| CELEX | 52022AE5604 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | mercredi 22 février 2023 |
| 27.4.2023 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 146/46 |
Avis du Comité économique et social européen sur la proposition de directive du Parlement européen et du Conseil concernant la qualité de l’air ambiant et un air pur pour l’Europe
[COM(2022) 542 final — 2022/0347 (COD)]
(2023/C 146/08)
| Rapporteur: | Kęstutis KUPŠYS |
| Consultation | Parlement européen, 19.1.2023 Conseil, 24.1.2023 |
| Base juridique | Article 192, paragraphe 1, et article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne |
| Compétence | Section «Agriculture, développement rural et environnement» |
| Adoption en section | 3.2.2023 |
| Adoption en session plénière | 22.2.2023 |
| Session plénière no | 576 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 145/9/12 |
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | Le droit de respirer un air pur est un droit de l’homme fondamental, et le Comité économique et social européen (CESE) se félicite donc vivement de la proposition de refonte des directives sur la qualité de l’air ambiant. Le Comité recommande d’aligner intégralement, d’ici 2030 au plus tard, les normes de l’Union en matière de qualité de l’air (y compris pour l’ozone, en fixant des valeurs limites) sur les lignes directrices actualisées de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) relatives à la qualité de l’air, et de définir un cadre favorable et solide, reposant sur des valeurs limites, des mécanismes d’application et des règles de gestion claires. Réduire la pollution atmosphérique présente d’importants avantages connexes en ce qui concerne l’atténuation du changement climatique, la sécurité énergétique et la biodiversité, et rend les populations plus résilientes face aux pandémies. |
| 1.2. | Le CESE salue l’approche adoptée par la Commission, qui consiste à mettre l’accent sur le rapport «avantage-coûts». Il regrette néanmoins que ce soit ce ratio, et non des critères liés à la protection de la vie et de la santé humaines, qui soit considéré comme le premier indicateur à prendre en compte dans le cadre de cette refonte, ce qui conduit à privilégier l’option stratégique d’un «alignement plus étroit» plutôt que celle d’un «alignement complet». À part dans le cas du dioxyde d’azote, il semble que la proposition vise à assurer un alignement sur les lignes directrices adoptées par l’OMS en 2005, et non sur la dernière version publiée en septembre 2021. |
| 1.3. | Les normes en matière de qualité de l’air forment un cadre juridique, mais la réduction des émissions relève du champ d’application d’autres dispositifs législatifs. Le Comité est convaincu que si leur définition est ambitieuse et leur application opportune, et si elles s’accompagnent de mesures sectorielles efficaces, les limites et les règles établies par la directive sur la qualité de l’air ambiant se traduiront par une action politique audacieuse aux échelons national et local. |
| 1.4. | Les citoyens doivent agir, eux aussi, et comprendre les liens qui unissent leurs modes de vie, leurs actions, leurs habitudes de consommation et les niveaux de pollution. Plus les gens sont informés, plus ils sont enclins à agir et plus il devient facile de faire évoluer les comportements de manière durable. Dès lors, le CESE demande que les projets de science citoyenne en lien avec la pollution bénéficient d’un financement accru dans le cadre du programme Horizon Europe. |
| 1.5. | Le Comité soutient fermement le droit à une indemnisation pour les personnes dont la santé a été altérée du fait de la pollution atmosphérique, ainsi que les sanctions visant les personnes physiques et morales qui violent les dispositions nationales applicables. |
2. Informations contextuelles
| 2.1. | La pollution de l’air ambiant (extérieur) est la première cause environnementale d’incidences sur la santé dans l’Union européenne et l’on estime qu’elle provoquerait plus de 300 000 décès prématurés chaque année (1). L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que cette pollution, dans les villes et les zones rurales, est responsable de 4,2 millions de décès prématurés par an dans le monde (2), par suite des effets cumulatifs de la pollution atmosphérique sur la santé des populations. Ainsi, l’exposition aux particules fines (particulate matter ou PM) de 2,5 microns de diamètre ou moins (PM2,5) provoque de nombreux problèmes de santé, notamment des maladies cardiovasculaires et respiratoires, ainsi que des cancers. La pollution atmosphérique nuit également à notre environnement, en entraînant des phénomènes d’acidification et d’eutrophisation ainsi que des pertes de récoltes. |
| 2.2. | Les valeurs limites en matière de qualité de l’air sont souvent dépassées dans l’ensemble de l’Union (3), avec des concentrations qui excèdent largement les dernières recommandations de l’OMS (4). |
| 2.3. | Les directives sur la qualité de l’air ambiant — à savoir la directive 2008/50/CE du Parlement européen et du Conseil (5) concernant la qualité de l’air ambiant et un air pur pour l’Europe et la directive 2004/107/CE du Parlement européen et du Conseil (6) concernant l’arsenic, le cadmium, le mercure, le nickel et les hydrocarbures aromatiques polycycliques dans l’air ambiant — fixent des règles relatives à la gestion de la pollution atmosphérique et des normes européennes de qualité de l’air portant sur 12 polluants atmosphériques: dioxyde de soufre (SO2), dioxyde d’azote (NO2)/oxydes d’azote (NOx), particules (PM10 et PM2,5), ozone (O3), benzène (C6H6), plomb (Pb), monoxyde de carbone (CO), arsenic (As), cadmium (Cd), nickel (Ni) et benzo(a)pyrène (C20H12). |
| 2.4. | Le bilan de qualité (7) a montré que les directives existantes sur la qualité de l’air ambiant ont contribué à réduire la pollution atmosphérique. Le nombre de décès prématurés imputables à la pollution atmosphérique a chuté de 70 % par rapport aux années 1990. Pourtant, sur notre continent, l’air ambiant reste encore trop pollué et nuit à la santé des citoyens et à l’environnement. |
| 2.5. | S’agissant des atteintes à la santé humaine, les polluants les plus nocifs en Europe sont les particules PM2,5, le dioxyde d’azote et l’ozone troposphérique. L’Union européenne souhaite concrétiser l’objectif «zéro pollution» d’ici 2050 au plus tard, en synergie avec les efforts déployés pour parvenir à la neutralité climatique. D’ici là, l’actuelle refonte des directives sur la qualité de l’air ambiant poursuit, entre autres, les objectifs suivants:
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3. Observations générales
Vers la réalisation de l’objectif «zéro pollution»
| 3.1. | Le droit de respirer un air pur est un droit de l’homme fondamental reconnu à l’échelle internationale (8). Le CESE se félicite donc vivement de la proposition de refonte des directives sur la qualité de l’air ambiant. La législation européenne en matière de qualité de l’air a prouvé qu’elle constituait un outil essentiel et fondamental pour réduire la pollution atmosphérique en Europe. |
| 3.2. | Le degré d’alignement des normes européennes de qualité de l’air sur les dernières lignes directrices de l’OMS dépend de choix politiques qui sont déterminés par les ambitions des États et des villes. Dans son rapport d’analyse d’impact (9), la Commission a présenté et examiné trois scénarios ainsi que les options correspondantes. Le choix entre ces solutions relève de décisions politiques et non de considérations «purement scientifiques». Ces trois options se distinguent par leur degré d’ambition, à savoir un «alignement complet» (I-1), un «alignement plus étroit» (I-2) ou un «alignement partiel» (I-3). |
| 3.3. | Le CESE salue l’approche adoptée par la Commission, qui consiste à mettre l’accent sur le rapport «avantage-coûts». Il regrette néanmoins que ce soit ce ratio, et non des critères liés à la protection de la vie et de la santé humaines, qui soit considéré comme le premier indicateur à prendre en compte dans le cadre de cette refonte, ce qui conduit à retenir l’option I-2, c’est-à-dire un «alignement plus étroit». La proposition assurera ainsi un alignement sur les lignes directrices adoptées par l’OMS en 2005, mais pas sur celles qui ont été publiées en 2021, sauf dans le cas du dioxyde d’azote. |
| 3.4. | Le CESE demande instamment d’évaluer les progrès accomplis et de revoir les objectifs dans les meilleurs délais, en alignant intégralement les normes de l’Union en matière de qualité de l’air sur les lignes directrices actualisées de l’OMS, d’ici 2030 au plus tard. Cet alignement devrait s’accompagner de la mise en place d’un cadre favorable et solide, qui repose sur des valeurs limites, des mécanismes d’application et des règles de gestion claires. |
Limites de la proposition actuelle
| 3.5. | Malheureusement, la plupart des États membres ne respectent toujours pas les normes européennes applicables en matière de qualité de l’air et ne prennent pas de mesures efficaces pour l’améliorer, comme en témoigne le nombre de procédures d’infraction en cours. Dès lors, on pouvait s’attendre non seulement à ce que la révision définisse un juste niveau d’ambition, en accord avec les connaissances scientifiques, pour encourager des initiatives plus décisives, mais aussi à ce qu’elle améliore les règles de mise en œuvre et d’application, afin de mieux aider et orienter les États membres et les autorités compétentes. |
| 3.6. | Le Comité demande que des lacunes potentielles touchant à la santé des citoyens et à la protection de l’environnement soient supprimées de la législation. Les articles 16 et 17 prévoient des règles selon lesquelles le sablage et le salage hivernaux ainsi que les sources naturelles de pollution atmosphérique ne sont pas soumis à l’obligation de conformité. Le Comité estime que cette approche va à l’encontre des objectifs de la législation. Les sources naturelles et anthropiques se combinent et démultiplient les effets des polluants. À moins de tenir compte des sources naturelles de pollution atmosphérique, nous continuerons à mettre des vies en danger. |
| 3.7. | De même, l’article 29 dispose que chaque État membre doit établir des sanctions «effectives, proportionnées et dissuasives» à l’encontre des «personnes physiques ou morales» qui violent les dispositions nationales applicables. Le Comité souscrit fortement à ces dispositions qui marquent un pas dans la bonne direction, sachant qu’il est extrêmement important de disposer d’un régime de sanctions efficaces en cas d’infraction, de même qu’aux dispositions de l’article 28, qui prévoit le droit à une indemnisation pour les personnes dont la santé a été altérée (même partiellement) du fait de la pollution atmosphérique. Il demande que soit établi un lien clair et rigoureusement rationnel entre les sources de pollution et les pollueurs, de manière à préciser les responsabilités et les sanctions afférentes. Il demande aussi que soient mieux détaillées les dispositions concernant les plans relatifs à la qualité de l’air ainsi que les voies de recours (y compris les sanctions financières) prévues pour les cas où les normes de qualité de l’air ne seraient pas respectées dans les délais prévus. |
| 3.8. | L’ozone doit faire l’objet d’une attention particulière. L’AEE estime que l’exposition à l’ozone est responsable de 24 000 décès prématurés par an (10). L’ozone est un polluant qui n’est pas directement émis par des sources primaires. Sa formation résulte d’une série de réactions complexes qui se déroulent dans l’atmosphère, sous l’effet de l’énergie transférée aux molécules de dioxyde d’azote (NO2) lorsqu’elles absorbent les rayons lumineux émis par le soleil (11). Les effets de l’ozone troposphérique (ozone «toxique») sur la santé sont largement démontrés: des études épidémiologiques récentes ont ainsi prouvé que l’exposition à l’ozone était associée à une hausse de la mortalité et de la morbidité (12) et causait de graves dommages à la nature et aux cultures. Bien que le plan d’action européen concernant le méthane ait été publié récemment dans le cadre de l’engagement mondial en la matière, aucune action efficace n’a encore été mise en place pour réduire rapidement les émissions de précurseurs de l’ozone tels que le méthane. Toutefois, le Comité se félicite qu’il soit prévu de réfléchir à la possibilité d’inclure le méthane parmi les polluants réglementés, au moment de la révision de la directive sur les engagements nationaux de réduction des émissions en 2025. |
| 3.9. | À l’article 13, la Commission propose que la quasi-totalité des polluants atmosphériques aujourd’hui soumis à des «valeurs cibles» se voient imposer des «valeurs limites», à l’exception de l’ozone. Cette exemption est motivée par les «caractéristiques complexes de sa formation dans l’atmosphère, qui compliquent l’évaluation de la possibilité de respecter des valeurs limites strictes». |
| 3.10. | Le Comité juge que de telles valeurs cibles n’inciteront pas suffisamment les États membres et les autorités compétentes à faire baisser l’ozone troposphérique, qui compte parmi les trois polluants les plus graves. Or, il existe bel et bien des solutions pour diminuer les niveaux d’ozone toxique. Ainsi, en réduisant les émissions de ses précurseurs, tels que le dioxyde d’azote, les composés organiques volatils (COV) non méthaniques et le méthane, on contribuera à diminuer les concentrations d’ozone. Améliorer les normes d’émissions des véhicules, restreindre ou interdire l’utilisation de solvants, de peintures ou de pulvérisateurs à forte teneur en composés organiques volatils, diminuer efficacement les émissions de méthane provenant de l’énergie, des déchets et de l’agriculture (le principal contributeur) constituent autant de moyens efficaces pour réduire l’ozone troposphérique. Il convient d’exploiter pleinement ces outils déjà connus. Le Comité recommande d’aligner pleinement, au moyen de «valeurs limites», les normes européennes concernant l’ozone sur les lignes directrices OMS relatives à la qualité de l’air de 2021. |
| 3.11. | En complément des mesures proposées par la Commission, il conviendrait de mettre en place des sites de surveillance supplémentaires pour les particules ultrafines, le carbone noir et l’ammoniac. La densité proposée est insuffisante pour assurer le déroulement d’études épidémiologiques. Il convient de planifier les sites de surveillance de manière à y recueillir des données suffisantes pour informer efficacement les autorités sanitaires locales quant aux risques sanitaires liés à la pollution locale, y compris les polluants émergents, notamment pour ce qui est des populations vulnérables et des zones très polluées. |
Mesures sectorielles spécifiques
| 3.12. | Concernant l’article 10 de la proposition, le Comité suggère que chaque État membre établisse au moins un «supersite» de surveillance par ville de plus de 250 000 habitants en un lieu caractéristique de la pollution de fond urbaine. Les États membres qui ne comptent pas de villes de plus de 250 000 habitants devraient établir au moins un «supersite» de surveillance en un lieu caractéristique de la pollution de fond urbaine. |
| 3.13. | Au-delà des préconisations strictement médicales, l’OMS recommande de protéger la nature, de préserver la qualité de l’air et d’investir dans l’énergie propre afin d’assurer rapidement une transition vers une énergie saine, qui s’accompagnera d’avantages connexes dans la lutte contre le changement climatique. L’OMS conseille en outre de concevoir des villes saines et agréables à vivre, en faisant la promotion d’une mobilité plus propre et active, par exemple grâce aux transports publics, au cyclisme et à la marche, en cessant d’utiliser l’argent du contribuable pour subventionner les combustibles fossiles qui sont à l’origine de la pollution atmosphérique, et en encourageant une alimentation saine. |
| 3.14. | Ces domaines d’action devraient également guider la prise de décision européenne. Le pacte vert pour l’Europe et les initiatives connexes d’une portée aussi vaste que le paquet «Ajustement à l’objectif 55» ou REPowerEU devraient être adoptés et mis en œuvre eu égard à la santé publique et à la protection de l’environnement (13), tout en répondant aux considérations concernant l’atténuation du changement climatique et l’adaptation à ce dernier, la sécurité de l’approvisionnement énergétique et la géopolitique. |
| 3.15. | Le CESE estime donc que la proposition de la Commission peut encore être améliorée. En effet, ce texte pèche clairement par son manque de considération pour ce qu’il n’est pas possible techniquement de mesurer à ce jour. Ainsi, les résultats des actions stratégiques sont modélisés en se limitant aux réductions maximales techniquement réalisables, alors que le scénario de référence sous-estime déjà les potentialités en la matière. Pour contribuer à un air plus propre, il ne fait aucun doute qu’il serait utile d’adopter de nouvelles dispositions législatives sectorielles fortes, par exemple, pour les transports, le chauffage domestique et le secteur agroalimentaire:
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| 3.16. | Les règles en matière de qualité de l’air forment un cadre juridique, mais la réduction des émissions relève du champ d’application d’autres dispositifs législatifs. Le Comité voit le concept de zone à émissions faibles ou nulles comme un parfait exemple de «bonnes pratiques». La zone de basses émissions de Bruxelles, par exemple, n’aurait peut-être jamais vu le jour s’il n’y avait pas eu de normes imposant de prendre des mesures pour atteindre de tels objectifs. Dans un deuxième temps, à mesure que davantage de villes parviennent à satisfaire aux normes, les objectifs directeurs doivent être actualisés sur la base de données scientifiques afin d’améliorer en permanence la qualité de l’air. |
| 3.17. | Le processus décrit ci-dessus crée un cycle vertueux d’actions et de résultats. Si leur définition est ambitieuse et leur application opportune, et si elles s’accompagnent de mesures sectorielles efficaces, les limites et les règles établies par la directive sur la qualité de l’air ambiant se traduiront par une action politique audacieuse aux échelons national et local. Il sera alors plus facile de concrétiser des objectifs ambitieux en matière de qualité de l’air. Le Comité estime que l’analyse d’impact et la proposition ne reflètent pas pleinement l’ensemble des possibilités réalisables dans le cadre de cette chaîne d’actions. Si elles avaient été prises en compte lors de la planification initiale de la proposition, l’option d’un «alignement complet» (I-1) aurait pu être retenue comme la voie à suivre, au lieu de celle, moins ambitieuse, d’un «alignement plus étroit» (I-2). |
Mieux sensibiliser le public
| 3.18. | Si elle s’est améliorée depuis les années 1990, la qualité de l’air reste néanmoins une préoccupation majeure pour les citoyens européens. La plupart d’entre eux — plus de quatre personnes sur cinq — estiment que les problèmes de santé tels que les maladies respiratoires, l’asthme et les maladies cardiovasculaires représentent autant de graves problèmes causés par la pollution atmosphérique dans leur pays (15). |
| 3.19. | Alors qu’une majorité d’européens ont le sentiment de ne pas être bien informés (60 %), près de la moitié des répondants estiment que la qualité de l’air s’est détériorée au cours des dix dernières années (47 %). Bien que le nombre de personnes exposées à une forte pollution atmosphérique baisse constamment, celles qui y sont confrontées souffrent toujours de graves problèmes de santé et ne perçoivent aucune preuve tangible d’une amélioration de la qualité de l’air ambiant. |
| 3.20. | On ignore encore dans quelle mesure les citoyens seraient prêts à agir, de manière proactive, pour améliorer, directement ou indirectement, la qualité de l’air ambiant. Néanmoins, les actions de sensibilisation posséderaient un double effet: |
| 3.20.1. | premièrement, les européens devraient être informés sur les liens qui unissent leurs modes de vie, leurs actions, leurs habitudes de consommation et les niveaux de pollution. Clairement conscient de cette corrélation, le public accepterait mieux l’introduction de mesures stratégiques destinées à faire évoluer les comportements; |
| 3.20.2. | deuxièmement, les mesures stratégiques seraient beaucoup plus efficaces et leurs résultats pourraient se cumuler si les citoyens étaient conscients des résultats obtenus grâce à leurs changements de comportement. Les améliorations de la qualité de l’air ambiant sont clairement visibles «à l’œil nu», en particulier dans l’environnement urbain, mais les données scientifiques, lorsqu’elles sont présentées de manière interactive et facile à comprendre, peuvent favoriser l’instauration d’un cercle vertueux. Plus les gens sont informés, plus ils sont enclins à agir et plus il devient facile de faire évoluer les comportements de manière durable. |
| 3.21. | Les sciences citoyennes jouent un rôle déterminant pour façonner l’opinion publique sur toutes les questions liées à la pollution et à ses répercussions sur la vie des citoyens. Le CESE souligne le succès d’initiatives telles que l’enquête «CurieuzeNeuzen» (16), qui a servi de catalyseur pour que les zones à faibles émissions obtiennent l’aval des citoyens dans plusieurs villes de Belgique, et il demande d’accroître, dans le cadre du programme Horizon Europe, le financement des projets de science citoyenne en lien avec la pollution. |
4. Observations particulières sur les polluants atmosphériques suscitant de nouvelles préoccupations
Particules ultrafines
| 4.1. | Les particules ultrafines sont des particules d’un diamètre inférieur ou égal à 0,1 μm (100 nm). Ces particules sont issues de sources naturelles ou anthropiques, telles que les opérations de combustion. Malgré la multiplication des preuves attestant de l’incidence des particules ultrafines sur la santé, ces polluants ne sont pas réglementés par les directives existantes sur la qualité de l’air ambiant. Le CESE note une volonté croissante de traduire en recommandations politiques les connaissances actuelles quant aux incidences sur la santé, mais il nous faut recueillir davantage d’informations dans ce domaine. |
| 4.2. | En conséquence, le CESE demande de mettre en œuvre une action ciblée complémentaire, par l’intermédiaire du programme Horizon Europe, pour financer de manière systématique la recherche sur les particules ultrafines. Malgré l’absence d’indicateurs spécifiques concernant ces particules, il pourrait être utile de lancer une campagne de sensibilisation pour informer les citoyens européens des risques «émergents» liés à cette catégorie de polluants insuffisamment prise en compte. |
Carbone noir
| 4.3. | Le terme «carbone noir» désigne des particules fines issues de la combustion de combustibles fossiles ou de biomasse. Le carbone noir entraîne des effets néfastes pour la santé, puisqu’il est responsable de maladies cardiaques ou pulmonaires, mais il agit aussi comme un accélérateur du changement climatique, car une tonne de carbone noir produit un effet de réchauffement climatique qui peut être 1 500 fois supérieur à celui d’une tonne de CO2. |
| 4.4. | Le Comité prend note des références faites aux études de l’OMS (17) qui concluent que l’exposition au carbone noir a des effets statistiquement significatifs sur la santé à des concentrations comprises entre 1,08 et 1,15 μg/m3. Pour autant, l’OMS ne reprend pas ces niveaux dans ses recommandations de bonnes pratiques. Le Comité juge que cette lacune ne saurait servir d’excuse pour ne pas lutter contre le carbone noir. De même, il convient de prendre des mesures pour réduire les niveaux de particules ultrafines, comme cela a été fait pour les particules PM2,5 et PM10. Si nous temporisons encore trois ou cinq ans, dans l’attente que certains projets de recherche financés par l’Union fournissent des données probantes ou que l’OMS publie un nouveau document d’orientation, des milliers de citoyens perdront la vie dans l’intervalle et la crise climatique ne fera que s’accélérer. |
Ammoniac
| 4.5. | L’ammoniac (NH3) est un composé inorganique à base d’azote et d’hydrogène. Des niveaux élevés d’ammoniac peuvent entraîner des lésions pulmonaires et provoquer des décès. L’ammoniac contribue de manière significative aux concentrations excessives de particules secondaires. Il nuit aussi à notre environnement, en entraînant des phénomènes d’acidification et d’eutrophisation. Des mesures peuvent être prises dans les secteurs de l’agroalimentaire, des transports routiers et de l’«utilisation de solvants et d’autres produits» pour réduire les émissions d’ammoniac. |
| 4.6. | L’OMS n’a formulé aucune recommandation quant aux concentrations d’ammoniac dans l’air ambiant en rapport avec son incidence sur la santé. Pourtant, ses effets indirects sur la santé et l’environnement sont bien établis (18), sachant que les émissions d’ammoniac contribuent à la formation de particules PM2,5 secondaires, qui font l’objet de lignes directrices OMS relatives à la qualité de l’air. Les scientifiques estiment que le seuil critique à long terme pour les végétaux (plantes supérieures) est de 3 μg/m3. |
| 4.7. | La récente proposition de révision de la directive relative aux émissions industrielles (DEI) (19), qui vise à réduire davantage ces émissions et à étendre le champ d’application de la directive aux plus grandes exploitations d’élevage de l’Union, peut contribuer de manière significative à réduire les émissions d’ammoniac, étant donné que l’agriculture est la principale source d’émissions de NH3 et qu’au sein de l’Union, les trois-quarts environ des émissions sont imputables à la gestion des effluents d’élevage (20). Toutefois, la directive relative aux émissions industrielles doit être appliquée de façon proportionnée et la plus efficace possible par rapport aux coûts, afin d’éviter toute nouvelle hausse des coûts de production dans le secteur agroalimentaire (21). |
| 4.8. | Le CESE insiste sur la nécessité de mettre en place également un mécanisme de soutien solide en faveur des personnes et industries vulnérables, afin que les solutions pratiques en matière d’émissions de NH3 dans l’élevage soient disponibles «sur le terrain», et de façon à préserver les moyens de subsistance, la santé et le bien-être des populations. Ce mécanisme devrait notamment servir à financer la recherche et l’exploitation des avancées technologiques déjà connues. Dans l’ensemble, il convient d’encourager les entreprises d’élevage à évoluer vers davantage de respect de l’environnement et de la santé, tout en préservant la fonction critique qui consiste à approvisionner la population en denrées (22). |
Bruxelles, le 22 février 2023.
La présidente du Comité économique et social européen
Christa SCHWENG
(1) Agence européenne pour l’environnement (AEE), 2022, «Health impacts of air pollution in Europe» (Incidences sur la santé de la pollution atmosphérique en Europe; en anglais).
(2) OMS, «Pollution de l’air ambiant (extérieur)».
(3) AEE, «Europe’s air quality status 2022» (La qualité de l’air en Europe en 2022; en anglais).
(4) OMS, «Lignes directrices relatives à la qualité de l’air» (version intégrale en anglais).
(5) Directive 2008/50/CE du Parlement européen et du Conseil du 21 mai 2008 concernant la qualité de l’air ambiant et un air pur pour l’Europe (JO L 152 du 11.6.2008, p. 1).
(6) Directive 2004/107/CE du Parlement européen et du Conseil du 15 décembre 2004 concernant l’arsenic, le cadmium, le mercure, le nickel et les hydrocarbures aromatiques polycycliques dans l’air ambiant (JO L 23 du 26.1.2005, p. 3).
(7) Voir le dossier «Air Policy» (Politique en matière de qualité de l’air), disponible sur le portail CIRCABC.
(8) Voir la résolution A/76/L.75 de l’Assemblée générale des Nations unies et l’avis NAT/824 du CESE.
(9) Commission européenne, «Qualité de l’air — révision de la réglementation de l’UE».
(10) AEE, 2022, «Health impacts of air pollution in Europe» (Incidences sur la santé de la pollution atmosphérique en Europe; en anglais).
(11) OMS, «Lignes directrices relatives à la qualité de l’air» (version intégrale en anglais).
(12) Agence pour la protection de l’environnement des États-Unis, «Health Effects of Ozone in the General Population» (Effets de l’ozone sur la santé de la population générale; en anglais).
(13) Il convient d’accorder une attention particulière aux nouvelles normes «Euro 7» en matière d’émissions des véhicules, sachant que le transport routier est la principale cause de pollution atmosphérique dans les territoires urbains. Nombreuses sont les parties prenantes, comme l’organisation Transport & Environnement, à signaler que les normes «Euro 7» ne répondent pas aux attentes.
(14) Le CESE note que la stratégie de mobilité durable et intelligente [COM(2020) 789 final] comprend l’engagement de la Commission de lancer une étude spécifique sur les solutions qui permettraient de mettre en place des systèmes pour restreindre l’accès des véhicules aux zones urbaines qui soient plus efficaces et plus clairs pour les utilisateurs, dans le respect du principe de subsidiarité.
(15) Eurobaromètre, «Attitudes of Europeans towards Air Quality» (Attitude des européens à l’égard de la qualité de l’air; en anglais). Le document COM(2021) 44 tient compte d’une corrélation entre cancer et pollution. Le CESE estime que les futures enquêtes Eurobaromètre devraient comporter une question sur la façon dont le cancer, ainsi que le diabète et la démence, est perçu comme une conséquence de la pollution atmosphérique.
(16) Enquête «CurieuzeNeuzen in Vlaanderen» (en néerlandais). Des organisations de la société civile ont mené des initiatives similaires en Allemagne, en Irlande, en Italie, en Lituanie, en Pologne, en Slovaquie et dans plusieurs autres pays de l’Union.
(17) Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), «Health effects of black carbon» (Effets du carbone noir sur la santé; en anglais).
(18) Commission économique des Nations unies pour l’Europe (CEE-ONU), «Towards Cleaner Air, Scientific Assessment Report 2016» (Rapport d’évaluation scientifique de 2016 — Vers un air plus propre; en anglais).
(19) Directive 2010/75/UE du Parlement européen et du Conseil du 24 novembre 2010 relative aux émissions industrielles (prévention et réduction intégrées de la pollution) (JO L 334 du 17.12.2010, p. 17).
(20) D’après le «National air pollutant emissions dashboard» (Visualiseur de données relatives aux émissions nationales de polluants atmosphériques; en anglais), la proportion était de 76,2 % en 2020.
(21) Avis du CESE sur la «Révision de la directive relative aux émissions industrielles (DEI) et du règlement relatif au PRTR européen» (JO C 443 du 22.11.2022, p. 130).
(22) Avis du CESE sur la «Révision de la directive relative aux émissions industrielles (DEI) et du règlement relatif au PRTR européen» (JO C 443 du 22.11.2022, p. 130).
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