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Avis institutionnel52022AE6037

Avis institutionnel — 52022AE6037

CELEX52022AE6037
TypeAvis institutionnel
Datejeudi 27 avril 2023

Texte intégral

29.6.2023

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 228/114


Avis du Comité économique et social européen sur la proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil relatif aux emballages et aux déchets d’emballages, modifiant le règlement (UE) 2019/1020 et la directive (UE) 2019/904, et abrogeant la directive 94/62/CE

[COM(2022) 677 final — 2022/0396 (COD)]

(2023/C 228/16)

Rapporteur:

István KOMORÓCZKI

Corapporteur:

Panagiotis GKOFAS

Consultation

Parlement européen, 13.3.2023

Conseil, 8.3.2023

Base juridique

Articles 114 et 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Compétence

Section «Agriculture, développement rural et environnement»

Adoption en section

13.4.2023

Adoption en session plénière

27.4.2023

Session plénière no

578

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

153/0/1

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Très dommageables à notre santé, notre existence, nos économies et notre planète lorsqu’ils ne sont pas gérés convenablement, les déchets générés par les emballages continuent de croître en quantité à l’échelle mondiale, et c’est pourquoi le Comité économique et social européen (CESE) se réjouit de l’initiative à l’examen. Il demande à la Commission européenne de régler de façon coordonnée les problématiques liées aux emballages, à leurs déchets et aux politiques qui s’y rapportent, ainsi que d’harmoniser les règles dans toute l’Union.

1.2.

Afin d’assurer des résultats optimaux du point de vue environnemental, il est nécessaire de prendre des mesures stratégiques, fondées sur des éléments probants. Les défis que pose le changement climatique offrent à l’Europe l’occasion de se doter d’une base industrielle qui présente un caractère durable et soit tournée vers l’avenir. Le CESE recommande que toutes les initiatives à venir soient fondées sur des données scientifiques éprouvées et une compréhension assurée de leurs incidences réelles pour l’environnement. Il est judicieux, d’un point de vue stratégique, de soutenir la méthodologie de l’analyse sur le cycle de vie (ACV), comme instrument d’évaluation de l’impact environnemental des produits, considérés sur la totalité de leur cycle de vie.

1.3.

Le CESE soutient les efforts actuellement consentis pour réduire les déchets d’emballages, compte tenu des lourds dommages que ces déchets occasionnent dans l’environnement. Pour autant, il regrette que la proposition ne contienne pas une analyse détaillée de ses conséquences attendues pour l’environnement, la santé humaine et les opérateurs économiques. Les emballages jouent un rôle essentiel pour garantir la qualité des denrées alimentaires et faire en sorte qu’elles soient saines et sans danger. De ce point de vue, la nouvelle réglementation doit prendre en considération aussi bien la protection de l’environnement que la sécurité des consommateurs.

1.4.

Le CESE souligne que, du point de vue du changement climatique et de l’environnement, le réemploi et la recharge représentent de loin les meilleures options. En raison de longues distances d’acheminement par rapport à des dispositifs locaux de collecte et de recyclage, le fait de rendre la logistique plus complexe aura un effet négatif. Le nettoyage des bouteilles rechargeables ou de la vaisselle réutilisable fait augmenter la consommation d’eau et d’énergie ainsi que les émissions. Là aussi, le CESE regrette l’absence d’une analyse d’impact en bonne et due forme.

1.5.

Les incidences économiques dépendront à l’évidence du libellé exact des actes délégués envisagés, lesquels devront être adoptés dans les cinq ans à compter de l’adoption du texte à l’examen. Le fait même que les paramètres concrets des règles ne seront connus qu’après l’adoption du règlement proposé génère une incertitude colossale pour les entreprises et met sérieusement en péril le cycle des investissements et de l’innovation.

1.6.

Le CESE demande que l’ensemble des acteurs concernés soient associés à la mise en œuvre du nouveau règlement, qu’il s’agisse des partenaires sociaux, des opérateurs économiques, des travailleurs, des consommateurs et des organisations qui défendent leurs intérêts, des organisations de protection de l’environnement ou encore de la plateforme des acteurs européens de l’économie circulaire. La transposition de la réglementation mise à jour dans les législations nationales ne doit pas imposer inutilement des charges administratives ou opérationnelles aux PME. Il importe à cet égard de veiller à ce que les délais prévus pour sa mise en œuvre et son entrée en vigueur soient adéquats. Le CESE fait observer que la fonction attribuée au recyclage telle que l’avait établie le train de mesures sur l’économie circulaire est remplacée, dans le texte à l’examen, par son article 26 qui s’applique directement à tous les opérateurs économiques, qu’ils soient ou non vertueux sur le plan environnemental, et qui est assorti d’une restriction légale à l’utilisation des emballages, indépendamment du fait qu’il en résulte ou non un risque pour la santé ou une dégradation de l’environnement.

1.7.

S’agissant des critères posés pour le recyclage «à l’échelle», le CESE préconise un relèvement du seuil appliqué au recyclage à l’échelle des déchets d’emballages (emballages collectés, triés et recyclés dans les États membres), qui passerait de 75 % à 90 % de la population de l’Union européenne en même temps que serait exigée la couverture d’au moins deux tiers des États membres de l’Union d’ici à 2030, afin d’assurer une mise en œuvre efficace du dispositif. Le CESE est favorable également à la mise en œuvre des «classes de performance en matière de recyclabilité» ainsi qu’à la disparition progressive des emballages les moins performants, correspondant à la classe E, d’ici à 2030.

1.8.

Le CESE recommande que des objectifs obligatoires relatifs à la teneur en matières recyclées ne soient envisagés et appliqués que pour certains matériaux d’emballage uniquement, lorsque leur adoption est susceptible d’accroître l’utilisation des matières recyclées (par exemple pour les plastiques). Dans le cas des emballages en acier, des objectifs obligatoires relatifs à la teneur en matières recyclées seraient préjudiciables et pourraient déstabiliser le marché de la ferraille. En outre, les critères déterminant l’aptitude au recyclage des emballages devraient inclure les exigences propres à la conception en vue du recyclage, la collecte séparée, l’efficacité du tri et la possibilité d’en recycler le matériau à de multiples reprises. Tout objectif de réduction des déchets proposé dans le règlement devrait par ailleurs être fixé par matériau (objectifs spécifiques pour chaque matériau), en tenant compte des spécificités et du taux de recyclage de chacun d’entre eux.

1.9.

Le CESE exprime aussi des doutes quant à l’efficacité d’un objectif uniformément fixé à 15 %, dont l’effet est discriminatoire pour les consommateurs issus de pays où la production de déchets d’emballages par habitant est relativement faible. Les chiffres montrent que la production de déchets d’emballages est jusqu’à trois fois supérieure dans les pays où la consommation est plus importante que dans ceux qui consomment peu, et pourtant il est attendu de tous les pays sans distinction qu’ils réduisent de 15 % leur quantité d’emballages par consommateur. Il serait préférable de calculer l’objectif sur la base du nombre d’habitants, de l’activité économique, de la production industrielle et du revenu des ménages.

1.10.

Le CESE préconise la mise en place suivie d’effet de dispositifs de protection et de soutien (sensibilisation du public, formations, négociation collective, régimes d’indemnisation, transferts vers d’autres secteurs) pour accompagner le basculement vers d’autres filières des travailleurs employés dans les secteurs qui sont en transition et seront prochainement touchés par la mise en œuvre de la réglementation révisée.

1.11.

Le CESE encourage les États membres à lancer des stratégies pour développer leurs filières et magasins de réparation et, pour ce faire, à prévoir des incitations à l’investissement dans des machines de réparation, à réduire le prix des pièces détachées et à dégager des synergies entre secteurs.

1.12.

L’industrie de l’emballage se développe rapidement et constitue un vaste vivier d’emplois. Par conséquent, il est impératif de soumettre régulièrement les nouvelles réglementations à des analyses d’impact et à un suivi rigoureux dans les États membres, tant au niveau de l’administration centrale qu’à celui des collectivités, ce qui est indispensable pour en évaluer les effets sur la viabilité économique, l’emploi et la durabilité environnementale.

1.13.

La Commission européenne est invitée à adopter un cadre différencié et individualisé pour l’évaluation, le suivi et la comparaison des stratégies appliquées en matière d’emballage à différents produits. Dans l’objectif de réduire la quantité des déchets d’emballages, il conviendrait d’évaluer périodiquement la nécessité réelle de recourir à des emballages et de repenser des solutions optimisées. Pour ce qui concerne le bon fonctionnement des systèmes nationaux de consigne, il sera important de trouver des moyens de conserver les systèmes préexistants au niveau national et de les faire coexister avec les nouveaux codes-barres européens.

1.14.

Les consommateurs doivent être associés à cette démarche et encouragés à réutiliser, renvoyer ou recycler les matériaux d’emballage de manière optimale, au moyen de mécanismes de compensation positifs et négatifs. Les consommateurs joueront un rôle important dans le système de consigne, le réemploi et la recharge, et le CESE demande que des campagnes de sensibilisation et d’éducation soient menées pour leur permettre de mieux comprendre et appréhender la place qu’ils occupent à cet égard.

1.15.

Le CESE invite le Conseil et le Parlement européen à collaborer étroitement avec les collectivités locales et régionales et avec les opérateurs économiques dans la recherche des modalités optimales pour mettre en pratique le système d’étiquetage.

1.16.

La qualité et la quantité des déchets déterminent leur aptitude à être recyclés. Le CESE invite les États membres à évaluer les incidences environnementales et économiques des opérations nécessaires à la gestion des déchets au moment de leur planification.

1.17.

Du point de vue des principes législatifs, le règlement mêle une norme qui touche directement les opérateurs économiques à titre individuel avec une directive qui adresse aux États membres des objectifs généraux. Il y aurait donc lieu de scinder le texte en deux actes législatifs. Le premier serait une directive fixant les objectifs destinés aux États membres quant à la gestion des emballages et de leurs déchets, tandis que le second serait un règlement énonçant les exigences fondamentales applicables aux emballages et des exigences concernant leur aptitude au recyclage et leur étiquetage.

1.18.

En ce qui concerne la réduction des déchets, le CESE recommande d’assortir la révision de la législation relative aux emballages et aux déchets d’emballages d’une révision de la directive sur la mise en décharge [directive 1999/31/CE du Conseil (1)] afin de réduire la mise en décharge des déchets d’emballages.

2. Contexte et fondements

Les effets des emballages sur l’environnement doivent à tout moment être pris en compte

2.1.

À l’échelle mondiale, la plupart des emballages sont à usage unique et sont jetés ou recyclés au lieu d’être réutilisés. Les autorités chargées de l’environnement dans de grands pays industrialisés estiment que les denrées alimentaires et les matériaux utilisés dans les emballages alimentaires constituent près de la moitié de l’ensemble des déchets solides produits à l’échelle des municipalités (2).

2.2.

Le gaspillage de ressources précieuses et la pollution qui sont la conséquence de ce système de consommation et d’élimination mettent gravement en péril notre santé, l’environnement, la durabilité et le climat de la planète.

2.3.

Il est par conséquent essentiel que la Commission européenne procède à un suivi régulier des déchets d’emballages ainsi que de leur collecte, de leur gestion et de leur réutilisation, en concertation avec tous les acteurs concernés.

2.4.

On s’attend à ce que les secteurs en transition, mais aussi les salariés et les petits entrepreneurs dans certains secteurs qui se retrouvent passés au crible, se heurtent à de graves difficultés et subissent des pertes d’emplois ou de revenus en raison de la baisse de leur chiffre d’affaires global induite par l’effet de substitution. Des dispositifs de protection sociale et des initiatives de reconversion pourraient atténuer ces effets.

2.5.

De la même manière, des régions qui sont tributaires de la production industrielle d’emballages et de certaines technologies dans ce domaine pourraient, à brève échéance, déplorer des suppressions d’emplois et assister au départ vers d’autres territoires de leurs travailleurs, qu’ils soient hautement qualifiés ou moins spécialisés. Il est essentiel de décliner les politiques à l’échelle locale pour éviter une fuite des cerveaux et une désertification des zones rurales et des bassins industriels.

2.6.

Il est fondamental aussi de surveiller les effets produits par la mise en œuvre de la législation au moyen d’un mécanisme d’évaluation permanent, afin de pouvoir vérifier le bilan de chaque pays, échanger de bonnes pratiques et proposer la révision de certains paramètres. Il faut enfin tenir compte de potentielles avancées dans la capacité technologique des industries à réutiliser et recycler certains matériaux (comme les plastiques biodégradables), en insistant particulièrement sur la santé publique et les conséquences à long terme pour l’environnement.

Les outils préconisés par la Commission européenne pour traiter les problèmes liés aux emballages et aux matériaux d’emballage

2.7.

Dans sa proposition de règlement, la Commission précise le rôle fondamental que jouent la numérisation et la durabilité dans la réduction des emballages et des déchets d’emballages. Il est impératif d’aligner l’un sur l’autre ces deux aspects, car ils sont essentiels pour réaliser les objectifs du pacte vert et renforcer la résilience de l’Europe, sa prospérité future et sa durabilité.

Les ressources naturelles et énergétiques nécessaires aux emballages — craintes et solutions

2.8.

Les emballages alimentaires modernes, qui constituent l’un des principaux usages des matériaux d’emballage, sont un moyen de s’assurer de la qualité des denrées alimentaires, d’en garantir l’hygiène et la conservation, et de faire en sorte qu’elles soient sans danger. Toutefois, la plupart des emballages alimentaires sont aujourd’hui encore à usage unique et ne peuvent pas être entièrement recyclés s’ils ne sont pas convenablement collectés et séparés des fragments provenant d’autres matériaux, car ils sont soit souillés par des denrées alimentaires, soit trop petits, soit multicouches.

2.9.

Tous les types d’emballage requièrent de nombreuses ressources, notamment de l’énergie, de l’eau, des substances chimiques, du pétrole, des minéraux, du bois et des textiles. En outre, leur production génère fréquemment des eaux résiduaires et des boues contenant des substances chimiques nocives et elle rejette dans l’atmosphère des gaz à effet de serre, des métaux lourds et des particules.

2.10.

Les emballages alimentaires modernes sont conçus à partir de divers matériaux manufacturés ou de synthèse, notamment la céramique, le verre, le métal, le papier, le carton, la cire, le bois ou encore, et de plus en plus, le plastique. La plupart de ces emballages sont composés de verre, de plastique rigide, de papier et de carton. En ce qui concerne les plastiques, même si certains, plus récents, sont fabriqués à partir de maïs ou d’autres matières végétales, il s’agit encore, pour une majorité d’entre eux, de dérivés du pétrole qui contiennent des additifs tels que des polymères.

2.11.

Il est crucial que la Commission européenne fixe dans sa proposition une teneur minimale obligatoire en matières biosourcées d’au moins 60 % pour les emballages compostables. Les cartons comportent souvent un revêtement plastique qui n’est pas visible et, sur de nombreux emballages de formes diverses, c’est une impression à l’encre qui est utilisée pour libeller l’étiquette.

2.12.

L’utilisation accrue de différents types d’emballages, associée à de faibles taux de réutilisation et de recyclage, peut faire obstacle à la création d’une économie circulaire sobre en carbone dans l’Union européenne.

2.13.

Le CESE considère que les emballages compostables qui sont sans danger lorsqu’ils entrent en contact avec des denrées alimentaires constituent la solution la plus appropriée, et qu’ils jouent un rôle essentiel pour faire en sorte que davantage de déchets soient biodégradables. Ils permettraient également de réduire la quantité de plastiques non biodégradables qui, autrement, contaminent le compost.

3. Les emballages en plastique

3.1.

Les Nations unies ont qualifié la pollution des océans par le plastique de «catastrophe planétaire», causée principalement par la quantité d’emballages alimentaires en plastique qui se retrouvent dans les cours d’eau (3). Cette pollution est inquiétante pour toutes les espèces aquatiques.

3.2.

Les États membres devront envisager une nouvelle approche du plastique fondée sur l’économie circulaire. Ils peuvent favoriser le développement de choix d’emballages circulaires en optant pour d’autres matériaux ou pour des matériaux polymères spécifiques afin de garantir une aptitude au recyclage bien supérieure. Lorsque les plastiques ne sont pas recyclables, ils devraient être utilisés pour la production de biocarburant.

4. Les matériaux permanents, les données sur le recyclage et le problème des objectifs de recharge dans le cas des bouteilles pour boissons alcoolisées

4.1.

Les différents matériaux d’emballage alimentaire ont des caractéristiques et des propriétés différentes, ce qui influe sur leur potentiel de recyclage. Des matériaux tels que l’aluminium, le verre et l’acier sont considérés comme des «matériaux permanents», ce qui signifie qu’ils subissent une dégradation minimale au cours de leur durée de vie utile et qu’ils peuvent être recyclés indéfiniment sans perdre leur qualité ou leurs propriétés intrinsèques.

4.2.

L’intérêt pour les matériaux permanents s’est accru significativement en parallèle de la réflexion sur l’économie circulaire. Ces matériaux doivent être dûment reconnus dans la future législation, et les futures politiques doivent soutenir efficacement leur recyclage.

4.3.

Un des moyens d’induire une croissance qui soit découplée de la consommation de ressources consiste à utiliser des matériaux à base de fibres ou d’autres matières naturelles pour réaliser des emballages, lesquels se composeront de matières renouvelables, tout en étant par ailleurs durables, attrayants, recyclables et biodégradables. Des études récentes ont indiqué que pareils emballages en fibres peuvent être recyclés plus de 25 fois et ont démontré ainsi qu’ils représentent un rouage essentiel de l’économie circulaire.

4.4.

Le taux de recyclage des emballages en verre dans l’Union s’élevait en moyenne à 76 % (4) en 2020, et il reste une certaine marge d’amélioration des systèmes de collecte et du tri dans certains États membres. En 2017, ces taux étaient de 95 % en Suède, 88,4 % en Allemagne, 78 % en Italie et 61 % en France (5).

4.5.

Il est prévu dans la proposition à l’examen d’appliquer aux bouteilles pour boissons alcoolisées des objectifs obligatoires de réemploi et de recharge. Or, certains opérateurs économiques de premier plan sont fermement convaincus que ces objectifs risquent de poser des difficultés considérables à la fois pour l’approvisionnement et du point de vue de la santé publique, sachant que les consommateurs font régulièrement usage des bouteilles à d’autres fins pratiques également. Cette obligation de réemploi pourrait causer des problèmes, notamment de contamination due à la prolifération d’agents pathogènes, bactériens ou autres.

5. La pollution de l’eau et des sols par les emballages alimentaires

5.1.

La mise en décharge des emballages, surtout ceux en plastique, au-delà même de la pollution des terres et de l’environnement qui en résulte, qui est considérable et inacceptable, a aussi pour effet que les substances chimiques contenues dans leurs matériaux, comme l’encre et les colorants utilisés pour l’étiquetage, s’infiltrent dans les eaux souterraines et dans le sol.

5.2.

Il est fréquent notamment que les déchets plastiques soient transportés jusque dans les régions les plus reculées du globe, où ils représentent un danger pour les êtres humains, les oiseaux et la faune marine. La pollution des océans par les plastiques est devenue si grave que la responsable des affaires maritimes aux Nations unies l’a qualifiée de crise planétaire.

5.3.

La contamination des océans n’est que l’un des effets pervers du plastique sur l’écosystème. Une étude a montré qu’un tiers de l’ensemble des matières plastiques est jeté et finit par se retrouver dans les cours d’eau ou dans le sol. D’autres études révèlent que la pollution par les microplastiques est, en volume et à l’échelle mondiale, entre 4 et 23 fois plus importante encore dans les sols que dans les océans.

5.4.

Les microplastiques présents dans les sols auront un effet délétère sur le comportement des animaux qui y vivent, comme les vers de terre, avec pour conséquences la propagation de maladies et d’autres effets pernicieux. On a même constaté la présence de microplastiques chez les nouveau-nés. Par ailleurs, les plastiques qui se dégradent absorbent des substances nocives, comme des pesticides tels que le DDT, une fois qu’ils se retrouvent dans le sol ou les cours d’eau.

6. La pollution de l’air et des océans par les emballages alimentaires

6.1.

Les déchets d’emballages alimentaires qui ne peuvent pas être compostés ou recyclés finissent souvent par être mis en décharge, d’où ils rejettent des émissions dans l’atmosphère, notamment de gaz à effet de serre. Les décharges libèrent du méthane, de l’ammoniac et du sulfure d’hydrogène. Pour leur part, les incinérateurs rejettent du mercure, du plomb, du chlorure d’hydrogène, du dioxyde de soufre, du protoxyde d’azote, des particules en suspension et des dioxines, qui sont les composés les plus dangereux.

6.2.

La plupart des récipients et couvercles pour café, des dosettes de café, des récipients en polystyrène, des bouteilles et bouchons en plastique, des anneaux porte-canettes et des sacs à provisions en plastique sont conçus pour un usage unique. Pourtant, à défaut d’être recyclés, ils s’amoncellent dans nos cours d’eau, où les animaux les prennent à tort pour de la nourriture et viennent s’y empêtrer.

6.3.

La quantité de plastique qui dérive sur les océans représente un immense danger pour les animaux. L’organisation Ocean Conservancy (6) indique que «du plastique a été retrouvé sur 59 % des oiseaux marins tels que les albatros et les pélicans, 100 % des espèces de tortues marines et plus de 25 % des poissons recueillis comme échantillon sur des marchés de produits de la mer».

6.4.

Sur les quantités astronomiques de matières plastiques, elles-mêmes composées de myriades d’éléments, qui dérivent au gré du courant sur les océans, seulement 5 % de cette masse environ est visible à la surface; le reste flotte en dessous ou s’est échoué dans les fonds marins.

6.5.

Le CESE juge essentiel de promouvoir le recyclage organique des déchets alimentaires et des déchets d’emballages alimentaires compostables, d’autant que la collecte séparée aux fins du recyclage organique des déchets alimentaires sera rendue obligatoire à partir du 31 décembre 2023. Les résidus d’élevage tels que les lisiers et fumiers offrent la possibilité de produire des engrais organiques, du biogaz ou du biométhane.

7. Observations générales

7.1.

Le CESE soutient l’ambition qu’a la Commission européenne de réviser les exigences applicables aux emballages et déchets d’emballages, afin de limiter la quantité, la taille et le poids de ces emballages au sein du marché unique de l’Union, de prévenir la production de déchets d’emballages superflus, de favoriser un recyclage de qualité et d’accroître l’aptitude des emballages à être recyclés et réutilisés.

7.2.

Toute révision de la législation relative aux emballages et aux déchets d’emballages doit être entièrement alignée sur les objectifs cardinaux du pacte vert pour l’Europe que sont la neutralité climatique, l’utilisation durable des ressources naturelles et la protection de l’environnement, et elle doit se faire dans la cohérence par rapport à la législation connexe, comme le plan d’action pour une économie circulaire, la directive-cadre relative aux déchets, la directive sur les plastiques à usage unique, la directive sur l’écoconception et la législation de l’Union sur les matériaux destinés à entrer en contact avec des denrées alimentaires.

7.3.

Le CESE souligne qu’il est nécessaire d’imposer des critères stricts quant à l’aptitude au recyclage des emballages. Pour être considérés comme «recyclables», les emballages devraient non seulement respecter les critères de conception fixés, et leurs matériaux faire l’objet d’une collecte séparée et pouvoir être triés sans donner lieu à des contaminations, mais ils doivent aussi pouvoir être recyclés à de multiples reprises et former ainsi une boucle les assimilant à des matériaux permanents.

7.4.

Le CESE estime que les taux érigés en critères pour le recyclage «à l’échelle» des emballages devraient être complétés par une exigence quantitative quant à la couverture d’un nombre suffisant d’États membres de l’Union.

7.5.

Le CESE est favorable à la mise en œuvre des «classes de performance en matière de recyclabilité» établies sur la base des «critères de conception en vue du recyclage» par catégorie d’emballage. Il se félicite de l’harmonisation proposée pour tous les matériaux et escompte la disparition des emballages correspondant à la classe de performance E d’ici à 2030.

7.6.

En 2020, les taux de recyclage moyens dans l’Union s’élevaient à 85,5 % pour les emballages en acier, 74 % pour ceux en verre et 82 % pour ceux en papier. Ces matériaux s’inscrivent donc dans des boucles circulaires relativement efficaces. Cependant, l’adoption d’un objectif relatif à la teneur en matières recyclées qui, pour prendre cet exemple, s’appliquerait aux emballages en acier pourrait entraîner une déstabilisation et un morcellement du marché des matières premières secondaires et de la ferraille, avec à la clé des effets dommageables pour l’environnement. Les objectifs obligatoires relatifs à la teneur en matières recyclées ne devraient s’appliquer qu’à certaines catégories et certains matériaux d’emballage uniquement, lorsque leur adoption est susceptible d’apporter des améliorations sur le marché et d’accroître l’utilisation des matières recyclées (par exemple pour les plastiques).

7.7.

Le CESE souligne qu’il devrait être tenu compte, pour évaluer le potentiel de réduction des déchets, des parts de marché correspondant à chaque matériau d’emballage par rapport au volume global des déchets d’emballages des États membres. Des objectifs de réduction devraient être fixés pour chacun de ces matériaux (plastique, papier, métaux ferreux, aluminium, etc.) en tenant compte de l’évolution des taux de recyclage dans le temps, afin d’assurer des conditions de concurrence équitables et de prévenir le remplacement inutile de certains matériaux d’emballage par d’autres qui se prêteraient mal au recyclage.

7.8.

Il convient d’inciter efficacement les États membres de l’Union à soutenir de nouveaux investissements dans les infrastructures et les technologies de recyclage, ainsi que dans la recherche et le développement.

7.9.

Le CESE considère que la révision de la directive relative aux emballages et aux déchets d’emballages devrait aussi s’accompagner d’une révision de la directive sur la mise en décharge afin de réduire la mise en décharge des déchets d’emballages. Une réduction des quantités de déchets mises en décharge serait un prolongement logique de l’engagement de l’Union européenne en faveur du recyclage et de la réduction des déchets.

7.10.

Le règlement révisé devra respecter et appliquer le principe de neutralité à l’égard des matériaux, c’est-à-dire laisser le choix du matériau d’emballage en fonction de son adéquation à un usage donné, de ses caractéristiques techniques et structurelles et de ses performances globales du point de vue environnemental.

8. Observations particulières

8.1.

Outre la législation proposée, notamment en ce qui concerne l’étiquetage, la communication, la collecte, le tri et la réutilisation, le CESE estime que les États membres devraient envisager d’introduire des restrictions dans la production de matériaux d’emballage et peut-être de les compléter par des instruments fiscaux afin de respecter les échéances fixées par le pacte vert.

8.2.

Le CESE propose que l’Union et les États membres soutiennent par tous les moyens dont ils disposent la recyclabilité et la réutilisation des emballages, soit en encourageant l’utilisation de matériaux de substitution recyclables ou renouvelables, soit en décourageant le recours à des matériaux d’emballage qui se prêtent mal au recyclage.

8.3.

Les opérateurs économiques qui évoluent dans ce secteur important, et qui ont de grandes responsabilités à l’égard des salariés et de leurs lieux de travail, devraient être soutenus financièrement par les États membres dans le processus de transition.

8.4.

Des politiques nationales et internationales claires devraient être mises en place pour recenser les producteurs de déchets qui transportent ces derniers vers d’autres États membres.

8.5.

Les États membres devraient encourager les parties prenantes à développer des concepts nouveaux en matière d’emballages et d’étiquetage approprié afin d’atteindre les objectifs du pacte vert et d’éviter toute fraude liée aux produits européens d’origine.

8.6.

Il faudrait enfin définir clairement le rôle des municipalités dans la collecte et la gestion des déchets afin d’éviter de multiplier les procédures et infrastructures de gestion des déchets.

Bruxelles, le 27 avril 2023.

Le président du Comité économique et social européen

Oliver RÖPKE


(1) Directive 1999/31/CE du Conseil du 26 avril 1999 concernant la mise en décharge des déchets (JO L 182 du 16.7.1999, p. 1).

(2) https://foodprint.org/issues/the-environmental-impact-of-food-packaging/

(3) https://www.newscientist.com/article/mg25333710-100-pollution-is-the-forgotten-global-crisis-and-we-need-to-tackle-it-now/

(4) https://www.statista.com/statistics/1258851/glass-recycling-rate-in-europe/

(5) https://feve.org/glass_recycling_stats_2018/

(6) https://oceanconservancy.org/about/


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