COMMISSION EUROPÉENNE
Bruxelles, le 7.12.2022
COM(2022) 696 final
COMMUNICATION DE LA COMMISSION COMMUNICATION DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN, AU CONSEIL, À LA BANQUE CENTRALE EUROPÉENNE ET AU COMITÉ ÉCONOMIQUE ET SOCIAL EUROPÉEN
Une voie possible vers un renforcement du système de compensation de l’UE
COMMUNICATION DE LA COMMISSION COMMUNICATION DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN, AU CONSEIL, À LA BANQUE CENTRALE EUROPÉENNE ET AU COMITÉ ÉCONOMIQUE ET SOCIAL EUROPÉEN
Une voie possible vers un renforcement du système de compensation de l’UE
1.Introduction
L’existence dans l’UE d’un écosystème de la compensation sûr, solide et compétitif est essentielle au bon fonctionnement de l’union des marchés des capitaux (UMC). La compensation centrale soutient la négociation sur les marchés des capitaux: lorsque les transactions font l’objet d’une compensation centrale, la contrepartie centrale (CCP) s’interpose entre les parties, devenant l’acheteur vis-à-vis de chaque vendeur et le vendeur vis-à-vis de chaque acheteur, ce qui garantit l’exécution des contrats. Cela lui est possible grâce à un système de garanties qu’elle collecte auprès des parties. La compensation centrale permet à chaque partie de n’avoir qu’une seule exposition nette vis-à-vis de la contrepartie centrale, au lieu d’un réseau complexe d’expositions bilatérales vis-à-vis des différentes contreparties. De cette manière, les contreparties centrales améliorent la transparence et l’efficience des marchés financiers et y réduisent les risques, en particulier en ce qui concerne les instruments dérivés. Les contreparties centrales jouent un rôle clé dans l’écosystème de la compensation, lequel comprend aussi bien des entités participant directement aux contreparties centrales (les «membres compensateurs»), telles que les grandes banques et les grandes entreprises d’investissement, que des entités qui y participent indirectement (c’est-à-dire par l’intermédiaire des membres compensateurs), telles que les fonds d’investissement, les banques de plus petite taille, les entreprises d’assurance et les entreprises. Si la compensation ne fonctionne pas efficacement, les établissements financiers, les entreprises et les investisseurs sont confrontés à des risques et à des coûts plus élevés.
Les règles de l’Union européenne relatives à la compensation et aux contreparties centrales sont énoncées dans le règlement sur les infrastructures de marché européennes (EMIR), complété par le règlement établissant un cadre pour le redressement et la résolution des contreparties centrales. Le règlement EMIR fournit un cadre solide pour la gestion des risques et la transparence sur les marchés de la compensation. Toutefois, de nouveaux défis se sont fait jour.
Premièrement, les capacités de compensation constituent une dimension importante de l’UMC: c’est pourquoi l’UE a besoin d’un système de compensation compétitif et moderne. L’UMC vise à la mise en place dans l’UE des marchés de capitaux profonds et liquides qui puissent répondre aux besoins des citoyens, des entreprises et des établissements financiers de l’UE. La Commission poursuit la mise en œuvre du plan d’action de 2020 pour l’UMC. Parallèlement à la présente communication, la Commission adopte une proposition législative visant à permettre aux entreprises de plus facilement entrer en bourse pour y lever des capitaux (la «législation sur l’admission à la cote»). La Commission présente également une proposition visant à harmoniser des aspects essentiels du droit des faillites des sociétés, s’attaquant ainsi à l’un des principaux obstacles aux investissements transfrontières au sein de l’UE. Cependant, une véritable union des marchés des capitaux a besoin de s’appuyer sur des infrastructures de marché compétitives. Dans le cadre de l’UMC, la Commission a déjà proposé une révision du règlement concernant les marchés d’instruments financierset du cadre réglementaire applicable aux dépositaires centraux de titres. Pour renforcer l’UMC, l’UE doit également accroître ses capacités domestiques de compensation.
Deuxièmement, l’écosystème de la compensation de l’UE doit être sûr et résilient: la surveillance européenne doit être renforcée afin que les risques transfrontières au sein de l’UE dont s'accompagne l’augmentation des volumes de compensation soient dûment suivis et contrôlés. Pour renforcer la résilience, il convient de tenir compte des enseignements tirés des évènements récents sur les marchés de l’énergie, au cours desquels plusieurs entreprises du secteur de l’énergie ont été confrontées à des problèmes de liquidité liés à l’utilisation d’instruments dérivés. Ces évènements ont mis en évidence la nécessité de renforcer le règlement EMIR afin que, face aux nouveaux défis, les risques pesant sur la stabilité financière de l’UE restent modérés. Pour cela, il est nécessaire de mettre en place dans l’UE un écosystème de la compensation sûr et solide, qui soit capable de résister aux chocs économiques. Cet écosystème doit permettre à un large éventail de participants, y compris aux entreprises du secteur de l’énergie, de couvrir leurs risques de manière efficace et sûre, de mieux prévoir les appels de marge et, partant, de gérer plus efficacement leurs besoins de liquidités.
Troisièmement, des contreparties centrales européennes compétitives, bien développées et résilientes sont une condition préalable à l’autonomie stratégique ouverte de l’UE. Il est essentiel que l’UE reste ouverte aux marchés financiers mondiaux afin d’attirer les investisseurs et de soutenir la compétitivité mondiale des entreprises européennes. Cependant, à la suite du retrait du Royaume-Uni de l’UE, la quantité considérable de contrats libellés en euros compensés par des contreparties centrales britanniques comporte des risques pour la stabilité financière de l’UE ainsi que pour la transmission et la conduite de la politique monétaire de l’UE. La constitution de capacités de compensation solides dans l’UE réduit les risques découlant d’expositions excessives à l’égard de contreparties centrales de pays tiers.
Pour ce faire, la Commission a présenté, le 7 décembre 2022, des propositions législatives modifiant le règlement EMIR et d’autres actes législatifs en vue de faire de l’UE un centre de la compensation plus attractif et plus économiquement efficient et de remédier aux vulnérabilités potentielles. Ces mesures auront une incidence aussi bien sur l’offre que sur la demande de services de compensation. Elles permettront aux contreparties centrales de l’UE d’élargir l’éventail des solutions de compensation qu’elles proposent et amélioreront leur liquidité, en incitant davantage d’acteurs du marché à faire appel à elles pour la compensation.
Ces propositions font suite à de vastes consultations, notamment de députés au Parlement européen, de représentants des États membres et de leurs autorités, des autorités européennes de surveillance (AES), du Comité européen du risque systémique (CERS), de la Banque centrale européenne (BCE) et du mécanisme de surveillance unique (MSU), ainsi que d’un large éventail de parties prenantes du secteur. Les effets de ces mesures ne dépendront pas seulement de l’adoption de modifications législatives, mais aussi de la participation et de l’engagement de tous les acteurs concernés, tant publics que privés. Il appartient aux autorités de réglementation et aux décideurs politiques de mettre en place les conditions nécessaires à une amélioration de l’environnement de la compensation dans l’UE. Mais en définitive, c’est aux acteurs du marché d’exploiter les possibilités offertes par la réglementation. Les pouvoirs publics de l’UE peuvent également jouer un rôle important, en montrant l’exemple et en contribuant à rendre l’écosystème de la compensation de l’Union européenne plus sûr, plus résilient et plus compétitif.
2.Doter l’UE d’un système de compensation compétitif et moderne?
a.Du point de vue des contreparties centrales
Les contreparties centrales favorisent la stabilité financière et doivent être en mesure de réagir de manière dynamique à l’évolution des marchés. Le règlement EMIR a établi un cadre solide pour la compensation centrale. Toutefois, certains aspects du cadre de surveillance actuel se sont révélés trop complexes. Les procédures d’agrément par les autorités de surveillance du lancement de nouveaux services et activités de compensation par les contreparties centrales de l’UE peuvent être inutilement longues et lourdes, ce qui freine l’arrivée de nouveaux produits sur le marché. La modification des modèles de risque des contreparties centrales se heurte à des obstacles similaires. L’agrément d’un nouveau produit ne devrait pas prendre des années, et les modèles doivent pouvoir être modifiés rapidement pour s’adapter à l’évolution du marché et de la situation économique. Les délais d’agrément gonflent les coûts et restreignent la compétitivité des contreparties centrales de l’UE, ce qui réduit l’attractivité de l’UE comme pôle d'affaires. Il est donc impératif de supprimer ces obstacles.
| Actions clés: La proposition législative modifiant le règlement EMIR prévoit de nouvelles procédures que les autorités chargées de la surveillance des contreparties centrales de l’UE devront suivre pour agréer les nouvelles activités ou les nouveaux services que ces dernières souhaitent proposer, ou les modifications de leurs modèles de risque. Les documents que les contreparties centrales doivent fournir dans leurs demandes sont normalisés et le délai d’obtention de l’agrément est réduit à quelques semaines. Une nouvelle procédure rapide est également instaurée pour le lancement par une contrepartie centrale de nouveaux services et activités qui n’entraînent pas de modification substantielle de son modèle économique. Ces réformes réduiront considérablement le temps nécessaire aux contreparties centrales pour lancer un produit sur le marché ou modifier de manière substantielle leur modèle. Les contreparties centrales de l’UE sont encouragées à exploiter au mieux les possibilités offertes par le nouveau cadre, notamment en élargissant leur gamme de produits pour répondre à la demande de leurs membres compensateurs et de leurs clients. |
b.Du point de vue des acteurs financiers
Les acteurs financiers qui recourent aux services de contreparties centrales, par exemple les fonds d’investissement et les entreprises d’assurance, devraient également bénéficier d’un coût réduit des services de compensation. À la suite des réformes adoptées après la crise de 2008 et du passage à la compensation centralisée, le cadre bancaire a également été ajusté pour permettre aux banques de bénéficier d’un traitement préférentiel en matière d’exigences de fonds propres lorsqu’elles font compenser leurs transactions via une contrepartie centrale agréée ou reconnue au lieu de réaliser des transactions bilatérales. Cela est logique car la compensation par une contrepartie centrale réduit le risque de crédit de contrepartie. Ces modifications des règles prudentielles applicables aux banques n’ont toutefois pas été pleinement reproduites dans les textes législatifs relatifs à d'autres pans du secteur financier. Dans la directive OPCVM, par exemple, les règles actuelles relatives aux limites applicables au risque de contrepartie pour les transactions sur instruments dérivés ne prennent pas pleinement en compte le fait que la compensation centrale réduit les risques pour les gestionnaires de fonds d’investissement. Le cadre Solvabilité II applicable aux assureurs présente également des incohérences.
Ce manque de cohérence est devenu d’autant plus problématique que les contreparties centrales de l’UE ont commencé à proposer de nouveaux modes d’accès à la compensation, qui aident les fonds et les entreprises d’assurance. En vertu du cadre Solvabilité II, par exemple, les expositions des entreprises d’assurance vis-à-vis de contreparties centrales peuvent être soumises à des exigences de fonds propres plus élevées lorsque ces assureurs souhaitent devenir des membres directs de la contrepartie centrale que lorsqu’ils agissent en tant que participants indirects à la compensation. Ces exigences de fonds propres plus élevées dissuadent d’utiliser ces nouveaux modes d’accès. Certains dispositifs de régime de retraite de l’UE, qui seront soumis à une obligation de compensation à partir de juin 2023, commencent ou ont déjà commencé à utiliser les nouveaux modes d’accès. Plus il y a d’acteurs participant au système, plus il y a de liquidité et d’opportunités disponibles pour effectuer des transactions.
| Actions clés: En plus d’instaurer l’obligation de détenir un compte actif auprès d’une contrepartie centrale de l’UE (voir section 4), les propositions législatives adoptées le 7 décembre 2022 modifient la directive OPCVM et le règlement sur les fonds monétaires afin de mieux tenir compte du rôle d’atténuation des risques que jouent les contreparties centrales agréées dans l’UE ou reconnues par l’AEMF. En ce qui concerne les entreprises d’assurance, la Commission a l’intention, lors de la prochaine révision du règlement délégué concerné, de remédier au traitement prudentiel défavorable auquel les assureurs se retrouvent soumis s’ils deviennent membres compensateurs directs. |
3.Un écosystème de compensation sûr et résilient
a.Assurer une surveillance solide et coordonnée
Le développement de l’écosystème de la compensation de l’UE pourrait entraîner l’apparition au sein de l’UE de nouveaux risques liés à l’augmentation des volumes de compensation. Pour que ces risques soient correctement gérés, les contreparties centrales de l’UE doivent faire l’objet d’une surveillance rigoureuse tant au niveau national qu’au niveau de l’UE. En effet, compte tenu du rôle central que joue la compensation dans le système financier de l’UE, les risques en cas de défaillances de la surveillance dépassent les frontières nationales.
Les évènements récents sur les marchés ont également confirmé la nécessité d’un suivi et d’un contrôle plus holistiques des risques: les contreparties centrales se situant au milieu d’une chaîne complexe d’interdépendances, la compensation centrale n’est pas seulement leur affaire et celle de quelques grandes banques, mais implique divers types d’acteurs économiques dans différents États membres. Les évènements survenus récemment sur les marchés ont mis en lumière la nécessité d’une meilleure information sur les relations et les interdépendances tout au long de la chaîne de compensation: même si les contreparties centrales sont robustes, les problèmes de liquidité rencontrés par des acteurs du marché peuvent entraîner des vulnérabilités qu’il convient d’identifier et auxquelles il faut remédier.
Cela signifie que l’UE doit renforcer le cadre afin que les autorités coopèrent efficacement sur le terrain, partagent leurs connaissances et leurs idées et développent une culture commune de la surveillance selon un processus ascendant. Il s’agit de mettre en place un écosystème dans lequel le suivi des chaînes de compensation, qui s’étendent sur plusieurs États membres et marchés, fasse intervenir les organes de l’UE. Cela vaut particulièrement pour les situations d’urgence, où les décisions doivent être prises sur la base d’une vue d’ensemble de la situation, dans l’intérêt de l’économie de l’UE comme de ses différents États membres.
On peut atteindre ces objectifs en développant le système de surveillance actuel de l’UE. Les dispositifs de surveillance applicables aux contreparties centrales ont été réformés en 2019: les autorités nationales de surveillance des contreparties centrales conservent la responsabilité finale de la surveillance des contreparties centrales établies sur leur territoire, mais le rôle de l’AEMF a été renforcé par la création d’un comité de surveillance des contreparties centrales composé des autorités nationales de surveillance des contreparties centrales de l’UE, de trois membres indépendants, ainsi que de banques centrales pour certaines discussions. Le comité de surveillance surveille les contreparties centrales de pays tiers d’importance systémique, tandis qu’en ce qui concerne les contreparties centrales de l’UE, son rôle consiste principalement à promouvoir la convergence.
| Actions clés: La proposition législative de la Commission développe encore le cadre de surveillance de l’UE et le renforce, notamment: i) en mettant en place des équipes de surveillance conjointe pour certaines tâches, afin de jeter les bases d’une surveillance plus coopérative dotée d’une perspective plus large embrassant l’ensemble de l’UE et de développer les connaissances et l’expérience en matière de surveillance dans l’ensemble de l’UE; ii) en facilitant le suivi par les autorités de l’UE, telles que les AES, la BCE, le CERS et le MSU, des risques transfrontières pour l’UE tout au long de la chaîne de compensation; et iii) en permettant à l’AEMF, par l’intermédiaire de son comité de surveillance des contreparties centrales, de coordonner les réponses communes aux situations d’urgence en s’appuyant sur des informations à jour. |
b.Un cadre plus solide pour la compensation des instruments dérivés sur matières premières
Les marchés des instruments dérivés sur matières premières permettent aux entreprises, et notamment aux producteurs, aux fournisseurs et aux distributeurs d’énergie, de gérer les risques de volatilité des prix et de proposer des contrats fixes à plus long terme aux clients. Au cours de l’été, l’envolée et l’extrême volatilité des prix sur les marchés des dérivés de l’énergie ont entraîné des problèmes de liquidité pour les entreprises énergétiques. La liquidité de ces acteurs du marché a été mise sous pression par les appels de marge plus élevés liés à la hausse des prix. Dans le cadre de son train de mesures d’urgence énergétique, la Commission a proposé, par exemple, d’étendre la liste des actifs pouvant être donnés en sûreté aux contreparties centrales de l’UE.
Toutefois, au-delà de ces mesures d’urgence, l’évolution récente des marchés a déjà mis en évidence la nécessité d’apporter des améliorations structurelles ciblées au cadre EMIR. De fait, les conséquences plus générales de cette évolution devraient être minutieusement examinées, comme le suggère également l’AEMF dans sa récente lettre à la Commission. La couverture des expositions sur l’énergie est devenue plus difficile pour certains acteurs du marché, car la volatilité des prix des matières premières s’est accrue et les contreparties centrales ont multiplié les appels de marge. Dans un scénario de tensions, les marges augmentent à mesure que croissent les risques auxquels les acteurs du marché font face. Dès lors, la compensation centrale accroît la nécessité, pour tous les participants à la compensation, de veiller à une bonne gestion de la liquidité afin d’être en mesure de répondre aux appels de marge. En outre, l’évolution récente des marchés a conduit à s’intéresser à la manière dont les contreparties non financières, telles que les entreprises, accèdent aux contreparties centrales, car les tensions sur la liquidité peuvent être plus fortes lorsqu’une entreprise accède directement à une contrepartie centrale, sans passer par un membre compensateur financier tel qu’une banque. Il convient que l’écosystème de la compensation de l’UE, cependant qu’il préserve la stabilité financière, permette aux entreprises de l’UE de couvrir leurs risques de manière efficiente et sûre. C’est ainsi que la compensation centrale pourra soutenir et soutiendra l’économie de l’Union.
| Actions clés. En exigeant une plus grande transparence des modèles de marge pour tous, la proposition législative modifiant le règlement EMIR donnera aux entreprises la possibilité de mieux appréhender leurs futurs besoins de liquidité aux fins de la compensation centrale: une entreprise pourra plus facilement prévoir ses besoins de liquidité si elle sait à quel type d’appels de marge elle pourrait devoir répondre, en particulier dans une situation de tensions. Les contreparties centrales de l’UE fournissent déjà des outils qui simulent le comportement des modèles de marge. Il convient toutefois que ces informations soient communiquées à tous les acteurs de la chaîne de compensation: puisque la question des besoins de liquidité découlant des appels de marge ne concerne pas seulement le membre compensateur, celui-ci sera tenu d’expliquer clairement à ses clients le fonctionnement des appels de marge et de leur fournir des simulations selon différents scénarios. La proposition législative modifiant le règlement EMIR renforce également les exigences de participation à une contrepartie centrale, afin de prévenir la propagation de risques excessifs à d’autres membres compensateurs. Les sociétés non financières qui ont un accès direct à une contrepartie centrale doivent être mieux armées pour remplir leurs obligations. La proposition législative tient également compte des recommandations de l’AEMF appelant à modifier la méthode de détermination du seuil de compensation, afin de la rendre plus facile à mettre en œuvre et plus prévisible. La proposition prévoit également d’exiger de l’AEMF qu’elle réexamine et clarifie les conditions à respecter pour qu’une transaction soit considérée comme une couverture et ne soit donc pas prise en compte dans le calcul aux fins du seuil de compensation. |
4. Un écosystème de compensation soutenant l’autonomie stratégique ouverte de l’UE
La compensation est une activité mondiale, et les acteurs du marché de l’UE sont actifs dans plusieurs contreparties centrales du monde. Les travaux menés ces dernières années en matière de reconnaissance de l’équivalence de contreparties centrales illustrent clairement l’engagement de l’UE en faveur d’un système financier ouvert qui promeuve les normes et la coopération internationales. La Commission a adopté des décisions d’équivalence relatives aux contreparties centrales pour plus de 20 juridictions, ce qui a permis au marché de l’UE de s’ouvrir à plus de 40 contreparties centrales étrangères. Cette ouverture est synonyme de nouveaux débouchés pour les contreparties centrales de pays tiers ainsi que pour les acteurs du marché de l’UE, qui accompagnent souvent les entreprises européennes sur les marchés étrangers.
Mais dans le même temps, l’«autonomie stratégique ouverte» implique que l’UE soit capable de faire face aux risques qu’une exposition trop grande de ses acteurs de marché à l’égard d’entités de pays tiers, source potentielle de vulnérabilités, pourrait faire peser sur sa stabilité financière. Le Royaume-Uni, en particulier, joue un rôle clé en tant que pôle de compensation centrale: au premier semestre de 2021, 91 % des opérations de swaps de taux d’intérêt libellées en euros y ont été compensées.
Afin d’atténuer les risques qui découleraient d’une éventuelle interruption brutale de l’accès des acteurs du marché de l’UE aux contreparties centrales britanniques à la suite du retrait du Royaume-Uni de l’UE, la Commission a adopté des décisions d’équivalence temporaires couvrant le cadre de réglementation et de surveillance de ces contreparties centrales. La décision d’équivalence temporaire qui couvre actuellement le cadre applicable aux contreparties centrales établies au Royaume-Uni expire le 30 juin 2025.
Dans le même temps, la Commission a exhorté les acteurs du marché de l’UE à réduire les expositions excessives à l’égard de ce type d’infrastructures systémiques situées dans un pays tiers, compte tenu des risques potentiels en cas de tensions. En effet, en cas de tensions, les autorités de régulation et de surveillance de l’UE auront d’autant plus de mal à parer aux risques pesant sur la stabilité financière de l’Union que les acteurs du marché de l’UE dépendent fortement de contreparties centrales établies dans un pays tiers. Comme l’a relevé l’AEMF, en temps de crise, une modification des sûretés acceptées, des marges appelables ou des décotes applicables peut avoir une incidence négative sur les marchés des obligations souveraines d’un ou de plusieurs États membres et, plus globalement, sur la stabilité financière de l’Union. Des perturbations sur les marchés présentant un intérêt stratégique pour les politiques monétaires des banques centrales de l’UE peuvent également entraver le mécanisme de transmission de ces politiques. En période de crise, l’Union n’aurait pas la main pour prendre les décisions opportunes.
Il est important de se préparer aux événements à faible probabilité d’occurrence mais à haut risque. L’augmentation des capacités de compensation de l’UE et le renforcement de l’écosystème de compensation réduiront les expositions excessives des acteurs du marché de l’UE à l’égard des contreparties centrales de pays tiers à moyen terme et soutiendront ainsi l’autonomie stratégique ouverte de l’Union.
Actions clés. La proposition législative modifiant le règlement EMIR prévoit d’exiger des acteurs du marché soumis à une obligation de compensation qu’ils fassent compenser, par l’intermédiaire de comptes actifs détenus auprès de contreparties centrales de l’UE, une partie des produits identifiés par l’AEMF comme revêtant une importance systémique substantielle. Cette exigence contribuera à réduire les risques, tels qu’identifiés par l’AEMF, qu’une exposition excessive à l’égard des contreparties centrales de pays tiers fait peser sur la stabilité financière. Pour compléter cette mesure, la proposition législative modifie également la directive sur les fonds propres des établissements de crédit et la directive sur les entreprises d’investissement afin d’améliorer la surveillance et le traitement du risque de concentration pouvant résulter d’expositions vis-à-vis des contreparties centrales.
La Commission propose également de simplifier l’évaluation de l’équivalence au titre du règlement EMIR lorsque les risques liés à la compensation dans un pays tiers sont particulièrement faibles. L’expérience a montré qu’il était possible de rendre le cadre d’équivalence du règlement EMIR plus proportionné et de mieux adapter la coopération avec les autorités de surveillance de pays tiers, en fonction de l’ampleur des risques présentés par leurs contreparties centrales, et ce sans transiger sur la nécessité pour ces pays tiers de mettre en place des règles solides.
5. Le rôle des autorités publiques
Les autorités de surveillance, les banques centrales, ainsi que d’autres autorités et les entités publiques, tant au niveau national qu’au niveau de l’UE, ont un rôle important à jouer dans la mise en place d’un écosystème de compensation compétitif.
Le règlement EMIR exempte les entités publiques, par exemple les agences de gestion de la dette, de l’obligation de faire compenser leurs produits dérivés auprès d’une contrepartie centrale. Cette exemption se justifie par la nécessité de laisser ces organismes accomplir leur mission d’intérêt public. Au fil des ans, certaines entités publiques ont entrepris volontairement de faire compenser centralement leurs contrats. La compensation centrale offre une plus grande protection contre le risque de crédit de contrepartie, améliore la liquidité des marchés et accroît la transparence. La Commission encourage vivement les autorités publiques des États membres de l’UE qui décident de recourir à la compensation de le faire auprès de contreparties centrales établies dans l’UE, pour autant que les produits recherchés soient disponibles. Pour sa part, la Commission s’engage à faire compenser la plupart de ses positions compensées centralement auprès d’une contrepartie centrale de l’UE, lorsque les produits recherchés sont disponibles.
La contribution des autorités publiques nationales peut être utile dans le domaine des règles comptables. Des incertitudes entourent l’application de certaines règles nationales en matière de comptabilité de couverture, ce qui pourrait décourager, dans la pratique, les transferts de positions d’une contrepartie centrale de pays tiers vers une contrepartie centrale de l’UE. La Commission invite les autorités nationales à examiner les règles comptables nationales et à supprimer ou à aplanir tout obstacle au transfert d’expositions.
Les banques centrales sont, elles aussi, des acteurs importants. La consultation publique menée par la Commission au début de l’année 2022 a mis en évidence un large soutien des parties prenantes en faveur de nouvelles avancées dans les systèmes de paiement européens, et plus particulièrement dans TARGET2. TARGET2 est un système de paiement unique, qui fonctionne sur la base d’un règlement brut en temps réel pour ses participants et constitue une infrastructure essentielle soutenant l’euro. Un certain nombre d’acteurs du marché, à la fois des banques et des contreparties centrales, ont déploré les heures de fonctionnement trop courtes de ce système, qui font que des appels de marge effectués par des contreparties centrales de l’UE à une heure tardive un jour ouvrable doivent l’être dans une monnaie étrangère telle que le dollar des États-Unis. Selon les acteurs du marché, cette situation est cause de difficultés tant pour les contreparties centrales, qui doivent pouvoir investir les dollars reçus sur le marché des pensions, que pour les membres compensateurs et leurs clients, qui sont tenus de disposer du montant de dollars nécessaire pour répondre aux appels de marge. Les conséquences de cette situation pourraient être particulièrement graves en période de tensions, où les appels de marge des contreparties centrales peuvent se produire à des heures plus tardives et sont de montants variables. La Commission souhaite éviter que les acteurs du marché de l’UE ne dépendent de liquidités en devises au moment de répondre aux appels de marge des contreparties centrales de l’UE, en particulier en période de tensions. La Commission invite donc les banques et les contreparties centrales à engager un dialogue avec l’Eurosystème sur ces sujets et à examiner tous les moyens possibles d’utiliser le système. La Commission fait confiance aux acteurs du marché, avec l’Eurosystème, pour se saisir des questions soulevées dans le cadre de la consultation ciblée de 2022 et leur apporter une réponse.
Un autre point porté à l’attention de la Commission concerne les politiques des banques centrales en matière d’accès des contreparties centrales aux facilités de dépôt et de trésorerie. Comme l’indique un rapport du Fonds monétaire international (FMI) de 2018, l’Eurosystème a mis en place des politiques d’accès générales pour les contreparties centrales. En raison de la multiplicité de ces politiques d’accès, le FMI a recommandé à la BCE/Eurosystème d’étudier la possibilité d’harmoniser les politiques d’accès pertinentes pour les contreparties centrales. L’Eurosystème poursuit sa réflexion sur ces questions. Il convient de noter que les politiques d’accès aux facilités de dépôt et de liquidité des banques centrales relèvent du mandat et des missions de l’Eurosystème, qui sont exécutés dans le respect du principe d’indépendance des banques centrales.
5. Conclusion
Les réformes consécutives à la crise financière mondiale de 2008 ont permis aux marchés de l’UE d’être dans une bien meilleure position qu’auparavant pour faire face aux évolutions récentes. La compensation centrale est un élément clé de ces réformes. Elle est essentielle à la négociation et au bon développement des marchés des capitaux. Elle est indispensable à la mise en place de l’union des marchés des capitaux. Néanmoins, l’expérience tirée du cadre actuel de l’UE a mis en évidence la nécessité d’apporter des améliorations dans un certain nombre de domaines.
Un élément important est de développer les capacités de compensation de l’UE afin d’offrir à nos entreprises davantage de possibilités de compensation, de renforcer nos marchés des capitaux et, tout en gardant ceux-ci ouverts, de préserver la stabilité financière.
La révision du cadre de compensation de l’UE cherchera également à remédier aux problèmes que les entreprises énergétiques, qui subissent actuellement un choc sans précédent, ont rencontrés au moment de faire compenser leurs contrats dérivés. Un système de compensation solide est un système qui permet aux entreprises de couvrir efficacement leurs risques et de mieux anticiper les appels de marge, mais c’est aussi un système dans lequel les entreprises sont bien armées pour participer à la compensation centrale et, lorsqu’elles y participent, sont soumises à une surveillance adéquate.
Les mesures concernant spécifiquement les contreparties centrales et les autres aspects du système de compensation décrits plus haut ne produiront pas les résultats escomptés si elles sont prises isolément, compensation rimant souvent avec concentration. Elles doivent s’accompagner de mesures claires ciblant la demande de services de compensation et encourageant cette demande à se tourner vers les contreparties centrales de l’UE. Pour les contreparties centrales de l’UE, l’augmentation de la demande de compensation qui leur est adressée se traduira par un accroissement de leur liquidité.
Enfin, un système européen de compensation plus solide peut jouer un rôle central de soutien à l’autonomie stratégique ouverte de l’UE. Il ne peut y avoir d’autonomie stratégique ouverte si l’UE ne développe pas ses capacités de compensation et ne remédie pas à ses vulnérabilités. Il y va aussi de la capacité de l’UE à jouer pleinement son rôle sur la scène mondiale: en offrant un choix plus grand de possibilités de compensation, l’UE contribuera à la stabilité financière mondiale.
Ce train de mesures peut ouvrir la voie dans l’UE à un écosystème de compensation plus solide, plus sûr et plus compétitif pour les années à venir. Eu égard à l’importance du train de mesures, et compte tenu de l’environnement actuel, la Commission encourage le Parlement européen et le Conseil à adopter rapidement ces mesures et se tient prête à faciliter les négociations interinstitutionnelles. Un engagement résolu de toutes les parties est la clé du succès.