectifs de réduction des émissions de CO2 fixés dans la législation européenne sur le climat et de saisir cette occasion pour simplifier et corriger les lacunes. Il souligne que l’utilisation des énergies renouvelables ne doit pas être rendue excessivement complexe. En effet, le rehaussement à 40 % de l’objectif contraignant d’énergie produite à partir de sources renouvelables était nécessaire, tout comme le renforcement de l’intégration des énergies renouvelables dans les secteurs tels que le bâtiment, l’industrie ou encore les transports. Pour autant, le CESE identifie trois périmètres d’action devant faire l’objet d’une plus grande attention, ceux-ci n’étant que partiellement appréhendés au sein du projet de révision. |
| a) | La participation des citoyens et consommateurs doit être améliorée |
| 3.2. | En dépit des attentes élevées des citoyens européens, les ressources proposées par l’Union européenne en vue d’encourager la participation des consommateurs demeurent insuffisantes, le prosumérisme n’étant toujours pas clairement défini dans la directive. La Commission européenne devrait proposer un mécanisme de suivi afin de soutenir la mise en œuvre par les États membres des règles adoptées et permettre ainsi le développement du prosumérisme. Il y a lieu de diffuser auprès des décideurs politiques des exemples de bonnes pratiques et de rendre le prosumérisme opérationnel:
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Il est essentiel de lever les obstacles bureaucratiques et de veiller à ce que les financements parviennent au public visé (comme les jeunes acteurs de terrain et les organisations locales dirigées par des jeunes), en clarifiant les obligations qui pourraient incomber au prosommateur à l’avenir. Dans ce domaine, la stabilité juridique doit prévaloir, car l’accès à l’aide financière et au savoir-faire doit être garanti aux consommateurs afin de les encourager à franchir le pas et à devenir des prosommateurs. Le CESE estime qu’une fois l’instrument législatif à l’examen révisé, il ne devrait pas être renouvelé avant 2030, de manière à garantir la stabilité juridique nécessaire à l’ensemble des acteurs du secteur, au sens large du terme, comme cela a déjà été indiqué au paragraphe 3.1 ci-dessus.
| 3.3. | S’il est judicieux d’intensifier les efforts visant à garantir une utilisation dynamique de l’énergie éolienne en mer, comme le prévoit la stratégie relative aux énergies renouvelables en mer, l’énergie éolienne terrestre et l’énergie photovoltaïque devraient jouer un rôle beaucoup plus important dans notre futur système énergétique européen. L’absence d’approche générale pose question au sein du CESE, qui invite la Commission à adopter une stratégie de politique régionale de décentralisation. Le prosumérisme ne peut prospérer sans le soutien de l’échelon régional et local, qui dispose non seulement de moyens techniques et financiers, mais également d’une connaissance des spécificités du territoire permettant des gains de temps considérables. La proximité de ce niveau avec les administrés et les acteurs de terrain légitime l’octroi de plus de compétences afin d’atteindre les objectifs fixés dans la directive. Enfin, cette stratégie devra s’accompagner d’une réflexion relative à la gestion des ressources et matériaux critiques (extraction, recyclage etc.) nécessaires à la fabrication et au bon fonctionnement des énergies renouvelables. En effet, la dépendance aux énergies fossiles ne doit pas devenir une dépendance aux matériaux critiques. |
| b) | Mieux exploiter les synergies |
| 3.4. | La précédente refonte ayant eu lieu très récemment, les nouvelles dispositions adoptées dans ce cadre n’ont pas encore pleinement pu prendre effet. Pour cette raison, cette nouvelle révision doit servir deux objectifs selon le CESE. |
| 3.5. | En l’état actuel des choses, selon les modélisations contenues au sein du scénario de référence de l’UE 2020, l’Union devrait surpasser d’un peu plus de 1 % l’actuel objectif de 32 % de renouvelable dans la consommation énergétique. En premier lieu, la révision doit permettre de rehausser les objectifs actuels tout en introduisant de nouveaux objectifs en parallèle afin d’augmenter l’intégration des renouvelables d’au moins 7 % à l’échelle du continent. |
| 3.6. | Dans un second temps, l’ampleur des révisions menées dans le cadre du paquet «Ajustement à l’objectif 55» doit, d’une part, être l’occasion de renforcer les synergies existantes entre lesdites réglementations et la directive. D’autre part, cette logique doit également s’appliquer aux nouveaux outils proposés par la Commission européenne, tels que le Fonds social pour le climat ou encore le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières. Ainsi, les bénéfices issus de la mise en œuvre de la directive ne pourront exprimer leur plein potentiel que si le déploiement des sources d’énergies renouvelables va de pair avec l’établissement d’une comptabilité carbone vis-à-vis d’une partie du CO2 importé. L’introduction du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières pour certains secteurs devrait être l’occasion de mettre en place des conditions de concurrence équitables, une question qui devrait être réglée au niveau européen. Le remplacement de l’objectif d’au moins 14 % d’énergies renouvelables dans la consommation finale d’énergie du secteur des transports par un objectif contraignant de 13 % d’intensité des gaz à effet de serre d’ici à 2030, tel qu’énoncé à l’article 25, est un exemple de bonne exploitation des synergies. En effet, opérer de la sorte permettra de créer plus de cohérence avec la révision du système d’échanges de quotas ou encore la réglementation sur les standards de CO2. Néanmoins, conformément à la stratégie de la Commission pour l’intégration du système énergétique (4), l’électrification du secteur des transports devrait être la priorité chaque fois que cela est possible d’un point de vue économique et technologique. Enfin, cette proposition de révision s’inscrit également en amont de la révision de la directive sur la performance énergétique des bâtiments et doit être l’occasion d’afficher un niveau élevé d’ambition lors de la présentation de la suite du paquet «Ajustement à l’objectif 55» prévue le 14 décembre 2021. |
| c) | La reprise économique doit permettre l’essor des énergies renouvelables |
| 3.7. | Alors que la demande en électricité a quasiment retrouvé son niveau d’avant la crise sanitaire, la reprise économique a été l’occasion de constater un essor dans la production à partir de renouvelables et ce, au détriment des énergies fossiles (5). Afin de pérenniser cette conjoncture en une véritable tendance d’avenir, il est indispensable de mettre en place des conditions de concurrence équitables entre les sources de production d’énergie. En premier lieu, cela implique de mettre un terme le plus rapidement possible au subventionnement des énergies fossiles, estimé en 2018 à l’échelle du continent à environ 50 milliards d’euros (6) (étant entendu qu’une part «indirecte» du subventionnement n’est pas reflétée dans l’estimation). |
| 3.8. | L’acte délégué relatif au volet climatique de la taxinomie de l’Union européenne est susceptible, s’il est accepté par le Conseil et le Parlement, d’orienter les investissements futurs vers des actifs durables, la catégorie à laquelle appartiennent les énergies renouvelables. Ce n’est qu’une fois que les distorsions de concurrence entre les sources d’énergie seront éliminées que les énergies renouvelables pourront librement affronter le marché. Dans l’attente d’un tel dénouement, le CESE salue l’approche de la Commission qui permet d’éviter un décrochage des énergies renouvelables. |
4. Observations particulières sur le texte de la directive
| a) | Le caractère contraignant ou non des objectifs proposés |
| 4.1. | Le CESE renouvelle sa critique (7) selon laquelle la révision de la directive ne contient pas d’objectifs nationaux contraignants, contrairement à celle de 2009. Si l’Union européenne a atteint son objectif de porter à 20 % la part des renouvelables en 2020, certains États membres n’ont pas réussi à respecter leurs cibles tandis que d’autres y sont parvenus de justesse (8), profitant notamment de la conjoncture particulière causée par la crise sanitaire, qui a mis à l’arrêt une partie des économies nationales. Cet exemple illustre la faiblesse du cadre de gouvernance actuel, qui n’aménage qu’une faculté «d’inciter» les États membres à respecter leurs objectifs nationaux. Le CESE appelle le Conseil des ministres, le Parlement européen et la Commission européenne à rouvrir le débat autour de la fixation d’objectifs nationaux contraignants, de la gouvernance énergétique appropriée et/ou a minima des moyens plus coercitifs qu’il convient de déployer à l’encontre des États fautifs afin de s’assurer du bon respect de l’ambition à l’échelle nationale. En effet, la directive touche ici du doigt les limites de l’action fondée sur le volontariat. Alors que plusieurs États membres ont dépassé leurs prévisions pour 2020, se profile le risque d’un nivellement par le bas qui conduirait les États les plus avancés à être découragés par l’absence de volonté de certains de leurs homologues et par l’absence de conséquence. |
| 4.2. | Concernant le nouvel objectif contraignant de 40 % en matière d’énergie renouvelable pour 2030 (contre 32 % auparavant), il porte sur l’ensemble de la consommation d’énergie et non pas la seule consommation d’électricité. Le CESE se félicite du fait que la Commission ait proposé la cible la plus ambitieuse parmi la fourchette identifiée au sein du plan cible en matière de climat (38-40 %) afin de respecter le nouvel objectif de 55 % de réduction de gaz à effet de serre en 2030. Cela démontre l’ambition de l’exécutif européen d’accélérer le déploiement de technologies vertes, ce que salue le CESE. Pour autant, cette augmentation de la part des renouvelables dans le mix électrique des États membres va entraîner des conséquences en termes de consommation d’énergie et d’électricité (9), étant donné que la part de la consommation d’énergie devrait baisser d’ici à 2050. Il importe d’actualiser les scénarios à l’horizon 2050 à la lumière des nouveaux objectifs, en précisant notamment le rôle que pourrait jouer le stockage d’électricité, qui devra être amené à se développer plus rapidement que prévu, ou encore le rôle de la sobriété énergétique, dont certains comportements ont été mis en lumière avec la crise sanitaire. |
| 4.3. | Pour autant, il s’agit d’un nouvel objectif très ambitieux pour certains États membres. Alors que pour nombre d’entre eux la décarbonation du secteur du bâtiment est à la traîne, le CESE valide l’approche proposée consistant à augmenter les efforts sectoriels tels que ceux réalisés pour intégrer les énergies renouvelables dans le secteur du chauffage et du refroidissement. En effet, une cible spécifique de 49 % concernant la part d’énergie renouvelable dans les bâtiments, que l’on retrouve dans le nouvel article 15 bis, était urgemment nécessaire. Cependant, le CESE s’interroge quant à la nature non contraignante d’un tel objectif. En effet, le secteur du bâtiment devra réduire ses émissions de 60 % d’ici 2030 et être neutre en 2040 afin de remplir les objectifs fixés dans le cadre du pacte vert pour l’Europe. Alors que de nombreux États pourraient rencontrer des difficultés à tenir cet objectif, le CESE souligne l’importance de s’appuyer dès 2025 sur les financements issus du Fonds social pour le climat. Ces derniers devraient permettre d’accélérer la mise en œuvre de la rénovation des bâtiments, publics comme privés, et ainsi endiguer le phénomène croissant de précarité énergétique qui touche plus de 30 millions d’européens. Pour autant, qu’il s’agisse des financements issus du futur Fonds social pour le climat ou, plus généralement, d’autres dispositifs d’aide, un mécanisme de traçage doit être mis en œuvre afin de s’assurer de l’allocation correcte desdits financements à la lutte contre le changement climatique. En effet, la dilution de ces derniers au sein des budgets nationaux ne permet pas de contrôler efficacement l’utilisation des ressources octroyées. Ces financements devront en outre être alloués non seulement à des projets à grande échelle, mais aussi à des projets de moindre envergure, pour lesquels le gain numéraire en termes de MWh et d’émissions de CO2 est plus modeste, mais dont l’impact sur les citoyens européens est tout aussi important, voire plus important. Autant que faire se peut, le CESE appelle à ce que les critères d’attribution au sein des différents États puissent être harmonisés concernant la part qui sera consacrée à rendre le citoyen actif pour faciliter d’éventuelles coopérations transfrontalières. |
| 4.4. | Le CESE souhaite attirer l’attention sur le fait que la décarbonation du secteur industriel est bien trop poussive à l’heure actuelle, même si le secteur industriel a été le premier visé par les plans européens successifs en faveur du climat. Concrètement, les émissions de l’industrie sont couvertes par le système d’échange de quotas d’émission (SEQE). Cependant, du fait de l’existence d’un régime d’allocations gratuites trop permissif, plus de 90 % de la pollution industrielle n’entraîne aucun coût pour les entreprises concernées, faisant que le secteur n’a réduit ses émissions que de 1 % entre 2012 et 2018. Le CESE appelle donc à recourir à un objectif contraignant de 1,1 % qui obligera les industries à augmenter annuellement leur recours aux renouvelables. En effet, un objectif indicatif pourrait apparaître comme un blanc-seing accordé aux industriels, pouvant être un frein potentiel à l’ambition climatique européenne. |
| 4.5. | Le CESE salue le fait que l’objectif cible relatif à l’intégration des énergies renouvelables pour le chauffage et le refroidissement devienne contraignant. Cependant, il souhaite souligner que l’objectif initialement prévu dans la directive était de 1,3 % alors que le nouvel objectif ne serait que de 1,1 %. D’après l’étude d’impact accompagnant le projet de révision, près de la moitié des États membres présentaient des trajectoires n’étant pas en adéquation avec l’objectif envisagé. Afin de permettre aux États membres de tenir cet objectif, le CESE avance l’hypothèse de flécher une partie des recettes allouées au Fonds social pour le climat et de consacrer cela en priorité au remplacement des systèmes de chauffage et refroidissement qui ont en majorité souvent recours à des énergies fossiles. Le CESE estime que l’objet de la directive doit être de relever ou à minima de maintenir l’ambition affichée lors de la précédente révision, et invite l’ensemble des acteurs à réfléchir au meilleur moyen pour y parvenir. |
| 4.6. | Afin d’atteindre la neutralité climatique en 2050, la décarbonation du système énergétique doit être atteinte d’ici 2045. Une consommation finale brute d’énergie renouvelable de 40 % en 2030 signifie que la majeure partie du processus de décarbonation devra être réalisée sur une période de 15 ans (entre 2030 et 2045). Ainsi, l’urgence climatique impose un plus grand pragmatisme concernant le développement des énergies renouvelables en confrontant le champ des possibles au calendrier. Premièrement, il importe de se concentrer sur des objectifs raisonnablement atteignables compte tenu des dispositions en vigueur. En effet, si la directive établit une stratégie à moyen et long terme au travers de la fixation d’objectifs ambitieux, cela ne doit pas se faire au détriment d’un renforcement du rythme de déploiement des énergies vertes, mais au contraire aller de pair avec lui. À court terme, il est tout aussi pertinent et essentiel de mettre l’accent sur l’utilisation de sources d’énergie renouvelables matures et populaires telles que les panneaux photovoltaïques. Pour le secteur des transports, il convient de mentionner une plus grande flexibilité et un choix plus large de matières premières admissibles en ce qui concerne les biocarburants, car ce n’est qu’à moyen ou long terme que les investissements réalisés sur la base des orientations de la future directive pourront prendre le relais, déployer leur plein potentiel (hydrogène renouvelable, éoliennes offshore, etc.) et contribuer à la décarbonation de l’économie européenne grâce à l’électrification des usages. Sans cela, le risque est grand que l’Europe paye un lourd tribut lié à son laxisme au cours des deux dernières décennies. Afin d’éviter que cela se produise, l’Union a besoin de préciser sa stratégie, qui devra aller bien au-delà de la simple directive sur les renouvelables et favoriser une approche globale exploitant les synergies. |
| b) | Sur le chauffage urbain et les transports |
| 4.7. | Les communications de la Commission européenne concernant une stratégie pour l’hydrogène et une stratégie pour l’intégration des systèmes énergétiques contiennent certains aspects importants qui devraient être pris en compte dans cette stratégie globale. Dans ses avis TEN/717 et TEN/718, malgré certaines critiques concernant un manque de cohérence et de clarté sur certains aspects, le CESE a exprimé son appréciation générale des communications. Cependant, la révision proposée ne répond que dans une certaine mesure à certains aspects importants qui faisaient défaut. La recherche, l’innovation et la mise en œuvre devraient être soutenues et accélérées. |
| 4.8. | La Commission propose de renforcer le chauffage urbain. Cette approche est pertinente puisque les réseaux de chauffage urbain constituent une bonne option pour utiliser le surplus d’énergie en provenance des installations photovoltaïques ou éoliennes, installations qui ont vocation à se multiplier. |
| 4.9. | La proposition de directive ambitionne d’améliorer l’accès aux bornes de recharge, y compris les stations privées, pour les usagers d’une voiture électrique. Cela fait sens alors qu’une électrification rapide du secteur de la mobilité est l’une des voies les plus prometteuses pour décarboner le secteur des transports, dont les émissions continuent d’augmenter. Des règles concrètes pour la fourniture directe d’électricité renouvelable produite sur place ou à proximité du point de recharge pourraient constituer un élément clé d’une stratégie de décentralisation qui renforce la structure régionale et l’énergie citoyenne. Le CESE attire néanmoins l’attention sur la nécessité de proposer des solutions éprouvées à un coût raisonnable pour les secteurs du transport qui sont difficiles à électrifier. À l’heure actuelle, il s’agit plus particulièrement des biocarburants et, à l’avenir, de l’hydrogène. |
| c) | Sur la promotion et le déploiement des énergies renouvelables |
| 4.10. | Le CESE salue la mise en place de plusieurs initiatives en lien avec l’hydrogène renouvelable, telles que l’introduction de sous-objectifs pour l’industrie et les transports. Par ailleurs, il estime également qu’un objectif contraignant de 50 % de carburant renouvelable d’origine non biologique utilisé comme matière première ou comme un vecteur énergétique est la bonne approche et que l’hydrogène vert doit se voir accorder la priorité (10). Cependant, la possibilité offerte par l’article 7 d’importer du carburant renouvelable d’origine non biologique qui sera ensuite comptabilisé en tant que contribution au sein l’État membre apparaît comme potentiellement problématique, et cette possibilité comptable devrait être plafonnée. |
| 4.11. | En ce qui concerne la disposition relative à la promotion des «accords d’achat d’électricité» (article 15), l’établissement de lignes directrices couplées à un soutien financier pour les petites et moyennes entreprises devrait favoriser l’essor d’un tel dispositif, qui apporte de la visibilité à long terme concernant le prix de vente de l’électricité verte. De manière plus générale, cette initiative illustre le besoin de renforcer la coopération et la coordination entre les acteurs du secteur afin d’apporter une vision à long terme aux acteurs économiques. |
| 4.12. | L’obligation incombant aux États membres de lancer une phase de test concernant la coopération transfrontalière grâce à la mise en place d’un projet pilote dans les trois prochaines années est une autre initiative saluée par le CESE. Pour autant, le CESE souhaite obtenir des clarifications concernant les modalités relatives à la mise en place d’une telle coopération. Il s’interroge notamment quant aux procédures administratives découlant d’une telle initiative et appelle à ce que la Commission européenne assiste les États membres (traduction des actes liés à la procédure, etc.) afin qu’ils puissent respecter le délai imposé. |
| 4.13. | Pour le CESE, le moment est venu de s’interroger sur la pertinence d’un régulateur européen de l’électricité. Afin de se préparer correctement à la création d’une fonction aussi importante, il est temps de lancer une activité de planification conceptuelle du système qui permettra de prévoir l’augmentation de la demande énergétique par domaine et par type, ainsi que les transformations de type d’énergie. |
| 4.14. | Le CESE valide également l’initiative de l’article 9, paragraphe 7 bis, visant à introduire un aménagement de l’espace conjoint, par bassin maritime, entre États membres afin de faciliter le développement de capacités offshore. Une telle approche permettra de maximiser le potentiel de chaque bassin maritime tout en renforçant in fine l’objectif d’interconnexion électrique entre les États. La mise en place d’un guichet unique est également bienvenue et doit être l’occasion de s’inspirer des bonnes pratiques mises en place au sein des différents États membres afin de réduire le temps de réalisation d’un projet. La fixation d’une capacité totale de production par bassin aux horizons 2030, 2040 et 2050 devrait également permettre une meilleure prise en compte du potentiel de l’éolien offshore au sein de chaque État membre, et favoriser son essor. De manière très opérationnelle, la multiplication des projets transfrontaliers d’énergies renouvelables, notamment l’éolien maritime, conduit le CESE à inviter la Commission européenne à rouvrir les discussions relatives à un gestionnaire de réseau de transport européen, acteur le plus pertinent pour assurer la gestion en temps réel des flux électriques. Ce dernier étant in fine le plus légitime pour assurer une coordination des mécanismes de marché en lien avec l’offre et la demande tout en assurant la sécurité du système, qui sera de plus en plus sollicité avec la plus forte pénétration des renouvelables. |
| 4.15. | Le CESE a souligné à plusieurs reprises qu’il est nécessaire de créer de nouvelles structures de marché afin de permettre d’équilibrer la production d’énergie et la consommation à un niveau micro. Ces structures faciliteraient l’intégration de petits dispositifs de stockage au sein du système énergétique. Ainsi, l’essor de l’électromobilité devrait permettre de bénéficier du rôle des batteries afin de permettre un chargement intelligent et de disposer de capacité de stockage à l’échelle locale. Cependant, la proposition de révision n’aborde pas ce point. |
| 4.16. | Le paquet «Énergie propre» accorde une attention toute particulière à l’autoconsommation et aux communautés énergétiques. Ces mécanismes constituent de puissants vecteurs de participation des citoyens qui permettent d’en faire des acteurs avisés à part entière de la transition énergétique en augmentant leur sentiment d’appartenance et en renforçant les structures décentralisées qui sont bénéfiques tant d’un point de vue économique que social. Comme souligné par la Commission européenne dans le cadre de l’évaluation des plans nationaux énergie-climat, les États membres ne prennent pas assez en considération le potentiel de la citoyenneté énergétique, ce qui contrevient à l’une des raisons d’être du quatrième paquet «Énergie». Il est urgent de clarifier les règles applicables, notamment pour des concepts comme le partage d’énergie, la facturation nette ou encore la vente d’énergie en P2P, afin de remplir les objectifs du paquet «Énergie propre» et de l’union de l’énergie. Le CESE juge décevant que la proposition de révision n’essaye pas d’améliorer le cadre réglementaire relatif à ces aspects. Cela sera d’autant plus important que la proposition de révision des lignes directrices concernant les aides d’État en faveur du climat, de l’énergie et de l’environnement prévoit un seuil bien inférieur pour les exceptions à l’obligation d’allouer des aides et de déterminer le niveau d’aide au moyen d’une procédure de mise en concurrence. |
| 4.17. | Le CESE soutient en principe la proposition de la Commission invitant les États membres à prendre en considération le «maintien des puits et écosystèmes forestiers nationaux de carbone» et les principes de «l’utilisation en cascade de la biomasse» et de l’économie circulaire. Cela signifie accorder la priorité à l’utilisation du bois résiduel, comme les petites branches, les souches d’arbres et autres sous-produits, ainsi que les produits en bois recyclé pour la bioénergie. Il est donc logique de réévaluer le soutien accordé aux centrales bioénergétiques dans ce domaine, en gardant à l’esprit que les résidus des scieries et de l’industrie de la pâte à papier sont des sources d’énergie. Par ailleurs, comme mis en avant dans la proposition, il est raisonnable de rediriger les biocarburants d’origine biologique vers les secteurs des transports qui sont difficiles à électrifier tels que le maritime, les trajets longue distance ou encore l’aérien. Les problèmes de disponibilité et de coût devraient également être pris en compte à cet égard. La mise en œuvre de cette idée requiert de s’assurer qu’une distinction soit bien établie dans l’article 25 entre les biocarburants d’origine biologique et l’électricité produite à partir de sources renouvelables en mesurant la réduction des émissions de gaz à effet de serre. La priorité est donc donnée, dans le secteur des transports, à l’électricité renouvelable et aux biocarburants produits à partir de résidus. Il en résulte une pression accrue en faveur de la décarbonation du secteur des transports par l’électrification directe. |
| 4.18. | Les calculs détaillés des réductions des émissions de gaz à effet de serre ainsi que les critères de durabilité présentés dans les annexes au projet de directive sont en partie de nature très technique. Pour le CESE, ils constituent clairement un pas dans la bonne direction, même le Comité n’a pas pu les évaluer pleinement dans chaque cas particulier. En ce qui concerne, par exemple, les biocarburants, ils conduiront à une situation dans laquelle certaines substances potentiellement utilisables ou actuellement utilisées ne pourront plus l’être, ce qui pourra poser problème à certains secteurs de l’industrie. |
| 4.19. | Le Comité tient également à souligner qu’il sera difficile de prouver dans certains cas si tous les critères sont effectivement respectés. S’agissant par exemple du critère selon lequel «des preuves solides et vérifiables sont apportées indiquant que la teneur en carbone du sol a augmenté ou qu’il peut être raisonnablement attendu qu’elle ait augmenté pendant la période au cours de laquelle les matières premières concernées ont été cultivées, tout en tenant compte des émissions lorsque lesdites pratiques entraînent une augmentation du recours aux engrais et aux herbicides» (voir les annexes 1 et 2 du document COM(2021) 557 final), si une telle exigence se justifie, il sera difficile de démontrer qu’elle est respectée dans la pratique. |
| 4.20. | Le CESE salue la volonté exprimée au considérant 10 d’améliorer le délai de traitement des procédures administratives qui constituent un frein pour le déploiement des énergies renouvelables. Cependant, le CESE s’interroge sur la manière dont la Commission européenne compte agir concrètement et aller au-delà de simples encouragements afin de s’assurer de la réduction effective et efficace des délais procéduraux. |
| 4.21. | Le CESE abonde dans le sens du considérant 12 faisant état de la nécessité de disposer d’un nombre suffisant de travailleurs qualifiés pour les métiers de demain. Il appelle l’Union européenne à opérer un chiffrage de la main d’œuvre nécessaire au déploiement du pacte vert pour l’Europe et à investir en priorité dans la formation destinée à la reconversion des salariés dont les emplois seront amenés à disparaître du fait de la transition verte. Cela constituera également un bon moyen d’attirer les jeunes vers le secteur vert, grâce aux nouveaux emplois créés et aux débouchés commerciaux. |
Bruxelles, le 9 décembre 2021.
La présidente du Comité économique et social européen
Christa SCHWENG
(1) JO L 328 du 21.12.2018, p. 1.
(2) Agence internationale de l’énergie, Net Zero by 2050 — A Roadmap for the Global Energy Sector (windows.net), p. 3.
(3) https://www.eesc.europa.eu/fr/our-work/opinions-information-reports/opinions/revision-de-la-directive-relative-aux-energies-renouvelables (JO C 246 du 28.7.2017, p. 55).
(4) COM(2020) 299 final.
(5) Ember, European Electricity Review: H1-2021, (ember-climate.org).
(6) Commission européenne, Annexes du rapport 2020 sur l’état de l’union de l’énergie en vertu du règlement (UE) 2018/1999 sur la gouvernance de l’union de l’énergie et de l’action pour le climat.
(7) JO C 246 du 28.7.2017, p. 55.
(8) Eurostat, Renewable energy statistics — Statistics Explained (europa.eu).
(9) 6_FR_ACT_part1_v3.pdf (europa.eu).
Avis institutionnel — 52021AB0040
29/12/2021
Avis institutionnel — 52021AB0039
28/12/2021
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Avis institutionnel — 52022AG0001(01)
20/12/2021