| CELEX | 52021IR3911 |
| Type | Initiative législative |
| Date | jeudi 2 décembre 2021 |
| 28.2.2022 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 97/26 |
Avis du Comité européen des régions sur le thème «Éradiquer le sans-abrisme dans l’Union européenne: la perspective locale et régionale»
(2022/C 97/06)
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RECOMMANDATIONS POLITIQUES
LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS,
Contexte et principes
| 1. | constate que le sans-abrisme est probablement la manifestation la plus grave de l’exclusion sociale en Europe. Il s’agit d’un problème sociétal urgent qui requiert une attention accrue de la part des responsables politiques à tous les niveaux pertinents, y compris aux niveaux local, régional, national et européen; |
| 2. | souligne que le sans-abrisme est un problème dans tous les États membres de l’Union européenne. L’ampleur et la nature du sans-abrisme varient, mais aucun État membre n’a été en mesure de résoudre ce problème; |
| 3. | souligne que le sans-abrisme est une réalité dynamique qui ne touche pas seulement les personnes vivant dans la rue. Le sans-abrisme devrait également inclure les personnes hébergées dans des abris ou des lieux qui ne sont pas destinés à l’hébergement, les personnes qui doivent quitter une institution sans avoir de solution de logement ou qui ne disposent pas de ressources financières suffisantes, ou encore qui dépendent d’amis ou de parents pour être hébergés de manière occasionnelle. Le fait de réduire la réalité complexe du sans-abrisme à la rue ne fait que favoriser des interventions politiques de qualité médiocre. Il est important de faire la distinction entre les situations de sans-abrisme total et celles où il existe un réseau de soutien minimal, étant donné que l’intervention doit être adaptée aux différentes réalités pour optimiser l’efficacité des interventions politiques; |
| 4. | constate avec inquiétude que la gentrification, la location de courte durée dans les villes pour les touristes et la financiarisation, conjuguées aux conséquences des crises financières et économiques mondiales des dernières décennies, ont conduit à une situation où l’offre de logements abordables a considérablement diminué, en particulier dans les villes en expansion et dans les zones métropolitaines, sans sous-estimer les défis auxquels sont confrontés les petites villes et le milieu rural, ce qui aggrave le sans-abrisme. Davantage d’investissements et un meilleur cadre pour les investissements dans des logements abordables sont donc nécessaires en tant qu’outils essentiels pour prévenir le sans-abrisme; |
| 5. | souligne que le sans-abrisme est un problème multidimensionnel qui touche un large éventail de personnes, avec différentes caractéristiques selon les catégories à prendre en considération (des femmes, des jeunes, des enfants, les migrants et les demandeurs d’asile, etc.) vivant dans des conditions de vulnérabilité et de précarité. Les causes et les événements déclencheurs du sans-abrisme sont multiples et en partie structurels, tels que la pénurie de logements abordables, le chômage, les écarts de couverture dans le système de protection sociale, la discrimination et les déficiences dans les politiques migratoires, ainsi que des facteurs personnels tels que des problèmes de santé mentale, des dépendances ou des difficultés relationnelles. Toute politique efficace doit s’attaquer au caractère multidimensionnel du sans-abrisme; |
| 6. | relève que, selon les estimations d’une ONG européenne, la Fédération européenne des associations nationales travaillant avec les sans-abri (FEANTSA), en 2019, quelque 700 000 personnes au moins dormaient chaque nuit dans la rue ou dans un refuge, ce qui représente une augmentation de 70 % en dix ans. Le Comité se déclare très préoccupé par l’augmentation rapide du nombre de sans-abri au sein de l’Union au cours de la période récente; |
| 7. | souligne que le sans-abrisme constitue une violation des droits de l’homme, et notamment du droit au logement consacré par la charte sociale européenne révisée du Conseil de l’Europe. Le sans-abrisme peut également constituer une violation de plusieurs droits civils et politiques, tels que le droit à être protégé contre les traitements inhumains et dégradants ou le droit à la vie privée et à la vie familiale, voire, dans certains cas, le droit à la vie; |
| 8. | se félicite que le sans-abrisme s’impose progressivement comme une priorité de politique sociale en Europe, et aussi au niveau international. Plusieurs organisations internationales telles que les Nations unies et l’OCDE, ou encore les institutions de l’Union européenne, ont récemment travaillé sur le sans-abrisme. Le Comité se félicite de cette attention internationale, et espère que celle-ci aidera les États membres à améliorer la manière dont ils répondent au sans-abrisme; |
| 9. | souligne que la pandémie de COVID-19 a mis en évidence l’existence d’une dimension de santé publique dans le sans-abrisme. Les sans-abri sont notablement plus susceptibles d’être infectés, d’être hospitalisés et de perdre la vie en conséquence d’une infection, et ce en raison à la fois de leurs conditions de vie et de leur état médical général; |
| 10. | estime que le problème du sans-abrisme peut être résolu en combinant intelligemment des mesures de prévention et de coordination ciblées, mises en œuvre d’une façon durable et systématique. Il faudrait assortir cette panoplie de mesures de coopération étroite entre les services sociaux et les services de logement, en liaison avec le système judiciaire, et des solutions axées sur le logement, telles que la démarche «Un logement d’abord». Ces solutions qui visent à lutter contre la privation de logement et à promouvoir l’inclusion sociale des personnes, qu’elles soient seules ou en famille, se trouvant en difficulté socio-économique, pourraient être optimisées grâce à des formes innovantes de logement financées par des investissements public-privé et le secteur non marchand. Les preuves accumulées sont suffisamment nombreuses pour pouvoir conclure que la gestion du sans-abrisme par un recours exclusif au système d’accueil en refuge est inopérant, inefficace et coûteux; |
| 11. | convient que les solutions axées sur le logement doivent être comprises comme un droit, plutôt que comme étant conditionnées à des réponses comportementales et/ou des réalisations (1). Dans le même temps, la sécurisation du logement devrait s’inscrire dans le cadre d’une approche globale qui garantisse la fourniture de services d’aide tant structurels que personnalisés pour accompagner la sortie du sans-abrisme et s’attaquer efficacement à ses causes profondes sur une base individuelle. Une coopération étroite entre services sociaux et sanitaires est essentielle, notamment dans le contexte de la pandémie. Le Comité souligne qu’il importe d’être particulièrement vigilants sur le volet prévention, en introduisant des mesures spécifiques qui aident les personnes les plus vulnérables et les plus exposées au risque de se retrouver sans abri; |
| 12. | fait valoir qu’il est essentiel de pouvoir disposer de statistiques actualisées sur le profil et la nature du sans-abrisme, que ce soit pour la conception d’actions pertinentes ou pour la fourniture de services. Le Comité déplore l’absence de données officielles de l’Union sur le sans-abrisme, et demande que des mesures soient prises d’urgence pour remédier à la situation; |
| 13. | suggère qu’en l’absence d’une définition européenne du sans-abrisme, les États membres et les institutions européennes utilisent comme cadre de définition la classification ETHOS, qui couvre le fait d’être sans-abri ou sans-logement, d’occuper un logement précaire ou un logement inadapté. Une telle décision faciliterait la coopération européenne; |
| 14. | rappelle son plaidoyer pour qu’une attention particulière soit accordée au problème du sans-abrisme des jeunes LGBTIQ, afin qu’une prise de conscience s’opère et qu’une action soit menée pour promouvoir des centres d’accueil et d’aide à la jeunesse dans les collectivités locales (2); |
| 15. | observe que les collectivités locales et régionales sont des acteurs clés de la lutte contre le sans-abrisme, mais qu’elles manquent souvent de leviers politiques opérants et de soutien financier pour être efficaces. Par conséquent, les politiques en faveur du sans-abrisme devraient associer tous les niveaux de gouvernement concernés; |
| 16. | souligne que l’approche durable et systémique «Un logement d’abord» peut constituer la base d’une lutte efficace contre le sans-abrisme, ainsi que cela a été observé dans certains États membres comme la Finlande; |
| 17. | se félicite de la plateforme européenne sur la lutte contre le sans-abrisme lancée en juin 2021 par la Commission et la présidence portugaise de l’Union. Le Comité soutient fermement l’inclusion de la plateforme au plan d’action de l’Union sur la mise en œuvre du socle européen des droits sociaux, et ce, même s’il «regrette à cet égard que le plan d’action ne fixe aucun objectif quantitatif en matière de lutte contre le sans-abrisme» (3); |
| 18. | approuve en outre l’appel des chefs d’État et de gouvernement à faire du sans-abrisme une priorité de politique sociale de l’Union dans toutes les actions engagées pour lutter contre l’exclusion sociale et la pauvreté, et comme cela figure dans la déclaration de Porto de mai 2021; |
Recommandations du Comité européen des régions
| 19. | invite la Commission à jouer un rôle actif dans la coordination de la plateforme et à allouer des ressources européennes suffisantes pour garantir une gouvernance efficace et un effet politique visible. Le Comité souhaite vivement une participation active de la part des États membres grâce à la mobilisation de tous leurs niveaux de gouvernement, notamment les collectivités locales et régionales, à la plateforme et à l’ensemble des actions qu’ils mènent pour éliminer le sans-abrisme d’ici 2030, ainsi que le prévoit la déclaration de Lisbonne sur la plateforme européenne de lutte contre le sans-abrisme, et dans le droit fil du programme des Nations unies sur les objectifs de développement durable. Il convient de noter que la question du sans-abrisme compromet la réalisation de plusieurs objectifs de développement durable, à savoir les objectifs 1, 2, 3, 6, 8, 10 et 11, qui préconisent des politiques transversales pour remédier efficacement au problème; |
| 20. | s’engage à jouer un rôle actif au sein de la plateforme, y compris en sa qualité de membre du comité directeur, en se faisant l’écho des défis auxquels sont confrontées les collectivités locales et régionales dans leur lutte contre le sans-abrisme; demande instamment, à cet effet, que la plateforme reconnaisse sans réserve le rôle des collectivités locales et régionales, et facilite leur participation pleine et entière à cet effort; |
| 21. | préconise de tenir compte des intérêts et préoccupations de la population des sans-abri dans ses futurs travaux politiques, et d’intégrer les activités liées à la plateforme dans les programmes de travail des commissions concernées, telles que la commission SEDEC. Le Comité pourrait organiser sur une base régulière une conférence européenne sur les politiques locales et régionales en matière de sans-abrisme qui relèvent de sa compétence; |
| 22. | suggère de confier à la FEANTSA un rôle important dans la coordination ou la gestion de la plateforme, sachant qu’il s’agit du seul centre européen de connaissances et de pratiques transnationales existant en Europe, et que son expertise, largement reconnue, est déjà utilisée dans l’élaboration des politiques relatives au sans-abrisme, tant au niveau de l’Union qu’au niveau des États membres. Cette expertise sera cruciale pour faire en sorte que la plateforme passe de l’état d’idée à celui de réalité; |
| 23. | envisage pour la plateforme les quatre grands axes d’action suivants: faciliter les échanges transnationaux et l’apprentissage mutuel; promouvoir l’accès aux fonds et aux possibilités de financement de l’Union européenne; collecter de données et suivre l’avancement des politiques; et enfin identifier et contribuer à développer des innovations prometteuses, telles que l’approche «Un logement d’abord»; |
| 24. | suggère de faire de l’approche «Un logement d’abord» un thème prioritaire de la plateforme, compte tenu de l’intérêt croissant des diverses parties prenantes, telles que les gouvernements nationaux et locaux, les ONG ou les fournisseurs de logements. Le Comité estime que l’approche «Un logement d’abord» , qu’il conviendrait impérativement de compléter par des services d’aide sociale de grande qualité, conçus pour aider les personnes à affronter leurs problèmes personnels, devrait conduire à un changement systémique quant à la manière dont le sans-abrisme est traité, et ne pas être seulement mise en avant au niveau des projets; |
| 25. | invite la Commission à insister massivement sur le sans-abrisme dans toutes les initiatives politiques pertinentes de l’Union, telles que la garantie européenne pour l’enfance, la stratégie européenne en faveur des personnes handicapées, la stratégie européenne pour l’égalité des personnes LGBTIQ, la stratégie européenne en matière d’égalité entre les hommes et les femmes, le programme-cadre en faveur des Roms, la garantie pour la jeunesse de l’Union, le plan d’action pour l’économie sociale, le programme d’action de l’Union dans le domaine de la santé, le pacte de l’Union européenne pour la migration ou encore l’initiative de l’Union en faveur du logement abordable; |
| 26. | demande aux États membres d’exploiter les possibilités de financement européen sans précédent pour lutter contre le sans-abrisme, en particulier celles liées au FSE, au FEDER et à la facilité pour la résilience et la relance. La Commission devrait promouvoir activement l’utilisation des Fonds structurels auprès des autorités de gestion, des autorités locales et régionales et du secteur non marchand. Le Comité invite la Banque européenne d’investissement à soutenir les autorités locales et régionales dans l’élaboration de propositions d’investissement qui pourraient être financées au titre du programme InvestEU dans le cadre de la plateforme européenne de conseil en investissement; |
| 27. | demande à la Commission de poursuivre le développement de la coopération transnationale entre les villes et les collectivités locales et régionales, et de tirer parti des travaux déjà réalisés en matière de sans-abrisme dans le cadre du programme URBACT ou des actions innovatrices urbaines (initiative AIU); |
| 28. | invite les États membres et la Commission à insister davantage sur le sans-abrisme dans le processus du Semestre européen, et à envisager de publier des recommandations par pays sur le sans-abrisme à l’intention des États membres où le sans-abrisme est devenu une urgence sociale; |
| 29. | enjoint le Conseil de l’Europe, conformément à l’article 31, paragraphe 2, de la charte sociale européenne révisée (4), à accorder une attention particulière à la situation d’urgence liée au sans-abrisme, et invite les agences de l’Union européenne compétentes à envisager de lancer des activités en matière de sans-abrisme, au vu de son effet dévastateur sur les personnes à titre individuel et sur le tissu social au sens large; plaide en particulier pour un engagement de l’Agence des droits fondamentaux, dans la mesure où le sans-abrisme apparaît comme l’une des violations des droits de l’homme les plus pressantes en Europe; la Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail, puisque le sans-abrisme est la forme la plus extrême que peut prendre la précarité des conditions de vie; le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies, car les sans-abri sont touchés de manière disproportionnée par des maladies infectieuses; l’Autorité européenne du travail, dans la mesure où le sans-abrisme apparaît de plus en plus comme un problème dans plusieurs États membres parmi les citoyens européens mobiles qui se déplacent à des fins professionnelles; enfin, l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies, puisque le sans-abrisme peut être soit le déclencheur soit la conséquence d’un état de dépendance; |
| 30. | invite les États membres et la Commission à intégrer dans leurs politiques le développement et le financement de l’innovation sociale appliquée au problème du logement, tel que l’aborde la Commission dans son guide de l’innovation sociale, en ce qu’il voit dans cette approche un moyen de prévenir le sans-abrisme; |
| 31. | invite tous les États membres à élaborer des stratégies nationales de lutte contre le sans-abrisme, en consultation avec les collectivités régionales et locales et fondées sur une approche résolument axée sur le logement et ancrée dans les territoires, avec pour but de relever efficacement les difficultés spécifiques auxquelles sont confrontées les différentes villes et régions. Le Comité suggère à la Commission d’élaborer une boîte à outils européenne pour soutenir les États membres dans leur planification stratégique; |
| 32. | prie les collectivités locales et régionales de l’Union de mettre immédiatement un terme à la criminalisation et à la pénalisation des personnes qui dorment dans la rue, conformément à la jurisprudence en matière de droits de l’homme, et à la demande du Parlement européen. |
Bruxelles, le 2 décembre 2021.
Le président du Comité européen des régions
Apostolos TZITZIKOSTAS
(1) «Fighting homelessness and housing exclusion in Europe — A study of national policies» (La lutte contre le sans-abrisme et l’exclusion face au logement en Europe: étude sur les politiques nationales), Réseau européen de politique sociale (2019) (https://ec.europa.eu/social/BlobServlet?docId=21629&langId=en).
(2) Avis SEDEC-VII/015 sur une «Union de l’égalité: stratégie en faveur de l’égalité de traitement à l’égard des personnes LGBTIQ pour la période 2020-2025».
(3) Avis du Comité européen des régions sur «La mise en œuvre du socle européen des droits sociaux d’un point de vue local et régional» (COR-2021-01127).
(4) Article 31, paragraphe 2: «à prévenir et à réduire l’état de sans-abri en vue de son élimination progressive» (https://www.coe.int/fr/web/european-social-charter).
Initiative législative — 52021IP0508
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