| CELEX | 52022AE4748 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | mercredi 14 décembre 2022 |
| 16.3.2023 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 100/111 |
Avis du Comité économique et social européen sur la proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil établissant un cadre commun pour les services de médias dans le marché intérieur (législation européenne sur la liberté des médias) et modifiant la directive 2010/13/UE
[COM(2022) 457 final — 2022/0277(COD)]
(2023/C 100/17)
| Rapporteur: | Christian MOOS |
| Corapporteur: | Tomasz Andrzej WRÓBLEWSKI |
| Consultation | Parlement européen, 17.10.2022 Conseil de l’Union européenne, 28.10.2022 |
| Base juridique | Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne |
| Compétence | Section «Emploi, affaires sociales et citoyenneté» |
| Adoption en section | 23.11.2022 |
| Adoption en session plénière | 14.12.2022 |
| Session plénière no | 574 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 155/0/3 |
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | La liberté et le pluralisme des médias revêtent une importance fondamentale pour l’état de droit et la démocratie libérale. Le Comité économique et social européen (CESE) déplore les évolutions inquiétantes à cet égard à l’œuvre au sein de l’Union. Aussi se félicite-t-il des initiatives de la Commission européenne en faveur de la liberté des médias. |
| 1.2. | Le CESE se demande si l’approche liée à l’achèvement du marché intérieur des médias peut suffire pour protéger la liberté et le pluralisme des médias. Préserver ou rétablir l’une et l’autre devrait constituer l’objectif principal, sans compter qu’il existe un lien entre bien-être économique et liberté des médias. |
| 1.3. | Le CESE se félicite que la Commission européenne ait conscience que la concentration du marché des médias, qui engendre des situations de monopole, peut constituer une menace importante pour la liberté et la pluralité des médias. Toutefois, cette concentration peut s’avérer judicieuse et ne doit pas forcément produire de telles conséquences négatives. |
| 1.4. | Se contenter de recommandations et d’une approche non contraignante ne suffit pas. La liberté et l’indépendance des médias doivent constituer un critère obligatoire dans le cadre des rapports et du mécanisme pour l’état de droit. |
| 1.5. | Le CESE accueille favorablement les propositions destinées à renforcer et à défendre l’indépendance éditoriale, tout en insistant sur la nécessité de préserver celle des journalistes et des éditeurs. |
| 1.6. | Les médias publics n’ont de sens que s’ils sont impartiaux et parfaitement indépendants de toute influence politique. Qu’ils disposent de ressources financières suffisantes et stables constitue un garde-fou essentiel à cet égard, pour autant qu’un système efficace de contrôles garantisse l’efficacité de cette dépense. |
| 1.7. | Le CESE estime qu’il importe de disposer d’exigences contraignantes en matière de transparence de la propriété des médias. Pour les petits médias, les obligations ainsi posées ne doivent pas entraîner une charge administrative excessive. |
| 1.8. | Le CESE s’inquiète du manque d’indépendance de certains organismes nationaux de régulation et demande un cadre qui permette d’asseoir leur indépendance. |
| 1.9. | Le CESE se félicite de l’institution d’un comité européen pour les services de médias, tout en insistant sur sa pleine indépendance, car l’Union devrait servir de modèle pour les bonnes pratiques lorsqu’il s’agit d’assurer l’indépendance complète des organismes nationaux de régulation. Il ne serait pas judicieux que des organismes nationaux de régulation qui en sont dépourvus y participent. |
| 1.10. | Le CESE souligne l’importance que revêt la transparence dans tous les processus liés à la modération des contenus sur les très grandes plateformes en ligne. |
| 1.11. | Le Comité recommande de définir des normes européennes minimales conformément aux dispositions en vigueur de la législation de l’Union en matière de contrôle des concentrations. Il invite les législateurs à adopter des règles contraignantes en respectant dûment la liberté d’entreprise et en évitant d’imposer des coûts et des démarches bureaucratiques inutiles. |
| 1.12. | Lorsque les organismes nationaux de régulation s’abstiennent d’évaluer suffisamment la concentration du marché des médias, la Commission européenne devrait intervenir et agir conformément aux dispositions en vigueur de la législation de l’Union en matière de contrôle des concentrations. |
| 1.13. | Le CESE salue le caractère contraignant des dispositions relatives à la transparence en matière d’allocation des dépenses pour la publicité d’État. |
| 1.14. | Le CESE se félicite de la surveillance annuelle et demande que les parties prenantes concernées et la société civile soient consultées à cet égard. Il propose d’en élargir le champ d’application de manière à traiter également de tout autre aspect pertinent pour protéger la liberté et la pluralité des médias. |
2. Observations générales
| 2.1. | Le CESE réitère la position qu’il a exprimée récemment quant à l’importance que revêtent la liberté et le pluralisme des médias pour la démocratie libérale et l’état de droit, auxquels tous les États membres sont tenus de se conformer en vertu des traités de l’Union qu’ils ont ratifiés, comme le CESE l’a indiqué dans son avis d’initiative détaillé sur le thème «Garantir la liberté et le pluralisme des médias en Europe» (1), dans son avis relatif au «Plan d’action pour la démocratie européenne» (2) et dans celui consacré aux procédures judiciaires stratégiques altérant le débat public (3). |
| 2.2. | Dans son discours sur l’état de l’Union de 2021 (4), la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a affirmé à juste titre que l’information est un bien public. Sans un accès libre à des informations fiables et indépendantes, les citoyens de l’Union ne peuvent exercer leur droit de participer à la vie démocratique de l’Union, garanti par l’article 10 du traité sur l’Union européenne (TUE). |
| 2.3. | Globalement, le continent européen reste doté de médias libres et diversifiés, mais l’Union a connu dernièrement des évolutions alarmantes. Pour ce qui est des garde-fous réglementaires à même de protéger efficacement la liberté des médias, la protection des journalistes demeure une préoccupation majeure, notamment à cause du manque d’instruments destinés à lutter contre les poursuites stratégiques altérant le débat public. Les conclusions de l’instrument de surveillance du pluralisme des médias pour 2022 (5) montrent aussi que la pluralité des marchés fait face au niveau de risque le plus élevé dans tous les domaines couverts par l’étude. Alors que l’indépendance politique n’a pas progressé ces dernières années, l’instrument de surveillance souligne que les améliorations dans ce domaine sont largement entravées par l’absence de mécanismes efficaces pour protéger l’autonomie éditoriale dans la plupart des pays. |
| 2.4. | Outre les menaces internes pesant sur la liberté des médias, l’Union est confrontée à des ingérences extérieures qui cherchent à manipuler les débats publics en Europe. Dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes, protéger la liberté et le pluralisme des médias contribue grandement à la résilience de l’Union face aux menaces extérieures. |
| 2.5. | Néanmoins, certaines évolutions positives montrent aussi que la législation de l’Union peut faire la différence. L’instrument de surveillance du pluralisme des médias 2022 a relevé, dans quatre pays, une évolution positive concernant l’indicateur «Protection du droit à l’information» et attribue cette amélioration à la transposition de la directive (UE) 2019/1937 (6) sur la protection des lanceurs d’alerte. |
| 2.6. | Dès lors, le CESE salue sur le principe l’initiative de la Commission relative à une législation européenne sur la liberté des médias (7) et sa recommandation concernant des garde-fous internes destinés à protéger l’indépendance éditoriale et la transparence de la propriété dans le secteur des médias (8), en ce qu’elles constituent la prochaine grande étape pour protéger la liberté et le pluralisme des médias, et donc la démocratie libérale au sein de l’Union. |
| 2.7. | Le CESE souligne combien il importe que la législation européenne sur la liberté des médias prenne la forme d’un règlement ayant un effet direct, mais il se demande si l’approche non contraignante de la recommandation peut s’avérer efficace pour atteindre ses objectifs. De simples recommandations ne sauraient suffire à garantir la liberté et le pluralisme des médias dans les États membres. La liberté et l’indépendance des médias doivent être des critères contraignants lorsqu’il s’agit d’établir le rapport sur l’état de droit et de déclencher le mécanisme prévu pour les États membres où des gouvernements bafouent ces deux principes. |
| 2.8. | La base juridique du règlement est l’article 114 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE), qui permet le rapprochement des législations nationales ayant pour objet l’établissement et le fonctionnement du marché intérieur. Étant donné que les difficultés et lacunes sous-jacentes sont de nature hautement politique et ont trait au fonctionnement des systèmes démocratiques reposant sur l’état de droit, le CESE se demande si l’approche liée à l’achèvement du marché intérieur des médias peut suffire pour protéger la liberté et le pluralisme des médias. |
| 2.9. | La proposition de règlement poursuit cinq objectifs distincts: a) harmoniser les règles et procédures nationales pour surmonter les obstacles qui entravent les activités et les investissements des entreprises de médias sur le marché intérieur; b) supprimer les verrous qui empêchent les éditeurs étrangers d’investir sur les marchés domestiques locaux; c) renforcer la liberté éditoriale de tous les médias, sans pour autant restreindre les droits des éditeurs privés; d) garantir l’indépendance des médias publics par la mise en place de mécanismes permanents échappant à toute influence politique; et e) réglementer l’allocation des ressources économiques, c’est-à-dire de la publicité d’État. Le CESE émet des réserves quant à la hiérarchie des objectifs énumérés, estimant que l’objectif principal devrait être de préserver ou rétablir la liberté et le pluralisme des médias, plutôt que de se concentrer sur des questions économiques, à moins que celles-ci ne soient clairement liées à la liberté des médias. |
| 2.10. | Il ressort clairement de la proposition de règlement que la Commission souhaite se concentrer sur les «distorsions» du marché intérieur et ouvrir le marché des médias à une concurrence transfrontière accrue, notamment pour les services de médias audiovisuels et le partage de vidéos. Le champ d’application réel du règlement est donc beaucoup plus restreint que son titre ne le laisse à penser. Le CESE est d’avis que cette approche ne suffira pas à défendre efficacement et, le cas échéant, à rétablir la liberté et la pluralité des médias, qui sont menacées dans presque tous les États membres, voire pratiquement abolies dans certains cas graves, avec toutes les conséquences dévastatrices qui en découlent pour le travail et la sécurité des journalistes, ainsi que pour l’intégrité du débat public et de l’information. L’ouverture du marché impose de garantir les mêmes normes de protection de la liberté d’expression, de manière que l’accès élargi au marché ne débouche pas sur une monopolisation du marché par des acteurs étrangers, en particulier dans les pays les plus pauvres. |
| 2.11. | Le CESE accueille favorablement les propositions destinées à renforcer et à défendre l’indépendance éditoriale, tout en insistant sur la nécessité de préserver l’indépendance des journalistes et des éditeurs, c’est-à-dire leur droit de formuler une ligne éditoriale de publication. Le Comité observe une influence politique et économique croissante dans plusieurs pays de l’Union, tant dans les médias publics que dans les médias privés très proches du pouvoir. Cette situation est incompatible avec la mission des médias en tant que quatrième pouvoir. La proposition de règlement ne précise pas comment concilier l’indépendance éditoriale avec les droits et intérêts légitimes des éditeurs et des propriétaires de médias privés. |
| 2.12. | Le CESE soutient les mesures visant à renforcer la résilience face à la manipulation de l’information et à l’ingérence étrangères, pour autant que ces dispositifs ne portent pas atteinte à la liberté d’expression au sein de l’Union européenne. |
| 2.13. | La législation européenne sur la liberté des médias met en évidence la nécessité de financer le secteur des médias, comme le suggérait le CESE dans son avis sur le thème «Garantir la liberté et le pluralisme des médias en Europe» (9). Néanmoins, les outils mis en place restent insuffisants pour garantir un journalisme de qualité et la diversité des médias dans les États membres. Dans le même temps, le Comité estime que les conditions les plus propices à la liberté des médias résident dans un cadre réglementaire qui leur permette de se financer grâce à ce qu’ils proposent sur le marché. Les médias publics n’ont de sens que s’ils sont impartiaux et parfaitement indépendants de toute influence politique, faute de quoi le financement public peut conduire à toutes sortes d’abus et de manipulations de la part des gouvernements. Tout projet de financement des médias devrait reposer sur des règles particulièrement transparentes et sur des garanties d’indépendance politique pour les journalistes. |
| 2.14. | Le CESE soutient le rapport final de la conférence sur l’avenir de l’Europe (10) et son vigoureux plaidoyer quant à la nécessité de promouvoir l’indépendance et le pluralisme des médias (propositions 27.1 et 37.4), que la Commission cite sans suivre la hiérarchisation inhérente à ces propositions. |
3. Observations particulières
| 3.1. | Le CESE est favorable au droit accordé aux destinataires et fournisseurs de services de médias, en vertu de l’article 3, «de recevoir des contenus d’information et d’actualité divers, produits dans le respect de la liberté éditoriale des fournisseurs de services de médias, dans l’intérêt du discours public». |
| 3.2. | Le CESE s’interroge sur le champ d’application restreint de l’article 4, paragraphe 2, point c), qui se limite au déploiement de logiciels espions et vise uniquement les «produit[s] comportant des éléments numériques»; il propose d’interdire le déploiement de tout dispositif ou technologie pouvant être utilisé à des fins de surveillance. |
| 3.3. | Le CESE souligne l’importance de prévoir des mesures destinées à garantir l’indépendance des fournisseurs de médias de service public et à leur assurer des ressources financières suffisantes et stables (article 5), mais il convient de mettre en place un système efficace de contrôles pour veiller à ce que les ressources soient dépensées efficacement. Le Comité considère qu’un organisme indépendant serait le plus à même de définir le montant adéquat du financement requis pour que les fournisseurs de médias de service public puissent remplir leur mission, pour autant que la nomination dudit organisme ne découle pas de considérations politiques. La tendance actuelle qui consiste à politiser la question du financement des fournisseurs de services publics de médias constitue une menace considérable pour la liberté des médias. |
| 3.4. | Le CESE estime que les obligations des fournisseurs de services de médias, telles qu’elles sont définies à l’article 6, paragraphe 1, ne suffisent pas à garantir la transparence de la propriété des médias. L’opacité en la matière joue un rôle important dans le non-respect de la liberté éditoriale et dans l’absence de journalisme de qualité (selon les normes journalistiques). Les fournisseurs de services de médias ainsi que les plateformes en ligne doivent, en toute transparence, communiquer les informations concernant leur propriété aux utilisateurs des médias. La protection des données et de la vie privée ne doit pas faire obstacle à la transparence en matière de propriété des médias. Pour les petits médias, les obligations ainsi posées ne doivent pas entraîner une charge administrative excessive. |
| 3.5. | Le CESE recommande de compléter les exigences contraignantes en matière de transparence prévues au considérant 20 de la proposition de la Commission par les obligations qui sont énoncées aux paragraphes 4.1 à 4.6 de l’annexe à la recommandation du Comité des ministres du Conseil de l’Europe aux États membres sur le pluralisme des médias et la transparence de leur propriété (11). |
| 3.6. | Le CESE estime que l’approche non contraignante de la proposition de la Commission risque de produire une mosaïque réglementaire qui nuirait à l’intégrité du marché commun et aux objectifs de la directive. |
| 3.7. | Le CESE estime que la mention, à l’article 7, des exigences énoncées à l’article 30 de la directive 2010/13/UE (12) est trop vague pour garantir l’indépendance des autorités ou organismes de régulation nationaux. Il recommande dès lors de définir un cadre garantissant l’indépendance des organismes nationaux de régulation et de prévoir des instruments pour pallier tout manque d’indépendance de leur part. |
| 3.8. | Le CESE juge inacceptable qu’un représentant d’une autorité nationale ou d’un organe national, qui ne jouit pas d’une indépendance totale, participe au processus décisionnel du comité européen pour les services de médias que la proposition entend instituer. Le règlement doit définir des critères clairs pour ce qui est d’évaluer l’indépendance des autorités ou organismes nationaux. |
| 3.9. | Le CESE estime que le comité européen pour les services de médias proposé n’est pas indépendant de la Commission européenne, et invite le législateur européen à en garantir la pleine indépendance. En effet, ce comité ne peut exercer aucune mission de surveillance ou de régulation s’il ne jouit pas d’une indépendance totale vis-à-vis de la Commission européenne. |
| 3.10. | Le CESE recommande de reformuler l’article 10, paragraphe 5, comme suit: «La Commission désigne un(e) représentant(e) au comité. Le (la) représentant(e) de la Commission peut participer aux réunions du comité, sans disposer du droit de vote.» |
| 3.11. | Le CESE préconise de reformuler l’article 10, paragraphe 6, comme suit: «Le comité peut inviter d’autres experts et observateurs à assister à ses réunions.» |
| 3.12. | S’agissant de l’article 11, le CESE rejette la décision de la Commission de privilégier la sous-option A, qui prévoit d’établir un comité européen pour les services de médias avec le soutien d’un secrétariat de la Commission. Seule la sous-option B est à même de garantir l’indépendance dudit comité, en proposant qu’il soit assisté par un office de l’Union indépendant. |
| 3.13. | Le CESE se félicite que soit prévu un dialogue structuré avec toutes les parties prenantes, et explicitement avec la société civile, comme le précise l’article 12, point l). Le CESE, qui représente les principaux segments de la société civile, dont les partenaires sociaux, peut contribuer par son expertise à ce dialogue structuré. |
| 3.14. | Le CESE apprécie les dispositions relatives à la coopération structurée, y compris l’assistance mutuelle, entre les autorités et organismes de régulation nationaux. Toutefois, il recommande d’élargir le champ d’application de l’article 13, paragraphe 2, au-delà des risques concernant le fonctionnement du marché intérieur des services de médias, la sécurité publique et la défense, pour inclure également d’autres risques qui menacent la liberté et la diversité des médias, ainsi que ceux qui pèsent sur l’indépendance politique des autorités et organismes de régulation. |
| 3.15. | Le CESE salue les efforts prévus à l’article 17 qui visent à mieux protéger les contenus des fournisseurs de services de médias sur les très grandes plateformes en ligne, et souligne l’importance que revêt la transparence dans tous les processus liés à la modération des contenus sur ces très grandes plateformes, à condition que le fonctionnement de ces dernières ne soit pas perturbé par les obligations visées dans cet article. Le Comité est favorable au dialogue structuré prévu à l’article 18 et souligne l’importance d’associer la société civile lorsqu’il s’agit d’évaluer l’application de l’article 17. |
| 3.16. | Le CESE se félicite du droit des utilisateurs à personnaliser les paramètres par défaut des médias audiovisuels, comme le prévoit l’article 19. Pour que ce droit soit mis en pratique, la convivialité des appareils et/ou des interfaces utilisateur revêt une importance cruciale. Il convient toutefois de ne pas porter atteinte à la capacité opérationnelle des fabricants et des développeurs, ni de limiter leur développement futur. Ces dispositifs doivent être conçus de manière conviviale et utiliser un langage simple. |
| 3.17. | Le CESE propose par ailleurs d’accorder au comité européen pour les services de médias (au titre de l’article 20, paragraphe 4) le droit de rédiger un avis d’initiative lorsqu’une mesure législative, réglementaire ou administrative nationale est susceptible d’avoir une incidence sur le fonctionnement du marché intérieur des services de médias. |
| 3.18. | Le CESE se dit une nouvelle fois préoccupé par le fait qu’une approche s’appuyant exclusivement sur le marché n’est pas suffisante pour garantir la pluralité et la liberté des médias en Europe. S’il reconnaît que la dimension des entreprises peut contribuer à la viabilité économique des fournisseurs de services de médias sur le marché correspondant, le Comité se félicite que la Commission européenne ait conscience que la concentration du marché des médias peut constituer une menace importante pour la liberté et la pluralité des médias. |
| 3.19. | Le CESE accueille favorablement les mesures proposées à l’article 21 en vue d’accroître la transparence en matière de concentration sur le marché des médias, en ce qu’elles constituent une première avancée pour maîtriser les menaces que de telles concentrations font peser sur la liberté et le pluralisme des médias. La concentration du marché ne porte pas nécessairement atteinte à la liberté et à la diversité des médias dans la mesure où, par exemple, elle aide les petits médias à survivre, mais il est impératif d’intervenir contre les concentrations qui conduisent à des monopoles de l’information. L’Union doit notamment lutter contre la captation de médias par des magnats et oligarques du secteur des médias, qui entretiennent souvent des relations étroites avec des responsables politiques nationaux de premier plan, voire avec des gouvernements de pays tiers. |
| 3.20. | Le CESE rappelle que les marchés des médias restent très morcelés et demande que la concentration du marché soit évaluée non seulement par rapport au marché national des services de médias, mais aussi par rapport aux marchés fragmentés au niveau infranational ou régional. En effet, dans les zones ne comptant qu’un seul média régional, la concentration du marché constitue une grave menace pour la liberté et le pluralisme des médias. |
| 3.21. | Le CESE estime que les lignes directrices émises par la Commission «sur les éléments à prendre en compte lors de l’application des critères permettant […] d’évaluer les effets […] des concentrations sur le marché des médias» sont insuffisantes pour garantir que les évaluations puissent être comparées dans l’ensemble de l’Union. Pour ces évaluations, le Comité recommande de définir des normes européennes minimales, auxquelles tous les États membres devront se conformer. Ces derniers sont invités à fournir des évaluations plus détaillées et plus approfondies, allant au-delà des prescriptions minimales de l’Union. |
| 3.22. | Les exigences non contraignantes en matière de transparence restent néanmoins insuffisantes face à la menace que la concentration du marché représente aujourd’hui pour la liberté et le pluralisme des médias. Dès lors, le CESE invite les législateurs européens à adopter des règles contraignantes concernant la concentration des médias, tout en respectant la liberté de décision entrepreneuriale. En revanche, ces dispositions ne peuvent pas soumettre les médias ou les institutions médiatiques à une charge administrative accrue et à des procédures coûteuses. |
| 3.23. | Le CESE recommande également d’accorder au comité européen pour les services de médias (au titre de l’article 22) le droit d’élaborer un avis d’initiative «[e]n l’absence d’une évaluation ou d’une consultation conformément à l’article 21». Il est insuffisant de déléguer aux États membres la tâche d’évaluer la concentration du marché, étant donné que certains gouvernements la soutiennent activement pour réduire au silence les voix critiques et les médias d’opposition. |
| 3.24. | Le CESE rappelle que les distorsions observées sur le marché intérieur des services de médias compromettent également la liberté et la pluralité des médias, lorsque ces distorsions sont limitées à des parties spécifiques du marché commun, au niveau national, régional, voire local. Dans tous ces cas, le comité européen pour les services de médias doit avoir le droit de lancer une évaluation de la concentration des médias si les autorités ou organismes de régulation nationaux ne le font pas. |
| 3.25. | Le CESE préconise de confier au comité européen pour les services de médias la tâche de réaliser des évaluations concernant d’autres menaces qui pèsent sur la liberté et le pluralisme des médias lorsque les autorités ou organismes de régulation nationaux ne s’en chargent pas. |
| 3.26. | Le CESE salue le caractère contraignant des dispositions de l’article 24 relatives à la transparence en matière d’allocation des dépenses pour la publicité d’État. Cependant, il considère qu’en exempter les entités territoriales de plus d’un million d’habitants revient à créer une échappatoire pour déroger à l’obligation de transparence. Conscient que la charge administrative liée aux obligations de déclaration doit être proportionnée, le Comité propose de définir un seuil minimal pour les dépenses réalisées par une administration nationale, régionale ou locale. Ainsi, les exigences de transparence ne seraient pas applicables si le total des dépenses annuelles qu’une entité consacre à la publicité d’État reste inférieur à ce seuil. |
| 3.27. | Le CESE se félicite de la surveillance annuelle prévue à l’article 25 et demande que la société civile et les parties prenantes concernées soient consultées au cours de cet exercice de surveillance. Il est toutefois insuffisant d’en limiter l’objet au fonctionnement du marché intérieur des services de médias. Le Comité propose ainsi d’en élargir le champ d’application de manière à couvrir également tout autre aspect pertinent pour protéger la liberté et la pluralité des médias. Il recommande de confier au comité européen pour les services de médias la tâche d’élaborer une série d’indicateurs pour cet exercice de surveillance. |
Bruxelles, le 14 décembre 2022.
La présidente du Comité économique et social européen
Christa SCHWENG
(1) Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Garantir la liberté et le pluralisme des médias en Europe» (avis d’initiative) (JO C 517 du 22.12.2021, p. 9).
(2) Avis du Comité économique et social européen sur la communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions relative au plan d’action pour la démocratie européenne [COM(2020) 790 final] (JO C 341 du 24.8.2021, p. 56).
(3) Avis du Comité économique et social européen sur la proposition de directive du Parlement européen et du Conseil sur la protection des personnes qui participent au débat public contre les procédures judiciaires manifestement infondées ou abusives («poursuites stratégiques altérant le débat public») [COM(2022) 177 final — 2022/0117 (COD)] (JO C 75 du 28.2.2023, p. 143).
(4) Commission européenne, 2021, Discours sur l’état de l’Union de la présidente von der Leyen, Strasbourg, 15 septembre 2021.
(5) Institut universitaire européen, Centre pour le pluralisme et la liberté des médias, «Application of the Media Pluralism Monitor in the European Union, Albania, Montenegro, the Republic of North Macedonia, Serbia and Turkey in the year 2021» (Mise en application de l’instrument de surveillance du pluralisme des médias en 2021 dans l’Union européenne, en Albanie, au Monténégro, en République de Macédoine du Nord, en Serbie et en Turquie; en anglais), San Domenico di Fiesole, 2022.
(6) Directive (UE) 2019/1937 du Parlement européen et du Conseil du 23 octobre 2019 sur la protection des personnes qui signalent des violations du droit de l’Union (JO L 305 du 26.11.2019, p. 17).
(7) COM(2022) 457 final.
(8) Recommandation (UE) 2022/1634 de la Commission du 16 septembre 2022 concernant des garde-fous internes destinés à protéger l’indépendance éditoriale et la transparence de la propriété dans le secteur des médias (JO L 245 du 22.9.2022, p. 56).
(9) Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Garantir la liberté et le pluralisme des médias en Europe» (avis d’initiative) (JO C 517 du 22.12.2021, p. 9).
(10) Conférence sur l’avenir de l’Europe, «Rapport sur les résultats finaux», mai 2022.
(11) Recommandation CM/Rec(2018)1[1] du Comité des Ministres aux États membres sur le pluralisme des médias et la transparence de leur propriété, 7 mars 2018, https://search.coe.int/cm/Pages/result_details.aspx?ObjectId=0900001680790e36
(12) Directive 2010/13/UE du Parlement européen et du Conseil du 10 mars 2010 visant à la coordination de certaines dispositions législatives, réglementaires et administratives des États membres relatives à la fourniture de services de médias audiovisuels (directive Services de médias audiovisuels) (JO L 95 du 15.4.2010, p. 1).
Avis institutionnel — 52022AB0046
30/12/2022
Avis institutionnel — 52022AB0045
21/12/2022
Avis institutionnel — 52022AE1932R(01)
21/12/2022
Avis institutionnel — 52023AT40462(01)
20/12/2022