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Initiative législative — 52021IE2711

CELEX52021IE2711
TypeInitiative législative
Datejeudi 9 décembre 2021

Texte intégral

6.4.2022

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 152/1


Avis du Comité économique et social européen sur les possibilités de transformation numérique pour les entreprises du commerce de détail et ses avantages pour les consommateurs européens

(avis d’initiative)

(2022/C 152/01)

Rapporteur:

Felipe MEDINA MARTÍN

Décision de l’assemblée plénière

25.3.2021

Base juridique

Article 32, paragraphe 2, du règlement intérieur

Avis d’initiative

Compétence

Section «Marché unique, production et consommation»

Adoption en section

18.11.2021

Adoption en session plénière

9.12.2021

Session plénière no

565

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

190/1/4

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le Comité économique et social européen (CESE) se félicite que la révision de la stratégie industrielle européenne récemment présentée par la Commission européenne conçoive le secteur du commerce de détail comme un écosystème stratégique dans le cadre de la relance européenne. Le CESE estime que l’approche écosystémique fournit un cadre approprié reflétant d’une part les interdépendances complexes entre les secteurs et les entreprises du marché unique au sein de chaînes de valeur données, et d’autre part la nécessité de les aider à adopter avec succès les transitions vers le numérique et la durabilité et à contribuer à la stratégie de relance. Le Comité note l’importance, la variété et l’ampleur des initiatives que prennent les entreprises du commerce de détail pour accompagner les transitions écologique et numérique en investissant dans les nouvelles technologies pour satisfaire les nouvelles demandes des consommateurs, ainsi que leurs besoins.

1.2.

Le secteur européen de la distribution, qui est le plus grand employeur privé en Europe, se trouve au cœur d’une transformation numérique que la pandémie de COVID-19 a considérablement accélérée. La transformation numérique modifie en profondeur les modèles économiques du secteur de la distribution, mais elle change également l’interaction avec ses clients, et les entreprises les plus performantes intègrent sans difficulté l’environnement en ligne et hors ligne dans une solution omnicanale. Le CESE a constaté que deux tiers des détaillants n’effectuaient pas d’opérations en ligne avant la COVID-19, et que la pandémie a montré à quel point une stratégie omnicanale est importante pour la survie de nombreuses entreprises et en particulier, mais pas uniquement, celle des PME.

1.3.

Le CESE fait valoir que l’un des principaux défis auxquels est confronté le secteur de la distribution est l’absence de conditions de concurrence équitables en ligne avec les commerçants des pays tiers, qui crée une concurrence déloyale pour les opérateurs établis dans l’UE qui respectent les règles européennes exigeant la sûreté des produits vendus aux consommateurs et le respect des droits des consommateurs.

1.4.

Le CESE convient du besoin en Europe d’une politique numérique solide et ambitieuse pour le secteur du commerce de détail afin de tirer parti des possibilités qu’offre l’innovation numérique pour renforcer la compétitivité de l’Europe. Pour le secteur du commerce de détail, intégrer la transition écologique constitue l’occasion d’aider en même temps les consommateurs à faire des choix plus durables dans leur consommation. Le CESE fait valoir qu’un véritable marché unique et une législation transfrontière efficace et efficiente permettront aux secteurs du commerce de détail et de gros de répondre aux demandes des consommateurs et de faire face à la concurrence dans un environnement mondial plus concurrentiel et plus numérique.

1.5.

Le CESE soutient la déclaration commune qui préconise l’adoption d’un pacte européen pour le commerce, publiée par les partenaires sociaux du secteur de la vente au détail et de la vente en gros, et qui demande à l’Union européenne d’aider le secteur à améliorer sa résilience à long terme grâce à des mesures de soutien ciblées et à l’accélération des transitions numérique et écologique; le CESE reconnaît le rôle du commerce de détail dans la sauvegarde des centres urbains et des communautés rurales. Le CESE invite la Commission à réfléchir aux moyens de créer une stratégie de relance et industrielle intégrée fondée sur des plans de relance, qui tienne compte du rôle des services et de l’industrie manufacturière, se renforçant mutuellement, dans la stimulation de la croissance et le fonctionnement efficace de l’économie de l’Union, et soutenant la numérisation du commerce de détail, en accordant une attention particulière aux PME.

1.6.

Le CESE presse les institutions et les États membres de l’Union de repenser les mesures de soutien à l’emploi et aux compétences et d’investir dans les palettes de compétences des futurs travailleurs du commerce de détail en améliorant l’enseignement et la formation professionnels, la formation individuelle et l’aide au secteur de l’économie sociale axés sur de nouveaux emplois, en soutenant les entreprises de manière à ce qu’elles puissent retenir une grande partie de leur main-d’œuvre en la formant à utiliser les technologies numériques, tandis que la reconversion professionnelle pourrait permettre à d’autres d’accéder à des possibilités d’emploi dans d’autres secteurs. Le CESE convient que l’intelligence artificielle (IA) et la robotique vont élargir et amplifier les effets de la numérisation de l’économie sur les marchés du travail et qu’elles peuvent contribuer au progrès économique et social.

2. Introduction

2.1.

Le secteur de la distribution, qui couvre les magasins de détail (B2C) et les grossistes (B2B), est le plus grand employeur privé en Europe; il fournit un emploi sur sept et regroupe un quart des entreprises européennes. Les détaillants et les grossistes constituent le lien entre les producteurs et les fabricants et les 450 millions de consommateurs dans l’Union européenne.

2.2.

Le commerce de détail est un secteur qui dépend de la demande des consommateurs. Il s’agit d’un secteur diversifié au sein duquel des magasins, en ligne mais aussi traditionnels, vendent aux consommateurs des produits, alimentaires et non alimentaires, et évoluent rapidement vers un modèle omnicanal pour les consommateurs. Dans ce secteur, 99 % des entreprises sont des PME qui tentent de trouver leur place au sein du marché unique, qui survivent sur un marché hautement concurrentiel, offrent de la flexibilité pour innover et expérimenter et font ce qu’elles savent le mieux faire: servir leurs clients.

2.3.

Le secteur européen de la distribution est au cœur d’une transformation numérique. Cette tendance s’est considérablement accélérée en raison de la pandémie de COVID-19. De nombreux consommateurs ont dû acheter leurs produits non alimentaires en ligne parce que les magasins étaient fermés. Les magasins de denrées alimentaires ont souvent pu rester ouverts, mais ont été soumis à de sévères restrictions, générant des coûts élevés en raison de la nécessité de préserver la sécurité des clients et des salariés. De nombreux détaillants qui ne disposaient pas auparavant d’un point de vente sur internet ont dû commencer à proposer leurs produits en ligne pour être à nouveau en contact avec les clients malgré le confinement. Souvent, les marchés en ligne étaient le seul moyen pour les PME d’accéder rapidement à l’internet, et cette tendance devrait s’accentuer dans un avenir proche.

2.4.

Dans le même temps, la transition écologique est une chance pour le commerce de détail, dans la mesure où elle permet au secteur de repenser les modèles commerciaux, d’offrir des produits de substitution, de soutenir et d’encourager les citoyens à adopter un mode de vie plus durable. Elle permet à la fois de s’adapter aux changements sociétaux et de les engendrer. Outre le fait de répondre à la demande croissante des consommateurs et des régulateurs portant sur des solutions de remplacement plus durables, la transition écologique offre l’occasion de repenser la manière dont la société produit, fabrique, vend, utilise et jette des produits.

3. Transformation numérique

3.1.

La transformation numérique modifie en profondeur les modèles économiques du secteur de la distribution: elle change l’interaction avec les clients, la commercialisation, la chaîne d’approvisionnement elle-même, la circulation de l’information tout au long de la chaîne d’approvisionnement et bien plus encore. Traditionnellement, ce secteur revend des produits, mais ses activités associent de plus en plus des services de soutien autour de la revente, un rôle de premier plan en matière de génération et de traitement des données et une part importante dans l’utilisation de l’IA. Cela s’avère essentiel pour répondre à la demande des consommateurs et fournir des offres personnalisées plus pertinentes.

3.2.

Bien que de nombreux acteurs continuent de parler des circuits de vente en ligne et hors ligne, les entreprises les plus performantes intègrent sans difficulté l’environnement en ligne et hors ligne dans des solutions omnicanales, offrant ainsi aux consommateurs une expérience unique. Cela contribue à accroître la concurrence entre les différents modèles économiques, à offrir plus de choix et de transparence aux consommateurs et à créer des emplois et de la croissance.

3.3.

L’un des principaux défis auxquels est confronté le secteur de la distribution est l’absence de conditions de concurrence équitables en ligne avec les commerçants des pays tiers. Certaines de ces questions font déjà l’objet de différentes initiatives de la Commission. Il est régulièrement signalé dans les médias que les produits extra-européens vendus en ligne par des professionnels de pays tiers ne sont pas conformes aux règles de l’UE, ont sont même dangereux. Cela crée une concurrence déloyale pour les opérateurs établis dans l’UE qui respectent les règles européennes en vertu desquelles les produits vendus aux consommateurs doivent être sûrs et les droits des consommateurs respectés. Le problème est aggravé par l’échec de la surveillance du marché et des contrôles douaniers, auquel s’ajoutent des coûts élevés de mise en conformité pour les professionnels respectueux du droit. Pour les consommateurs, il est difficile de résister à la tentation de prix plus bas. Une étude de 2020 indique que près de 70 % des consommateurs de l’UE qui effectuent des achats transfrontières ont acheté des produits vendus en Chine, alors que ce chiffre s’élevait à environ 15 % en 2014 (1).

3.4.

Les détaillants et les grossistes innovent, s’adaptent et expérimentent afin d’explorer de nouveaux produits, services et modèles commerciaux et de répondre ainsi à la demande des clients. Plus de deux détaillants sur trois n’effectuaient pas d’opérations en ligne avant la COVID-19, et la pandémie a montré à quel point les solutions omnicanales sont importantes pour la survie de nombreuses entreprises, en particulier, mais pas uniquement, les PME détaillantes et grossistes.

3.5.

L’innovation numérique renforce la compétitivité de l’Europe dans le monde. Un consommateur européen sur deux effectue déjà des achats en ligne, ce qui représente des dépenses annuelles s’élevant à 424 milliards d’euros (2), mais la part des achats en ligne varie considérablement selon le type de produit; seuls 15 % des consommateurs effectuent aujourd’hui des achats transfrontières et seules 7 % des PME vendent à l’étranger. L’Europe a besoin d’une politique numérique solide et ambitieuse en faveur de ce secteur pour tirer parti de ces possibilités et faire en sorte que toutes les entreprises soient associées au processus, que les conditions de travail de leurs employés s’améliorent et que les consommateurs perçoivent clairement les avantages du processus de numérisation du commerce de détail dans toute l’Europe, en maintenant un niveau élevé de protection des consommateurs dans tous les circuits de vente.

4. Transition écologique

4.1.

La crise de la COVID-19 a montré que les consommateurs demandent de plus en plus des produits et des activités commerciales durables. Les détaillants et les grossistes, qui ont une interaction cruciale avec les consommateurs finaux, jouent un rôle essentiel pour anticiper et encourager la demande de produits et d’emballages plus durables, recyclables et/ou réutilisables. Ils s’emploient depuis de nombreuses années à favoriser une consommation durable et à réduire les émissions de CO2 dans leurs activités et leurs chaînes d’approvisionnement. Cependant, il leur est difficile de mener à bien cette transition dans un secteur où les coûts fixes sont élevés et où les marges sont faibles.

4.2.

Le secteur du commerce de détail contribue de manière significative à la collecte et au recyclage des déchets. Les systèmes de responsabilité élargie des producteurs sont fondés sur le volume de déchets dans un flux donné qu’une entreprise met sur le marché sur lequel elle est présente. Cette responsabilité n’est pas aussi claire lorsque des commerçants qui ne sont pas physiquement établis dans l’UE mettent des produits sur le marché européen ou lorsque les consommateurs le font par importation directe. Dans ces cas, les déchets de produits entrant dans le flux de déchets sont recyclés ou enlevés aux frais des détaillants européens. Cela inclut les déchets générés par des opérateurs de pays tiers qui ne paient rien. Une coopération accrue est nécessaire entre les systèmes de DEEE (déchets d’équipements électriques et électroniques) et les vendeurs en ligne établis en dehors de l’UE, de même que des mesures visant à sensibiliser ces entreprises aux obligations qui leur incombent en vertu des régimes de responsabilité élargie des producteurs. L’information des consommateurs sur les processus et les coûts de recyclage est également essentielle pour que les effets des achats en ligne soient plus transparents.

5. Compétences

5.1.

Le CESE soutient la déclaration commune du 8 avril 2020 (3) qui préconise l’adoption d’un pacte européen pour le commerce, publiée par les partenaires sociaux du secteur de la vente au détail et de la vente au gros que sont UNI-Europa et EuroCommerce. Elle a mis en évidence l’impact sans précédent de la crise de la COVID-19 sur la viabilité des détaillants et des grossistes et sur la résilience de leur main-d’œuvre. La tradition du partenariat social et la généralisation des formules de travail sur mesure dans le secteur, souvent par le biais de conventions collectives, ont permis aux entreprises de s’adapter efficacement à la «nouvelle normalité» survenue de manière soudaine et radicale. Les partenaires sociaux ont proposé aux autorités européennes et gouvernementales un «pacte européen pour le commerce» afin d’aider le secteur à améliorer sa résilience à long terme grâce à des mesures de soutien ciblées et à l’accélération des transitions numérique et écologique.

5.2.

Selon un rapport récent du McKinsey Global Institute (4), la COVID-19 et l’automatisation combinées mettent en péril plus de 5 millions d’emplois dans le commerce de détail et de gros. Cela pourrait avoir une incidence sur les femmes et les jeunes qui sont nombreux à y être employés. Outre la stabilisation de l’économie, l’UE et les États membres doivent investir dans l’ensemble des compétences de ces travailleurs, par exemple en améliorant l’enseignement et la formation professionnels, les comptes individuels de formation et la reconversion professionnelle. Un renforcement ciblé des compétences permettrait au secteur de retenir une plus grande partie de sa main-d’œuvre en la formant à utiliser les technologies numériques, tandis que la reconversion professionnelle pourrait permettre à d’autres d’accéder à des possibilités d’emploi dans d’autres secteurs.

5.3.

Les mesures prises par l’UE pour soutenir l’emploi et les compétences doivent donc être repensées de manière à permettre un accès simple et rapide au financement de la restructuration de ce secteur et à faire face à l’évolution des besoins en compétences induite par l’accélération de l’évolution du marché causée par la COVID-19. Les plans de relance doivent servir à renforcer les compétences des travailleurs des secteurs du commerce de gros et de détail, de la même manière que pour les travailleurs du secteur public.

6. Stratégie industrielle — écosystème du commerce de détail

6.1.

La stratégie industrielle actualisée récemment présentée par la Commission (5) met désormais l’accent sur les écosystèmes essentiels, y compris le commerce de détail et l’agroalimentaire. Les détaillants et les grossistes jouent un rôle primordial dans l’économie européenne et le fonctionnement de nombreux autres écosystèmes tels que le secteur de la logistique. Les transitions numérique et écologique doivent contribuer à la relance après la pandémie de COVID-19, et les détaillants ainsi que les grossistes doivent être reconnus comme des acteurs importants de nombreux écosystèmes comme, par exemple, le commerce en ligne et la logistique. La logistique est un élément industriel indispensable du commerce en ligne, avec lequel elle entretient une relation symbiotique, étant donné qu’aucun des deux sous-systèmes ne peut exercer ses activités sans la contribution de l’autre. Il est dès lors dans l’intérêt général que le secteur de la logistique se développe dans le respect des travailleurs, des consommateurs et de l’environnement.

6.2.

La Commission a admis que l’écosystème du commerce de détail et de gros est l’un des secteurs les plus durement touchés et arrive en deuxième position en ce qui concerne les besoins de soutien à l’investissement. Les détaillants et les grossistes opèrent avec un chiffre d’affaires élevé, des coûts fixes élevés et des marges faibles (1 à 3 %), ce qui signifie qu’ils sont particulièrement vulnérables aux pénuries de liquidités. En mai 2020, les pertes estimées liées à la première vague de la pandémie atteignaient 16 à 20 % du chiffre d’affaires annuel (250-320 milliards d’euros) dans le commerce de détail non alimentaire. Un grand nombre d’entreprises de l’écosystème de détail et de gros ont subi des restrictions sévères de la part du gouvernement, directement ou indirectement, par exemple en raison de la fermeture de leurs clients ou d’autres restrictions en matière de mobilité. Ceux qui effectuaient des opérations en ligne ont pu atténuer une partie des pertes, mais seulement de manière très limitée. Les ventes en ligne ont augmenté de manière significative et devraient continuer à croître au fur et à mesure que les consommateurs acquièrent de l’expérience dans l’achat en ligne.

6.3.

L’approche écosystémique fournit un cadre approprié reflétant à la fois les interdépendances complexes entre les secteurs et les entreprises du marché unique au sein de chaînes de valeur données, ainsi que la nécessité de les aider à adopter avec succès la transition vers le numérique et la durabilité et à contribuer à la stratégie de relance. Sachant que la consommation privée représente plus de 50 % du PIB de l’UE, les détaillants et les grossistes permettent aux fabricants d’accéder aux marchés de la consommation et aux marchés professionnels; les clients peuvent acheter ce dont ils ont besoin, ce qui constitue une chaîne d’approvisionnement continue et vitale.

7. Rôle du commerce de détail dans la sauvegarde des centres urbains et des communautés rurales

7.1.

Depuis de nombreuses années, les détaillants ont instauré un climat de confiance avec les consommateurs européens et leur fournissent des produits de haute qualité à des prix compétitifs, en cherchant constamment à créer et à répercuter de nouveaux gains d’efficacité afin d’aider les consommateurs à améliorer leur pouvoir d’achat. Les détaillants créent des produits respectueux de l’environnement qui favorisent une consommation durable, mais il faut en faire davantage.

7.2.

Les magasins de détail jouent également un rôle crucial dans la sauvegarde des centres-villes et des communautés rurales. Cela montre aussi à quel point les points de vente physiques traditionnels sont et seront importants pour la société. Les détaillants peuvent servir de bureau de poste, de banque et de pharmacie et aider les communautés locales à rester dynamiques. Les espaces de vente au détail vides dans les rues commerçantes condamnent inexorablement les villes à un lent déclin vers le vandalisme et la criminalité, et, dans un village, un magasin peut faire la différence entre une communauté rurale vivante et une communauté qui se dépeuple.

7.3.

Les détaillants européens doivent être en mesure d’accroître et d’accélérer leurs investissements dans l’automatisation, l’interface avec les consommateurs et l’IA afin de rester compétitifs. Le soutien à ces investissements et à l’expansion des ventes en ligne, et en particulier l’aide à la mise en ligne des PME et des petites entreprises de centre-ville, aurait un effet transformateur tant sur leurs communautés locales que sur la survie et la résilience de nombreuses entreprises de détail confrontées à une concurrence intense, et de plus en plus mondiale.

8. Des conditions de concurrence équitables pour le commerce de détail en Europe

8.1.

L’UE, qui compte 450 millions de consommateurs, dispose d’un immense potentiel en tant que marché intérieur numérique. La stratégie pour un marché unique numérique en Europe a été conçue pour stimuler le commerce électronique transfrontière entre les pays de l’UE. Toutefois, le commerce électronique transfrontière au sein de l’UE n’a pas connu une croissance aussi rapide que le commerce électronique provenant de pays tiers. Le marché européen des services numériques accuse un net retard par rapport aux États-Unis et à la Chine, en particulier en ce qui concerne la présence sur le marché mondial, comme en témoigne la croissance fulgurante des ventes en ligne de certains pays tiers, notamment la Chine, à destination des consommateurs européens. Au fil des ans, nous avons vu que des formats et des technologies numériques de plus en plus innovants y sont créés. L’UE et ses États membres doivent redoubler d’efforts pour instaurer le cadre approprié dans lequel les entreprises peuvent être compétitives, innover, servir leurs clients et garantir la protection des consommateurs. Le meilleur moyen d’y parvenir est de faire en sorte qu’il soit plus attrayant d’investir et de faire des affaires dans l’UE qu’ailleurs dans le monde.

8.2.

Les ventes en ligne constituent la partie du marché de détail qui connaît la croissance la plus rapide et, bien qu’elles restent relativement limitées par rapport aux ventes hors ligne, elles commencent à devenir très importantes dans un certain nombre de secteurs non alimentaires. Les détaillants ne sont plus le seul point d’accès aux clients, les fabricants commençant également à utiliser le commerce électronique pour trouver d’autres manières de vendre et d’interagir directement avec les consommateurs. Les économies d’échelle et la mécanisation extensive des processus, ainsi que les effets de réseau et la capacité d’offrir une gamme de produits quasi illimitée, ont profité aux grands acteurs et plateformes en ligne, dont les parts de marché croissantes commencent à reproduire le rôle de gardien traditionnel des magasins locaux.

8.3.

Tous les biens vendus dans l’UE doivent être conformes aux règles de l’UE, et tous les professionnels qui vendent leurs produits aux consommateurs européens doivent s’en assurer. Les importations directes donnent lieu à de nouveaux défis en matière de respect de la législation de l’UE, présentent des risques pour la santé et la sécurité des consommateurs européens et exposent les commerçants de l’UE à une concurrence déloyale. Un message fort a été envoyé afin d’affirmer que, quels que soient l’endroit où se trouve une entreprise et la valeur des marchandises vendues dans l’UE, celles-ci doivent être conformes aux règles. Entre autres, la proposition de législation sur les services numériques, la révision de la directive sur la sécurité générale des produits, la mise en œuvre et l’application correctes du règlement sur la surveillance du marché et d’autres actes législatifs de l’UE joueront un rôle déterminant.

8.4.

Le marché unique et ce secteur doivent impérativement fonctionner correctement, car cela permettra au commerce de détail et de gros de répondre aux demandes des consommateurs et de faire face à la concurrence dans un environnement mondial plus concurrentiel et plus numérique. Le CESE estime qu’une action au niveau de l’UE est de la plus haute importance pour prévenir une nouvelle fragmentation du marché intérieur et éviter l’introduction de nouvelles règles nationales, souvent protectionnistes, applicables aux produits et aux services, ainsi que pour éviter des divergences dans la mise en œuvre et l’interprétation du droit de l’UE.

9. L’IA dans le commerce de détail et de gros

9.1.

Les détaillants et les grossistes utilisent l’automatisation depuis de nombreuses années dans des domaines tels que le transport, la commande et la gestion des stocks, ou les interactions avec les consommateurs. Grâce à l’IA, l’automatisation est devenue beaucoup plus sophistiquée, ce qui permet d’améliorer les connaissances et l’efficacité. L’IA a de nombreuses incidences sur le commerce de détail et le commerce de gros. Elle permet notamment d’améliorer l’interaction avec les clients, d’accélérer la livraison des colis, de prévoir le comportement des clients, d’optimiser les stocks, de détecter la fraude et de rendre le secteur plus durable.

9.2.

La pénétration de l’IA dans le commerce de détail augmente fortement chaque année. Seuls 4 % des détaillants utilisaient les technologies de l’IA en 2016, contre 17 % en 2017 et 28 % en 2018. Sans surprise, le taux d’utilisation a été le plus élevé chez les grands détaillants et grossistes dont le chiffre d’affaires annuel s’élève à 10 milliards de dollars ou plus. L’IA est utilisée par les détaillants dans les secteurs de l’automobile (19 %), de l’électronique et des applications domestiques (25 %), de l’amélioration des habitations (26 %), de l’alimentation (29 %), de l’habillement et de la chaussure (33 %) et dans les domaines multicatégoriels (42 %).

9.3.

Comme l’a détaillé le CESE dans son avis sur l’IA (6), celle-ci et la robotique vont élargir et amplifier les effets de la numérisation de l’économie sur les marchés du travail et peuvent contribuer au progrès économique et social. Ces dernières années, l’IA est devenue une priorité pour les entreprises, les décideurs et la société. Elle offre aux entreprises de détail et de gros des possibilités infinies pour se développer sur le plan opérationnel, améliorer les chaînes d’approvisionnement, aider à prendre des décisions, comprendre les besoins des consommateurs et améliorer l’expérience des clients. Ce ne sont que quelques-unes des nombreuses raisons pour lesquelles tant de détaillants et de grossistes explorent les possibilités offertes par l’IA et investissent dans celle-ci.

9.4.

De nombreuses applications de l’IA n’ont aucune incidence sur les individus. L’IA utilisée pour le diagnostic médical et l’IA utilisée pour scanner les produits en rayon dans un entrepôt ont beau être des technologies similaires, qui permettent de prendre des décisions fondées sur des ensembles de données complexes, elles comportent cependant des risques fondamentalement différents et ne nécessitent pas les mêmes garanties. L’intelligence artificielle appelle une réglementation qui traite des différents degrés de risque associé au recours aux systèmes d’intelligence artificielle, en assurant la sécurité et la confiance des consommateurs dans ces systèmes.

Bruxelles, le 9 décembre 2021.

La présidente du Comité économique et social européen

Christa SCHWENG


(1) E-commerce in Europe 2020 (Le commerce électronique en Europe 2020).

(2) https://www.eurocommerce.eu/about-us/the-narratives.aspx

(3) Déclaration EuroCommerce et UniEuropa du 8 avril 2020 (en anglais).

(4) McKinsey Global Institute, The future of work in Europe («L’avenir du travail en Europe»).

(5) Commission européenne, communication sur Une nouvelle stratégie industrielle pour l’Europe; COM(2020) 102 final.

(6) JO C 440 du 6.12.2018, p. 1.


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