| CELEX | 52021IE2613 |
| Type | Initiative législative |
| Date | mercredi 8 décembre 2021 |
| 6.4.2022 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 152/50 |
Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Anticiper les mutations structurelles et sectorielles, et repenser les cultures industrielles — Vers de nouvelles frontières de la reprise et de la résilience dans les différentes parties de l’Europe»
(avis d’initiative)
(2022/C 152/08)
| Rapporteur: | Norbert KLUGE |
| Corapporteur: | Dirk JARRÉ |
| Décision de l’assemblée plénière | 25.3.2021 |
| Base juridique | Article 32, paragraphe 2, du règlement intérieur |
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| Avis d’initiative |
| Compétence | Commission consultative des mutations industrielles (CCMI) |
| Adoption en section | 10.11.2021 |
| Adoption en session plénière | 8.12.2021 |
| Session plénière no | 565 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 143/1/2 |
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | Réduire les émissions de CO2 d’au moins 55 % à l’horizon 2030: c’est là l’objectif ambitieux et contraignant de la «transition juste» que devront mettre en œuvre les politiques de l’Union européenne et les gouvernements de ses États membres et que devront réaliser les entreprises établies dans les régions où vivent et travaillent les citoyens européens. Pour l’heure, cette ambition nécessite d’agir de concert afin d’anticiper les incidences de ce processus sur la vie économique et sociale et de définir en conséquence les stratégies et les mesures à adopter. |
| 1.2. | Le CESE est convaincu que la stratégie industrielle actualisée de l’UE et le paquet «Ajustement à l’objectif 55» présenté par la Commission européenne soutiendront la «transition juste». À cet égard, il accueille favorablement le nouveau Fonds social pour le climat, visant à compenser les désavantages sociaux, mis en place dans le cadre de ce train de mesures. La COVID-19 a par ailleurs illustré la nécessité d’accélérer la transition vers un modèle social, économique et industriel qui soit plus durable, plus numérique et plus robuste. Le CESE note en particulier que les différences régionales et les inégalités sociales jouent un rôle important en la matière. |
| 1.3. | Si toutes ces questions font déjà partie des priorités politiques (dans le cadre notamment du pacte vert, de l’économie circulaire, de la transition juste ou des programmes structurels), elles ne sont pas traitées de manière intégrée. Le CESE recommande dès lors de tenir compte des expériences accumulées dans les différents domaines d’action et les différents pays et régions, dont la diversité et les spécificités doivent être prises en considération. |
| 1.4. | La mise en place de conditions de concurrence équitables dans le domaine économique constitue une condition préalable. Il y a lieu dans ce cadre de tenir compte du dialogue social entre les partenaires sociaux et du dialogue civil aux fins de la cocréation. Une telle démarche devrait favoriser la création d’un ensemble de champions européens, qui pourrait quant à elle renforcer la souveraineté économique de l’Union. |
| 1.5. | Le pacte vert restera lettre morte s’il n’est pas accompagné d’un «pacte social» (1). Le CESE préconise dès lors de renforcer la mise en œuvre du socle européen des droits sociaux (2). Celui-ci est considéré comme le cap à suivre par l’UE et ses États membres lorsqu’il s’agit d’atténuer les répercussions sociales des mutations industrielles. Une telle démarche repose essentiellement sur le dialogue social et les conventions collectives, qui sont à la base de décisions d’entreprise dans lesquelles les travailleurs sont correctement informés et leurs intérêts sont pris en compte par la consultation et, le cas échéant, par la participation à la surveillance et à la gestion de l’entreprise. |
| 1.6. | Le CESE souligne que les réussites économiques et environnementales sont principalement réalisées et mises en œuvre dans les lieux de vie des citoyens. C’est là que les défis liés à la protection du climat sont anticipés et façonnés conjointement. C’est là que naissent les nouvelles idées et qu’elles sont transformées industriellement en produits et services compétitifs à l’échelle mondiale. |
| 1.7. | Les «parcours de transition», tels que définis dans la stratégie industrielle actualisée de l’UE et examinés par le forum industriel de l’Union, offrent soutien et orientations aux citoyens européens. Les situations de départ varient toutefois énormément d’une région à l’autre, et différentes stratégies sont nécessaires pour atteindre l’objectif global. Le CESE invite dès lors la Commission européenne à accorder une attention particulière à ces différentes exigences au moment de fixer le cadre en la matière et de mesurer la stratégie industrielle de l’UE, afin de pouvoir répondre avec souplesse aux besoins des régions et des différents secteurs. |
| 1.8. | La subsidiarité doit être envisagée sous l’angle de sa capacité à créer une ressource solide pour la «transition juste». Les régions et les zones métropolitaines connaissent le mieux leurs problèmes et leurs possibilités. C’est pourquoi le CESE estime qu’il convient de définir clairement les objectifs et principes contraignants de la politique industrielle européenne arrêtés conjointement au niveau de l’UE. Il importe de garder à l’esprit que la mise en œuvre dans les régions et les zones métropolitaines doit être fondée sur le principe de subsidiarité. |
| 1.9. | Il existe des divergences considérables au niveau des situations et des capacités liées à la réalisation des objectifs climatiques, sociaux et environnementaux. Alors que certaines industries et entreprises pourraient atteindre ces objectifs relativement facilement, d’autres pourraient rencontrer plus de difficultés dans leur progression. Les régions les plus faibles et certaines industries requièrent donc une attention particulière et un soutien spécifique. Puisque l’objectif global s’applique à l’ensemble de la chaîne de valeur, il importe de se concentrer prioritairement sur les effets les plus immédiats et les changements les plus profonds. |
| 1.10. | Le CESE fait observer que c’est ce principe qui permettra aux entreprises de recouvrer leur compétitivité économique de manière durable, en s’appuyant sur des entrepreneurs et des dirigeants engagés et sur des travailleurs bien formés et qualifiés. Les PME jouent un rôle important à cet égard. Un programme en faveur du capital humain est une condition indispensable pour permettre aux entreprises de réussir leur transition. |
| 1.11. | Les États membres devraient renforcer, avec l’aide logistique et financière de l’Union européenne, les investissements publics structurels et axés sur les processus au moyen de services d’intérêt général axés sur l’amélioration continue des conditions propices au développement industriel et social, qui sont susceptibles de renforcer les capacités régionales et locales à relever efficacement les défis environnementaux, technologiques, économiques et sociaux. |
| 1.12. | Le CESE préconise que la stratégie industrielle de l’UE anticipe et contrebalance l’augmentation de la pauvreté et des inégalités, étant donné que le pacte vert doit s’accompagner d’un «pacte social» intégré. Les ressources devraient donc être acheminées là où elles sont les plus nécessaires. Une politique européenne globale de développement durable doit déployer davantage de mesures en faveur de la justice et de la participation à l’économie, dans l’intérêt des populations et des régions (3). La vie civile et professionnelle en Europe devrait répondre à l’exigence d’assurer un développement durable sur la base d’une croissance inclusive et durable, d’un travail décent et de la justice sociale (4). |
| 1.13. | Le CESE soutient la transition vers une économie circulaire qui mette un terme au gaspillage des ressources non renouvelables et réduise les dépendances internationales. Il devrait également s’agir d’une composante importante de la stratégie industrielle de l’UE. Il convient donc de modifier les conditions-cadres afin de créer des avantages concurrentiels pour les entreprises qui adhèrent aux principes d’une économie circulaire. |
2. La transition juste, une opportunité pour la relance industrielle et la croissance
| 2.1. | L’objectif du pacte vert est clair et politiquement contraignant: il s’agit de réduire de 55 % les émissions totales de gaz à effet de serre en Europe à l’horizon 2030. Les mesures du paquet «Ajustement à l’objectif 55», présentées par la Commission européenne en juillet 2021, lui ont donné une forme concrète. Il n’y a plus de marge d’interprétation à cet égard. Un système équitable de commerce international doit faire en sorte que les entreprises puissent rester compétitives sur la scène mondiale tout en respectant les objectifs du pacte vert. Cela passe notamment par un système d’ajustement carbone transfrontière et transcontinental, qui encourage les partenaires commerciaux à intégrer le club des nations respectant les limites de notre planète. |
| 2.2. | Les pays extérieurs à l’UE dont les réglementations environnementales sont peu étoffées font peser une pression accrue sur l’Union, qui dispose de règles strictes en comparaison. Ces interactions à l’échelle mondiale ne doivent pas conduire à un dumping environnemental. |
| 2.3. | La situation mondiale peut entraîner le développement de nouvelles technologies durables prenant appui sur les points forts de l’Europe, tels que sa capacité à déployer une innovation progressive et radicale afin d’approvisionner les marchés mondiaux en produits mobilisant les compétences traditionnelles pour relever les nouveaux défis qui se présentent. Cela nécessite d’anticiper de manière attentive et visionnaire la nature et l’ampleur des changements ainsi que d’accroître sensiblement les services publics et sociaux, afin de faire face aux problèmes sociaux tels qu’une possible augmentation de la pauvreté, du sans-abrisme ou de l’exclusion des personnes handicapées et des minorités, une limitation des possibilités ouvertes aux femmes, ainsi qu’une réduction de l’offre de formations visant à faciliter le retour sur le marché du travail. |
| 2.4. | Une analyse statique pourrait aboutir à la conclusion qu’agir conformément au pacte vert pour l’Europe conférerait, à court terme, aux concurrents établis dans des pays affichant des objectifs climatiques moins ambitieux un avantage en matière de coûts par rapport aux entreprises européennes déjà engagées dans la transition. Une perspective dynamique mettrait quant à elle en lumière que les entreprises seront encouragées à innover de manière progressive en renforçant l’efficacité énergétique de leurs systèmes de production, à passer à des sources d’énergie renouvelables et à adopter les innovations qui s’avèrent utiles. Si l’UE est incontestablement à la pointe des démarches visant à lutter efficacement contre la crise climatique, l’utilisation de matériaux renouvelables à brève échéance exige de s’engager avec plus d’ambition dans l’économie circulaire et la résilience des matières premières. La transition qui en résultera ne fonctionnera que si l’on accorde suffisamment d’attention à la dimension sociale de ce processus. Les principes d’une transition juste énoncés dans l’accord de Paris sur le climat et les principes directeurs de l’OIT pour une transition juste (5) offrent des orientations en la matière. Les principes d’une transition juste servent ainsi de boussole à l’élaboration des mesures de relance en établissant clairement que toutes les parties prenantes sont tenues de respecter les droits de l’homme et les droits sociaux, les valeurs démocratiques et l’état de droit, en veillant à ne laisser personne de côté. |
| 2.5. | Enfin, et surtout, l’ampleur des changements et les enseignements tirés des précédentes transformations laissent à penser qu’il est nécessaire de mener un processus de cocréation associant responsables politiques, administrations, partenaires sociaux, organisations de la société civile, entreprises et citoyens à tous les niveaux de gouvernance de l’Union européenne et des entreprises. Puiser dans le potentiel de créativité et d’innovation encore inexploité des habitants de l’Europe permettra de développer les solutions nécessaires pour relever les défis à venir. La diversité des idées est une source inestimable d’innovation dans tous les secteurs de l’économie, qui permettra des avancées significatives dans le domaine technologique et scientifique. |
| 2.6. | Il ressort des expériences passées que les transformations économiques et sociales ont le plus de chances d’être mises en œuvre de manière fructueuse et durable si leurs objectifs sont énoncés clairement, si les responsabilités des différents acteurs impliqués dans le processus sont définies dans une stratégie précise et si le projet dans son ensemble est négocié, approuvé et soutenu par les forces vives de la société. Les forces politiques, les acteurs économiques et la société civile doivent dès lors agir de concert selon un système efficace de dialogue social, de conventions collectives, de partage d’informations, ainsi que de consultation et de réelle participation aux processus de prise de décisions et de cocréation. |
| 2.7. | Le dialogue social entre partenaires sociaux et le dialogue civil associant les différents acteurs de la société peuvent jouer un rôle particulièrement important dans les projets cherchant à concilier intérêts sociaux, écologiques et économiques. La mise en œuvre concrète du socle européen des droits sociaux est donc indispensable. |
3. Les régions ne sont pas que des écosystèmes: elles sont aussi des lieux essentiels de travail, de vie et d’anticipation des évolutions socio-économiques
| 3.1. | La pandémie de COVID-19 a eu des effets contrastés sur les différents écosystèmes, comme le reconnaît la Commission européenne dans sa communication sur la nouvelle stratégie industrielle de l’UE. Elle a également accéléré les tendances existantes à la numérisation et à la décarbonation, augmentant le risque de creusement des inégalités entre les régions en raison des écarts en matière de richesse économique et de ressources disponibles pour investir dans la transformation des industries. Il est donc essentiel que le forum industriel, et les parcours de transition prévus, tiennent compte de ces différents effets. |
| 3.2. | Il est dans l’intérêt de la société civile européenne de créer des conditions propices à l’emploi et aux rentrées d’argent pour les habitants des régions touchées par la transformation industrielle. Il y a lieu pour ce faire de comprendre d’où partent les différentes régions et de saisir comment générer des interactions positives à partir des compétences industrielles existantes. L’intégration dans les chaînes de valeur d’envergure mondiale et, en particulier, dans les différentes composantes de ces chaînes de valeur joue un rôle important à cet égard. L’approche écosystémique de la Commission européenne se fonde sur une approche macropolitique qui range en catégories toutes les industries à l’échelle mondiale. Cette approche ne tient pas compte des situations divergentes ou des interdépendances qui existent dans les différents écosystèmes. Elle ne rend guère justice à la diversité des exigences qui prévalent dans les différentes régions et doit être complétée par une perspective politique régionale. |
| 3.3. | La Commission européenne élabore actuellement des indicateurs clés de performance (ICP) devant mettre en lumière le succès de la stratégie industrielle de l’Union (6). Pour l’heure, elle se concentre principalement sur la croissance économique, négligeant les objectifs définis dans le pacte vert pour l’Europe, les changements qu’exige la transition vers une économie circulaire, ainsi que la dimension sociale du processus de transformation. Il est primordial que la stratégie industrielle de l’UE reconnaisse et apprécie clairement la valeur des connaissances, du potentiel et des compétences disponibles dans les industries à l’échelon régional. Ceux-ci doivent être dûment pris en considération. À défaut, en se focalisant de manière trop étroite sur la croissance économique et les mesures et instruments qui lui sont associés, la stratégie pourrait passer à côté des objectifs climatiques et des possibilités liées à la transformation industrielle et mettre à mal l’économie circulaire. |
| 3.4. | Dans un tel contexte, les stratégies et politiques industrielles doivent être élaborées en tenant compte de l’incertitude et de l’imprévisibilité. Les politiques et les parcours divergents adaptés aux situations individuelles doivent être flexibles et s’appuyer sur toutes les compétences qui sont disponibles au sein d’une région ou qui lui sont accessibles par l’intermédiaire d’échanges avec d’autres régions et pays. L’ouverture, qui constitue une ressource stratégique importante, doit être de mise afin de détecter ce qui fait défaut et ce qui est nécessaire dans l’immédiat. |
| 3.5. | Les mutations industrielles ayant pour objet la protection du climat poseront de graves problèmes sociaux si l’on veut atteindre les objectifs du pacte vert dans le court laps de temps qu’il nous reste. La consommation de ressources nocives pour l’environnement est une thématique qui doit être abordée et examinée de manière à trouver une solution qui soit juste d’un point de vue social et sociétal. |
| 3.6. | L’économie circulaire apporte une contribution positive aux mutations industrielles, au sein des régions et tout au long des chaînes de valeur et d’approvisionnement. Si les régions abritant les industries les plus avancées génèrent la plus forte valeur ajoutée, celles dont l’économie est moins fondée sur la connaissance et consomme davantage d’énergie produisent et transforment les matériaux qui intègrent l’économie circulaire. Les régions les plus faibles peuvent clairement bénéficier davantage de l’économie circulaire et devenir des acteurs de premier plan dans ce domaine. |
| 3.7. | Pour les régions, mener avec succès les mutations industrielles requiert naturellement de solides interconnexions, une étroite collaboration et un partage de compétences avec d’autres régions, y compris par delà les frontières nationales des États membres de l’UE. Il existe un système complet d’interactions, qui englobe clairement celles des PME locales avec des entreprises transnationales. |
| 3.8. | À elles seules, les compétences industrielles existantes à l’échelon régional ne sont pas pleinement efficaces dans le contexte des mutations socio-écologiques. Elles peuvent et doivent néanmoins être développées davantage au moyen d’investissements dans les connaissances, les équipements et le personnel, pour devenir productives dans les conditions résultant de ces mutations. Cela servira à créer de nouveaux produits, services, technologies et possibilités, qui seront les garants d’entreprises économiquement stables pourvoyeuses d’emplois attractifs dans les régions. C’est précisément l’objectif que doit poursuivre la stratégie industrielle européenne. |
| 3.9. | Une région est définie dans une large mesure par ses structures industrielles, ses entreprises, sa main-d’œuvre, les compétences de ses citoyens, ses capacités de recherche et développement ainsi que les produits spécifiques que fabriquent ou transforment ses entreprises. Les compétences industrielles présentent un large éventail de particularités historiques. |
Les chaînes d’approvisionnement et de valeur ont des effets extrêmement variables au niveau régional à travers l’Europe. Le contexte mondial est tout aussi important que l’organisation à l’échelon européen mais n’a pas les mêmes effets. L’industrie 4.0 et la numérisation, ainsi que les technologies de l’information et de la communication, auront des répercussions significatives mais extrêmement divergentes sur les industries de l’Europe et ses économies en général. En ce sens, les fonds consacrés à l’innovation et au développement joueront un rôle encore plus fondamental dans l’atténuation des différences régionales.
| 3.10. | Les prestataires qui sont les moteurs des mutations industrielles, y compris les jeunes entreprises et les PME, peuvent être mis en relation avec leurs clients, même en provenance de régions moins centrales, et des emplois attractifs peuvent être créés même en de tels lieux. En particulier, les entreprises du secteur de la connaissance peuvent, dans une large mesure, contribuer aux chaînes de valeur indépendamment de leur proximité vis-à-vis des clients. En outre, les machines des usines de plus grande taille peuvent souvent être gérées à distance. |
| 3.11. | L’approche écosystémique de la Commission européenne ne couvre pas l’intégralité des niveaux et aspects pertinents. Elle met clairement l’accent sur l’importance de considérer également les évolutions de la transition d’un point de vue régional, et de faire en sorte que les entreprises, y compris celles de l’économie sociale, sous-tendent l’ensemble de l’opération politique. Il importe de mettre en évidence le lien avec les chaînes de valeur et de montrer en quoi les diverses composantes des différents écosystèmes correspondent à celles d’autres écosystèmes. |
4. Options pour des parcours de transition suivant une approche globale du développement industriel socio-économique
| 4.1. | Si l’innovation est largement associée aux nouvelles technologies ou à des avancées dans le domaine de la recherche scientifique, il existe également des possibilités d’utiliser les compétences existantes comme base pour de meilleurs ou de nouveaux produits et services. Les nouvelles technologies sont intimement liées aux technologies traditionnelles existantes. Il existe d’autres exemples clairs de cette association entre des méthodes traditionnelles de production bien établies et un processus progressif d’innovation et de modernisation des industries: l’utilisation dans les véhicules de matériaux nouveaux et plus légers issus de l’aviation, l’emploi de matériaux automobiles plus légers, ou encore le recours aux biotechnologies pour la conception de nouveaux instruments ou services médicaux. |
| 4.2. | Les infrastructures de pointe dans le domaine des technologies de l’information et de la communication servent de moteur à l’introduction de nouvelles possibilités et à la création de solutions novatrices et durables qui soient adaptées aux spécificités régionales. Ainsi, le recours aux imprimantes 3D ouvre la voie au développement et à la conception d’un produit en un endroit pour le rendre physiquement disponible en différents endroits en fonction des besoins. Une telle démarche permet de réduire les impacts du transport sur l’environnement. |
| 4.3. | Les concepts de l’économie sociale peuvent jouer un rôle majeur dans l’évolution socio-économique en ouvrant de nouvelles possibilités d’apprentissage, de vie et d’emploi et en créant des infrastructures d’un nouveau genre en matière de service et de soutien dans les communautés locales, en particulier pour les groupes défavorisés et les personnes à risque. Associés aux services d’intérêt général, ils revêtent un potentiel considérable lorsqu’il s’agit de préparer de manière compétente et efficace les différents acteurs de la société et de l’économie aux exigences et aux conséquences de l’innovation et du changement, particulièrement au niveau régional. |
| 4.4. | Les structures publiques ont une grande responsabilité dans la création des conditions propices au changement et au développement en fournissant des services d’intérêt général accessibles à l’ensemble des acteurs économiques. |
| 4.5. | Cela fait également partie des progrès qui s’imposent sur le front des services d’intérêt public, tels que la mise en place d’agences de formation continue pour le nécessaire renforcement des compétences de la main-d’œuvre, l’amélioration des compétences des travailleurs et l’aide aux entreprises afin qu’elles puissent faire face à l’innovation et au changement. Il en résultera que les travailleurs qualifiés seront aussi davantage ancrés dans leur région et marqueront de leur empreinte les mutations structurelles en cours, y compris celles ayant trait à l’écologie. |
| 4.6. | Pour les industries à forte intensité énergétique, il existe de nombreuses solutions de décarbonation communes et, partant, des possibilités d’investissements partagés (par exemple, l’hydrogène propre ou la réutilisation du carbone ayant été capté et stocké). Le renforcement de la circularité et de la symbiose industrielle est également un élément important de la décarbonation de l’industrie et de la préparation d’un avenir fait d’entreprises efficaces et à forte productivité. |
5. L’importance de marchés du travail régionaux pourvoyeurs d’emplois décents dans des entreprises de production et de services durables
| 5.1. | Il est nécessaire d’appréhender, et d’analyser de façon granulaire, les régions, les entreprises et leurs performances économiques dans le contexte de leurs compétences fondamentales en ce qui concerne les industries et la main-d’œuvre, y compris en lien avec l’infrastructure, la localisation, les ressources disponibles, l’esprit d’entreprise et le contexte institutionnel. Il s’agit d’un élément important pour pouvoir disposer d’une main-d’œuvre hautement qualifiée et pour anticiper les exigences futures en matière de compétences afin d’éviter les pénuries dans ce domaine (par exemple pour ce qui est des ingénieurs). |
| 5.2. | Des collaborations avec les universités, y compris celles qui sont spécialisées dans les sciences appliquées, et avec les institutions de recherche peuvent contribuer à ouvrir de nouveaux débouchés industriels pouvant entraîner la création de nouveaux postes dans les entreprises établies, les sociétés multinationales, les PME et les jeunes entreprises. |
| 5.3. | Sur le plan humain, les régions qui accueillent et intègrent sans difficulté les nouveaux arrivants dans des structures socio-économiques pleinement opérationnelles sont dans une position favorable. |
| 5.4. | Les régions dont la main-d’œuvre qualifiée est profondément intégrée dans les structures socio-économiques et se sent chez elle peuvent également abriter des industries et entreprises dynamiques et à forte valeur ajoutée en s’appuyant sur des réseaux de compétences formels et informels efficaces. Il s’ensuit que la main-d’œuvre participe de manière intrinsèque à la définition des compétences industrielles innovantes d’une région et contribue fondamentalement à soutenir les processus de modernisation et de transformation. |
| 5.5. | Les aptitudes et compétences spécifiques des salariés et leur amélioration continue peuvent servir de base à la restructuration et à la transformation des modèles d’entreprise, y compris pour ce qui est de la croissance future et des nouveaux marchés. Un défaut de reconnaissance et d’exploitation des possibilités de développement régional se traduit souvent par des flux continus d’émigration des travailleurs, qui mettent systématiquement à mal les capacités et les compétences dont les régions ont besoin pour créer et saisir les possibilités offertes par le pacte vert pour l’Europe. |
Bruxelles, le 8 décembre 2021.
La présidente du Comité économique et social européen
Christa SCHWENG
(1) Avis «Pas de pacte vert sans pacte social» adopté par le CESE lors de sa session plénière des 9 et 10 juin 2021 (JO C 341 du 24.8.2021, p. 23).
(2) En particulier les trois grands objectifs suivants: que le taux d’emploi de la population âgée de 20 à 64 ans soit d’au moins 78 %, qu’un minimum de 60 % de l’ensemble des adultes suivent une formation chaque année et que le nombre des personnes exposées au risque de pauvreté ou d’exclusion sociale soit réduit d’au moins 15 millions.
(3) Propositions du CESE pour la reconstruction et la relance après la crise de la COVID-19, 11.6.2020 (JO C 311 du 18.9.2020, p. 1).
(4) Résolution du CESE sur le programme de travail de la Commission européenne pour 2022, 9.6.2021 (JO C 341 du 24.8.2021, p. 1).
(5) https://www.ilo.org/global/topics/green-jobs/publications/WCMS_432864/lang--fr/index.htm
(6) Voir l’avis INT/935 (2021) du CESE sur la «Mise à jour de la nouvelle stratégie industrielle», (non encore paru au JO).
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