COMMISSION EUROPÉENNE
Bruxelles, le 18.11.2021
COM(2021) 701 final
RAPPORT DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN ET AU CONSEIL
en vertu de l'article 29, paragraphe 2, de la directive (UE) 2017/541 du Parlement européen et du Conseil du 15 mars 2017 relative à la lutte contre le terrorisme et remplaçant la décision-cadre 2002/475/JAI du Conseil et modifiant la décision 2005/671/JAI du Conseil
{SWD(2021) 324 final}
1.Introduction
Le 15 mars 2017, le Parlement européen et le Conseil ont adopté la directive (UE) 2017/541 relative à la lutte contre le terrorisme (ci-après la «directive»). La directive, qui remplace la décision-cadre 2002/475/JAI (ci-après la «décision-cadre»), a été adoptée pour renforcer le cadre juridique de l’Union en allongeant la liste des infractions liées au terrorisme, en fournissant aux forces de police et aux procureurs les outils nécessaires pour prévenir et combattre les infractions terroristes et en répondant mieux aux besoins spécifiques des victimes du terrorisme. Pour les États membres liés par la directive (ci-après les «États membres»), la directive établit des définitions harmonisées des infractions terroristes et des règles minimales concernant les sanctions dans le domaine des infractions terroristes, des infractions liées à un groupe terroriste et des infractions liées à des activités terroristes. Celles-ci servent de référence pour la coopération et l’échange d’informations entre les autorités nationales. L’existence d’une référence commune au sein de l’Union empêche également les terroristes d’exploiter les failles juridiques. Les récents événements ayant eu lieu en Afghanistan ont une nouvelle fois souligné l’importance de disposer d’un cadre solide pour lutter contre le terrorisme, y compris au moyen du droit pénal.
Le délai de transposition de ces règles dans le droit national était fixé au 8 septembre 2018. En septembre 2020, la Commission a conclu que la transposition de la directive avait conduit les États membres à réformer en profondeur leur justice pénale face au terrorisme ainsi que les droits garantis aux victimes du terrorisme. La Commission a néanmoins relevé plusieurs problèmes de transposition (voir la section 2 pour de plus amples informations).
L’article 29, paragraphe 2, de la directive exige que la Commission présente au Parlement européen et au Conseil un rapport évaluant la valeur ajoutée de la directive au regard de la lutte contre le terrorisme. Ce rapport porte également sur l’incidence de la directive sur les droits et libertés fondamentaux, y compris sur la non-discrimination, l’état de droit et le niveau de protection et d’assistance offert aux victimes du terrorisme. Conformément aux lignes directrices pour une meilleure réglementation, la Commission en a également profité pour évaluer la pertinence, l’efficacité, l’efficience, la cohérence et la valeur ajoutée européenne de la directive. Ces critères d’évaluation sont évalués depuis la date d’entrée en vigueur de la directive, à savoir le 20 avril 2017, jusqu’en juin 2021. La Commission ayant présenté sa proposition de directive en 2015, il s’agit du point de référence utilisé pour évaluer la situation de départ.
Les conclusions détaillées de l’évaluation, ainsi que la méthodologie utilisée, sont présentées dans un document de travail des services de la Commission. Le comité d’examen de la réglementation a été consulté sur ce document le 14 juillet 2021. Le 16 juillet 2021, il a émis un avis positif assorti de recommandations d’amélioration, qui ont servi à réviser le document. Les principales conclusions de l’évaluation sont résumées dans la section 3 du présent rapport. Le 1er juillet 2021, la Commission a spécialement organisé un atelier avec les États membres, auquel ont également participé Europol, Eurojust et le bureau du coordinateur de l’UE pour la lutte contre le terrorisme, afin de discuter des étapes suivantes.
2.Contexte
La directive est la pierre angulaire des mesures de justice pénale des États membres destinées à lutter contre le terrorisme. Il s’agit d’un cadre juridique commun aux États membres qui sert de référence pour l’échange d’informations et la coopération. La directive a notamment été adoptée pour tenir compte de l’évolution de la menace terroriste au sein de l’Union et satisfaire aux obligations juridiques de l’Union et des États membres en vertu du droit international, notamment en ce qui concerne le phénomène des combattants terroristes étrangers et le financement du terrorisme. Initialement, la Commission prévoyait de réaliser une analyse d’impact en 2015 et, s’il y avait lieu, de présenter une proposition législative en 2016. Or, une série d’attentats terroristes perpétrés en France, en Belgique, au Danemark et en Allemagne a souligné la nécessité d’agir sans attendre. Par conséquent, en raison de l’urgence d’adopter la directive, l’analyse d’impact n’a pas été réalisée et la proposition de la Commission a été publiée le 2 décembre 2015.
L’objectif général de la directive est de lutter contre le terrorisme au moyen du droit pénal. Plus précisément, la directive vise:
·à rapprocher les définitions d’infractions terroristes, d’infractions liées à un groupe terroriste et d’infractions liées à des activités terroristes, qui servent de référence pour l’échange d’informations et la coopération entre les autorités nationales compétentes;
·à établir des règles minimales concernant la définition des infractions et sanctions pénales dans le domaine des infractions terroristes, des infractions liées à un groupe terroriste et des infractions liées à des activités terroristes; et
·à améliorer les mesures pour la protection, le soutien et l’assistance à apporter aux victimes du terrorisme.
En 2020, la Commission a évalué la transposition de la directive dans un rapport, dans lequel elle a relevé certaines lacunes. La Commission a notamment estimé que la directive serait plus efficace si elle était correctement transposée au niveau national. Comme indiqué dans la section 1, plusieurs problèmes de transposition ont été recensés dans ce rapport, notamment:
·la transposition incomplète ou incorrecte d’une ou plusieurs infractions terroristes énumérées à l’article 3 de la directive, y compris le fait de ne pas qualifier lesdites infractions d’infractions terroristes, ce qui se répercute sur la transposition de plusieurs autres dispositions;
·la non-transposition du fait de «contribuer à la commission» visé aux articles 6, 7, 8, 9 et 11 de la directive;
·la transposition incomplète ou incorrecte de l’article 9 «Voyager à des fins de terrorisme» et de l’article 11 sur le financement du terrorisme, à savoir deux des nouvelles dispositions introduites par la directive; et
·des lacunes dans la transposition des dispositions particulières relatives aux victimes du terrorisme.
La présente évaluation contient une analyse plus large du fonctionnement de la directive, au-delà de sa simple transposition. La méthodologie d’évaluation utilisée est une combinaison de recherche documentaire et de travail sur le terrain. De nombreuses parties prenantes ont été consultées, notamment les autorités des États membres chargées de la mise en œuvre de la directive, différentes directions générales de la Commission, le Service européen pour l’action extérieure, l’Agence des droits fondamentaux (ci-après la «FRA»), l’Agence de l’Union européenne pour la coopération des services répressifs (ci-après «Europol»), l’Agence de l’Union européenne pour la coopération judiciaire en matière pénale (ci-après «Eurojust»), des représentants de la société civile, y compris des organisations de défense des droits de l’homme, du monde universitaire et de groupes de réflexion, et le grand public. Une étude d’évaluation externe a été réalisée à l’appui de l’évaluation (ci-après l’«étude externe»). L’étude externe a été réalisée par ICF Consulting Services Limited, à la suite d’un appel d’offres de services au titre d’un contrat-cadre. L’évaluation a été menée selon une approche fondée sur plusieurs méthodes et reposait sur la triangulation de diverses sources. En outre, à la demande de la Commission, en avril 2021, la FRA a présenté une contribution sur l’incidence de la directive sur les droits et libertés fondamentaux. La FRA a mené des entretiens avec 107 praticiens (avocats de la défense, juges et juges d’instruction, services répressifs, procureurs, ONG et universités) pour son projet de recherche. À l’automne 2021, elle publiera un rapport plus détaillé comprenant ses principales conclusions et ses avis. En outre, Eurojust a évalué les dispositions de la directive utilisées lors de récentes poursuites et condamnations. La Commission avait demandé cette contribution pour tenir compte des informations communiquées par les États membres en vertu de la décision 2005/671/JAI, comme l’exige l’article 29, paragraphe 2, de la directive. Enfin, de sa propre initiative, le Comité économique et social européen (ci-après le «CESE») a mené une évaluation indépendante de la directive et a rédigé un rapport d’information, qui a également servi de source à la présente évaluation.
3.Principales conclusions
D’une manière générale, l’évaluation du fonctionnement de la directive est positive. La directive a fonctionné et largement atteint ses objectifs comme prévu. Plus précisément, sur la base des sources susmentionnées, l’évaluation aboutit aux conclusions suivantes:
I.Le champ d’application, les définitions et les règles minimales de la directive sont globalement très pertinents. En outre, la directive devrait rester pertinente au cours des prochaines années.
II.La directive a atteint ses objectifs de manière satisfaisante. Néanmoins, certains facteurs limitent son efficacité, par exemple en ce qui concerne la lutte contre le terrorisme d’extrême droite.
III.Il n’existe pas d’informations probantes sur les coûts exacts engagés pour atteindre les objectifs de la directive. Les coûts de mise en œuvre de la directive semblent toutefois faibles, alors que la majorité des parties prenantes consultées ont indiqué que la directive avait apporté des améliorations, parfois importantes, telles qu’une plus grande clarté juridique et une meilleure coopération.
IV.La directive est globalement cohérente en soi. L’évaluation conclut également que la directive est en grande partie en phase avec d’autres interventions pertinentes aux niveaux national, européen et international.
V.En ce qui concerne la valeur ajoutée de l’Union, l’évaluation conclut que la directive a généré une valeur ajoutée supérieure à celle qui aurait pu être obtenue unilatéralement par les États membres ou au niveau international. Elle a également apporté une valeur ajoutée par rapport à la décision-cadre. La directive a présenté une réelle valeur ajoutée en matière de lutte contre le terrorisme. En ce qui concerne la valeur ajoutée européenne des articles relatifs aux droits des victimes du terrorisme (articles 24 à 26), les parties prenantes se sont montrées un peu plus partagées, même si leur évaluation était globalement positive.
VI.Si la directive a eu une incidence sur les libertés et droits fondamentaux, ses limitations répondent dans une large mesure aux exigences de nécessité et de proportionnalité. Dans l’ensemble, la plupart des parties prenantes consultées dans le cadre de l’étude externe ne considéraient pas que la mise en œuvre de la directive posait problème du point de vue des droits fondamentaux. Toutefois, des problèmes susceptibles de créer des tensions eu égard aux exigences de nécessité et de proportionnalité ont été recensés, dont certains sont directement liés au champ d’application de la directive, tandis que d’autres n’y sont liés qu’indirectement (droits procéduraux des personnes soupçonnées de terrorisme, par exemple). Malgré les garanties mises en place dans les États membres pour prévenir la discrimination, certaines parties prenantes ont critiqué les mesures de lutte contre le terrorisme, y compris celles couvertes par la directive, en ce qu’elles pourraient avoir des effets néfastes sur les groupes exposés à un risque accru de discrimination et de racisme.
VII.De même, la directive a eu une incidence limitée sur l’état de droit et, dans l’ensemble, n’a pas eu d’incidence problématique à cet égard. Néanmoins, certaines préoccupations ont été exprimées concernant le processus d’adoption de la directive (absence d’analyse d’impact) et sa clarté juridique, ainsi que la preuve de l’intention terroriste, la prévisibilité et l’incidence sur les activités licites. Malgré ces préoccupations, l’incidence négative globale de ces problèmes a été jugée limitée.
VIII.Dans l’ensemble, la directive a eu une incidence positive sur le niveau d’assistance et de protection apporté aux victimes du terrorisme. Les obligations établies aux articles 24 à 26 de la directive ont conduit à l’adoption de mesures concernant la protection, le soutien et les droits des victimes du terrorisme dans de nombreux États membres. Toutefois, dans le cadre de la mise en œuvre pratique de ces articles, plusieurs parties prenantes ont recensé des problèmes en ce qui concerne l’assistance et la protection offertes aux victimes transfrontières. Ces problèmes liés à la mise en œuvre pratique réduisent l’incidence positive globale de la directive sur le niveau d’assistance et de protection offert aux victimes du terrorisme.
En dépit d’une évaluation globalement positive, plusieurs problèmes limitent le fonctionnement de la directive:
Premièrement, plusieurs autorités et juges nationaux ont fait état de difficultés à prouver l’intention terroriste. L’intention est un élément important des dispositions de la directive. La principale difficulté est davantage liée aux circonstances factuelles qu’à la nécessité de clarifier davantage la notion d’«acte intentionnel» figurant dans la directive. Plus précisément, les difficultés concernent principalement l’obtention de preuves, en particulier lorsque celles-ci se trouvent en dehors du territoire national, ce qui est courant dans le contexte de la directive. De même, en ce qui concerne les infractions relatives aux voyages à des fins de terrorisme (articles 9 à 10), les autorités nationales et les représentants du pouvoir judiciaire et des procureurs ont fait part de difficultés à établir le caractère subjectif de l’intention terroriste et à recueillir des preuves permettant de prouver cette intention.
En outre, même si la directive s’applique à toutes les formes de terrorisme, certains États membres semblent, en réalité, éprouver des difficultés à qualifier les actes violents de l’extrême droite d’actes terroristes. Eurojust a organisé des discussions avec les États membres afin de recenser leurs difficultés précises. Il est important de remédier à ce problème non seulement pour renforcer l’efficacité de la directive, mais aussi pour veiller à son application non discriminatoire. Le principal problème récurrent concerne la difficulté à prouver l’intention terroriste d’une action menée par un groupe ou un acteur isolé d’extrême droite. L’absence d’informations probantes prouvant l’intention terroriste, que la directive et les législations nationales exigent pour qu’un acte puisse être qualifié d’infraction terroriste, a été présentée comme l’un des principaux obstacles à l’utilisation de la législation antiterroriste dans le cadre des enquêtes et poursuites relatives aux infractions de l’extrême droite.
Une autre difficulté évoquée par les praticiens du droit participant aux ateliers d’Eurojust concerne les particularités des mouvances violentes d’extrême droite. Les groupes et les mouvements qui défendent les opinions et l’idéologie de l’extrême droite se caractérisent par l’hétérogénéité de leurs partisans, les nombreuses interconnexions entre les organisations actuelles et les groupes d’extrême droite existant de longue date, et la diversité des cibles potentielles. Dans ce contexte d’hétérogénéité des idéologies et de flou entre les mouvances, les autorités judiciaires peuvent éprouver des difficultés à envisager des poursuites pour participation aux activités d’un groupe terroriste, qui nécessitent d’établir un lien clair entre le suspect et l’organisation.
L’évaluation a mis en évidence certaines dispositions qui pourraient être clarifiées. Par exemple, en ce qui concerne les infractions terroristes (article 3), certains États membres ont témoigné de difficultés à déterminer les critères permettant d’établir qu’un acte peut «porter gravement atteinte à un pays ou à une organisation internationale» (article 3, paragraphe 1). En outre, plusieurs parties prenantes ont souligné que la définition de «groupe terroriste» de la directive ne tenait pas compte de la nature changeante et du relâchement de la structure des groupes terroristes. En ce qui concerne la structure de ces groupes, la définition de la directive suppose un certain degré d’organisation, ce qui n’est pas souvent le cas, selon plusieurs parties prenantes. Ces dernières ont principalement constaté un manque de clarté concernant le niveau de participation requis au sein du groupe terroriste et la définition de cette participation.
Malgré l’incidence globalement positive de la directive sur le niveau d’assistance et de protection offert aux victimes du terrorisme, plusieurs difficultés ont été recensées. Le sort des victimes transfrontières du terrorisme ressort particulièrement de l’évaluation. Ces victimes comptent sur une coopération rapide et adéquate entre les États membres. Des obstacles entravent toutefois l’efficacité de cette coopération et de cette coordination. Par exemple, tous les États membres n’ont pas désigné de points de contact uniques, ce que le Conseil avait demandé dans ses conclusions en 2018 et ce qui faciliterait considérablement la mise en œuvre de l’article 26 de la directive. En outre, il n’existe pas d’outil sécurisé d’échange d’informations sur les cas individuels, tant à la suite d’un attentat que pendant le suivi à long terme. Ces problèmes réduisent l’incidence positive de la directive sur le niveau d’assistance et de protection offert aux victimes du terrorisme. Dans l’ensemble, la directive a eu une incidence moins importante que prévu sur la protection et l’assistance apportées aux victimes du terrorisme, en particulier les victimes transfrontières.
4.Conclusions et mesures de suivi
Comme indiqué dans la section 2, la Commission a relevé certaines lacunes de transposition dans son rapport de 2020. La Commission poursuit actuellement l’évaluation de la transposition de la directive dans le droit national. Si des problèmes de conformité sont constatés et si la législation nationale n’est pas pleinement conforme à la directive, la Commission pourra lancer des procédures d’infraction. La Commission a entamé ce processus en juin 2021 en lançant des procédures d’infraction à l’encontre de quatre États membres et en leur demandant instamment de transposer correctement la directive. En juillet 2021, la Commission a ouvert des procédures d’infraction à l’encontre de cinq États membres. En septembre 2021, elle a ouvert de nouvelles procédures d’infraction à l’encontre de quatre États membres.
Outre les conclusions du rapport sur la transposition, l’évaluation a mis en évidence les problèmes qui pourraient être atténués par les mesures mentionnées ci-dessous.
4.1.Intention terroriste et collecte de preuves
Le premier problème signalé concerne la difficulté à prouver l’intention terroriste. Cela s’explique dans une large mesure par la difficulté à recueillir des preuves, en particulier lorsque celles-ci se trouvent en dehors du territoire national, ce qui est courant dans le contexte actuel. En ce qui concerne la collecte de preuves en dehors du territoire national, et plus particulièrement dans les zones de conflit, la Commission et le Service européen pour l’action extérieure (SEAE) soutiennent l’utilisation par les États membres d’informations recueillies sur le théâtre des opérations afin d’identifier, repérer et poursuivre les combattants terroristes étrangers de retour dans leur pays, par la mise en place de bonnes pratiques, l’échange d’informations et le financement de projets. En outre, en septembre 2020, Eurojust a publié son mémorandum sur les preuves recueillies sur le théâtre des opérations. Ce mémorandum présente un aperçu des expériences en matière d’utilisation de ces preuves dans le cadre de procédures pénales. Il aborde également les problèmes recensés et les moyens de les surmonter, ainsi que les mesures visant à renforcer l’échange d’informations. La Commission encourage les États membres à faire un plein usage des informations rassemblées dans ce mémorandum. De même, la Commission invite les États membres à appliquer les enseignements tirés du rapport du réseau Génocide sur les poursuites cumulées à l’encontre des combattants terroristes étrangers pour des grands crimes internationaux et pour des infractions liées au terrorisme. La Commission encourage également les États membres à utiliser, le cas échéant, les informations recueillies sur des terroristes présumés sur le théâtre des opérations, y compris celles reçues par des États tiers de confiance, pour créer des signalements dans le système d’information Schengen et pour recouper, le cas échéant, les informations recueillies sur le théâtre des opérations avec celles d’autres bases de données et sources d’information pertinentes (par exemple, le système d’information Schengen, les dossiers passagers, le système d’information Europol, les bases de données d’Interpol et EURODAC), dans le plein respect des dispositions juridiques relatives à l’utilisation de ces bases de données et systèmes d’information. L’utilisation de preuves recueillies sur le théâtre des opérations peut être essentielle pour s’assurer que les combattants terroristes étrangers sont également traduits en justice et n’échappent pas aux poursuites parce que leurs crimes ont été commis dans un lieu où il est difficile d’accéder aux preuves. Il est important de rappeler que la présente directive a notamment été adoptée pour mieux lutter contre le phénomène des combattants terroristes étrangers. Enfin, la Commission demande aux États membres d’utiliser le registre judiciaire antiterroriste européen au sein d’Eurojust pour établir rapidement des liens entre les affaires de lutte contre le terrorisme et solliciter l’appui d’Eurojust pour coordonner les poursuites parallèles.
En outre, il est important de noter qu’en décembre 2020, la Commission a proposé de renforcer le mandat d’Europol. Ce mandat renforcé permettra à Europol de coopérer plus efficacement avec les parties privées, notamment lorsque celles-ci détiennent des informations pertinentes, mais ne parviennent pas à déterminer les États membres concernés. Dans ces cas, les parties privées pourront communiquer leurs informations à Europol, qui identifiera et informera les États membres concernés. Les États membres pourront ainsi accéder à des informations qui pourraient s’avérer utiles pour instruire, poursuivre, juger ou sanctionner des infractions couvertes par la directive.
4.2 Renforcement de la clarté juridique
En outre, certaines des parties prenantes consultées ont estimé que certaines dispositions de la directive pourraient être clarifiées, sans qu’il soit nécessaire de les modifier. L’étude externe recommande donc à la Commission d’adopter des orientations non réglementaires à l’intention des États membres sur l’interprétation des articles 1er à 14 de la directive. La nécessité de ces orientations a été abordée avec les États membres lors de l’atelier du 1er juillet 2021, auquel ont également participé Europol, Eurojust et le bureau du coordinateur de l’UE pour la lutte contre le terrorisme. Tous les États membres qui sont intervenus étaient unanimement d’avis que la directive est suffisamment claire et qu’ils n’ont pas besoin d’orientations non réglementaires. Ils ont également souligné que l’interprétation de la législation relève de la seule compétence du pouvoir judiciaire. Néanmoins, l’évaluation a montré que d’autres parties prenantes, par exemple certains magistrats et procureurs, considèrent qu’il est possible de clarifier encore certaines dispositions. La Commission note par conséquent que l’ouverture de procédures d’infraction (comme indiqué ci-dessus) conduira également à une plus grande clarté juridique, dans la mesure où ces procédures clarifieront l’interprétation de la directive. Il est important de souligner que seule la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) est compétente pour interpréter le droit de l’Union.
4.3 Lutte contre l’extrémisme violent de droite
L’évaluation a également révélé que certains États membres éprouvent des difficultés à qualifier les actes violents de l’extrême droite d’actes terroristes. Non seulement il est important de remédier à ce problème pour renforcer l’efficacité de la directive, mais cela est aussi essentiel pour veiller à l’application non discriminatoire de cette dernière. Le principal problème récurrent concerne la difficulté à prouver l’intention terroriste, en conjonction avec les particularités des mouvances d’extrême droite. Une meilleure utilisation des preuves existantes permettrait d’atténuer partiellement la difficulté à prouver l’intention terroriste. Cela pourrait se faire, par exemple, grâce à un renforcement du mandat d’Europol, qui lui permettrait de coopérer plus efficacement avec les parties privées et de transmettre les informations de ces dernières aux États membres concernés.
Il est également nécessaire de mieux comprendre les mouvances violentes d’extrême droite, et en particulier les particularités des groupes violents.
La Commission élabore actuellement une vue d’ensemble des actions visant à lutter contre l’extrémisme violent de droite dans les États membres. Celles-ci figureront dans un document de travail qui sera communiqué aux États membres à l’automne 2021. Il comprendra une vue d’ensemble des groupes extrémistes violents et de leurs symboles au niveau national. Cette synthèse visera à améliorer la compréhension du phénomène de l’extrémisme de droite dans l’ensemble de l’Union et à recommander des approches et activités communes.
En outre, le forum de l’UE sur l’internet, qui réunit les gouvernements, Europol et des entreprises technologiques afin, entre autres, de lutter contre les contenus terroristes et extrémistes violents en ligne, travaille à l’élaboration d’un «ensemble de connaissances». Ce dernier consiste en une liste des groupes terroristes et d’extrême droite violents, de leurs symboles et de leurs manifestes, qui est destinée à guider les entreprises technologiques dans leurs efforts de modération de contenus.
Tous ces travaux en cours permettront de mieux comprendre l’extrémisme violent de droite et le terrorisme, et devraient être portés plus systématiquement à l’attention des autorités chargées d’instruire, de poursuivre, de juger et de sanctionner les infractions terroristes. La Commission propose donc d’organiser une réunion sur l’application de la législation antiterroriste aux actes violents de l’extrême droite à la fin de 2021. Cette réunion, qui pourrait éventuellement être organisée sous la forme d’une réunion d’Eurojust, aurait pour but de réunir les différentes parties prenantes travaillant sur des questions similaires et d’étudier les possibilités d’une coopération plus poussée à l’avenir.
4.4 Renforcement de la protection et du soutien offerts aux victimes du terrorisme
Enfin, l’évaluation conclut que la directive a eu une incidence moins importante que prévu sur la protection et l’assistance apportées aux victimes du terrorisme, en particulier les victimes transfrontières. La Commission invite instamment les États membres à désigner des points de contact uniques pour les victimes du terrorisme, ce que le Conseil avait demandé en 2018 et ce qui faciliterait considérablement la mise en œuvre de l’article 26 de la directive. À l’heure actuelle, 17 des 25 États membres relevant de la directive l’ont fait. Le réseau européen s’occupant de questions liées aux droits des victimes (ENVR) joue un rôle central dans l’organisation de la coopération entre les points de contact uniques. Ce réseau de points de contact fait partie intégrante des structures de l’ENVR. L’étude externe recommande à la Commission d’envisager de proposer une obligation de désigner des points de contact uniques.
D’une manière générale, ces problèmes étaient déjà connus avant la présente évaluation, et plusieurs initiatives de l’Union visent déjà à renforcer l’assistance et la protection offertes aux victimes du terrorisme. Parmi les actions clés de la stratégie de l’Union sur les droits des victimes (2020-2025) figure le projet pilote d’une durée de deux ans sur le centre d’expertise de l’UE pour les victimes du terrorisme. Le centre d’expertise de l’UE pour les victimes du terrorisme aide les États membres à mettre en œuvre les règles de l’Union relatives aux droits des victimes du terrorisme en publiant des manuels, en organisant des formations et en faisant office, au niveau de l’Union, de pôle d’expertise sur tous les problèmes rencontrés par les victimes du terrorisme. Il facilite notamment l’échange d’informations et de connaissances entre les États membres dans le domaine des droits des victimes du terrorisme. L’étude externe recommande de poursuivre les activités du centre d’expertise de l’UE pour les victimes du terrorisme.
L’étude externe a mis en évidence le besoin potentiel de produire un document sur toutes les obligations liées aux victimes qui sont imposées par la directive et par la directive sur les droits des victimes. Ces orientations devraient s’appuyer sur le manuel de l’Union sur les victimes du terrorisme, élaboré par le centre d’expertise de l’UE pour les victimes du terrorisme et publié par la Commission en janvier 2021. L’étude externe recommande également à la Commission d’émettre des orientations concernant, par exemple, l’organisation de services de commémoration ainsi que l’identification et l’enregistrement des victimes à la suite d’un attentat. Ces orientations pourraient également porter sur l’interprétation des droits des victimes.
ACTIONS CLÉS
La Commission:
Les États membres sont instamment invités à:
·continuera d’évaluer la transposition de la directive et, le cas échéant, ouvrira des procédures d’infraction, ce qui renforcera la clarté juridique;
·continuera à soutenir l’utilisation par les États membres des informations recueillies sur le théâtre des opérations;
·présentera une vue d'ensemble des actions visant à lutter contre l’extrémisme violent de droite dans les États membres;
·organisera une réunion avec toutes les parties prenantes concernées sur l’application de la législation antiterroriste aux actes violents de l’extrême droite;
·présentera une proposition visant à améliorer le registre judiciaire antiterroriste européen au sein d’Eurojust, à établir rapidement des liens entre les affaires de lutte contre le terrorisme et à solliciter l’appui d’Eurojust pour coordonner les poursuites parallèles;
·examinera toutes les propositions visant à améliorer la protection et le soutien offerts aux victimes du terrorisme et prendra des mesures rapides et concrètes pour améliorer leur situation.
·faire un plein usage des sources d’information existantes, telles que le mémorandum d’Eurojust sur les informations recueillies sur le théâtre des opérations et le rapport du réseau Génocide sur les poursuites cumulées à l’encontre des combattants terroristes étrangers pour des grands crimes internationaux et pour des infractions liées au terrorisme;
·recouper autant que possible les informations reçues par des États tiers de confiance sur des terroristes présumés avec celles d’autres bases de données et sources d’information pertinentes;
·désigner des points de contact uniques pour les victimes du terrorisme, si cela n’est pas déjà fait.
De même, lors de l’atelier du 1er juillet 2021, les États membres ont souligné différents besoins, tels qu’un examen plus approfondi des bonnes pratiques et des difficultés dans les différents États membres, l’élaboration d’un protocole sur les mesures à prendre après un attentat, et la mise au point d’un outil sécurisé d’échange d’informations sur les victimes, dans le plein respect du règlement général sur la protection des données et de la directive en matière de protection des données dans le domaine répressif. Les États membres sont également convenus de la grande importance des points de contact uniques et de la nécessité d’organiser régulièrement des réunions au sein de l’ENVR. La Commission examinera toutes ces suggestions, y compris la mise à disposition d’orientations, mènera de nouvelles discussions ciblées avec les parties prenantes concernées et prendra des mesures rapides et concrètes pour améliorer la situation des victimes du terrorisme.