| CELEX | 52023AE0254 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | jeudi 27 avril 2023 |
| 29.6.2023 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 228/17 |
Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Renforcer encore la compétitivité numérique de l’Union européenne»
(avis exploratoire)
(2023/C 228/03)
| Rapporteur: | Gonçalo LOBO XAVIER |
| Corapporteur: | Philip VON BROCKDORFF |
| Consultation | Présidence du Conseil européen, 14.11.2022 |
| Base juridique | Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne Avis exploratoire |
| Compétence | Section «Marché unique, production et consommation» |
| Adoption en section | 4.4.2023 |
| Adoption en session plénière | 27.4.2023 |
| Session plénière no | 578 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 145/0/0 |
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | Le Comité économique et social européen (CESE) est convaincu que la compétitivité numérique est indispensable à la compétitivité globale de l’Union européenne (UE) et estime, comme il l’a souligné dans de précédents rapports, qu’elle devrait être considérée comme une composante essentielle du programme de l’Union en matière de compétitivité. Des améliorations considérables sont nécessaires dans ce domaine pour assurer le succès de l’UE dans l’environnement concurrentiel mondial. C’est dans cette optique que le CESE a demandé la mise en place d’un contrôle de la compétitivité conforme aux politiques et aux objectifs de l’UE, qui s’inscrit dans les processus d’élaboration des politiques et de la législation européennes. Ce contrôle devrait inclure une évaluation complète des incidences de toute nouvelle initiative sur la compétitivité et veiller à ce que les questions de compétitivité soient dûment prises en considération lors des prises de décision. Le CESE estime qu’adopter cette perspective et diffuser des messages clairs à cet égard permettrait d’associer plus facilement les citoyens à cette démarche et de les motiver à atteindre les objectifs généraux. |
| 1.2. | Le CESE souscrit au point de vue selon lequel l’Union doit créer un environnement favorable aux entreprises, fondé sur une stratégie globale qui rassemble et aligne différents domaines d’action, et en premier lieu la compétitivité, la dimension sociale et l’impact des entreprises sur le bien-être des citoyens. Le CESE considère que l’objectif devrait être de stimuler la compétitivité axée sur le numérique en améliorant les conditions pour favoriser, d’une part, la mise au point et la fourniture de solutions numériques par les entreprises de l’UE et, d’autre part, l’adoption et l’utilisation de telles solutions par un large éventail d’entreprises européennes, y compris dans des secteurs tels que l’industrie manufacturière, les transports et la logistique, le commerce de détail, l’agriculture et la construction, pour ne citer que les plus pertinents. |
| 1.3. | Il importe d’associer les citoyens européens à la stratégie de compétitivité numérique et de les rassurer s’agissant d’une question qui compte parmi les plus significatives dans le contexte du numérique et de la collecte de données, à savoir la cybersécurité. Le CESE est d’avis que l’Union doit promouvoir une économie européenne fondée sur les données en améliorant la disponibilité, l’accessibilité et le transfert des données, ainsi qu’en garantissant leur protection adéquate. À cette fin, l’UE doit s’appuyer sur une approche plus stratégique pour permettre aux parties prenantes de collecter, stocker, mettre en commun, partager et analyser les données de manière sécurisée. Il est primordial d’accélérer les initiatives visant à créer des espaces de données transeuropéens et sectoriels afin d’améliorer l’analyse et l’utilisation des données dans l’intérêt de la société européenne, de l’UE et de la compétitivité de ses entreprises. Les espaces de données pourraient faire naître et nourrir des jeunes pousses et de nouveaux innovateurs industriels évolutifs. Le bon fonctionnement du marché unique des données est également essentiel dans la mesure où il est intrinsèquement lié au marché unique des biens, des services, des capitaux et des personnes, ainsi qu’aux systèmes d’énergie et de transport. |
| 1.4. | Le CESE estime que tout développement numérique doit reposer sur des investissements dans une infrastructure numérique complète, efficace et sûre, comme en témoignent certaines autres régions du monde qui jouent un rôle de premier plan dans certains domaines à l’échelle mondiale. Outre les réseaux numériques, les centres de données, la puissance de calcul et d’autres paramètres, les infrastructures doivent aussi comprendre l’accès à des sources d’énergie à faibles émissions de carbone et aux matières premières critiques nécessaires aux produits et systèmes numériques. |
| 1.5. | Dès lors, pour pouvoir jouer un rôle de premier plan dans des domaines critiques tels que la cybersécurité, l’Union doit promouvoir et soutenir cette dernière tout en stimulant la compétitivité de ses entreprises. À cet égard, le CESE est d’avis que la certification de l’UE doit continuer d’être orientée vers le marché et de reposer sur les normes internationales existantes. L’UE devrait relever les niveaux de sécurité en «européanisant» les systèmes nationaux de certification existants afin de garantir l’harmonisation du marché entre les États membres avant d’élaborer de nouveaux schémas candidats au titre du règlement sur la cybersécurité. L’UE doit garantir, à son niveau, un cadre législatif cohérent et harmonisé et éviter les incohérences dans sa législation, par exemple le risque que les exigences ne soient pas alignées sur les dispositions relatives au cyberespace qui figurent dans la législation verticale du nouveau cadre législatif. |
| 1.6. | Le CESE tient pour évident que l’excellence dans le domaine des technologies clés nécessite une hausse considérable des investissements tant publics que privés dans la recherche et l’innovation, la mise en place d’infrastructures de recherche, développement et innovation de classe mondiale, l’attraction de talents et la création d’écosystèmes basés sur la coopération entre les entreprises, les universités et les instituts de recherche. S’il importe d’améliorer l’adoption de l’IA, de l’informatique quantique et d’autres technologies de pointe, il convient également de reconnaître que de nombreuses PME éprouvent d’importantes difficultés à adopter ne serait-ce que les technologies numériques de base. L’Union et ses États membres doivent déployer des efforts spécifiques pour soutenir et faciliter la numérisation des PME, notamment en les intégrant dans des pôles d’innovation, des espaces de données et des écosystèmes d’entreprises. De même, il est nécessaire de sensibiliser les PME quant aux possibilités que leur offre la numérisation, au soutien dont elles peuvent bénéficier pour renforcer leurs compétences et à l’expertise et aux orientations qui sont disponibles pour les assister en ce qui concerne la réglementation dans ce domaine. |
| 1.7. | À cet égard, le CESE souhaite affirmer une nouvelle fois que les citoyens représentent l’un des atouts majeurs de l’Europe et peuvent influencer le rythme du développement socio-économique. Les États membres doivent investir activement dans les systèmes d’éducation et de formation, y compris l’apprentissage tout au long de la vie, de manière à répondre aux besoins actuels et futurs liés à la création et à l’utilisation d’outils et de solutions numériques. L’Union doit également encourager et favoriser la mobilité transfrontière de la main-d’œuvre et des talents, aussi bien au sein de son propre territoire que dans le cadre de coopérations avec les pays tiers. Le CESE continue également d’affirmer que les franges les plus âgées de la population doivent être associées à ce processus et pouvoir y prendre part. |
| 1.8. | Pour que le cadre réglementaire contribue à la compétitivité numérique, l’Union doit veiller à ce que les réglementations soient adaptées à leur finalité, encouragent l’innovation et les investissements et garantissent l’égalité des conditions et du traitement au sein du marché unique. Elle doit également coopérer avec les pays partageant ses valeurs afin de renforcer les règles et normes communes à l’échelle internationale. Tout en maintenant des normes élevées, toute réglementation doit concourir à la réussite de la numérisation et à la compétitivité des entreprises. Le secteur public doit également numériser ses propres opérations et services, y compris ses processus administratifs. Un exemple de besoin urgent qui pourrait être satisfait en partie par la numérisation est l’accélération des procédures d’octroi de permis pour les investissements et les autres opérations commerciales. |
| 1.9. | Le CESE est favorable à l’idée selon laquelle l’accès au financement, qu’il s’agisse de capital-risque, de financement public ou de toute autre source, constitue une autre condition préalable pour mener à bien une transition numérique efficace. En ce qui concerne le cadre financier pluriannuel, le financement du programme pour une Europe numérique devrait être augmenté pour renforcer, entre autres, le rôle, la visibilité et l’accessibilité des pôles d’innovation numérique. Cette mesure se justifie aisément, dans la mesure où les entreprises numériques connaissent une croissance deux fois et demie plus rapide, en moyenne, que les entreprises d’autres domaines. À l’évidence, le CESE ne réclame pas une ligne d’investissement distincte consacrée à la «transformation numérique», mais une stratégie combinée et raisonnable quant au processus de financement pour la numérisation afin de créer des conditions favorables pour tous les acteurs de l’écosystème d’innovation. |
| 1.10. | Comme dans beaucoup de domaines différents de l’économie et de la société, notamment la stratégie industrielle, les systèmes de santé et le commerce de détail, le CESE demande qu’une stratégie intelligente et combinée soit mise en place concernant les compétences. De nombreux secteurs préparent déjà des projets de grande envergure visant la reconversion et le perfectionnement professionnels de leur main-d’œuvre dans le cadre de la numérisation et de la transition écologique. Le CESE plaide en faveur d’un programme coordonné pour les compétences qui permette à la main-d’œuvre nouvelle et existante de surmonter les difficultés inhérentes à la transition. Les États membres devraient allouer suffisamment de ressources à la résolution de ce problème et doivent en faire une priorité immédiate, en particulier pour soutenir les PME qui se heurtent encore à des obstacles découlant de la crise de la COVID-19 et de la guerre en Ukraine. |
| 1.11. | Le CESE estime que, dans ce contexte, des indicateurs de performance clés stricts et ambitieux sont indispensables pour stimuler et évaluer la compétitivité numérique de l’Union. Les indicateurs actuels (fondés sur le DESI, à savoir l’indice relatif à l’économie et à la société numériques) et les objectifs fixés dans le cadre de la boussole numérique devraient être évalués et complétés du point de vue de la compétitivité numérique, de manière à suivre non seulement les catalyseurs du développement numérique, mais aussi ses avantages, tels que les nouveaux produits numériques et leurs parts de marché, l’amélioration de l’efficacité des processus de production et ses effets sur la productivité, ainsi que le déploiement de solutions numériques répondant aux défis de société, tels que la santé et le climat. Le suivi des indicateurs doit tenir compte des progrès accomplis au fil du temps dans l’UE et dans ses États membres et s’accompagner d’une comparaison avec les concurrents internationaux. Il importe également de motiver les citoyens grâce à une meilleure communication et en les associant au processus. |
2. Contexte
| 2.1. | Le présent avis répond à une demande de la présidence suédoise du Conseil, qui a prié le CESE d’élaborer un avis exploratoire sur la compétitivité de l’Union, dans le prolongement de l’avis INT/1000 (1) sur le «Contrôle de la compétitivité» adopté à l’invitation de la présidence tchèque. La présidence suédoise a demandé au CESE d’examiner ce dont l’UE a besoin pour renforcer encore sa compétitivité numérique, en particulier pour permettre aux entreprises de tirer parti de la numérisation. Cet avis tentera d’examiner la compétitivité de l’UE sous l’angle de la transition numérique vers un modèle de croissance économique plus durable. Il abordera les mesures et les politiques qui sont nécessaires pour renforcer encore la compétitivité numérique de l’Union européenne, et en particulier pour permettre aux entreprises et aux travailleurs de bénéficier du processus de numérisation. |
| 2.2. | Il importe de rappeler que, dans son avis INT/1000, le CESE a reconnu que le marché unique et le modèle de croissance de l’économie sociale de marché de l’Union ont largement contribué à soutenir la croissance économique et le bien-être social dans toute l’UE. Toute proposition visant à renforcer la compétitivité numérique doit tenir compte de ces prémisses essentielles, et ce cas précis ne déroge pas à ce principe. |
| 2.3. | Il convient également de bien se rendre compte que la compétitivité de l’Europe par rapport à ses principaux concurrents s’est détériorée au cours des dernières années, comme en témoignent les indicateurs économiques clés relatifs à la compétitivité et la croissance de la productivité. Toutefois, la numérisation est un domaine dans lequel l’Union a fait des percées majeures, et qui pourrait être à la base d’une compétitivité et d’une rentabilité accrues pour les entreprises, ainsi que d’une amélioration des conditions de travail pour les travailleurs. Une approche prospective à moyen terme s’impose pour tracer la voie à suivre dans le processus de transition numérique. |
3. La numérisation dans le contexte du programme d’action en faveur de la compétitivité
| 3.1. | Le CESE a invité la Commission à inscrire le programme d’action en faveur de la compétitivité au rang de ses priorités, l’objectif principal étant de renforcer la compétitivité de l’Union. Les initiatives de la Commission dans le domaine de la numérisation visent toutes à faciliter la transition numérique dans les économies et les sociétés de l’UE. Cependant, une transition réussie requiert un engagement ferme et indéfectible de la part des États membres. Les mesures pour la reprise et la résilience prises par ces derniers traduisent déjà un tel engagement, mais le CESE estime qu’ils n’embrassent peut-être pas tous la numérisation au même rythme et avec la même intensité, ce qui serait pourtant essentiel pour améliorer la compétitivité de l’UE. |
| 3.2. | L’Union doit plus que jamais s’appuyer sur le marché unique, mais il importe également qu’elle mette l’accent sur l’accès aux marchés étrangers, sur les investissements et l’accès au financement, sur les systèmes fiscaux, sur la recherche et l’innovation, sur les compétences et la consolidation des marchés du travail, ainsi que sur les micro, petites et moyennes entreprises (MPME) et la double transition, tout en tenant compte du cadre pour une finance durable qui prévoit une compétitivité cohérente avec les objectifs sociaux et environnementaux (2). La transition numérique est essentielle à cet égard, car elle constitue la base de l’innovation, du renforcement de la compétitivité et du développement du marché du travail, tout en offrant des possibilités d’amélioration des conditions de travail dans le contexte d’une économie sociale de marché. |
| 3.3. | Le CESE estime que la numérisation est le moteur qui permettra de déployer tout le potentiel du marché unique. Alors que le marché unique procure, depuis 30 ans, divers avantages économiques et sociaux, le CESE est d’avis qu’il est possible d’en faire beaucoup plus et que la numérisation représentera une énorme différence pour les entreprises, les travailleurs et les citoyens de tous âges et de tous milieux sociaux, à condition d’être mise en œuvre avec succès et avec une intensité et une inclusivité identiques dans l’ensemble de l’Union. |
| 3.4. | Le CESE est également d’avis qu’il est essentiel, pour renforcer la compétitivité de l’Europe, de mener une politique de soutien en faveur d’une économie entrepreneuriale et fondée sur la connaissance, capable de retenir et d’attirer les talents et d’offrir de meilleures conditions de travail. C’est ce qu’entend le Comité par un processus complet de transition numérique dans les entreprises. Il tient pour évident que l’Union doit créer un environnement global favorable aux entreprises, fondé sur une stratégie globale qui rassemble et harmonise différents domaines d’action. |
| 3.5. | Le CESE reconnaît que de nombreuses initiatives et politiques ont été mises en œuvre dans le passé pour accroître la compétitivité, sans doute avec de bonnes intentions. En réalité, il s’avère toutefois que l’Union est aujourd’hui à la traîne par rapport aux États-Unis et à la Chine pour ce qui est de la productivité. Dans ce contexte, la numérisation offre l’occasion de reprendre du terrain, à la fois sur les États-Unis et sur la Chine, tout en adoptant un modèle de croissance économique plus durable et axé sur le bien-être, tant économique que social, des citoyens de l’Union. |
4. Les politiques d’appui à la numérisation dans le contexte du programme d’action en faveur de la compétitivité
| 4.1. | Le CESE a fait valoir, dans un certain nombre de ses avis, que la transition numérique demande des investissements supplémentaires et plus ciblés dans le développement des compétences numériques. Il existe également un argument économique de taille en faveur d’une augmentation des investissements dans les ressources humaines et, en particulier, dans le lien entre le développement des compétences et la productivité et, indirectement, la compétitivité. Il convient de développer l’éventail des compétences numériques pour favoriser l’innovation sur le lieu de travail. Le CESE estime que l’innovation sur le lieu de travail devrait porter en particulier sur les méthodes d’organisation du travail et sur la manière dont les compétences sont utilisées et développées, et pas uniquement sur l’offre de main-d’œuvre. Les conditions de travail et d’emploi sont tout aussi importantes que les investissements dans de nouvelles technologies ou de nouveaux équipements. Le CESE recommande dès lors que les entreprises et le secteur public réfléchissent aux types de politiques et aux formes d’organisation du travail qui ont prouvé leur efficacité pour la réussite et ont permis d’améliorer l’innovation grâce à l’investissement dans les compétences. Ces réussites pourraient alors être reproduites dans d’autres entreprises. |
| 4.2. | Dans de précédents avis, le CESE a également recommandé d’investir dans les infrastructures nécessaires à l’appui de la numérisation dans toute l’Union. C’est précisément ce que les plans pour la reprise et la résilience sont censés faire. Le Comité craint cependant que ces investissements ne soient en grande partie destinés au secteur public. Il reconnaît que la transition vers des services publics numérisés, par exemple en matière judiciaire, accroît indirectement la compétitivité grâce à une efficacité accrue. Cela étant, le secteur privé a lui aussi besoin d’un niveau d’investissement relativement élevé et, en l’absence de soutien financier, les entreprises de toutes tailles, en particulier les PME, pourraient éprouver des difficultés à maintenir les dépenses nécessaires pour numériser leurs processus de travail et investir dans leur main-d’œuvre. |
| 4.3. | Le CESE recommande le réexamen des actuelles possibilités de financement pour la numérisation offertes par des entités publiques dans l’ensemble de l’UE. En règle générale, les systèmes de soutien financier aux entreprises dans le domaine de la numérisation sont fondés sur des projets, et l’obtention d’un financement est subordonnée à une procédure formelle de demande et d’approbation avant le lancement du projet. Outre les habituelles formalités administratives préalables à l’attribution des fonds associées à ces systèmes, qui peuvent représenter une charge pour certaines entreprises (bien qu’elles aient été rationalisées au fil du temps), les procédures actuelles tendent à retarder le lancement de projets et d’initiatives de numérisation dans le secteur privé. |
| 4.4. | Cette méthode peut s’avérer impraticable pour les entreprises ayant besoin de résultats immédiats afin de lancer un processus de commercialisation en vue d’améliorer des produits, services ou procédés qui leur permettraient de conserver un avantage concurrentiel, de cibler de nouveaux marchés et de réduire les coûts ou simplement de répondre aux besoins de leurs clients. De tels systèmes axés sur des projets peuvent donc dissuader les entreprises privées de demander un financement. Par conséquent, le CESE plaide en faveur d’une nouvelle forme de financement, complémentaire, fondée sur les activités numériques plutôt que sur des projets uniquement. Cette approche consisterait à accorder aux entreprises des crédits d’impôt ou des primes sur la base des dépenses annuelles qu’elles déclarent affecter aux activités numériques, les dépenses admissibles étant définies au préalable dans un souci de clarté. Les coûts admissibles engloberaient toutes les dépenses de formation et de développement du personnel dans le domaine de la numérisation. |
| 4.5. | Bien que le CESE soit conscient des capacités de l’Union dans le domaine de la numérisation et reconnaisse que certaines percées, tant législatives que technologiques, ont été réalisées, il estime que les investissements directs tant nationaux qu’étrangers restent essentiels, en particulier pour soutenir la recherche et l’innovation dans le domaine de la numérisation. Le Comité est d’avis que cela renforcera également la compétitivité de l’UE sur le marché mondial. Il y a lieu de saluer l’aspiration à une autonomie stratégique dans la production de semi-conducteurs, et selon le CESE, l’Union peut difficilement se permettre de subir des pénuries qui risquent de perturber les industries européennes. Les semi-conducteurs sont au cœur de la politique industrielle européenne visant à parvenir à une autonomie stratégique dans le numérique. Bien que ces risques doivent être atténués, le CESE met en garde contre toute approche protectionniste qui mettrait en péril les partenariats de recherche avec des entreprises de technologie numérique dans le monde entier. |
| 4.6. | Une croissance économique durable fondée sur une transition numérique réussie est essentielle à la prospérité de l’Union. Une telle approche est également conforme à l’objectif de l’Union relatif à une économie sociale de marché hautement compétitive, qui tend au plein emploi et au progrès social, et à un niveau élevé de protection et d’amélioration de la qualité de l’environnement. Le CESE est convaincu que cet objectif ne peut être atteint que si la croissance de la productivité augmente par rapport aux niveaux actuels dans tous les secteurs de l’économie. Le CESE est d’avis que la numérisation joue et peut continuer à jouer un rôle clé dans la réalisation des objectifs économiques et sociaux précités. Le CESE note également que dans le secteur manufacturier, la croissance de la productivité a été plus rapide dans les industries axées sur la technologie, ce qui corrobore le point de vue selon lequel la numérisation peut non seulement accroître les bénéfices des entreprises, mais aussi les salaires réels des travailleurs. En outre, elle constitue un moyen essentiel de faire progresser la transition écologique. L’UE doit donc exploiter au maximum les possibilités qui se présentent en faisant progresser simultanément les deux volets de la double transition. |
| 4.7. | Pour parvenir à une véritable compétitivité numérique dans l’économie et la société, le CESE demande qu’une stratégie intelligente et combinée soit mise en place concernant les compétences. Plusieurs secteurs préparent déjà des projets de grande envergure visant la reconversion et le perfectionnement professionnels de leur main-d’œuvre dans le cadre de la numérisation et de la transition écologique. Le CESE demande que la priorité soit accordée à la création d’un programme coordonné pour les compétences qui permette à la main-d’œuvre nouvelle et existante de surmonter les difficultés inhérentes à la transition. |
5. Le contrôle de la compétitivité et l’évaluation des programmes de numérisation
| 5.1. | La compétitivité numérique est indispensable à la compétitivité globale de l’Union européenne et devrait être considérée comme une composante essentielle du programme de l’Union en matière de compétitivité. Des améliorations considérables sont nécessaires dans ce domaine pour assurer le succès de l’Union face à une concurrence féroce au niveau mondial. C’est dans cette optique que le CESE a également demandé la mise en place d’un contrôle de la compétitivité conforme aux politiques et aux objectifs de l’UE, qui s’inscrit dans les processus d’élaboration des politiques et de la législation européennes. Des structures de gouvernance adéquates sont également nécessaires pour garantir que le contrôle de la compétitivité et le programme visant à la promouvoir se concrétisent pleinement dans la pratique. |
| 5.2. | Le CESE prend acte des lignes directrices existantes pour une meilleure réglementation et de la boîte à outils qui les accompagne, mais comme l’a également fait remarquer le comité d’examen de la réglementation, il est évident que des améliorations s’imposent, notamment en ce qui concerne la mise en œuvre des mesures nécessaires pour accroître la compétitivité. |
| 5.3. | Enfin, le CESE plaide en faveur d’une utilisation efficace des ressources financières allouées à l’innovation et aux activités de recherche et de développement liées au processus de numérisation. Dans ce contexte, il est également fondamental d’évaluer l’incidence et la bonne mise en œuvre des programmes existants qui ont pu être élaborés pour créer des conditions favorables à la numérisation. La hiérarchisation des accès au financement, tant en ce qui concerne les investissements publics que privés, pourrait être perçue de façon positive par les citoyens d’Europe, et notamment la société civile organisée. |
Bruxelles, le 27 avril 2023.
Le président du Comité économique et social européen
Oliver RÖPKE
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