| CELEX | 52022IE3888 |
| Type | Initiative législative |
| Date | jeudi 26 octobre 2023 |
| Journal officiel | FR Séries C |
| C/2024/877 | 6.2.2024 |
Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Politiques et stratégies énergétiques dans la région euro-méditerranéenne»
(avis d’initiative)
(C/2024/877)
| Rapporteur: | Ioannis VARDAKASTANIS |
| Corapporteure: | Maria Helena DE FELIPE LEHTONEN |
| Décision de l’assemblée plénière | 23.2.2022 |
| Base juridique | Article 52, paragraphe 2, du règlement intérieur |
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| Avis d’initiative |
| Compétence | Section «Relations extérieures» |
| Adoption en section | 28.9.2023 |
| Adoption en session plénière | 26.10.2023 |
| Session plénière no | 582 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 214/2/3 |
1. Conclusions
| 1.1. | La région méditerranéenne sera touchée de manière disproportionnée par la crise climatique, dont elle a déjà été définie comme l’un des points névralgiques au niveau mondial. |
| 1.2. | La transition d’une économie des hydrocarbures vers une économie des énergies renouvelables dans la région euro-méditerranéenne peut s’avérer un instrument précieux pour une croissance économique durable et inclusive, le commerce régional et la coopération. |
| 1.3. | Le passage d’un système énergétique fondé sur les combustibles fossiles à un régime d’énergies renouvelables a inévitablement des conséquences géopolitiques, économiques et sociales, engendrant des «perdants de la transition», que l’Union européenne a la capacité d’atténuer. |
| 1.4. | Au vu des complémentarités énergétiques entre le Nord et le Sud, les interconnexions énergétiques sont essentielles pour développer un système énergétique intégré dans la zone euro-méditerranéenne. |
| 1.5. | Les micro, petites et moyennes entreprises pourraient devenir une composante essentielle d’une nouvelle stratégie énergétique européenne dans la région euro-méditerranéenne. |
2. Introduction
| 2.1. | La région méditerranéenne revêt une importance stratégique pour l’approvisionnement énergétique de l’Union européenne, principalement en raison de l’énergie fossile importée depuis plusieurs pays de la région. Les relations énergétiques dans la région méditerranéenne se caractérisent à la fois par la coopération et par des tensions stratégiques. Le contexte géopolitique et énergétique actuel devrait renforcer l’importance de l’énergie et placer cette dernière au cœur des relations euro-méditerranéennes. |
| 2.2. | La région méditerranéenne sera touchée de manière disproportionnée par la crise climatique, dont elle a déjà été définie comme l’un des points névralgiques au niveau mondial. La situation dramatique où elle se trouve met en évidence la nécessité impérieuse d’atteindre les objectifs de l’accord de Paris ainsi que les objectifs de développement durable des Nations unies. Dans la mesure où le secteur de l’approvisionnement énergétique est le principal contributeur aux émissions de gaz à effet de serre (GES), il est prioritaire d’accélérer la transition énergétique des combustibles fossiles vers un niveau zéro de carbone dans la région méditerranéenne. |
| 2.3. | Alors que les pays de l’Union ont élaboré des politiques visant à diversifier leur bouquet énergétique pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, ce qui a finalement conduit à l’adoption du pacte vert pour l’Europe, la stratégie transformatrice la plus ambitieuse au monde, les pays du sud et de l’est de la Méditerranée (SEMED), quant à eux, ne progressent pas au même rythme vers la décarbonation de leur secteur énergétique. À cet égard, le pacte vert pour l’Europe apparaît comme un modèle inspirant, un instrument essentiel pour une coopération accrue dans le domaine de l’énergie et qui offre une occasion de mettre en place une politique énergétique plus durable dans toute la Méditerranée. |
| 2.4. | La Méditerranée est dotée d’importantes sources d’énergie renouvelables offrant des possibilités sans équivalent en matière de sécurité énergétique et de coopération dans l’ensemble de la région. Les pays de la zone SEMED, en particulier, disposent d’un potentiel de puissance solaire parmi les meilleurs au monde. Or, il y a un véritable hiatus entre le potentiel en matière d’énergies renouvelables et la situation actuelle d’inégalité et de diversité qui caractérise le paysage énergétique méditerranéen. Un nouveau paysage énergétique fondé sur les énergies renouvelables permettra d’inclure davantage de pays dans le commerce international de l’énergie. |
| 2.5. | Tandis que la demande d’énergie a diminué dans les pays du nord de la Méditerranée, elle ne cesse d’augmenter dans les pays de la zone SEMED sous l’effet de la croissance démographique et économique et de l’électrification. Selon les projections, un écart important entre l’offre et la demande pourrait devenir une réalité dans les décennies qui viennent dans le sud de la Méditerranée. |
| 2.6. | Outre la transition énergétique, la guerre menée par la Russie en Ukraine a considérablement perturbé le paysage énergétique qui était déjà très instable au lendemain de la pandémie de COVID-19. La guerre a conduit à déplacer la priorité vers l’autre pilier fondamental de la politique énergétique, à savoir la sécurité de l’approvisionnement en énergie. À la suite de l’invasion russe, l’Union européenne a décidé de se libérer progressivement de sa dépendance à l’égard des combustibles fossiles russes, lançant le plan REPowerEU qui vise à accroître les économies d’énergie, à diversifier l’approvisionnement énergétique et à accélérer le déploiement des énergies renouvelables. En conséquence, la Commission a publié une communication conjointe qui expose l’engagement extérieur de l’Union en matière d’énergie dans un monde en mutation, confère un rôle crucial au voisinage méridional en ce qui concerne la diversification de l’approvisionnement en gaz pour l’Europe et met en avant la coopération et le commerce dans le domaine des énergies renouvelables, plaçant ainsi la région au cœur du paysage énergétique émergent. |
3. Observations générales
| 3.1. | Une «transition juste et équitable vers des économies et des sociétés circulaires, à faibles émissions, inclusives, résilientes, durables et efficaces sur le plan des ressources et de l’énergie» est un objectif commun des 43 pays membres de l’Union pour la Méditerranée (UpM), comme cette dernière l’a indiqué dans sa déclaration ministérielle sur l’énergie (14 juin 2021, Lisbonne). La transition énergétique dans la région méditerranéenne nécessite donc une réduction plus rapide et substantielle de la production et de la consommation de combustibles fossiles, tant au niveau de l’industrie qu’à celui des ménages. Le développement massif des énergies renouvelables, qui, conjugué à l’efficacité énergétique, peut permettre d’atteindre les objectifs de neutralité carbone, reste encore inférieur à la moyenne mondiale, leur utilisation représentant environ 11 % de la consommation énergétique totale en Méditerranée. |
| 3.2. | Comme l’a indiqué la conférence du Comité économique et social européen (CESE) sur les enjeux géopolitiques du pacte vert pour l’Europe, ce dernier place l’Union européenne à l’avant-garde de la transition énergétique et il est un puissant catalyseur pour une action coordonnée. En ce sens, la dimension extérieure du pacte vert pour l’Europe consiste à faire en sorte que l’Union engage ses voisins à partager les mêmes ambitions et à la rejoindre sur la même voie de la durabilité, ce qui n’est pas le cas actuellement dans la région méditerranéenne. Pour l’Union européenne, il est particulièrement important d’éviter le risque de fuite de carbone. |
| 3.3. | Néanmoins, les pays du SEMED se sont engagés à atteindre des objectifs ambitieux pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, notamment par le développement des énergies renouvelables et l’amélioration de l’efficacité énergétique. Ces objectifs ne peuvent être atteints qu’au moyen d’une volonté politique claire et d’un soutien technique et financier externe. |
| 3.4. | Le volume des investissements énergétiques nécessaires pour atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050 dans la région méditerranéenne est considérable: selon les perspectives énergétiques en Méditerranée 2022 de l’Observatoire méditerranéen de l’énergie (OME), ils dépassent 6 700 milliards d’euros. La même étude montre que la moitié de ces investissements devront être réalisés dans les pays du SEMED. À eux seuls, les investissements dans les énergies renouvelables représenteraient quelque 70 % de ce montant. |
| 3.5. | La dimension extérieure du pacte vert pour l’Europe, le nouveau programme pour la Méditerranée et la récente stratégie extérieure européenne en matière d’énergie confèrent à l’Union un rôle important dans la promotion des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique dans son voisinage méridional. Ce rôle doit passer principalement par l’instrument de voisinage, de coopération au développement et de coopération internationale (IVCDCI — Europe dans le monde), dont 30 % seront consacrés à la lutte contre le changement climatique et le changement environnemental. Dans ce contexte, il est de la plus haute importance que l’Union et ses partenaires mettent la dernière main aux programmes indicatifs pluriannuels fixant les domaines prioritaires de la coopération, ce qui permettra d’accélérer la fourniture de l’aide financière de l’Union pour la période 2021-2027. À ce jour, la programmation de l’aide financière de l’Union a été achevée avec très peu de pays du SEMED (Égypte et Jordanie). Par ailleurs, le partenariat vert signé en octobre 2022 entre l’Union européenne et le Maroc pour que la dimension extérieure du pacte vert devienne une réalité devrait devenir un modèle en ce qui concerne la coopération entre l’Union européenne et les pays du SEMED afin d’accélérer la transition écologique. |
| 3.6. | La promotion des infrastructures d’énergie renouvelable dans toute la Méditerranée peut devenir un instrument précieux pour une croissance économique durable et inclusive, le commerce régional et la coopération. Le déploiement de ces infrastructures peut offrir une nouvelle possibilité pour l’émergence de la région méditerranéenne en tant que fournisseur d’énergie de premier plan pour le marché européen, tout en renforçant la sécurité énergétique des pays du SEMED. En outre, l’essor du secteur des énergies renouvelables stimule la création d’emplois (hautement qualifiés) et la prospérité, et contribue au développement durable des économies du SEMED. Grâce à la Méditerranée, l’Union peut se positionner comme pionnière en matière de transition énergétique et de transformation industrielle. En effet, les principales industries de technologie verte européennes peuvent renforcer leur position mondiale et régionale en investissant dans les possibilités qu’offrent les pays du SEMED. |
| 3.7. | L’avantage comparatif de la Méditerranée dans la production d’énergie solaire et éolienne et ses synergies avec l’industrie en expansion de l’hydrogène propre sont évidents. Il est également manifeste que les énergies renouvelables liées à l’énergie solaire et éolienne sont devenues la source d’énergie la moins chère grâce à la baisse rapide des coûts, offrant ainsi des possibilités de réaliser l’ODD no 7 — «garantir l’accès de tous à des services énergétiques fiables, durables et modernes, à un coût abordable». |
| 3.8. | Ces dernières années, l’hydrogène vert a fait l’objet d’une attention particulière en tant que moyen de contribuer de façon décisive à la réalisation des objectifs de neutralité carbone. En ce qu’il apparaît comme une solution radicale pour décarboner les transports lourds et les processus industriels, tout en permettant le stockage et le transport des énergies renouvelables, il s’est imposé comme une priorité essentielle du pacte vert pour l’Europe. |
| 3.9. | Le sud de la Méditerranée a été identifié comme l’un des trois principaux corridors d’importation d’hydrogène vert par l’Union dans un monde en mutation. Étant donné leur énorme potentiel en matière d’énergies renouvelables, leur proximité géographique et les coûts potentiellement faibles de la production d’hydrogène à long terme, les pays du SEMED se trouvent dans une position unique pour se placer au centre de la chaîne d’approvisionnement en hydrogène vert de l’Union. Le nouveau programme pour la Méditerranée a fixé l’objectif d’une capacité d’électrolyseurs d’au moins 40 gigawatts dans le voisinage de l’Union d’ici à 2030. |
| 3.10. | À la suite de la visite au Caire en juin 2022 d’Ursula von der Leyen, présidente de la Commission, la création d’un partenariat méditerranéen de l’hydrogène avec l’Égypte a été annoncée dans l’optique d’y développer le secteur des énergies renouvelables, la production d’hydrogène renouvelable et à faibles émissions de carbone, ainsi que les infrastructures et les réseaux électriques nécessaires. L’Union et l’Égypte ont ensuite signé un protocole d’accord sur un partenariat stratégique sur l’hydrogène renouvelable, en marge de la COP 27. À cet égard, il est dans l’intérêt de la région d’étendre ce partenariat à d’autres pays voisins en créant un véritable partenariat multilatéral méditerranéen pour l’hydrogène. En ce sens, tirer pleinement parti du potentiel de la plateforme sur le gaz de l’UpM pour ce qui concerne l’hydrogène est primordial. Le Forum du gaz de la Méditerranée orientale (EastMed Gas Forum — EMGF) est un autre exemple de plateforme de coopération qui pourrait être étendue aux énergies renouvelables et à l’hydrogène vert. |
| 3.11. | Bien qu’elle constitue un pilier de la transition énergétique vers des économies neutres en carbone et un moteur de la sécurité énergétique, l’efficacité énergétique n’a suscité que relativement peu d’attention de la part des pays de l’UpM. Malgré un fort potentiel dans la région méditerranéenne, celle-ci n’en est encore, selon le réseau d’experts méditerranéens sur les changements climatiques et environnementaux (MedECC), qu’à ses balbutiements. Toutefois, l’efficacité énergétique peut contribuer de manière substantielle à réduire les émissions de gaz à effet de serre et à créer des possibilités d’emploi. Elle permet aussi de limiter les coûts et d’accroître la productivité des entreprises, ce qui revêt une importance cruciale dans le contexte actuel. Les transports, l’industrie et la construction sont des secteurs où des gains non négligeables peuvent être enregistrés, en particulier dans les pays du SEMED, où la demande d’énergie va augmenter considérablement jusqu’en 2050. |
| 3.12. | Les économies d’énergie et l’efficacité énergétique s’imposent au premier rang des priorités pour l’Union européenne, comme cela apparaît dans le plan REPowerEU, notamment pour garantir la sécurité énergétique à court terme. La stratégie énergétique extérieure de l’Union affirme également faire des économies d’énergie et de l’efficacité énergétique des priorités à l’échelle mondiale, tandis que son expérience en matière de réglementation, de législation et de normalisation pourrait constituer un exemple séduisant à suivre. Dans la région méditerranéenne, le nouveau programme pour la Méditerranée et la déclaration ministérielle de l’UpM sur l’énergie ont fait figurer parmi ses priorités l’intégration des mesures d’efficacité énergétique dans tous les secteurs et politiques. À cet égard, la plateforme de l’UpM portant sur les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique est un outil intéressant pour promouvoir des mesures d’efficacité énergétique dans les pays de l’UpM dont le potentiel pourrait être pleinement exploité. |
| 3.13. | Dans la région méditerranéenne, le gaz naturel joue un rôle dans la transition énergétique vers des modes de production et de consommation durables en remplaçant le charbon et le pétrole dans le bouquet énergétique. Ce rôle a été confirmé par le fait que la taxinomie de l’Union accorde à certains gaz fossiles le statut d’«activités transitoires contribuant à l’atténuation du changement climatique» pour une période délimitée, en fonction de conditions spécifiques et d’exigences de transparence. Le gaz naturel devrait continuer à jouer un rôle important dans le bouquet énergétique de l’Union jusqu’en 2030, après quoi son utilisation diminuera conformément aux engagements en matière de neutralité climatique. |
| 3.14. | Comme indiqué dans la déclaration ministérielle de l’UpM sur l’énergie ainsi que dans le protocole d’accord signé récemment entre l’Union européenne, l’Égypte et Israël, il est de la plus haute importance de poursuivre les efforts de décarbonation de la chaîne d’approvisionnement en gaz naturel dans la région méditerranéenne, en particulier en ce qui concerne les fuites de méthane. À cette fin, des fonds spécifiques pourraient être consacrés aux activités de recherche et de développement. |
| 3.15. | La découverte d’importantes réserves de gaz naturel en Méditerranée orientale est apparue comme une formidable opportunité pour les pays riverains et pour la région dans son ensemble. D’aucuns espèrent que l’exploration et la monétisation des réserves de gaz naturel à Chypre, en Égypte et en Israël contribueront au développement économique régional, favoriseront les synergies et amélioreront la sécurité énergétique européenne en diversifiant l’approvisionnement en gaz naturel du marché européen et en réduisant la part russe dans ce marché. Cet aspect est devenu une priorité compte tenu de la détérioration des relations avec la Russie et de l’utilisation comme arme de guerre par cette dernière de l’approvisionnement en gaz naturel dans le cadre de son conflit avec l’Ukraine. Dans ce contexte, différents projets de transport de gaz naturel de la Méditerranée orientale vers le marché européen ont été étudiés. Le projet de gazoduc EastMed visait à relier les gisements de gaz naturel israélien, égyptien et chypriote au marché européen via la Grèce. Toutefois, les conflits politiques non résolus et les rivalités régionales en Méditerranée orientale, y compris les tentatives de la Turquie de contester les zones économiques exclusives (ZEE) de la Grèce et de la République de Chypre, ont maintenu des niveaux de risque géopolitique élevés pour des investissements importants dans la région. Dans ces circonstances, le coût de l’extraction et du transport du gaz naturel par le gazoduc EastMed proposé est resté à des niveaux prohibitifs pour le marché européen du gaz naturel. |
| 3.16. | Les réserves locales de gaz naturel contribueront de manière décisive à répondre aux besoins énergétiques croissants des États côtiers de la Méditerranée orientale, et un excédent pourra être exporté sous forme de gaz naturel liquéfié (GNL) vers le marché mondial — et celui de l’Union en particulier — via l’Égypte, offrant ainsi une solution partielle au problème de la monétisation. |
| 3.17. | Dans le cadre du plan REPowerEU visant à mettre fin dès que possible à la dépendance de l’Union vis-à-vis du gaz russe à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, et comme indiqué dans la stratégie extérieure de l’Union, il est demandé aux fournisseurs de GNL et de gaz par gazoduc du SEMED (Égypte, Israël, Algérie) de jouer un rôle plus important dans la diversification de l’approvisionnement européen en gaz et d’augmenter leurs livraisons à l’Union. Le protocole d’accord signé par l’Union, l’Égypte et Israël illustre l’importance de la coopération fondée sur le commerce du gaz naturel dans la région, ainsi que la reconfiguration des relations énergétiques en faveur des opérateurs méditerranéens provoquée par l’invasion russe de l’Ukraine. Du fait de l’instabilité politique, et en dépit de ses réserves de gaz naturel considérables, la Libye ne parvient pas à jouer un rôle plus important dans ce nouveau contexte. |
4. Défis et perspectives
| 4.1. | L’intégration du marché méditerranéen de l’énergie pourrait être un objectif phare pour atteindre ceux de la transition énergétique, notamment le développement des énergies renouvelables, la sécurité énergétique, la diversification de l’approvisionnement et la réduction des coûts du système électrique. Aucun pays ne peut réussir la transition sans produire, stocker et exporter de l’énergie propre, sans connecter son réseau aux réseaux de ses voisins, sans devenir partie intégrante d’un nouveau modèle d’infrastructure, de savoir-faire, de technologie et de gouvernance, dans le droit fil du pacte vert pour l’Europe. Au vu des complémentarités énergétiques entre le Nord et le Sud, les interconnexions énergétiques sont essentielles pour développer un système énergétique intégré dans la zone euro-méditerranéenne. Toutefois, comme indiqué dans le rapport de l’UpM et de l’OCDE sur l’intégration régionale dans l’Union pour la Méditerranée, les interconnexions en sont encore aux premiers stades de développement dans la région méditerranéenne. Seuls la Turquie et le Maghreb sont actuellement connectés et synchronisés avec le réseau électrique de l’Union, l’interconnexion transfrontalière entre le Maroc et l’Espagne étant la seule ligne reliant l’Union européenne au sud de la Méditerranée. Davantage d’interconnexions sont nécessaires, en particulier pour développer la flexibilité du système électrique dans le cadre d’un système énergétique renouvelable et basé sur l’électricité dans la région euro-méditerranéenne, souvent décrite comme une «communauté naturelle de réseaux» (Escribano). |
| 4.2. | Divers projets d’interconnexion sont en cours dans toute la Méditerranée, notamment le projet d’interconnexion euro-africaine, soit le plus grand câble d’interconnexion au monde en cours de construction entre l’Égypte, Chypre, la Grèce et l’Union, le projet d’interconnexion Italie-Monténégro-Serbie-Bosnie-Herzégovine, la première interconnexion entre l’Union européenne et les Balkans occidentaux pour le commerce des énergies renouvelables, et enfin l’interconnexion Elmed, une interconnexion électrique Tunisie-Italie pour les échanges d’électricité. Le plan directeur méditerranéen d’interconnexion électrique de 2020 élaboré par les gestionnaires de réseau de transport méditerranéens (Med-TSO) a recensé 15 projets d’interconnexion et fournit une analyse quantitative et qualitative démontrant la faisabilité d’une coopération multilatérale régionale. |
| 4.3. | Tirant parti du marché intérieur européen de l’énergie, les pays situés à l’intérieur des frontières méditerranéennes de l’Union sont bien placés pour devenir des plateformes d’importation pour l’entrée sur le marché européen des énergies renouvelables à faible coût. Tel serait notamment le cas de l’Espagne, de Malte, de l’Italie, de la Grèce et de Chypre. Il est possible de poursuivre les relations commerciales de l’Union avec ses partenaires extérieurs, et ce d’une manière conforme aux objectifs du pacte vert pour l’Europe. |
| 4.4. | Des actions doivent être menées pour pallier l’absence d’un cadre réglementaire harmonisé aux niveaux régional, national et sous-régional, qui constitue un obstacle au développement d’un marché méditerranéen intégré de l’énergie. L’interopérabilité des systèmes électriques et la gestion adéquate des interconnexions sont des éléments importants à traiter. L’absence d’interconnexions modernes sud-sud ou leur faible utilisation avec un commerce d’électricité modeste, notamment dans le cas du Maghreb malgré les interconnexions existantes, mérite l’attention des responsables politiques et des opérateurs énergétiques. |
| 4.5. | La coopération triangulaire dans le domaine de l’énergie en Méditerranée a accru les possibilités de collaboration ces dernières années et devrait rester un modèle efficace fondé sur une approche gagnant-gagnant, en particulier en Méditerranée orientale entre des pays tels que la Grèce, Chypre, l’Égypte, Israël et la Jordanie. Accentuer cette coopération triangulaire, en ce qui concerne en particulier les énergies renouvelables, permettrait de favoriser davantage d’échanges et d’améliorer également les relations bilatérales dans la région. |
| 4.6. | L’un des principaux défis à relever pour accélérer la transition énergétique et assurer la sécurité énergétique dans la région méditerranéenne est lié au financement de projets énergétiques clés, en particulier d’infrastructures physiques coûteuses. L’effort de financement dépend des gouvernements, de l’aide financière internationale et du secteur privé. Le Fonds européen pour le développement durable Plus (FEDD+) au titre de l’IVCDCI — Europe dans le monde devrait contribuer à mettre en avant les investissements publics et privés dans le voisinage méridional au moyen d’instruments financiers innovants. |
| 4.7. | La transition énergétique en Méditerranée nécessite que le secteur financier privé passe de l’investissement dans les combustibles fossiles à des projets renouvelables. Selon l’OCDE, les investissements directs dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) continuent de se concentrer de manière disproportionnée sur les projets liés aux combustibles fossiles, tandis que les investissements dans les énergies renouvelables, bien qu’en hausse, restent inférieurs au potentiel du secteur. Bon nombre des entreprises énergétiques nationales concernées en Méditerranée sont des entreprises énergétiques traditionnelles dont les portefeuilles sont principalement constitués d’investissements et d’activités liés aux combustibles fossiles. Toutefois, certaines d’entre elles réorientent de plus en plus leurs priorités d’investissement vers le marché des énergies renouvelables. |
| 4.8. | Dans la perspective d’attirer davantage d’investissements dans le secteur de l’énergie, l’environnement des entreprises dans les pays du SEMED doit être amélioré. Dans un certain nombre d’États méditerranéens, des obstacles systémiques liés à la concurrence, à la libéralisation des marchés de l’électricité, au manque d’autorités de régulation indépendantes et à l’accès à la terre persistent et doivent être résolus pour faciliter les investissements. L’aide financière européenne aux pays du SEMED peut être liée à la mise en œuvre de réformes visant à supprimer ces obstacles. |
| 4.9. | Dans le droit fil des discussions qui se sont tenues lors du sommet Euromed de juillet 2023, des modèles de financement innovants pourraient être explorés et appliqués pour accélérer le déploiement de projets dans le domaine des énergies renouvelables. L’exploration de nouveaux mécanismes de financement, tels que les obligations vertes ou les fonds d’investissement durable, peut réorienter le capital vers des projets et des infrastructures énergétiques clés qui soutiennent la transition vers une énergie propre. Le financement devrait être diversifié et réparti équitablement entre les pouvoirs publics, les partenaires sociaux et les organisations de la société civile. Ces dernières, en particulier, ont un rôle essentiel à jouer pour atténuer les effets négatifs de la transition énergétique, et elles devraient être soutenues pour accroître leurs capacités et leurs ressources. |
| 4.10. | La collaboration avec les institutions financières et les fonds internationaux permettra de renforcer le soutien financier aux initiatives de transition énergétique et au développement d’infrastructures durables. |
| 4.11. | Les micro, petites et moyennes entreprises (MPME), qui constituent l’épine dorsale des économies des pays du SEMED, pourraient former une composante essentielle d’une nouvelle stratégie énergétique européenne dans la région euro-méditerranéenne. Moteurs à la fois de la croissance et de l’innovation, elles ont un rôle important à jouer dans le développement des technologies et d’un bout à l’autre de la chaîne de valeur liée à la transition énergétique, en fournissant une expertise et des solutions aux autres entreprises, à la population et au secteur public dans l’ensemble de la Méditerranée. |
| 4.12. | Il est urgent d’aider les MPME et les ménages à comprendre et à gérer au mieux la transition énergétique. Le CESE appelle à prévoir des mesures d’information et de sensibilisation qui couvrent un large champ tout en étant bien ciblées et dont la mise en œuvre, sur un mode coordonné et attentif aux complémentarités, soit assurée par la Commission et les États membres, ainsi que par les fédérations d’entreprises et chambres professionnelles, les partenaires sociaux et les autres parties prenantes concernées. |
| 4.13. | Il est très important que l’Union européenne et les États membres accélèrent les investissements verts des MPME en garantissant un environnement réglementaire propice, prévisible et encourageant, ainsi qu’en offrant un accès rapide, facile, simple et traçable au financement, adapté aux différents besoins des catégories de MPME, dans toute leur diversité. |
| 4.14. | Une coopération étroite entre les prestataires de services éducatifs et les MPME est primordiale pour concevoir des formations permettant de pourvoir aux compétences et aptitudes requises dans le cadre de la transition écologique. En outre, le CESE juge essentiel d’appuyer les activités d’innovation en faveur des MPME en encourageant et en facilitant leur coopération avec d’autres entreprises et leurs organisations, les chambres de commerce, les universités et les organismes de recherche. |
| 4.15. | Il est crucial de donner aux collectivités les moyens de participer activement aux processus décisionnels, en veillant à ce que leur point de vue soit entendu et à ce que leurs besoins soient satisfaits. Il s’avère indispensable d’associer les partenaires sociaux et les organisations de la société civile d’un bout à l’autre du cycle politique. |
| 4.16. | La coopération avec les établissements scolaires, les universités et les organisations de la société civile fournira à la jeune génération des connaissances sur les énergies renouvelables et la durabilité. Les jeunes auront ainsi les moyens de devenir des défenseurs et des participants actifs dans la conduite de la transition énergétique. |
| 4.17. | Le contexte actuel, qui découle de l’invasion russe de l’Ukraine et de la politique européenne qui s’en est suivie pour mettre un terme à sa dépendance à l’égard des combustibles fossiles russes, a une nouvelle fois mis le gaz naturel en lumière. De nouveaux investissements dans les infrastructures gazières — principalement les infrastructures GNL et, dans une moindre mesure, les gazoducs — et l’exploration, visant à accroître et à diversifier l’approvisionnement en gaz naturel de l’Union, y compris auprès des fournisseurs méditerranéens, sont actuellement à l’étude et planifiés. Ces investissements pourraient rester compatibles avec les objectifs climatiques de l’Union. Les considérations actuelles à court terme ne sauraient détourner l’Union et ses partenaires méditerranéens du principe selon lequel le gaz naturel doit rester une source d’énergie de transition qui sera progressivement supprimée à moyen terme. |
| 4.18. | Afin de tirer pleinement parti des terminaux GNL existants, en particulier en Grèce, au Portugal et en Espagne, il pourrait être utile de renforcer l’intégration énergétique de l’Union pour permettre aux importations de gaz naturel de circuler vers le reste de l’Union. Le gazoduc de l’interconnexion gazière Grèce-Bulgarie (IGB) et la construction d’un terminal GNL dans le port grec d’Alexandroupolis sont des sources d’inspiration pour la poursuite et l’approfondissement de la coopération énergétique. Les projets visant à améliorer les connexions entre la péninsule ibérique et le reste de l’Europe grâce à un «corridor vert», y compris le projet de gazoduc H2Med transportant de l’hydrogène (de Celorico à Zamora et de Barcelone à Marseille), lequel a récemment fait l’objet d’un accord entre le Portugal, l’Espagne et la France, sont conformes à cette approche. |
| 4.19. | La coopération euro-méditerranéenne dans le domaine de l’énergie pourrait tenir compte des enseignements tirés de l’échec de projets de grande envergure, tels que le Plan solaire méditerranéen, Desertec ou l’anneau énergétique euro-méditerranéen, en raison de leur manque de réalisme ou des visions simplistes des réalités complexes sur le terrain. Les déficits de développement pourraient être mieux pris en compte pour faire en sorte que la coopération euro-méditerranéenne dans le domaine de l’énergie reste une coopération gagnant-gagnant, équitable et réaliste. En ce sens, l’accès au financement, l’échange de connaissances et le renforcement des capacités doivent être les pierres angulaires de cette coopération. |
| 4.20. | La perturbation actuelle du paysage énergétique a entraîné une forte volatilité des prix, ce qui a entraîné des tensions inflationnistes dans la plupart des pays de la région méditerranéenne. Les déséquilibres liés à l’approvisionnement énergétique dans le contexte de la transition énergétique affectent de surcroît le caractère abordable de l’énergie, ce qui menace l’accès des ménages vulnérables et des MPME à celle-ci. L’effet de la hausse des prix de l’énergie sur les consommateurs et les entreprises peut être atténué, d’autant plus que les interrelations entre l’eau, l’énergie et l’alimentation sont à la base de la stabilité socio-économique et du bien-être à long terme dans la région euro-méditerranéenne. Il importe que la transition vers un système énergétique plus durable accorde la priorité à l’accès universel à une énergie fiable et abordable, conformément à l’ODD 7, et à ce qu’elle soit juste et équitable pour tous les consommateurs, en tenant compte des disparités territoriales, sociales et entre les hommes et les femmes dans l’accès à l’énergie afin de mettre fin à la précarité énergétique. |
| 4.21. | Le passage d’un système énergétique fondé sur les combustibles fossiles à un régime d’énergies renouvelables a inévitablement des conséquences géopolitiques, économiques et sociales, engendrant des «perdants de la transition». Pour que cette transition soit juste et socialement équitable, les gouvernements pourraient accompagner les industries des combustibles fossiles et leurs travailleurs par des programmes de redéploiement vers les industries de demain des deux côtés du bassin méditerranéen. L’Union européenne peut encourager et soutenir la diversification économique des États rentiers qui dépendent de manière excessive des ressources en combustibles fossiles pour atténuer les effets déstabilisateurs de la transition énergétique dans la région. |
| 4.22. | Compte tenu du renforcement de la coopération énergétique entre l’Union et ses partenaires du sud de la Méditerranée, une attention particulière pourrait être accordée à la mise à jour des accords d’association existants. Les chapitres sur l’énergie et les investissements peuvent être adaptés aux nouveaux défis. Dans le même temps, ceux relatifs à des aspects comme la politique commerciale durable, la mise en œuvre ambitieuse des conventions internationales relatives aux droits de l’homme ou encore les conventions fondamentales de l’OIT (liberté d’association, négociation collective, travail forcé, travail des enfants, égalité des chances et de traitement) revêtent une importance cardinale. |
Bruxelles, le 26 octobre 2023.
Le président du Comité économique et social européen
Oliver RÖPKE
ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/877/oj
ISSN 1977-0936 (electronic edition)
Initiative législative — 52023IE0430
14/12/2023
Initiative législative — 52023IE0848
14/12/2023
Initiative législative — 52023IE1864
14/12/2023
Initiative législative — 52023IE1906
14/12/2023