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Avis institutionnel52022AE4098

Avis institutionnel — 52022AE4098

CELEX52022AE4098
TypeAvis institutionnel
Datemercredi 14 décembre 2022

Texte intégral

16.3.2023

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 100/95


Avis du Comité économique et social européen sur

a) la proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil établissant un instrument du marché unique pour les situations d’urgence et abrogeant le règlement (CE) no 2679/98 du Conseil

[COM(2022) 459 final — 2022/0278 (COD)]

b) la proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil modifiant les règlements (UE) 2016/424, (UE) 2016/425, (UE) 2016/426, (UE) 2019/1009 et (UE) no 305/2011 en ce qui concerne des procédures d’urgence pour l’évaluation de la conformité, l’adoption de spécifications communes et la surveillance du marché en situation d’urgence pour le marché unique

[COM(2022) 461 final — 2022/0279 (COD)]

et c) la proposition de directive du Parlement européen et du Conseil modifiant les directives 2000/14/CE, 2006/42/CE, 2010/35/UE, 2013/29/UE, 2014/28/UE, 2014/29/UE, 2014/30/UE, 2014/31/UE, 2014/32/UE, 2014/33/UE, 2014/34/UE, 2014/35/UE, 2014/53/UE et 2014/68/UE en ce qui concerne des procédures d’urgence pour l’évaluation de la conformité, l’adoption de spécifications communes et la surveillance du marché en situation d’urgence pour le marché unique

[COM(2022) 462 final — 2022/0280 (COD)]

(2023/C 100/14)

Rapporteur:

Andrej ZORKO

Corapporteure:

Janica YLIKARJULA

Consultation

a)

Parlement européen, 9.11.2022

a)

Conseil de l’Union européenne, 11.11.2022

b)

Parlement européen, 21.11.2022

b)

Conseil de l’Union européenne, 24.11.2022

c)

Parlement européen, 21.11.2022

c)

Conseil de l’Union européenne, 30.11.2022

Base juridique

a)

Articles 114, 21, 45 et 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

b)

Articles 114 et 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

c)

Articles 91, 114 et 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Compétence

Section «Marché unique, production et consommation»

Adoption en section

10.11.2022

Adoption en session plénière

14.12.2022

Session plénière no

574

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

208/0/1

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le CESE soutient l’objectif de la Commission qui vise à créer un instrument du marché unique pour les situations d’urgence (IUMU) en vue d’affronter les futures crises susceptibles d’entraver le fonctionnement du marché unique et de ses entreprises, ainsi que le bien-être des citoyens de l’Union européenne. Le Comité est favorable aux mesures visant à garantir la libre circulation des biens, des services et des personnes et à prévenir les restrictions au sein de l’Union, y compris en période de crise. L’IUMU doit être axé en priorité sur le partage d’informations, la coopération, la communication et la solidarité entre les États membres. S’il est essentiel de parvenir à une meilleure coopération administrative et de mettre en place des mesures de transparence plus efficaces à l’intention des États membres, le CESE déplore qu’aucune conséquence n’ait été prévue dans le cas où l’un d’entre eux ne respecterait pas les exigences.

1.2.

Les réponses aux crises doivent être rapides, temporaires, correctement ciblées et coordonnées au niveau de l’Union afin d’assurer une approche commune. Elles doivent tenir compte des effets d’une crise sur les entreprises et le bien-être des citoyens de l’Union européenne et créer les conditions pour une société et une économie plus résilientes à l’avenir. Il convient de veiller en priorité à la libre circulation des biens, des services et des personnes en période de crise et à l’atténuation des effets de la crise sur le bien-être des personnes, plutôt que d’intervenir dans la production et la fourniture de biens et de services et dans leurs chaînes d’approvisionnement.

1.3.

L’atténuation des crises nécessite un cadre juridique clair pour éviter les interprétations divergentes, les mesures fragmentées et les litiges inutiles. Le CESE estime que les définitions des termes «crise», «domaine d’importance stratégique», «biens et services d’importance stratégique» et «biens et services utiles en temps de crise» sont trop vagues pour écarter ces préoccupations et recommande à la Commission de les préciser davantage.

1.4.

Les mesures d’urgence ne devraient pas porter atteinte aux droits fondamentaux des citoyens européens; de même, l’exercice de ces droits, y compris le droit de grève, dans quelque secteur que ce soit, ne peut justifier une réponse de crise. La Commission devrait indiquer clairement qu’une grève ou toute autre action industrielle entreprise en vertu de la législation nationale ne peut constituer une crise aux termes de l’IUMU. De même, toutes les mesures d’atténuation des crises doivent respecter les principes de nécessité et de proportionnalité en ce qui concerne les entreprises, ce qui n’est pas le cas dans la proposition à l’examen. Il s’impose en outre de ne pas nuire à l’autonomie des partenaires sociaux. Les mesures risquent de créer d’autres obstacles, restrictions et charges inutiles qu’il convient d’éviter, en particulier en temps de crise. Le marché unique devrait rester accessible et être flanqué de garanties contre le dumping social et fiscal.

1.5.

Le CESE fait valoir que toute situation d’urgence nécessite une réaction rapide et efficace. Il recommande dès lors à la Commission de réexaminer la proposition en vue d’une approche suffisamment rapide et efficace pour faire face à une crise. Le Comité craint que l’approche progressive proposée ne soit trop alourdie par les contraintes administratives pour être performante.

1.6.

Le CESE recommande la mise en place d’une coopération étroite entre le groupe consultatif sur l’instrument IUMU et les instruments existants de prospective stratégique de l’Union, afin de pouvoir prédire les futures situations de crises en se basant sur la surveillance continue de l’actualité mondiale et régionale et l’analyse des risques qui en découlent. Les représentants de la société civile devraient être associés de près à ce processus et avoir la possibilité de concourir aux activités de prospective de l’Union par leurs contributions et les résultats de leurs travaux.

1.7.

Le CESE propose que des représentants des partenaires sociaux et une organisation de la société civile concernée soient inclus parmi les observateurs du groupe consultatif sur l’instrument IUMU. Il demande également une clarification du rôle du groupe consultatif proposé, en particulier en ce qui concerne d’autres organes de nature similaire.

1.8.

Il conviendrait de réexaminer la délégation de pouvoirs à la Commission en vertu de la proposition afin de trouver un équilibre entre une réaction efficace aux crises et l’inclusion des États membres dans le processus décisionnel.

1.9.

Le risque existe que les pouvoirs interventionnistes attribués par la proposition à la Commission, tels que la hiérarchisation des commandes et la clause de dérogation contractuelle pouvant cibler des entreprises spécifiques, puissent s’avérer préjudiciables au fonctionnement du marché unique. Par leur existence même, ces pouvoirs introduisent un élément d’imprévisibilité. C’est pourquoi le CESE recommande à la Commission de réexaminer soigneusement la proposition, notamment en prenant en compte la question de savoir quelles entreprises seraient ciblées et qui assumerait les coûts d’une éventuelle réorganisation des chaînes de production.

1.10.

Il est essentiel de limiter la collecte de données auprès des entreprises par la Commission ou les États membres en respectant les principes d’extrême nécessité et de proportionnalité. Certaines des propositions formulées sont susceptibles de nuire à l’égalité des conditions de concurrence, par exemple celle visant à dresser des listes des «opérateurs économiques les plus pertinents» avant d’annoncer une situation d’urgence. Le CESE s’inquiète des signaux qu’une telle liste peut envoyer sur le marché et de l’incidence globale que cela pourrait avoir sur la concurrence.

1.11.

Une communication rapide, facile à comprendre et ouverte des informations à l’attention des citoyens, des entreprises et des autres acteurs est essentielle à la gestion des crises du marché unique. Une interface d’information en ligne spécifique devrait être immédiatement opérationnelle en cas de crise.

2. Motif d’élaboration de l’avis

2.1.

Le bon fonctionnement du marché unique est l’un des plus grands atouts de l’Union européenne; il est vital pour son économie et pour «améliorer le bien-être grâce à la convergence sociale et économique […] et […] éviter que l’aggravation des déséquilibres sociaux ne finisse par engendrer de sérieux obstacles à l’intégration européenne» (1).

2.2.

Les crises récentes, telles que la pandémie de COVID-19 et l’invasion de l’Ukraine par la Russie, ont démontré un certain degré de vulnérabilité au sein du marché unique et de ses chaînes d’approvisionnement en cas de perturbations imprévues. Le confinement imposé pendant la pandémie a mis un terme à l’activité de nombreuses entreprises, les frontières ont été fermées, les chaînes d’approvisionnement ont été interrompues, la demande a été perturbée et les travailleurs et les prestataires de services n’ont pas été en mesure de circuler à travers l’Europe. Ces bouleversements ont rappelé à chacun que la libre circulation des personnes est étroitement liée à la libre circulation des biens et des services. Les MPME et les ménages à faibles revenus sont souvent particulièrement touchés par les crises.

2.3.

Un manque de transparence en ce qui concerne les mesures prises par différents États membres pour lutter contre les crises a provoqué de l’incertitude quant à la justification et à la proportionnalité de ces mesures. Cette situation a affaibli la confiance mutuelle et la solidarité, de même qu’elle a fait apparaître des obstacles au fonctionnement du marché unique. D’autre part, ces crises ont mis en lumière l’importance de la coopération, de l’ouverture et du dialogue entre les États membres et l’utilité de la diversification des chaînes de valeur. Il s’est révélé essentiel, pour éviter toute perturbation des canaux de déplacement et des chaînes d’approvisionnement indispensables, d’adopter une réponse coordonnée visant à maintenir ouvertes les frontières intérieures de l’Union grâce à des points de passage frontaliers via des voies réservées.

2.4.

L’instrument IUMU vient en complément d’autres mesures législatives ou propositions de l’Union européenne en matière de gestion des crises, lesquelles concernent, par exemple, la santé, les semi-conducteurs, la sécurité alimentaire et le mécanisme de protection civile de l’Union.

3. Observations générales

3.1.

Le CESE se félicite des efforts déployés par la Commission pour mettre en place l’instrument IUMU afin de lutter contre les effets négatifs des crises existantes et potentielles sur le marché unique, ses citoyens et ses entreprises, et se réjouit de la confirmation que l’instrument IUMU s’appliquera sans préjudice des instruments de gestion de crise existants, qui seront traités en tant que lex specialis.

3.2.

Le CESE fait observer que l’instrument IUMU devrait garantir une meilleure coordination entre les mesures prises par les différents États membres, renforcer la solidarité, préserver l’efficacité des quatre libertés et tirer parti du marché unique pour faire face aux crises urgentes et imprévues. Il souligne que le bon fonctionnement du marché unique constitue un outil efficace et un atout pour la préparation et la réaction aux crises.

3.3.

Une crise qui peut nuire au fonctionnement du marché unique peut, par conséquent, entraver les entreprises, mais aussi avoir une incidence considérable sur la vie des citoyens dans l’ensemble de l’Union. Toute mesure proposée pour lutter contre une crise devrait donc tenir compte des deux perspectives ainsi que de la voie à suivre pour mener à bien la double transition numérique et écologique de manière équitable, afin de mieux préparer le marché unique aux futurs chocs et crises. Il n’est de perspectives d’avenir pour le marché unique que reposant sur le mariage d’une base économique solide et d’une dimension sociale forte (2).

3.4.

Le CESE souligne que les réactions aux crises doivent être rapides, temporaires, proportionnées et bien ciblées, tout en ouvrant la voie à une société et à une économie plus résilientes à l’avenir. Elles doivent aussi être coordonnées au niveau de l’Union afin d’éviter des mesures nationales divergentes qui pourraient entraver le fonctionnement du marché unique.

3.5.

Il ne fait aucun doute que l’Union européenne sera confrontée à d’autres crises qui lui poseront de nouveaux défis. Les mesures d’atténuation des crises devraient être transparentes, facilement disponibles — dans un cadre limité et selon des critères stricts — et devraient pouvoir être appliquées rapidement, ce qui nécessite un cadre juridique clair au niveau de l’Union. L’instrument devrait protéger les entreprises et les résidents de l’Union, de même que les libertés du marché unique en cas de crise grave et généralisée; il devrait aussi permettre de contrôler les mesures nationales et européennes de lutte contre la crise afin de garantir qu’elles respectent les principes fondamentaux de nécessité, de proportionnalité et de non-discrimination, et garantir aux entreprises et aux particuliers une coopération administrative en temps réel et un accès à l’information.

3.6.

Le CESE craint qu’une procédure de réaction progressive en cas de crise, telle que définie dans le cadre de l’instrument IUMU, ne prenne trop de temps et ne ralentisse le processus décisionnel plutôt que de garantir une réaction rapide à la crise.

3.7.

Il est impossible de prévoir la portée et la nature d’une crise future. Dans le même temps, pour que la réaction soit la plus efficace et la moins invasive possible, elle doit être déclenchée aux premiers stades de la crise. Le CESE insiste sur l’importance de la prospective stratégique dans l’Union européenne et rappelle qu’il est résolument favorable à l’inclusion d’une méthodologie de prospective dans le processus d’élaboration des politiques de l’Union. Les instruments proposés dans le cadre du dispositif IUMU devraient être complétés par une coopération étroite entre le groupe consultatif de ce dernier et les mécanismes existants de prospective stratégique de l’Union, afin de pouvoir prédire les crises futures en se basant sur l’examen des événements aux niveaux mondial et régional susceptibles de perturber considérablement le fonctionnement du marché unique, de telle manière qu’il ne pourrait plus être considéré comme un fonctionnement normal. Le groupe consultatif ne doit pas seulement être chargé d’évaluer les incidents signalés à la Commission par les États membres, mais doit travailler en continu avec les acteurs de l’Union responsables de la prospective stratégique afin de surveiller les incidents qui surviennent à l’échelle mondiale et régionale et d’en analyser les risques. La prospective stratégique étant un processus participatif, le CESE escompte que jouent des synergies et que se développe la participation structurelle de toutes les institutions de l’Union, y compris le CESE (3).

3.8.

La proposition vise à couvrir toutes les crises importantes touchant le marché unique et ses chaînes d’approvisionnement, à quelques exceptions près, pour lesquelles l’Union a élaboré ou élabore actuellement ses propres mesures. Le large champ d’application pose d’importantes difficultés. Le CESE souligne que l’instrument IUMU nécessite une définition plus claire de la notion de crise, qui ne doit pas faire l’objet d’interprétations divergentes. En outre, les définitions des termes «domaine d’importance stratégique», «biens et services d’importance stratégique» et «biens et services utiles en temps de crise» sont très vagues. Le CESE estime qu’elles devraient être sans équivoque, afin de garantir la proportionnalité et le ciblage adéquat des mesures d’urgence. L’absence de définitions claires et précises risque de donner lieu à une insécurité juridique et à des litiges au sein du marché unique.

3.9.

Les définitions et les réactions aux crises dans le cadre de l’instrument IUMU doivent toutes être proportionnées et ne pas entraîner de charges administratives inutiles. En particulier, il ne peut être fait appel à l’instrument qu’en cas de crise urgente et temporaire au sein du marché unique, y compris les crises régionales qui affectent les quatre libertés. En conséquence, il y a lieu de limiter l’utilisation de l’instrument dans le temps et d’empêcher qu’elle devienne permanente. La proposition confère à la Commission des pouvoirs délégués en ce qui concerne les protocoles de crise; il conviendrait de les réexaminer soigneusement et de trouver un équilibre entre une réaction efficace aux crises et un engagement total des États membres en faveur de mesures communes.

3.10.

Il est essentiel de pouvoir reconnaître qu’une situation nécessite une réaction propre à une crise et de cibler correctement les problèmes découlant des situations d’urgence. Aucune mesure d’urgence ne devrait porter atteinte aux droits fondamentaux des citoyens européens, en particulier les droits consacrés par les conventions et accords internationaux. Même en temps de crise, l’Union européenne doit rester déterminée à défendre les droits humains fondamentaux. De même, toutes les mesures d’atténuation des crises doivent respecter les principes de base de nécessité et de proportionnalité en ce qui concerne les entreprises, ce qui n’est pas le cas dans la proposition à l’examen.

3.11.

La reconnaissance et la réglementation des biens utiles en temps de crise peuvent elles-mêmes créer des incertitudes au sein du marché unique qui limitent son fonctionnement, étant donné qu’il est impossible de savoir quels seront les biens utiles lors d’une crise future. Le CESE comprend la volonté de déléguer certains pouvoirs à la Commission dans le cadre de la proposition à l’examen, mais exprime dans le même temps son inquiétude quant aux pouvoirs interventionnistes qu’elle lui confère, notamment la divulgation d’informations commercialement sensibles et la hiérarchisation des commandes, y compris la clause de dérogation contractuelle. La production et la fourniture de biens et de services et leurs chaînes d’approvisionnement concernent principalement les acteurs du marché et font partie des mesures habituelles de planification et de préparation aux situations d’urgence mises en place par les entreprises et les gouvernements.

3.12.

Le CESE a la conviction qu’il y a lieu de s’abstenir d’introduire des obstacles et des restrictions au sein de l’Union en temps de crise. Pour éviter cet écueil, l’instrument devrait garantir davantage d’échange d’informations, de coordination et de solidarité entre les États membres lors de l’adoption de mesures liées à la crise, tout en respectant les compétences nationales. Le CESE soutient pleinement l’établissement d’une liste des restrictions des libertés du marché unique à interdire. Il déplore toutefois qu’aucune conséquence ne soit prévue en cas de non-respect des exigences par les États membres.

3.13.

Les moyens de production et de fourniture de biens spécifiques qui pourraient être essentiels pour lutter contre une crise donnée sont répartis de manière inégale dans l’ensemble du marché unique. En fonction de la nature de la crise concernée, les effets sur les entreprises et les particuliers de l’Union pourraient avoir des degrés de gravité différents, même en cas de crise étendue à toute l’Union. La solidarité entre les États membres est indispensable pour faire face à de telles situations. La boîte à outils de réaction aux crises devrait donc avoir pour objectif de décourager le protectionnisme, qui fragmenterait le marché unique et entraverait la circulation de biens et de services essentiels vers les entreprises et les résidents de l’Union.

3.14.

Le CESE recommande à la Commission d’évaluer les enseignements tirés des récentes crises afin de les utiliser comme schéma directeur pour les prochaines mesures. Pendant la pandémie, l’introduction de «voies réservées» a permis de réduire de nombreux goulets d’étranglement coûteux liés au flux intraeuropéen de marchandises en particulier, mais aussi de services. En outre, l’adoption relativement rapide par l’Union européenne du certificat COVID numérique commun a aidé à rétablir la mobilité au sein du marché unique pour les prestataires de services transfrontières, les travailleurs transfrontaliers et les voyageurs d’affaires. L’assistance technique fournie par l’Union a également contribué à garantir une mise en œuvre plus uniforme des mesures.

3.15.

Le CESE partage l’avis de la Commission selon lequel il convient de coordonner les mesures prises au niveau de l’Union et celles des États membres. Dans la mesure du possible, une approche commune doit être appliquée dans tous les États membres. Une approche fragmentée occasionnerait des obstacles supplémentaires sur le marché unique, ce qui nuirait à l’innovation, à l’investissement et à la création d’emplois, ainsi qu’à la cohésion sociale et à la qualité de vie. Même en temps de crise, il est important de veiller à ce que le marché unique reste accessible à tous en mettant en place des garanties efficaces contre le dumping social et fiscal (4).

3.16.

Les entreprises et les particuliers devraient également être incités à adapter autant que possible leur mode de fonctionnement à la réalité de l’après-crise, à savoir la hausse des coûts de l’énergie et les effets du changement climatique. Toute mesure d’urgence devrait être conforme aux objectifs climatiques de l’Union et à la voie vers la neutralité climatique et, lorsqu’elle est appliquée, devrait permettre de les atteindre et de rendre le marché unique plus résilient. Une réponse d’urgence doit également tenir compte du fait qu’une crise risque toujours d’entraîner des différences entre les pays de l’Union sur les plans du développement économique, des garanties sociales et des niveaux de prospérité (5), et doit être conçue de manière à éviter de tels effets.

3.17.

Une communication rapide, facile à comprendre et ouverte des informations à l’attention des citoyens, des entreprises et des autres acteurs est essentielle à la gestion des crises du marché unique. Le CESE préconise, pour aider les acteurs sur le terrain, la mise à disposition d’une interface commune d’information en ligne spécifique qui soit immédiatement opérationnelle en cas de crise et mise à jour régulièrement, et qui propose des informations fiables sur la crise et les mesures prises. L’instrument devrait garantir la transparence à l’égard des citoyens et des entreprises quant aux mesures prises dans l’ensemble des États membres pour soutenir le maintien de leur libre circulation. Toute mesure d’urgence devrait faire l’objet d’une communication claire afin d’éviter toute confusion et tout obstacle supplémentaire au fonctionnement du marché unique. Le CESE estime que les partenaires sociaux et la société civile pourraient jouer un rôle important à cet égard.

3.18.

Une coopération étroite avec les parties prenantes est également nécessaire à la mise en œuvre de l’instrument, étant donné que, dans la pratique, ce sont les acteurs de la société civile qui appliquent les mesures. Ils connaissent également le mieux les mesures et les procédures qui se révèlent efficaces. Il y a lieu de renforcer l’infrastructure de gouvernance du marché unique en y incluant de manière proactive des organisations représentant les citoyens, les consommateurs et les entreprises (6). Le CESE invite la Commission à associer les partenaires sociaux, les organisations de la société civile et les experts aux processus d’évaluation et de suivi des risques, ainsi qu’à l’élaboration et à la coordination des mesures de crise.

4. Observations particulières

4.1.

Les mesures devraient s’appuyer autant que possible sur les instruments existants en ce qui concerne les notifications et les normes, entre autres. Elles devraient viser à clarifier et faciliter l’utilisation rapide et efficace de ces instruments afin de préserver le fonctionnement du marché unique lorsqu’une crise éclate.

4.2.

L’instrument IUMU devrait envisager une évaluation accélérée de la conformité, la coordination des marchés publics et la surveillance du marché pour les biens et les services qui sont essentiels dans la crise concernée. Toutefois, il devrait également tenir compte du fait que les directives existantes de l’Union européenne offrent déjà plusieurs options qui permettent de passer des marchés publics très rapidement en cas d’urgence.

4.3.

Les mesures d’urgence ne devraient pas pouvoir porter atteinte aux droits fondamentaux des citoyens de l’Union; de même, l’exercice de ces droits, y compris le droit de grève, dans quelque secteur que ce soit, ne peut constituer une circonstance justifiant une réponse de crise dans le cadre de l’instrument IUMU. Le CESE est convaincu que la réglementation juridique des grèves relève de la compétence des États membres et que si une grève ou toute autre action collective est entreprise en vertu de la législation nationale, elle ne peut constituer une crise au sens de l’instrument IUMU.

4.4.

Il est essentiel de limiter la collecte de données auprès des entreprises par la Commission ou les États membres en respectant les principes d’extrême nécessité et de proportionnalité. Le CESE s’oppose à l’adoption de l’obligation pour les entreprises de divulguer des informations commercialement sensibles, de la hiérarchisation des commandes et de la clause de dérogation contractuelle, car ces mesures sont contre-productives dans le cadre d’une démarche proactive visant à trouver des solutions pour faire face aux crises. Certaines des propositions formulées sont susceptibles de nuire à l’égalité des conditions de concurrence, par exemple celle visant à dresser des listes des «opérateurs économiques les plus pertinents» avant d’annoncer une situation d’urgence. Le CESE s’inquiète des signaux qu’une telle liste peut envoyer sur le marché et de l’incidence globale que cela pourrait avoir sur la concurrence.

4.5.

Le CESE estime que le groupe consultatif, tel que défini à l’article 3 de la proposition, devrait tirer pleinement parti des connaissances et de l’expérience des partenaires sociaux et d’une organisation de la société civile compétente, lesquels sont les plus au fait des réalités quotidiennes sur le terrain au sein du marché unique. S’il importe que tous les décideurs politiques, autorités et agences compétents au niveau de l’Union et des États membres soient inclus dans le groupe consultatif, le CESE estime que les partenaires sociaux sont inextricablement liés au marché unique et devraient être intégrés par défaut au groupe consultatif en tant qu’observateurs, de même qu’une organisation de la société civile compétente, telle qu’une organisation de défense des consommateurs, pour formuler des conseils relatifs aux mesures concrètes prises dans le cadre de l’instrument IUMU, ainsi que pour les mettre en œuvre et assurer leur suivi.

4.6.

Conformément à l’article 13 de la proposition, le CESE estime qu’il est nécessaire d’instaurer une solidarité entre les États membres, par exemple lors de la constitution de réserves stratégiques. Il soutient dès lors la recommandation de la Commission visant à ce que les États membres répartissent les réserves stratégiques de manière ciblée, dans la mesure du possible.

4.7.

Le CESE invite la Commission à réexaminer la possibilité, proposée à l’article 17, de restreindre la libre circulation des travailleurs en ce qui concerne les travailleurs transfrontaliers, étant donné que la limitation de leur libre circulation peut avoir des effets négatifs sur le marché unique, comme cela a déjà été souligné.

4.8.

Le CESE estime que la proposition à l’examen ne définit pas clairement l’interaction entre le groupe consultatif qu’elle préconise de créer et les groupes de gestion de crise déjà en place, tels que la task-force sur le respect de l’application des règles du marché unique, l’outil d’information sur le marché unique et les plateformes relatives aux crises alimentaires. La Commission devrait éviter tout double emploi dans les compétences des différents organes de gestion de crise, car cela créerait des formalités administratives inutiles et ralentirait la réaction aux crises.

Bruxelles, le 14 décembre 2022.

La présidente du Comité économique et social européen

Christa SCHWENG


(1) Avis du Comité économique et social européen sur la «Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions — Une nouvelle stratégie industrielle pour l’Europe» [COM(2020) 102 final] (JO C 364 du 28.10.2020, p. 108).

(2) Avis du Comité économique et social européen sur «Un marché unique pour tous» (avis exploratoire) (JO C 311 du 18.9.2020, p. 19).

(3) Avis du Comité économique et social européen sur la communication de la Commission au Parlement européen et au Conseil — Rapport de prospective stratégique 2021 — La capacité et la liberté d’action de l’Union européenne [COM(2021) 750 final] (JO C 290 du 29.7.2022, p. 35).

(4) Voir note infrapaginale 2.

(5) Avis du Comité économique et social européen sur a) la «Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions — Plan d’action à long terme visant à mieux mettre en œuvre et faire respecter les règles du marché unique» [COM(2020) 94 final] et b) la «Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions — Recenser et identifier les obstacles au marché unique» [COM(2020) 93 final] (JO C 364 du 28.10.2020, p. 116).

(6) Voir note infrapaginale 2.


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