| CELEX | 52022IR5113 |
| Type | Initiative législative |
| Date | mercredi 15 mars 2023 |
| 30.5.2023 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 188/10 |
Avis du Comité européen des régions sur le thème «L’avenir du partenariat oriental du point de vue local et régional»
(2023/C 188/03)
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I. RECOMMANDATIONS POLITIQUES
LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS (CdR),
| 1. | considérant que la guerre menée en Ukraine par la Russie, aidée par la Biélorussie, et la menace permanente qui pèse sur l’intégrité territoriale de la Moldavie et de la Géorgie démontrent que l’Union doit soutenir de toute urgence et de façon plus ferme le cheminement libre et démocratique des pays situés dans son voisinage; |
| 2. | considérant que les États membres de l’Union et ses actuels pays partenaires d’Europe orientale (Arménie, Azerbaïdjan, Géorgie, République de Moldavie et Ukraine) se sont engagés à maintenir, à renouveler et à renforcer le partenariat oriental de sorte qu’il reste le principal forum et cadre de coopération avec les pays du voisinage oriental de l’Union; |
| 3. | considérant que, sur le long terme, la plus puissante des réponses européennes à l’invasion russe sera l’existence d’États libres et démocratiques en Europe de l’Est, dans le Caucase du Sud et encore plus loin, dotés de solides collectivités locales et régionales, de villes caractérisées par le dynamisme de leurs économies et de sociétés résilientes attachées aux valeurs européennes; |
| 4. | considérant que tous les pays partenaires soumis à l’ensemble des droits et obligations inscrits dans les accords de Helsinki et les statuts de l’OCDE sont libres de cultiver une perspective européenne, pour autant qu’ils répondent également aux critères de Copenhague; |
II. REDÉFINIR LE PARTENARIAT ORIENTAL
| 5. | accueille favorablement la décision prise en juin 2022 par le Conseil de l’Union européenne d’accorder le statut de pays candidat à la République de Moldavie et à l’Ukraine et de reconnaître la perspective de l’adhésion future de la Géorgie à l’Union européenne; |
| 6. | loue les progrès considérables accomplis par la Géorgie, la Moldavie et l’Ukraine (le «trio») dans la mise en œuvre de leurs accords d’association et accords de libre-échange approfondis et complets; |
| 7. | se félicite de l’entrée en vigueur, le 3 mars 2021, de l’accord de partenariat global et renforcé avec l’Arménie, qui représente une étape clé dans les relations entre l’Union européenne et l’Arménie; |
| 8. | estime que ce que l’on nomme les fondamentaux, c’est-à-dire un engagement commun en faveur de la liberté, de la démocratie, de l’état de droit et des droits de l’homme, devraient rester le dénominateur commun permettant de rapprocher encore les pays du partenariat oriental en poursuivant le travail sur les objectifs communs tels que la promotion de l’égalité de genre, la protection des minorités et des droits linguistiques, la lutte contre le changement climatique, l’avancement des transitions écologique et numérique, le soutien à une société civile forte et indépendante, le développement de la résistance et de la prospérité et l’approfondissement des relations économiques; souligne que le soutien continu à l’opposition démocratique biélorusse à tous les niveaux de gouvernance ainsi que l’aide à la société civile sont essentiels pour promouvoir les valeurs démocratiques dans le pays; |
| 9. | souligne le rôle significatif que les collectivités locales et régionales peuvent jouer dans la défense de ces «fondamentaux» au sein des régions et des communautés locales, ainsi que dans la réalisation des objectifs communs, garantissant dans le même temps le principe européen de subsidiarité en rapprochant les citoyens des différentes régions de l’Union européenne et de ses valeurs; |
| 10. | fait toutefois valoir qu’il convient de redéfinir les objectifs politiques du partenariat oriental et son architecture multilatérale de sorte qu’il puisse continuer à prospérer; |
| 11. | reconnaît qu’au terme de plus de dix ans de coopération au sein du partenariat oriental, les priorités spécifiques aux différents pays qu’il rassemble divergent aujourd’hui en raison non seulement de leurs différences concernant leurs besoins de développement, de priorités nationales et de volontés d’intégration, mais aussi de la politique d’agression, des tactiques de déstabilisation et de la désinformation de la Russie. Le CdR attend donc avec impatience la proposition de la Commission européenne qui devrait évaluer l’avenir du partenariat oriental; |
| 12. | reconnaît que le partenariat oriental reste un cadre pertinent, qui n’a pas épuisé tout son potentiel régional et peut encore avoir une finalité pour tous les partenaires s’il est réformé de sorte à définir des objectifs vis-à-vis de l’Union, spécifiques à chaque pays. Les formats et outils flexibles de ce cadre devraient répondre aussi bien aux besoins des nouveaux pays candidats à l’adhésion à l’Union qu’à ceux des autres partenaires, tout en préservant les valeurs et les règles communes, ainsi que les intérêts et les engagements mutuels; |
| 13. | souligne que le partenariat oriental devrait être davantage axé sur les résultats, en adaptant ses outils et ses modes de fonctionnement afin de répondre aux besoins des partenaires, y compris en aidant ceux qui sont plus avancés sur la voie de l’adhésion à l’Union; |
| 14. | invite la Commission européenne et les gouvernements partenaires à associer les collectivités locales et régionales à l’élaboration des priorités de coopération présentant une incidence territoriale (par exemple au sujet de l’efficacité énergétique, de l’environnement et de l’adaptation au changement climatique, de la connectivité des transports, de la décentralisation et de la réforme de l’administration publique et du soutien à la société civile), et à les faire participer aux plateformes et groupes de travail pertinents du partenariat oriental, qui devraient être étendus aux représentants de la Corleap; |
| 15. | remarque les effets positifs de la coopération au sein du partenariat oriental sur la vie des citoyens ordinaires, mais souligne que la visibilité du partenariat et la contribution de l’Union doivent être renforcées sur la base des réalisations passées. Cet objectif pourrait aussi être atteint en coopérant systématiquement avec les collectivités locales et régionales et leurs associations sur le terrain; |
| 16. | constate que l’autonomie locale, qui est un pilier fondamental et une pierre angulaire de la démocratie, doit être davantage soutenue afin d’atteindre les objectifs du partenariat oriental et salue le travail accompli par le Congrès du Conseil de l’Europe à cet égard; |
III. RECOMMANDATIONS POLITIQUES
| 17. | est favorable à l’adoption d’une approche sur mesure des objectifs du partenariat oriental afin de refléter les différents besoins des pays candidats à l’adhésion à l’Union, des candidats potentiels et des autres partenaires, étant donné que l’approche uniforme n’est plus justifiée. Les besoins propres à chaque pays devraient être conçus de manière à tenir également compte des intérêts spécifiques des communautés régionales et locales; |
| 18. | recommande d’assouplir la portée géographique du partenariat oriental, en offrant la possibilité d’associer plus étroitement certains pays, notamment en Asie centrale, et en identifiant des domaines de coopération avec les pays des Balkans occidentaux; |
| 19. | souligne qu’il convient de réaffirmer la dimension de mise en réseau régionale et locale dans le cadre d’un partenariat oriental remanié, et ce, grâce au dialogue politique (Corleap) et à la coopération territoriale. Dans ce cadre, le Comité européen des régions et la Corleap, grâce à leurs membres et partenaires, pourraient participer à la mise en œuvre d’un programme territorial du partenariat oriental sous la forme d’une coopération entre pairs et de mécanismes d’apprentissage par les pairs; |
| 20. | reconnaît que le partenariat a été bien utile pour offrir un cadre à un certain nombre de projets axés sur la bonne gouvernance et le renforcement de la société civile; estime toutefois que des actions visant à renforcer la résistance devraient être intégrées et que de nouveaux outils devraient être proposés à cette fin à tous les niveaux de gouvernance; |
| 21. | souligne qu’il convient de mettre en place une plateforme à plusieurs niveaux dans le partenariat oriental, permettant de localiser les objectifs de développement durable dans la région. Cela permettrait d’introduire des mesures énergétiques locales et de mettre en place des solutions de remplacement en vue de créer des systèmes respectueux de l’environnement indépendants des ressources énergétiques russes, tout en améliorant les moyens de subsistance et la résistance des communautés locales et de leurs citoyens; |
| 22. | propose de créer un secrétariat commun du partenariat oriental, au sein duquel l’Union et chaque partenaire, y compris des représentants du niveau local et régional, seraient dûment représentés, et dont l’objectif serait de mobiliser des fonds ainsi que de définir et de concevoir des projets conformes aux principaux objectifs politiques du partenariat; estime qu’un tel secrétariat permettrait aux membres de mieux s’approprier le projet et augmenterait la transparence, la coordination et la visibilité; |
| 23. | recommande de mettre en œuvre sans plus tarder le projet d’université virtuelle de l’administration publique locale et régionale (1) afin de soutenir le renforcement des capacités des collectivités locales et régionales au sein du partenariat oriental, de promouvoir la transparence et la bonne gouvernance, de lutter contre la corruption et d’aider les membres partenaires à mener des réformes visant la décentralisation; |
| 24. | plaide en faveur de l’extension des instruments TAIEX et des programmes de jumelage aux collectivités locales et régionales des pays du partenariat oriental afin d’améliorer leurs capacités administratives. L’élargissement du réseau de parties prenantes des projets de jumelage aux collectivités locales et régionales provoquera un effet de ruissellement et contribuera à faciliter la mise en œuvre des objectifs des projets; |
| 25. | est d’avis que des dotations financières spécifiques conçues pour les collectivités locales et régionales des pays de l’Union et du partenariat oriental, issues des 17 milliards d’EUR dont est doté le plan économique et d’investissement pour le partenariat oriental, permettraient d’appuyer la propagation de la coopération transfrontalière et territoriale, notamment en ayant recours aux groupements européens de coopération territoriale (GECT), stimulant ainsi le partage de bonnes pratiques et la mise en place de projets correspondant aux besoins des objectifs territoriaux ayant été recensés; |
| 26. | estime que le partenariat oriental pourrait se concentrer davantage sur des projets et initiatives concrets visant à resserrer les liens entre les pays partenaires et l’Union, en particulier dans le domaine des infrastructures physiques (transport routier et ferroviaire, câbles électriques et numériques, routes maritimes, interconnexions énergétiques, etc.) et de l’intégration de ces pays dans les marchés du numérique et des télécommunications de l’Union (suppression des frais d’itinérance, par exemple); propose donc d’offrir des possibilités d’intégration économique immédiate dans ce secteur, y compris des mesures visant l’intégration dans le marché intérieur de l’Union, ainsi qu’une aide financière à des niveaux et à un rythme sans précédent, notamment en stimulant l’esprit d’entreprise local et régional, en particulier parmi les PME des pays du «trio»; |
| 27. | demande la création d’une plateforme d’investissement dans le cadre du partenariat oriental, qui ferait la jonction avec les efforts des institutions financières internationales et permettrait aux collectivités locales et régionales de disposer du renforcement des capacités, de l’assistance technique et de la bonne gouvernance nécessaires pour faciliter des projets au sein du partenariat oriental, afin de stimuler le développement territorial durable, prévenir les disparités sociales et économiques et soutenir l’adaptation sur le terrain et la réalisation des objectifs de développement durable dans cette région; |
| 28. | propose donc d’élaborer un modèle d’investissements locaux au sein du partenariat oriental, fondé sur l’expérience acquise par la Banque de développement du Conseil de l’Europe, en vue de financer un large éventail de projets sociaux et économiques mis en œuvre par des acteurs gouvernementaux, locaux et régionaux, ainsi que par des institutions publiques; |
| 29. | estime que les pays du partenariat devraient bénéficier d’une certaine souplesse lors de la sélection des programmes les plus intéressants pour eux et, dans le même temps, de plus de liberté pour donner la priorité à des programmes destinés aux collectivités locales et régionales, qui offriraient au Comité européen des régions un rôle clé lui permettant de trouver des partenaires européens prêts à approfondir leur engagement vis-à-vis de leurs homologues; |
| 30. | recommande de donner la priorité à des mesures et à des projets visant à aborder en particulier les transitions écologique et numérique et à stimuler la reprise socio-économique, et demande qu’un programme pour la reprise, la résilience et la réforme soit adopté à l’occasion du prochain sommet des chefs d’État du partenariat oriental; |
| 31. | insiste sur le fait que les pays partenaires ont signé un accord de coopération visant à lutter contre la détérioration de l’environnement, qui met particulièrement l’accent sur l’action climatique, notamment l’énergie et les infrastructures, ainsi que sur la réduction des déchets et la préservation de la biodiversité; |
| 32. | souligne que la décentralisation administrative et l’augmentation de la part des affaires publiques gérées par les collectivités locales au sein des pays partenaires sont des facteurs essentiels lorsqu’il s’agit de garantir et de préserver une démocratie globale afin d’améliorer la participation des citoyens, ce qui inclut le soutien aux nouvelles méthodes de consultation publique (panels de citoyens, démocratie participative), les mesures de lutte contre la corruption, la protection des droits de l’homme, notamment ceux des minorités, et l’optimisation des systèmes judiciaires, tout en mettant en évidence les valeurs fondamentales de l’Union; |
| 33. | recommande que les collectivités locales et régionales du partenariat oriental coopèrent davantage avec tous les partenaires qui cherchent à promouvoir des politiques de développement local plus ambitieuses que la seule politique d’élargissement menée par l’Union, y compris avec le Conseil de l’Europe et la communauté politique européenne. |
Bruxelles, le 15 mars 2023.
Le président du Comité européen des régions
Vasco ALVES CORDEIRO
(1) Avis du Comité européen des régions — Définir le futur partenariat oriental avec les collectivités locales et régionales (JO C 79 du 10.3.2020, p. 45).
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