COMMISSION EUROPÉENNE
Bruxelles, le 11.10.2022
COM(2022) 730 final
RAPPORT DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN, AU CONSEIL, AU COMITÉ ÉCONOMIQUE ET SOCIAL EUROPÉEN ET AU COMITÉ DES RÉGIONS
sur la mise en œuvre et l’application des accords commerciaux de l’UE
{SWD(2022) 730 final}
TABLE DES MATIÈRES
I. Introduction
I.1 Le rapport
I.2 Mise en œuvre et application des engagements commerciaux internationaux au titre des accords bilatéraux et multilatéraux – principales évolutions
II. Tirer pleinement parti des possibilités offertes par les accords commerciaux de l’UE
II.1 Échanges commerciaux avec les partenaires préférentiels: principales évolutions en 2021
II.2 Progression de la mise en œuvre des accords commerciaux de l’UE en Asie, dans les Amériques, dans les pays du voisinage de l’Union et dans les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique
III. Aider les petites et moyennes entreprises à trouver leur place dans le commerce mondial
IV. Lutter contre les obstacles et trouver des solutions
IV.1 Point sur les obstacles au commerce et leur suppression
IV.2 Le guichet unique pour les plaintes
V. Assurer l’application bilatérale et multilatérale des engagements commerciaux: règlement des différends
V.1 Recours au règlement des différends
V.2 Renouvellement du groupe d’arbitres pour les différends au titre des accords de l’UE
I.Introduction
I.1 Le rapport
Le présent document constitue le deuxième rapport annuel consolidé de la Commission sur les mesures de mise en œuvre et d’application dans le domaine du commerce. Il fournit un aperçu des principales activités menées afin d’assurer la mise en œuvre et l’application effectives des accords et régimes commerciaux de l’UE, sous la direction du responsable européen du respect des règles du commerce de la Commission, en 2021 et au premier trimestre 2022.
Le présent rapport couvre les actions entreprises dans quatre domaines prioritaires:
1.veiller à ce que les possibilités offertes par les accords commerciaux de l’UE soient pleinement exploitées (section II);
2.aider les petites et moyennes entreprises à trouver leur place dans le commerce mondial (section III);
3.lutter contre les obstacles au commerce et résoudre les problèmes en dehors des litiges formels (section IV); et
4.utiliser les mécanismes de règlement des différends bilatéraux ou multilatéraux pour faire respecter les droits de l’Union (section V).
Le document de travail des services de la Commission accompagnant le présent rapport contient des informations supplémentaires complétant la section II.2 du rapport consacrée aux 38 principaux accords commerciaux de l’UE, y compris, pour la première fois, une fiche pays relative à l’accord de commerce et de coopération conclu entre l’UE et le Royaume-Uni. Ce document contient également des informations qui complètent la section IV.1 du présent rapport, notamment une liste des nouveaux obstacles recensés et de ceux qui ont été éliminés entièrement ou partiellement en 2021.
Le site web de la Commission contient des informations complémentaires au présent rapport relatives à l’évolution des échanges commerciaux de l’UE avec ses partenaires préférentiels en 2021, à l’utilisation des préférences tarifaires par les exportateurs et importateurs de l’UE pour chaque partenaire commercial préférentiel, tant pour l’UE que pour les États membres, et aux taux d’utilisation des contingents tarifaires.
Si le présent rapport est essentiellement axé sur la mise en œuvre et l’application assurées grâce à nos actions au titre des accords commerciaux, il devrait également être considéré dans le contexte plus large des activités d’application au sujet desquelles la Commission publie des rapports séparés:
·le recours aux instruments de défense commerciale (antidumping, antisubventions et mesures de sauvegarde) afin de défendre les intérêts de l’UE contre les pratiques déloyales est couvert par les rapports annuels de la Commission sur la défense commerciale;
·les activités visant à lutter contre les marchandises de contrefaçon ou d’autres atteintes aux droits de propriété intellectuelle (DPI) des entreprises de l’UE sont traitées dans le rapport sur les DPI et la liste de surveillance de la contrefaçon et du piratage, que la Commission publie en alternance un an sur deux;
·le filtrage des investissements directs étrangers et le contrôle des exportations de biens à double usage, qui constituent les contrôles stratégiques du commerce et des investissements de l’UE visant à garantir la sécurité, sont couverts par les rapports annuels de la Commission sur le filtrage des IDE et le règlement sur le contrôle des exportations;
·l’application du schéma de préférences généralisées (SPG) de l’UE afin de fournir aux pays en développement éligibles une incitation spéciale à œuvrer en vue de favoriser le développement durable et la bonne gouvernance est couverte par le rapport de la Commission sur le SPG.
I.2 Mise en œuvre et application des engagements commerciaux internationaux au titre des accords bilatéraux et multilatéraux – principales évolutions
Ce deuxième rapport confirme la détermination de l’UE à faire en sorte que les entreprises, les travailleurs et les parties prenantes de toute l’UE puissent profiter pleinement des bénéfices du commerce international, mais aussi que les partenaires commerciaux du monde entier respectent les engagements qu’ils ont pris au niveau multilatéral ou bilatéral.
Les résultats positifs obtenus lors de la conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) qui s’est tenue en juin 2022 à Genève, notamment l’engagement pris en vue de réformer l’organisation, y compris son mécanisme de règlement des différends, prouvent l’utilité de l’OMC. Celle-ci constitue la toile de fond des accords commerciaux conclus par l’UE dans le monde entier et représente une pierre angulaire du programme d’application de l’UE avec certains de ses principaux partenaires commerciaux, ainsi qu’un filet de sécurité pour les autres partenaires avec lesquels l’UE a mis en place des accords commerciaux bilatéraux.
En 2021, l’UE comptait 42 accords commerciaux préférentiels en vigueur avec 74 partenaires. Ce réseau d’accords a continué de jouer un rôle important au cours de la période de référence (c’est-à-dire en 2021 et au premier trimestre 2022), alors que les entreprises de l’UE et du monde entier émergeaient des dégâts provoqués par la pandémie de COVID-19. Toutefois, cette influence dépend de la bonne mise en œuvre et du contrôle adéquat de l’application de ces accords – ainsi que des règles du commerce international. Les perturbations engendrées par la COVID ont également eu des répercussions sur les flux commerciaux, entraîné des effets boule de neige sur le coût de la vie et rendu plus difficile pour les entreprises de toutes tailles d’évoluer sur les marchés étrangers. Comme le montre le présent rapport, certains partenaires ont continué de se replier sur eux-mêmes, en imposant des restrictions commerciales discriminatoires destinées à favoriser la production locale et l’industrie nationale. L’UE s’est montrée prête à agir lorsque de tels obstacles apparaissaient.
Les événements survenus au cours des premiers mois de l’année 2022 ont encore accentué cet état de fait, à la suite de la guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine. Les perturbations des marchés et des chaînes d’approvisionnement qui s’en sont suivies, alors que les nations prenaient des mesures en réponse à cette guerre, ne font que mettre en évidence l’importance d’avoir des échanges commerciaux ouverts, de partager des valeurs communes et de trouver d’autres moyens de maintenir les flux commerciaux au départ et à destination de l’UE. Dans un contexte d’augmentation des prix de l’énergie et de pénuries de matières premières, y compris de produits agricoles, le réseau d’accords commerciaux de l’Union est un atout majeur pour garder les marchés ouverts et aider les entreprises à diversifier leurs chaînes d’approvisionnement.
Il convient également de signaler deux autres évolutions importantes au cours de la période de référence:
·premièrement, après la fin de la période de transition prévue par l’accord sur le retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne et de l’application provisoire de l’accord de commerce et de coopération entre l’UE et le Royaume-Uni le 1er janvier 2021, le Royaume-Uni (couvert par le présent rapport) est devenu le premier partenaire commercial préférentiel de l’UE, ce qui signifie que la part des échanges de l’UE avec ses partenaires préférentiels est passée de 32 % à 44 % par rapport à 2020. Cela a également eu une incidence sur l’excédent de l’UE vis-à-vis de ses partenaires préférentiels en ce qui concerne le commerce de marchandises, qui est passé de 124 milliards d’euros en 2020 – bien que le niveau des échanges ait été fortement réduit en raison de la COVID – à 208 milliards d’euros en 2021. L’accord de commerce et de coopération entre l’UE et le Royaume-Uni est un accord sui generis, ce qui pose des problèmes d’un type très particulier, étant donné que le Royaume-Uni est passé d’un statut d’État membre jouissant d’un accès intégral au marché intérieur à un statut de pays tiers partenaire. La Commission a publié, le 24 mars 2022, un rapport distinct sur la mise en œuvre et l’application de l’accord de commerce et de coopération entre l’UE et le Royaume-Uni en 2021. En 2021, la mise en œuvre de l’accord s’est concentrée sur l’accompagnement des entreprises dans cette transition et a notamment précisé certains aspects des règles et systèmes du Royaume-Uni, tout en apportant une réponse aux obstacles au commerce qui risquent de porter préjudice aux parties prenantes de l’UE;
·deuxièmement, l’année 2021 a vu une amélioration majeure de la relation transatlantique avec les États-Unis: des solutions ont été trouvées à plusieurs conflits importants qui persistaient depuis longtemps, et une nouvelle dynamique de coopération a été créée dans le cadre du Conseil du commerce et des technologies.
Au cours de la période de référence, l’UE a continué d’avancer dans son programme de mise en œuvre et d’application sur quatre grands axes, et ses actions ont porté leurs fruits, comme l’illustrent les exemples ci-dessous.
Premièrement, la Commission a encore intensifié ses efforts visant à faciliter l’exploitation des bénéfices concrets offerts par les accords commerciaux, en particulier par les petites et moyennes entreprises (PME), tout en remédiant aux problèmes liés à l’accès au marché et à la durabilité:
·plus de trois millions d’utilisateurs (dont 72 % issus de l’UE) se sont rendus sur la plateforme Access2Markets de la Commission (qui couvre 135 marchés d’exportation, ainsi que l’ensemble des pays de l’UE); de nouveaux contenus ont été ajoutés en ce qui concerne certains aspects du commerce de services et des marchés publics de l’UE; l’outil d’autoévaluation des règles d’origine (ROSA) a été amélioré;
·en 2021, 39 obstacles au commerce existants ont été entièrement ou partiellement éliminés (soit six de plus qu’en 2020), essentiellement grâce à la coopération de l’UE avec les 24 partenaires commerciaux concernés; par ailleurs, en 2021, les exportations de l’UE vers des pays tiers ont augmenté de 7,2 milliards d’euros, grâce à cinq années de travail sur l’élimination des obstacles entre 2015 et 2020; les parties prenantes ont adopté le guichet unique et, en 2021 ainsi que sur les quatre premiers mois de 2022, celui-ci a été contacté plus de 60 fois par des parties prenantes de l’UE et 46 plaintes relatives à des problèmes d’accès aux marchés ont été introduites;
·en ce qui concerne les deux affaires mentionnées dans le rapport 2021 dans le cadre du règlement de l’UE sur les obstacles au commerce, l’une a été résolue avec succès par le Mexique en ce qui concerne les exportations de «Tequila» (la Commission a clôturé son enquête le 4 février 2022) et l’autre est proche d’être résolue par l’Arabie saoudite en ce qui concerne les carreaux en céramique.
Deuxièmement, la Commission a poursuivi ou engagé de nouvelles procédures d’application du droit devant l’OMC et dans le cadre de ses accords bilatéraux:
·procédures de règlement de différends devant l’OMC: au 30 avril 2022, l’EU était à l’origine de 110 des 612 différends portés devant l’OMC depuis 1995. La Commission a continué de plaider et de se défendre dans les procédures en cours, et, début 2022, elle a demandé l’ouverture de quatre nouvelles procédures, dont deux contre la Chine, une contre l’Égypte et une contre le Royaume-Uni. Cette dernière procédure concernait le secteur de l’énergie éolienne: le 1er juillet déjà, moins de quatre mois après que l’UE a demandé des consultations dans le cadre de l’OMC, les parties ont convenu d’une solution pour remédier aux préoccupations de l’UE concernant une discrimination opérée dans le système de contrats d’écart compensatoire du Royaume-Uni, qui est le principal mécanisme mis en place par le Royaume-Uni pour favoriser la production d’électricité à faibles émissions de carbone;
·au 30 avril 2022, environ la moitié des différends portés devant l’OMC depuis l’entrée en vigueur de l’arrangement multipartite concernant une procédure arbitrale d’appel provisoire (AMPA) avaient opposé des participants à l’AMPA, tandis qu’avec la Turquie, l’UE a accepté un accord d’arbitrage séparé pour traiter d’éventuels recours dans deux affaires (pour plus d’informations, voir la section V);
·l’UE a continué d’avoir recours à des mécanismes de règlement des différends bilatéraux pour résoudre ses problèmes avec la Corée du Sud, l’Union douanière d’Afrique australe et l’Algérie, tandis que l’application de la décision rendue contre l’Ukraine est suspendue compte tenu de la situation politique.
Troisièmement, afin de compléter les outils à sa disposition et de répondre aux problèmes mondiaux actuels dans différents domaines, et notamment en vue de favoriser des transitions écologiques et durables, la Commission:
·a achevé le réexamen accéléré de son plan d’action en 15 points sur le commerce et le développement durable (ci-après le «réexamen des chapitres CDD»), y compris sur les aspects ayant trait à la mise en œuvre et à l’application, en publiant, le 22 juin 2022, sa communication intitulée «La force des partenariats commerciaux: ensemble pour une croissance économique verte et juste»;
·a accompli des progrès en ce qui concerne sa proposition de renouvellement du schéma de préférences généralisées: un nouveau règlement SPG, élaboré sur la base d’une proposition de la Commission du 22 septembre 2021, est en cours de discussion au Parlement européen et au Conseil, en vue de l’adoption d’un texte définitif par le Parlement et le Conseil au dernier trimestre 2022.
Quatrièmement, la Commission a également progressé dans ses travaux relatifs à d’autres importants nouveaux instruments de l’UE, qui se trouvent actuellement devant le Parlement européen et le Conseil ou viennent d’être adoptés, afin d’assurer des règles du jeu équitables et de défendre l’UE et ses États membres contre la coercition économique:
·le 14 mars 2022, le Conseil et le Parlement européen sont parvenus à un accord politique sur toutes les questions restantes concernant une proposition de la Commission visant à établir un instrument relatif aux marchés publics internationaux. Grâce à ce règlement, l’UE sera, à terme, en mesure de restreindre l’accès des fournisseurs de certains pays aux marchés publics européens lorsque ces pays ne permettent pas un accès similaire à leurs marchés publics. Ces restrictions pourraient consister à adapter la manière dont les offres du pays concerné seront évaluées, ou entraîner l’exclusion de certains soumissionnaires du pays concerné. Le règlement a été publié le 30 juin et est entré en vigueur le 29 août 2022;
·le 30 juin, le Conseil et le Parlement européen sont parvenus à un accord politique au sujet de la proposition de la Commission du 5 mai 2021 concernant un règlement du Parlement européen relatif aux subventions étrangères faussant le marché intérieur, qui vient combler une lacune réglementaire dans les règles de l’UE relatives à la concurrence, aux marchés publics et au commerce: grâce à ce règlement, la Commission sera habilitée à enquêter sur les contributions financières accordées par les autorités publiques d’un pays tiers à des entreprises exerçant une activité économique (par exemple, des passations de marchés ou des concentrations) dans l’UE et à remédier à leurs effets de distorsion. Le règlement entrera en vigueur une fois qu’il aura été formellement adopté par le Conseil et le Parlement européen et publié au Journal officiel. Le règlement deviendra directement applicable dans l’ensemble de l’UE six mois après son entrée en vigueur. Les obligations de notification commenceront à s’appliquer neuf mois après l’entrée en vigueur;
·le 8 décembre 2021, la Commission a présenté une proposition d’instrument anticoercitif visant à assurer la protection des intérêts de l’UE et des États membres en cas de coercition économique – c’est-à-dire lorsqu’un pays tiers fait pression sur l’UE ou sur un État membre afin qu’il opère un choix donné, dans un quelconque domaine relevant de sa compétence, en utilisant des mesures ayant une incidence sur le commerce ou les investissements. Le principal objectif de l’instrument proposé est de dissuader les pays tiers de recourir à la coercition économique vis-à-vis de l’UE ou d’un État membre. Si un pays tiers a tout de même recours à cette méthode, la proposition prévoit un processus d’échanges avec ce pays afin de faire cesser la coercition et comporte, en dernier ressort, des outils de riposte. La proposition contient également une disposition consacrée à la coopération internationale sur la question de la coercition économique. Le Conseil et le Parlement européen préparent actuellement leurs positions respectives en vue d’entamer les négociations interinstitutionnelles, qui devraient débuter à l’automne 2022.
En avançant dans ses travaux de mise en œuvre et d’application, la Commission fait progresser, en particulier, la mise en place d’un partenariat étroit avec les autres institutions et les États membres de l’UE. Au premier trimestre 2022, la Commission, avec le soutien de la présidence française, a lancé une discussion plus large sur les moyens de renforcer la coopération en matière de mise en œuvre et d’application avec les États membres et les parties prenantes (entreprises, organisations de promotion du commerce, partenaires sociaux, groupes de la société civile, organisations non gouvernementales), en passant par l’intermédiaire de Bruxelles mais aussi en intervenant sur le terrain, dans les États membres et dans les pays tiers, où plus de 200 agents de la DG Commerce travaillent toute l’année sur des questions commerciales au sein de 58 délégations de l’UE. La Commission a aussi régulièrement adressé des rapports à la commission INTA du Parlement européen afin de tenir les députés européens informés des questions les plus saillantes en matière de mise en œuvre et d’application, et les députés européens lui ont fait part, en retour, de leurs réactions. Enfin, la Commission a également échangé avec le Comité économique et social, en particulier en raison du rôle joué par ce dernier dans le soutien apporté aux groupes consultatifs internes (GCI) de l’UE établis au titre de 11 accords commerciaux de l’UE.
II.Tirer pleinement parti des possibilités offertes par les accords commerciaux de l’UE
II.1 Échanges commerciaux avec les partenaires préférentiels: principales évolutions en 2021
En 2021, 44 % des échanges commerciaux de l’UE ont été effectués dans le cadre d’accords commerciaux préférentiels…
Les échanges commerciaux de l’UE avec ses 74 partenaires préférentiels ont représenté 1 891 milliards d’euros en 2021, soit 44 % de son commerce extérieur (c’est-à-dire à l’exclusion des échanges entre États membres). En 2021, les exportations de l’UE vers ses partenaires préférentiels ont atteint 1 049 milliards d’euros et les importations de l’UE en provenance des mêmes pays se sont élevées à 841 milliards d’euros. Si l’on y ajoute les échanges avec les partenaires avec lesquels l’UE a achevé des négociations sur des accords en cours d’adoption ou de ratification (3,4 %), la part des échanges préférentiels de l’UE dans son commerce extérieur total monterait à 47,4 %.
Graphique 1 – Commerce extérieur de l’UE (2021)
Source: Eurostat, Comext (extraction effectuée en mars 2022).
Comme le montre le graphique 2 ci-dessous, le Royaume-Uni est désormais le principal partenaire préférentiel de l’UE, représentant 22,8 % des échanges commerciaux de l’Union avec les 74 partenaires préférentiels, suivi par la Suisse (14,8 %), la Turquie (8,3 %), la Norvège (6,9 %) et le Japon (6,6 %). À eux cinq, ces partenaires ont représenté près de 60 % du commerce préférentiel de l’UE en 2021. Le Royaume-Uni est le troisième principal partenaire commercial de l’UE dans l’ensemble, derrière la Chine et les États-Unis, tandis que la Suisse arrive en quatrième position. La Turquie, la Norvège, le Japon et la Corée du Sud se classent de la sixième à la neuvième place, derrière la Russie et devant l’Inde.
Graphique 2 – Échanges de marchandises de l’UE par partenaire préférentiel (2021)
Source: Eurostat, Comext (extraction effectuée en mars 2022).
Les échanges de marchandises de l’UE avec ses partenaires préférentiels (Royaume-Uni non inclus) ont de nouveau plus fortement progressé que le total des échanges internationaux de l’UE…
Comme cela a été le cas pour la période entre 2019 et 2020, les échanges entre l’UE et les partenaires préférentiels ont plus fortement augmenté (de 19,5 %) entre 2020 et 2021 que les échanges totaux entre l’UE et l’ensemble de ses partenaires commerciaux (17,6 %) sur la même période.
… tandis que la croissance a été plus faible si l’on inclut le Royaume-Uni
Comme le montre le graphique 3, les échanges entre l’UE et ses partenaires préférentiels, Royaume-Uni inclus, ont augmenté de 13,3 %, soit à un rythme inférieur aux échanges entre l’UE et l’ensemble des pays tiers (qui ont progressé de 17,6 %) et aux échanges entre l’UE et ses partenaires n’ayant pas conclu d’ALE (qui ont progressé de 21,3 %) sur la même période.
Graphique 3 – Croissance annuelle des échanges commerciaux par partenaire (2020-2021) – marchandises
Source: Eurostat, Comext (extraction effectuée en mars 2022).
Comme pour le total des marchandises, les échanges de produits agroalimentaires de l’UE avec ses 74 partenaires préférentiels ont augmenté de 4,7 % en 2021, soit plus modestement que les échanges de produits agroalimentaires entre l’UE et l’ensemble de ses partenaires commerciaux (qui ont progressé de 7,2 %), bien que les exportations de l’UE aient progressé un peu plus fortement (de 8,2 %) que les exportations de produits agroalimentaires de l’UE vers l’ensemble de ses partenaires commerciaux, qui ont augmenté de 7,3 %. Cette tendance est essentiellement due aux importations de l’UE en provenance du Royaume-Uni, qui ont subi une forte baisse en 2021 (de 24,5 %) et ont été davantage affectées que les importations de produits non agricoles, qui ont reculé de 12 % sur la même période. Parmi les explications possibles figurent l’introduction des contrôles sanitaires et phytosanitaires (SPS) appliqués par l’UE, mais aussi les difficultés rencontrées par les opérateurs du Royaume-Uni pour passer du régime du marché unique à un régime commercial de pays tiers pour de vastes parties de leurs exportations.
Parallèlement, l’excédent de l’UE vis-à-vis de ses partenaires préférentiels a augmenté en 2021
D’un autre côté, l’inclusion du Royaume-Uni parmi les partenaires préférentiels de l’UE a également entraîné une augmentation de l’excédent de l’UE vis-à-vis de ses partenaires préférentiels en ce qui concerne le commerce de marchandises, qui est passé de 124 milliards d’euros en 2020 à 208 milliards d’euros en 2021, bien que le niveau des échanges ait été fortement réduit en raison de la COVID. Environ 20 % de l’excédent de l’UE vis-à-vis de ses partenaires préférentiels peuvent être imputés aux produits agroalimentaires.
En 2021, la Commission a de nouveau réalisé un suivi des importations dans l’UE de certains produits industriels et agroalimentaires, comme l’exigent les règlements applicables…
Obligations spécifiques de suivi concernant les échanges de marchandises avec la Corée du Sud et les partenaires latino-américains
Conformément au règlement (UE) nº 511/2011, la Commission a assuré un suivi des importations par la Corée du Sud de pièces automobiles et de pièces électroniques essentielles en provenance des principaux fournisseurs hors UE. En 2021, les importations sud-coréennes de moteurs à combustion (diesel et essence) et de pièces détachées ont augmenté par rapport à 2020 (+ 8 %), de même que les importations de pièces automobiles essentielles (+11 %). Sur la base de ces statistiques du commerce, il n’est pas possible d’établir un lien entre les ajustements au titre de la ristourne de droit et l’augmentation des importations dans l’UE de voitures en provenance de Corée du Sud.
Les importations dans l’UE de bananes fraîches en provenance de Colombie, d’Équateur et du Pérou ainsi que d’Amérique centrale ont également fait l’objet d’un suivi de la part de la Commission, comme l’exigent les règlements (UE) nº 19/2013 et nº 20/2013. L’évolution des importations en 2021 est restée conforme aux tendances moyennes annuelles observées précédemment. La Commission continuera d’analyser régulièrement la situation du marché et des producteurs de bananes de l’Union et, le cas échéant, fera le point avec les États membres et les parties prenantes.
Le commerce des services a connu une baisse, mais l’UE a continué de dégager un excédent dans ce secteur
Les derniers chiffres disponibles pour les échanges de services sont ceux de 2020, extraits des statistiques d’Eurostat sur la balance des paiements. Les échanges de services avec les 73 partenaires préférentiels ont diminué de 16,7 % en 2020 par rapport à 2019, un recul légèrement plus marqué que celui du total des échanges de services extra-UE (14,6 %).
Graphique 4 – Échanges de services de l’UE par partenaire préférentiel (2020)
Les échanges de services de l’UE avec ses partenaires préférentiels ont enregistré un excédent commercial de 91 milliards d’euros en 2020, un chiffre en baisse par rapport aux 106 milliards d’euros de 2019, mais toujours près de trois fois supérieur à l’excédent de l’UE vis-à-vis de l’ensemble de ses partenaires commerciaux (33 milliards en 2020, en baisse par rapport aux 50 milliards de 2019).
Accord plurilatéral sur la réglementation intérieure dans le domaine des services
L’UE a joué un rôle de premier plan dans les négociations relatives à un accord historique visant à réduire les formalités administratives dans le domaine des services. En décembre 2021, un groupe de 67 membres de l’OMC, dont faisait partie l’UE, a annoncé l’aboutissement des négociations dans le cadre de l’initiative conjointe sur la réglementation intérieure dans le domaine des services. L’accord négocié simplifiera les réglementations inutilement compliquées et réduira les obstacles procéduraux auxquels sont confrontés les fournisseurs de services. Selon l’OCDE, la mise en œuvre de cet accord aidera à réduire les coûts des échanges mondiaux de services de plus de 150 milliards d’USD chaque année.
Il est prévu que les membres participants entament le processus d’incorporation de l’accord négocié dans leurs listes d’engagements d’ici à la fin 2022. Une fois que ces listes d’engagements révisées entreront en vigueur, les engagements réglementaires nationaux s’appliqueront erga omnes.
II.2 Progression de la mise en œuvre des accords commerciaux de l’UE en Asie, dans les Amériques, dans les pays du voisinage de l’Union et dans les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique
La sous-section II.2 fournit un aperçu des trois principaux ensembles de travaux de mise en œuvre que la Commission effectue en vue d’assurer la réalisation des objectifs des accords commerciaux de l’UE, illustré par des exemples issus des quatre régions géographiques (voir points A à C), un aperçu des activités réalisées afin d’améliorer la mise en œuvre des dispositions des accords commerciaux de l’UE relatives au commerce et au développement durable (point D) ainsi que des informations sur l’évaluation ex post, par la Commission, de l’ALE conclu par l’UE avec la Colombie, l’Équateur et le Pérou (point D).
A.Communiquer sur les accords commerciaux, aider les entreprises à en faire usage
Il est important d’aider les entreprises à évoluer sur de nouveaux marchés lorsqu’elles envisagent de s’internationaliser et peuvent vouloir utiliser les ALE de l’UE
Avant l’entrée en vigueur d’un nouvel accord commercial, mais aussi pendant sa première ou ses deux premières années d’existence, les parties intéressées peuvent avoir besoin de se familiariser avec le nouveau régime commercial. En 2021, cela a posé des problèmes particuliers aux entreprises de l’UE effectuant des échanges avec le Royaume-Uni, qui ont dû s’habituer aux nouvelles relations commerciales au titre de l’accord de commerce et de coopération entre l’UE et le Royaume-Uni. Une communication bien ciblée et en temps opportun s’est révélée essentielle:
·pour faciliter l’application de l’accord de commerce et de coopération entre l’UE et le Royaume-Uni à partir du 1er janvier 2021, la Commission s’est efforcée d’aider les États membres et les entreprises de l’UE à comprendre le nouvel environnement
oen publiant sur son site web des informations à jour et détaillées sur les dispositions applicables concernant l’acheminement des marchandises de l’UE vers le Royaume-Uni;
oen fournissant des orientations approfondies sur le traitement préférentiel, les règles d’origine et les régimes douaniers;
oen travaillant avec le Royaume-Uni afin de fournir, au besoin, des clarifications aux opérateurs.
De manière plus générale, la Commission aide les entreprises, y compris au moyen de projets financés par l’UE, à saisir les possibilités offertes et à prendre de l’avance dès les premiers jours de l’entrée en vigueur de chaque accord:
·par exemple, en 2021, elle a lancé un projet de l’UE visant à améliorer la capacité des entreprises de l’UE (notamment des PME) à accroître leurs échanges commerciaux et leurs investissements au Viêt Nam en leur fournissant des informations concrètes sur les moyens de profiter au maximum de l’ALE conclu entre l’UE et le Viêt Nam. Le guide en ligne sur le commerce et l’investissement au Viêt Nam, destiné aux PME de l’UE, a été lancé en mars 2022.
Toutefois, même les accords qui existent depuis longtemps renferment toujours un potentiel inexploité dans d’autres domaines que les échanges de marchandises. Des projets financés par l’UE ont été mis en œuvre afin d’aider les entreprises à libérer ce potentiel:
·par exemple, en 2021, la Commission a mis en œuvre un projet d’instrument de partenariat sur la collecte de données relatives aux marchés publics au Chili afin de mieux comprendre les marchés publics chiliens, par exemple en en mesurant la taille et en en décrivant les caractéristiques et les barrières à l’entrée. Cette étude montre notamment que seuls 11 des 27 États membres ont déjà participé à des marchés publics au Chili, essentiellement au niveau central, alors que la pénétration des entreprises européennes au niveau municipal est très faible. En particulier, les dépenses d’infrastructures semblent être un marché à fort potentiel pour les entreprises de l’UE. Les enseignements tirés dans le cadre de ce projet aideront à mieux cibler les efforts visant à améliorer la participation des entreprises européennes sur ce marché;
·avec l’aide d’un projet d’instrument de partenariat sur les taux d’utilisation des préférences (TUP), qui s’est achevé en août 2021, la Commission a évalué l’adoption des préférences des exportations de l’UE dans le cadre de l’accord commercial conclu avec l’Amérique centrale, en recensant les domaines pouvant faire l’objet d’améliorations et en renforçant la mise en œuvre et l’application des accords commerciaux.
L’UE participe également à des projets de coopération technique afin d’aider à améliorer les conditions d’échanges et d’investissement dans le cadre des accords commerciaux concernés
·Par exemple, en 2021, l’UE et le Mexique se sont servis du projet «IP Key Amérique latine» comme d’un outil pour assurer une protection efficace des droits de propriété intellectuelle, grâce à un certain nombre d’activités dans le domaine de la propriété intellectuelle (par exemple, un colloque destiné aux juges, une formation à l’examen des brevets, etc.). En 2021, IP Key Latin America et l’Office mexicain de la propriété industrielle (Instituto Mexicano de la Propiedad Industrial, ou IMPI) ont présenté une étude sur la contribution économique de la propriété intellectuelle au Mexique.
·Un programme d’appui de 10 millions d’euros financé par l’UE et lancé en novembre 2021 soutient la mise en œuvre de l’accord de partenariat économique UE-CDAA en Afrique du Sud, afin d’améliorer les échanges commerciaux et les débouchés pour les entreprises en Afrique du Sud en promouvant la mise en œuvre intégrale de l’APE entre l’UE et la CDAA, tout en favorisant l’intégration régionale, et en mettant spécifiquement l’accent sur les produits agricoles. Les priorités de ce programme sont, en particulier, i) de résoudre les problèmes liés à la qualité des infrastructures et à la capacité technique dans les chaînes de valeur agricoles qui entravent les exportations vers l’UE, et ii) de permettre aux nouveaux exportateurs de produits agricoles et à ceux qui possèdent des indications géographiques (IG) reconnues de mieux saisir les possibilités offertes par l’APE.
B.Suivi des engagements inscrits dans les accords commerciaux de l’UE
Suivre l’évolution de la situation sur le terrain aide la Commission à se préparer afin de mieux cibler ses mesures de mise en œuvre…
La Commission, essentiellement par l’intermédiaire de son personnel au sein des délégations de l’UE, a surveillé l’évolution de la situation dans plusieurs pays partenaires commerciaux afin d’alimenter ses activités de mise en œuvre, parfois avec l’aide de projets financés par l’UE:
·par exemple, en 2021, la Commission a suivi de près la mise en œuvre par le Royaume-Uni de tous les engagements que ce dernier a pris dans le cadre de l’accord, en se concentrant particulièrement sur les conditions de concurrence équitables et le développement durable, notamment en ce qui concerne les règles adoptées par le Royaume-Uni en matière de subventions, l’évolution de la situation dans le domaine de l’environnement, y compris dans le secteur chimique, le système britannique de quotas d’émissions ainsi que les ports francs du Royaume-Uni;
·la Commission a aussi surveillé étroitement les subventions octroyées afin de promouvoir les énergies renouvelables dans le cadre du système de contrats d’écart compensatoire du Royaume-Uni, lequel pourrait devenir un modèle pour d’autres régimes de subventions du Royaume-Uni.Dans ce contexte, ces préoccupations ont conduit, début 2022, à l’ouverture d’une procédure de règlement des différends devant l’OMC, essentiellement axée sur l’inclusion apparente de facteurs tels que «le pourcentage de contenu britannique» dans les critères d’évaluation pour la sélection des fournisseurs (voir également section V.I).
Il est essentiel de suivre de près la mise en œuvre des dispositions relatives au commerce et au développement durable figurant dans les accords commerciaux de l’UE…
La Commission accorde une attention particulière au respect, par ses partenaires commerciaux, des engagements pris au titre des accords commerciaux de l’UE dans le domaine du commerce et du développement durable. Cette surveillance est poursuivie grâce aux travaux des comités «Commerce et développement durable», assistés par les structures créées afin d’associer la société civile.
En 2021 et au premier trimestre 2022, tous les comités «Commerce et développement durable» – à l’exception de ceux relatifs à Singapour et à la Moldavie – se sont réunis comme prévu, bien que la plupart des réunions aient été virtuelles en raison de la pandémie de COVID-19. Les comités «Commerce et développement durable» UE-Viêt Nam et UE-Royaume-Uni, nouvellement créés, ont notamment tenu leur première réunion.
Lors de ces réunions, les participants ont abordé des questions telles que le travail forcé, la liberté d’association, le dialogue social, les discriminations au travail et les autres restrictions des principes fondamentaux du travail ainsi que la ratification et la mise en œuvre efficace des conventions de l’Organisation internationale du travail (OIT), y compris en ce qui concerne la santé et la sécurité au travail. Les répercussions de la pandémie de COVID-19 sur le monde du travail ont été considérables: elles ont aggravé la pauvreté ainsi que les inégalités de genre, économiques et sociales et ont confirmé la nécessité d’une mise en œuvre efficace des engagements relatifs aux principes et droits fondamentaux du travail.
Lors des comités «Commerce et développement durable», l’UE et ses partenaires commerciaux ont également suivi la mise en œuvre des accords multilatéraux sur l’environnement (AME) et ont discuté des moyens de relever conjointement les défis environnementaux, notamment en ce qui concerne le changement climatique, l’économie circulaire et l’efficacité des ressources (par exemple, les plastiques, les déchets et les résidus), en échangeant leurs points de vue sur les plans d’action nationaux en matière de climat et de biodiversité. La partie UE a profité de ces occasions pour communiquer les dernières informations sur les politiques adoptées dans le cadre du pacte vert de l’UE (par exemple le MACF, le plan d’action en faveur de l’économie et la stratégie pour les forêts, y compris l’initiative relative à la déforestation) et a plaidé en faveur de ces politiques auprès de ses plus proches partenaires commerciaux, souvent avec le soutien d’initiatives de coopération établies d’un commun accord. Les questions relatives au changement climatique et aux contributions déterminées au niveau national (CDN) à l’accord de Paris ont fait l’objet d’un examen particulièrement détaillé au sein du comité «Commerce et développement durable» avec le Viêt Nam en novembre 2021 et avec le Japon en janvier 2022, entre autres.
C.Utilisation du cadre institutionnel prévu par les accords commerciaux de l’UE pour aborder la question de l’accès aux marchés, résoudre les problèmes et approfondir la coopération
Les comités et groupes de travail établis au titre des accords commerciaux de l’UE constituent le moteur essentiel de la mise en œuvre des engagements et de la transformation des contrats écrits en avantages concrets pour les parties prenantes de part et d’autre. Les comités se réunissent généralement une fois par an et sont présidés conjointement par des représentants de