LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilDroit européen52021DC0750
Acte préparatoire52021DC0750

Acte préparatoire — 52021DC0750

CELEX52021DC0750
TypeActe préparatoire
Datemercredi 8 septembre 2021

Texte intégral

european flagCOMMISSION EUROPÉENNE

Bruxelles, le 8.9.2021

COM(2021) 750 final

COMMUNICATION DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN ET AU CONSEIL EMPTY

Rapport de prospective stratégique 2021


















La capacité et la liberté d'action de l'Union européenne


I.INTRODUCTION

L’Union européenne trace actuellement la trajectoire stratégique qui lui permettra de devenir le premier continent neutre sur le plan climatique d’ici à 2050; pour ce faire, elle saisit les possibilités qu’offre l’ère du numérique, elle bâtit une économie au service des personnes, elle promeut le mode de vie européen, elle renforce sa singularité en tant que puissance mondiale responsable et elle entretient, protège et consolide notre démocratie.

L’ouverture et une coopération internationale et multilatérale fondée sur des règles constituent des choix stratégiques. Elles stimulent la prospérité, l’équité, la stabilité, la compétitivité et le dynamisme au sein de l’UE et au-delà. L’histoire du projet européen témoigne des avantages qu’apportent une interdépendance bien gérée et une autonomie stratégique ouverte assises sur des valeurs partagées, sur la cohésion, sur une gouvernance multilatérale forte et sur une coopération fondée sur des règles. La pandémie n’a fait que renforcer les arguments en faveur de la coopération internationale pour relever des défis d’ampleur mondiale.

Le présent rapport de prospective stratégique 2021 présente une vision multidisciplinaire et tournée vers l’avenir de la capacité et de la liberté d’action de l’UE au cours des prochaines décennies. Sur le fondement d’un processus de prospective transsectorielle mené par des experts 1 , il expose les tendances, les incertitudes et les choix planétaires qui façonneront l’avenir de l’Europe. Le présent rapport fournit le contexte des réponses stratégiques envisageables. Il prend appui sur le rapport de prospective stratégique 2020 2 , qui a introduit la notion de résilience comme nouveau cap à tenir dans la définition de l’action de l’UE.

Dans la section II sont identifiées d’importantes tendances structurelles mondiales dans la perspective de 2050 qui auront une incidence sur la capacité et la liberté d’action de l’UE: changement climatique et autres défis environnementaux, hyperconnectivité numérique et mutations technologiques, pressions exercées sur la démocratie et les valeurs, évolutions de l’ordre mondial et démographie. Dans la section III sont présentés dix domaines dans lesquels l’UE pourrait renforcer son autonomie stratégique ouverte et son leadership mondial. Le rapport met en évidence le fait que la capacité et la liberté d’action futures de l’UE dépendront de son aptitude à opérer aujourd’hui des choix ambitieux guidés par ses valeurs et ses intérêts, dans tous les domaines d’action recensés.



II.GRANDES TENDANCES MONDIALES

1.Changement climatique et autres défis environnementaux

Le changement climatique a déjà exercé une incidence irréversible et sans précédent sur chaque région du monde 3 . Si la trajectoire actuelle est maintenue, le réchauffement planétaire dépassera probablement 1,5 °C au cours des deux prochaines décennies et se rapprochera des 2 °C d’ici à 2050 4 . La première année distincte au cours de laquelle une température planétaire d’un tel niveau serait atteinte pourrait déjà se présenter dans les cinq prochaines années. Chaque augmentation supplémentaire de 0,5 °C accroîtra l’intensité et la fréquence de phénomènes météorologiques extrêmes, de sécheresses, d’incendies de forêt ou d’inondations, notamment dans des régions traditionnellement peu habituées à de tels phénomènes. La hausse des températures se traduit aussi par une fonte accélérée des glaces et par le relèvement du niveau des mers. Ces changements auront des conséquences importantes sur l’environnement, la santé, la sécurité alimentaire, la sécurité de l’approvisionnement en eau, la sécurité des personnes et le développement humain. Au cours des dix dernières années, on estime que les événements à caractère météorologique ont provoqué le déplacement d’environ 23 millions de personnes par an en moyenne, et la pression migratoire ne fera qu’augmenter. D’ici à 2050, plus de 200 millions de personnes pourraient avoir besoin d’une assistance humanitaire chaque année, en partie à cause de catastrophes liées au climat 5 .

Les pressions sur la sécurité alimentaire et sur la sécurité de l’approvisionnement en eau continueront de s’accroître. Certaines parties de l’Europe connaissent déjà des niveaux moyens à élevés de stress hydrique (graphique 1), et cette tendance devrait se renforcer à l’avenir. La rareté de l’eau deviendra particulièrement problématique dans le voisinage méridional de l’UE, ce qui pourrait aggraver les conflits et la pression sur la migration. Ce problème pourrait aussi avoir une incidence indirecte sur l’UE, par l’intermédiaire de l’insécurité alimentaire et de chocs sur les prix. Plus de 40 % des importations agricoles de l’UE pourraient devenir très vulnérables à la sécheresse à l’horizon 2050 6 , ce qui générera une course à l’eau et aux terres fertiles. Dans l’ensemble, l’incidence des sécheresses sur l’économie de l’UE pourrait se chiffrer à plus de 65 milliards d’EUR par an d’ici à 2100 7 . Les zones d’activité agricoles ne se déplaceront pas vers le nord, car l’augmentation des températures moyennes en Europe du Nord sera associée au risque de voir se multiplier les vagues de froid causées par l’affaiblissement du Gulf Stream.

Graphique 1: Stress hydrique, conflits et migration 8

Les défis environnementaux s’étendent bien au-delà du changement climatique, et la situation est particulièrement alarmante en ce qui concerne la perte de biodiversité et les modifications du cycle de l’azote. Les écosystèmes naturels de l’UE subissent la pression conjuguée non seulement du changement climatique, mais de la pollution, de l’utilisation des sols, de l’extraction des ressources, des espèces invasives et de la perte de pollinisateurs. De plus, les activités humaines ont profondément modifié le cycle de l’azote, principalement du fait de l’utilisation agricole de ce gaz. Ce changement est d’une ampleur nettement plus importante que celle de la modification du cycle du carbone résultant des émissions de gaz à effet de serre 9 . Il a une incidence sur l’eau potable, les zones côtières et la santé humaine. De tels défis environnementaux ont des conséquences économiques qui sont souvent négligées: au niveau mondial, on estime que des services écosystémiques d’une valeur de 3 500 à 18 500 milliards d’EUR ont été perdus chaque année entre 1997 et 2011 en raison de la modification de l’occupation des sols, et que la dégradation des sols a entraîné des pertes estimées à un montant compris entre 5 500 milliards et 10 500 milliards d’EUR par an 10 .

Il existe une interdépendance forte entre le changement climatique, la perte de biodiversité, la dégradation de l’environnement et la santé publique. Perte de biodiversité, pression exercée sur les habitats du règne animal, consommation excessive d’antibiotiques, risques liés à la recherche biologique sur les micro‑organismes hautement pathogènes, modes de vie néfastes pour la santé, autant de facteurs qui accroissent la probabilité de pandémies ou de maladies futures dont l’être humain, les grandes cultures vivrières et la santé animale subiront les conséquences. Parmi les difficultés ainsi créées figurent les maladies infectieuses, le renforcement de la résistance aux agents antimicrobiens, les maladies non transmissibles (cancer, diabète ou obésité) et les problèmes de santé mentale. En outre, avec le changement climatique, certaines maladies (comme la malaria ou la dengue) deviendront plus fréquentes à des latitudes plus septentrionales 11 .

2.Hyperconnectivité numérique et mutations technologiques

Pour assurer sa souveraineté technologique et numérique, l’UE devra soutenir le développement de connaissances et de technologies centrées sur l’humain et le recours à celles-ci. L’UE est un acteur de premier plan en ce qui concerne les connaissances et l’innovation: elle représente près de 20 % de l’activité mondiale en matière de recherche‑développement, de publication et de brevets 12 . Elle accuse cependant du retard sur ses concurrents au niveau mondial pour ce qui est des investissements privés dans la recherche, ainsi que pour d’autres indicateurs. L’UE souffre d’un écart de performance par rapport à l’Australie, au Canada, à la Corée du Sud, au Japon et aux États‑Unis. Depuis 2014, sa position s’est améliorée par rapport à l’Australie, au Canada, au Brésil, à l’Inde, à la Russie et à l’Afrique du Sud, mais elle s’est détériorée par rapport au Japon, à la Corée du Sud, aux États‑Unis et à la Chine.

Malgré les incertitudes qui entourent les technologies émergentes, il est évident que plusieurs innovations révolutionnaires sont susceptibles de revêtir une importance primordiale pour la double transition et pour la compétitivité 13 . L’UE est un champion technologique dans les domaines des processus manufacturiers et des matériels de pointe: ses entreprises fournissent de nombreux éléments critiques pour les lignes de production du monde entier. Elle est leader dans la mobilité intelligente et durable du futur et dans les technologies à faibles émissions de carbone. Ses capacités en matière d’intelligence artificielle, de mégadonnées et de robotique sont analogues à celles du Japon, mais elle doit combler son retard par rapport aux acteurs principaux que sont les États‑Unis et la Chine. Dans les technologies quantiques essentielles, les États‑Unis, le Japon et la Chine font actuellement la course en tête 14 . D’ici à 2025, l’Europe disposera de son premier ordinateur quantique, et si les investissements suivent, elle pourrait être à la pointe des capacités quantiques à l’horizon 2030. 15 .

Parmi les autres technologies prometteuses, on peut citer la micro-électronique, les nouveaux matériaux pour l’électronique biodégradable, l’électronique souple et imprimée et les technologies fondées sur des matériaux en deux dimensions, tels que le graphène. De plus, de nombreuses technologies pilotes présentent un haut potentiel de décarbonation. Il s’agit notamment de l’hydrogène propre, des carburants à faible teneur en carbone, du captage et du stockage/de l’utilisation du carbone, des batteries durables de nouvelle génération, de biotechnologies et de biomatériaux, du craquage du méthane 16 , de la supraconductivité à haute température, de l’utilisation avancée de l’énergie géothermique et marémotrice, de la génération d’énergie éolienne en haute altitude et des réacteurs à fusion nucléaire 17 . Diverses solutions naturelles, telles que le reboisement à grande échelle, possèdent également un grand potentiel dans ce contexte.

Au-delà de technologies déterminées, c’est l’hyperconnectivité qui est le moteur de la mutation. Elle a pour effet d’accroître la convergence entre les secteurs, les produits, les technologies et les services. Le nombre d’appareils connectés dans le monde pourrait passer de 30,4 milliards en 2020 à 200 milliards en 2030. La connectivité accrue des objets, des lieux et des personnes donnera naissance à des produits, des services, des modèles commerciaux et des modes de vie et de travail nouveaux. Parallèlement, elle accroît le risque de cyberattaques et de pannes de réseau, dans l’univers numérique comme dans le monde physique, par exemple pour des infrastructures essentielles comme les oléoducs et les hôpitaux. Elle est aussi susceptible d’accroître le risque d’atteinte à la propriété intellectuelle, de perte de données ou de vol de données. La pandémie a eu pour effet d’accélérer encore l’hyperconnectivité, et l’incidence sociale de ce phénomène doit être étroitement surveillée.

Toutefois, les nouvelles technologies et l’hyperconnectivité ne vont pas sans certaines difficultés. L’automatisation causera la perte de certains emplois 18 . Dans l’UE seulement, en 2018, environ 14 % des travailleurs adultes occupaient un emploi à fort potentiel d’automatisation 19 . À l’avenir, 50 % des emplois actuels dans le monde pourraient être automatisés 20 , avec des différences importantes entre pays et entre secteurs 21 . De nouveaux emplois verront le jour, mais ils requerront de nouvelles compétences. Si rien n’est fait pour accompagner ces tendances, elles pourraient éroder les droits sociaux fondamentaux, creuser les inégalités et accroître les dépendances dans et entre les États. De plus, la transition numérique est susceptible de faire augmenter la quantité de déchets électroniques et de faire grimper la demande d’énergie ou l’utilisation de ressources rares 22 .

3.La mise à l’épreuve des modèles de gouvernance et des valeurs démocratiques

L’UE constitue le groupement de démocraties le plus important de la planète, mais la gouvernance démocratique recule au niveau mondial. 2020 a été la 15e année consécutive de recul des droits politiques et des libertés civiles dans le monde 23 , phénomène encore exacerbé dans de nombreuses régions par la pandémie de coronavirus. 34 % de la population mondiale vit dans des pays où la gouvernance démocratique est en recul, et 4 % seulement, dans des pays qui se démocratisent 24 . Les différends géopolitiques 25 , la polarisation et les tensions entre États vont probablement persister au cours des prochaines décennies. Si l’érosion actuelle de la gouvernance démocratique se poursuit, elle touchera tant les démocraties bien établies que les démocraties émergentes. Le bon fonctionnement durable des systèmes démocratiques dépend de leur capacité de s’adapter à de nouvelles réalités et de préserver leur résilience par rapport à des remises en cause internes et externes.

Les zones d’instabilité et de conflit proches de l’UE ou plus lointaines devraient subsister, voire s’étendre. Les acteurs étatiques comme non étatiques sont susceptibles de renforcer leurs outils hybrides, et notamment de recourir à des technologies disruptives, à la désinformation et à la mésinformation, à des actions d’information et à l’influence militaire et non militaire. La suppression de libertés et de réformes démocratiques, ainsi qu’une instabilité permanente dans des pays et des régions du voisinage proche et plus lointain de l’UE, comme l’Afghanistan ou la Syrie, continueront d’avoir une incidence sur la pression migratoire.

La désinformation à grande échelle, qui s’appuie sur de nouveaux outils et sur des plateformes en ligne, constituera un défi croissant pour les systèmes démocratiques et sera à l’origine d’un nouveau type de guerre de l’information. Des pays, des groupes de criminalité organisée, des entreprises ou des individus recourent à ces solutions pour répandre la désinformation au niveau mondial et en retirer des avantages concurrentiels. Cette évolution pourrait menacer nos démocraties, polariser les débats et mettre en danger la santé, la sécurité et l’environnement.

4.Évolutions de l’ordre mondial et démographie

La population mondiale s’élèvera à 8,5 milliards de personnes en 2030 et à 9,7 milliards en 2050. La croissance démographique sera inégale. Elle stagnera dans de nombreuses économies avancées. La population de l’UE devrait diminuer pour se situer juste au-dessus de la barre des 420 millions, ce qui représente 4,3 % de la population mondiale. En Asie, la décennie 2040 pourrait constitue un point d’inflexion après lequel les populations devraient d’abord plafonner, puis commencer à décroître vers le milieu du siècle, avec un déclin démographique rapide en Asie de l’Est 26 . La population africaine devrait passer de 1,2 milliard à 1,8 milliard d’habitants entre 2017 et 2035, année où environ la moitié de la population aura moins de 21 ans. En 2050, l’Inde, la Chine, le Nigeria, les États‑Unis et le Pakistan seront les pays les plus peuplés du globe (graphique 2). La croissance démographique aura une influence sur les ambitions géopolitiques mais pourrait aussi créer des problèmes de durabilité ou de migration. D’ici à 2050, la population en âge de travailler diminuera approximativement de 16 % en Europe et de 17 % en Chine, tandis qu’elle augmentera en Amérique du Nord et en Inde 27 . L’âge médian de la population de l’UE tel qu’il ressort des projections passera de 43,9 ans en 2020 à 48,2 ans en 2050. Les ratios totaux de dépendance liée à l’âge 28 devraient connaître une forte augmentation dans de nombreuses régions de l’UE. Si cette tendance se poursuit, l’UE pourrait compter, d’ici à 2050, 135 inactifs dépendants pour 100 travailleurs 29 .

Graphique 2: Projection des parts de la population mondiale 30

Les décennies à venir seront marquées par une redistribution croissante de la puissance dans le monde, avec un déplacement vers l’est du centre de gravité géoéconomique 31 . Les pays du G7 (Allemagne, Canada, États‑Unis, France, Italie, Japon et Royaume‑Uni) représentent actuellement environ 40 % du PIB mondial, alors qu’ils comptaient pour 60 % de celui-ci en 1975 32 . Le poids économique des «7 pays émergents» (Brésil, Chine, Inde, Indonésie, Mexique, Russie, Turquie) équivaut approximativement aux deux tiers de celui du G7. Ce rapport s’inversera au cours de l’intervalle qui nous sépare de 2050. La Chine deviendra l’économie la plus puissante avant la fin de la décennie actuelle, et l’Inde pourrait dépasser l’UE au cours des 20 prochaines années (graphique 3). Parallèlement, la croissance du PIB dans les pays émergents et en développement ne se traduit pas forcément par une meilleure qualité de vie pour leurs citoyens, même dans les pays ayant un PIB par habitant élevé 33 . Le creusement des inégalités et le niveau inférieur des normes relatives à l’environnement et au travail demeurent des enjeux essentiels pour les économies émergentes.

Les rivalités et les fragilités mondiales vont vraisemblablement se renforcer. La concurrence entre les États‑Unis et la Chine pourrait devenir l’élément principal du paysage géopolitique. La transition énergétique contribuera elle aussi à la redistribution de la puissance. Les exportateurs de combustibles fossiles ayant les économies les moins diversifiées et/ou les institutions les plus faibles risquent d’être les plus touchés. En revanche, les pays jouissant d’une grande capacité de production et d’exportation d’énergie renouvelable gagneront en influence. L’UE peut s’attendre à des tensions permanentes et à une concurrence hostile (notamment de la part de la Chine et de la Russie), ce qui rend nécessaires des actions résolues pour développer la stabilité et la prospérité, en particulier dans son voisinage. La concurrence autour de zones contestées, comme l’espace ou l’Arctique, pourrait générer de nouvelles tensions. Les menaces croissantes que font peser la criminalité organisée, l’extrémisme, le terrorisme, et les menaces hybrides, notamment l’instrumentalisation de la migration à des fins politiques, pourraient constituer un danger croissant pour la sécurité de l’UE.

Graphique 3: Projection des parts du PIB mondial 34

La concurrence multidimensionnelle et une profonde interdépendance seront probablement les caractéristiques déterminantes d’un ordre mondial de plus en plus multipolaire. La gouvernance et l’infrastructure mondiales sont exposées à un risque de fragmentation en raison de rivalités d’intensité croissante dans plusieurs domaines. Des acteurs plus diversifiés et plus désireux de se faire entendre, avec des capacités plus fortes et des aspirations plus nombreuses, pourraient émerger. Il pourrait notamment s’agir d’acteurs non étatiques et interétatiques, ainsi que de mouvements transnationaux. Aucun acteur isolé ne sera en mesure de s’imposer dans toutes les régions du monde et dans tous les domaines d’action 35 , mais des dépendances et des capacités stratégiques continueront d’apparaître et d’évoluer.

III.RELEVER LES DÉFIS ET SAISIR LES POSSIBILITÉS QUI SE PRÉSENTENT POUR FAIRE DE L’UE UN LEADER MONDIAL

1.Mettre en place des systèmes de santé et des systèmes alimentaires durables et résilients

Les systèmes de soins de santé de l’UE figurent parmi les plus avancés au monde 36 , mais leur durabilité et leur résilience doivent être améliorées. Pour ce faire, il y a lieu d’investir dans des modèles de soins de santé innovants (par exemple des soins intégrés, la télémédecine), de renforcer le personnel des soins de santé, de diriger nos efforts vers des mesures préventives et de résoudre les problèmes de comorbidité. Pour garantir un vieillissement en meilleure santé, il conviendra de conjuguer des modes de vie plus sains et une activité physique avec des mesures intelligentes pour remplacer les soins à long terme, par exemple des solutions médicales à distance et la robotique de soins à domicile. En associant les nouvelles technologies à des mesures sociales et de santé, le surcoût entraîné par le vieillissement de la population pourrait être réduit, tout en offrant aux personnes âgées et aux personnes handicapées davantage d’autonomie. L’interaction en ligne, le suivi et une autonomie adaptée des patients permettraient de générer des économies annuelles de dépenses publiques de soins de santé d’un montant pouvant atteindre 120 milliards d’EUR dans toute l’UE 37 . Un espace de données européen commun consacré à la santé pourrait soutenir le développement et le déploiement rapides d’une médecine personnalisée grâce à des décisions fondées sur les données, ce qui améliorerait l’efficacité et l’accessibilité des soins de santé.

Dès le début de la pandémie, il est devenu évident que l’UE dépendait de manière stratégique de pays tiers pour l’approvisionnement en produits essentiels tels que les produits pharmaceutiques. Sur 5 200 produits importés, l’Union est fortement dépendante de pays tiers pour 137 d’entre eux dans des «écosystèmes sensibles» 38 , et 14 de ces produits relèvent de l’écosystème de la santé. Une proportion importante des principes actifs utilisés pour les médicaments génériques provient d’Inde et de Chine, ainsi que la majorité des matières premières et des produits intermédiaires utilisés dans l’industrie pharmaceutique. Ces deux pays renforcent leurs mesures de protection de l’environnement et de sécurité dans le secteur de la chimie, et la Chine ferme certains sites de fabrication. Ces mesures pourraient avoir des répercussions sur la disponibilité et la tarification des médicaments 39 . L’UE dispose certes de fortes capacités pour produire des médicaments novateurs, mais elle doit garantir la sécurité de l’approvisionnement en produits non protégés par des brevets, grâce à des chaînes d’approvisionnement particulièrement resserrées, en passant par des sources de substitution. Les chaînes d’approvisionnement des produits pharmaceutiques sont toutefois très complexes et exigent une qualité maximale, de sorte qu’elles sont très sensibles à toute perturbation de l’offre. En cas de crise sanitaire publique ou de perturbation de l’offre, il est impossible de disposer en peu de temps de nouveaux fabricants de certains composants-clés. Il n’en reste pas moins que la disponibilité permanente de certains produits est essentielle pour la santé publique 40 . La localisation ou la relocalisation dans l’UE de la production de certains médicaments critiques et de certaines contre‑mesures médicales pourrait être soutenue par des innovations dans les processus de fabrication afin de compenser les coûts de production potentiellement plus élevés et de renforcer le leadership dans la fabrication écologique et numérique de produits pharmaceutiques.

Une union européenne de la santé renforcerait l’aptitude de l’UE à surmonter de futures crises sanitaires. La pandémie a mis en évidence la nécessité d’une révision complète des structures et des mécanismes de l’UE requis pour prévenir les risques sanitaires transfrontières et pour y réagir. Une union européenne de la santé plus forte pourrait mieux préparer l’UE contre les risques sanitaires et améliorer la coordination en temps de crise. L’Autorité européenne de préparation et de réaction en cas d’urgence sanitaire (HERA) permettra de mieux anticiper les risques transfrontières et servira de fondement à la préparation et à la réaction en faisant porter ses activités sur l’évaluation anticipée des risques, sur la prévoyance, sur la connaissance du marché et l’analyse prospective de technologies et d’agents pathogènes émergents. Ces connaissances aideront aussi l’HERA à produire un rapport annuel sur l’état de préparation de l’UE. Au niveau mondial, il demeure important de renforcer la préparation et la réaction internationales aux pandémies futures, notamment en réformant l’Organisation mondiale de la santé et en améliorant sa capacité de faire face à des urgences de santé. Parmi ces démarches figure également la préparation d’un traité international sur les pandémies 41 et le renforcement des capacités locales de fabrication. Le multilatéralisme est l’unique solution pour empêcher que des crises de même nature se produisent de nouveau à l’avenir.

Les systèmes alimentaires de l’UE sont de plus en plus mis sous pression, mais les nouvelles technologies pourraient les rendre plus durables et plus résilients. Pendant la pandémie, l’action de l’UE pour faciliter la circulation des denrées alimentaires dans le marché unique et maintenir les échanges commerciaux au niveau mondial a été capitale. Le changement climatique et la dégradation de la nature sont cependant susceptibles de perturber l’offre, la demande et les échanges dans les principales régions productrices de denrées alimentaires, et notamment l’UE, en entraînant une instabilité des prix et des flambées des prix 42 qui pourraient avoir des conséquences socio-économiques graves. Les modifications de la demande et des régimes alimentaires exerceront également une influence. Par exemple, les avancées en matière de nutrigénomique (qui établit des rapports entre le génome humain, la nutrition et la santé) déboucheront sur des régimes plus personnalisés et de nouveaux besoins de santé 43 . L’adoption d’un cadre législatif pour des systèmes alimentaires durables accélérera et facilitera la transition, et elle accroîtra la durabilité alimentaire. Des nouveautés révolutionnaires telles que les aliments à base d’insectes et d’algues, l’agriculture cellulaire ou la culture en intérieur 44 pourraient réduire l’empreinte écologique de la production vivrière. La biotechnologie, et notamment les nouvelles techniques génomiques, pourrait jouer un rôle-clé dans la conception de nouveaux modes innovants et durables de protection des récoltes contre les parasites, les maladies et les effets du changement climatique. Il sera indispensable d’adopter une approche cohérente et durable de l’ensemble du système alimentaire, de la production de denrées alimentaires à la réduction de la quantité de déchets alimentaires.

2.Garantir un approvisionnement en énergie décarbonée et abordable

La garantie d’un approvisionnement suffisant en énergie décarbonée et abordable est indispensable pour créer une Europe plus verte et plus numérique. Pour pouvoir mettre en pratique les objectifs écologiques de l’UE, il faut que d’ici à 2050, plus de 80 % de la consommation brute interne d’énergie provienne de sources à faibles émissions de carbone, principalement de sources renouvelables, tandis que l’utilisation de combustibles fossiles à des fins énergétiques doit tomber sous la barre des 10 % 45 . Réduire la dépendance de l’UE par rapport aux combustibles fossiles requiert d’accroître le recours à l’énergie renouvelable et de diversifier rapidement l’approvisionnement énergétique de l’Union. Cela suppose également de développer l’infrastructure énergétique, les réseaux intelligents et de nouvelles technologies et solutions écologiques et à faibles émissions de carbone dans l’UE et avec les pays tiers partenaires les plus importants. Enfin, il y a lieu d’empêcher les fuites de carbone. Il sera fondamental d’accroître l’efficacité énergétique afin d’éviter un possible effet de rebond au fur et à mesure que l’énergie renouvelable deviendra moins onéreuse et que l’humanité en consommera davantage. Il faut, pour respecter l’accord de Paris et les objectifs du pacte vert pour l’Europe, que l’intensité énergétique dans l’UE diminue fortement à l’horizon 2050 pour atteindre environ la moitié des niveaux actuels 46 .

La réalisation de l’objectif de neutralité climatique d’ici à 2050 pourrait aider l’UE à réduire à 15 % sa dépendance énergétique, qui est d’environ 60 % aujourd’hui 47 . Toute démarche en ce sens doit être soutenue par des progrès importants en matière d’économie circulaire. Une union de l’énergie plus approfondie constituera un soutien pour la décarbonation, améliorera l’efficacité énergétique, renforcera le marché intérieur de l’énergie et accroîtra la sécurité de l’approvisionnement. Des parcours de transition et un programme solide en vue d’investissements d’infrastructure durables et à faibles émissions de carbone dans l’UE et au-delà créeraient des possibilités d’investissement pour les entreprises de l’Union. De telles mesures contribueraient aussi à garantir la cohérence du subventionnement public et l’intensité de la recherche et de l’innovation pour mettre au point des technologies et des sources d’énergie nouvelles et propres lorsque le secteur privé ne propose pas de solutions dans des domaines où le marché est défaillant. Il sera important de développer les technologies émergentes et de les rendre abordables et accessibles pour les économies en développement, afin de garantir leur adoption à grande échelle. Parallèlement, une économie plus circulaire et une tarification réaliste des externalités feraient baisser la consommation d’énergie dans l’UE.

La décarbonation de l’énergie aura des effets à long terme sur la dynamique géopolitique, avec l’apparition de nouvelles dépendances stratégiques et l’atténuation progressive d’autres. Cette évolution touchera tant les économies productrices de pétrole et de gaz que les leaders de la production d’énergie renouvelable. Des efforts devront être consentis pour faciliter cette transition et gérer la diminution des recettes dans les États producteurs vulnérables. Des progrès significatifs dans la réduction des émissions connexes à la production (comme le méthane issu des gaz fossiles) autoriseront une transition ordonnée. Les nouvelles technologies joueront un rôle-clé dans ce contexte. Le fait de les rendre disponibles et abordables sera profitable pour l’UE et pourrait aider les économies émergentes à sauter l’étape des infrastructures dépendant des ressources fossiles et à adopter immédiatement des solutions à moindre intensité de carbone. Ce type de coopération présente aussi des perspectives économiques et de connectivité pour l’UE. De plus, la nature décentralisée des futurs réseaux énergétiques, associée à d’importantes capacités de cyberdéfense, consolidera la résilience de l’UE, la production d’énergie étant distribuée beaucoup plus largement que dans les systèmes énergétiques actuels, centralisés et plus vulnérables.

3.Renforcer les capacités dans la gestion de données, l’intelligence artificielle et les technologies de pointe

La souveraineté numérique de l’Europe dépendra de sa capacité de stocker, d’extraire et de traiter des données tout en satisfaisant aux exigences de confiance et de sécurité, dans le respect des droits fondamentaux. L’économie numérique, et en particulier le traitement de l’information, l’informatique en nuage à haute performance et l’informatique en périphérie, pourrait être bénéfique pour l’économie et la compétitivité de l’UE 48 . Les entreprises et les autorités administratives publiques de l’UE recourront de manière croissante à l’analyse de données par utilisateur et par entité, à l’internet des objets et à l’intelligence artificielle. Ces technologies ont des usages étendus et variés 49 . L’UE a présenté d’importants objectifs d’investissement et des instruments de financement en vue de promouvoir la conception et le déploiement de technologies de nouvelle génération et de rupture pour le traitement en nuage et en périphérie. Compte tenu de l’utilisation de plus en plus fréquente de données pour des applications industrielles et commerciales, une approche stratégique de la conception et du déploiement de systèmes industriels de l’internet des objets, de la 5G/6G, de l’informatique en périphérie, avec la possibilité de gérer et d’analyser rapidement des mégadonnées, sera essentielle pour réaliser les objectifs de la double transition.

Les mégadonnées et les outils d’analyse avancée évoluent rapidement, et ce sont les États‑Unis et la Chine qui font la course en tête. Ces outils fournissent en temps réel des signes avant-coureurs de crises possibles, permettent de déceler rapidement des maladies et de détecter à longue portée des activités militaires. Il est probable que le recours à ces outils d’analyse dans le processus décisionnel va augmenter. Du point de vue de l’UE, il importe que ces technologies soient développées dans le respect des droits fondamentaux et des valeurs de l’Union, en particulier lorsque leur développement et leur utilisation reposent sur d’énormes volumes de données, dont des données à caractère personnel. Le développement et l’utilisation de technologies critiques reposent sur des volumes de données gigantesques. Actuellement, les données produites dans l’UE sont en grande partie stockées et traitées dans des systèmes de stockage en nuage exploités par des fournisseurs extérieurs à l’UE, de sorte qu’elles relèvent de la compétence territoriale de pays tiers. Il en résulte une dépendance stratégique et des risques en matière de cybersécurité, de protection des données, d’accès aux données et de sécurité des données. Cela signifie également que des fournisseurs extérieurs à l’UE tirent un profit commercial du traitement de ces données. L’UE devrait créer des capacités lui permettant de stocker des données, de garantir l’accès à des données ouvertes, sûres et transparentes et de mettre à disposition des connexions à haut débit de données. Elle devrait également préserver la longueur d’avance qu’elle a acquise dans la conception et le déploiement d’une intelligence artificielle digne de confiance. Elle devrait promouvoir ses normes et ses valeurs avec ses partenaires de confiance dans le monde.

Vu la croissance exponentielle de la demande de semi-conducteurs, l’UE doit mieux asseoir sa position dans le développement et la production de technologies de nouvelle génération. L’accès aux semi-conducteurs pourrait être compromis en raison de l’insuffisance des capacités de production, et toute pénurie pourrait avoir des conséquences graves pour la continuité de l’activité dans divers secteurs. L’UE possède des atouts de taille et héberge sur son territoire un fournisseur d’équipements de fabrication essentiel pour tous les grands fabricants du monde, mais elle accuse un retard dans la production de processeurs de nouvelle génération et de semi-conducteurs avancés. Taïwan, la Chine, la Corée du Sud 50 et les États‑Unis investissent massivement dans le renforcement de leur production nationale de semi-conducteurs. De plus, des fabricants de puces à Taïwan, en Corée du Sud, au Japon et aux États‑Unis ont annoncé des investissements privés de grande ampleur dans de nouvelles capacités de production. Si elle veut rester dans la course, l’UE doit investir dans des capacités de production pour la nouvelle génération de processeurs et de puces semi-conductrices. Pour ce faire, il convient de filtrer plus étroitement les acquisitions de capacités de production européennes par des intérêts étrangers, d’investir dans la recherche‑développement et de créer des conditions favorables dans toute la chaîne de valeur.

4.Sécuriser et diversifier l’approvisionnement en matières premières critiques

Les matières premières critiques sont essentielles à la réussite de la double transition. Le développement des technologies vertes, comme celles qui sont à la base de la production d’énergie éolienne et solaire, des solutions domestiques de stockage d’énergie et la production de batteries pour les véhicules électriques feront augmenter la demande de matières premières telles que le cobalt, le lithium, le graphite, le manganèse et le nickel au cours des deux prochaines décennies 51 . L’enjeu ne se limite cependant pas aux technologies vertes. Ainsi, le secteur des drones légers, pour lequel la Chine fournit plus d’un tiers des matières premières requises, devrait connaître une croissance exponentielle d’ici aux années 2030, avec un fort potentiel pour les sous-secteurs civil et commercial et une forte demande de gallium, d’indium, de scandium et de titane, entre autres. L’industrie de la défense dépend fortement des matières premières critiques: près de la moitié des matériaux nécessaires pour construire des avions 52 , par exemple, proviennent de pays tiers. La hausse de la demande de matières premières critiques devrait coïncider avec une reprise de la propension des principaux fournisseurs (graphique 4) à imposer des restrictions à l’exportation 53 .

Graphique 4: principaux fournisseurs de matières premières critiques de l’UE 54

Une association intelligente des politiques en matière d’industrie, de recherche et de commerce, avec des partenariats internationaux, permettrait de garantir un approvisionnement durable et diversifié. L’UE est confrontée à des problèmes d’accès, de diversification limitée et de perturbations de l’approvisionnement, et ses capacités de traitement, de recyclage, de raffinage et de séparation sont insuffisantes. L’UE doit se préparer à une future érosion de la sécurité de l’approvisionnement critique en raison d’éléments majeurs qui façonnent l’environnement géopolitique: fragilité des États, coercition économique et changement climatique. Dans la plupart des cas, c’est l’industrie qui est la mieux placée pour réduire les dépendances stratégiques, en diversifiant ses sources d’approvisionnement et en recourant davantage aux matières premières secondaires et à la substitution. Le potentiel de diversification des sources d’approvisionnement est cependant assez limité pour de nombreuses matières premières critiques en raison du petit nombre de producteurs dans le monde ou de l’existence de monopoles ou d’oligopoles de fait. Les efforts de l’industrie pour s’assurer un accès aux matières premières critiques et réduire sa demande (grâce à des gains d’efficacité, à l’allongement de la durée de vie des produits et à l’économie circulaire) doivent reposer sur une stratégie à long terme clairement définie. Enfin, de nouvelles méthodes d’approvisionnement, comme l’exploitation minière des fonds marins et de l’espace, doivent faire l’objet de recherches, dans le respect des principes et des engagements convenus au niveau international.

5.Acquérir une position de précurseur mondial en matière de normalisation

L’UE est en concurrence avec d’autres acteurs pour bénéficier de l’«avantage du précurseur» dans les activités de normalisation. C’est particulièrement vrai en ce qui concerne les technologies émergentes (et les biens et services qui y sont liés) telles que l’intelligence artificielle, les chaînes de blocs, la technologie quantique, la cybersécurité, les données sensibles et spécialisées (par exemple dans les domaines de la santé et de l’espace), les monnaies numériques et les produits chimiques. Parmi les autres domaines prioritaires, on peut citer les technologies vertes telles que l’hydrogène, le stockage d’énergie, l’éolien en mer et les transports durables. Nos partenaires commerciaux prennent des mesures plus volontaristes en matière de normalisation: la Chine, par exemple, élabore un plan «China Standards 2035» en vue de déterminer quelles technologies de nouvelle génération elle pourrait imposer aux 140 pays qui participent à l’Initiative ceinture et route. Le capitalisme d’État chinois n’est cependant pas toujours compatible avec une réglementation mondiale ouverte, des normes centrées sur l’humain et des valeurs durables.

Les réalisations passées de l’UE en matière de règles internes et de normes internationales de facto constituent une bonne base pour relever ce défi. L’«effet Bruxelles» 55 , qui incite les entreprises multinationales à se soumettre à la réglementation en vigueur dans toute l’UE, est une conséquence de la rigueur de ladite réglementation et de la taille du marché unique. La force commerciale de l’UE constitue elle aussi un élément moteur de son pouvoir en matière de réglementation et de normalisation, notamment sur les marchés et pour les technologies qui seront essentiels demain. L’UE est le plus gros acteur du commerce mondial, et le premier partenaire commercial de 74 pays, soit plus que la Chine (66) et les États‑Unis (31). Elle est le premier partenaire commercial de l’Asie, de l’Afrique, des États‑Unis, des Balkans occidentaux et du voisinage européen 56 . L’acceptation internationale des normes de l’UE est cruciale pour son influence sur l’ordre mondial et son leadership en matière de changement climatique, de durabilité et de protection des consommateurs, des données à caractère personnel et des droits des travailleurs. Aussi l’UE va-t-elle pousser plus loin la coopération réglementaire active et s’assurer un rôle de premier plan dans les organisations internationales de normalisation, telles que l’Organisation internationale de normalisation.

6.Construire des systèmes économiques et financiers résilients et à l’épreuve du temps

Une économie résiliente et stable est indispensable pour relever les défis à long terme de l’UE. L’UE doit encore renforcer la résilience et le potentiel de croissance de son économie en s’attaquant aux vulnérabilités restantes, afin de faciliter les transitions en cours et de résister aux chocs à venir. Des fondamentaux économiques sains, la productivité, les investissements et les réformes détermineront les résultats économiques futurs de l’UE, associés à des conditions de financement positives pour le secteur public et le secteur privé.

L’économie sociale de marché est aussi essentielle pour le modèle démocratique de l’Europe, car elle protège les personnes contre les risques sociaux et leurs conséquences. Le marché unique fournit une fondation solide pour une reprise et pour la résilience de l’industrie de l’Union, de même que pour faciliter les transitions écologique et numérique. Pour qu’elles soient acceptées, ces transitions doivent être équitables et s’accompagner d’une convergence économique et sociale plus forte. La crise de la COVID‑19 a mis en évidence l’importance de disposer d’un marché unique ouvert, concurrentiel et pleinement opérationnel pour permettre aux entreprises d’atteindre la taille requise pour faire face à la concurrence mondiale.

Le système financier de l’UE connaîtra de profondes mutations en raison des changements climatiques et technologiques, ainsi qu’à la suite du Brexit. Il est essentiel, pour diversifier et amplifier les sources de financement des entreprises de l’UE, pour améliorer les possibilités des citoyens de l’Union de faire des économies, pour renforcer la capacité de l’UE d’absorber les chocs et pour construire des marchés financiers internes plus résistants, de conserver la détermination politique à supprimer les obstacles à l’intégration du marché et à mettre pleinement en œuvre l’union des marchés de capitaux et l’union bancaire. Cela permettrait également de résoudre les problèmes d’arbitrage réglementaire entre les États membres et avec des pays tiers voisins. Le retrait du Royaume‑Uni de l’Union alors que ce pays en était un grand centre financier renforce la nécessité de poursuivre l’approfondissement des marchés des capitaux de l’UE; après le Brexit, les marchés de l’UE ont fait preuve d’une adaptabilité et d’une résilience remarquables. Il demeure néanmoins des défis à moyen terme pour la stabilité et la résilience financières. Surtout, les acteurs des marchés de l’UE continuent de se reposer excessivement sur une infrastructure financière essentielle qui se situe hors de l’UE, ce qui est susceptible d’amplifier les risques pour la stabilité financière. De plus, la capacité de surveillance financière dans l’UE doit être suffisamment structurée compte tenu de la reconfiguration permanente des chaînes de valeur et la relocalisation d’entreprises de l’UE à la suite du Brexit.

Le système financier de l’UE a également un rôle de premier plan à jouer dans le financement de la transition vers une économie climatiquement neutre et de la résilience à la dégradation de l’environnement. L’UE aura besoin d’investissements supplémentaires de 470 milliards d’EUR par an pour atteindre ses objectifs climatiques et environnementaux en 2030, ce qui requerra une mobilisation massive de capitaux privés. Les investisseurs institutionnels et de détail manifestent un intérêt croissant pour les investissements durables, comme en témoigne le quintuplement des flux de capital nets qu’ont attiré les fonds de capital-investissement adoptant des stratégies environnementales, sociales et de gouvernance dans un délai de 10 mois après l’adoption de ces stratégies par rapport aux 10 mois ayant précédé l’adoption 57 . Une plus grande transparence de l’empreinte écologique des produits financiers et des notations ainsi qu’un accès à des données fiables sur la durabilité seront essentiels pour financer une transition ordonnée et empêcher l’«écoblanchiment».

Le changement climatique et la dégradation de l’environnement peuvent aussi avoir une incidence directe sur la stabilité financière en raison de la multiplication et de l’intensification des phénomènes météorologiques extrêmes. 30 % seulement de toutes les pertes économiques sont actuellement couvertes par une assurance. Les investissements dans des activités et des actifs non durables sont susceptibles d’être de moins en moins recherchés et la stabilité financière pourrait souffrir d’une réaction désordonnée et soudaine à la transition. Le système financier de l’UE doit intégrer systématiquement les risques et les incidences pour la durabilité dans les processus décisionnels financiers, et il doit comporter des stratégies de gestion des risques à long terme et de financement des risques de catastrophe.

L’ère du numérique aura aussi une incidence sur les moyens de paiement et sur les marchés de capitaux, tandis que les crypto-actifs et le développement de monnaies numériques revêtiront une importance croissante. La finance numérique peut ouvrir de nouvelles perspectives aux citoyens et aux entreprises, mais la protection des consommateurs doit être garantie. L’UE a besoin d’un secteur financier fort, compétitif, correctement régulé et surveillé.

La création du ren-min-bi, la monnaie numérique chinoise, progresse rapidement, et d’autres pays élaborent aussi leur propre monnaie numérique. Les monnaies numériques créées par des banques centrales auraient également une incidence sur le modèle actuel de ces banques, sur la conduite de la politique monétaire et sur les systèmes de protection des consommateurs. La Banque centrale européenne travaille activement, avec la Commission, sur le concept d’un euro numérique, qui pourrait apporter des avantages importants aux citoyens et aux entreprises de l’UE. Cependant, pour récolter les fruits d’un euro numérique public, il est essentiel de résoudre des problèmes potentiels pour les grandes politiques de l’UE, notamment ceux liés à l’intermédiation et à la stabilité financière.

Une utilisation plus étendue de l’euro dans le commerce et les services internationaux, notamment sur les marchés de l’énergie, et des solutions de paiement instantané utilisables dans toute l’UE renforceraient le poids stratégique de l’Union. La résilience de l’UE s’en trouverait renforcée, notamment face à l’infliction extraterritoriale de sanctions par des pays tiers. L’UE pourrait mieux tirer profit des marchés financiers internationaux, tout en gérant les risques externes et en évitant les dépendances stratégiques. Parallèlement, des failles dans l’intégrité des prestataires de services, des marchés et des infrastructures de pays tiers pourraient créer des risques.

L’UE doit continuer d’être aux avant-postes dans la lutte mondiale contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, et proposer des garanties suffisantes contre ces finalités illicites.

7.Développer et conserver dans l’UE des compétences et des talents qui correspondent à nos ambitions

Une action déterminée doit être menée pour réagir efficacement aux tendances démographiques et combler les lacunes existantes en matière de qualifications dans le contexte de la double transition. Le taux d’emploi doit augmenter, mais le marché du travail et les politiques sociales devront être adaptés pour éviter un renforcement des inégalités socio-économiques et garantir des conditions de travail équitables, des revenus décents et l’accès à la sécurité sociale. Il est essentiel de coopérer étroitement avec les partenaires sociaux pour s’adapter à cette nouvelle réalité. Le fait de reporter d’un an l’âge du départ effectif à la retraite, tout en offrant de bonnes conditions de travail et en les intégrant dans les politiques de vieillissement actif, pourrait faire croître le nombre d’actifs sur le marché du travail de quatre millions de personnes 58 . Une plus grande participation des femmes au marché du travail, grâce à des mesures ciblées garantissant l’égalité des sexes et un équilibre entre vie professionnelle et vie privée, aurait également une incidence favorable sur les taux d’emploi. C’est particulièrement le cas dans les États membres où les taux de participation des femmes au marché du travail sont inférieurs à la moyenne de l’UE 59 . Une participation accrue au marché du travail apporterait des avantages économiques et sociaux dans toute l’Union, par exemple un meilleur ratio de dépendance des non-actifs par rapport aux actifs et un meilleur taux d’emploi. En outre, l’adoption de nouvelles habitudes de travail contribuerait à atténuer les inconvénients du vieillissement de la population. Une migration légale bien gérée, qui tient compte des besoins et des lacunes de qualifications, associée à une politique d’intégration efficace, serait très bénéfique au marché du travail de l’UE.

Les jeunes méritent un meilleur accès à des emplois de qualité. Il conviendra d’accorder un soutien permanent à l’emploi des jeunes, grâce à des régimes ciblés. La nouvelle génération est de mieux en mieux préparée à la transition numérique 60 , même s’il reste à combler le déficit de compétences numériques et à convaincre davantage de jeunes femmes à faire des études dans les domaines des sciences, de la technologie, de l’ingénierie, des arts et des mathématiques (STIAM). Faciliter le passage de la formation à l’emploi, créer des premiers emplois de qualité et ouvrir le dialogue sur le sujet avec les jeunes sont autant de mesures indispensables à prendre vis-à-vis des jeunes qui arrivent sur le marché du travail.

Exploiter les gisements d’emplois qu’offre la double transition exigera des mesures pour faciliter le passage à de nouveaux types d’emplois. Parmi ces mesures, citons le soutien aux régions et aux travailleurs dans des secteurs qui vivront une transition, ainsi que le bon éventail d’aides, d’incitants et de conditions-cadres pour les entreprises des secteurs traditionnels et des nouveaux secteurs. Des adaptations des systèmes d’enseignement et de formation seront également nécessaires, car les demandes en matière de compétences et les niveaux de formation augmentent rapidement dans l’économie verte et numérique, plus vite que dans l’économie en général 61 . À l’avenir, la population active de l’UE sera probablement mieux formée et davantage en mesure de s’adapter à la nature changeante du travail et à l’intelligence augmentée. À l’horizon 2050, 54 % de tous les participants au marché de l’emploi devraient, selon les projections, avoir fait des études supérieures 62 . Les compétences STIAM, les compétences et l’habileté numériques, associées à une connaissance sectorielle spécialisée pour réussir la transition numérique (par exemple dans les secteurs de l’énergie renouvelable, de l’économie circulaire, des nouvelles technologies vertes ou des solutions s’inspirant de la nature), seront indispensables pour entrer sur le marché du travail et réussir son intégration sociale. Pour garantir l’accès aux compétences de demain, les systèmes d’enseignement et de formation de l’UE devront se maintenir à l’avant-garde mondiale. L’UE devrait aussi inciter davantage, par des mesures ad hoc, ses talents (dans les universités, les instituts de recherche ou les entreprises) à rester en Europe 63 , et réduire la «fuite des cerveaux» entre États membres et entre régions.

8.Renforcer les capacités de sécurité et de défense et l’accès à l’espace

Des mesures s’imposent pour atténuer le risque accru de conflit, d’instabilité interne et de perturbation d’infrastructures critiques. L’UE doit continuer de jouer un rôle essentiel dans la diplomatie et le soutien préventifs, en adaptant et en améliorant ses instruments pour garantir l’efficacité de ses actions. Construire la confiance et établir une coordination entre les États membres, consolider l’aptitude à mieux anticiper les risques, en tirant des enseignements des expériences passées, sont autant de mesures qui pourraient conférer à l’UE une plus grande influence et une plus grande capacité d’action conjointe en matière de sécurité et de défense. L’UE devrait continuer d’accorder un soutien aux États membres en vue d’élaborer les instruments requis, notamment pour renforcer la résilience et pour réagir aux menaces hybrides dans le plein respect du cadre juridique et éthique de l’Union. La probabilité accrue de phénomènes météorologiques extrêmes, de futures pandémies ou d’autres catastrophes, naturelles ou anthropogènes, souligne bien la nécessité d’une réaction plus forte de l’UE et d’une coopération renforcée en matière de protection civile, notamment pour améliorer la prévention, l’état de préparation et la réaction en cas de catastrophe, qu’il s’agisse d’inondations, de feux de forêt ou de maladies infectieuses 64 .

Pour renforcer ses capacités et ses opérations en matière de défense, l’UE devrait travailler à créer des synergies et à améliorer la cohérence des instruments et des initiatives de coopération récemment adoptés. L’UE doit avoir la capacité de défendre — de manière autonome si nécessaire — ses intérêts essentiels de sécurité dans un environnement mondial difficile marqué par une grande concurrence entre puissances et par une course au leadership technologique. L’UE a récemment enregistré des progrès en matière de défense grâce au lancement de plusieurs initiatives importantes. Parmi les vulnérabilités restantes figurent un niveau de dépenses relativement faible, une fragmentation de la demande et de l’offre, ainsi que des lacunes en matière de recherche, d’innovation et de fabrication 65 . Au niveau international, l’UE, sans cesser de promouvoir un ordre international fondé sur des règles et de coopérer étroitement avec l’OTAN, devra améliorer son état de préparation à un monde plus conflictuel. En développant son potentiel de défense propre, l’UE sera à même de mieux promouvoir un tel ordre international fondé sur des règles, tout en renforçant le rôle de ses États membres au sein de l’OTAN.

Il est essentiel que l’UE soutienne un accès autonome, fiable et efficient à l’espace. Les technologies spatiales, couplées à l’intelligence artificielle, sont un moyen stratégique pour réagir aux menaces et anticiper les risques futurs, comme les menaces hybrides, dont le cyberespionnage 66 . Elles revêtent une grande importance pour l’avenir des communications de l’UE, l’observation de la terre, l’industrie manufacturière et la sécurité, et elles constituent un élément essentiel de la double transition. Elles permettent de surveiller l’évolution du changement climatique, les transports, la sécurité et la défense, et elles sont indispensables au fonctionnement d’infrastructures et de technologies critiques. De plus, la militarisation de l’espace par des rivaux de l’UE est rendue de plus en plus aisée par des technologies nouvelles telles que les armes antisatellites. Le secteur spatial compte pour 46 à 54 milliards d’EUR dans l’économie de l’UE 67 et devrait atteindre, au niveau mondial, une valeur de 1 000 milliards d’EUR d’ici à 2040 68 . L’UE est actuellement leader mondial dans certains domaines (par exemple les services de satellites), tandis que d’autres (par exemple les lanceurs spatiaux et les missions spatiales) sont dominés par les États‑Unis, la Chine et la Russie, et de plus en plus par des acteurs privés. D’autres nations présentes dans l’espace disposent d’un marché intérieur très dynamique: elles comptent, en pratique, un client stratégique pour un volume de lancement considérable (dont les lancements à des fins de défense et de sécurité nationale). En l’absence d’un tel marché, les lanceurs présents dans l’UE souffrent d’un désavantage concurrentiel sur le marché mondial et dépendent du marché commercial bien plus que leurs concurrents chinois, russes, américains ou japonais.

L’UE devrait assumer le caractère stratégique de son infrastructure spatiale et maximiser les avantages des nouvelles technologies, telles que les lanceurs avancés, les nanosatellites, la robotique, les grandes constellations de satellites, les opérations en orbite ou les applications fondées sur la physique quantique (par exemple pour la sûreté des communications, l’observation de la terre et la sûreté de la connectivité). Elle devrait également se préparer à exercer de nouvelles activités dans l’espace et promouvoir les services en orbite ou les centres de données spatiaux, en mettant à profit son expérience spécialisée dans les domaines où elle dispose d’une capacité industrielle compétitive, comme les télécommunications et l’observation de la terre.

9.Coopérer avec des partenaires mondiaux pour promouvoir la paix, la sécurité et la prospérité de tous

Pour garder son utilité, le multilatéralisme doit s’adapter. La pandémie de COVID‑19 et l’urgence climatique illustrent parfaitement la nécessité de solutions multilatérales et d’une coopération mondiale coordonnée en matière de préparation et de réaction aux crises. Dans les deux cas, il est essentiel de soutenir les pays partenaires les moins développés ou les plus fragiles pour surmonter les difficultés à venir, en ne laissant personne au bord du chemin. La seule issue est un multilatéralisme véritablement inclusif fonctionnant en réseau 69 . C’est pourquoi l’UE est résolue à œuvrer en faveur d’un ordre mondial fondé sur des règles, avec les Nations unies comme élément central. Pour ce faire, il faudra conserver ce qui fonctionne bien, réformer ce qui doit changer et étendre à de nouveaux domaines une gouvernance mondiale effective. L’UE devrait lancer et faciliter des discussions sur les réformes dont a besoin la gouvernance mondiale. Elle devrait soutenir la réforme en cours des Nations unies sur le fondement d’un ensemble clair de règles et de valeurs. Remettre en ordre de marche le système de règlement des différends constitue aussi une priorité absolue dans la nécessaire modernisation de toutes les fonctions de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour garantir que celle-ci sera à même de relever les défis auxquels est confronté le commerce mondial. La gouvernance des institutions financières internationales, telles que la Banque mondiale, le Fonds monétaire international et la Nouvelle banque de développement 70 , devrait mieux refléter les enjeux régionaux et mondiaux qui se profilent. La gouvernance économique mondiale devrait mettre bon ordre aux répercussions non souhaitées des politiques monétaires, budgétaires et macroéconomiques sur les marchés émergents.

Des interventions plus assertives feront la différence pour contrer les mesures coercitives ou les sanctions extraterritoriales prises par des pays tiers. Le caractère ouvert des échanges et des investissements est l’un des atouts essentiels de l’UE, mais cette dernière devra repousser les pressions économiques et passer à l’action dans les cas où le règlement des différends dans le cadre de l’OMC ou en vertu d’accords bilatéraux est dans l’impasse. Des instruments de défense commerciale plus puissants doivent protéger les opérateurs de l’UE contre les pratiques commerciales déloyales et éviter de nuire aux priorités stratégiques de l’UE. Les risques potentiels de sécurité ou d’ordre public qui découlent de l’acquisition ou de la prise de contrôle d’une entreprise, d’une infrastructure ou d’une technologie données appellent un mécanisme de filtrage complet pour les investissements étrangers directs et des mesures pour combattre les distorsions potentielles induites par les subventions étrangères. Des crédits à l’exportation de l’UE peuvent instaurer des conditions de concurrence égales sur les marchés hors UE sur lesquels des concurrents étrangers bénéficient de manière croissante d’un soutien financier de leur gouvernement.

L’UE devra aussi renforcer et rassembler des coalitions et des partenariats stratégiques ou thématiques avec des pays ou des régions déterminés. Une alliance transatlantique redynamisée, l’intégration des Balkans occidentaux, une coopération plus étroite avec la Turquie et les pays du voisinage, le partenariat stratégique avec l’Afrique, la connectivité dans la zone indo-pacifique et la stabilité en Asie centrale constituent autant de priorités géopolitiques. La Chine est à la fois un partenaire de coopération pour certains objectifs communs, un partenaire de négociation, un concurrent économique et un rival systémique. Sa présence accrue sur la scène internationale, y compris en Europe, doit aller de pair avec une prise de responsabilités plus grande pour faire respecter un ordre international fondé sur des règles, ainsi qu’avec davantage de réciprocité, de non-discrimination et d’ouverture de son système national 71 . Vis-à-vis de la Russie, l’UE doit maintenir son approche fondée sur les principes de défense de ses intérêts et de promotion de ses valeurs, en se référant à la mise en œuvre des cinq principes adoptés 72 . L’UE doit insister auprès des dirigeants russes pour qu’ils adoptent un comportement plus constructif et mettent un terme aux actions dirigées contre l’UE et ses États membres, ainsi que contre les pays tiers partenaires. Un tel changement est indispensable si l’on veut inverser la tendance actuelle et sortir d’une situation improductive et potentiellement dangereuse pour cette relation importante. La coopération avec le G7 et le G20 gardera toute son importance.

L’UE devrait resserrer ses partenariats avec les organisations internationales qui jouent un rôle crucial dans la stabilité de l’Europe et du monde. La coopération avec l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), rempart de l’Europe, a atteint un niveau sans précédent 73 . Le partenariat UE-OTAN est un pilier indispensable de la défense de l’UE qui sera encore renforcé 74 . L’UE devrait aussi continuer de resserrer sa coopération avec l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe sur des questions d’intérêt commun et maintenir son étroite relation avec le Conseil de l’Europe, qui est le fondement de notre respect commun des droits de l’homme, de la démocratie et de l’état de droit. La coopération interrégionale avec des organisations telles que l’Union africaine, la Communauté des États latino-américains et des Caraïbes et l’Association des nations de l’Asie du Sud‑Est facilite grandement le développement régional et la stabilité, et contribue à promouvoir l’action de l’UE au niveau mondial. L’UE devra aussi définir une position cohérente vis-à-vis d’autres acteurs internationaux et poursuivre activement la coopération avec des partenaires prêts à œuvrer à des solutions communes aux problèmes mondiaux et à gérer pacifiquement et de façon durable les biens communs mondiaux (comme les océans ou l’espace).

L’UE se tient prête à emmener des coalitions mondiales pour une action en faveur du climat et de l’environnement. Avec le pacte vert pour l’Europe 75 et ses initiatives-clés, notamment le programme «Ajustement à l’objectif 55» 76 , l’UE a engagé une transformation de son économie et mène des actions de grande envergure en faveur du climat, de la biodiversité et de l’environnement 77 . Elle s’est engagée à respecter l’accord de Paris, l’Agenda 2030 des Nations unies et ses objectifs de développement durable, ainsi que le cadre en matière de biodiversité pour l’après‑2020. La réalisation de ces objectifs est rendue de plus en plus ardue par les conséquences de la crise de la COVID‑19. La pandémie pourrait ainsi réduire à néant des années de développement en Afrique, continent dont les pays consacrent déjà, en moyenne, 30 % de leurs revenus au service de la dette (alors que cette proportion était de 20 % auparavant) 78 . Alors que l’UE n’est responsable que de 8 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde et que 85 % de la croissance du PIB mondial devrait provenir d’autres endroits du monde d’ici à 2024 79 , l’ambition de son plan d’action interne doit aller de pair avec une coopération tout aussi ambitieuse du reste du monde. La mesure dans laquelle les économies et les sociétés émergentes, en particulier, parviennent à dissocier le développement humain et économique d’une production gourmande en ressources et de l’émission de gaz à effet de serre sera déterminante. L’UE devrait continuer de jouer un rôle prépondérant pour maximiser le soutien à la transition au niveau mondial, au-delà de la réussite de sa propre transformation. Elle devrait renforcer la diplomatie verte globale qu’elle mène, en accordant la priorité au changement climatique et à l’action en faveur de l’environnement, notamment dans le cadre des conférences des Nations unies sur le changement climatique et d’autres organisations multilatérales dans ce domaine.

Les partenariats stratégiques de l’UE devraient inclure des «programmes de connectivité» 80 . Ils figurent au nombre des outils géopolitiques. Les États‑Unis ont le «BUILD Act», et le Japon, le «Partenariat pour une infrastructure de qualité». Grâce à son Initiative ceinture et route, la Chine promeut ses intérêts économiques, politiques et de sécurité partout dans le monde, et notamment en Europe. En Afrique, elle est de loin le plus grand développeur d’infrastructures de ces dix dernières années: on estime que 10 000 entreprises chinoises sont présentes sur ce continent. Après avoir lancé le «réseau Blue Dot» avec le Japon et l’Australie, les États‑Unis ont présenté l’initiative «Build Back Better World» (B3W) dans le contexte du G7. La Chine et les États‑Unis adoptent des approches différentes, mais tous deux ont pris de l’avance sur l’UE en ce qui concerne l’influence qu’ils exercent sur les infrastructures internet et ceux qui en dépendent. L’UE a de l’expérience dans le développement de la connectivité et peut prendre appui sur les partenariats prometteurs déjà conclus avec le Japon et l’Inde. Toutefois, bien que les premiers éléments d’une stratégie de connectivité propre à l’UE 81 aient été posés, cette stratégie doit encore être affinée et adaptée aux réalités en mutation rapide. L’UE pourrait ainsi concentrer son action sur les transports durables, sur les réseaux d’infrastructure numériques résilients et sûrs, et sur la connectivité générale de l’information, qui sont également gérés depuis l’espace. Une approche «Équipe d’Europe» 82 sera indispensable pour atteindre le niveau de mise en œuvre requis.

La gouvernance internationale des océans est un domaine dont l’aspect stratégique s’affirme sans cesse. Les océans sont un régulateur essentiel du climat: ils produisent la moitié de l’oxygène présent dans l’atmosphère terrestre et absorbent 25 % des émissions de CO2. Ils hébergent un écosystème fragile source d’aliments nutritifs et donnent un emploi direct à 4,5 millions de personnes dans l’UE. L’incidence cumulée de l’extraction de ressources et de la pollution a augmenté, ainsi 31 % des stocks halieutiques mondiaux font l’objet d’une surpêche et 4,8 à 12,7 tonnes de déchets plastiques finissent dans les océans chaque année 83 . Avec l’augmentation attendue de la population mondiale, la pression humaine sur les océans va s’intensifier, ce qui suppose de mettre en place une gouvernance des océans plus efficace, horizontale et intégrée, reposant sur une coopération étroite.

Pour consolider le rôle de l’UE en tant que principal acteur mondial en matière de droits de l’homme, il est essentiel de conclure des partenariats avec des pays et des organisations qui partagent nos valeurs démocratiques. Pour défendre les droits de l’homme, il convient d’utiliser tous les outils disponibles, et notamment le régime mondial de sanctions de l’Union européenne en matière de droits de l’homme, les dialogues politiques et en matière de droits de l’homme, les partenariats stratégiques avec des organisations internationales et régionales, et des contacts proactifs dans les enceintes internationales. Il faut également engager un dialogue plus nourri avec le secteur privé, afin d’inciter les entreprises à adopter un comportement responsable. Pour promouvoir la démocratie et la prospérité dans le monde, l’enseignement et la formation devraient aussi faire l’objet d’une action internationale essentielle mise en œuvre par l’UE avec ses partenaires.

10.Renforcer la résilience des institutions

Les institutions et les administrations publiques doivent être à l’écoute des préoccupations de la société et y répondre efficacement par les mesures qu’elles prennent. La polarisation plus accentuée indique qu’une gouvernance participative et inclusive est requise pour renforcer la confiance et la légitimité à tous les niveaux. La résilience des institutions et des procédures doit être améliorée; elles doivent s’adapter et innover pour faire face aux nouvelles attentes et fournir des résultats concrets aux citoyens. De nouvelles formes de démocratie participative, les nouvelles technologies, la participation citoyenne et les innovations venant de la base, comme dans le contexte de la conférence sur l’avenir de l’Europe 84 , sont susceptibles d’accroître la participation politique et de rendre nos systèmes démocratiques plus résilients.

Pour pouvoir combattre la désinformation et garantir la liberté d’expression, un débat démocratique pluraliste et inclusif et la liberté des médias dans l’UE et au-delà, il conviendra de développer en permanence des pratiques et des cadres communs. Les partenariats avec d’autres acteurs mondiaux publics et privés revêtiront une importance capitale pour pouvoir réagir de manière plus vigoureuse et efficace. Cette démarche doit aller de pair avec la promotion d’élections libres et équitables et avec la protection du pluralisme et de la liberté des médias.

Les conséquences des tendances actuelles et futures appellent en réaction des mesures rapides et souples. L’incertitude, la volatilité, la complexité et l’ambiguïté doivent être assumées et gérées. Le fait de développer des capacités de prospective stratégique peut aider à évaluer les risques imminents et à mieux se préparer à affronter les crises et à saisir les possibilités qui se présentent. Le «réseau de prospective à l’échelle de l’UE» formé par les «ministres pour l’avenir» et le développement connexe de capacités de prospective au niveau national y contribueront.

Une meilleure préparation suppose également de mieux assurer le suivi de la résilience, afin de surmonter les difficultés et d’engager les transitions de façon durable, équitable et démocratique. Les «tableaux de bord de la résilience» 85 , élaborés par la Commission (en coopération avec les États membres et les parties prenantes), annoncés dans le rapport de prospective stratégique 2020, constituent un pas important vers une approche plus intégrée pour mesurer le bien-être au-delà du PIB. L’approche multidimensionnelle sur laquelle ils reposent éclaire les défis qui nous attendent et les occasions à saisir, et aide à mieux comprendre la transformation de la société pour s’engager sur une trajectoire de développement plus durable. Les tableaux de bord de la résilience contribueront aussi à l’évaluation ex post de la stratégie de reprise et de résilience de l’Europe, notamment par rapport à d’autres acteurs-clés dans le monde.

IV.PRÉPARER LE TERRAIN POUR LES POLITIQUES DE DEMAIN

L’ordre mondial qui est en train d’émerger est de plus en plus multipolaire et concurrentiel. S’il est vrai que nous ne pouvons pas savoir ce que l’avenir nous réserve, c’est à nous qu’il appartient d’écrire le scénario le plus favorable pour préserver et renforcer la capacité et la liberté d’action de l’UE, grâce à une bonne compréhension des tendances lourdes, des incertitudes et des possibilités qui se présentent. La présente communication sert de base à une vision commune à long terme de l’autonomie stratégique ouverte de l’UE d’ici à 2050 et met en évidence la nécessité d’assurer une plus grande cohérence entre les diverses échéances et entre les programmes politiques interne et externe, dans dix domaines d’action (graphique 5).

Graphique 5: Principales implications pour la capacité et la liberté d’action de l’UE

Entre autres choses, l’UE s’efforcera avec détermination d’atteindre la neutralité climatique à l’horizon 2050 et renforcera son leadership mondial en la matière. L’économie, plus circulaire, sera alimentée par une énergie décarbonée, des technologies vertes et numériques et des talents de classe mondiale. La double transition renforcera la compétitivité, ouvrira des perspectives économiques et sociales et contribuera à stabiliser l’ordre mondial tout en réduisant les dépendances stratégiques de l’Union. L’avenir numérique hyperconnecté, reposant sur les mégadonnées, l’intelligence artificielle et le saut qualitatif, ne sera pas linéaire et comportera de nombreuses incertitudes. Étant donné ses incidences profondes et variées dans tous les secteurs, sur tous les territoires et dans la société, le progrès technologique doit s’appuyer sur une économie sociale de marché forte et un marché unique concurrentiel. Il requiert également une approche anticipative et inclusive en matière d’enseignement et de formation, pour donner à chacun les outils lui permettant de négocier le changement avec assurance. En encourageant et en facilitant la participation, nous rendrons également du tonus à nos démocraties.

En visant un leadership mondial à l’horizon 2050, l’UE ne se recroquevillera pas sur elle-même mais défendra fermement ses principes et ses valeurs et fera preuve d’agilité. En tant que pôle interconnecté au niveau planétaire dans un monde multipolaire, elle tirera en permanence avantage de ses étroits partenariats internationaux pour promouvoir la paix, la stabilité et la prospérité, en présentant un front uni contre les acteurs hostiles et les défis qui nous concernent tous. Elle prendra la tête de la coopération multilatérale effective tout en protégeant les citoyens et l’économie de l’Union contre les pratiques déloyales et abusives. L’Union tiendra sa promesse de réaliser la double transition de manière équitable et démocratique afin de conférer aux Européens de la prochaine génération la capacité et la liberté de tracer leur propre voie.

Le prochain rapport de prospective stratégique mettra l’accent sur une meilleure compréhension du couplage entre les transitions écologique et numérique, à savoir: comment elles peuvent se renforcer mutuellement, notamment par le recours à des technologies émergentes.

(1)

La communication repose sur le rapport de la série «Science for Policy» du Centre commun de recherches (JRC) intitulé JRC (2021), Shaping & securing the EU’s Open Strategic Autonomy by 2040 and beyond. Le processus de réflexion prospective s’est notamment appuyé sur des consultations avec les États membres et sur des discussions avec des partenaires au sein du système européen d’analyse stratégique et politique (ESPAS), sur une analyse bibliographique, sur une enquête Delphi (à laquelle ont participé les services de la Commission, le Service européen pour l’action extérieure et des acteurs concernés du monde universitaire, de l’industrie, de la société civile, de l’administration publique et d’institutions internationales), ainsi que sur l’élaboration de scénarios. En outre, les travaux en cours sur les tableaux de bord de la résilience , ainsi que d’autres activités de prospective, sont venus enrichir et éclairer l’analyse de l’autonomie stratégique ouverte de l’UE.

(2)

Rapport de prospective stratégique 2020 – Tracer la voie vers une Europe plus résiliente [COM(2020) 493].

(3)

GIEC (2021), Changement climatique 2021: les éléments scientifiques. Contribution du Groupe de travail I au sixième Rapport d’évaluation du groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat.

(4)

Organisation météorologique mondiale (2021), Bulletin de l’OMM sur les prévisions annuelles à décennales du climat à l’échelle mondiale.

(5)

Fédération internationale des sociétés de la Croix‑Rouge et du Croissant‑Rouge (2019), The Cost of Doing Nothing.

(6)

Ercin, E., Veldkamp, T.I.E. & Hunink, J. (2021), Cross‑border climate vulnerabilities of the European Union to drought (Nat Commun 12, 3322).

(7)

Naumann, G., Cammalleri, C., Mentaschi, L. et al. Increased economic drought impacts in Europe with anthropogenic warming. Nat. Clim. Chang. 11, 485‑491 (2021).

(8)

Commission européenne (2021); *Cet indicateur montre la quantité d’eau potable prélevée par les activités économiques par rapport au total des ressources renouvelables en eau potable disponibles. **Armed Conflict Location & Event Data Project (ACLED) (projet de collecte de données sur les zones de conflit et les événements liés), types d’événements pris en compte: batailles, explosions/violences à distance, violences contre des civils. Données sources: JRC, GADM, OIM, ACLED.

(9)

Agence européenne pour l’environnement (2019), L’environnement en Europe – État et perspectives 2020.

(10)

COM(2021) 380.

(11)

Kyle J. Foreman et al. (2018), Forecasting life expectancy, years of life and all‑cause and cause‑specific formality for 250 causes of death: reference and alternative scenarios for 2016‑2040 for 195 countries and territories (The Lancet).

(12)

C’est de l’UE qu’émane la plus grosse proportion des demandes de brevet au niveau mondial dans les technologies manufacturières de pointe et dans l’internet des objets pour la mobilité. Commission européenne, 2020, Rapport 2020 sur les performances de l’UE dans le domaine de la science, de la recherche et de l’innovation.

(13)

SDW(2021) 352.

(14)

Les États‑Unis investissent plus de 1 milliard d’EUR sur la période 2019‑2028, tandis que la Chine construit un laboratoire national des sciences de l’information quantique d’une valeur de 9 milliards d’EUR. JRC (2021), Shaping & securing the EU’s Open Strategic Autonomy by 2040 and beyond.

(15)

COM(2021) 118.

(16)

Gaz à effet de serre avec un effet de serre 25 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone.

(17)

Forum économique mondial (2015), Scaling technologies to decarbonise energy. La production d’énergie grâce à la fusion nucléaire peut contribuer à régler le problème des déchets radioactifs générés par la technique de la fission.

(18)

Forum économique mondial (2020), The future of jobs report 2020.

(19)

Pouliakas K. (2018), Determinants of automation risks in the labour market, a skills-needs approach, IZA Institute of Labour Economics.

(20)

Source: Commission européenne

(21)

OCDE (2021), What happened to jobs at risk of automation, policy brief on the future of work.

(22)

Parlement européen, E‑déchets dans l’Union européenne: faits et chiffres (infographie).

(23)

Freedom House, Freedom in the World 2021.

(24)

Alizada N., Cole R., Gastaldi L., Grahn S., Hellmeier S., Kolvani P., Lachapelle J., Lührmann A., Maerz S. F., Pillai S., Lindberg S. I., 2021. Autocratization Turns Viral. Democracy Report 2021. Université de Göteborg: V‑Dem Institute.

(25)

Voir, par exemple, Sharon Lecocq (2020), EU foreign policy and hybrid actors in the Middle East: ready for geopolitical contestation?, Global Affairs, 6:4‑5, 363‑380, DOI: 10.1080/23340460.2021.1872401.

(26)

Nations unies (2019), World population prospects.

(27)

JRC (2021), Shaping & securing the EU’s Open Strategic Autonomy by 2040 and beyond.

(28)

Le ratio total de dépendance liée à l’âge est le rapport entre le nombre de personnes susceptibles d’être dépendantes du soutien d’autres personnes dans leur quotidien – les jeunes et les personnes âgées – et le nombre de personnes capables de fournir ce soutien (Eurostat).

(29)

JRC (2019), Demographic scenarios for the EU: migration, population and education.

(30)

Nations unies (2019), World population prospects.

(31)

Cette évolution se ressent déjà dans les organisations internationales, où les économies émergentes façonnent les choix de manière croissante.

(32)

L’UE est aussi un membre «non énuméré» du G7. Comme elle participe à cette coopération en tant qu’organisation supranationale, elle n’est pas prise en compte dans la comparaison.

(33)

L’indicateur du développement humain a été créé pour souligner le fait que ce sont les personnes et leurs capacités qui doivent être le critère ultime pour apprécier le développement d’un pays, et non sa croissance économique seule.

(34)

Les chiffres représentent les parts du PIB nominal, mesurées en dollars courants. Ils proviennent des projections à long terme les plus récentes de l’OCDE (Perspectives économiques n° 103 — juillet 2018). Ajustée en fonction de la PPA, la croissance de la Chine et de l’Inde est plus rapide. Le PIB ajusté de la Chine dépasse déjà celui des États‑Unis ou de l’UE, et celui de l’Inde dépassera ceux-ci à l’horizon 2040. La raison en est que la convergence économique a tendance à entraîner une hausse des prix locaux (des services, par exemple), de sorte que l’ajustement en fonction de la PPA gonfle le PIB des économies émergentes par rapport à celui des économies développées. Les comparaisons fondées sur le PIB réel dans ces quatre exemples sont similaires à celles fondées sur le PIB nominal.

(35)

US National Intelligence Council (2021), Global trends 2040. Publié tous les quatre ans depuis 1997, ce rapport évalue les principales tendances et incertitudes qui façonneront l’environnement stratégique des États‑Unis au cours des 20 années suivantes. Le système européen d’analyse stratégique et politique a été consulté pour la préparation de l’édition la plus récente.

(36)

Commission européenne (2020), Rapport sur les conséquences de l’évolution démographique.

(37)

COM(2021) 118.

(38)

SDW(2021) 352. La nouvelle stratégie industrielle mise à jour recense plusieurs domaines dans lesquels la dépendance de l’UE par rapport à un petit nombre de fournisseurs est la plus saillante, c’est ce qu’on appelle les «écosystèmes sensibles» (par exemple, le secteur aérospatial et la défense, l’électronique, la santé, etc.). Dans leur document de travail, les services de la Commission annonçaient une seconde étape pour l’analyse des dépendances potentielles et un suivi périodique des dépendances actuelles et futures de l’Union.

(39)

Commission européenne (2020), lettre d’information de prospective Foresight ON consacrée à la santé.

(40)

Pour prendre un exemple: la forte dépendance de l’UE par rapport aux États‑Unis pour son approvisionnement en plasma, surtout lorsque d’autres fournisseurs ne sont pas disponibles, entrave ses capacités de mobilisation en matière de santé et ses possibilités de réagir si de nouvelles crises sanitaires publiques devaient survenir.

(41)

L’UE et un groupe de pays issus de toutes les régions de l’OMS ont mis sur pied une coalition en amont de la 74e session de l’Assemblée mondiale de la santé de mai 2021 afin de lancer un processus de rédaction d’une convention, d’un accord ou d’un autre instrument international de l’OMS sur la préparation et la réaction aux pandémies.

(42)

Commission européenne (2021), lettre d’information de prospective Foresight ON consacrée aux synergies entre les industries civiles, de défense et de l’espace.

(43)

Fraunhofer Institute for Systems and Innovation Research (2019), 50 trends influencing Europe’s food sector by 2035.

(44)

Commission européenne (2020), lettre d’information de prospective Foresight ON consacrée à la santé.

(45)

Accroître les ambitions de l’Europe en matière de climat pour 2030 – Investir dans un avenir climatiquement neutre, dans l’intérêt de nos concitoyens, SWD(2020) 176.

(46)

International Renewable Energy Agency (2018), Global energy transformation: a roadmap to 2050.

(47)

Source: Eurostat.

(48)

L’effet de l’économie numérique sur le PIB et la productivité fait toujours débat. Selon des simulations macroéconomiques récentes, la contribution supplémentaire cumulée au PIB de nouvelles technologies numériques d’ici à 2030 pourrait s’élever à 2 200 milliards d’EUR dans l’UE, soit une augmentation de 14,1 % par rapport à 2017 [DG CNECT (2020), Shaping the digital transformation in Europe]. Parallèlement, certains économistes relèvent que les nouvelles technologies ont peu d’effet sur le PIB et la productivité.

(49)

Ainsi, une mobilité multimodale connectée et automatisée associée à un partage de données sans discontinuité pourrait faciliter le transport plus écologique de personnes et de biens, réduire fortement le nombre de morts et de blessés sur les routes et améliorer la qualité et l’efficacité des systèmes de transport.

(50)

La Chine investit plus de 200 milliards d’USD dans le cadre du plan «Made in China 2025», avec l’ambition d’atteindre une autonomie de 70 % dans la production de puces d’ici à 2025. La Corée du Sud prévoit d’investir 450 milliards d’USD dans les semi-conducteurs d’ici à 2030, essentiellement dans les technologies de fabrication. L’entreprise taïwanaise Taiwan Semiconductor Manufacturing Company (TSMC) investit plus de 100 milliards d’USD en trois ans pour accroître sa capacité de production.

(51)

Commission européenne (2020), Critical materials for strategic technologies and sectors in the EU – A foresight study.

(52)

Matières premières critiques telles que le magnésium, le niobium, le germanium, les borates, le cobalt et le béryllium, et terres rares telles que le dysprosium, le samarium, le néodyme, le praséodyme et l’yttrium.

(53)

Commission européenne (2021), Tableau de bord sur les matières premières, 3e édition.

(54)

JRC (2021), Shaping & securing the EU’s Open Strategic Autonomy by 2040 and beyond.

(55)

Bradford A. (2020), The Brussels effect – how the European Union rules the world.

(56)

COM(2021) 66.

(57)

Rapport sur la stabilité et l’intégration financières européennes (EFSIR), SWD(2021) 113.

(58)

Commission européenne (2020), Emploi et progrès social en Europe.

(59)

Les niveaux actuels varient entre 47,5 % et 79,3 %, voir COM(2020) 152.

(60)

La proportion de jeunes adultes ayant des compétences numériques plus que rudimentaires est supérieure à 50 % et continue de croître; voir les travaux en cours du JRC sur le tableau de bord de la «résilience numérique», fondé sur des données Eurostat (compétences numériques) et PREDICT CORE (emplois disponibles dans les technologies de pointe).

(61)

Commission (2019), Emploi et progrès social en Europe.

(62)

JRC (2019), Demographic scenarios for the EU: migration, population and education.

(63)

PPMI, IDEA Consult et WIFO (2020), étude MORE4, ensemble de données de soutien et analyse concernant la mobilité et les carrières des chercheurs.

(64)

Dans le cadre du mécanisme de protection civile de l’UE, les États membres et l’Islande, la Norvège, la Serbie, la Macédoine du Nord, le Monténégro et la Turquie coopèrent en matière de protection civile pour améliorer la prévention, l’état de préparation et la réaction en cas de catastrophe. La surveillance permanente exercée par le Centre de coordination de la réaction d’urgence permet de déployer rapidement un soutien d’urgence grâce à un lien direct avec les autorités nationales chargées de la protection civile. Des équipes et des équipements spécialisés, tels que des bombardiers d’eau pour lutter contre les incendies de forêt, des équipes de recherche et de sauvetage, ainsi que des équipes médicales, peuvent être mobilisés rapidement pour des déploiements à l’intérieur et à l’extérieur de l’UE, en renfort des mesures prises par les pays touchés par les catastrophes.

(65)

Agence européenne de défense (2020), rapport CARD.

(66)

OTAN (2020), Science & technology trends 2020-2040: exploring the S&T edge.

(67)

Commission européenne (2020), lettre d’information de prospective Foresight ON consacrée à la sécurité.

(68)

Morgan Stanley (2016), The space economy’s next giant leap.

(69)

Voir, par exemple, https://www.un.org/sg/en/content/sg/speeches/2020-09-21/remarks-general-assembly-ceremony-marking-the-75th-anniversary-of-the-united-nations .

(70)

La Nouvelle banque de développement a pour mission de mobiliser les ressources pour les projets de développement dans les BRICS, les économies émergentes et les pays en développement.

(71)

Commission européenne, (2019), Communication sur les relations UE-Chine – Une vision stratégique.

(72)

Voir JOIN(2021) 20.

(73)

Sixième rapport d’étape sur les suites données aux propositions communes entérinées le 6 décembre 2016 et le 5 décembre 2017 par l’Union européenne et l’OTAN (juin 2021).

(74)

OTAN (2021), Communiqué du sommet de Bruxelles.

(75)

COM(2020) 640.

(76)

COM(2021) 550.

(77)

Les émissions de gaz à effet de serre dans l’Union européenne ont été réduites de 24 % entre 1990 et 2019, tandis que l’économie a connu une croissance de 60 % au cours de la même période. Commission européenne (2019), Le bilan de l’UE en matière d’action pour le climat.

(78)

JRC (2021), Shaping & securing the EU’s Open Strategic Autonomy by 2040 and beyond.

(79)

COM(2021) 66.

(80)

On entend par connectivité l’action de rapprocher les pays, les sociétés et les personnes. Elle englobe la mise en relation socioculturelle physique et institutionnelle, des accords sectoriels ainsi qu’une coopération réglementaire et technique dans des secteurs déterminés tels que les transports, l’énergie et le numérique.

(81)

L’approche de l’UE en matière de connectivité est exposée dans la communication conjointe intitulée «Relier l’Europe à l’Asie — Éléments fondamentaux d’une stratégie de l’UE» [JOIN(2018) 31].

(82)

L’«Équipe d’Europe» se compose de l’UE, de ses États membres et de leurs réseaux diplomatiques, d’institutions financières, dont des banques nationales de développement, et d’organismes de mise en œuvre, ainsi que de la Banque européenne d’investissement et de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement.

(83)

Agence européenne pour l’environnement (2019), The European environment — state and outlook 2020.

(84)

https://futureu.europa.eu/?locale=fr

(85)

https://ec.europa.eu/info/strategy/strategic-planning/strategic-foresight/2020-strategic-foresight-report/resilience-dashboards_fr ; les tableaux de bord de la résilience constituent des outils permettant d’évaluer les vulnérabilités et les capacités de l’UE et des États membres sous quatre aspects: social et économique, écologique, numérique et géopolitique.

Documents similaires

Acte préparatoire52021M10585

Acte préparatoire — COM(2021) 10585

28/12/2021

Acte préparatoire52021M10535

Acte préparatoire — COM(2021) 10535

27/12/2021

Acte préparatoire52021DC0566

Acte préparatoire — 52021DC0566

22/12/2021

Acte préparatoire52021M10542

Acte préparatoire — COM(2021) 10542

22/12/2021

← Retour au droit européenVoir aussi sur EUR-Lex →