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Avis institutionnel52022AE5002

Avis institutionnel — 52022AE5002

CELEX52022AE5002
TypeAvis institutionnel
Datejeudi 27 octobre 2022

Texte intégral

28.2.2023

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 75/195


Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Dispositions spécifiques pour les programmes de coopération 2014-2020 soutenus par l’instrument européen de voisinage et au titre de l’objectif “Coopération territoriale européenne”, en raison de perturbations dans la mise en œuvre des programmes»

[COM (2022) 362 final — 2022/0227(COD)]

(2023/C 75/29)

Rapporteur général:

Andris GOBIŅŠ

Consultation

Parlement européen, 27.9.2022

Conseil de l’Union européenne: 17.8.2022

Base juridique

Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Compétence

Section «Relations extérieures»

Adoption en session plénière

27.10.2022

Session plénière no

573

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

117/1/3

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le Comité économique et social européen (CESE) soutient l’approche de la Commission européenne, du Parlement européen et du Conseil consistant à faire tout ce qui est nécessaire pour approuver le règlement prévu dès que possible et demande instamment qu’il entre en vigueur au plus tard au début du mois de novembre 2022.

1.2.

Au vu de la nécessité d’une approbation rapide, il est probable que, dans un premier temps, le règlement soit adopté sans modification. Le CESE suggère d’envisager un réexamen dans un deuxième temps, avec les améliorations proposées ci-dessous. Les changements suggérés devraient également enrichir le débat et la préparation du remaniement des règlements et programmes de suivi.

1.3.

Le CESE se félicite de l’action rapide des institutions de l’Union et de la flexibilité nécessaire dont elles ont fait preuve pour piloter des projets juste après la guerre non provoquée et injustifiée menée par la Russie contre l’Ukraine. Pour rester en conformité avec les valeurs et les principes de l’Union, il fallait absolument agir rapidement.

1.4.

Le CESE soutient l’ambition consistant à faire preuve de souplesse dans la modification de la finalité des projets en cours afin d’influer sur les besoins émergents en accordant la flexibilité nécessaire aux autorités de gestion et en leur offrant une sécurité juridique quant au fait que les projets sont gérés et suivis conformément aux règles et que les limitations liées à l’audit seront peu nombreuses. Cet aspect revêt une importance particulière étant donné que le règlement sera appliqué rétroactivement à compter du début de la guerre à grande échelle.

1.5.

Le CESE rappelle les nouvelles réalités apparues au cours des derniers mois de la guerre contre l’Ukraine. Compte tenu du fait que l’Ukraine bénéficie du statut de pays candidat à l’adhésion à l’Union et que son besoin de se reconstruire et de se préparer à l’hiver ne cesse de s’accroître, il convient d’accorder encore plus de souplesse aux activités éligibles et d’élargir la définition des mesures de coopération transfrontalière/régionale pour les projets en cours et planifiés, comme le prévoient les modifications proposées dans le règlement (voir suggestions ci-dessous).

1.6.

Compte tenu de l’interruption des financements accordés aux autorités de la Fédération de Russie et de la Biélorussie et de la suspension connexe de la coopération transfrontalière avec ces pays, le CESE avance l’idée de faire tout ce qui est possible pour que les fonds initialement destinés à ces programmes de coopération soient transférés à des actions de solidarité avec l’Ukraine.

1.7.

La société civile étant en première ligne pour reconstruire l’Ukraine et la préparer à l’adhésion à l’Union, il convient d’accorder une attention particulière à l’affectation de fonds aux travaux des organisations de la société civile, y compris au réoctroi de ressources.

2. Observations générales

2.1.

Le CESE soutient les objectifs de la proposition et se félicite de l’intention de prévoir une approche souple dans les programmes de coopération au titre de l’instrument européen de voisinage (IEV) afin de tenir compte des besoins résultant de l’agression militaire non provoquée et injustifiée de la Russie contre l’Ukraine et de ses répercussions sur l’Union européenne (UE) et plusieurs de ses régions orientales en particulier, ainsi que des nombreuses conséquences de la pandémie de COVID-19 sur l’Union.

2.2.

Le CESE souligne les efforts considérables déployés par les gouvernements nationaux, les autorités locales et la société civile des États membres voisins de l’Union, de la Moldavie et de l’Ukraine pour accueillir les personnes ukrainiennes déplacées fuyant massivement l’invasion russe et se félicite du soutien apporté par l’utilisation personnalisée des programmes de coopération transfrontalière pour couvrir les besoins respectifs en matière d’aide humanitaire.

2.3.

Le CESE reconnaît les défis particuliers auxquels les autorités ukrainiennes sont confrontées à tous les niveaux, devant assurer la défense militaire du pays tout en maintenant l’économie à flot, étant donné que l’Ukraine déplore un grand nombre de victimes, la destruction de logements et d’infrastructures, le déplacement d’une partie importante de sa population, qu’elle est confrontée à des perturbations de la production et des transports, à une pression budgétaire sans précédent et à de nombreux autres problèmes causés par l’agression russe. Les programmes de coopération transfrontalière avec l’Ukraine devraient contribuer à réduire cette charge, en donnant aux bénéficiaires la possibilité de répondre aux besoins découlant de la guerre.

2.4.

Le CESE se félicite de l’octroi récent à l’Ukraine et à la Moldavie du statut de candidat à l’Union et souligne la nécessité pour l’Europe d’apporter un soutien global à ces pays dans leurs réformes en vue de l’intégration à l’Union, qu’ils mettent en œuvre tout en supportant le fardeau de la guerre à grande échelle en Ukraine. Les programmes de coopération transfrontalière devraient, le cas échéant, rationaliser les objectifs renforcés de l’Union en matière d’intégration de l’Ukraine et de la Moldavie dans les activités du programme, notamment en transmettant l’expérience pertinente acquise par les pays voisins de l’Union en matière de réformes. Il devrait notamment s’agir des préparatifs aux niveaux local et régional et de l’octroi d’un rôle important aux organisations de la société civile, y compris aux partenaires sociaux.

2.5.

Compte tenu de l’interruption des financements accordés aux autorités de la Fédération de Russie et de la Biélorussie et de la suspension connexe de la coopération transfrontalière avec ces pays, le CESE avance l’idée de faire tout ce qui est possible pour que les fonds initialement destinés à ces programmes de coopération soient transférés à des actions de solidarité avec l’Ukraine. En raison du caractère hautement symbolique et de l’augmentation des besoins, il convient de consacrer du temps et des compétences à la recherche et à la préparation d’une base juridique pour ce transfert. Les forts liens émotionnels et fondés sur des valeurs peuvent être considérés comme un moyen de former un «voisinage» avec l’Ukraine et, moyennant interprétation, comme une réponse adaptée aux objectifs du programme en cette période extraordinaire.

2.6.

Le CESE souligne la charge financière exceptionnelle supportée par les communautés voisines accueillant de nombreuses personnes ukrainiennes déplacées et se félicite dès lors de l’intention de supprimer l’obligation de cofinancement national pour cinq programmes transfrontaliers au titre de l’IEV avec la République de Moldavie et l’Ukraine.

2.7.

Le CESE remarque que l’agression russe et l’afflux de personnes déplacées qui en a résulté ont démontré, une fois de plus, le rôle clé de la société civile et ont considérablement stimulé sa mobilisation, tant en Ukraine que dans les pays voisins de l’Union, donnant naissance à des centaines d’initiatives de volontariat, à l’échelle nationale, mais aussi sur le terrain, ayant pour but de fournir de la nourriture et des abris et de répondre à d’autres besoins humanitaires. Le soutien au travail de la société civile devrait par conséquent être particulièrement axé sur les programmes transfrontaliers. L’importance de la société civile organisée prévaudra également lors de la reconstruction de l’Ukraine et de ses régions et des préparatifs en vue de l’adhésion à l’Union.

2.8.

Compte tenu de la crise énergétique actuelle, le CESE rappelle la nécessité d’accélérer la transition vers une énergie verte et de renforcer encore l’efficacité énergétique. Les programmes de coopération transfrontalière devraient aider leurs bénéficiaires à résoudre les défis liés à la saison hivernale à venir, tout en leur permettant de rester sur la voie de la durabilité.

2.9.

Le CESE regrette que les parties prenantes n’aient pas été consultées lors de l’élaboration des modifications proposées. S’il est correctement mis en œuvre, un tel processus n’entraîne pas de perte de temps; dans la plupart des cas, il améliore même la qualité de la décision rédigée.

2.10.

L’utilisation des meilleures pratiques du code de conduite européen sur le principe de partenariat peut contribuer à la réussite des projets mis en œuvre dans le cadre du règlement modifié.

3. Observations particulières

3.1.

Le CESE souligne que l’Union prévoit une action à grande échelle visant à soutenir les personnes déplacées en provenance d’Ukraine, par exemple par l’intermédiaire de CARE, de FAST-CARE, de modifications de la politique de cohésion, etc. Il convient de réduire les risques de double financement. La spécificité de l’instrument européen de voisinage devrait être limitée à son objectif principal, à savoir la coopération entre l’Union et les partenaires orientaux. Puisque des perturbations de plus longue durée des programmes impliquant la Russie et la Biélorussie sont attendues, et qu’il existe une nécessité croissante de coopérer avec l’Ukraine et la Moldavie ainsi qu’un intérêt grandissant dans ce domaine, la base juridique en faveur des changements et de la solidarité avec ces États devrait être préparée, par exemple à l’article 9, mais aussi aux articles 5, 6 et 8.

3.2.

Le CESE attire l’attention sur le fait que, outre l’arrivée de personnes déplacées, l’invasion russe en Ukraine a eu d’autres répercussions profondes sur la coopération entre l’Union, l’Ukraine et ses pays voisins. En raison du blocus naval russe des ports maritimes ukrainiens et de la perturbation des routes de transport dans l’est de l’Ukraine, une grande partie des flux commerciaux du pays, et notamment celui des céréales, a été réorientée pour emprunter les frontières avec l’Union, créant ainsi une pression importante sur les infrastructures transfrontalières. Étant donné que l’exportation de céréales et d’autres produits par l’Ukraine revêt une importance cruciale pour prévenir la crise alimentaire mondiale, les programmes transfrontaliers devraient s’attaquer aux problèmes logistiques émergents afin de garantir la capacité maximale du flux de marchandises, y compris par l’amélioration de la gestion transfrontalière, la construction d’installations de stockage à proximité de la frontière et d’autres mesures pertinentes. Ces projets pourraient nécessiter des délais plus flexibles que ceux prévus actuellement par l’article 6, paragraphe 2.

3.3.

La hausse des coûts engendrée par des taux d’inflation exceptionnels que provoque la guerre russe devrait être éligible à tous les projets, et pas seulement à ceux mentionnés à l’article 6, paragraphe 3.

3.4.

Le CESE soutient la proposition visant à faciliter la gestion des programmes transfrontaliers, y compris les modifications apportées à leurs activités, compte tenu des circonstances exceptionnelles. Toutefois, il souligne qu’il est nécessaire de prévoir des garde-fous contre une éventuelle utilisation abusive des fonds et suggère de renforcer la participation de la société civile (partenaires sociaux compris) à la prise de décision et au suivi des activités transfrontalières des programmes. Ces aspects pourraient être soulignés à l’article 7 et/ou 15.

3.5.

La suspension unilatérale prévue à l’article 10, paragraphe 2, devrait être accompagnée d’une justification se référant au présent règlement.

3.6.

Comme indiqué aux paragraphes 1.7 et 2.5, le CESE suggère d’autoriser l’ajout de nouveaux partenaires de la société civile (avec des possibilités de réattribution) et d’Ukraine, en remplacement des partenaires suspendus. L’article 10, paragraphe 3, devrait être modifié en conséquence. En outre, la diaspora prodémocratique biélorusse ou russe pourrait être considérée comme un partenaire dans des cas exceptionnels.

3.7.

Des mesures supplémentaires doivent être prises en compte pour prévenir la fraude ou gérer les irrégularités susceptibles d’apparaître dans le processus de mise en œuvre. La société civile et les partenaires sociaux devraient également jouer un rôle renforcé dans ces processus et au sein des comités de suivi (article 14, paragraphe 3).

Bruxelles, le 27 octobre 2022.

La présidente du Comité économique et social européen

Christa SCHWENG


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