| CELEX | 52022XE4116 |
| Type | Communication |
| Date | mercredi 26 octobre 2022 |
| 28.2.2023 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 75/1 |
Résolution du Comité économique et social européen sur le thème «Ensemble pour affronter une menace existentielle: les partenaires sociaux et la société civile défendent la mise en œuvre d’une action ambitieuse dans le domaine du climat»
(2023/C 75/01)
| Rapporteurs: | M. Peter SCHMIDT Mme Isabel CAÑO AGUILAR Mme Sandra PARTHIE M. Josep PUXEU ROCAMORA Mme Neža REPANŠEK M. Lutz RIBBE |
| Base juridique | Article 50 du règlement intérieur Résolution |
| Adoption en session plénière | 26.10.2022 |
| Session plénière no | 573 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 104/1/0 |
Du 6 au 18 novembre se tiendra la réunion annuelle de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP 27), à Charm el-Cheikh en Égypte.
Conformément à la note du 22 février 2022 adressée à son bureau, le CESE a mis sur pied un groupe ad hoc sur la conférence des parties (COP) à la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatique (CCNUCC) afin de préparer sa résolution sur ladite conférence, alignée sur les priorités de la COP à venir et sur les processus de négociation de la CCNUCC, de familiariser davantage l’ensemble de sa propre structure avec le processus de la CCNUCC et de la faire participer aux négociations sur le changement climatique.
Le groupe ad hoc comprend six membres de la section NAT, auxquels s’ajoute, dans une démarche qui fait écho à l’avis d’initiative intitulé «Vers une participation structurée des jeunes au processus décisionnel de l’UE concernant le climat et la durabilité» (1), une représentante de la jeunesse qui participe régulièrement à ses travaux. Ces derniers mois, le groupe ad hoc a rencontré des organisations et institutions concernées, telles que la Commission européenne, le Comité des régions, le bureau des «champions de haut niveau pour l’action climatique» et Climate Action Tracker, ainsi que des représentants des «circonscriptions» de la CCNUCC issues de la société civile — jeunes, entreprises, agriculteurs, syndicats et ONG environnementales — afin d’échanger des informations et de rechercher des synergies. Dans toutes ces conversations, l’urgence climatique a été mise en avant.
Il devient patent qu’en 2022, le changement climatique aura suscité avec une intensité inédite des événements météorologiques extrêmes. Entre les épisodes caniculaires et les incendies observés en Europe et dans certaines régions d’Asie du Sud, les inondations destructrices au Pakistan et au Bangladesh ou encore la sécheresse prolongée en Afrique de l’Est, des milliers de personnes ont perdu la vie et des millions d’autres ont été déplacées ou se trouvent au bord de la famine.
À ce sujet, il est indiqué dans le rapport récemment publié par le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (2) que, pour que le réchauffement mondial n’excède pas 1,5 oC, les émissions de gaz à effet de serre doivent atteindre leur pic «au plus tard avant 2025», qu’elles doivent être divisées par deux d’ici à 2030 et qu’il est impératif, si l’on veut y parvenir, de les réduire de façon drastique et immédiate dans tous les secteurs. Or, d’après les projections, les politiques actuellement en place déboucheraient sur un réchauffement de 2,7 oC, tandis que les engagements pris à ce jour par les États dans le cadre des contributions déterminées au niveau national limiteraient le réchauffement à 2,4 oC (3).
L’invasion de l’Ukraine par la Russie est venue prodigieusement complexifier une situation qui était déjà difficile sur le plan économique et social. Il n’est cependant pas possible de mettre l’urgence climatique entre parenthèses. Toute mesure spéciale appelée à être adoptée doit être exceptionnelle et limitée dans le temps, et l’Union européenne doit accélérer la refonte de sa politique dans les domaines de l’énergie et du climat afin d’amortir les chocs à court terme tout en progressant vers l’inévitable décarbonation des sociétés. L’Europe doit être la figure de proue de l’action pour le climat, en comblant le fossé qui sépare les ambitions des mesures qui sont prises.
Dans la résolution qu’ils ont préparée, les membres du groupe ad hoc demandent aux institutions et aux gouvernements de l’Union de rehausser leur ambition pour le climat, conformément aux données de la science et aux informations scientifiques, et insistent tout particulièrement sur le rôle de la société civile organisée s’agissant d’accélérer l’action climatique. On ne pourra renforcer la résilience sociale qu’à condition que la société civile, les acteurs sociaux et les mouvements émanant du terrain aient les moyens d’agir.
Nous sommes la dernière génération à pouvoir enrayer le changement climatique, et le CESE, en tant que porte-parole de la société civile européenne, se doit de jouer un rôle de premier plan dans la promotion de ces transformations pour avancer vers des sociétés neutres en carbone, inclusives et justes sur le plan social.
Recommandations politiques du Comité économique et social européen
Accroître les ambitions en matière de climat pour répondre à l’urgence climatique et renforcer l’action de l’Union européenne dans ce domaine
En tant que porte-parole de la société civile organisée en Europe, en sa qualité d’organe consultatif auprès du Parlement européen, du Conseil et de la Commission, et en tant que partie intégrante de la sphère de la société civile au niveau mondial, le Comité économique et social européen (CESE):
| 1. | fait observer que la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) a été adoptée il y a trente ans, avec pour objectif ultime de «stabiliser […] les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique» (article 2), et que cet objectif n’a pas été atteint; |
| 2. | relève que l’accord de Paris conclu en 2015 nous a tous fait passer de l’objectif qualitatif défendu par ladite convention, à savoir prévenir la perturbation du climat, à un objectif quantitatif, en «contenant l’élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2 oC par rapport aux niveaux préindustriels et en poursuivant l’action menée pour limiter l’élévation de la température à 1,5 oC par rapport aux niveaux préindustriels» (4); |
| 3. | souligne que l’objectif fixé à 1,5 oC ne sera pas suffisant pour éviter les conséquences dramatiques du changement climatique. Les faits mettent en évidence que le changement climatique affecte d’ores et déjà l’ensemble des régions de la planète. Inondations, sécheresses, tempêtes, incendies et vagues de chaleur se multiplient à un rythme exponentiel, entraînant un cortège d’effets sociaux dévastateurs et un impact économique qui se chiffre en milliards chaque année (5); |
| 4. | souligne que nous connaissons actuellement une urgence climatique et que nous ne devrions pas renoncer à l’article 2 de la convention, et ce même si la CCNUCC ne parvient pas, à l’heure actuelle, à concrétiser ses ambitions; |
| 5. | a la ferme conviction que les décisions prises dans le cadre des politiques menées doivent correspondre aux données de la science et aux informations scientifiques, et relève que le GIEC a fixé des points de référence clairs: les émissions doivent atteindre leur pic «au plus tard avant 2025» (6), et le monde doit réduire ses émissions de 45 % par rapport à leur niveau de 2010 d’ici à 2030 afin de conserver une chance que l’élévation des températures n’excède pas 1,5 oC; |
| 6. | reconnaît que l’invasion de l’Ukraine par la Russie est venue empirer une situation déjà difficile, marquée par l’inflation, des prix élevés de l’énergie et de l’alimentation ainsi que de possibles pénuries énergétiques, autant d’éléments qui pèsent lourdement dans le quotidien des citoyens et posent de sévères difficultés sociales et économiques, au moins sur le court terme. Le CESE estime que la situation actuelle rend d’autant plus urgente une action européenne dans le domaine du climat, et que la nouvelle situation géopolitique impose encore davantage à l’Union européenne d’accélérer la transformation de sa politique énergétique et climatique; |
| 7. | est convaincu que le pacte vert pour l’Europe doit être renforcé afin d’atteindre l’objectif d’une décarbonation de l’économie, de réduire encore les dépendances extérieures, de garantir la résilience et de favoriser une transition juste, et que des dérogations exceptionnelles aux objectifs convenus ne sauraient être accordées que pour un laps de temps limité (7); estime aussi que le développement d’une autonomie stratégique ouverte devrait assurer une réduction des dépendances en matière d’énergie, de matières premières critiques et d’alimentation; |
| 8. | exhorte l’Union européenne à assumer un rôle moteur et invite la Commission européenne et les États membres de l’Union à actualiser leur contribution déterminée au niveau national (CDN) à la suite du pacte de Glasgow pour le climat; préconise une répartition équitable à l’échelle mondiale, fondée sur l’équité, les responsabilités historiques et les capacités; |
| 9. | se réjouit des décisions du Parlement européen relatives au SEQE (8) et aux puits de carbone (9), conduisant à un léger relèvement de l’objectif de réduction des émissions de l’Union, ce qui constitue, même si c’est insuffisant, un appel en faveur d’une augmentation des CDN de l’Union; |
| 10. | fait état de son inquiétude quant au fait que de nombreux pays ont annoncé des plans à long terme visant à atteindre la neutralité climatique d’ici à 2050 ou 2060 qui ne sont pas adossés à des plans correspondants à court et moyen termes; invite par conséquent la Commission européenne à intensifier les efforts diplomatiques de l’Union pour promouvoir l’adoption par la communauté internationale de cadres stratégiques analogues au pacte vert pour l’Europe, et se tient prêt à appuyer cette initiative en travaillant avec les organisations de la société civile de par le monde, avec comme boussole pour les années décisives qui viennent le programme et les objectifs de développement durable à l’horizon 2030; |
| 11. | demande à l’Union européenne de développer plus avant des approches sectorielles pour des actions taillées sur mesure ou des «clubs climat» qui pourraient être mis en place entre les pays disposant des programmes d’action climatique les plus ambitieux, afin d’inciter les autres nations à agir plus rapidement, la mise en œuvre du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) pouvant servir d’outil à cet effet; |
| 12. | considère qu’une action décisive et clairement définie est nécessaire pour rendre l’article 6 de l’accord de Paris opérant et parachever les règles d’application dudit accord, lesquelles établissent à l’intention des États un cadre de coopération internationale volontaire pour réduire les émissions et respecter leurs engagements, tout en évitant certains pièges comme un double comptage ou le risque que des crédits soient accordés pour des réductions d’émissions fictives; |
Revoir notre modèle économique actuel pour agir efficacement sur l’atténuation et l’adaptation, et garantir un accès adéquat au financement de l’action climatique
| 13. | insiste sur la nécessité, afin d’accélérer la transition vers une société neutre pour le climat, de revoir notre modèle économique actuel pour repenser la manière dont nous consommons et produisons ainsi que l’importance que nous attribuons à la sobriété, et invite l’Union européenne à proposer une nouvelle vision de la prospérité pour les individus et pour la planète, qui soit fondée sur les principes de la durabilité environnementale, le droit à une vie décente et la protection des valeurs sociales (10); |
| 14. | suggère un nouveau cadre de gouvernance pour mettre au point ces transformations radicales, et encourage les gouvernements et les pouvoirs publics régionaux à créer des commissions de la transition juste pour permettre aux partenaires sociaux et aux organisations de la société civile, y compris celles qui représentent la jeunesse, de formuler des recommandations et de négocier et élaborer des plans nationaux et régionaux pour une transition juste (11); estime que les initiatives existantes visant à relever les défis sociaux de la mue écologique restent à ce jour parcellaires (12); |
| 15. | considère que la transition rapide vers une économie décarbonée impliquera des défis considérables pour les citoyens, les travailleurs, les entreprises et les régions, en particulier pour ceux qui dépendent le plus des secteurs et industries à forte intensité de carbone (13), et que les CDN devraient prévoir l’élaboration d’une cartographie détaillée et l’analyse des incidences qu’aura la transition sur l’emploi et les compétences dans le pays, les niveaux territoriaux inférieurs et les secteurs, y compris sur les sous-traitants et les chaînes de valeur en aval, et s’accompagner de plans pour l’emploi et de stratégies pour une transition juste au niveau national (14), sur la base des principes de l’OIT pour une transition juste; approuve, par conséquent, la proposition de la conférence sur l’avenir de l’Europe (15) visant à assurer une transition juste qui protège les travailleurs et les emplois grâce à un financement approprié de la transition et de nouveaux travaux de recherche; |
| 16. | souligne qu’il sera nécessaire d’opérer la transformation rapide de systèmes à une échelle inédite pour que le secteur privé, qui a lui aussi un rôle crucial à jouer dans ce processus, assume les responsabilités qui sont les siennes en vue d’atteindre l’objectif de la décarbonation; |
| 17. | reconnaît les efforts multiples et variés que déploient des entreprises et des entrepreneurs partout dans l’Union afin de mettre au point des solutions commerciales d’atténuation et d’adaptation face aux défis liés au changement climatique, et considère que des modèles d’entreprise innovants et responsables devraient lutter contre le changement climatique en donnant la priorité à des objectifs mesurables de durabilité, y compris un usage réduit de l’eau, de l’énergie ou des substances chimiques; |
| 18. | s’inquiète de ce que la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) dans l’Union ne s’accompagne d’une hausse des émissions dans les pays tiers afin de satisfaire la consommation européenne, générant des émissions de GES par effet induit (16), et considère que l’approche adoptée par l’Union pour inventorier les GES doit intégrer les émissions de ces gaz associées aux produits importés, qu’il doit devenir une priorité de découpler le progrès socio-économique des incidences négatives sur le climat et la biodiversité, qu’elles émanent de notre territoire ou qu’elles soient importées, et que le MACF est une mesure propice à la réalisation de cet objectif; |
| 19. | note que le recul de la biodiversité et le changement climatique se renforcent mutuellement, ce qui a été souligné par la communauté scientifique, et préconise une approche globale de l’action menée en faveur de l’environnement, qui tienne compte des liens entre ces deux phénomènes; propose à cet effet de revoir la taille des zones protégées pour en augmenter l’étendue et de repenser et accroître les efforts consentis au titre de la stratégie de l’Union en faveur de la biodiversité à l’horizon 2030 afin de préserver les ressources naturelles qui nous restent (17); |
| 20. | s’inquiète de ce que les effets du changement climatique touchent de manière disproportionnée les plus vulnérables et que ce soient les populations les moins responsables des émissions mondiales qui soient confrontées aux conséquences les plus graves, sans toujours avoir les ressources nécessaires pour y parer; |
| 21. | fait observer que l’action menée en matière d’adaptation devient de plus en plus critique car les événements climatiques anormaux se multiplient, et qu’il est essentiel de mieux anticiper les incidences du changement climatique; souligne que l’accord de Paris met en avant l’importance des processus de planification de l’adaptation au niveau national en engageant l’ensemble des pays à rendre compte des progrès accomplis, et en appelle à une inclusivité rationalisée pour éviter de renforcer les inégalités existantes; |
| 22. | préconise une augmentation de l’enveloppe globale des contributions apportées par les pays développés au financement de l’action climatique et demande qu’une «importance égale» soit accordée au financement de l’atténuation et de l’adaptation: sans financement supplémentaire de l’adaptation, sa planification et sa mise en œuvre seront limitées, en particulier dans les pays en développement; préconise des mesures supplémentaires pour garantir le respect de ce principe, sachant que l’atténuation préserve les générations futures d’une aggravation de la crise climatique, tandis que l’adaptation protège les générations actuelles aussi bien que celles à venir contre les événements climatiques extrêmes provoqués par un changement climatique déjà à l’œuvre (18); rappelle que le financement de l’adaptation au changement climatique ne représente pour l’heure que 25 % des financements mondiaux consacrés au climat, et que les engagements antérieurs au titre desquels le financement de l’adaptation devait augmenter de 40 % d’ici à 2025 ne sont pas mis en pratique (19); |
| 23. | se réjouit de la contribution de 100 millions d’EUR de la Commission au Fonds pour l’adaptation tout en invitant instamment les États membres de l’Union à doubler le financement de l’adaptation par rapport aux niveaux de 2019 d’ici à 2025, et demande que des efforts supplémentaires soient consentis pour satisfaire au plan de financement dont l’objectif a été fixé à 100 milliards d’USD; souligne qu’il n’existe actuellement aucune facilité de financement au niveau mondial pour soutenir le rétablissement des populations concernées après les pertes et préjudices qu’elles ont subis, et invite instamment les États membres de l’Union et la Commission à prendre des engagements dans le cadre du mécanisme relatif aux pertes et préjudices afin de réparer les conséquences du changement climatique; |
| 24. | estime que, dans le cadre de l’action pour une justice climatique, les gouvernements et les institutions de l’Union doivent élaborer une politique européenne globale et tournée vers l’avenir dans les domaines de la migration et de l’asile, qui assure la protection des personnes déplacées pour des raisons climatiques, à commencer par la reconnaissance formelle des réfugiés climatiques; |
Renforcer une action sectorielle efficace pour atteindre la neutralité climatique
| 25. | souligne que l’économie circulaire et la bioéconomie sont des facteurs propices à la mise en place d’une nouvelle vision de la prospérité pour les populations et qu’il convient d’en accélérer encore le développement (20), et relève que les stratégies mises en œuvre dans le domaine de l’économie circulaire dans divers secteurs et pays pourraient potentiellement permettre de réduire de 39 % les émissions de GES au niveau mondial (21); s’inquiète de ce que l’Union européenne ne soit circulaire qu’à hauteur de 12 % environ, en dépit du grand processus de mise à niveau de la législation lancé en 2015 dans le cadre du premier plan d’action de l’Union en faveur de l’économie circulaire, et considère que l’on ne pourra enregistrer des progrès supplémentaires qu’à condition d’associer à ces démarches l’ensemble des composantes de la société civile, notamment pour surmonter les obstacles qui subsistent sur les plans politique, culturel, financier ainsi qu’au niveau des infrastructures et de la gouvernance (22); |
| 26. | demande que des stratégies de transition visant à mettre en place des systèmes alimentaires durables soient dûment intégrées dans les CDN et reconnaît que, même si de nombreux pays font mention du potentiel de l’atténuation et de l’adaptation pour l’agriculture dans leurs CDN, ils ne sont que très peu à fixer des objectifs se rapportant à d’autres étages du système alimentaire (23), négligeant ainsi très largement d’exploiter certaines possibilités (24); réitère les recommandations qu’il a formulées pour que soient adoptées des politiques alimentaires globales, comme la stratégie «de la ferme à la table», y compris des mesures dans le domaine du climat, et que soit garantie une mobilisation structurée des parties prenantes tout le long de la chaîne d’approvisionnement alimentaire (25) et à tous les niveaux de pouvoir, en particulier en plaçant les producteurs au centre des stratégies agricoles et en les associant à l’élaboration des politiques; |
| 27. | s’inquiète de la situation de l’Afrique, dont la contribution aux émissions mondiales n’atteint pas 4 % mais qui apparaît pourtant de façon disproportionnée comme l’une des régions les plus vulnérables de la planète; sachant que la COP 27 aura lieu en Afrique, en appelle sans détour à l’allocation prioritaire, par l’Union européenne, de ressources au profit de l’Afrique, qu’elles soient de nature financière, technique ou destinées à renforcer ses capacités, afin d’appuyer l’engagement pris par ce continent dans le cadre de la COP 21 de Paris et eu égard au fait que la plupart des contributions déterminées au niveau national (CDN) africaines incluent des objectifs d’atténuation et d’adaptation qui sont conditionnés à l’octroi d’un soutien international suffisant, les enjeux qui se posent à cet égard étant ceux de la protection d’écosystèmes qu’il est précieux de préserver, comme les forêts et les savanes, et de l’extraction des combustibles fossiles; |
| 28. | réclame l’arrêt immédiat des subventions aux combustibles fossiles, salue la communication «REPowerEU», qui présente des solutions conformes aux objectifs du pacte vert et de l’union européenne de l’énergie (26), (27), et est d’avis que les pouvoirs publics doivent fournir un cadre pour les investissements dans des technologies de rupture dans des domaines tels que l’efficacité énergétique et la production d’énergies renouvelables, grâce à un soutien apporté à la recherche, à l’innovation et au développement, et que la réglementation devrait être conçue de manière à susciter et dynamiser le développement de nouvelles technologies et leur adoption par le marché, avec notamment des mesures axées sur la demande pour créer des marchés pilotes et encourager la consommation de produits sobres en carbone (28); |
| 29. | accueille favorablement les solutions numériques propices à la protection de l’environnement et à une transformation dans le sens de la durabilité des transports, des systèmes énergétiques, des bâtiments, de l’agriculture et d’autres secteurs, mais note tout de même que la numérisation n’a, dans l’ensemble, pas contribué jusqu’à présent à la réduction de la demande en énergie ni des émissions de carbone, et souligne par conséquent que des politiques de soutien sont nécessaires pour éviter les effets de rebond et d’induction (29); |
| 30. | souligne que le changement climatique a aussi de graves répercussions sur les entreprises, en particulier les PME, par exemple l’interruption des chaînes d’approvisionnement ou des dommages causés aux sites de production par des phénomènes météorologiques extrêmes, les forçant à opérer des changement parfois coûteux dans leurs modèles économiques et leurs modes de fonctionnement ainsi qu’à réaliser des investissements pour satisfaire à certaines exigences, réglementaires ou autres, et considère que les acteurs pionniers dans l’adoption de nouveaux modèles économiques durables devraient être soutenus afin de veiller à ce que leur innovation ne se transforme pas en désavantage face à la concurrence; |
| 31. | souligne que le soutien apporté au secteur privé doit respecter les principes d’un accès équitable des PME aux outils de financement et devrait reposer uniquement sur les objectifs climatiques (30), et qu’il sera nécessaire d’engager de vastes chantiers dans toutes les chaînes de valeur, dans le cadre d’une collaboration intersectorielle; |
| 32. | considère que l’harmonisation et la normalisation sont essentielles pour pouvoir décliner des solutions à l’échelle de secteurs entiers, grâce aux technologies, au renforcement des compétences et à la réglementation, dans une démarche que les gouvernements de l’Union devraient soutenir au niveau international, et qu’il sera tout particulièrement important pour les PME qu’elles bénéficient d’instruments d’accompagnement et d’un renforcement de leurs capacités pour satisfaire à de nouvelles exigences et afin d’élargir leur accès aux marchés dans l’Union; |
Donner à la société civile les moyens d’accélérer l’action climatique, et plaider pour un nouveau cadre de gouvernance
| 33. | souligne que l’échelle des actions requises appelle des politiques intégrées, menées à plusieurs niveaux, et des solutions transsectorielles moyennant une véritable mobilisation de la société civile, et propose dès lors un nouveau cadre de gouvernance pour développer ces transformations radicales; |
| 34. | estime que, sur le lieu de travail, ce nouveau cadre de gouvernance devrait sauvegarder le dialogue social en garantissant les droits et la participation des travailleurs et en renforçant les conventions collectives; |
| 35. | est d’avis qu’un dialogue élargi devrait également être renforcé, avec la contribution des régions, des acteurs ruraux et des villes, des partenaires sociaux, des coopératives et de la société civile, afin d’en assurer la crédibilité et de garantir la justice sociale, et pour donner un sens concret à l’engagement de ne laisser personne de côté (31). À titre d’exemple, faciliter les approches axées sur les prosommateurs peut accélérer la transition vers un système énergétique plus propre, faire émerger de nouveaux modèles économiques et aider à protéger les groupes les plus vulnérables dans nos sociétés, en empêchant par exemple qu’ils ne soient privés de chauffage, d’électricité ou des technologies de l’information; |
| 36. | a la ferme conviction que les initiatives émanant de la base et du terrain doivent être véritablement soutenues et encouragées pour accélérer l’atténuation du changement climatique et l’adaptation à celui-ci et pour renforcer la résilience sociale, libérant ainsi le potentiel d’une culture de la coopération et des solutions ascendantes; estime qu’il est tout aussi essentiel d’investir davantage dans l’innovation sociale pour généraliser les transformations culturelles et sociétales requises afin d’intégrer la protection du climat dans le quotidien des entreprises, des pouvoirs publics et des ménages; |
| 37. | considère que la question de l’égalité des sexes ne devrait pas être traitée séparément ou isolément, et qu’elle devrait au contraire être considérée comme un élément fondamental afin d’éviter une absence de prise en compte de la dimension de l’égalité entre les hommes et les femmes dans les mesures et les politiques décidées. Le changement climatique n’a pas le même impact sur tous les segments de la population, et les politiques menées en la matière, si elles ne sont pas conçues correctement, peuvent perpétuer ces déséquilibres et ces injustices. Par exemple, la participation inégale des femmes aux processus décisionnels et au marché du travail renforce les inégalités et empêche souvent les femmes de participer et de contribuer pleinement à l’élaboration, à la planification et à la mise en œuvre des politiques en matière de climat (32); |
| 38. | est convaincu qu’une plus forte mobilisation des jeunes dans les processus de prise de décision, depuis l’élaboration des initiatives et propositions législatives jusqu’à leur mise en œuvre, leur contrôle et leur suivi, est le meilleur moyen de prendre en compte la dimension intergénérationnelle des transformations dont il est question (33). C’est pourquoi le CESE a entrepris, depuis 2021, d’inclure un délégué de la jeunesse dans la délégation officielle de l’Union aux réunions de la COP de la CCNUCC et s’est engagé à relayer la parole des jeunes et des organisations représentant la jeunesse au sein de ses travaux; le CESE recommande vivement aux parties et aux autres acteurs concernés d’adopter une approche similaire; |
| 39. | reconnaît le rôle que jouent les peuples indigènes en première ligne du changement climatique, eux qui prennent soin de 80 % de la biodiversité restante sur la planète (34); salue leur mobilisation croissante dans le cadre de la politique climatique et invite instamment les parties à les associer activement à la mise en œuvre de l’action climatique; |
| 40. | s’engage à entreprendre des actions pour mettre en œuvre les recommandations politiques qui précèdent. |
Bruxelles, le 26 octobre 2022.
La présidente du Comité économique et social européen
Christa SCHWENG
(1) JO C 429 du 11.12.2020, p. 44.
(2) https://www.ipcc.ch/2022/04/04/ipcc-ar6-wgiii-pressrelease/
(3) https://climateactiontracker.org/global/temperatures/
(4) Accord de Paris.
(5) Sources: «Economic losses from weather and climate-related extremes in Europe reached around half a trillion euros over past 40 years» — Agence européenne pour l’environnement; «New report: World counts the cost of a year of climate breakdown» — Christian Aid (organisation caritative britannique luttant contre la pauvreté dans le monde); «The Costs of Extreme Weather Events Caused by Climate Change» — Centre euro-méditerranéen sur les changements climatiques (CMCC); «Billion-Dollar Weather and Climate Disasters» — Centres nationaux d’information environnementale (NCEI) de l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA).
(6) Rapport 2022 sur l’atténuation du changement climatique (GIEC).
(7) Résolution du CESE sur «La guerre en Ukraine et ses conséquences économiques, sociales et environnementales» (JO C 290 du 29.7.2022, p. 1).
(8) Changement climatique: le PE plaide pour une action plus rapide de l’UE et pour l’indépendance énergétique.
(9) Le Parlement approuve le relèvement des ambitions de l’UE en matière de puits de carbone d’ici 2030.
(10) Avis du CESE sur «L’économie durable dont nous avons besoin» (JO C 106 du 31.3.2020, p. 1).
(11) Avis du CESE sur le thème «“Ajustement à l’objectif 55”: atteindre l’objectif climatique de l’UE à l’horizon 2030 sur la voie de la neutralité climatique» (JO C 275 du 18.7.2022, p. 101).
(12) Avis du CESE sur le thème «Le dialogue social dans le cadre de la transition écologique» (JO C 486 du 21.12.2022, p. 95).
(13) Avis du CESE sur le thème «“Ajustement à l’objectif 55”: atteindre l’objectif climatique de l’UE à l’horizon 2030 sur la voie de la neutralité climatique» (JO C 275 du 18.7.2022, p. 101).
(14) Avis du CESE sur le thème «“Ajustement à l’objectif 55”: atteindre l’objectif climatique de l’UE à l’horizon 2030 sur la voie de la neutralité climatique» (JO C 275 du 18.7.2022, p. 101).
(15) Conférence sur l’avenir de l’Europe — Recommandations adoptées par un panel de citoyens européens.
(16) Rapport 2021 sur le développement durable en Europe de SDSN Europe.
(17) Avis du CESE (NAT/841) en cours d’élaboration sur les «Objectifs de restauration de la nature dans le cadre de la stratégie européenne en faveur de la biodiversité».
(18) Avis du CESE sur «La nouvelle stratégie de l’Union européenne pour l’adaptation au changement climatique» (JO C 374 du 16.9.2021, p. 84).
(19) António Guterres: «50 % du financement climatique doit être consacré à l’adaptation au climat».
(20) Avis du CESE sur le thème «Développer des synergies entre les différentes feuilles de route pour l’économie circulaire» (JO C 14 du 15.1.2020, p. 29).
(21) Rapport 2021 sur le «déficit de circularité»: «Climate Change Mitigation through the Circular Economy».
(22) Avis du CESE sur «La nouvelle stratégie de l’Union européenne pour l’adaptation au changement climatique» (JO C 374 du 16.9.2021, p. 84).
(23) Enhancing NDCs For Food Systems — recommendations for decision-makers — Projet NDC Action.
(24) Avis du CESE sur le thème «Sécurité alimentaire et systèmes alimentaires durables» (JO C 194 du 12.5.2022, p. 72).
(25) Avis du CESE sur «Une stratégie alimentaire durable “de la ferme à la table”» (JO C 429 du 11.12.2020, p. 268).
(26) Avis du CESE sur la «Justice climatique», JO C 81 du 2.3.2018, p. 22, et sur «La nouvelle stratégie de l’Union européenne pour l’adaptation au changement climatique», JO C 374 du 16.9.2021, p. 84.
(27) Avis du CESE sur le thème «REPowerEU: Action européenne conjointe pour une énergie plus abordable, plus sûre et plus durable» (JO C 323 du 26.8.2022, p. 123).
(28) Avis du CESE sur le thème «“Ajustement à l’objectif 55”: atteindre l’objectif climatique de l’UE à l’horizon 2030 sur la voie de la neutralité climatique» (JO C 275 du 18.7.2022, p. 101).
(29) Avis du CESE sur le thème «Numérisation et durabilité — état de la question et nécessité d’une action du point de vue de la société civile» (JO C 429 du 11.12.2020, p. 187).
(30) Avis du CESE sur le thème «“Ajustement à l’objectif 55”: atteindre l’objectif climatique de l’UE à l’horizon 2030 sur la voie de la neutralité climatique» (JO C 275 du 18.7.2022, p. 101).
(31) Avis du CESE sur le thème «“Ajustement à l’objectif 55”: atteindre l’objectif climatique de l’UE à l’horizon 2030 sur la voie de la neutralité climatique» (JO C 275 du 18.7.2022, p. 101).
(32) 2020 Pocket Guide to Gender Equality under the UNFCCC — WEDO.
(33) Avis du CESE sur le thème «Vers une participation structurée des jeunes au processus décisionnel de l’UE concernant le climat et la durabilité» (JO C 429 du 11.12.2020, p. 44).
(34) «Indigenous peoples defend Earth’s biodiversity — but they’re in danger».