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Initiative législative52021IE2523

Initiative législative — 52021IE2523

CELEX52021IE2523
TypeInitiative législative
Datemercredi 8 décembre 2021

Texte intégral

6.4.2022

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 152/13


Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Le rôle de l’impôt sur les sociétés dans la gouvernance d’entreprise»

(avis d’initiative)

(2022/C 152/03)

Rapporteur:

Krister ANDERSSON

Décision de l’assemblée plénière

25.3.2021

Base juridique

Article 32, paragraphe 2, du règlement intérieur

Avis d’initiative

Résolution

Compétence

Section «Union économique et monétaire et cohésion économique et sociale»

Adoption en section

23.11.2021

Adoption en session plénière

8.12.2021

Session plénière no

565

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

223/4/11

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le CESE estime que la réponse du secteur privé au plan de relance et à l’instrument NextGenerationEU sera essentielle pour réaliser et instaurer efficacement une économie plus verte et numérisée. Les politiques publiques doivent donc prévoir les incitations appropriées. Les politiques économiques, et en particulier les politiques fiscales et celles qui ont une incidence sur la gouvernance d’entreprise, doivent prévoir un processus décisionnel efficace et une allocation utile des ressources, en vue de promouvoir la réalisation des objectifs sociaux.

1.2.

Le CESE estime que pour mettre en place une économie verte et numérisée durable, il y a lieu de remédier à la distorsion du financement dette/capital dans la fiscalité.

1.3.

Le CESE invite instamment les États membres à rendre leurs systèmes fiscaux plus neutres en ce qui concerne le financement par l’emprunt et sur fonds propres. Cela encouragerait la diversification des sources de financement et rendrait l’économie européenne plus résiliente.

1.4.

Le CESE se félicite des initiatives prises par la Commission européenne pour présenter des mesures en vue de lutter contre la distorsion fiscale en faveur de l’endettement dans les systèmes d’imposition des sociétés d’ici le premier trimestre 2022.

1.5.

Le Comité souligne que pour les nouvelles entreprises et les investisseurs qui recherchent des possibilités d’investissement plus écologiques et numérisées, il est essentiel de disposer d’un marché des capitaux qui fonctionne bien. Le CESE demande dès lors que de nouvelles mesures soient prises en vue de l’achèvement de l’union des marchés des capitaux (UMC).

1.6.

Les investissements dans les nouvelles technologies vertes sont perçus comme très risqués, d’où le recours fréquent au financement sur fonds propres. Les dividendes contribuent à renforcer la liquidité sur le marché, y compris lorsqu’ils peuvent être perçus comme effectués à trop court terme, et ils constituent une source importante de financement.

1.7.

Le CESE estime que les marchés des capitaux et les fonds privés peuvent jouer un rôle crucial pour encourager les entreprises à s’orienter vers une économie durable plus verte et numérisée. Toute action politique du législateur européen concernant la fiscalité, le droit des sociétés et la gouvernance d’entreprise devrait renforcer ce rôle.

1.8.

Le CESE note que, sous l’influence des directives et des règlements européens, le droit national des sociétés fait partie intégrante du système judiciaire de chaque État membre; il attribue les droits et les responsabilités aux niveaux appropriés au sein de la structure juridique. Les règles concernant la composition des conseils d’administration doivent être propres à chaque pays, en laissant aux propriétaires la capacité de décider.

1.9.

Le CESE encourage la Commission européenne à entreprendre des initiatives concrètes pour établir des taxes carbone similaires dans les différents États membres afin d’harmoniser les efforts pour parvenir à réduire de manière effective les niveaux de CO2. Dans l’idéal, le résultat devrait être la création de conditions uniformes sur l’ensemble du marché unique de l’Union s’agissant des taxes à appliquer aux émissions et/ou aux réductions, ainsi que des méthodes et des taux d’imposition spécifiques pour que l’impact soit le même sur le niveau de CO2 dans l’atmosphère.

1.10.

Le CESE réaffirme que les États membres devraient notamment adopter une politique fiscale globale et symétrique en matière d’environnement concernant l’incidence du CO2 sur le réchauffement planétaire. Il est nécessaire d’instaurer des taxes à des taux tant positifs que négatifs. Les recettes tirées des taxes sur le carbone devraient être utilisées pour financer des mesures d’incitation en faveur des techniques de réduction du niveau de CO2 aux échelons local, régional et national.

1.11.

Le CESE note que si la vente de produits forestiers est imposable à titre de revenu pour le propriétaire, il y a lieu de reconnaître que la plantation d’arbres et la croissance des forêts contribuent à réduire les émissions de CO2 dans l’atmosphère et devraient donc, selon une approche fiscale symétrique à l’égard du réchauffement planétaire, être encouragées par un impôt négatif sur le CO2. Il s’agirait d’une mesure importante pour atteindre les objectifs en matière de climat.

1.12.

Le CESE souligne la nécessité de parvenir à un accord universel sur le train de mesures fiscales de l’OCDE/G20 et de le mettre en œuvre de manière coordonnée au niveau mondial. Afin de promouvoir la numérisation de l’économie européenne, il importe que les règles unilatérales adoptées en Europe n’empêchent pas de poursuivre l’adaptation des nouveaux modèles commerciaux.

2. Introduction

2.1.

La pandémie de COVID-19 a infligé à l’économie européenne à la fois un choc de l’offre, qui perturbe les chaînes d’approvisionnement, et un choc de la demande, causé par une baisse de la demande des consommateurs. En conséquence, les investissements des entreprises européennes ont fortement diminué au cours de la pandémie, tandis que le volume global des dépôts bancaires a augmenté.

2.2.

Toutefois, la reprise gagne du terrain et est bien engagée. Afin de remodeler l’économie européenne conformément aux objectifs fixés par la Commission pour parvenir à une économie plus durable, plus écologique et numérisée, les investissements doivent soutenir les objectifs environnementaux, tandis que la numérisation contribue à accroître la productivité, tout en tenant compte de la transformation du marché du travail. Des initiatives tant privées que publiques sont nécessaires pour atteindre les objectifs environnementaux, économiques et sociaux.

2.3.

Grâce au budget à long terme de l’UE, avec notamment le plan de relance et l’instrument NextGenerationEU, le plus grand train de mesures de relance public jamais financé en Europe sera mis en œuvre.

2.4.

La réponse du secteur privé sera essentielle pour réaliser et instaurer efficacement une économie plus verte et numérisée. Les politiques publiques doivent donc prévoir les incitations appropriées. Les politiques économiques, et en particulier les politiques fiscales et celles qui ont une incidence sur la gouvernance d’entreprise, doivent prévoir un processus décisionnel efficace et une allocation utile des ressources.

2.4.1.

En ce qui concerne les fonds alloués aux États membres en réponse à la pandémie de COVID-19, des indicateurs clés doivent être mis en place pour comprendre la manière dont les montants investis sont dépensés dans chaque État membre (1).

2.5.

Les évolutions que connaît actuellement le paysage fiscal international sont les plus importantes depuis un siècle. Le bénéfice imposable de certaines des très grandes entreprises sera transféré du pays de résidence vers le pays où ont lieu les ventes et où les biens et services sont fournis. En outre, un taux minimal effectif d’imposition des entreprises de 15 % a été approuvé par quelque 136 pays dans le Cadre inclusif de l’OCDE. Un autre changement important est que la TVA en Europe doit être perçue selon une approche fondée sur le principe de destination.

3. L’importance de mesures d’incitation appropriées

3.1.

Pour atteindre les objectifs environnementaux, les entreprises, les ménages et les investisseurs doivent bénéficier d’incitations appropriées sous la forme de prix reflétant la rareté et les externalités. Les politiques économiques fixant des objectifs économiques ou sociaux devraient se traduire dans les prix auxquels sont confrontés les investisseurs privés et publics sur le marché.

3.2.

Toutefois, les systèmes d’imposition des sociétés traitent le financement par l’emprunt de manière plus favorable que le financement sur fonds propres, dans la mesure où les paiements d’intérêts sont déductibles du point de vue fiscal, contrairement au coût du financement par fonds propres. Il en résulte une augmentation de l’effet de levier (niveaux d’endettement) et, partant, une vulnérabilité des entreprises en période de turbulences économiques.

3.3.

Pour mettre en place une économie verte et numérisée durable, il y a lieu de remédier à la distorsion du financement dette/capital. Les dividendes, qui font l’objet d’une double imposition (dans un premier temps au niveau des entreprises puis au niveau des actionnaires), sont importants non seulement en tant que revenus pour les retraités et pour le financement d’institutions de recherche, mais aussi en tant que source de financement pour les investissements sur site vierge.

3.4.

Les investissements dans de nouveaux projets d’investissement plus écologiques sont associés à un niveau de risque élevé. Le financement sur fonds propres est donc la source de financement privilégiée. L’un des domaines clés pour renforcer la participation du secteur privé aux investissements verts et numériques est la suppression des obstacles aux sources de nouveaux capitaux d’investissement.

3.5.

Pour les nouvelles entreprises et les investisseurs qui recherchent des possibilités d’investissement plus écologiques et numérisées, il est essentiel de disposer d’un marché des capitaux qui fonctionne bien. La disponibilité de capitaux est essentielle à la réussite. Les dividendes contribuent à accroître la liquidité du marché.

3.6.

La durabilité est déjà un facteur concurrentiel, axé sur le marché et essentiel à la capacité des entreprises à attirer les clients, les salariés et les investisseurs. La prise en compte de la durabilité est pertinente pour la survie de l’entreprise sur le long terme. Les outils réglementaires doivent être conçus de manière à soutenir la poursuite de ces objectifs dans le respect des principes fondamentaux du fonctionnement des entreprises.

3.7.

Bien qu’il ne doive pas y avoir d’ingérence dans les politiques de dividendes ou d’influence injustifiée sur la composition des conseils d’administration ou l’application de la responsabilité des dirigeants envers une entreprise, des incitations appropriées en faveur d’une économie plus verte sont nécessaires. La gouvernance d’une entreprise doit tenir compte de la responsabilité sociale des entreprises, des directives européennes pertinentes et des principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales.

3.8.

Le réchauffement climatique constitue une préoccupation pour nous tous, et les entreprises devraient payer le prix du marché approprié pour les émissions et réduire le CO2 dans l’atmosphère. Cela requiert non seulement des taxes sur les émissions de CO2, mais aussi des subventions pour les activités qui réduisent la quantité de ce gaz dans l’atmosphère.

3.9.

Un autre domaine important pour atteindre les objectifs d’une économie plus verte et numérisée est la taxation des entreprises qui sont de plus en plus numérisées. Une solution consensuelle à l’échelle mondiale est nécessaire et un accord global devrait être conclu avant la fin de l’année. Les taxes sur les services numériques ne devraient pas nuire à l’innovation ni décourager les investissements dans les technologies numériques.

4. Distorsion fiscale en faveur de l’endettement dans le domaine de l’imposition des sociétés

4.1.

La distorsion fiscale en faveur de l’endettement dans le domaine de l’imposition des sociétés a une incidence à la fois sur les coûts socio-économiques, sur l’effet de levier des entreprises et sur la gouvernance d’entreprise. Un recours excessif au financement par l’emprunt peut entraver la réalisation des objectifs de la Commission européenne, étant donné que les entreprises deviennent financièrement vulnérables et que la possibilité de lancer de nouveaux projets d’investissement écologiques risqués sera compromise. La capacité de verser des dividendes afin que les investisseurs puissent décider d’investir ou non dans de nouveaux projets sera limitée.

4.2.

Les règles fiscales actuelles permettent de déduire les intérêts versés au titre des emprunts de l’assiette imposable, ce qui n’est pas le cas pour les paiements de capitaux propres. Les fonds propres comportent deux volets: les paiements de dividendes et les plus-values. Ces règles nationales rendent le financement par l’emprunt clairement plus avantageux que le financement par fonds propres.

4.3.

Un abattement spécifique destiné à accorder aux entreprises un traitement fiscal qui soit, pour les investissements financés par des fonds propres, davantage similaire que ce n’est le cas actuellement à celui accordé pour les investissements financés par l’emprunt, pourrait réduire la vulnérabilité des entreprises et constituer une mesure utile pour promouvoir des investissements durables, plus écologiques et numériques.

4.4.

Il convient de noter que si les taux légaux de l’impôt sur les sociétés augmentent, il sera économiquement plus avantageux pour une entreprise d’investir au moyen de prêts, ce qui encouragera les entreprises à se concentrer davantage encore sur le financement par l’emprunt. Une hausse du taux d’inflation et des taux d’intérêt aurait un effet similaire, à savoir renforcer les incitations à investir au moyen de prêts.

4.5.

Le CESE invite instamment les États membres à rendre leurs systèmes fiscaux plus neutres en ce qui concerne le financement par l’emprunt et sur fonds propres. Cela encouragerait la diversification des sources de financement et rendrait l’économie européenne plus résiliente.

4.6.

La proposition de révision de la directive européenne sur une assiette commune consolidée pour l’impôt sur les sociétés de 2016 instaurait une «déduction pour la croissance et l’investissement» (DCI) afin de réduire la distorsion fiscale en faveur de l’endettement et de promouvoir les investissements dans la recherche et le développement. La DCI consisterait en la possibilité de déduire, sous certaines conditions, l’accroissement des capitaux propres de l’assiette imposable (2).

4.7.

La Commission européenne a annoncé qu’un projet de directive traitant de la distorsion fiscale en faveur de l’endettement serait présenté au cours du premier trimestre de l’année 2022 (3). Le CESE attend avec intérêt de recevoir une proposition détaillée et de formuler des observations à son sujet.

5. La gouvernance d’entreprise dans le droit des sociétés

5.1.

Outre la fiscalité, certaines réglementations peuvent renforcer ou réduire l’effet des incitations créées par d’autres moyens. Les réglementations directes régissant la propriété et la capacité des investisseurs et des conseils d’administration d’utiliser les fonds comme ils le souhaitent peuvent poser des problèmes quant à la réalisation de certains objectifs recherchés.

5.2.

Il est important, pour le bon fonctionnement de l’économie, de disposer de règles et de réglementations appropriées qui régissent le fonctionnement des entreprises et des marchés. Les actionnaires devraient tenir la direction de l’entreprise responsable si les moyens sont utilisés dans un intérêt personnel et non pour augmenter la valeur de l’entreprise (4). Un certain nombre de lois définissent un comportement acceptable des entreprises en matière de lutte contre la fraude fiscale, l’évasion fiscale et le blanchiment de capitaux (5), ainsi que des accords étendus sur les codes de marché relatifs à la conduite des entreprises dans les États membres. Comme annoncé dans le pacte vert pour l’Europe et dans la communication de la Commission concernant son plan de relance pour l’Europe, la durabilité doit impérativement être intégrée dans le cadre de la gouvernance d’entreprise. La Commission a publié une consultation publique visant à recueillir les points de vue des parties prenantes en ce qui concerne une éventuelle initiative sur la gouvernance d’entreprise durable (6).

5.3.

Le CESE partage la vision d’une économie européenne plus verte et numérisée à l’avenir, caractérisée par l’équité, la croissance et une fiscalité efficace, générant ainsi un environnement propice à l’investissement et à une croissance créatrice d’emplois. Pour réorienter les flux d’investissements, il est primordial que des capitaux soient disponibles pour la nouvelle économie verte. La disponibilité de fonds pouvant faire l’objet d’investissements, ainsi que la certitude quant aux règles et au respect de l’état de droit, sont des facteurs importants pour la réussite de la transition de l’économie européenne.

5.4.

Le CESE partage l’avis de la Commission selon lequel les entreprises devraient contribuer à la réalisation d’une économie plus écologique, durable et numérisée, mettant ainsi l’accent sur des objectifs à long terme et sur une répartition équitable entre les pays et les citoyens.

5.5.

Le CESE est fermement convaincu qu’en dernier ressort, le contrôle des activités des entreprises et la responsabilité de ces dernières devraient incomber aux actionnaires. Les propriétaires d’une société devraient être tenus de rendre des comptes. Le système actuel des codes de gouvernance d’entreprise et du droit des sociétés des États membres repose en effet sur les actionnaires, qui sont les propriétaires de la société et exercent en fin de compte un contrôle sur les stratégies et les priorités de celle-ci en nommant son conseil d’administration. Cette responsabilité signifie que les actionnaires sont responsables des finances et de la conduite de l’entreprise et qu’ils devraient perdre du capital si l’entreprise subit des pertes. Un tel principe de base si solidement ancré ne devrait pas être modifié ou remis en cause.

5.6.

Il va de soi que les objectifs à long terme et les externalités sociales positives devraient être dûment pris en compte par les entreprises, tant dans leurs activités quotidiennes que dans leurs décisions d’investissement. Cela est de plus en plus exigé par les normes du marché, par les règles sectorielles régissant la production et par les investisseurs du monde entier, qui demandent souvent aux entreprises de respecter les critères ESG (7).

5.7.

Sous l’influence des directives et des règlements européens, le droit national des sociétés fait partie intégrante du système judiciaire de chaque État membre; il attribue les droits et les responsabilités aux niveaux appropriés au sein de la structure juridique. Les règles concernant la composition des conseils d’administration doivent également être propres à chaque pays. Par sa gouvernance et ses recommandations, l’UE devrait garantir une concurrence loyale et des valeurs équitables en ce qui concerne le comportement d’une entreprise.

5.8.

Afin de faciliter le rôle que doivent jouer les fonds privés pour atteindre les priorités de la Commission, il est essentiel que le capital ne soit pas bloqué dans les entreprises et que les fonds puissent facilement être investis dans des secteurs clés définis par l’UE.

5.9.

Le bon fonctionnement du marché des capitaux dans l’UE est essentiel, en particulier pour obtenir de nouveaux investissements. Le CESE demande dès lors que de nouvelles mesures soient prises en vue de l’achèvement de l’union des marchés des capitaux (UMC) (8).

5.10.

La liquidité du marché des capitaux est importante pour les investissements à réaliser. Les paiements de dividendes, y compris lorsqu’ils peuvent être perçus comme effectués à trop court terme, alimentent la réserve de fonds disponibles pour de nouveaux investissements dans les secteurs écologique et numérique (9). Ils sont donc essentiels au bon fonctionnement du marché des capitaux lorsqu’ils sont investis soit dans de nouvelles entreprises, soit dans l’entreprise versant le dividende. Si des dividendes sont versés à l’investisseur, celui-ci peut toujours choisir de les réinvestir dans la société existante ou dans une autre entreprise. Si les bénéfices ne sont pas distribués, l’investisseur doit liquider des actions pour pouvoir investir dans de nouvelles entreprises. Cela pourrait être bénéfique pour les entreprises bien établies et les investisseurs, si les capitaux conservés s’apprécient en valeur, mais cela ne permettra pas de dégager de nouveaux fonds pour de nouvelles entreprises ou des investissements sur site vierge.

5.11.

Les paiements de dividendes offrent aux investisseurs la possibilité d’affiner constamment leur stratégie d’investissement, en contribuant à des projets écologiques, durables, éthiques et numériques. Cela a déjà été observé dans de nombreux cas sur les marchés des capitaux et dans le domaine du capital-investissement (on peut citer comme exemples les investissements dans la production de batteries pour voitures électriques ou la production d’acier sans carbone).

5.12.

Les nouvelles sociétés devraient être pleinement autorisées à se développer et à obtenir des financements à partir des dividendes versés aux actionnaires d’anciennes sociétés existantes, ce qui permettrait une nouvelle allocation des capitaux, conforme aux priorités de la Commission. Des incitations fiscales en faveur de nouveaux investissements verts pourraient être envisagées.

5.13.

Le CESE estime que les marchés des capitaux et les fonds privés peuvent jouer un rôle crucial pour encourager les entreprises à s’orienter vers une économie durable plus verte et numérisée. Toute action politique du législateur européen concernant le droit des sociétés et la gouvernance d’entreprise devrait renforcer ce rôle.

6. Incitations à réduire les émissions de CO2

6.1.

Pour soutenir la transformation de l’économie européenne et atteindre les objectifs climatiques, il convient de recourir à la fiscalité (10). Il est important que les entreprises et les ménages bénéficient des mêmes incitations afin de parvenir à réduire les émissions de CO2 dans l’atmosphère à un coût minimal.

6.2.

Le CESE encourage la Commission européenne à entreprendre des initiatives concrètes pour établir des taxes carbone similaires dans les différents États membres afin d’harmoniser les efforts pour parvenir à réduire de manière effective les niveaux de CO2. Dans l’idéal, le résultat devrait être la création de conditions uniformes sur l’ensemble du marché unique de l’Union s’agissant des taxes à appliquer aux émissions et/ou aux réductions, ainsi que des méthodes et des taux d’imposition spécifiques pour que l’impact soit le même sur le niveau de CO2 dans l’atmosphère;

6.3.

Les États membres devraient notamment adopter une politique fiscale globale et symétrique en matière d’environnement concernant l’incidence du CO2 sur le réchauffement planétaire. Il est nécessaire d’instaurer des taxes à des taux tant positifs que négatifs. Les recettes tirées des taxes sur le carbone devraient être utilisées pour financer des mesures d’incitation en faveur des techniques de réduction du niveau de CO2 aux échelons local, régional et national.

6.4.

Si la vente de produits forestiers est imposable à titre de revenu pour le propriétaire, il y a lieu de reconnaître que la plantation d’arbres et la croissance des forêts contribuent à réduire les émissions de CO2 dans l’atmosphère et devraient donc, selon une approche fiscale symétrique à l’égard du réchauffement planétaire, être encouragées par un impôt négatif sur le CO2. Il s’agirait d’une mesure importante pour atteindre les objectifs en matière de climat.

6.5.

Dans l’idéal, le résultat devrait être la création de conditions uniformes à l’échelle planétaire s’agissant des taxes à appliquer aux émissions et/ou aux réductions, ainsi que des méthodes et des taux d’imposition spécifiques pour que l’impact soit le même sur le niveau de CO2 dans l’atmosphère.

7. Éviter de freiner la numérisation

7.1.

Du fait de l’utilisation de données et de nouveaux modèles commerciaux, il est devenu nécessaire de revoir les principes d’imposition internationaux qui déterminent la répartition des recettes fiscales entre les pays. Il est important de parvenir à un consensus mondial et de le mettre en œuvre (11).

7.2.

Le train de mesures fiscales comprend une proposition relative à un impôt effectif sur les sociétés d’au moins 15 %. L’accord OCDE/G20 vise à limiter la concurrence fiscale, en particulier dans les pays dont les taux d’imposition sont inférieurs au seuil, et il dispose que «La CML [Convention multilatérale] imposera à toutes les parties de supprimer toutes taxes sur les services numériques et autres mesures similaires pertinentes pour toutes les entreprises, et de s’engager à s’abstenir d’introduire de telles mesures à l’avenir. Une définition détaillée du concept de mesure similaire pertinente sera finalisée dans le cadre de l’adoption de la CML et de sa note explicative» (12).

7.3.

Le CESE estime qu’il est important que des règles adéquates soient instaurées pour promouvoir la poursuite de la numérisation de l’économie européenne, afin de réaliser l’objectif d’une économie plus verte et numérisée.

Bruxelles, le 8 décembre 2021.

La présidente du Comité économique et social européen

Christa SCHWENG


(1) Pour être efficaces, les fonds doivent être levés d’une manière rentable et être dépensés à bon escient dans les États membres, contribuant ainsi à des investissements qui n’auraient pas été réalisés sans les transferts.

(2) Selon la proposition, un montant égal au rendement défini sur les augmentations de fonds propres DCI serait déductible de l’assiette imposable. Le rendement défini serait égal au rendement de référence des emprunts publics à dix ans dans la zone euro en décembre de l’exercice fiscal précédant l’exercice concerné, majoré d’une prime de risque de deux points de pourcentage. Voir la directive du Conseil concernant une assiette commune pour l’impôt sur les sociétés, COM(2016) 685 final, 2016/0337 (CNS) (2016).

(3) Franchise pour la réduction des incitations fiscales favorisant l’endettement (DEBRA), communication sur la fiscalité des entreprises pour le XXIe siècle, COM(2021) 251 final.

(4) Il y a lieu d’interdire l’utilisation des fonds de l’entreprise par ses dirigeants pour effectuer des dépenses de luxe sans rapport avec des objectifs commerciaux.

(5) Voir l’avis du CESE sur le thème «Lutter contre la fraude fiscale, l’évasion fiscale et le blanchiment de capitaux» (JO C 429 du 11.12.2020, p. 6).

(6) Consultation sur la gouvernance d’entreprise durable, sur la période du 26 octobre 2020 au 8 février 2021.

(7) Les critères ESG renvoient aux facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance d’entreprise qui sont pris en compte lors de l’investissement dans une entreprise. Bien que leur origine remonte à plusieurs décennies, ils ne sont devenus une référence pour les investissements socialement responsables que depuis quelques années.

(8) Voir l’avis du CESE sur «Une union des marchés des capitaux au service des personnes et des entreprises (nouveau plan d’action)» (JO C 155 du 30.4.2021, p. 20).

(9) Divers chercheurs ont analysé la politique en matière de dividendes afin de déterminer si elle obéit à une vision à court terme; voir par exemple l’article de Martin Carlsson et al., École des hautes études économiques de Stockholm, intitulé «Corporate Governance and Short-Termism: An in-depth Analysis of Swedish data» (Gouvernance des entreprises et court-termisme: une analyse approfondie des données suédoises) (2021). Leurs conclusions empiriques fondées sur les données recueillies pour la période 2000-2019 pour 786 entreprises individuelles et 7 389 entreprises/années ne révèlent aucune indication concrète de court-termisme financier.

(10) Voir l’avis du CESE sur des «Mécanismes fiscaux pour réduire les émissions de CO2» (JO C 364 du 28.10.2020, p. 21).

(11) Voir l’avis du CESE sur «La fiscalité des entreprises pour le XXIe siècle» (ECO/558).

(12) Projet OCDE/G20 sur l’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices — Déclaration sur une solution reposant sur deux piliers pour résoudre les défis fiscaux soulevés par la numérisation de l'économie — 8 octobre 2021, p. 7.


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