| CELEX | 52021AE3547 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | jeudi 23 septembre 2021 |
| 22.12.2021 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 517/97 |
Avis du Comité économique et social européen sur la proposition de décision du Conseil relative aux lignes directrices pour les politiques de l’emploi des États membres
[COM(2021) 282 final — 2021/0137 (NLE)]
(2021/C 517/15)
| Rapporteure: | Marina Elvira CALDERONE |
| Consultation | Conseil de l’Union européenne, 11.6.2021 |
| Base juridique | Article 148, paragraphe 2, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne |
| Compétence | Section «Emploi, affaires sociales et citoyenneté» |
| Adoption en section | 7.9.2021 |
| Adoption en session plénière | 23.9.2021 |
| Session plénière no | 563 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 185/1/16 |
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | Le CESE accueille favorablement la proposition de décision du Conseil relative aux lignes directrices pour les politiques de l’emploi des États membres, lesquelles forment une base utile pour imprimer aux politiques de l’emploi une orientation à même de soutenir la sortie progressive et souhaitée de la crise pandémique et de faire en sorte que les différentes formes d’aide économique débouchent sur des résultats favorables en matière d’emploi. Ces lignes directrices constitueront en outre un cadre de référence valable pour s’assurer que les mesures de résilience et de relance établissent les fondements requis pour créer des emplois de qualité au sein d’une économie durable sur les plans environnemental et social. Assurer la coordination de politiques de l’emploi efficaces est essentiel pour améliorer la cohésion entre les États membres et réduire les inégalités sociales et économiques. |
| 1.2. | Les lignes directrices pour l’emploi doivent tenir compte des répercussions de la pandémie de COVID-19 sur le marché du travail, comme du plan d’action sur le socle européen des droits sociaux et des conclusions du sommet social de Porto qui fixent des objectifs sociaux ambitieux en matière d’emploi, de lutte contre la pauvreté et d’accès aux compétences. Il conviendra par ailleurs de surveiller l’incidence sur l’emploi des instruments d’aide tels que le programme SURE et Next Generation EU, qui reposent sur des émissions obligataires «communautaires» en tant que forme de mutualisation de la dette générée pour soutenir notamment les politiques de l’emploi. Les plans nationaux pour la reprise et la résilience mettront en outre des ressources à disposition des politiques de l’emploi des États membres moyennant le respect de conditions spécifiques concernant les objectifs, volets d’action et modes de dépenses, et accorderont une attention particulière aux politiques actives de l’emploi. |
| 1.3. | Il y a lieu de coordonner les politiques européennes avec les objectifs des lignes directrices pour l’emploi, de renforcer le marché du travail, de soutenir la productivité et la compétitivité des entreprises ainsi que l’économie sociale de marché dans l’Union européenne, et de renforcer les mesures structurelles de transition en adoptant des mesures temporaires de protection de l’emploi et en créant des emplois de qualité. Dans le cadre de ces processus, il convient de promouvoir le dialogue social, la négociation collective et la participation des partenaires sociaux et des représentants de la société civile aux choix opérés. |
| 1.4. | S’agissant de la ligne directrice no 5 «Stimuler la demande de main-d’œuvre», le CESE considère que le processus de relance de la demande doit s’accompagner de mesures visant à accroître la demande elle-même, à favoriser l’accès au marché du travail, à promouvoir la durabilité économique et sociale des entreprises, la professionnalisation des travailleurs et l’amélioration des conditions de travail. Cet objectif peut être atteint en tirant pleinement parti des possibilités de transformation des systèmes de production, en adoptant des technologies et des outils favorisant la durabilité environnementale ainsi qu’en promouvant l’apprentissage tout au long de la vie. Les mesures de politique économique doivent être étroitement coordonnées avec les politiques visant à stimuler la demande de main-d’œuvre. |
| 1.5. | S’agissant de la ligne directrice no 6, qui vise à renforcer l’offre de main-d’œuvre et à améliorer l’accès à l’emploi, les qualifications et les compétences, le CESE souligne qu’il est essentiel que chaque État membre parvienne à coordonner efficacement les mesures d’investissement en faveur de la formation et du marché du travail prévues par les plans nationaux pour la reprise et la résilience et par les Fonds structurels. La crise actuelle a souligné encore plus nettement la nécessité de reconnaître et de garantir le droit à la formation continue et un accès effectif à une éducation et une formation de qualité ainsi qu’à l’adaptation des compétences, et de réduire les disparités qui subsistent en matière de mise à niveau des compétences, tant entre secteurs qu’entre États membres; l’objectif portant sur l’accès à la formation défini dans le plan d’action du socle social évaluera la capacité des États membres à se doter de nouveaux instruments capables de réduire les disparités en matière d’accès au marché du travail et de répondre aux exigences de celui-ci concernant les nouvelles compétences requises. |
| 1.6. | S’agissant de la ligne directrice no 7 «Améliorer le fonctionnement des marchés du travail et l’efficacité du dialogue social», le CESE soutient la création d’une plateforme numérique européenne facilitant l’adéquation entre l’offre et la demande de main-d’œuvre. Cette plateforme, qui serait un point de référence commun pour l’ensemble des États membres et des services de l’emploi, permettrait de promouvoir les politiques actives et la mobilité européenne, notamment en renforçant les services publics et privés de l’emploi. Il est indispensable que chaque État membre adopte des mesures fortes en matière de sécurité et de prévention des risques afin d’encourager une culture de prévention plus étendue, laquelle est un élément essentiel pour la diffusion et le partage d’une «culture du travail» qui tire parti du potentiel de tout un chacun, favorise le bien-être et élimine toute situation de danger et de risque sur le lieu de travail. Si le dialogue social et la négociation collective sont un pilier important de la durabilité et de la résilience des économies européennes, il reste toutefois nécessaire de disposer, au niveau national, dans certains États membres, d’un cadre réglementaire et institutionnel qui facilite et soutienne les systèmes de relations du travail. |
| 1.7. | Outre le renforcement des politiques de l’emploi relatives aux emplois salariés, le CESE estime qu’il importe aussi de renforcer la capacité des États membres à promouvoir des mesures de soutien en faveur des activités indépendantes et libérales, en particulier pour les jeunes. |
| 1.8. | La ligne directrice no 8 vise à promouvoir l’égalité des chances pour tous, favoriser l’inclusion sociale et combattre la pauvreté. Le CESE souscrit à cet objectif car il apparaît essentiel d’élaborer une stratégie en matière de politique de l’emploi qui garantisse l’égalité en matière d’accès au marché du travail et dans le domaine des relations de travail. La relation entre protection sociale, marché du travail, fonctionnement de l’économie et lutte contre les inégalités et la pauvreté constitue une orientation fondamentale et un fil rouge pour des politiques de l’emploi capables de conjuguer croissance économique et développement social. Le CESE rappelle en outre qu’il importe de concevoir des politiques d’inclusion efficaces, qui devraient être considérées comme des investissements indispensables pour la croissance et l’amélioration des systèmes économiques et productifs. Il est par ailleurs essentiel de mettre en place, en combinaison avec d’autres stratégies cohérentes de lutte contre la pauvreté, les mécanismes requis pour ne pas risquer de créer de nouvelles formes de pauvreté chez les travailleurs à faible revenu. |
2. Contexte
2.1. Introduction
| 2.1.1. | Les lignes directrices pour l’emploi ont été adoptées en 2019 et adaptées dès 2020 afin de prendre en compte les aspects liés à la crise de la COVID-19, la transition écologique et numérique et les objectifs de développement durable. Si le CESE confirme les analyses et évaluations présentées dans son précédent avis SOC/646 (1), il formule toutefois, dans le présent avis, un certain nombre d’observations inspirées par les répercussions de la crise pandémique sur les conditions de vie et de travail des citoyens européens et la nécessité de reformuler les priorités stratégiques des États membres et des institutions européennes. |
| 2.1.2. | La proposition de la Commission prévoit que les lignes directrices pour l’emploi, qui figurent à l’annexe de la décision (UE) 2020/1512 du Conseil (2), soient maintenues en 2021 et servent de référence aux États membres pour élaborer leurs politiques de l’emploi et leurs programmes nationaux de réforme. Désormais, l’objectif prioritaire consiste à veiller à ce que les mesures en faveur de la résilience et de la reprise de l’économie et de la production aient une incidence positive sur le plan social. |
| 2.2. | Les lignes directrices proposées sont les suivantes:
|
| 2.3. | Dans sa proposition, la Commission souligne par ailleurs que l’Union et ses États membres devraient: |
| 2.3.1. | combattre l’exclusion sociale et la discrimination et promouvoir la justice et la protection sociales, ainsi que l’égalité entre les femmes et les hommes, la solidarité entre les générations et la protection des droits de l’enfant: lors du sommet social de Porto, les États membres se sont engagés à mettre en œuvre les objectifs sociaux ambitieux en matière d’élaboration de politiques nationales et de nouveaux instruments européens visant à soutenir la transition écologique et numérique ainsi qu’à réaliser une convergence économique et sociale qui renforce la compétitivité de l’économie sociale de marché de l’Union; |
| 2.3.2. | veiller à la coordination des politiques économiques et de l’emploi dans le but de réaliser la neutralité climatique au sein de l’Union, d’accompagner la transition de l’Europe vers une économie numérique et verte durable, de perfectionner les compétences, d’améliorer la compétitivité, de garantir des conditions de travail adéquates, de stimuler l’innovation, de promouvoir la justice sociale et l’égalité des chances ainsi que de lutter contre les inégalités et les disparités au niveau régional. L’adoption de politiques et la mise en œuvre de stratégies de l’emploi efficaces et homogènes sont essentielles pour passer de la gestion des situations de crise à une reprise qui favorise un développement durable sur les plans environnemental et social et crée de nouveaux emplois et de meilleures conditions de travail; |
| 2.3.3. | unir leurs efforts pour faire face aux facteurs structurels tels que le changement climatique et les défis environnementaux, la mondialisation, la numérisation, l’intelligence artificielle, le télétravail, l’économie des plateformes et l’évolution démographique, en adaptant, le cas échéant, les structures existantes; |
| 2.3.4. | adopter les mesures et les politiques nécessaires afin de stimuler la croissance durable de l’économie, l’emploi de qualité et la productivité tout en renforçant la cohésion sociale et territoriale, en favorisant une convergence ascendante et la résilience des économies et en promouvant la responsabilité budgétaire des États membres; |
| 2.3.5. | faire en sorte que les réformes du marché du travail, y compris les mécanismes nationaux de fixation des salaires, respectent les pratiques nationales en matière de dialogue social et de négociation collective, dans le but de garantir des salaires équitables et des conditions de vie et de travail décentes; |
| 2.3.6. | veiller à atténuer, au moyen de politiques et instruments efficaces, les conséquences économiques, sociales et sur l’emploi de la crise liée à la COVID-19. |
| 2.4. | L’Union et ses États membres doivent s’attacher à élaborer une stratégie coordonnée en faveur de l’emploi, qui vise plus particulièrement à promouvoir une main-d’œuvre qualifiée, formée et dotée des compétences nécessaires pour s’adapter aux changements en cours (ainsi que des marchés du travail tournés vers l’avenir et aptes à réagir rapidement à l’évolution de l’économie). Les États membres devraient considérer la promotion de l’emploi comme une question d’intérêt commun et coordonner leur action à cet égard au sein du Conseil. L’article 148 du TFUE charge le Conseil d’adopter des lignes directrices pour l’emploi, lesquelles déterminent le champ d’action de la coordination des politiques des États membres et la direction à suivre à cet égard et servent de base aux recommandations par pays définies dans le cadre du semestre européen. |
| 2.5. | Il importe de souligner qu’en présence de facteurs de risque, il est nécessaire de recourir à des instruments de soutien, y compris financiers, qui permettent aux États membres d’adopter des initiatives communes visant à contrer les conséquences des crises sur les conditions de vie et de travail des citoyens européens. Cette nécessité a clairement été mise en évidence par les répercussions de la pandémie de COVID-19 sur les systèmes économiques et sociaux. |
| 2.6. | Le CESE considère que les décisions prises ces derniers mois par la Commission européenne et qui ont mené à l’adoption des plans nationaux pour la reprise et la résilience sont appropriées et qu’elles vont dans le sens du soutien à un modèle de développement équitable et durable. Il convient en outre d’éviter de se retrouver, au sortir de la crise provoquée par la pandémie, devant un risque accru d’exclusion sociale et d’une accélération du déséquilibre territorial qui s’est aggravé ces dernières années, notamment entre les régions européennes, comme le montre, depuis 2013 déjà, l’indice de compétitivité régionale de la Commission européenne, qui mesure la capacité concurrentielle des régions. |
| 2.7. | La mise en place d’un modèle économique et de développement inclusif nécessite d’assortir les politiques et investissements visant à renforcer les infrastructures pour la productivité, la numérisation et la logistique de mesures en faveur de la cohésion territoriale, de la promotion du capital humain, de la formation de la main-d’œuvre et du renforcement des instruments de soutien au marché du travail et au système des services sociaux et à la personne. Une Europe où les divergences sont excessives et où l’accès aux possibilités est inégal est une Europe affaiblie; le CESE estime que la cohésion doit rester le socle de référence, y compris pour les politiques axées sur la croissance. |
| 2.8. | La crise provoquée par la pandémie a exacerbé certains problèmes structurels du marché du travail européen et mis en lumière d’autres problèmes qui nécessitent l’adoption d’une politique globale capable de remédier à la fois à la situation des groupes les plus vulnérables et aux difficultés que rencontrent certains secteurs du marché du travail. La transition à laquelle les États membres sont confrontés requiert des politiques, actions et mesures largement acceptées et étroitement coordonnées, ainsi qu’un soutien continu au dialogue social. |
| 2.9. | Tous les travailleurs devraient avoir accès à la protection sociale, y compris dans le cadre du télétravail et des nouvelles formes de travail, dont les plateformes, moyennant le renforcement des systèmes prévus en la matière. Il convient d’encourager l’inclusion des groupes les plus vulnérables de la société et de tirer pleinement parti de la participation des femmes au marché du travail, afin d’éviter toute forme de discrimination et d’éliminer l’écart de rémunération qui existe entre les hommes et les femmes. |
3. Observations générales
| 3.1. | Se référant notamment aux observations formulées dans de précédents avis sur les lignes directrices pour l’emploi, le CESE souligne plus particulièrement les éléments suivants. |
| 3.1.1. | La lutte contre la discrimination coïncide avec les efforts déployés pour améliorer la qualité du travail, ce qui implique que les États membres conviennent de stratégies visant à articuler la productivité et la capacité concurrentielle avec des mécanismes susceptibles de promouvoir le capital humain et de garantir les meilleures conditions de travail aux travailleurs. |
| 3.1.2. | Les situations de crise ont tendance à accroître les facteurs de risque social et, en particulier, les inégalités. C’est la raison pour laquelle les investissements et les différentes formes d’aide à la reprise économique doivent être étayés par un système d’investissement solide dans les infrastructures sociales et de travail qui soit à même d’améliorer, au moyen de politiques et de mesures appropriées, les normes de protection sociale en vigueur dans les États membres. |
| 3.1.3. | L’amélioration des structures économiques et sociales européennes passe par des mesures fortes et communes visant à prévenir le dumping social entre États membres, lequel consiste à réduire les acquis des travailleurs en matière de protection, de garanties et de sécurité, ainsi que par la promotion d’une concurrence équitable qui tienne compte de l’innovation et s’appuie sur la valorisation de la main-d’œuvre et la durabilité de la production et des services. Des politiques actives du marché du travail sont nécessaires, telles que des mesures d’incitation temporaire à l’embauche pour les groupes vulnérables, des possibilités en matière de renforcement des compétences et de reconversion professionnelle ainsi qu’un soutien à l’entrepreneuriat, y compris en faveur de l’économie sociale. |
| 3.1.4. | L’innovation a fondamentalement besoin de la contribution de la nouvelle génération, laquelle doit avoir accès à des emplois stables et de qualité; il convient par ailleurs d’encourager la mobilité des travailleurs entre États membres. Le CESE souscrit au contenu de la déclaration de Porto, selon laquelle «les jeunes représentent une source indispensable de dynamisme, de talent et de créativité pour l’Europe». Dans cet esprit, il importe de soutenir l’activité indépendante, intellectuelle et libérale, ainsi que les nouvelles activités entrepreneuriales et les jeunes entreprises innovantes. |
| 3.1.5. | Compte tenu de la nécessité d’assurer la qualité sociale de la croissance, il convient de mettre davantage l’accent sur le travail non productif, en particulier sur les services à la personne, les services sur le territoire et les activités économiques et sociales coopératives, dans un contexte où les liens sociaux sont considérés comme un élément clé du développement et de la croissance. |
| 3.1.6. | À cet égard, il est essentiel que les lignes directrices soient axées sur la mise en œuvre du socle européen des droits sociaux, qui constitue la référence pour veiller à ce que les mesures visant à surmonter la crise économique et sociale aient un impact adéquat et positif sur la société à un moment où l’urgence sanitaire s’accompagne d’un risque accru d’exclusion (3). Les trois nouveaux objectifs fixés dans le plan d’action du socle, qui portent sur le taux d’emploi, l’accès à la formation et l’adéquation des compétences ainsi que sur la lutte contre la pauvreté, à commencer par la pauvreté des enfants, imposent aux États membres de définir, dans le cadre du semestre européen, des politiques et des instruments qui posent les jalons pour la réalisation desdits objectifs. En outre, le Comité a déjà souligné la nécessité de définir de nouveaux indicateurs sociaux permettant de mesurer les progrès accomplis en la matière par les États membres. |
| 3.1.7. | La mise en œuvre des plans nationaux pour la reprise et la résilience et la réalisation des objectifs du plan d’action requièrent la participation active et structurée des partenaires sociaux et des organisations de la société civile. Le Comité rappelle qu’il est nécessaire de définir des procédures de consultation formelles qui facilitent les échanges réels avec les institutions et gouvernements nationaux et lèvent les obstacles s’opposant à une consultation et une participation efficaces de la société civile. Il convient en outre de définir des instruments visant à renforcer les négociations collectives et à favoriser la couverture contractuelle. |
| 3.1.8. | Il ne fait aucun doute que les systèmes de formation et l’apprentissage tout au long de la vie constituent le lien entre les politiques sociales, économiques et de l’emploi. Le caractère central et transversal des compétences est aussi déterminant pour l’efficacité des politiques actives et devrait constituer le fil conducteur des lignes directrices. |
| 3.1.9. | Il y a lieu de considérer l’amélioration de la qualité des systèmes de formation comme un objectif prioritaire en ce qui concerne non seulement la promotion des compétences transversales liées au numérique et à la durabilité environnementale, mais aussi le renforcement des compétences non techniques et de la capacité des travailleurs à coopérer entre eux. |
| 3.1.10. | Pendant la pandémie, des formes spécifiques de soutien ont été activées pour gérer les crises et atténuer le risque de chômage. L’une d’entre elles est le programme SURE. Compte tenu de la ligne directrice no 5, il importe que la Commission maintienne, pendant le processus de reprise, des instruments de financement et de soutien destinés à lutter contre la crise ainsi que des outils et des politiques ayant pour visée d’aider les chômeurs à retrouver un emploi. |
| 3.1.11. | Ces interventions devraient permettre de soutenir financièrement des mesures telles que les dispositifs de chômage partiel, les mécanismes de compensation salariale et autres mesures destinées à prévenir le chômage, jusqu’à ce que la crise actuelle liée à la COVID-19 soit surmontée. |
| 3.1.12. | Dans cette optique, il est essentiel de poursuivre, en 2021, les mesures mises en place en 2020, en utilisant des instruments de solidarité visant à atténuer les situations les plus délicates en matière d’emploi et en les assortissant de politiques actives du marché du travail. |
| 3.1.13. | Il est par conséquent essentiel de promouvoir l’accès au crédit, de soutenir les investissements novateurs et productifs et, d’une manière générale, de créer des conditions territoriales, fiscales et infrastructurelles propices à l’innovation et à la promotion d’initiatives économiques, en particulier pour les PME, les entreprises de l’économie sociale, le travail indépendant et les professions libérales, le but étant d’exercer un effet positif sur l’emploi. |
4. Observations particulières
| 4.1. | Si le CESE confirme la position qu’il avait adoptée dans son avis SOC/646, il souhaite toutefois aussi attirer l’attention sur d’autres aspects, eu égard aux répercussions de la pandémie, qui ont mis en lumière l’existence d’un certain nombre de problèmes, mais aussi sur des mesures à adopter et des actions à mener en priorité. Face à l’augmentation des disparités que l’on observe depuis plus de dix ans et qui se sont creusées en raison de la crise liée à la COVID-19, le CESE considère qu’il est essentiel d’élaborer des politiques efficaces permettant d’aligner la croissance économique sur le développement social, au moyen de mesures visant à soutenir la capacité concurrentielle et capables de renforcer la qualité des structures de travail et des politiques de l’emploi. À cette fin, il convient que les États membres concrétisent les investissements liés à leur plan national pour la reprise et la résilience et les vérifient au regard des objectifs prévus par les lignes directrices pour 2021, en accordant une attention particulière au renforcement de l’offre et de la demande de main-d’œuvre et à la promotion des conditions requises pour assurer l’égalité des chances, le fonctionnement du marché du travail et l’inclusion. Il y a lieu d’assurer une coordination étroite et cohérente entre les politiques définies pour faire face à la crise, les différentes formes de soutien prévues dans le cadre du programme SURE, les actions et investissements préconisés par le plan de relance en faveur de la reprise d’une part, ainsi que les mesures définies et les financements consentis dans le cadre de la programmation des Fonds structurels 2021-2027 d’autre part. |
| 4.2. | La reprise économique qui est attendue en 2021 et rendue possible, notamment, par les projets d’investissement liés aux plans nationaux pour la reprise et la résilience, peut susciter une relance généralisée de l’emploi pour autant qu’elle s’accompagne d’une action ciblée des États membres dans le secteur social et de l’emploi en réponse aux défis posés par les changements en cours. |
| 4.3. | À cet égard, il importe de rappeler les objectifs du socle européen des droits sociaux et du programme de développement durable. Les décisions qui s’imposent doivent inciter la Commission et les États membres à opérer des choix qui ne peuvent être retardés et que la pandémie a rendus encore plus évidents et nécessaires au regard du modèle de développement à promouvoir. En particulier, les objectifs fixés dans l’agenda pour la durabilité économique, sociale et environnementale et le caractère central du bien-être humain définissent une orientation extrêmement importante et inspirent certains des choix fondamentaux énoncés à la fois dans le plan de relance et dans les principales orientations des Fonds structurels européens. |
| 4.4. | Le CESE partage l’avis selon lequel il est nécessaire de redynamiser la demande de main-d’œuvre, comme le prévoit la ligne directrice no 5, de garantir un salaire minimum adéquat et équitable à tous les travailleurs en Europe, conformément aux pratiques et législations nationales, et d’étendre la protection sociale et l’accès aux systèmes de protection sociale à tous les travailleurs, y compris dans le cadre des nouvelles formes de travail. Afin de passer de la gestion de crise à la reprise, il convient de mettre l’accent sur des mesures de protection sociale durables et des aides à l’embauche efficaces, en particulier pour les PME. À cet égard, les mesures de reconversion devraient également être encouragées lors des périodes de travail à temps partiel dues à la pandémie. Il convient de promouvoir le dialogue social et d’associer les partenaires sociaux à un processus de relations de travail solide, dans le respect de leur autonomie. La réduction de la charge fiscale qui pèse sur le travail ne doit pas se traduire par une diminution de la couverture sociale, laquelle aurait une incidence négative sur les systèmes de protection sociale et leur viabilité. À cet égard, le CESE estime qu’il convient de renforcer la lutte contre la fraude et l’évasion fiscales. |
| 4.5. | S’agissant de la ligne directrice no 6, qui vise à renforcer l’offre de main-d’œuvre et à améliorer l’accès à l’emploi, les qualifications et les compétences, le CESE fait observer qu’il est essentiel que chaque État membre puisse coordonner efficacement les mesures d’investissement en faveur de la formation et du marché du travail prévues par les plans nationaux pour la reprise et la résilience et par les Fonds structurels. En particulier, il convient d’assurer la coordination entre le FSE+ et les mesures de protection sociale et de l’emploi prévues par le programme SURE et d’autres instruments jusqu’au 31 décembre 2022 afin de faciliter la mise en place de structures nationales efficaces en matière d’activation de l’emploi, qui permettent l’insertion, la reconversion professionnelle et la relocalisation des travailleurs. Il y a lieu d’envisager des aides efficaces à l’embauche et à la reconversion professionnelle pour soutenir la création d’emplois pendant la reprise. |
| 4.6. | La diffusion du télétravail pendant la pandémie n’a fait que confirmer la nécessité de définir des règles et outils visant à rendre plus vertueuse la relation entre organisation du travail, bien-être en entreprise et utilisation des technologies numériques. Le CESE rappelle qu’il importe d’exploiter le plein potentiel que recèle le télétravail en tant qu’outil visant à améliorer les conditions de travail et l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, et d’éviter qu’il ne devienne une source possible de discrimination et de difficultés (4). |
| 4.7. | La crise actuelle a souligné encore plus nettement la nécessité de reconnaître et de garantir le droit à la formation continue et un accès effectif à une éducation et une formation de qualité ainsi qu’à l’adaptation des compétences, et de réduire les disparités qui subsistent en matière de mise à niveau des compétences, tant entre secteurs qu’entre États membres; l’objectif portant sur l’accès à la formation défini dans le plan d’action du socle social évaluera la capacité des États membres à se doter de nouveaux instruments capables de réduire les disparités en matière d’accès au marché du travail et de répondre aux exigences de celui-ci concernant les nouvelles compétences requises. |
| 4.8. | S’agissant de la ligne directrice no 7, qui vise à améliorer le fonctionnement des marchés du travail et l’efficacité du dialogue social, le CESE note que les objectifs de soutien à la mobilité et à l’employabilité des travailleurs pourraient être atteints par la création d’une plateforme numérique européenne visant à gérer l’adéquation entre les offres et les demandes d’emploi. Cette plateforme serait un point de référence commun pour l’ensemble des États membres et des services de l’emploi et permettrait de promouvoir les politiques actives et la mobilité européenne. |
| 4.9. | Si le dialogue social et la négociation collective constituent un pilier important de la durabilité et de la résilience des économies européennes, il reste toutefois nécessaire de disposer, au niveau national, dans certains États membres, d’un cadre réglementaire et institutionnel (5) qui facilite et soutienne les relations entre employeurs et travailleurs; l’application des plans nationaux pour la reprise et la résilience mettra à l’épreuve la volonté réelle des États membres d’associer et de faire participer la société civile aux mesures et choix nationaux en matière de développement. |
| 4.10. | S’agissant de la ligne directrice no 8, qui vise à promouvoir l’égalité des chances pour tous, à favoriser l’inclusion sociale et à combattre la pauvreté, le CESE rappelle qu’il importe désormais de concevoir des politiques d’inclusion efficaces, qui devraient être considérées comme des investissements essentiels pour la croissance des structures économiques et productives. Le CESE affirme en outre que l’activation de l’emploi est un outil d’inclusion et de lutte contre la pauvreté en ce qu’elle évite le recours à des mesures relevant de l’assistanat et promeut l’inclusion par l’employabilité et l’intégration au travail. À cet égard, il est toutefois essentiel de mettre en place, en combinaison avec d’autres stratégies cohérentes de lutte contre la pauvreté, les mécanismes requis pour ne pas risquer de créer de nouvelles formes de pauvreté chez les travailleurs à faible revenu. |
| 4.11. | Enfin, l’adoption de normes communes en matière de politiques d’égalité entre les sexes, d’intégration des personnes handicapées et des personnes vivant dans des conditions précaires, ainsi que la mise en place de systèmes de promotion sociale capables de favoriser le vieillissement actif et le transfert intergénérationnel des compétences, sont autant d’éléments clés de la stratégie pour l’égalité des chances. |
| 4.12. | La pandémie a montré combien il était essentiel d’investir pour protéger la santé et la sécurité sur le lieu de travail et urgent de renforcer les inspections du travail dans les États membres pour effectuer des contrôles destinés à protéger les travailleurs. En concluant, avec les partenaires sociaux, des protocoles visant à lutter contre la propagation du virus sur le lieu de travail, plusieurs États membres ont fait preuve de responsabilité et de réactivité face à une situation de crise. |
Bruxelles, le 23 septembre 2021.
La présidente du Comité économique et social européen
Christa SCHWENG
(1) JO C 232 du 14.7.2020, p. 18.
(2) Décision (UE) 2020/1512 du Conseil du 13 octobre 2020 relative aux lignes directrices pour les politiques de l’emploi des États membres (JO L 344 du 19.10.2020, p. 22).
(3) JO C 374 du 16.9.2021, p. 38.
(4) JO C 220 du 9.6.2021, p. 13 et JO C 220 du 9.6.2021, p. 1.
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