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Initiative législative52021IE2341

Initiative législative — 52021IE2341

CELEX52021IE2341
TypeInitiative législative
Datemercredi 20 octobre 2021

Texte intégral

4.3.2022

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 105/34


Avis du Comité économique et social européen sur le thème «L’incidence sociétale et écologique de l’écosystème de la 5G»

(avis d’initiative)

(2022/C 105/06)

Rapporteur:

Dumitru FORNEA

Décision de l’assemblée plénière

25.3.2021

Base juridique

Article 32, paragraphe 2, du règlement intérieur

Avis d’initiative

Compétence

Section «Transports, énergie, infrastructures et société de l’information»

Adoption en section

7.10.2021

Adoption en session plénière

20.10.2021

Session plénière no

564

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

210/2/19

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le CESE relève que la numérisation et le développement des communications électroniques, s’effectuant à vive allure, exercent un fort effet sur l’économie et, plus largement, sur toute la société. Si elle utilise ces technologies de manière responsable, l’humanité disposera d’une chance, unique dans l’histoire, de construire une société plus juste. Néanmoins, le risque existe aussi qu’à défaut d’y prêter toute l’attention voulue et d’exercer le contrôle démocratique nécessaire, nos communautés soient confrontées à de graves défis pour la gestion future de ces systèmes technologiques.

1.2.

Le CESE reconnaît que les infrastructures de communication électronique peuvent déboucher sur de grandes avancées dans la qualité de vie des citoyens et exercer un impact direct dans la lutte contre la pauvreté. La technologie de la 5G offre des perspectives exceptionnelles pour améliorer les services de santé offerts à la population, en développant la télémédecine et en donnant un meilleur accès aux soins médicaux. La collectivité a conscience du rôle important que la médecine à distance a joué lors de la pandémie.

1.3.

Le CESE fait observer que même si le débat sur le déploiement des réseaux de la 5G s’est mué en échanges dominés par la controverse et la politisation, il ne s’en impose pas moins de clarifier les enjeux d’ordre social, sanitaire et environnemental de cette question, en associant à la démarche les citoyens et l’ensemble des acteurs concernés.

1.4.

Le CESE encourage la Commission européenne à marquer des progrès dans le processus d’évaluation de l’impact que les nouvelles technologies de la 5G et de la 6G produisent dans toute une série de secteurs, en tenant compte de la nécessité de disposer d’instruments et de mesures pour faire face aux risques et remédier aux vulnérabilités. Aussi recommande-t-il d’allouer des fonds européens et nationaux pour effectuer des recherches multidisciplinaires et des études d’impact qui soient plus fouillées, ciblent les incidences tant humaines qu’environnementales et s’attachent par ailleurs à diffuser les résultats obtenus, afin d’éclairer l’opinion publique et les décideurs.

1.5.

Le CESE propose que la Commission européenne, consultant les citoyens et les organisations de la société civile et associant à sa démarche toutes les institutions publiques concernées, puisse contribuer au processus de prise de décision concernant l’impact sociétal et écologique des communications électroniques mobiles.

1.6.

Le CESE estime que l’Union européenne a besoin d’une instance européenne indépendante qui, recourant aux méthodologies les plus modernes, s’inscrivant pleinement dans le paysage technologique actuel et adoptant une approche pluridisciplinaire, élabore des lignes directrices pour assurer, en cas d’exposition aux rayonnements électromagnétiques dus aux radiofréquences, la protection tant de la population en général que des travailleurs concernés.

1.7.

Le CESE recommande de réaliser un inventaire de toutes les stations de transmission de radiofréquences et des bandes de fréquences sur lesquelles elles opèrent, ainsi que de publier cette information, afin d’améliorer l’aménagement du territoire et la protection des intérêts des citoyens, en particulier lorsqu’ils font partie de groupes vulnérables, qu’il s’agisse des enfants, des femmes enceintes ou des personnes atteintes de maladies chroniques, âgées ou souffrant d’hypersensibilité électromagnétique. Il importe également que la santé et la sécurité des travailleurs soient prises en compte.

1.8.

Le CESE soutient l’idée que dès leur fabrication en usine, les équipements du réseau de la 5G soient obligatoirement pourvus des moyens de fournir aux organisations de consommateurs et au public intéressé des informations, communiquées en temps réel et accessibles publiquement, concernant leur puissance d’émission et d’autres paramètres techniques pertinents. Ces données devront être centralisées, gérées et communiquées par les autorités compétentes.

1.9.

Le CESE a la conviction que le suivi et le contrôle de la pollution électromagnétique doivent s’effectuer sur la base d’une approche scientifique rigoureuse, de nature interinstitutionnelle et interdisciplinaire, qui puisse s’appuyer sur la disponibilité d’appareillages modernes pour mesurer les paramètres des réseaux de communications électroniques, de manière à en déceler et évaluer correctement les effets cumulatifs sur des périodes plus étendues.

1.10.

S’il n’existe pas de données scientifiques reconnues concernant un impact négatif de la 5G sur la santé humaine, le CESE estime qu’il est nécessaire d’assurer une surveillance permanente de ses effets d’ordre social, sanitaire et environnemental à l’aune du principe de précaution. Il admet les inquiétudes que soulèvent ses effets sur la santé, dont ceux qui sont d’ordre thermique ou non thermique ou ont trait à l’intensité de l’exposition ou à ses effets à long terme. Certaines régions ou zones seront exposées de manière plus concentrée que d’autres et, dans ce cas, il y aurait lieu d’envisager des mesures spécifiques, y compris en recommandant d’étendre l’application du principe dit ALARA («aussi faible que raisonnablement possible») afin de limiter les effets du rayonnement électromagnétique produit par les réseaux de la 5G.

1.11.

Le CESE relève qu’il est pratiquement impossible d’éviter que la population ne soit exposée à toute une série de champs électromagnétiques. Il conviendrait que les partenaires sociaux soient associés d’emblée au réexamen des valeurs limites d’exposition fixées par la directive concernant les prescriptions minimales de sécurité et de santé relatives à l’exposition des travailleurs aux risques dus aux agents physiques (champs électromagnétiques) (1). Leurs effets non thermiques devraient faire l’objet d’une attention particulière.

1.12.

Il y a lieu de renforcer et consolider les mesures visant à protéger la santé et assurer la sécurité, en effectuant un suivi rigoureux des niveaux de rayonnement et en appliquant strictement les normes sécuritaires pour les personnes qui travaillent à proximité de sources de rayonnement électromagnétique.

1.13.

Le CESE relève qu’il est nécessaire de procéder à une mise à jour des mécanismes institutionnels qui visent à faire respecter l’ensemble des droits de l’homme dans le nouveau contexte modelé par l’hypernumérisation, l’hyperautomatisation et l’hyperconnectivité que facilite la 5G, étant donné que tout développement technologique doit intégrer ces valeurs universelles, représentant une dimension appréciable et indispensable dans toute évaluation du rapport coûts-avantages.

1.14.

Le CESE comprend les inquiétudes que nourrissent les citoyens s’agissant d’avoir la garantie que leurs droits de propriété seront sauvegardés lors de l’implantation des antennes, de même que leur droit de disposer de leur propre corps dans un contexte où les réseaux de la 5G vont investir tout l’espace, depuis leurs maisons jusqu’aux satellites en orbite. Il est impératif de respecter le droit de propriété et les choix de la population. La notion de consentement éclairé devrait faire l’objet d’une définition en bonne et due forme, afin que le citoyen ait réellement le droit d’exprimer son accord librement et de manière totalement informée et valide.

1.15.

Le CESE est favorable à ce que l’Europe consolide ses capacités en matière de prévention, d’éducation et de protection face aux risques de cybersécurité, tant en renforçant les institutions concernées, comme l’Agence de l’Union européenne pour la cybersécurité (ENISA), qu’en établissant des instruments technologiques, institutionnels et juridiques qui garantissent que les droits des citoyens soient respectés. Pour parer à certaines menaces touchant à la sécurité, l’Union européenne devrait investir davantage dans le développement de ses propres technologies et le soutien à l’industrie et aux développeurs du domaine technologique. Il est plus important encore que ces actions soient taillées sur mesure pour encourager les PME européennes à développer des infrastructures 5G sûres et fiables.

2. Introduction

2.1.

La 5G ne représente pas une innovation technologique en soi, mais constitue plutôt un nouveau stade dans l’évolution de technologies existantes, allant de la 1G à la 4G, avec lesquelles elle coexistera. Il en résultera un réseau lui-même composé d’un assemblage de réseaux, utilisant des bandes de fréquences plus nombreuses et variées, recourant à toute une gamme de dispositifs destinés au partage de données et donnant lieu à une multitude d’interactions avec les utilisateurs. Pour certaines d’entre elles, ces innovations en matière d’équipement et technologies pourraient produire d’autres effets que celles des générations précédentes.

2.2.

La technologie 5G devrait offrir la possibilité de réaliser une hyperconnectivité sans fil, de connecter un nombre énorme d’appareils et d’accélérer nettement les vitesses de transfert, exprimées en gigabits par seconde (Gbps). Pour y parvenir, elle recourra à l’agrégation du spectre de formation de faisceaux et aux connexions multiples en parallèle, en utilisant tout à la fois des antennes de type MIMO massif, pour la station de base avec réseau à commande de phase de l’opérateur, et MIMO classique, pour le périphérique client, et en pratiquant des temps de latence faibles, de l’ordre de la milliseconde, pour l’infrastructure de l’opérateur, mais non pour communiquer avec le reste de l’internet.

2.3.

Il ressort d’une étude de 2019 réalisée par l’association d’opérateurs mobiles GSMA que les nouvelles capacités des réseaux 5G sont nécessaires pour rendre opérationnels les véhicules autonomes, la réalité virtuelle et augmentée et l’internet tactile, les autres applications pouvant être assurées au moyen de la technologie actuelle, soit la 4G «évolution à long terme» (LTE) et la fibre optique. En outre, la technologie 5G accélérera l’évolution vers l’industrie 4.0 et facilitera le développement des applications fondées sur l’intelligence artificielle, de sorte qu’elle passe pour jouer un rôle capital et être une composante essentielle dans le développement d’une économie moderne, de plus en plus automatisée et numérisée.

2.4.

À travers le monde, certaines communautés scientifiques ont avancé des éléments de preuve (2) pour établir qu’il existe des raisons légitimes de nourrir des inquiétudes dès lors que le corps humain et les autres organismes biologiques se trouvent soumis, de manière prolongée et en tout lieu, au spectre de fréquences des microondes utilisées par les réseaux de la 5G et aux faisceaux et radiofréquences de l’ordre de dizaines de gigahertz qui sont spécifiques à ces technologies, ainsi que de craindre que des effets potentiellement néfastes en résulte pour la santé humaine, la biodiversité et l’environnement. Jusqu’à présent, toutefois, aucune des instances publiques responsables en la matière, qu’elles relèvent de l’Union européenne ou du niveau national, n’a mentionné l’existence d’une quelconque preuve scientifique concernant un impact négatif de la 5G sur la santé humaine. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) déclare qu’«à ce jour, et malgré les nombreuses recherches effectuées, aucun lien de causalité n’a été établi entre l’exposition aux technologies sans fil et des effets dommageables pour la santé».

2.5.

La 5G, ainsi que les nouvelles technologies dont elle facilite l’émergence, comportent leur lot d’incertitudes et, à l’instar de toutes les innovations technologiques, elles pourraient avoir certains effets qui, pour l’heure, ne sont pas encore visibles. La société civile estime que si l’on veut aborder sous un angle adéquat toute question concernant l’impact de la 5G sur la santé publique et empêcher que l’opinion publique ne soit en proie à la désinformation, il y a lieu de mettre en place la gouvernance capable d’anticiper qui s’impose, en appliquant le principe de précaution au processus législatif européen visant à réglementer cette nouvelle génération technologique de communications électroniques.

3. Observations générales

3.1.

D’une manière générale, les institutions internationales, les entreprises et les pouvoirs publics nationaux ne cachent pas leur enthousiasme quant aux avantages qu’apportera la 5G. Il n’en est pas moins nécessaire d’étudier si certains effets dommageables ne pourraient pas résulter du développement de son écosystème et, partant, quelles sont les conditions à réunir afin d’obtenir l’adhésion de la société à ces infrastructures et services qui exerceront sur elle un impact sociétal significatif.

3.2.

Du fait de l’accélération qu’a connu le développement des technologies de communication électronique et de l’infrastructure internet, un débat a pris corps, au sein de la population et de la société civile organisée des pays développés, s’agissant de déterminer s’il est nécessaire et judicieux d’accélérer de manière exponentielle le développement des réseaux des technologies de l’information et de la communication. Les pouvoirs publics doivent reconnaître les défis qui se posent quant à la manière dont ces systèmes technologiques pourraient exercer une incidence sur l’environnement, les organismes vivants et les droits individuels du citoyen.

3.3.

Au niveau européen, les préoccupations que soulèvent les effets potentiels de la pollution électromagnétique sur la santé sont exposées dans le considérant 31 de la décision no 243/2012/UE du Parlement européen et du Conseil (3), qui fait valoir qu’«une approche cohérente dans le domaine des autorisations liées au spectre dans l’Union devrait tenir pleinement compte de la protection de la santé publique à l’égard de l’exposition aux champs électromagnétiques, qui est essentielle pour le bien-être des citoyens. Tout en respectant la recommandation 1999/519/CE du Conseil du 12 juillet 1999 relative à la limitation de l’exposition du public aux champs électromagnétiques (de 0 Hz à 300 GHz), il est primordial de surveiller en permanence les effets sur la santé des rayonnements ionisants et non ionisants liés à l’utilisation du spectre, y compris les effets cumulés, en situation réelle, de l’utilisation de différentes fréquences par un nombre croissant de types d’équipements».

4. Observations particulières

La technologie de la 5G et son incidence sur les droits civils des citoyens

4.1.

Ces dernières années, plusieurs organisations de la société civile, dans l’Union européenne comme dans des pays situés ailleurs dans le monde, ont mis en garde contre les effets néfastes et les situations de crise graves et complexes qui pourraient résulter d’un manque de contrôle démocratique et de transparence, ainsi que des menaces en matière de sécurité dues à la dépendance à l’égard de technologies fournies par des intervenants de pays tiers.

4.2.

Le secteur des communications électroniques et ses applications disruptives du type de la 5G reposent sur l’exploitation de deux ressources d’une très haute importance. La première est l’utilisation du spectre des radiofréquences, lequel constitue une ressource naturelle limitée, qui appartient à la population et que les gouvernements nationaux gèrent en son nom par le truchement d’agences nationales ou d’autres instances publiques, qui les louent aux opérateurs de communications électroniques.

4.3.

La seconde de ces ressources essentielles consiste en l’accès aux données et métadonnées des consommateurs et des particuliers, qui, dans le contexte de l’essor du marché des services numériques, recèlent une valeur exceptionnelle et procurent d’énormes profits aux entreprises qui les exploitent. Dans son avis sur le thème «Une stratégie européenne pour les données» (4), le CESE a mis en évidence certains des défis qui se posent en la matière.

4.4.

Eu égard aux observations qui précèdent, il convient de souligner qu’à l’instar de bien d’autres technologies, la 5G et le partage et l’agrégation de données offrent un puissant moyen de renforcer la société civile, d’accroître l’efficacité et la fiabilité des services publics et de réduire les inégalités, de par l’élan qu’ils impriment à la croissance économique. En conséquence, l’Union européenne et les États membres devraient exploiter la technologie de la 5G pour améliorer l’accès à des données de haute qualité et développer les infrastructures de l’administration numérique, ou administration en ligne, de façon à rendre les institutions publiques et démocratiques plus proches de la population.

4.5.

Le déploiement responsable et durable des infrastructures de communication électronique devrait dès lors améliorer la qualité de vie des citoyens ordinaires, en particulier dans les régions et les pays moins développés. L’essor de ces technologies exerce donc une incidence directe pour lutter contre la pauvreté.

4.6.

Grâce à la directive (UE) 2018/1972 du Parlement européen et du Conseil (5), en l’occurrence dans ses articles 42, 43 et 44, l’Union européen a créé, aux fins d’assurer le déploiement rapide des réseaux de la 5G, un cadre réglementaire qui facilite l’accès des opérateurs de communications électroniques aux propriétés où doivent être implantés les équipements et les éléments d’infrastructure qui sont absolument nécessaires au déploiement desdits réseaux. La société civile contrôle l’interprétation qui est faite de cette disposition, pour éviter que la transposition de la directive n’ouvre la porte à des dérogations inconstitutionnelles à la garantie des droits de propriété des citoyens.

Impact environnemental de l’écosystème de la 5G

4.7.

Certaines organisations de la société civile ont attiré l’attention sur l’impact que les nouveaux réseaux de la 5G produisent sur l’environnement. Certaines de leurs objections portent sur les lacunes dans la production d’études d’impact environnemental, ou sur l’inadéquation des mécanismes et mesures destinés à réduire l’empreinte énergétique des infrastructures des réseaux de la 5G ou encourager le recyclage des déchets électroniques (6).

4.8.

Afin d’évaluer correctement l’impact environnemental et climatique de la 5G, les pouvoirs publics doivent prendre en considération des critères tels que ses émissions de gaz à effet de serre (7), la disponibilité des matières premières critiques et la consommation que cette technologie en fait, ou encore l’énergie, considérée du point de vue du volume comme des sources de production, qui est nécessaire pour assurer le fonctionnement de tous les objets connectés et employés dans l’environnement de l’internet des objets (IdO), ainsi que pour acheminer les données sans fil et gérer leurs points de centralisation et de transit.

4.9.

Avec le déploiement de la technologie de la 5G et de l’internet des objets, les nouveaux équipements de ce réseau, qui se comptent en milliards, ainsi que les objets d’usage domestique, qu’ils consistent en appareils électroniques, électroménagers, installations ou autres, viendront grossir le volume des déchets de la catégorie électronique (8), et il s’agit là d’un aspect à prendre en compte, dans le contexte du concept de l’économie circulaire, ainsi que des politiques qui visent le «zéro déchet».

Inquiétudes concernant l’incidence des réseaux 5G sur la santé humaine et les organismes vivants

4.10.

La 5G ouvre d’énormes perspectives d’avancées en matière de santé des populations. Avec le déploiement des infrastructures des technologies de l’information et de la communication et l’arrivée de la 5G, la télémédecine accélérera sa progression, notamment en exploitant le concept de l’internet des objets. Par la 5G, il devient possible de réaliser à distance des interventions chirurgicales complexes et, ainsi, d’améliorer largement les possibilités de bénéficier de soins médicaux de grande qualité, en particulier dans le cas des personnes qui n’ont pas les moyens de se rendre à l’étranger pour recevoir le traitement qui leur est nécessaire.

4.11.

L’essor de la télémédecine revêt une importance toute particulière en période de pandémie, lorsque l’accessibilité des soins médicaux en présentiel est fortement réduite. En outre, la technologie de la 4G a permis le développement de la téléradiologie. Grâce aux infrastructures des technologies de l’information et de la communication, des patients ont pu, quel que soit l’endroit où ils se trouvaient, recevoir un diagnostic à distance, au moyen de l’imagerie par résonance magnétique ou tomodensitométrie, et obtenir une prestation médicale de qualité. Ce processus va se développer encore avec la technologie de la 5G, de sorte que les patients pourront bénéficier d’un meilleur accès à des dispositifs diagnostiques et des services médicaux directs qui sont fournis à distance.

4.12.

En revanche, le développement technologique a connu au cours de ces vingt dernières années une accélération qui a eu pour conséquence de faire proliférer les champs électromagnétiques et, partant, d’accroître la pollution due à ce «brouillard électromagnétique», dont il y a lieu d’aborder l’incidence au moyen d’une approche fondée sur des données probantes, afin d’évaluer le risque réel.

4.13.

Reconnue par le Parlement européen (9), le CESE (10) et le Conseil de l’Europe (11), l’«hypersensibilité électromagnétique» ou «intolérance électromagnétique» est une maladie qui touche un certain nombre de personnes et l’on prévoit que son incidence est susceptible d’augmenter avec le déploiement de la 5G, qui nécessite un réseau beaucoup plus dense d’équipements électroniques.

4.14.

Des études réalisées dans le monde entier arrivent à la conclusion que si les normes nationales ou celles de la CIPRNI sont respectées, les effets biologiques des rayonnements électromagnétiques ne présentent aucun risque pour la santé. Dans le même temps, nous disposons aussi de travaux, menés depuis les années 1970 jusqu’à aujourd’hui (12), qui ont conclu à l’existence de dangers pour la santé humaine (13).

4.15.

Dans leurs rapports respectifs de 2019 et 2020 sur les préoccupations relatives à l’exposition à long terme de l’homme aux champs électromagnétiques produits par la 5G, la Commission européenne et la Commission fédérale des communications (FCC) des États-Unis (14) font valoir qu’il n’existe pas de preuves scientifiques cohérentes ou crédibles concernant des problèmes de santé qui seraient causés par l’exposition à l’énergie des radiofréquences émises par les téléphones portables.

4.16.

Voici plusieurs années, l’Organisation mondiale de la santé avait classé le champ électromagnétique produit par les radiofréquences parmi les agents cancérogènes potentiels, mais la position qu’elle soutient à présent est similaire à celle des autorités européennes et américaines. Dans le contexte du déploiement des réseaux de la 5G, elle a toutefois annoncé qu’en 2022, elle procéderait à une nouvelle évaluation des risques liés aux champs électromagnétiques pour le spectre des radiofréquences, entre 3 kHz et 3 000 GHz (15).

4.17.

La version finale de la résolution 1815 que le Conseil de l’Europe a adoptée le 27 mai 2011 sur le thème «Le danger potentiel des champs électromagnétiques et leur effet sur l’environnement» met en garde contre l’impact de la pollution électromagnétique sur la santé humaine et formule un ensemble de recommandations, de nature générale ou plus spécifique, pour appliquer une approche cohérente, à moyen et long terme, face aux défis posés par l’explosion des communications mobiles. Le texte souligne qu’il est nécessaire de prendre toutes les mesures raisonnables pour réduire l’exposition aux champs électromagnétiques, conformément au principe dit «ALARA» (16), qui doit obligatoirement s’appliquer en cas de rayonnement ionisant.

4.18.

On trouve certaines études avançant que le rayonnement émis par les téléphones mobiles et les infrastructures de communication sans fil, y compris s’agissant d’émissions non thermiques, produit des effets qui présentent des risques pour la santé humaine, du point de vue neuronal, reproductif, oncologique et génotoxique (17). Sur la base des évaluations et méthodologies qui leur sont propres, les institutions concernées estiment toutefois que ces rayonnements sont inoffensifs pour l’humain.

4.19.

Comme indiqué ci-dessus, nous disposons d’études qui ont examiné l’impact des rayonnements électromagnétiques sur la santé humaine et animale. Toutefois, on n’a guère démêlé jusqu’à présent, et encore moins divulgué, les incidences complexes que l’exposition aux rayonnements électromagnétiques non ionisants peut avoir sur la faune et la flore, sous la forme d’effets non thermiques. Les études les mieux connues évoquent un impact significatif et immédiat sur les insectes pollinisateurs et les oiseaux, mais l’incidence à long terme des émissions électromagnétiques sur les écosystèmes du vivant suscite de vives préoccupations chez certains scientifiques.

Assertions en rapport avec les normes de la CIPRNI (18)

4.20.

La Commission européenne et la grande majorité des gouvernements nationaux dans le monde feront usage des lignes directrices de la CIPRNI pour établir des valeurs limites d’exposition de la population aux rayonnements électromagnétiques. Mises à jour et publiées en 2020, ces lignes directrices ont également pris en considération les deux paramètres propres à la 5G que sont la formation de faisceaux et les fréquences concernées mais elles n’ont tenu compte ni de l’agrégation desdites fréquences, ni de la densification des connexions.

4.21.

Même si la CIPRNI déploie des efforts de communication considérables pour diffuser une information circonstanciée sur les méthodes scientifiques qu’elle utilise afin de définir ses lignes directrices en matière de protection, elle ne reconnaît comme potentiellement nocifs que les effets thermiques des rayonnements électromagnétiques.

4.22.

L’étude STOA réalisée par le Parlement européen (19), en concordance avec les recommandations de la résolution 1815 adoptée par le Conseil de l’Europe en 2011, plaide pour le respect du principe de précaution, un réexamen des limites proposées par la CIPRNI et l’instauration de mesures techniques et administratives qui réduisent l’impact de la pollution électromagnétique due aux communications électroniques.

4.23.

Les mesures proposées visent notamment à doter l’infrastructure de communication d’une architecture plus responsable, en ce qui concerne l’emplacement des antennes et autres équipements spécifiques, à assurer que le grand public soit dûment informé des effets potentiels de la pollution électromagnétique et des moyens qui peuvent être mis en œuvre pour réduire l’impact de l’exposition aux rayonnements électromagnétiques, ou encore à développer des capacités de surveillance des champs électromagnétiques. Il conviendrait d’allouer des fonds européens et nationaux pour effectuer des recherches multidisciplinaires et des études d’impact qui soient plus fouillées et portent sur l’homme et l’environnement, ainsi que pour diffuser les résultats obtenus, afin d’éclairer l’opinion publique et les décideurs.

La cybersécurité de la 5G: les outils et mesures et leur efficacité

4.24.

Dans son avis sur la «sécurité du déploiement de la 5G — boîte à outils de l’UE» (20), le CESE avait déjà mis en lumière les nombreux défis de sécurité que pose la 5G. Les failles de cybersécurité de la 4G qui n’ont pas encore trouvé de remède s’aggraveront encore dans la 5G. Elles se situent au niveau technique de l’architecture du réseau, de sa topologie et de son protocole, ainsi que l’Agence de l’Union européenne pour la cybersécurité (ENISA) (21) en a fait l’inventaire, et, à en croire le rapport sur la sécurité des réseaux et des systèmes d’information (SRI) (22), il n’est toujours pas possible de les contrer par des mesures efficaces.

4.25.

Pour parer à certaines menaces touchant à la sécurité, l’Union européenne devrait investir davantage dans le développement de ses propres technologies et le soutien à l’industrie et aux développeurs du domaine technologique. Il est plus important encore que ces actions soient taillées sur mesure pour encourager les PME européennes à développer des infrastructures 5G sûres et fiables.

Bruxelles, le 20 octobre 2021.

La présidente du Comité économique et social européen

Christa SCHWENG


(1) Directive 2013/35/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 concernant les prescriptions minimales de sécurité et de santé relatives à l’exposition des travailleurs aux risques dus aux agents physiques (champs électromagnétiques) (vingtième directive particulière au sens de l’article 16, paragraphe 1, de la directive 89/391/CEE) et abrogeant la directive 2004/40/CE (JO L 179 du 29.6.2013, p. 1).

(2) https://ehtrust.org/environmental-health-trust-et-al-v-fcc-key-documents/

(3) Décision no 243/2012/UE du Parlement européen et du Conseil du 14 mars 2012 établissant un programme pluriannuel en matière de politique du spectre radioélectrique (JO L 81 du 21.3.2012, p. 7).

(4) TEN/708 (JO C 429 du 11.12.2020, p. 290).

(5) Directive (UE) 2018/1972 du Parlement européen et du Conseil du 11 décembre 2018 établissant le code des communications électroniques européen (JO L 321 du 17.12.2018, p. 36).

(6) https://www.greenpeace.org/static/planet4-eastasia-stateless/2021/05/a5886d59-china-5g-and-data-center-carbon-emissions-outlook-2035-english.pdf

(7) https://www.hautconseilclimat.fr/wp-content/uploads/2020/12/rapport-5g_haut-conseil-pour-le-climat.pdf

(8) https://www.itu.int/en/ITU-D/Climate-Change/Pages/Global-E-waste-Monitor-2017.aspx

(9) Résolution du Parlement européen du 2 avril 2009 sur les préoccupations quant aux effets pour la santé des champs électromagnétiques, 2008/2211(INI), paragraphe 28, https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/TA-6-2009-0216_FR.html?redirect

(10) Avis du CESE sur le thème de la «sécurité du déploiement de la 5G — Boîte à outils de l’UE», TEN/704 (JO C 429 du 11.12.2020, p. 281).

(11) Résolution 1815 (2011), version finale, paragraphe 8.1.4, http://assembly.coe.int/nw/xml/XRef/Xref-XML2HTML-fr.asp?fileid=17994

(12) https://bioinitiative.org/updated-research-summaries/

(13) Defence Intelligence Agency, Biological Effects of Electromagnetic Radiation (Radiowaves and Microwaves) («Agence du renseignement de la défense, Effets biologiques des rayonnements électromagnétiques, ondes radio et micro-ondes»), mars 1976.

(14) La position adoptée par la FCC a été combattue devant les tribunaux par des organisation de la société civile américaine; voir https://ehtrust.org/eht-takes-the-fcc-to-court/

(15) Conformément au règlement des radiocommunications de l’Union internationale des télécommunications (UIT).

(16) Le principe ALARA, ou «aussi faible que raisonnablement possible», selon l’abréviation de l’anglais As Low As Reasonably Achievable, est utilisé pour la mise en place de programmes de protection contre les rayonnements ionisants.

(17) Voir, par exemple, l’étude REFLEX, de 2004, réalisée pour le compte de l’Union européenne par douze institutions universitaires, avec un budget total de plus de 3 millions d’euros, dont 2 059 000 émanant de la Commission européenne.

(18) Commission internationale de protection contre les rayonnements non ionisants.

(19) https://www.home-biology.com/images/emfsafetylimits/EuropeanParliamentSTOA.pdf

(20) JO C 429 du 11.12.2020, p. 281.

(21) https://www.enisa.europa.eu/publications/enisa-threat-landscape-report-for-5g-networks/at_download/fullReport

(22) https://ec.europa.eu/newsroom/dae/document.cfm?doc_id=64468


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