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Avis institutionnel52022AE5829

Avis institutionnel — 52022AE5829

CELEX52022AE5829
TypeAvis institutionnel
Datejeudi 23 février 2023

Texte intégral

27.4.2023

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 146/59


Avis du Comité économique et social européen sur la communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil européen, au Conseil, à la Banque centrale européenne, au Comité économique et social européen, au Comité des régions et à la Banque européenne d’investissement — Examen annuel 2023 de la croissance durable

[COM(2022) 780 final]

(2023/C 146/10)

Rapporteur général:

Gonçalo LOBO XAVIER

Consultation

Commission européenne, 19.12.2022

Base juridique

Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Compétence

Section «Union économique et monétaire et cohésion économique et sociale»

Adoption en session plénière

23.2.2023

Session plénière no

576

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

196/2/4

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le Comité économique et social européen (CESE) se félicite des principales priorités politiques de l’examen annuel 2023 de la croissance durable, qui portent sur les quatre dimensions de la durabilité compétitive. Il est clair que, compte tenu de la situation et des scénarios actuels, il convient de soutenir à court terme les ménages vulnérables afin de les protéger des effets les plus graves de la crise énergétique, tout en promouvant d’une manière générale l’efficacité énergétique dans l’Union européenne. Le Comité est d’avis que les politiques à moyen et à long terme devraient accélérer les transitions numérique et écologique. Il estime également que l’Union doit s’efforcer d’équilibrer la demande d’approvisionnement énergétique, tout en préservant l’énergie en vue de l’hiver et en évitant toute augmentation supplémentaire des coûts. Il est essentiel de soutenir des mesures qui renforceront l’efficacité dans tous les domaines. Cet objectif doit être atteint en préservant par ailleurs l’intégrité du marché unique et en garantissant la stabilité financière macroéconomique et la cohérence des politiques budgétaires et monétaires.

1.2.

Le CESE est conscient qu’en 2023, le cycle du semestre européen sera dominé par la mise en œuvre efficace des plans pour la reprise et la résilience (PRR). Ces plans mettront fortement l’accent sur les programmes politiques des États membres, qui doivent être l’occasion de stimuler leurs économies. Le Comité salue des efforts déployés par la Commission en vue d’organiser des dialogues avec les États membres au début de l’année 2023. Ils pourraient consister en une discussion approfondie entre ces derniers et la Commission, visant à agir sur les recommandations par pays. À cet égard, le CESE estime que ces dialogues favoriseront une meilleure mise en œuvre des PRR et contribueront à faire en sorte que toutes les préoccupations soient mieux prises en compte et recensées dans le cadre des recommandations par pays.

1.3.

Le CESE demande instamment des conditions de travail équitables, une concurrence effective et une meilleure prise en compte des préoccupations de la société civile afin d’améliorer le fonctionnement du marché unique. Cela revêt une importance encore plus grande dans le contexte de guerre et de crise énergétique que nous connaissons aujourd’hui. Le Comité soutient l’appel à prendre des mesures pour renforcer le marché unique. Le CESE estime que les chocs récents soulignent combien il importe de coordonner étroitement des politiques budgétaires saines et de constituer en période de conjoncture favorable des réserves budgétaires susceptibles d’être utilisées en période de ralentissement, tout en s’attaquant dans le même temps aux déficits sociaux, étant donné que ceux-ci peuvent compromettre la croissance économique à moyen terme. Les politiques budgétaires devraient viser à parvenir à des positions budgétaires prudentes à moyen terme et à garantir la viabilité budgétaire par un assainissement progressif et des investissements et des réformes favorables à une croissance durable.

1.4.

Le CESE plaide en faveur d’une meilleure coordination entre les États membres et appelle de ses vœux des décisions courageuses incitant à éviter la dépendance énergétique de l’Union, en particulier à l’égard de la Russie. Cette dépendance pourrait en effet compromettre les intérêts de l’Union et il convient d’y remédier avec courage.

1.5.

Le Comité plaide en faveur d’une approche modérée, réaliste et équilibrée dans le cadre de la lutte contre l’inflation, de manière à associer chacun à la recherche d’une solution qui profitera à l’ensemble de l’Union. Les autorités de concurrence doivent mettre tout en œuvre pour garantir la transparence des prix et être attentives à toute défaillance éventuelle du marché. Les gouvernements doivent être particulièrement attentifs à ce que leurs déclarations soient fondées sur la meilleure analyse empirique, en évitant de critiquer sans fondement les acteurs commerciaux, car cela peut aviver l’antagonisme entre les citoyens, les entreprises et les partenaires sociaux. Le CESE estime également que le problème ne pourra être résolu que si les gouvernements, les entreprises et la société civile organisée travaillent de concert.

Le CESE est d’avis que les États membres doivent se concentrer sans relâche et de façon manifeste sur l’efficacité et l’équité lorsqu’ils utilisent les ressources financières et les autres ressources publiques disponibles. Cela est essentiel pour garantir des investissements nouveaux et de qualité.

1.6.

Le CESE continuera d’insister sur le fait que la consultation de la société civile organisée (partenaires sociaux et organisations de la société civile), du Parlement européen et des parlements nationaux doit jouer un rôle plus important tout au long du cycle du semestre européen afin de renforcer l’appropriation nationale. Il estime qu’une participation améliorée et plus organisée des organisations représentées en son sein profiterait à la fois au processus du semestre européen et à la mise en œuvre des PRR. Une touche de réalisme est nécessaire lorsque l’on parle de mise en œuvre des politiques.

1.7.

Le CESE est également conscient de la nécessité d’investir dans les compétences et le programme industriel pour tirer réellement parti des atouts européens existants, notamment des investissements dans l’innovation et la science qui doivent profiter aux citoyens.

1.8.

Le CESE invite instamment la Commission à mieux communiquer avec les citoyens. Un discours fort, fiable et commun sur les défis et la manière dont l’Union est mobilisée pour les relever est fondamental pour les citoyens et évitera les malentendus sur le projet européen. Investir dans une meilleure communication (et il n’est pas question ici de publicité) pourrait changer la donne de manière intéressante face aux discours hostiles au projet européen. Il y a lieu d’en faire une priorité. À cet égard, le Comité salue également l’initiative de la Commission de présenter cette année une communication sur le renforcement du dialogue social dans l’Union ainsi qu’une proposition de recommandation du Conseil relative au rôle du dialogue social au niveau national. Une meilleure communication avec la société civile organisée et une meilleure consultation de celle-ci sont essentielles et vont de pair.

2. Contexte

2.1.

Comme chacun sait, l’Europe traverse la période la plus difficile qu’elle ait connue au cours des 70 dernières années. Elle est confrontée à de multiples défis socio-économiques complexes dus à l’agression de l’Ukraine par la Russie, qui continue de grever l’économie européenne, à la flambée des prix de l’énergie, aux taux d’inflation élevés, aux pénuries d’approvisionnement, à l’augmentation des niveaux d’endettement et à la hausse des coûts d’emprunt. Par conséquent, il est temps de prendre des décisions qui détermineront l’avenir de l’un des projets mondiaux visant le développement social, économique et culturel qui ont rencontré le plus de succès.

2.2.

Le 22 novembre 2022, la Commission a adopté le paquet d’automne du semestre européen 2023 qui propose des moyens de relever collectivement ces défis et de renforcer nos économies à long terme par la coordination des politiques économiques, fiscales, sociales et du travail. L’objectif est de garantir un approvisionnement énergétique adéquat et abordable, de préserver la stabilité économique et financière, de protéger les ménages et les entreprises vulnérables, de stimuler la croissance et la création d’emplois de qualité et de mener la double transition à bien.

2.3.

L’examen annuel 2023 de la croissance durable définit les priorités politiques pour l’année à venir et fixe un programme à suivre pour renforcer cette coordination de manière à atténuer les effets négatifs, à relever les défis actuels et à accroître la résilience sociale et économique tout en favorisant une croissance durable et inclusive, conformément aux objectifs de développement durable des Nations unies. Les quatre dimensions de la durabilité compétitive sont également mises en évidence, à savoir la durabilité environnementale, la productivité, l’équité et la stabilité macroéconomique.

2.4.

Le programme en matière de politique économique et d’emploi devrait avoir pour objectif premier d’aider les citoyens et les entreprises à surmonter les difficultés engendrées par l’augmentation des coûts et les contraintes d’approvisionnement dans le domaine de l’énergie, tout en poursuivant en parallèle les efforts visant à favoriser une croissance durable et à opérer la transition écologique et numérique, ainsi qu’à améliorer l’équité sociale et la résilience économique.

2.5.

Selon ce principe, les propositions de recommandations par pays devraient être présentées au printemps 2023, de même que les rapports par pays axés sur:

—

un aperçu succinct mais global des évolutions d’ordre économique et social et des défis auxquels les États membres sont confrontés,

—

une évaluation des progrès réalisés dans la mise en œuvre des plans nationaux pour la reprise et la résilience,

—

une approche des recommandations par pays qui reste modeste.

2.6.

En ce qui concerne la zone euro, la Commission a formulé cinq recommandations pour 2023:

a)

coordonner la politique budgétaire;

b)

soutenir les investissements publics;

c)

assurer un suivi des politiques sociales et salariales;

d)

améliorer l’environnement des entreprises;

e)

préserver la stabilité macrofinancière.

3. Observations particulières

3.1. Le semestre européen et la participation de la société civile organisée

3.1.1.

Le semestre européen reste le principal cadre bien établi pour des politiques de coordination plus efficaces entre les États membres. Cette coordination améliorée a porté ses fruits, dans la mesure où la reprise post-COVID de l’Union européenne a été la plus rapide depuis l’essor de l’après-guerre et où nos marchés du travail ont fait preuve d’une grande résilience, avec un taux d’emploi qui a atteint des niveaux record. Dans le cadre du semestre européen et de la mise en œuvre de la facilité pour la reprise et la résilience, y compris son volet supplémentaire REPowerEU, le CESE restera au cœur du processus de transformation visant à parvenir à la durabilité compétitive. Dans cette optique, il continuera de plaider pour que la consultation de la société civile organisée joue un rôle plus important tout au long du cycle du semestre européen afin de tenir compte des différents intérêts au sein de la société et de renforcer l’appropriation de ces mesures au niveau national.

3.1.2.

Le CESE se livre actuellement à un exercice de consultation des organisations de la société civile dans les États membres afin de recueillir leurs recommandations à cet égard (1). Pour cette raison, le Comité salue l’initiative de la Commission annoncée en juillet 2022 (2) de présenter cette année une communication sur le renforcement du dialogue social dans l’Union ainsi qu’une proposition de recommandation du Conseil relative au rôle du dialogue social au niveau national.

3.1.3.

Le CESE encourage la Commission à développer davantage et à encadrer clairement les forums existants dans le contexte du semestre européen de manière à informer et associer les partenaires sociaux et les organisations de la société civile tout au long du cycle du Semestre, afin d’en faire réellement des acteurs pertinents de la coordination des politiques budgétaires, économiques, sociales et de l’emploi au niveau de l’Union.

3.2. La crise géopolitique et la guerre en Ukraine

3.2.1.

Les conséquences de l’invasion de l’Ukraine par la Russie imposent à l’économie et à la société de l’Union européenne de nombreuses nouvelles difficultés sur le plan économique qui, à leur tour, ont des répercussions sur sa stabilité sociale et économique globale et sur son approvisionnement énergétique. L’Union doit continuer d’œuvrer à la fois à la durabilité compétitive et à la résilience sociale et économique. Dans l’immédiat, des mesures de soutien sont nécessaires pour alléger l’impact de l’agression russe contre l’Ukraine sur les européens et les entreprises de l’Union, en particulier les petites et moyennes entreprises (PME) et les personnes à revenu faible ou intermédiaire.

3.2.2.

La crise énergétique, en particulier, constitue le facteur le plus pertinent: combinée à un niveau très élevé d’inflation, elle aura une incidence considérable sur le long terme. À cet égard, le CESE insiste sur la nécessité de prendre des mesures immédiates pour éviter que la situation ne s’aggrave encore à court et à moyen terme, tout en gérant en parallèle la transition écologique de manière équitable. Dans de nombreux pays, le niveau de la production énergétique n’égale pas celui de la consommation d’énergie.

3.2.3.

Le CESE est d’avis que certains gouvernements n’ont pas encore élaboré de plans pour produire de l’énergie à partir de leurs propres ressources et doivent encore examiner la possibilité d’augmenter leur production et de tirer parti des conditions existantes et des ressources disponibles dans certains pays, telles que l’énergie solaire, éolienne et houlomotrice. Cette situation s’explique notamment par la législation trop complexe ou mal conçue et la bureaucratie excessive qui existent encore dans de nombreux États membres. Cela ne facilite pas la production d’énergie verte, bien que le potentiel soit énorme. Nous devons avoir le courage d’accomplir les efforts collectifs nécessaires, qui requièrent des investissements, en particulier de la part du secteur privé. Toutefois, les investissements publics continueront de jouer un rôle majeur dans la réalisation des objectifs du pacte vert ainsi que dans la préservation de notre prospérité et de notre compétitivité futures, et dans le renforcement de l’autonomie stratégique de l’Union. Leur importance devrait se refléter également dans la politique de cohésion.

3.3. L’inflation

3.3.1.

Le niveau élevé de l’inflation, déclenché notamment par la forte hausse des prix de l’énergie, a une incidence très négative sur les travailleurs et les entreprises, la stabilité financière, la parité de pouvoir d’achat et la stabilité économique et sociale. L’inflation dans le monde et dans l’Union est un phénomène complexe, tant du point de vue de son origine qu’en ce qui concerne les solutions à y apporter. Ses facteurs les plus immédiats et les plus importants sont les goulets d’étranglement dans l’approvisionnement au cours du processus de reprise rapide faisant suite à la récession provoquée par la pandémie, dans un contexte de politique monétaire expansionniste, conjugués à la crise énergétique déclenchée par l’invasion russe de l’Ukraine. L’inflation touche tous les acteurs économiques et tous les groupes sociaux, en particulier les plus faibles et les plus défavorisés. Les travailleurs et les consommateurs voient leur pouvoir d’achat diminuer et les marges bénéficiaires de nombreuses entreprises s’amenuisent. Seuls les spéculateurs et certains secteurs économiques, comme celui de l’énergie, voient leurs bénéfices augmenter fortement. Les États membres ont adopté différentes approches pour maîtriser l’inflation, telles qu’un soutien visant à éviter les hausses de prix dans les secteurs de l’alimentation ou des efforts consentis pour maintenir l’équilibre des salaires, combinés à des politiques économiques. Il reste encore un long chemin à parcourir avant d’atteindre nos objectifs et de trouver une solution qui préservera le bien-être économique et social.

3.3.2.

Les autorités de concurrence doivent mettre tout en œuvre pour garantir la transparence des prix et être attentives à toute défaillance éventuelle du marché. Les gouvernements doivent être particulièrement attentifs à ce que leurs déclarations soient fondées sur la meilleure analyse empirique, en évitant de critiquer sans fondement les acteurs commerciaux, car cela peut aviver l’antagonisme entre les citoyens, les entreprises et les partenaires sociaux.

3.3.3.

La lutte contre l’inflation doit être la priorité absolue d’une politique économique européenne coordonnée entre les institutions de l’Union et les gouvernements des États membres. Dans le cadre du resserrement des politiques monétaires, la Banque centrale européenne (BCE) et les banques centrales nationales doivent tenir compte du fait que le processus inflationniste n’est pas dû à une demande excessive et veiller à ce que leurs décisions n’entraînent pas une nouvelle récession. Le CESE encourage la BCE à réduire l’inflation de base sans compromettre la reprise économique de l’Union européenne. En raison des risques susmentionnés, la BCE devrait procéder avec prudence pour normaliser la politique monétaire (3). L’Union et les gouvernements nationaux doivent mettre en place des mesures pour aider les secteurs les plus défavorisés de la population et les entreprises les plus durement touchées. La consultation tripartite, le dialogue social et la négociation collective doivent devenir des instruments essentiels pour faire face à la crise inflationniste grâce à un partage équitable de la charge et pour concevoir des mesures permettant de la surmonter dans les différents secteurs de l’économie. Le CESE est donc favorable à des mesures telles qu’un plafonnement des prix de l’énergie afin de modérer les tendances inflationnistes.

3.4. Les objectifs environnementaux de l’Union et la crise énergétique

3.4.1.

Le CESE réitère le message qu’il a véhiculé ces derniers mois: en dépit des nouvelles crises, nous ne pouvons pas abandonner les objectifs fixés au niveau de l’Union, à savoir la décarbonation et la durabilité environnementale. Nous devons renforcer nos entreprises et nos travailleurs, et doter l’ensemble des citoyens des moyens de surmonter les difficultés et ainsi poursuivre nos objectifs à long terme sur le plan environnemental.

3.4.2.

Le CESE est donc favorable à des mesures de coordination des prix de l’énergie afin de modérer les tendances inflationnistes. La baisse des prix de l’énergie devrait être l’une des priorités de la politique économique de l’Union. Le Comité soutient le plafonnement des prix de l’électricité et du gaz et souligne que, dans de précédents avis et résolutions, il a plaidé en faveur d’une réforme urgente du système d’enchères marginales sur le marché de gros de l’électricité, en raison de son caractère intrinsèquement inflationniste. Pour atteindre cet objectif, il est essentiel d’investir dans l’énergie verte.

3.4.3.

Le CESE se félicite du plan REPowerEU présenté par la Commission, visant à rendre l’Union indépendante de l’approvisionnement en gaz et en pétrole russes, et approuve l’approche fondée sur quatre piliers, à savoir les économies d’énergie, la diversification des importations de gaz, le remplacement des combustibles fossiles par l’introduction plus rapide des énergies renouvelables et la bonne articulation des solutions de financement (4). Dans le même temps, le CESE demande que la sécurité de l’approvisionnement soit garantie à un coût aussi abordable que possible, tant pour les consommateurs que pour l’industrie. Il fait observer que la modification par les États membres de leurs plans nationaux pour la reprise et la résilience de manière à y ajouter un chapitre consacré au plan REPowerEU constitue pour eux une occasion supplémentaire de consulter la société civile organisée et de tenir compte de ses points de vue.

3.4.4.

Le CESE souligne que de nouvelles initiatives pourraient s’avérer nécessaires pour s’assurer que suffisamment de capitaux privés et publics soient mobilisés pour la transition écologique. En outre, le Comité estime qu’une meilleure coordination de l’utilisation des fonds financiers existants doit être une priorité. Le processus de communication sur cette question serait très utile pour mobiliser les citoyens en vue d’un objectif commun.

3.5. La crise sociale et économique et le manque de compétences et de main-d’œuvre qualifiée

3.5.1.

Bien que le taux de chômage dans l’Union s’élève à seulement 6 %, il reste difficile de trouver des travailleurs possédant les compétences nécessaires pour assurer la reconstruction et la résilience de notre économie et pour atteindre nos objectifs de double transition. Certains pays connaissent une pénurie importante de personnes qualifiées pour de nombreux emplois clés, notamment parce que de nombreux jeunes quittent leur pays pour aller travailler ailleurs. S’il est essentiel de promouvoir les bonnes formations, il faut aussi noter que nous perdons une grande partie des employés qualifiés au terme de leur formation. Afin de renforcer l’autonomie stratégique de l’Union, il y aurait lieu de rapatrier certaines chaînes de production vers l’Europe, mais cette dernière ne dispose pas de la main-d’œuvre qualifiée nécessaire pour faire fonctionner ces usines. Il convient de s’efforcer de remédier à cette situation en permanence.

3.5.2.

Le CESE souligne que la création d’emplois de qualité est l’un des meilleurs moyens d’attirer des personnes hautement qualifiées. De plus, fournir des salaires décents équitables, garantir des relations de travail formalisées pour éviter des conditions de travail précaires, proposer des programmes de perfectionnement professionnel de grande ampleur, offrir d’excellentes conditions de santé et de sécurité et œuvrer en faveur de l’équilibre entre les hommes et les femmes, le tout assorti d’une protection sociale adéquate au niveau national, sont non seulement des objectifs en soi, mais constituent aussi la base d’un développement économique et politique favorable. En outre, le CESE plaide en faveur d’une utilisation responsable de politiques équilibrées et combinées (entre les systèmes de formation publics et privés afin de mieux utiliser les ressources financières disponibles) dans le contexte de la formation et de la mise à niveau des compétences.

3.6. Dette et investissements publics et privés

3.6.1.

L’Union est confrontée à un besoin urgent et croissant d’investissements publics et privés pour atteindre les objectifs du pacte vert et de la transformation numérique, accélérer la transition énergétique et relever les nouveaux défis liés à l’autonomie stratégique. D’une part, l’Union doit surmonter le déficit d’investissement de la dernière décennie et, d’autre part, la majorité des États membres doivent réduire leur déficit et leur dette publics. Cela doit se faire de manière très équilibrée mais résolue.

3.6.2.

Dans le même temps, le Comité estime qu’il est essentiel, avant toute augmentation extraordinaire des ressources de l’Union en faveur de l’investissement public et de la promotion de l’investissement privé, que toutes les ressources existantes dans les différents programmes — Fonds structurels et de cohésion, FRR, InvestEU, etc. — soient pleinement utilisées. À cette fin, il convient de garantir la plus grande souplesse possible dans leur utilisation, tant en ce qui concerne les objectifs que les délais de mise en œuvre, en assurant toujours un contrôle rigoureux de leur bonne mise en œuvre. Le CESE estime que l’idée de projets communs entre les États membres pourrait être intéressante pour stimuler les investissements et les réformes structurelles.

3.6.3.

Le CESE souligne qu’il importe de progresser vers l’achèvement de l’union bancaire et de l’union des marchés des capitaux afin de garantir le bon fonctionnement du secteur et des marchés financiers, lequel est essentiel pour réaliser les investissements considérables nécessaires à la double transition écologique et numérique. Approfondir l’union des marchés des capitaux et l’union bancaire tout en établissant le programme en matière de finance durable permettrait de consolider les canaux de financement, d’encourager les efforts d’investissement et d’accroître la résilience.

3.6.4.

Tant la crise de la COVID-19 que l’invasion russe ont eu une incidence négative considérable sur le solde de la balance extérieure. Le CESE plaide en faveur d’une augmentation des investissements en tant que principal moteur de la compétitivité de l’Union.

3.6.5.

Il estime que ceux-ci devraient utiliser plus efficacement les ressources déjà disponibles avant d’en demander de nouvelles. En outre, il plaide en faveur d’une plus grande flexibilité dans l’utilisation des ressources financières de l’Union de manière à pouvoir les réorienter si elles ne peuvent être utilisées aux fins auxquelles elles étaient initialement destinées ou si les défis sociaux, économiques, environnementaux ou de défense nécessitent une adaptation. Le cas échéant, l’Union devrait également mettre en place les conditions et les instruments appropriés pour accroître l’investissement public et faciliter une plus grande mobilisation des investissements privés. À cette fin, il convient de poursuivre des objectifs stratégiques et d’autonomie communs, sans compromettre ou déséquilibrer le fonctionnement du marché unique de l’Union. En outre, le CESE souligne la nécessité de faire preuve d’une efficience accrue dans l’utilisation des ressources financières allouées: les États membres doivent s’engager à expliquer où et comment ces ressources financières sont dépensées. Le Comité souligne l’importance d’une perception efficace des recettes dans le contexte de la viabilité budgétaire. Par exemple, la planification fiscale agressive et la fraude fiscale nuisent aussi gravement aux budgets publics. Dans l’ensemble, une croissance durable et inclusive est la meilleure base pour assurer la stabilité budgétaire. Nonobstant ce qui précède, l’achèvement du plan industriel du pacte vert et l’objectif de parvenir à une autonomie énergétique et industrielle stratégique, tout en respectant les principes fondamentaux du marché unique, nécessiteront un financement européen supplémentaire, comme proposé dans une résolution du CESE adoptée en mai 2022 (5).

Bruxelles, le 23 février 2023.

La présidente du Comité économique et social européen

Christa SCHWENG


(1) Un avis d’initiative prévu pour la plénière d’avril 2023 présentera une synthèse des résultats de la consultation et formulera des recommandations claires.

Avis d’initiative ECO/600: «Recommandations du CESE pour une réforme vigoureuse du Semestre européen» (adoption prévue pour avril 2023).

(2) Rapport d’examen sur la mise en œuvre de la facilité pour la reprise et la résilience, 29 juillet 2022.

(3) Avis du CESE — Considérations supplémentaires sur la politique économique de la zone euro (2022) (JO C 75 du 28.2.2023, p. 43).

(4) Avis CESE — Plan REPowerEU, adopté le 21 septembre 2022 (JO C 486 du 21.12.2022, p. 185).

(5) JO C 323 du 26.8.2022, p. 1.


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