| CELEX | 52023AE0148 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | jeudi 27 avril 2023 |
| 29.6.2023 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 228/22 |
Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Trente ans de marché unique: comment améliorer son fonctionnement?»
(avis exploratoire)
(2023/C 228/04)
| Rapporteur: | Felipe MEDINA MARTÍN |
| Corapporteur: | Angelo PAGLIARA |
| Consultation | Présidence du Conseil européen, 14.11.2022 |
| Base juridique | Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne Avis exploratoire |
| Compétence | Marché unique, production et consommation |
| Adoption en section | 4.4.2023 |
| Adoption en session plénière | 27.4.2023 |
| Session plénière no | 578 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 137/1/0 |
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | Le Comité économique et social européen (CESE) estime que le marché intérieur est et reste l’une des grandes réussites politiques et économiques de l’Union européenne dans sa marche vers l’intégration. Les citoyens et les entreprises en ont bénéficié, et il convient de considérer ce marché intérieur comme un processus en constante amélioration, qui s’adapte continuellement aux nouveaux besoins à mesure qu’ils apparaissent. De nombreux avantages ont été obtenus au cours des trente dernières années, mais il est toujours nécessaire de procéder à un examen critique et d’introduire de nouvelles améliorations, en ce qui concerne non seulement les objectifs à réaliser, mais aussi les nouveaux défis à relever, tels que la pandémie de COVID-19, la crise de l’énergie ou l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Le Comité souhaite contribuer à ce processus d’amélioration et propose pour le renforcer les mesures décrites dans le présent document. |
| 1.2. | Le Comité espère que le «programme en faveur du marché unique 2021-2027», qui vise à optimiser le fonctionnement du marché intérieur ainsi que la compétitivité et la durabilité des entreprises, s’accompagnera d’outils de contrôle et de protection adéquats pour ce qui est de la qualité du travail, des conditions de concurrence équitables pour toutes les entreprises, des droits des citoyens et de la protection des consommateurs. Le Comité demande en même temps que toutes les mesures nécessaires soient mises en place pour avoir raison de toutes les formes de dumping social et fiscal dans le but de garantir une concurrence loyale et le bon fonctionnement du marché unique, en évitant toute forme de distorsion. |
| 1.3. | Les défis géopolitiques actuels auront une influence sur le fonctionnement du marché unique, les systèmes d’approvisionnement et la résilience de l’économie européenne. Le Comité se félicite de l’initiative visant à réduire les dépendances critiques à l’égard des pays tiers, et invite la Commission à adopter toutes les mesures nécessaires pour actualiser la politique industrielle européenne en préservant et en renforçant le marché unique et les avantages qu’il offre pour les consommateurs, les travailleurs et les entreprises. |
| 1.4. | La crise récente a montré que la principale priorité du marché unique européen devrait être d’améliorer le niveau de vie et les conditions de travail en favorisant la croissance et la compétitivité équitable, tout en créant un environnement favorable aux entreprises et à la paix sociale. Le Comité estime que la libre circulation des personnes et des travailleurs constitue l’une des pierres angulaires du marché unique, et appelle donc de ses vœux une accélération de la reconnaissance des qualifications et des diplômes entre États membres. Il est indispensable d’accorder une attention particulière aux travailleurs licenciés. |
| 1.5. | Le Comité estime que les entreprises européennes sont confrontées à des problèmes liés aux lacunes du marché unique qui nuisent gravement à la compétitivité et à la durabilité. Malgré des efforts considérables mobilisés pour mettre en œuvre les règles relatives au marché unique, l’essentiel de la charge réglementaire reste produite au niveau national. À cet égard, en garantissant les normes les plus élevées, les institutions européennes devraient viser une harmonisation complète, et les États membres devraient ne pas sous-estimer les incidences possibles de leurs ajouts sur l’intégrité et le bon fonctionnement du marché unique et, si possible, éviter de prendre des mesures susceptibles d’entraîner des distorsions et une fragmentation trop importantes; le CESE recommande aux institutions européennes de prendre les devants et d’agir plus rapidement pour proposer une législation dans un délai favorable à l’harmonisation. Il est essentiel de limiter autant que possible les initiatives nationales susceptibles de compromettre le marché intérieur et ses règles communes. À cet égard, le Comité souligne qu’il convient de renforcer le système d’information relatif aux règles techniques (TRIS) pour créer les conditions d’un véritable marché unique, et non de 27 marchés distincts. |
| 1.6. | Le Comité plaide en faveur d’un engagement ferme à améliorer la qualité de la législation en Europe et dans les États membres. Selon lui, il convient de procéder à un réexamen aux stades préliminaires de la législation européenne — une analyse d’impact obligatoire avant toute initiative législative et une consultation publique — afin de rendre l’initiative plus transparente et de clarifier ses objectifs. Dans le même ordre d’idées, le programme pour une meilleure réglementation et le programme REFIT devraient cibler mieux leur action pour obtenir davantage d’ouverture et d’intégration des marchés des biens et des services, afin d’en tirer le meilleur parti pour la population et pour l’économie européenne, en produisant une analyse pour détecter toute législation superflue, en se concentrant avant tout sur les domaines où une harmonisation est nécessaire et en consolidant la législation existante en matière de protection sociale. |
| 1.7. | Le Comité considère qu’il convient d’insister davantage sur la mise en œuvre, la simplification et le respect des règles, en particulier auprès des États membres. Il invite ces derniers à mettre en œuvre et à faire respecter strictement les règles communes tout en évitant des règles nationales supplémentaires lorsque celles-ci ne sont pas nécessaires (1). |
| 1.8. | Le Comité invite instamment la Commission à évaluer chaque règlement s’agissant de sa contribution à la compétitivité des entreprises et au bien-être de la population, et à recenser les obstacles à supprimer et à éliminer systématiquement. |
| 1.9. | Le Comité considère que le nombre d’instruments juridiques dont dispose l’Union européenne pour défendre son marché intérieur sont suffisants et adaptés aux besoins: la procédure TRIS, la reconnaissance mutuelle de la législation, SOLVIT, le 28e régime, la procédure de plainte, les normes CEN-Cenelec, etc. Il s’agit d’instruments essentiels pour la protection du marché unique, mais leur potentiel n’est pas toujours exploité, ils devraient être plus efficaces et utiles. |
| 1.10. | Le Comité estime que, parmi tous les nouveaux défis qui s’imposent au marché unique, il convient d’accorder la priorité à la promotion de l’autonomie stratégique ouverte de l’Union européenne en ce qui concerne l’approvisionnement et le commerce dans le secteur de l’énergie, des matières premières critiques et, plus généralement, pour tout ce qui a trait au leadership en matière d’innovation, à la numérisation ou encore à la recherche avancée. Le Comité recommande de renforcer la coopération et les accords avec les pays partageant les mêmes valeurs. |
| 1.11. | Le Comité reconnaît, dans le domaine des biens et des services, l’incidence positive des achats groupés dans différents secteurs, comme le gaz ou le commerce de détail. Les alliances européennes de ce type produisent de nombreux effets favorables à la concurrence ainsi que des avantages évidents pour les consommateurs, et elles doivent dès lors être clairement soutenues par les institutions de l’Union. |
| 1.12. | Le Comité est convaincu que les défis du marché unique qui découlent de la transition numérique doivent être relevés au moyen d’un dialogue social et d’une position avancée de l’Union dans l’application de la législation commune afin de protéger les plus vulnérables et de veiller à ce que l’efficacité poursuivie ne nuise pas à la cohésion sociale, économique et territoriale, ni à la stabilité politique. |
| 1.13. | Le marché unique n’est pas parfait et il doit être constamment adapté à l’évolution de la situation afin de continuer à fonctionner même en temps de crise et de promouvoir activement ses libertés, sachant que la pandémie a montré que la libre circulation ne saurait être considérée comme acquise. Cet anniversaire devrait donc être l’occasion de remettre cette politique à l’ordre du jour européen et de proposer prochainement des améliorations. |
| 1.14. | Le Comité redoute que l’assouplissement des règles en matière d’aides d’État en réponse à loi américaine sur la réduction de l’inflation («Inflation Reduction Act» ou IRA) ne crée de nouvelles asymétries entre les États membres, compromettant ainsi la résilience du marché unique, et estime que le meilleur moyen d’insuffler un nouvel élan à la politique industrielle européenne et aux investissements dans les technologies vertes consiste à mettre en place un fonds européen pour la souveraineté. |
| 1.15. | Le Comité souligne le rôle important du marché unique pour éviter le protectionnisme et créer des conditions de concurrence équitables au sein de l’Union. Il estime à cet égard qu’il faut analyser en profondeur les critères d’attribution des aides d’État, leurs effets, leur utilité et leur résilience. On observe que certains secteurs économiques n’ont jamais pu accéder à ce type d’aides, et que, de surcroît, des déséquilibres existent d’un État membre à l’autre, ce qui entraîne des différences de compétitivité au sein de l’Union. |
2. Introduction
| 2.1. | L’année 2023 marque le trentième anniversaire de l’une des plus grandes réussites politique, économique et sociale de l’Union européenne dans sa marche vers l’intégration: le marché unique. Cet anniversaire devrait toutefois être l’occasion d’adapter fondamentalement la philosophie du marché unique et de le mettre en cohérence avec les défis qui se posent à l’heure actuelle. Ce processus a débuté en 1986 avec l’Acte unique européen qui a favorisé l’adoption de règles communes, venant se substituer aux règles nationales dans de nombreux domaines différents, grâce à l’adoption de centaines de mesures législatives stratégiques et à l’application du principe de la reconnaissance mutuelle. |
| 2.2. | Personne ne nie aujourd’hui que le marché unique produit des effets positifs, mais aussi négatifs. Le marché unique peut être considéré comme une composante essentielle du modèle européen qui a permis la libre circulation des biens, des personnes, des services et des capitaux dans l’ensemble de l’Union européenne, facilitant ainsi la plupart du temps la vie des entreprises, des institutions et des citoyens. |
| 2.3. | Le marché unique a stimulé le progrès, non seulement sur le plans économique et social, mais aussi politique, permettant ainsi d’accélérer le processus d’intégration. La libre circulation des personnes grâce au marché unique a marqué la vie de plusieurs générations d’européens qui, grâce à des programmes tels qu’Erasmus, ont pu dès leur plus jeune âge adopter l’esprit européen, nouant des liens étroits avec une grande diversité de personnes qui leur ressemblent, issues de différents États membres et qui partagent un mode de vie européen commun. |
3. Observations générales
| 3.1. | La pandémie a montré que l’Union européenne avait besoin d’un nouveau modèle économique et commercial. Les crises récentes, les tensions géopolitiques actuelles, les défis que posent la double transition écologique et numérique, ainsi que l’approbation récente de la loi américaine sur la réduction de l’inflation sont autant d’éléments indiquant que le moment est venu d’actualiser le marché unique et de lui donner un nouvel élan, en gardant toujours à l’esprit que le marché unique est un outil au bénéfice des européens et non une fin en soi. |
| 3.2. | Le marché unique a évolué au fur et à mesure de l’avancement de l’intégration européenne. Alors que, dans un premier temps, le marché unique était axé sur la suppression des barrières non tarifaires et des mesures d’effet équivalent sur les échanges intracommunautaires de marchandises et sur l’harmonisation de la législation (le marché unique européen), les nécessités et ambitions politiques successives ont élargi son champ d’application à de nouveaux domaines tels que les services et l’économie numérique. |
| 3.3. | Tous ces progrès n’ont été réalisés que grâce aux efforts considérables déployés par l’ensemble des parties prenantes, des administrations et des acteurs économiques et sociaux. Pourtant, ces dernières années, le marché unique semblait ne plus être une priorité politique, et l’ouverture et l’intégration des marchés des biens et des services n’étaient plus à l’ordre du jour. À cet égard, ces dernières années, la lacune la plus flagrante résidait dans le manque d’engagement des États membres. Le Conseil s’est engagé à de nombreuses reprises à améliorer et à renforcer le marché unique, mais ses conclusions n’ont que rarement été traduites en politiques nationales. C’est pourquoi, le Comité invite le Conseil et les États membres à prendre de nouvelles mesures à cet égard. |
| 3.4. | Le Comité observe que le marché unique doit servir à rendre les entreprises européennes plus compétitives sur les marchés mondiaux. Il est conçu comme un processus en constante évolution, ce qui constitue certes une faiblesse et un risque, mais lui confère aussi un nouveau rôle: celui de la résilience, lequel se combine aux rôles traditionnels, qui doivent eux-mêmes rester dynamiques et ne peuvent pas être considérés comme acquis. |
| 3.5. | Le Comité invite la Commission et le Conseil à adopter toutes les mesures nécessaires pour aider les politiques industrielles européennes et les entreprises à atteindre les objectifs des transitions écologique et numérique, au moyen des outils disponibles au sein de l’Union, et en suivant, si nécessaire, la proposition de créer un Fonds européen pour la souveraineté. Il rappelle toutefois aux États membres et à la Commission qu’il existe déjà de nombreux programmes et outils de financement qui devraient être pleinement exploités avant d’en ajouter d’autres. Il demande à la Commission de l’associer aux discussions sur les règles en matière d’aides d’État. |
| 3.6. | Le Comité convient (2) que l’Union a besoin d’une politique numérique solide et ambitieuse afin de tirer parti des possibilités offertes par l’innovation numérique pour la rendre plus compétitive. Il fait valoir qu’un véritable marché unique et une législation transfrontière simple permettront à de nombreux secteurs de répondre aux demandes des consommateurs et de faire face à la concurrence dans un environnement mondial à la fois plus concurrentiel et plus numérique. |
| 3.7. | La numérisation du marché unique peut favoriser la croissance et le bien-être des citoyens et des entreprises européennes. Le Comité exhorte dès lors la Commission à adopter toutes les mesures nécessaires pour accroître les investissements afin de combler la fracture numérique qui existe actuellement entre les régions européennes. Il est essentiel pour les États membres d’augmenter les investissements dans l’éducation et la formation afin de développer le marché unique numérique et de le rendre plus efficace. L’objectif doit être de garantir que les travailleurs soient qualifiés, les entreprises innovantes et les emplois de qualité en luttant contre la précarité des conditions de travail. |
| 3.8. | Le Comité invite la Commission à étudier plus particulièrement les risques engendrés par la production, la circulation et le stockage des données personnelles et sensibles découlant des processus de numérisation ainsi que de leur utilisation et de leur contrôle. Il lui demande également d’adopter toutes les mesures nécessaires pour prévenir ces risques et de considérer les conclusions des négociations en cours en vue d’une convention du Conseil de l’Europe sur l’intelligence artificielle, les droits de l’homme, la démocratie et l’état de droit (3) comme base du cadre réglementaire. L’objectif doit être de protéger les données à caractère personnel des travailleurs et des consommateurs, tout en autorisant que celles-ci soient utilisées à titre confidentiel pour permettre l’exploitation des avantages des nouvelles technologies. |
| 3.9. | Il est primordial d’accélérer les initiatives en faveur de la numérisation et de la création d’espaces de données transeuropéens sectoriels afin d’améliorer l’analyse et l’utilisation des données dans l’intérêt de la société européenne et de la compétitivité des entreprises en Europe. Les espaces de données pourraient faire naître et nourrir des jeunes pousses et de nouveaux innovateurs industriels évolutifs. Le bon fonctionnement du marché unique des données est aussi essentiel dans la mesure où il est intrinsèquement lié au marché unique des biens, des services, des capitaux et des personnes, ainsi qu’aux systèmes d’énergie et de transport. |
4. Le marché unique des biens et des services
| 4.1. | Le Comité estime que les lacunes du marché unique doivent encore être analysées et que des mesures restent à prendre pour y remédier, en particulier en supprimant la charge réglementaire et administrative inutile afin de faciliter la compétitivité et la viabilité des entreprises européennes tout en préservant et en consolidant la législation relative à la protection sociale en vigueur. |
| 4.2. | Le Comité met en exergue les problèmes causés par les États membres lorsqu’ils anticipent l’adoption de mesures communes au niveau européen et la manière dont ils influencent et orientent les solutions communes dégagées par la législation européenne. Certains cas s’expliquent par le fait que la Commission n’a pas proposé de mesures, mais d’autres sont le fait des États membres situés en amont de la proposition européenne, en ce qui concerne, par exemple, l’étiquetage de l’origine des produits à base de viande, l’étiquetage sur la face avant des emballages des denrées alimentaires ou la proposition irlandaise sur les avertissements sanitaires pour les boissons alcoolisées, ce qui entrave le processus d’harmonisation et la libre circulation des marchandises. C’est pourquoi le Comité demande instamment à la Commission d’anticiper, le cas échéant, la réglementation afin d’éviter la multiplication des règles nationales qui fragmentent le marché unique. |
| 4.3. | La directive (UE) 2015/1535 du Parlement européen et du Conseil (4) prévoit une procédure d’information dans le domaine des réglementations techniques et des règles relatives aux services de la société de l’information à la disposition des États membres. Cet acte législatif prévoit la possibilité pour un État membre d’être obligé de reporter de 12 à 18 mois l’adoption d’un projet de règle s’il existe une initiative de l’Union en cours qui pourrait être compromise par la réglementation nationale et il est renouvelé. Dans la pratique, toutefois, la prérogative de la Commission est affirmée sans être appliquée et, in fine, ce sont les États membres qui conditionnent la législation européenne. |
| 4.4. | SOLVIT est un autre outil disponible qui a été conçu pour arrêter ou contrecarrer toute action qui porterait atteinte au marché unique. Il s’agit d’une procédure utilisée lorsque l’administration d’un autre État membre n’applique pas correctement la législation européenne et empêche le plein exercice des droits des citoyens et des entreprises dans le marché unique. C’est un système de médiation entre administrations nationales qui, en pratique, repose davantage sur la détermination des administrations que sur leur capacité juridique à remédier à une situation, son efficacité reste donc limitée, selon le Comité, et il doit être améliorée. |
| 4.5. | La procédure de plainte devant la Commission est encore un autre outil disponible que le Comité considère comme efficace car il est flexible et transparent, mais qui nécessite un soutien politique fort, et dont la procédure devrait être améliorée pour davantage d’efficience et d’efficacité. |
| 4.6. | En 2018, une stratégie d’ouverture et de développement des différents secteurs européens a été approuvée. Toutefois, des problèmes subsistent, la discrimination persiste, et les États membres ne respectent pas tous l’obligation de notification à la Commission prévue par l’article 15, paragraphe 7, de la directive sur les services. |
| 4.7. | Le Comité note que certains secteurs comme les services financiers ou le secteur du commerce de détail et de gros, tout en demeurant très fragmentés, ont été capables de s’unir et de se renforcer au niveau européen. Le secteur du commerce de détail et de gros a su s’approprier l’esprit et les avantages indéniables du marché unique et, grâce aux alliances d’achat et au marché unique, améliorer progressivement les services aux consommateurs européens. Il subsiste des difficultés majeures en ce qui concerne l’harmonisation et la mise en œuvre effective de la liberté d’établissement dans le secteur du commerce de détail et de gros, dont la stratégie intitulée «Adapter le commerce de détail de l’UE aux exigences du XXIe siècle» n’est toujours pas pleinement mise en œuvre. Par ailleurs, les alliances d’achat dans le commerce de détail doivent être soutenues pour améliorer le bien-être des consommateurs grâce à un effet favorable à la concurrence au niveau européen. |
5. Le marché unique pour les travailleurs
| 5.1. | Parmi les défis auxquels le marché unique est confronté, le Comité relève la transformation du travail et la redéfinition subséquente des relations entre les parties, ainsi que les risques associés sur le plan de la flexibilité (horaires, localisation et services), en particulier pour ce qui concerne les travailleurs des plateformes et, plus généralement, les professions numériques et les télétravailleurs. |
| 5.2. | Les crises récentes ont montré que la principale priorité du marché unique européen devrait être d’améliorer le niveau de vie et les conditions de travail tout en favorisant la croissance et la compétitivité équitable tout en créant un environnement favorable aux entreprises et à la paix sociale. Malgré les progrès accomplis, 21,7 % de la population européenne est toujours exposée au risque de pauvreté ou d’exclusion sociale (Eurostat, 2021). |
| 5.3. | Le Comité estime que la libre circulation des personnes et des travailleurs constitue l’une des pierres angulaires du marché unique, et appelle donc de ses vœux une accélération de la reconnaissance des qualifications et des diplômes entre États membres. Il convient particulièrement de veiller à garantir un traitement équitable des travailleurs détachés en ce qui concerne les salaires et les conditions de travail. |
| 5.4. | Comme l’a démontré la crise causée par la pandémie, la libre circulation des professionnels de la santé a été un facteur de convergence et d’autoprotection de l’Union européenne, mais, à ce jour, de nombreuses professions restent à l’écart de ce processus (par exemple dans le domaine juridique ou dans l’enseignement). Le Comité (5) plaide pour une refonte des mesures de soutien à l’emploi et aux compétences et pour un investissement destiné à développer la palette de compétences des futurs travailleurs en améliorant l’enseignement et la formation professionnels ainsi que la formation individuelle en soutenant les entreprises en ce sens. Les emplois verts doivent faire l’objet d’une attention particulière. |
| 5.5. | Les infrastructures numériques sont essentielles pour tirer pleinement profit des avantages du marché unique dans toutes les régions et les territoires européens, en particulier ceux qui accusent un retard par rapport à la moyenne. À défaut, les inégalités pourraient s’accroître et les perspectives pour les citoyens et les entreprises être compromises. Le Comité invite dès lors la Commission à adopter les mesures nécessaires pour renforcer les investissements qui permettront de combler la fracture numérique qui existe actuellement au sein de l’Union. Les entreprises, surtout les PME, doivent faire l’objet d’une attention particulière. |
6. La voie à suivre. Les défis futurs pour le marché unique
| 6.1. | Les institutions européennes doivent encore consolider le marché unique afin de libérer tout son potentiel pour créer de la croissance, des emplois et une société meilleure à l’avenir. |
| 6.2. | En garantissant les normes le plus élevées, les institutions européennes devraient, dans la mesure du possible, s’efforcer d’harmoniser pleinement le droit de l’Union et de prévenir une fragmentation inutile du marché unique, par exemple en matière de fiscalité. Le Comité rappelle que les défis auxquels est confronté le marché unique comprennent la poursuite de l’harmonisation fiscale entre États membres et la prévention du dumping ainsi que, à moyen terme, la convergence des salaires ou encore la prévention du dumping social et de la concurrence déloyale, en particulier lorsqu’il s’agit d’attirer des investissements, d’implanter des entreprises ou d’embaucher des travailleurs. |
| 6.3. | Il est essentiel de faire respecter les règles afin de faire de la mise en œuvre et de la simplification la priorité et le principe directeur du marché unique. Les institutions européennes doivent veiller à ce que le rôle de gardienne des traités de la Commission soit préservé dans un environnement européen hautement politisé. Si les législateurs nationaux, exerçant leur pouvoir d’appréciation, décident d’ajouter des exigences au niveau national, ils devraient le faire en toute transparence, en informer la Commission et les autres autorités nationales et en expliquer les raisons, conformément à leur engagement dans le cadre de l’accord interinstitutionnel «Mieux légiférer». Par ailleurs, les sanctions ne doivent pas varier au sein de l’Union. |
| 6.4. | Veiller à la qualité de la législation, c’est mieux légiférer. Le processus préparatoire devrait inclure un contrôle de la compétitivité dans l’élaboration des politiques, une meilleure modélisation des analyses d’impact et une analyse plus approfondie de l’incidence de la réglementation sur la charge administrative cumulée des entreprises, en particulier des PME. |
| 6.5. | Suppression des obstacles nationaux inutiles: la Commission et les États membres devraient se demander si les règles techniques nationales sont toujours adaptées à leur finalité et à leur évolution future, et aussi proportionnées pour améliorer la libre circulation des marchandises et des services. |
| 6.6. | La Commission et les États membres doivent garantir des conditions de concurrence équitables pour tous les opérateurs, reposant sur un cadre juridique solide qui garantit que tous les produits et services vendus sur le marché de l’Union européenne sont sûrs et conformes à ses normes, afin de préserver la confiance des consommateurs ainsi que leur sécurité, conformément à la nouvelle réglementation sur la sécurité des produits et des services qui couvre également les produits et services numériques. |
| 6.7. | Les institutions européennes doivent combattre efficacement le protectionnisme des États membres et la discrimination afin de veiller à ce que les intérêts des consommateurs soient défendus de la même manière dans les décisions politiques européennes et nationales. |
| 6.8. | Amélioration des outils disponibles pour permettre aux entreprises et aux consommateurs d’accéder aux informations relatives à la notification (guichet de notification unique) et pour rendre les processus plus utiles et plus souples, par exemple en renforçant le réseau de recours pour les consommateurs transfrontaliers. Le Comité encourage la mise en place de réseaux de systèmes de règlement des litiges facilement accessibles, sachant que les consommateurs auraient, en effet, davantage confiance dans le marché unique s’ils pouvaient aisément obtenir réparation de la part des entreprises établies dans d’autres États membres. |
| 6.9. | Concernant un marché unique des marchés publics: il s’agit d’un domaine caractérisé par des limitations et des restrictions nationales pour les entreprises établies dans un autre État membre qui sont susceptibles de fausser le fonctionnement normal du marché unique, et cela nécessite une réponse forte de la part des institutions européennes pour compléter le cadre réglementaire qui contribue au progrès social des citoyens (6). |
| 6.10. | La Commission, les États membres et les autres parties prenantes devraient collaborer pour garantir la durabilité des collectivités. La crise climatique est à la fois une menace et une opportunité: un réalignement rapide du marché unique est nécessaire pour tenir compte de l’évolution des priorités dans le cadre du pacte vert. Il convient de promouvoir l’utilisation de technologies à émissions nulles et d’adapter sans tarder la formation de la main-d’œuvre. Les investissements verts pourraient ouvrir la voie à une longue période de croissance sur le marché intérieur de l’Union européenne et, dans le même temps, apporter une contribution importante à la lutte contre le changement climatique. |
Bruxelles, le 27 avril 2023.
Le président du Comité économique et social européen
Oliver RÖPKE
(1) JO C 440 du 6.12.2018, p. 28.
(2) JO C 152 du 6.4.2022, p. 1.
(3) Décision (UE) 2022/2349 du Conseil du 21 novembre 2022 autorisant l’ouverture de négociations, au nom de l’Union européenne, en vue d’une convention du Conseil de l’Europe sur l’intelligence artificielle, les droits de l’homme, la démocratie et l’État de droit (JO L 311 du 2.12.2022, p. 138).
(4) Directive (UE) 2015/1535 du Parlement européen et du Conseil du 9 septembre 2015 prévoyant une procédure d’information dans le domaine des réglementations techniques et des règles relatives aux services de la société de l’information (JO L 241 du 17.9.2015, p. 1).
Avis institutionnel — 52023AB0047
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