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AccueilDroit européen52022AE6018
Avis institutionnel52022AE6018

Avis institutionnel — 52022AE6018

CELEX52022AE6018
TypeAvis institutionnel
Datemercredi 14 juin 2023

Texte intégral

18.8.2023

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 293/27


Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Négociations collectives vertes: bonnes pratiques et perspectives d’avenir»

(avis exploratoire)

(2023/C 293/05)

Rapporteure: María del Carmen BARRERA CHAMORRO

Corapporteur: Marinel Dănuț MUREȘAN

Consultation

Lettre de la présidence espagnole du Conseil, 27.7.2022

Base juridique

Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Compétence

Section «Emploi, affaires sociales et citoyenneté»

Adoption en section

31.5.2023

Adoption en session plénière

14.6.2023

Session plénière no

579

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

196/2/11

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le Comité économique et social européen (CESE) part du principe que les entreprises et les travailleurs doivent disposer de canaux adéquats pour participer à la protection de l’environnement et à la lutte contre le changement climatique. S’il respecte la mission dévolue aux systèmes nationaux de relations industrielles et l’autonomie des partenaires sociaux, il est néanmoins d’avis que les négociations collectives menées aux niveaux concernés pourraient mettre davantage l’accent sur les enjeux liés à la transition écologique. Il estime que la promotion de négociations collectives vertes, à tous les niveaux, constitue une bonne voie à suivre à cette fin.

1.2.

Le CESE considère que, dans le cadre des négociations collectives, les discussions relatives aux enjeux écologiques doivent porter sur des clauses qui peuvent être négociées entre les partenaires sociaux concernés par les conventions collectives ayant un effet direct ou indirect sur l’environnement. Ces clauses peuvent couvrir, entre autres, les aspects suivants:

a)

l’incidence de l’activité des entreprises sur l’environnement;

b)

la protection des travailleurs contre les effets du changement climatique et environnemental;

c)

les répercussions de la transformation écologique sur l’activité d’une entreprise, pour ce qui est de l’organisation du travail, de l’évolution des profils professionnels et des compétences des travailleurs;

d)

le suivi, en interne, de la mise en œuvre des dispositions relatives aux trois points précédents.

Le CESE souhaite mettre en avant la négociation collective comme un outil essentiel qui peut aider les entreprises et les travailleurs à relever les défis posés par la crise climatique, y compris les coûts qui en découlent pour les entreprises.

1.3.

Le CESE tient à souligner que toutes les questions abordées dans le présent avis participent d’une reconnaissance et d’un plein respect de l’autonomie de la volonté des partenaires sociaux, qui est indépendante et souveraine. En conséquence, il précise que, pour les personnes négociant des conventions collectives, il ne faut en aucun cas comprendre ce qui est exprimé dans le présent avis comme relevant d’une quelconque imposition ou condition externe par rapport à leur fonction d’autoréglementation conventionnelle.

1.4.

Le CESE estime que la société civile, qui n’est pas directement concernée par la négociation collective dans la mesure où celle-ci incombe aux partenaires sociaux, peut aider à trouver des solutions démocratiques face aux défis et aux problèmes soulevés par la transition écologique, mais qu’elle peut aussi le faire en contribuant à la conception et à la mise en œuvre de mesures équitables visant à garantir que cette transition soit socialement juste.

1.5.

Le CESE a déjà souligné, dans son avis sur la transition énergétique et les politiques du marché du travail, que la transition écologique a une incidence significative sur l’emploi, les conditions de travail et les conditions de vie des travailleurs (1). Par conséquent, l’incidence de cette transition sur l’emploi et la cohésion territoriale et sociale, la création d’emploi, les transitions entre différents secteurs d’activité et la formation et la reconversion des travailleurs pour qu’ils acquièrent les compétences nécessaires, la vulnérabilité particulière des travailleurs âgés, la santé et la sécurité au travail, la mobilité dans les villes pour accéder aux lieux de travail, ainsi que l’efficacité énergétique dans les activités productives et dans l’exécution du travail sont autant de questions qui peuvent être abordées dans les négociations collectives, toujours dans une perspective de genre appropriée.

1.6.

Le CESE constate que des preuves scientifiques (2) toujours plus nombreuses font apparaître les vastes possibilités et les multiples avantages offerts par une négociation collective verte s’agissant de la promotion de la durabilité environnementale, de la décarbonation de l’économie, de la stimulation de l’économie circulaire et de la lutte contre le changement climatique, compte tenu de la contribution importante qu’apportent à ces objectifs des aspects propres à ses compétences, tels que la mobilité des travailleurs, les formes d’organisation du travail, l’autonomisation des travailleurs afin de faciliter les processus de transition écologique, la garantie d’environnements sûrs et sains, les questions d’égalité entre les hommes et les femmes, etc., comme le démontrent la déclaration des partenaires sociaux européens du 30 mai 2017 sur l’exploitation du potentiel de l’économie verte pour la création d’emplois ou leur recommandation commune du 7 octobre 2021 sur l’économie circulaire dans le cadre du dialogue social (3).

1.7.

Le CESE accueille favorablement la recommandation visant à assurer une transition équitable vers la neutralité climatique, adoptée lors du Conseil EPSCO de juin dernier (4), qui reconnaît l’importance d’associer activement les partenaires sociaux, dans le strict respect de leur autonomie, à toutes les étapes de la conception et de la mise en œuvre des différentes politiques publiques, y compris par le dialogue social et la négociation collective.

1.8.

La transition écologique, la décarbonation et l’économie circulaire, ainsi que la numérisation, ont toutes une incidence sur le monde du travail, en ce qu’elles modifient la nature des emplois et des tâches et donnent naissance à de nouvelles professions, tout en en faisant disparaître d’autres. Ces transformations sont étroitement liées et se renforcent mutuellement. Toutefois, le CESE constate que, jusqu’à présent, l’expérience de négociation verte dans l’Union européenne (UE) et dans les États membres reste faible et très inégale. Contrairement à ce qui advient en matière de transition numérique, une attention moindre a été accordée aux questions écologiques dans le cadre des négociations collectives. C’est pourquoi le CESE demande à l’UE, aux États membres et aux partenaires sociaux, dans le plein respect de l’autonomie collective, d’adopter des mesures plus engagées et plus efficaces qui favorisent le développement et accroissent l’importance des volets écologiques de la négociation collective aux différents niveaux appropriés.

1.9.

Le CESE rappelle que la négociation collective est un instrument particulièrement adéquat pour parvenir à des réglementations équilibrées aux fins d’évoluer progressivement et équitablement vers une économie de bien-être et de productivité accrus. Il demande dès lors de progresser plus rapidement et plus efficacement vers une négociation collective verte dans le cadre de laquelle les partenaires sociaux, aux différents niveaux de négociation, joueraient un rôle continu et significatif pour contribuer aux solutions équilibrées dont les entreprises ont besoin pour devenir des entités plus durables, résilientes et productives, au sein desquelles le travail décent est solidement ancré.

1.10.

Le CESE estime que les entreprises et les travailleurs doivent disposer de canaux appropriés pour contribuer aux débats sur la transition écologique. En effet, l’écologisation et la numérisation entraînent des répercussions sur la transformation des marchés du travail d’une rapidité et d’une ampleur telles qu’elles imposent d’associer les partenaires sociaux de manière précoce et efficace, en accord avec les systèmes nationaux de concertation sociale, afin de dégager des solutions qui soient adaptées aux secteurs au niveau local. Il lui semble donc utile et important de promouvoir non seulement le dialogue social mais aussi la négociation collective, selon les besoins, à tous les échelons de l’Union et des États membres, et même à l’échelle mondiale, tout en respectant pleinement l’autonomie des partenaires sociaux. En outre, l’UE et les États doivent promouvoir le développement de droits à l’information, à la consultation et à l’expression collective des représentants des syndicats et des travailleurs susceptibles d’être les plus efficaces en ce qui concerne l’impact environnemental de l’activité des entreprises.

1.11.

Le CESE prend acte de l’existence, depuis une décennie, de quelques expériences réussies de négociation collective verte, tant au niveau national qu’au niveau européen. À ce dernier niveau, il convient de mentionner la pratique de négociation «Responsible Care» (gestion responsable) (5) déployée dans le secteur chimique européen. En ce qui concerne les meilleures pratiques nationales, le CESE constate l’utilité des clauses conventionnelles figurant dans des conventions en Italie, en Espagne ou en France, par exemple, qui promeuvent dans les entreprises et/ou dans les secteurs d’activité concernés le rôle des délégués chargés de l’environnement, ainsi que celui de comités mixtes de gestion environnementale (prévus en outre dans les normes de certification telles que EMAS et ISO 14001). Tout aussi utiles sont les clauses sur la mobilité durable de la main-d’œuvre ou sur la reconnaissance de droits d’alerte syndicale en matière environnementale, pour n’en citer que quelques-unes.

1.12.

Le CESE invite l’UE et les États membres à soutenir davantage des actions et initiatives qui inciteront les employeurs et les travailleurs à s’adapter à la transition écologique, et à envisager d’élaborer, entre autres mesures, un concept de salariés désignés pour jouer le rôle de représentants de la transition environnementale ou de points de contact pour les questions liées à la transition environnementale et écologique du lieu de travail. Au sein des entreprises, les cadres et les représentants du personnel pourraient examiner s’il y a lieu de désigner des travailleurs qui assumeraient, en plus de leurs tâches principales, une mission spécifique de conseil pour les questions concernant l’adaptation de l’entreprise à la transition écologique. Le CESE invite les États membres à prévoir les incitations requises pour que chaque entreprise ou secteur d’activité désigne de tels représentants ou points de contact en matière de transition environnementale. Il est également recommandé de renforcer les capacités et connaissances environnementales des personnes au moyen de la formation professionnelle.

1.13.

Dans le cadre de leur programme de travail conjoint pour la période 2022-2024 (6), les partenaires sociaux de l’Union travailleront à l’élaboration d’un cadre d’action pour la transition écologique. Les États membres, quant à eux, devraient mettre en place un cadre adéquat pour favoriser la mise en œuvre d’accords interprofessionnels et les promouvoir, dans le plein respect de l’autonomie collective, afin de faciliter l’établissement de recommandations, de lignes directrices et de normes appropriées et équitables pour faire de la négociation collective verte un outil déterminant en vue de garantir des modèles de production équilibrés à même de protéger l’environnement. Compte tenu de l’ampleur et de la complexité du défi, le CESE est convaincu de la nécessité d’associer tous les niveaux de négociation collective, sectoriels et d’entreprise, européens et étatiques, y compris internationaux, à l’avènement d’une économie productive verte.

1.14.

Le CESE estime que la qualité de l’air est un aspect important de la santé et de la sécurité et reconnaît que l’OMS a fixé de nouvelles valeurs et défini de nouvelles lignes directrices au niveau mondial. Il propose de les prendre en compte dans le cadre des négociations collectives vertes. Compte tenu d’EMAS et de la directive sur la publication d’informations en matière de durabilité par les entreprises, il importe de promouvoir la participation des travailleurs et les programmes de formation en matière de gestion environnementale.

1.15.

Le CESE invite les États membres à transposer intégralement la directive (UE) 2019/1937 du Parlement européen et du Conseil (7) sur la protection des personnes qui signalent d’éventuelles infractions au droit de l’Union, y compris le droit de l’environnement.

2. Contexte, justification et principaux thèmes de l’avis

2.1.

Le CESE partage l’ambition de l’UE de jouer un rôle moteur dans la transition écologique en accélérant le déploiement des politiques, des ressources — notamment financières — et des technologies nécessaires pour parvenir à une décarbonation rapide du système productif, tout en garantissant une transition juste, selon l’approche exposée dans l’avis du CESE sur le thème «Politique énergétique et marché du travail» (8). Le dialogue social et la négociation collective, dans le plein respect de l’autonomie des partenaires sociaux et des caractéristiques des systèmes nationaux de relations du travail, sont essentiels à cette fin.

2.2.

Le CESE est conscient que la transition écologique et la décarbonation de l’économie dans l’Union européenne auront des conséquences sur l’emploi ainsi que sur les conditions de vie de la population, en particulier des couches les plus vulnérables. Il est impératif que la transition se déroule de manière équitable, afin de mitiger ses effets sur les entreprises, les travailleurs et les citoyens en général. Elle devrait également constituer une occasion d’améliorer la situation des personnes les plus vulnérables.

2.3.

Le CESE rappelle que dans ses «Principes directeurs pour une transition juste vers des économies et des sociétés écologiquement durables pour tous» de 2015 (9), l’Organisation internationale du travail (OIT) insiste sur le rôle que jouent les gouvernements et les partenaires sociaux pour assurer la cohérence des politiques et mettre en place des dispositions institutionnelles en vue d’une transition juste pour tous, et qu’elle fait figurer parmi ces principes la nécessité de faciliter l’intégration de dispositions environnementales dans les négociations collectives à tous les niveaux. Il souligne également les avantages des engagements en matière de formation portant spécifiquement sur ces questions pour les cadres et les employés.

2.4.

La Commission européenne, dans ses lignes directrices concernant les systèmes volontaires de management environnemental (EMAS), reconnaît toute l’importance que revêtent les canaux permettant d’associer efficacement les travailleurs et leurs représentants à la gestion écologique des entreprises. À cet égard, le moyen le plus approprié de faire progresser cette participation de la main-d’œuvre à la gestion environnementale consiste à associer les partenaires sociaux et à recourir, le cas échéant, à la négociation collective, en accord avec les systèmes et pratiques de concertation sociale de chaque État membre. Le principe no 8 du socle européen des droits sociaux insiste sur la nécessité de favoriser le dialogue social et la participation des travailleurs aux politiques sociales, économiques et de l’emploi, et d’inviter les partenaires sociaux à négocier des conventions collectives. Qui plus est, la recommandation du Conseil du 16 juin 2022 visant à assurer une transition équitable vers la neutralité climatique souligne le rôle important des partenaires sociaux dans la gestion des effets de cette transition sur l’emploi (considérant 18).

2.5.

Toujours animé par la reconnaissance et le plein respect de l’autonomie de la volonté des partenaires sociaux, le CESE prend note de la déclaration du gouvernement espagnol, qui assume la présidence de l’UE et demande le présent avis exploratoire, s’agissant de promouvoir un cadre réglementaire et une politique d’incitations favorisant les négociations collectives vertes. Le présent avis constitue la réponse du Comité à la demande de la présidence espagnole et contient ses propositions à cet égard.

3. Contexte européen et apports des données scientifiques sur le rôle de la négociation collective dans la transition verte

3.1.

Le CESE constate que des preuves scientifiques toujours plus nombreuses font apparaître les vastes possibilités et les multiples avantages offerts par une négociation collective verte s’agissant de la promotion de la durabilité environnementale, de la décarbonation de l’économie, de la stimulation de l’économie circulaire et de la lutte contre le changement climatique, compte tenu de la contribution importante qu’apportent à ces objectifs les différents aspects propres à cette négociation, tels que la mobilité des travailleurs, les formes d’organisation du travail, l’autonomisation des travailleurs afin de faciliter les processus de transition écologique, la garantie d’environnements sûrs et sains, les questions d’égalité entre les hommes et les femmes, etc., comme le démontrent la déclaration des partenaires sociaux européens du 30 mai 2017 (10) sur l’exploitation du potentiel de l’économie verte pour la création d’emplois, ainsi que le rapport final du 7 octobre 2021 (11) sur leur projet commun en matière d’économie circulaire et les recommandations qui en découlent.

3.2.

Le CESE est d’avis que les négociations collectives vertes à tous les niveaux font partie intégrante du principe de la participation démocratique des citoyens, qui s’exprime ici par le rôle particulier des partenaires sociaux sur le marché du travail et qui est essentielle pour faire face de manière efficace et socialement équitable à l’urgence climatique et à la transition écologique de l’économie et de la société.

3.3.

La réussite des politiques déployées dans l’Union européenne en matière d’énergies renouvelables nécessite que l’on recherche des équilibres entre les objectifs économiques, environnementaux et sociaux. Nous avons dès lors besoin de nouveaux outils pour assurer une bonne cohérence entre ces processus de transition écologique dans l’Union et pour promouvoir l’intégration des citoyens et de la population active dans le monde professionnel. La négociation collective verte offre un bon outil pour atteindre ces équilibres.

3.4.

Dans un contexte de changement climatique accéléré, il est essentiel de recenser les secteurs d’activité économique et de travail qui sont ou seront les plus touchés par la crise climatique et ses effets directs, tant sur le plan des conditions économiques, de travail, de santé et de protection sociale que sur celui des attentes, y compris s’agissant de la mobilité des entreprises et de la main-d’œuvre, afin d’établir les mesures adéquates pour en limiter les conséquences.

3.5.

L’UE est à la pointe des processus innovants de production d’énergie propre visant à inverser les déséquilibres environnementaux et sociaux, assortis de transformations économiques qui offrent de nouvelles possibilités d’emploi décent, comme l’illustrent les énergies renouvelables. Le CESE demande à ce que soit renforcées la recherche dans ce domaine ainsi que les aides financières à l’investissement des entreprises concernées.

3.6.

Le CESE note avec satisfaction que de plus en plus d’entreprises adoptent un système de responsabilité sociale des entreprises (RSE) qui comporte des engagements effectifs en faveur d’une gestion durable de l’environnement. Il prend acte des études montrant que les programmes de RSE auxquels les entreprises participent dans le cadre d’accords ou de conventions garantissent davantage de sérieux et d’efficacité.

3.7.

Le principal moyen de structurer la participation des travailleurs aux processus de transition juste consiste à inclure des clauses en ce sens dans les conventions collectives établies pour les différents niveaux et selon les spécificités de chaque système de relations de travail. Celles-ci peuvent être très utiles pour encourager la coopération entre employeurs et travailleurs s’agissant d’élaborer une réponse commune en matière de transition écologique.

3.8.

À l’heure actuelle, des clauses de responsabilité sociale sont progressivement introduites dans les conventions collectives, de sorte que la négociation collective vient compléter les marchés publics écologiques relevant de la responsabilité sociale. On peut citer pour exemple le secteur de la chimie, qui fait figure de pionnier en la matière. La mise en œuvre du pacte vert pour l’Europe nécessite un nouveau cadre d’étiquetage spécifique et homogène qui fournisse des informations économiques et écologiques pertinentes pour la prise de décision publique et privée. Cette stratégie européenne en matière d’éco-étiquetage mènerait à une amélioration s’agissant des marchés publics durables et pourrait encourager la circularité et le flux d’informations. Elle doit néanmoins répondre à certains critères importants, tels que le rapport coût-efficacité, la confidentialité et la proportionnalité.

3.9.

La qualité de l’air est un volet majeur des questions de santé et de sécurité dans les espaces de travail intérieurs et extérieurs. Elle a ainsi une incidence sur les conditions de travail et devrait aussi être abordée dans le cadre des négociations collectives. Récemment, l’OMS a défini de nouvelles valeurs et lignes directrices mondiales en ce qui concerne la qualité de l’air et ses effets sur la santé humaine, y compris pour ce qui est de la santé au travail des personnes travaillant dans des environnements extérieurs. Il se pourrait que les règles actuellement en vigueur dans l’UE doivent être modifiées en conséquence. En outre, ces changements auront une incidence sur les négociations collectives relatives aux environnements de travail et aux conditions environnementales de prestation de services, ainsi que sur les coûts d’investissement.

3.10.

L’Union s’est dotée de cadres réglementaires qui encouragent l’intégration de la gestion environnementale dans les entreprises, mais ces dispositifs ne peuvent être réellement efficaces que si les travailleurs et leurs représentants y sont activement associés. C’est le cas des systèmes volontaires de gestion environnementale [EMAS (12)] et de la directive 2014/95/UE du Parlement européen et du Conseil (13) (la directive sur la publication d’informations en matière de durabilité par les entreprises). Ils mettent l’accent sur la promotion de la participation des travailleurs et des programmes de formation à la gestion environnementale.

3.11.

Le CESE prend note du nombre croissant d’études au niveau européen qui mettent en évidence les vertus des négociations collectives vertes en tant qu’outil pour stimuler des processus productifs durables au moyen de conventions incluant des clauses d’autorégulation écologique. La négociation collective, menée dans le respect de l’autonomie des partenaires sociaux et des spécificités des systèmes nationaux de concertation sociale, peut aider à faciliter la formation de consensus sur les mesures spécifiques que les entreprises doivent prendre pour promouvoir une transition juste.

4. Observations générales

4.1.

Le CESE note que les études sur la négociation collective dans les pays de l’UE concluent que l’importance de la thématique environnementale dans les conventions collectives est faible. Il invite l’UE et les États membres à soutenir davantage les actions et initiatives qui inciteront les employeurs et les travailleurs à s’adapter à la transition écologique, en tenant compte des pratiques en matière d’information et de consultation sur le lieu de travail.

4.2.

Bien gérée, la transition vers une économie à émissions nulles est non seulement essentielle pour répondre à l’urgence climatique, mais peut stimuler une relance économique durable et inclusive. Cependant, il est nécessaire de prendre des mesures à long terme, qui appellent quant à elles des mécanismes de financement solides et durables, et une gouvernance participative et stable.

4.3.

Dans ce modèle de gouvernance participative, la négociation collective est un outil d’adaptation du monde du travail au nouveau défi d’un modèle productif durable à tous les points de vue. Il en va ainsi en raison de sa capacité de réaction immédiate, de sa proximité avec les réalités sectorielles et de sa capacité à apporter des solutions adaptées, y compris pour ce qui est de la protection de l’emploi et des entreprises.

4.4.

Le CESE recommande à la Commission et aux États membres d’examiner, en concertation avec les partenaires sociaux sectoriels, la valeur ajoutée que peut apporter la réalisation d’études sur les effets de l’urgence climatique et des transitions vertes sur le milieu du travail dans les différents secteurs productifs, de manière à recenser et à proposer des mesures permettant de répondre efficacement aux besoins des milieux économiques et d’aider les différentes unités de négociation collective à piloter la transition juste dans leurs conventions et accords collectifs.

4.5.

Le CESE encourage les partenaires sociaux à intégrer les processus de transition écologique dans les conventions collectives, en tenant compte de leurs priorités interprofessionnelles et sectorielles, le cas échéant. Un bon exemple à cet égard dans l’expérience européenne est l’inclusion du programme mondial «Responsible Care» (gestion responsable) dans les conventions collectives du secteur chimique en Europe.

5. Observations particulières

5.1.

Le CESE considère que, dans le cadre des négociations collectives, les discussions relatives aux enjeux écologiques doivent porter sur des clauses qui peuvent être négociées entre les partenaires sociaux concernés par les conventions collectives ayant un effet direct ou indirect sur l’environnement. Les conventions collectives peuvent couvrir, entre autres, les aspects suivants:

a)

l’incidence de l’activité des entreprises sur l’environnement;

b)

la protection des travailleurs contre les effets du changement climatique et environnemental;

c)

les répercussions de la transformation écologique sur l’activité d’une entreprise, pour ce qui est de l’organisation du travail, de l’évolution des profils professionnels et des compétences des travailleurs;

d)

le suivi, en interne, de la mise en œuvre des dispositions relatives aux trois points précédents.

Le CESE souhaite mettre en avant la négociation collective comme un outil essentiel qui peut aider les entreprises et les travailleurs à relever les défis posés par la crise climatique, y compris les coûts qui en découlent pour les entreprises.

5.2.

Le CESE juge nécessaire que la Commission européenne, au titre des articles 154, 155 et 156 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE), encourage les États membres à promouvoir l’intégration de la gestion environnementale des entreprises dans le dialogue social et dans la négociation collective. La négociation collective est un mécanisme utile pour ce qui est de faciliter l’adaptation des organisations, de l’emploi et des conditions de travail aux effets du changement climatique, et elle permet d’évaluer et de présenter les coûts d’investissement des entreprises afin de les préserver et de les adapter aux exigences de concurrence équitable.

5.3.

Tout en respectant l’autonomie des partenaires sociaux et la diversité des systèmes de négociation collective des États, le CESE juge approprié que les cadres juridiques et les accords interprofessionnels au niveau national fournissent un cadre permettant d’intégrer l’objectif qui consiste à réaliser une transition écologique socialement juste, en conciliant, d’une part, les changements productifs (y compris l’évaluation des coûts, tant pour les entreprises que sur le plan social, ainsi que leur répartition équitable), et d’autre part, la qualité et la sécurité du plus grand nombre possible d’emplois. Compte tenu des différents systèmes de relations industrielles, on pourrait envisager:

a)

de promouvoir des droits d’information et de consultation des représentants des travailleurs sur le comportement de l’entreprise en matière d’adaptation au changement climatique, conformément à la réglementation et aux pratiques en vigueur au niveau national;

b)

de favoriser l’autonomisation des travailleurs en la matière;

c)

d’inclure des clauses visant à encourager la participation des travailleurs aux questions environnementales et aux comités chargés de l’environnement, lorsqu’ils existent, pour les entreprises de chaque secteur qui ont obtenu une certification environnementale conformément à la norme ISO 14001 ou EMAS;

d)

de promouvoir la mise en place d’organes paritaires spécifiques dans le domaine de l’environnement, dans la mesure du possible, ou l’acquisition de compétences en matière d’environnement et de transition juste par le comité pour la sécurité et la santé.

5.4.

Le CESE invite l’UE et les États membres à soutenir davantage des actions et initiatives qui inciteront les employeurs et les travailleurs à s’adapter à la transition écologique, et à envisager d’élaborer, entre autres mesures, un concept de salariés désignés pour jouer le rôle de représentants de la transition environnementale ou de points de contact pour les questions liées à la transition environnementale et écologique du lieu de travail. Au sein des entreprises, les cadres et les représentants du personnel pourraient examiner s’il y a lieu de désigner des travailleurs qui assumeraient, en plus de leurs tâches principales, une mission spécifique de conseil pour les questions concernant l’adaptation de l’entreprise à la transition écologique. Le CESE invite les États membres à prévoir les incitations requises pour que chaque entreprise ou secteur d’activité désigne de tels représentants ou points de contact en matière de transition environnementale. Il est également recommandé de renforcer les capacités et connaissances environnementales des personnes au moyen de la formation professionnelle.

5.5.

Le CESE invite les États membres à mettre en place un cadre et des conditions propices à promouvoir, dans les conventions collectives, des clauses relatives à la mobilité qui incluent des programmes de mobilité durable, saine et sûre de la main-d’œuvre dans l’ensemble de l’environnement de travail, de sorte à réduire ainsi l’utilisation de la voiture privée et, partant, des émissions. Les États devraient mettre en place des systèmes efficaces et efficients en vue de la mise en place de telles mesures.

5.6.

Le CESE invite les États membres à transposer intégralement la directive (UE) 2019/1937 sur la protection des personnes qui signalent d’éventuelles infractions au droit de l’Union, y compris le droit de l’environnement. Ces dispositions aideraient grandement à contrôler le respect des politiques européennes de relance sur la base d’une transition économique écologiquement durable et socialement juste.

5.7.

Le CESE demande aux partenaires sociaux d’envisager et de faciliter la mise en place de relations adéquates ainsi que de recommandations, de lignes directrices et de politiques équitables visant à faire de la négociation collective verte l’un des meilleurs outils de qualité pour garantir et promouvoir un modèle productif équilibré sur le plan de la compétitivité et de la protection de l’ensemble de l’environnement local et mondial.

Bruxelles, le 14 juin 2023.

Le président du Comité économique et social européen

Oliver RÖPKE


(1) Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Politique énergétique et marché du travail: conséquences pour l’emploi dans les régions en transition énergétique» (avis d’initiative) (JO C 146 du 27.4.2023, p. 4). https://www.eesc.europa.eu/fr/our-work/opinions-information-reports/opinions/politique-energetique-et-marche-du-travail-consequences-pour-lemploi-dans-les-regions-en-transition-energetique

(2) https://www.epsu.org/article/what-green-collective-bargaining

(3) https://www.businesseurope.eu/sites/buseur/files/media/reports_and_studies/2021-09-24_final_report_sp_project_on_circular_ecenomy_and_the_world_of_work.pdf

(4) Cette recommandation indique notamment qu’«[a]fin de faire avancer la transition écologique de manière inclusive et démocratique, en intégrant dès le départ des objectifs de transition équitable dans l’élaboration des politiques à tous les niveaux et en garantissant une approche efficace englobant l’ensemble de la société dans le cadre des politiques de transition équitable, les États membres sont invités à: […] associer activement les partenaires sociaux au niveau national, régional et local, tout en respectant leur autonomie, à toutes les étapes de l’élaboration et de la mise en œuvre des politiques prévues par la présente recommandation, y compris par le dialogue social et la négociation collective s’il y a lieu; promouvoir, en outre, la pleine participation des partenaires sociaux à la conception et à la mise en œuvre des trajectoires de transition pour les écosystèmes industriels dans le cadre de la nouvelle stratégie industrielle mise à jour […]».

(5) Soucieuses de toujours améliorer les performances des activités de l’industrie chimique en matière de sécurité, de protection de la santé et de l’environnement, conformément aux principes du développement durable et au-delà du respect de la législation en vigueur et des dispositions de l’accord en question, ses parties signataires s’engagent à promouvoir l’adhésion des entreprises au programme international de l’industrie chimique «Responsible Care» et la réalisation des objectifs poursuivis par cette initiative volontaire, ouverte et active émanant des entreprises chimiques, et à collaborer à cet effet. Voir ici: https://www.feique.org/programa-responsible-care/

(6) https://www.businesseurope.eu/publications/european-social-dialogue-work-programme-2022-2024

(7) Directive (UE) 2019/1937 du Parlement européen et du Conseil du 23 octobre 2019 sur la protection des personnes qui signalent des violations du droit de l’Union (JO L 305 du 26.11.2019, p. 17).

(8) Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Politique énergétique et marché du travail: conséquences pour l’emploi dans les régions en transition énergétique» (avis d’initiative) (JO C 146 du 27.4.2023, p. 4).

(9) https://www.ilo.org/wcmsp5/groups/public/---ed_emp/---emp_ent/documents/publication/wcms_432864.pdf

(10) https://www.etuc.org/sites/default/files/document/files/2017-05-29_kick_off_draft_declaration_eu_social_partners_on_green_jobs_final.pdf

(11) https://www.businesseurope.eu/sites/buseur/files/media/reports_and_studies/2021-09-24_final_report_sp_project_on_circular_ecenomy_and_the_world_of_work.pdf

(12) Règlement (UE) 2018/2026 de la Commission du 19 décembre 2018 modifiant l’annexe IV du règlement (CE) no 1221/2009 du Parlement européen et du Conseil concernant la participation volontaire des organisations à un système communautaire de management environnemental et d’audit (EMAS) (JO L 325 du 20.12.2018, p. 18).

(13) Directive 2014/95/UE du Parlement européen et du Conseil du 22 octobre 2014 modifiant la directive 2013/34/UE en ce qui concerne la publication d’informations non financières et d’informations relatives à la diversité par certaines grandes entreprises et certains groupes (JO L 330 du 15.11.2014, p. 1).


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