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Avis institutionnel — 52022AE5875

CELEX52022AE5875
TypeAvis institutionnel
Datemercredi 22 mars 2023

Texte intégral

25.5.2023

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 184/71


Avis du Comité économique et social européen sur la proposition de directive du Parlement européen et du Conseil relative aux normes applicables aux organismes pour l’égalité de traitement dans le domaine de l’égalité de traitement et de l’égalité des chances entre les femmes et les hommes en matière d’emploi et de travail

[COM(2022) 688 final — 2022/0400 (COD)]

et sur la proposition de directive du Conseil relative aux normes applicables aux organismes pour l’égalité de traitement dans les domaines de l’égalité de traitement entre les personnes sans distinction de race ou d’origine ethnique, de l’égalité de traitement entre les personnes en matière d’emploi et de travail sans distinction de religion ou de convictions, de handicap, d’âge ou d’orientation sexuelle et de l’égalité de traitement entre les femmes et les hommes en matière de sécurité sociale ainsi que dans l’accès à des biens et services et la fourniture de biens et services, et supprimant l’article 13 de la directive 2000/43/CE et l’article 12 de la directive 2004/113/CE

[COM(2022) 689 final — 2022/0401 (APP)]

(2023/C 184/13)

Rapporteures:

Sif HOLST et Nicoletta MERLO

Consultation

Parlement européen, 15.12.2022 [pour la proposition COM(2022) 688 final]

Conseil de l’Union européenne, 21.12.2022 [pour la proposition COM(2022) 688 final]

Commission européenne, 8.2.2023 [pour la proposition COM(2022) 689 final]

Base juridique

Article 19, paragraphe 1, et article 157, paragraphe 3, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Compétence

Section «Emploi, affaires sociales et citoyenneté»

Adoption en section

8.3.2023

Adoption en session plénière

22.3.2023

Session plénière no

577

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

164/01/02

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le CESE accueille favorablement l’initiative visant à conférer aux organismes pour l’égalité de traitement le rôle de défenseurs des droits des victimes de discrimination, et salue en particulier l’accent explicitement placé sur la promotion et la prévention, ainsi que sur la mise à disposition de ressources suffisantes permettant à ces mêmes organismes de remplir leurs missions en toute indépendance et avec efficacité.

1.2.

Le CESE souligne qu’il importe de trouver, dans les propositions de directive, un juste équilibre entre la définition de normes applicables aux organismes pour l’égalité de traitement et la subsidiarité, et de veiller à ce que l’objectif global des directives, à savoir renforcer lesdits organismes et accroître leur efficacité, reste prioritaire.

1.3.

Considérant comme une occasion manquée le fait de ne pas tenir dûment compte des formes de discrimination intersectionnelles et multiples, le CESE demande que la dimension de l’intersectionnalité soit prise en compte dans les politiques menées tant à l’échelon national qu’au niveau de l’UE, afin de garantir que chaque victime bénéficie d’une protection.

1.4.

Le CESE se félicite de l’introduction de l’exigence légale qui est proposée selon laquelle les organismes pour l’égalité de traitement doivent être libres de toute influence extérieure et disposer de ressources humaines, professionnelles, techniques et financières suffisantes et durables.

1.5.

Le CESE souscrit à l’obligation imposée aux institutions publiques de consulter les organismes pour l’égalité de traitement en temps utile et de tenir compte de leurs recommandations, mais préconise que les États membres soient tenus de rendre compte des mesures qu’ils ont prises en fonction de leurs interactions avec ces mêmes organismes, ainsi que des résultats ainsi obtenus.

1.6.

Le CESE estime que confier le mécanisme de surveillance à la Commission européenne permet de garantir qu’une grande attention soit portée au suivi. Néanmoins, dans un souci d’efficacité, il demande que l’on examine si le délai d’établissement des rapports pourrait être ramené à trois ans au lieu des cinq années proposées dans les directives.

1.7.

Le CESE salue la clarification apportée quant au fait que l’accessibilité pour tous requiert aussi de prêter attention aux exigences d’accessibilité des personnes handicapées, et il souligne que l’accessibilité concerne également l’accès à des services de conseil.

1.8.

Le CESE juge très important de respecter la diversité des cadres juridiques et des pratiques en matière de non-discrimination en vigueur à l’échelon national, notamment au regard du fait que de nombreux États membres ont accordé aux organismes pour l’égalité de traitement des pouvoirs dépassant les exigences minimales des directives sur l’égalité existantes, et de prendre en compte les différences dans la manière dont les partenaires sociaux et les organisations de la société civile sont associés au processus. Les propositions devraient respecter les principes de subsidiarité et de proportionnalité, tout en posant des garde-fous contre l’abaissement des normes existantes relatives à la protection des victimes de discrimination. Le CESE insiste en outre sur le fait qu’elles doivent conférer aux partenaires sociaux et aux organisations de la société civile un rôle de premier plan dans la mise en œuvre des cadres nationaux en matière de non-discrimination, et favoriser les pratiques existantes qui consistent en l’apport d’un soutien aux partenaires sociaux et aux organisations de la société civile de la part des organismes pour l’égalité de traitement.

1.9.

Le CESE reconnaît que l’exercice de pouvoirs d’enquête dans le contexte de procédures intentées au nom des victimes de discrimination ou en vue de les soutenir doit être sans préjudice des pouvoirs et de l’indépendance des enquêtes menées par les juridictions, tribunaux et autres organismes publics de contrôle tels que les services d’inspection du travail.

1.10.

Le CESE demande de fournir aux plaignants une protection adéquate, de garantir à la victime une indemnisation proportionnée pour l’infraction qu’elle a subie et de prévoir des sanctions pour les auteurs des faits, dans l’optique de privilégier une approche centrée sur l’individu à l’égard des victimes de violence ou de discrimination. Les sanctions, «qui peuvent comprendre le versement d’indemnité à la victime, doivent être effectives, proportionnées et dissuasives», et être définies au niveau national conformément aux cadres juridiques et aux pratiques en vigueur à cet échelon (1).

1.11.

Le CESE suggère de promouvoir des campagnes d’information sur les droits de l’Union et le respect de la diversité, qui seraient conçues et financées par la Commission européenne et menées au niveau local par des organismes nationaux de promotion de l’égalité, conjointement avec les organisations de la société civile et les partenaires sociaux, et adaptées aux besoins locaux. Il convient d’accorder une attention particulière aux groupes les plus vulnérables et de planifier des campagnes ciblant spécialement les enfants et les jeunes à l’école, dès leur plus jeune âge.

1.12.

Le CESE préconise la collecte et l’analyse régulières de données ventilées afin de surveiller les inégalités et les discriminations, y compris les discriminations multiples, et insiste sur l’importance d’effectuer des recherches systématiques sur les inégalités et les discriminations, y compris en coopération avec la société civile organisée et les partenaires sociaux pour les questions liées au lieu de travail.

2. Contexte de l’avis

2.1.

Les organismes pour l’égalité de traitement sont des institutions publiques nationales mises en place dans toute l’Europe dans le but de promouvoir l’égalité pour tous et de combattre les discriminations. Ce sont des organismes indépendants qui protègent et aident les victimes de discrimination, suivent les questions qui y sont liées et rendent compte des problèmes recensés dans ce domaine. Ils jouent un rôle fondamental dans l’architecture de l’UE en matière de lutte contre la discrimination (2).

2.2.

Les organismes pour l’égalité de traitement ont été institués pour la première fois par la directive 2000/43/CE (3) relative à l’égalité raciale. Ils se sont vu confier les mêmes missions, dans leur domaine respectif, par trois directives sur l’égalité adoptées ultérieurement: la directive 2004/113/CE (4) sur l’égalité de traitement entre les femmes et les hommes dans le domaine des biens et services, la directive 2006/54/CE (5) sur l’égalité de traitement entre hommes et femmes en matière d’emploi, et la directive 2010/41/UE (6) sur l’égalité de traitement entre hommes et femmes exerçant une activité indépendante.

2.3.

Ces directives ne font que définir certaines compétences minimales des organismes pour l’égalité de traitement, sans évoquer ni leur structure ni leur fonctionnement, aussi n’excluent-elles pas l’existence de différences, même significatives, entre les États membres. La Commission européenne a adopté en 2018 une recommandation relative aux normes applicables aux organismes pour l’égalité de traitement (7), qui visait à remédier aux problèmes découlant des dispositions générales et incomplètes relatives aux organismes pour l’égalité de traitement figurant dans les directives de l’UE. Cette recommandation n’a toutefois pas permis, elle non plus, de gommer ces écarts (8).

2.4.

Le 7 décembre 2022, la Commission européenne a adopté deux propositions (9) visant à renforcer les organismes pour l’égalité de traitement, notamment leur indépendance, leurs ressources et leurs pouvoirs, afin qu’ils puissent lutter plus efficacement contre la discrimination dans le cadre de toutes les directives européennes déjà adoptées dans le domaine de l’égalité de traitement.

3. Observations générales

3.1.

L’égalité, une des valeurs fondamentales de l’Union européenne, compte aussi parmi les priorités du CESE. Dans de précédents avis (10), le CESE a reconnu les efforts consentis par l’UE dans les domaines que sont l’égalité entre les femmes et les hommes, la défense contre les discriminations fondées sur l’origine ethnique, la race, l’âge, la religion, l’opinion ou les convictions, la protection des droits des personnes LGBTQIA+ et les droits des personnes handicapées, ainsi que ses travaux en matière d’intégration des Roms et de défense des droits des migrants. Il a également fait valoir la nécessité de politiques fortes, de moyens concrets et d’une mobilisation dans la durée, ainsi que d’un soutien accru et significatif aux organismes nationaux de promotion de l’égalité et de défense des droits de l’homme, tout particulièrement en ce qui concerne l’amélioration de leur indépendance, leur efficacité et l’augmentation de leurs dotations en personnel et financière (11).

3.2.

Le CESE accueille favorablement cette initiative visant à donner aux organismes pour l’égalité de traitement les moyens de défendre les droits des victimes de discrimination, en laquelle il voit une contribution indispensable aux plus vastes efforts engagés par la Commission européenne sur la voie d’une Union de l’égalité, qui s’attache à promouvoir l’égalité de traitement et la non-discrimination en tant que principe général du droit de l’UE.

3.3.

Le CESE salue en particulier l’accent explicitement placé, dans les deux propositions, sur la promotion et la prévention, lequel témoigne de la reconnaissance en temps opportun de la nécessité de mettre en place des politiques, des actions et des normes minimales qui visent à lutter contre la discrimination structurelle et les stéréotypes, encore trop souvent présents dans notre société, en promouvant une plus grande uniformité entre les États membres tout en respectant les structures et approches qui sont déjà fonctionnelles au niveau national.

3.4.

Le CESE souligne qu’il importe de trouver, dans les propositions de directive, un juste équilibre entre la définition de normes applicables aux organismes pour l’égalité de traitement et la subsidiarité, et de veiller à ce que leur objectif global, à savoir renforcer les organismes pour l’égalité de traitement, affermir leur indépendance et accroître leur efficacité, reste prioritaire.

3.5.

Le CESE partage l’avis de la Commission européenne selon lequel, pour créer les conditions permettant à chacun de vivre, de s’épanouir et de prendre des initiatives indépendamment des différences, il est nécessaire de doter les organismes pour l’égalité de traitement existants de moyens suffisants pour qu’ils puissent réaliser pleinement leur potentiel et bénéficier d’une meilleure préparation afin de prévenir les discriminations et d’aider les personnes qui en sont victimes.

3.6.

Le CESE estime qu’il est primordial de promouvoir les organismes pour l’égalité de traitement afin de garantir les droits fondamentaux de tous les citoyens de l’Union européenne. En valorisant de manière active ces organismes, l’UE fait en sorte que tous les citoyens européens victimes de discrimination puissent bénéficier d’une aide, et elle garantit leur droit à être soutenus et représentés.

3.7.

Le CESE renvoie au paragraphe 2.10 de son avis intitulé «Renforcer l’égalité au sein de l’Union européenne» (12), libellé comme suit: «Le CESE estime que la promotion de l’égalité et la protection des droits fondamentaux doivent être intégrées dans une vision sociale plus large, qui multiplie et renforce les outils par lesquels les États membres et les institutions européennes matérialisent le soutien aux individus et aux acteurs publics et privés.»

3.8.

Dans ce domaine, il est besoin d’une action au niveau de l’Union qui soit conforme aux principes de subsidiarité et de proportionnalité et cohérente avec les autres politiques européennes. La Commission européenne a affirmé que l’initiative à l’examen révise la législation existante afin d’en accroître l’efficacité, en établissant des normes minimales et en y associant les partenaires sociaux et la société civile.

4. Observations particulières

4.1. Élargir les compétences des organismes pour l’égalité de traitement

4.1.1.

Étant donné que l’adoption de la directive dite horizontale se trouve dans une impasse qui perdure, et suivant une approche centrée sur les victimes selon laquelle un retard de justice équivaut à un déni de justice, le CESE considère comme une occasion manquée le fait de ne pas tenir dûment compte des formes de discrimination intersectionnelles et multiples. Certaines formes de discrimination ne peuvent être traitées en examinant un à un les motifs discriminatoires, mais nécessitent véritablement une approche intersectionnelle.

4.1.2.

Si plusieurs directives existantes imposent aux États membres de créer des organismes nationaux de promotion de l’égalité, les règles actuellement en vigueur dans l’Union prévoient une marge d’appréciation importante quant à leur mise en place et leur fonctionnement, et les différences entre ces organismes sont considérables en matière de pouvoirs, d’indépendance, de ressources, d’accessibilité et d’efficacité. La nouvelle initiative à l’examen, qui introduit des normes minimales applicables aux organismes pour l’égalité de traitement, a vocation à contribuer aux efforts déployés par la Commission européenne pour avancer vers une Union de l’égalité et renforce l’efficacité du droit de l’Union en matière de non-discrimination.

4.1.3.

La proposition de la Commission européenne d’étendre le mandat des organismes pour l’égalité de traitement de sorte à couvrir la directive 79/7/CEE du Conseil, afin que les organismes pour l’égalité de traitement soient en mesure d’assurer une protection contre la discrimination fondée sur le genre dans le domaine de la sécurité sociale nationale, doit être sans préjudice du rôle et des pouvoirs des partenaires sociaux et devrait servir à renforcer et à soutenir leur travail.

4.1.4.

Le CESE reconnaît le caractère central de l’initiative et soutient l’introduction de l’exigence légale qui est proposée, selon laquelle les organismes pour l’égalité de traitement doivent être libres de toute influence extérieure et disposer de ressources humaines, professionnelles, techniques et financières suffisantes et durables.

4.1.5.

Le CESE approuve les solides garanties proposées pour préserver l’indépendance — cruciale — des organismes pour l’égalité de traitement afin qu’ils soient en mesure d’apporter un soutien adéquat aux citoyens.

4.1.6.

Le CESE souligne combien il est important de prévoir des garanties pour que les ressources humaines, techniques et financières affectées aux organismes pour l’égalité de traitement soient disponibles et adéquates. Les ressources représentent une condition préalable à l’indépendance des organismes pour l’égalité de traitement comme à leur capacité à protéger efficacement les victimes et à prévenir la discrimination.

4.1.7.

L’une des sections de la proposition de la Commission européenne prévoit l’obligation pour les institutions publiques de consulter les organismes pour l’égalité de traitement en temps utile et de tenir compte de leurs recommandations. Le CESE préconise que les États membres soient tenus de rendre compte des mesures qu’ils ont prises en fonction des recommandations formulées par les organismes pour l’égalité de traitement, de même que des résultats ainsi obtenus.

4.1.8.

Selon les termes de la proposition, la Commission européenne établit des indicateurs communs pour mesurer les données collectées au niveau national et garantir leur comparabilité, et elle publie tous les cinq ans un rapport sur les organismes pour l’égalité de traitement dans l’ensemble de l’Union. Le CESE serait favorable à un délai plus court pour cet exercice et suggère dès lors à la Commission de réduire la périodicité du rapport à trois ans.

4.1.9.

On n’insistera jamais assez sur l’importance du suivi, qui constitue le seul moyen de garantir que les organismes pour l’égalité de traitement puissent être réellement efficaces et capables d’apporter le soutien requis aux personnes victimes de discrimination. Le CESE estime qu’instituer un mécanisme de surveillance au sein de la Commission européenne permet de garantir qu’une grande attention soit portée au suivi.

4.1.10.

Le CESE est en outre convaincu que la Commission européenne doit œuvrer activement en faveur de l’accès généralisé de toutes les victimes aux ressources et à l’assistance fournies par les organismes pour l’égalité de traitement. Il est possible d’y parvenir grâce à une surveillance efficace, à une promotion adéquate des organismes pour l’égalité de traitement actifs au niveau local et à un dialogue avec les États membres. Associer les organisations de la société civile et les partenaires sociaux à ce dialogue peut apporter une importante valeur ajoutée et renforcer l’efficacité de la surveillance.

4.1.11.

Le CESE continue de plaider pour que la coopération s’intensifie avec les organisations de la société civile et les défenseurs des droits de l’homme qui travaillent en première ligne, en particulier au sein de communautés marginalisées et vulnérables, et pour qu’un soutien accru leur soit apporté, comme il l’a souligné dans un précédent document (13).

4.1.12.

Le CESE rappelle que «[l]a combinaison des facteurs de race, d’origine ethnique, de classe sociale, d’âge, d’orientation sexuelle, de nationalité, de religion, de genre, de handicap, ou encore du statut de réfugié ou de migrant, pour ne citer qu’eux, a un effet multiplicateur qui intensifie la discrimination» (14) et estime qu’il importe de maintenir des programmes d’échange de connaissances et de promotion de l’apprentissage à tous les niveaux, y compris en adoptant une approche intersectionnelle à l’égard des actions entreprises.

4.1.13.

Le CESE se félicite que les directives contiennent des dispositions applicables aux organismes à mandats multiples afin de garantir que la fonction de protection de l’égalité bénéficie des ressources et de la visibilité nécessaires. Il conviendra néanmoins de définir et d’interpréter plus précisément la notion d’«exercice autonome du mandat ayant trait à l’égalité», en veillant par ailleurs à ce qu’elle n’implique pas une séparation hermétique entre les différents mandats dans les cas où ils peuvent se renforcer et se compléter mutuellement. La mise en place d’un «garde-fou» structurel dans les organismes pour l’égalité de traitement comprenant différents services spécialisés pourrait s’avérer contre-productive s’agissant de consolider ces mêmes organismes.

4.2. Accès effectif des victimes de discrimination à la justice

4.2.1.

Une partie des propositions a pour but de garantir le renforcement des organismes pour l’égalité de traitement dans la gestion des affaires de discrimination, ainsi que la gratuité et l’accessibilité des services qu’ils fournissent, de manière égale pour toutes les victimes.

4.2.2.

Le CESE estime que l’assistance fournie par les organismes pour l’égalité de traitement est primordiale pour éviter que la seule solution à disposition des personnes victimes de discrimination soit le recours juridictionnel et le recours au droit à titre individuel, mais que ces compétences doivent s’exercer sans préjudice des pouvoirs en matière de représentation collective et de contentieux des partenaires sociaux et leur être complémentaires. Le CESE salue en outre la clarification apportée quant au fait que l’accessibilité pour tous requiert aussi de prêter une attention particulière aux exigences d’accessibilité des personnes handicapées, et il souligne que l’accessibilité concerne également l’accès à des services de conseil, par exemple pour les personnes qui vivent dans des zones reculées ou qui rencontrent des difficultés à accéder aux ressources en ligne. L’assistance offerte par les organismes pour l’égalité de traitement représente une condition préalable pour corriger les dimensions structurelles, intersectionnelles et systémiques des inégalités.

4.2.3.

Le CESE souligne qu’il est important que les organismes pour l’égalité de traitement soient en capacité aussi bien de traiter les plaintes des victimes que de soulever des questions de portée plus générale, de leur propre initiative ou après un dialogue avec les organisations de la société civile compétentes ou les partenaires sociaux. Les victimes peuvent éprouver des difficultés à se manifester car elles ont peur des conséquences, notamment la perte de leurs moyens de subsistance. La méconnaissance de leurs droits et des moyens de les faire respecter pourrait également constituer un obstacle.

4.2.4.

Il est très important de prendre en considération la diversité considérable qui prévaut dans les États membres pour ce qui est du nombre, de la structure et du mode de fonctionnement des organismes pour l’égalité de traitement, et de respecter les cadres juridiques et les pratiques en vigueur à l’échelon national, en veillant à ne pas abaisser les normes existantes relatives à la protection contre la discrimination, notamment en affaiblissant les pouvoirs dont jouissent actuellement les organismes pour l’égalité de traitement en vertu de différentes législations nationales. En outre, la manière dont les partenaires sociaux et les organisations de la société civile sont associés au processus diffère elle aussi, ce dont il faut tenir compte (15).

4.2.5.

Le CESE estime que le droit dont disposent les organismes pour l’égalité de traitement de prendre part à des procédures judiciaires — qui existe déjà dans un certain nombre d’États membres — est primordial pour garantir une meilleure protection des principes d’égalité de traitement, notamment dans les situations où les victimes n’ont pas accès à la justice car elles font face à des obstacles, qu’ils soient d’ordre procédural ou financier, et où elles ne peuvent entrer en contact avec les partenaires sociaux. Le CESE souligne en outre que, conformément aux directives sur l’égalité en vigueur, le pouvoir d’agir en justice conféré aux organismes pour l’égalité de traitement devrait être sans préjudice des compétences pertinentes et de la qualité pour agir des partenaires sociaux et des organisations de la société civile, et leur être complémentaire, conformément aux critères fixés par leur législation nationale (16). À cet égard, il est absolument essentiel que les organismes pour l’égalité de traitement coopèrent, au niveau national, avec les juridictions, les tribunaux administratifs spécialisés tels que les tribunaux du travail, ainsi qu’avec les partenaires sociaux.

4.2.6.

Le CESE reconnaît que, pour que les obligations en matière de charge de la preuve au titre des directives sur l’égalité de traitement en vigueur soient respectées, il est fondamental que toutes les parties ayant un intérêt légitime à intenter des procédures au nom des victimes de discrimination ou en vue de les soutenir, telles que les partenaires sociaux, les organismes pour l’égalité de traitement et les organisations de la société civile, puissent avoir accès aux preuves. L’exercice de pouvoirs d’enquête dans ce contexte doit être sans préjudice des pouvoirs et de l’indépendance des enquêtes menées par les juridictions, tribunaux et autres organismes publics de contrôle comme les services d’inspection du travail.

4.2.7.

Le CESE estime que ces deux propositions devraient davantage privilégier une approche centrée sur l’individu à l’égard des victimes de violence ou de discrimination. À cet égard, il importe de fournir aux plaignants une protection adéquate, pour éviter qu’ils ne gardent le silence par crainte de représailles. Il convient aussi de garantir à la victime une indemnisation proportionnée et adéquate pour l’infraction qu’elle a subie et de prévoir des sanctions pour les auteurs des faits. Les sanctions, «qui peuvent comprendre le versement d’indemnité à la victime, doivent être effectives, proportionnées et dissuasives», conformément à l’article 17 de la directive 2000/78/CE (17).

4.3. Sensibilisation

4.3.1.

Le CESE se félicite de l’accent placé sur la sensibilisation et fait valoir qu’il importe que les États membres et les organismes pour l’égalité de traitement intensifient leurs efforts en la matière, notamment en épaulant la société civile organisée afin de prévenir la discrimination et de créer des conditions d’égalité. Il suggère que la Commission européenne développe et finance des campagnes d’information sur les droits de l’Union et le respect des diversités, qui soient menées par des organismes nationaux de promotion de l’égalité, conjointement avec les organisations de la société civile et les partenaires sociaux, et adaptées aux besoins locaux. Il convient d’accorder une attention particulière aux groupes les plus vulnérables et de planifier des campagnes s’adressant spécialement aux enfants et aux jeunes à l’école, dès leur plus jeune âge.

4.3.2.

Le CESE demande instamment que les partenaires sociaux et les organisations de la société civile soient associés à la préparation, à l’exécution et à la diffusion de ces campagnes d’information. Les connaissances que possèdent les organisations compétentes permettront d’accroître la portée et l’efficacité des campagnes et de faire entendre la voix des groupes les plus vulnérables.

4.4. Collecte de données

4.4.1.

Les organismes pour l’égalité de traitement jouent un rôle important s’agissant de collecter des données, qui va bien au-delà de la collecte de données sur leurs propres travaux. Les directives reconnaissent cette réalité et confèrent aux organismes pour l’égalité de traitement, entre autres, le pouvoir d’accéder aux statistiques collectées par des entités publiques et privées, notamment les autorités publiques, les syndicats, les entreprises et les organisations de la société civile. Il y a lieu que ces informations statistiques ne contiennent pas de données à caractère personnel et que leur mode de collecte limite autant que possible la charge administrative ou financière supplémentaire pesant sur les entités concernées. Les organismes pour l’égalité de traitement seront aussi tenus d’établir des rapports annuels d’activité ainsi que des rapports réguliers sur la situation en matière d’égalité de traitement et de discrimination à l’échelle nationale. Si ces pouvoirs importants et très étendus peuvent être utilisés à très bon escient, ils nécessitent par ailleurs de nombreuses ressources. Le CESE souligne dès lors l’importance de doter les organismes pour l’égalité de traitement de ressources supplémentaires suffisantes afin qu’ils puissent les exercer pleinement.

4.4.2.

Pour faire en sorte que les inégalités et les discriminations existantes fassent l’objet d’une attention constante, le CESE préconise la collecte et l’analyse régulières de données ventilées afin de surveiller les discriminations fondées sur le sexe, l’origine raciale ou ethnique, la religion ou les convictions, le handicap, l’âge et l’orientation sexuelle.

4.4.3.

Le CESE insiste sur l’importance d’effectuer des recherches périodiques sur les inégalités et les discriminations, de même que sur la nécessité d’une coopération étroite entre la Commission européenne, les États membres, les organismes de défense des droits de l’homme, les organisations de la société civile et — pour les questions liées au lieu de travail — les partenaires sociaux, s’agissant du suivi et de l’évaluation ainsi que de l’élaboration du programme d’action.

Bruxelles, le 22 mars 2023.

La présidente du Comité économique et social européen

Christa SCHWENG


(1) Directive 2000/78/CE du Conseil du 27 novembre 2000 portant création d’un cadre général en faveur de l’égalité de traitement en matière d’emploi et de travail (article 17 «Sanctions») (JO L 303 du 2.12.2000, p. 16).

(2) Réseau européen des organismes de promotion de l’égalité (Equinet).

(3) Directive 2000/43/CE du Conseil du 29 juin 2000 relative à la mise en œuvre du principe de l’égalité de traitement entre les personnes sans distinction de race ou d’origine ethnique (JO L 180 du 19.7.2000, p. 22).

(4) Directive 2004/113/CE du Conseil du 13 décembre 2004 mettant en œuvre le principe de l’égalité de traitement entre les femmes et les hommes dans l’accès à des biens et services et la fourniture de biens et services (JO L 373 du 21.12.2004, p. 37).

(5) JO L 204 du 26.7.2006, p. 23.

(6) JO L 180 du 15.7.2010, p. 1.

(7) Recommandation (UE) 2018/951 de la Commission du 22 juin 2018 relative aux normes applicables aux organismes pour l’égalité de traitement (JO L 167 du 4.7.2018, p. 28).

(8) Recommandation (UE) 2018/951 de la Commission du 22 juin 2018 relative aux normes applicables aux organismes pour l’égalité de traitement (JO L 167 du 4.7.2018, p. 28).

(9) COM(2022) 688 final et COM(2022) 689 final.

(10) Voir les avis intitulés: «La situation des femmes handicapées» (SOC/579) (JO C 367 du 10.10.2018, p. 20); «La situation des femmes roms» (SOC/585) (JO C 110 du 22.3.2019, p. 20); «Façonner la stratégie 2020-2030 de l’Union européenne en faveur des droits des personnes handicapées» (SOC/616) (JO C 97 du 24.3.2020, p. 41); «La gestion de la diversité dans les États membres de l’Union européenne» (SOC/642) (JO C 10 du 11.1.2021, p. 7); «La stratégie en faveur de l’égalité de traitement à l’égard des personnes LGBTIQ pour la période 2020-2025» (SOC/667) (JO C 286 du 16.7.2021, p. 128); «Le plan d’action en faveur de l’intégration et de l’inclusion pour la période 2021-2027» (SOC/668) (JO C 286 du 16.7.2021, p. 134); «La stratégie en faveur des droits des personnes handicapées» (SOC/680) (JO C 374 du 16.9.2021, p. 50); ainsi que le nouveau cadre stratégique de l’UE pour l’égalité, l’inclusion et la participation des Roms après 2020.

(11) Voir l’avis du CESE intitulé «Réexamen de la gouvernance économique 2020» (JO C 75 du 28.2.2023, p. 56).

(12) Voir l’avis du CESE intitulé «Réexamen de la gouvernance économique 2020» (JO C 75 du 28.2.2023, p. 56).

(13) JO C 341 du 24.8.2021, p. 50.

(14) JO C 367 du 10.10.2018, p. 20.

(15) Les questions relatives à la qualité pour agir en justice de toutes les parties ayant un intérêt légitime à engager des procédures en matière de non-discrimination au titre des directives de l’UE sur l’égalité, telles que les syndicats, les associations d’employeurs, les organismes pour l’égalité de traitement et les organisations de la société civile, sont régies par les directives européennes en vigueur sur l’égalité et, plus précisément, par l’article 9, paragraphe 2, de la directive-cadre sur l’emploi (directive 2000/78/CE) et l’article 17, paragraphe 2, de la directive 2006/54/CE sur l’égalité entre les hommes et les femmes (refonte).

(16) Le considérant 34 de la proposition de directive faisant l’objet du document COM(2022) 688 final et le considérant 35 de celle faisant l’objet du document COM(2022) 689 final énoncent que les dispositions proposées concernant la qualité pour agir en justice sont sans préjudice du rôle, des pouvoirs et des tâches des partenaires sociaux et de la société civile s’agissant de participer à des procédures visant à faire respecter les obligations découlant de la législation anti-discrimination.

(17) JO L 303 du 2.12.2000, p. 16.


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