| CELEX | 52022AE6159 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | mercredi 22 mars 2023 |
| 25.5.2023 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 184/83 |
Avis du Comité économique et social européen sur la proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil établissant un cadre de certification de l’Union relatif aux absorptions de carbone
[COM(2022) 672 final — 2022/0394 (COD)]
(2023/C 184/15)
Rapporteur: Stoyan TCHOUKANOV
| Consultation | Parlement européen, 1.2.2023 Conseil européen, 6.2.2023 |
| Base juridique | Article 192, paragraphe 1, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne |
| Compétence | Section «Agriculture, développement rural et environnement» |
| Adoption en section | 9.3.2023 |
| Adoption en session plénière | 22.3.2023 |
| Session plénière no | 577 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 159/0/2 |
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | Le CESE accueille favorablement la proposition de la Commission établissant un cadre de certification de l’Union relatif aux absorptions de carbone, qui reconnaît la nécessité d’intensifier ces dernières et de promouvoir les pratiques régénératives, sans sacrifier l’objectif principal portant sur les réductions essentielles des émissions de gaz à effet de serre afin de limiter le réchauffement climatique. Il remarque toutefois que trop de points cruciaux doivent encore être approfondis au moyen d’actes délégués. |
| 1.2. | Le CESE reconnaît que différents systèmes de validation et de récompense existent actuellement au sein de l’Union en matière d’absorption de carbone et qu’un cadre commun de certification peut apporter clarté et fiabilité en imposant des règles générales au niveau européen pour déterminer comment les effets bénéfiques des absorptions de carbone sur le climat sont mesurés, validés et vérifiés. Le caractère volontaire du cadre implique un effet d’incitation susceptible de fournir de nouveaux canaux de revenus aux personnes intéressées par des activités d’absorption du carbone. Le CESE demande davantage de clarté quant au calendrier prévu pour la mise en œuvre intégrale, compte tenu de l’ensemble des organismes et des unités de certification qui devront être créés. |
| 1.3. | Le CESE remarque que le recours à l’absorption de carbone dans la politique climatique de l’Union pourrait susciter des questions légitimes concernant notamment le potentiel de retard dans les réductions d’émissions ou la limitation de celles-ci pour cause de promesses de futures absorptions de carbone, la menace d’allégations frauduleuses ou encore l’écoblanchiment basé sur les achats de crédits carbone. Afin d’éviter l’écoblanchiment, le CESE demande que la durée prévue de stockage du carbone et les risques d’inversion se reflètent clairement dans l’utilisation des différents certificats d’absorption de carbone (qui couvrent le stockage permanent, le stockage agricole de carbone et le stockage de carbone dans des produits de longue durée). |
| 1.4. | Le CESE accueille favorablement l’objectif de la Commission, qui veut offrir de la transparence et de la clarté au public, aux fournisseurs de solutions d’absorption de carbone et aux acheteurs au sujet de la valeur des activités certifiées d’absorption de carbone. Toutefois, il demande que davantage de garanties soient mises en place en ce qui concerne la valeur et l’utilisation des certificats. Il invite la Commission à fournir des orientations définissant les allégations appropriées qui peuvent être formulées sur la base des différents types d’absorption certifiée de carbone, et appelle à conserver la distinction entre les certificats résultant du stockage permanent de carbone, du stockage agricole de carbone et du stockage de carbone dans des produits. |
| 1.5. | Le CESE demande que les futures méthodologies élaborées au sein de ce cadre définissent clairement les aspects de responsabilité et préservent la transparence. Le risque d’inversion doit être surveillé et atténué en permanence. La responsabilité ainsi que le transfert de responsabilité pour le carbone absorbé et stocké doivent être clairement définis, pour tout le spectre des activités d’absorption de carbone. |
| 1.6. | Le CESE invite la Commission à veiller à ce que les méthodologies soient basées sur des données scientifiques et orientées par la communauté scientifique. Il souligne que le système de certification est bien trop complexe et fastidieux pour favoriser une adoption massive de ces pratiques; ces procédures semblent être très chronophages et techniques, et pourraient décourager les opérateurs d’entreprendre les activités concernées, puisqu’il s’agit souvent de petites entreprises disposant de marges réduites, même dans le meilleur des cas. |
| 1.7. | Le CESE remarque qu’une large gamme de mesures relatives aux absorptions de carbone est nécessaire pour effectuer la surveillance, la déclaration et la vérification. Elles impliquent notamment le recours à la télédétection et à l’imagerie satellite. En ce qui concerne les mesures requises, le CESE souligne qu’il est essentiel de limiter autant que possible les coûts de surveillance, de déclaration et de vérification liés à l’absorption de carbone, dans le but de garantir une large accessibilité du cadre de certification. |
| 1.8. | Le CESE souligne que les risques et les effets secondaires potentiels de la proposition pour les principaux acteurs (agriculteurs, industries de la foresterie, de la construction et du bois), et notamment ceux de nature environnementale ou socio-économique, doivent être soigneusement évalués et traités avant d’intégrer le cadre de certification dans d’autres politiques, telles que la politique agricole commune. |
| 1.9. | Le CESE est d’avis que la politique agricole commune (PAC) actuelle ne devrait pas être utilisée pour financer le stockage agricole ou les absorptions de carbone (1). Alors que la PAC pourrait avoir un rôle limité à jouer dans les absorptions de carbone, il s’agit d’un instrument conçu pour produire de la nourriture, des aliments pour animaux et de la biomasse, ce qui constitue l’objectif principal du secteur agricole et forestier. Les absorptions de carbone sont un sous-produit dans ce contexte spécifique, ce qui signifie que des sources de financement supplémentaires devraient être mises à disposition. |
| 1.10. | Le CESE estime que la Commission entretient une grande ambiguïté autour de la question du financement, ce qui découragera fortement les potentiels participants. Il souligne dès lors qu’un certain degré de certitude est nécessaire pour ce qui est des questions financières. Au vu des possibilités d’absorption de carbone à l’avenir, le Comité conseille d’élaborer une feuille de route visant la mise en place d’un instrument financier commun pour ces mesures. |
2. Observations générales
La nécessité d’intensifier l’absorption du dioxyde de carbone pour atteindre les objectifs de neutralité climatique
| 2.1. | Conformément à l’accord de Paris, l’Union européenne s’est engagée à atteindre la neutralité climatique d’ici à 2050, pour ensuite parvenir à des émissions nettes négatives. Selon le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), il ne suffira pas de se concentrer uniquement sur la réduction des émissions pour atteindre cet objectif: «Le déploiement de mesures d’absorption du dioxyde de carbone visant à contrebalancer des émissions résiduelles difficiles à réduire est inévitable si l’on veut atteindre la neutralité carbone ou la neutralité climatique» (2). |
| 2.2. | Alors que l’absorption du carbone ne remplace pas les réductions drastiques requises des émissions de gaz à effet de serre, elle devra s’ajouter à ces efforts de diminution afin d’atteindre la neutralité climatique et de parvenir à des émissions nettes négatives. Par conséquent, il conviendra d’intensifier considérablement l’absorption du carbone à l’échelle mondiale, de sorte à contrôler les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère et à limiter le réchauffement climatique. Pour atteindre ses objectifs climatiques, l’Union escompte qu’elle devra réduire ses émissions de 85 à 95 % par rapport à celles de 1990 et recourir à des mesures d’absorption du carbone pour combler l’écart restant. Plusieurs centaines de millions de tonnes (Mt) de CO2 devront donc être éliminées de l’atmosphère chaque année. |
| 2.3. | Pour ce faire, l’Union européenne a mis à ce jour plusieurs initiatives en place:
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La gestion des projets d’absorption du carbone
| 2.4. | Avec sa proposition établissant un cadre volontaire de certification européen pour l’absorption du carbone, la Commission européenne vise à augmenter l’absorption durable et qualitative du carbone en encourageant le financement, en luttant contre l’écoblanchiment, en instaurant la confiance et en harmonisant les conditions sur le marché. |
| 2.5. | La Commission distingue trois grandes catégories de méthodes d’absorption du carbone:
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| 2.6. | La Commission a défini certains critères de base pour s’assurer que seules des absorptions du carbone de haute qualité soient certifiées conformément au règlement:
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| 2.7. | Pour définir plus clairement les règles applicables à chaque méthode d’absorption du carbone et rendre les critères de qualité opérationnels, la Commission élaborera, avec l’aide d’un groupe d’experts, des méthodes de certification sur mesure qu’elle définira dans des actes délégués. Dans un premier temps, l’Union développera des méthodologies et reconnaîtra des systèmes de certification. Des opérateurs pourront ensuite rejoindre les systèmes de certification reconnus par l’Union, alors que des tierces parties vérifieront les activités éligibles à la certification. Les absorptions du carbone certifiées seront consignées dans des registres interopérables. |
| 2.8. | Plusieurs synergies existent entre les initiatives actuelles et à venir dans le domaine de l’absorption du carbone. Les absorptions du carbone effectuées dans le cadre de la proposition de règlement pourraient:
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3. Observations particulières
Une certification solide, en tant que fondement indispensable pour augmenter rapidement les capacités d’absorption du carbone en Europe
| 3.1. | Établir des règles générales à l’échelle de l’Union pour déterminer comment les avantages de l’absorption du carbone pour le climat seront mesurés, approuvés et vérifiés peut offrir un soutien crucial au développement de fortes capacités d’absorption du carbone en Europe, lequel s’effectuera grâce à une grande variété de méthodes innovantes de piégeage et de stockage de CO2 non fossile à l’intention des agriculteurs, des sylviculteurs, des industries et des autres acteurs. |
| 3.2. | La certification est une étape nécessaire et significative du processus d’intégration des absorptions du carbone dans les politiques climatiques de l’Union. Celui-ci comprend par exemple la mise en place de mesures incitant les gestionnaires de terres à stocker du carbone dans leurs sols (par exemple dans le cadre de la PAC), l’encouragement à acheter des matériaux de construction qui stockent du carbone non fossile (par exemple grâce aux codes du bâtiment) ou la communication d’informations sur les objectifs climatiques (par exemple en vertu de la directive sur la publication d’informations en matière de durabilité par les entreprises). |
| 3.3. | Le CESE soutient donc pleinement le cadre de certification pour les absorptions de carbone, tant en principe que comme étape vers une certification solide. |
La nécessité de suivre le carbone absorbé, de manière à garantir des avantages aussi bien pour le climat que pour l’économie et la société
| 3.4. | Alors qu’il faut absolument déployer les absorptions de carbone à grande échelle, il est tout aussi important de surveiller les efforts engagés en ce sens. Le CESE remarque que le recours à l’absorption du carbone dans la politique climatique de l’Union pourrait susciter des questions légitimes concernant notamment le potentiel de dissuasion en matière d’atténuation, la menace d’allégations écologiques frauduleuses ou encore l’écoblanchiment basé sur les achats de crédits carbone. |
| 3.5. | Le CESE estime donc que l’Union doit se doter d’un cadre de certification efficace et solide, afin de s’assurer que seule l’absorption de carbone fiable de haute qualité soit certifiée. Cela lui permettra de reconnaître et de récompenser l’absorption du carbone sans entraver la décarbonation. |
| 3.6. | La mise en place d’un seuil de qualité pour toutes les absorptions de carbone certifiées par l’Union est cruciale pour convaincre les acteurs clés que ces absorptions apportent un réel avantage climatique. Par la suite, il faudra également fournir un signal suffisamment fort indiquant que les absorptions de carbone certifiées peuvent sans problème être intégrées à des politiques plus larges de l’Union qui sont liées au climat. |
| 3.7. | Dans ce contexte, les activités d’absorption du carbone doivent répondre au principe d’additionnalité, c’est-à-dire montrer que l’absorption n’aurait pas eu lieu en l’absence d’intervention. Il s’agit là d’une exigence stricte si les certificats doivent être utilisés pour des demandes de compensation, mais elle peut être assouplie si ce n’est pas le cas (par exemple lorsque les agriculteurs reçoivent des paiements publics directs visant à promouvoir le passage à des pratiques régénératives). C’est la raison pour laquelle les activités d’absorption du carbone devraient générer des avantages connexes sur le plan de la durabilité, plutôt que de se contenter d’avoir une incidence «neutre», comme la Commission l’envisage actuellement. |
| 3.8. | Le CESE souligne également que le risque d’inversion (libération de CO2 stocké) doit être surveillé et atténué en permanence. La responsabilité ainsi que le transfert de responsabilité pour le carbone absorbé et stocké doivent être clairement définis et spécifiques à chaque type d’absorption du carbone. |
La préservation d’une distinction entre le stockage permanent de carbone, le stockage agricole de carbone et le stockage de carbone dans des produits
| 3.9. | La façon dont le CO2 est extrait de l’atmosphère, ainsi que le lieu et la durée de stockage du carbone varient considérablement d’une méthode d’absorption à l’autre. |
| 3.10. | En général, le carbone stocké dans les réservoirs terrestres et la biomasse vivante (méthodes d’absorption en cycle court) est plus vulnérable et présente des durées de conservation plus brèves que celui qui est stocké dans des réservoirs géologiques (méthode d’absorption en cycle long). |
| 3.11. | Les méthodes d’absorption et de stockage du carbone doivent donc être comptabilisées, gérées et certifiées différemment, en fonction de la nature du stockage du carbone. L’Union fait déjà la distinction entre le pilier UTCATF et les émissions du secteur industriel. La communication intitulée «Des cycles du carbone durables» introduit une distinction entre plusieurs types de carbone (fossile, biogénique et atmosphérique), qu’elle propose de cataloguer, de suivre et de comptabiliser séparément au sein de l’Union, au plus tard d’ici à 2028. |
| 3.12. | Il convient en outre de souligner que les trois catégories de méthodes d’absorption du carbone (stockage permanent, stockage agricole et stockage dans les produits) jouent des rôles différents dans notre processus de neutralité carbone, et que leur incidence sur le climat, les coûts qu’elles engendrent, les défis liés à leur déploiement, leur niveau de maturité et leur perception par le public varient également. Elles doivent donc être soutenues et gérées différemment, de sorte à pouvoir instaurer des politiques et un soutien financier sur mesure, répondant aux besoins de chacune des méthodes d’absorption de dioxyde de carbone. |
| 3.13. | Au regard de ce qui précède, le CESE souscrit à l’objectif de la Commission, qui veut offrir de la transparence et de la clarté au public, aux fournisseurs de solutions d’absorption du carbone et aux acheteurs au sujet de la valeur des activités certifiées d’absorption du carbone. |
| 3.14. | Le CESE invite instamment la Commission à aller plus loin et à fournir également des orientations définissant les allégations appropriées qui peuvent être formulées sur la base des différents types d’absorption certifiée de carbone (c’est-à-dire le stockage permanent de carbone, le stockage agricole de carbone et le stockage de carbone dans des produits). Cela sera crucial pour promouvoir l’ensemble des cas possibles de certification des absorptions de carbone, tout en garantissant l’intégrité des avantages climatiques invoqués et en prévenant l’écoblanchiment. |
La garantie de la transparence et de la contribution scientifique lors du développement des méthodologies
| 3.15. | Comme la Commission va s’engager dans un processus distinct, soutenu par un groupe d’experts, en vue de développer des méthodologies pour les activités d’absorption de carbone et d’apporter des précisions supplémentaires sur les certificats dans des actes délégués, le CESE demande que la société civile soit associée à cette démarche et consultée dans ce cadre. |
| 3.16. | Le CESE invite la Commission à veiller à ce que les méthodologies développées à l’avenir soient basées sur des données scientifiques et orientées par la communauté scientifique. |
| 3.17. | Le CESE remarque qu’une large gamme de mesures relatives aux absorptions de carbone est nécessaire pour effectuer la surveillance, la déclaration et la vérification. Elles impliquent notamment le recours à la télédétection et à l’imagerie satellite. En ce qui concerne les mesures requises, le CESE souligne qu’il est essentiel de limiter autant que possible les coûts de surveillance, de déclaration et de vérification liés à l’absorption de carbone, dans le but de garantir une large accessibilité du cadre de certification. |
| 3.18. | L’Union devrait envisager de prévoir un financement spécifique pour la recherche, le développement d’une méthodologie et le déploiement de la phase pilote. Le soutien au renforcement des capacités et à la couverture des coûts administratifs sera essentiel afin de démocratiser l’accès au cadre de certification pour les petits acteurs. |
| 3.19. | Le CESE souligne enfin que les risques et les effets secondaires potentiels de la proposition pour les principaux acteurs (agriculteurs, industries de la foresterie, de la construction et du bois), et notamment ceux de nature environnementale ou socio-économique, doivent être soigneusement évalués et traités avant d’intégrer le cadre de certification dans d’autres politiques, telles que la politique agricole commune. |
Bruxelles, le 22 mars 2023.
La présidente du Comité économique et social européen
Christa SCHWENG
(1) JO C 323 du 26.8.2022, p. 95.
(2) GIEC, groupe de travail III, «Résumé à l’intention des décideurs», 2022 (en anglais).
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