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AccueilDroit européen52023AE0490
Avis institutionnel52023AE0490

Avis institutionnel — 52023AE0490

CELEX52023AE0490
TypeAvis institutionnel
Datemercredi 14 juin 2023

Texte intégral

18.8.2023

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 293/42


Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Suivi des mesures extraordinaires et de la résilience de l’Union européenne dans le domaine de l’énergie»

(avis exploratoire à la demande de la présidence espagnole)

(2023/C 293/07)

Rapporteur:

Andrés BARCELÓ DELGADO

Consultation

Présidence espagnole du Conseil de l’UE, 8.12.2022

Base juridique

Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Avis exploratoire

Décision de l’assemblée plénière

13.12.2022

Compétence

Section «Transports, énergie, infrastructures et société de l’information»

Adoption en section

16.5.2023

Adoption en session plénière

14.6.2023

Session plénière no

579

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

198/2/5

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le processus de relance après la pandémie de COVID-19 et l’agression injustifiée de l’Ukraine par la Russie ont provoqué de graves perturbations du système énergétique européen, qui ont accru les préoccupations en matière de sécurité énergétique, fait grimper les prix de l’énergie à des niveaux record et mis en évidence la dépendance excessive de l’Union européenne (UE) à l’égard du gaz, du pétrole et du charbon russes.

1.2.

La société européenne est profondément préoccupée par la question de savoir comment faire face à ces perturbations de manière à permettre une croissance substantielle et durable et à assurer la cohésion sociale dans l’Union. Ce défi concerne non seulement l’énergie, mais aussi la résilience de l’UE, son autonomie stratégique ouverte, sa société et la compétitivité de l’industrie européenne.

1.3.

Lorsque la crise énergétique a causé une flambée sans précédent des prix du gaz et de l’électricité et suscité de vives inquiétudes quant à la sécurité de l’approvisionnement énergétique, la réaction immédiate de la Commission et du Conseil a été de lancer plusieurs boîtes à outils et mesures d’urgence afin de réduire la dépendance à l’égard des combustibles fossiles russes et d’atténuer les hausses des prix de l’énergie.

1.4.

Les mesures extraordinaires adoptées par les institutions européennes se sont révélées efficaces pour diversifier les sources de combustibles fossiles de l’Union et s’éloigner des combustibles fossiles russes, mais moins pour faire baisser les factures énergétiques, ce qui a entraîné un fléchissement de la demande d’énergie, favorisée également par la saison hivernale douce. En outre, l’incidence des prix élevés du gaz et de l’électricité s’est principalement fait ressentir sur la demande d’énergie industrielle et les ménages à faibles revenus, qui sont plus sensibles à la volatilité des prix du marché.

1.5.

Dans un souci d’efficacité, il semble plus indiqué d’adopter des mesures uniformes entre les États membres de manière à garantir des conditions de concurrence équitables, sauf en ce qui concerne les aspects relatifs aux installations ou infrastructures essentielles. Les mesures prises au niveau national varient d’un pays à l’autre, ce qui permet l’adoption de politiques fiscales, réglementaires et de subventions différentes, tandis que les prix de l’énergie restent à des niveaux élevés.

1.6.

L’inefficacité des mesures prises pour lutter contre les prix élevés de l’énergie a pour conséquence l’érosion de la compétitivité industrielle et du revenu disponible des ménages en raison de l’impact sur les taux d’inflation, ce qui entrave sérieusement la capacité à garantir une croissance économique durable, l’emploi et la protection sociale.

1.7.

Dans son action politique, l’Union européenne doit renforcer sa vision à long terme pour réaliser la double transition en s’engageant à mettre tout en œuvre pour que personne ne soit laissé de côté, et dépasser la simple adoption de mesures temporaires qui visent à atténuer la flambée des prix de l’énergie à court terme. Le Comité économique et social européen (CESE) souligne qu’il importe d’accélérer le déploiement à grande échelle des sources d’énergie à émissions de CO2 nulles en simplifiant les procédures d’autorisation pour qu’il soit possible de remédier rapidement à la dépendance à l’égard des combustibles fossiles provenant de pays tiers, de respecter les engagements en matière de lutte contre le changement climatique et de renforcer la compétitivité.

1.8.

La transition vers une consommation d’énergie totalement décarbonée devrait s’accompagner de prix de l’énergie abordables et stables, qui permettent des investissements massifs dans la décarbonation des grandes industries, des PME et des ménages. Pour être stables et prévisibles, les systèmes de rémunération des énergies renouvelables doivent donc être axés sur des coûts de production réels à long terme et être dissociés des prix des combustibles fossiles. Cette stratégie apportera une contribution positive à l’amélioration de la résilience et de l’autonomie énergétique.

1.9.

Des prix abordables permettraient de remplacer autant que possible les combustibles fossiles par l’électrification et d’utiliser des gaz renouvelables dans les industries où la réduction des émissions est difficile à réaliser.

1.10.

L’accès aux matières premières critiques est essentiel si l’on veut s’assurer que les industries opèrent dans un environnement stable, progresser sur la voie de la décarbonation, éviter les ruptures d’approvisionnement, et protéger ainsi la chaîne d’approvisionnement.

2. Contenu essentiel de la demande de la présidence

2.1.

La future présidence espagnole a demandé au CESE d’élaborer un avis exploratoire sur le thème «Suivi des mesures extraordinaires et de la résilience de l’Union européenne dans le domaine de l’énergie».

2.2.

La demande intervient au lendemain de la pandémie de COVID-19 et dans un contexte marqué par les conséquences de l’agression russe contre l’Ukraine, laquelle a provoqué de graves perturbations du système énergétique mondial, qui ont accru les préoccupations en matière de sécurité énergétique, fait grimper les prix de l’énergie à des niveaux record et mis en évidence la dépendance excessive de l’Union européenne à l’égard du gaz, du pétrole et du charbon russes.

2.3.

Le coût des approvisionnements étrangers dans l’UE, notamment dans les domaines de l’énergie, des denrées alimentaires et des matières premières, y compris les matières premières critiques, a augmenté, et la société européenne est désormais préoccupée par la question de savoir comment relever ce défi de manière à permettre une croissance durable de l’économie européenne.

2.4.

Le champ d’application de l’avis demandé couvre les mesures adoptées pour faire face à la crise énergétique, la résilience de l’UE, son autonomie stratégique ouverte, sa société et la compétitivité de l’industrie européenne.

2.5.

Il est quasi certain que les évolutions récentes observées aux États-Unis auront une incidence sur le déploiement des sources d’énergie renouvelable et notamment sur leur base industrielle, mais cet aspect fera l’objet d’un avis distinct.

2.6.

Le concept d’autonomie stratégique est désormais plus large qu’auparavant, l’industrie, l’énergie, la technologie et le commerce ayant été ajoutés aux questions traditionnelles de sécurité et de défense. Le plan de l’UE pour la reprise et la résilience, Next Generation EU, donnera certainement une impulsion considérable au développement de l’autonomie stratégique ouverte de l’Union dans les différents domaines recensés.

2.7.

Par rapport à ses principaux partenaires commerciaux, l’Union européenne plaide pour un libre-échange et un commerce équitable réels, efficaces et fondés sur des règles, et elle est l’un des principaux promoteurs d’une économie ouverte, où le protectionnisme n’a pas sa place. Toutefois, la nécessité de trouver un équilibre entre une politique industrielle autonome et une ouverture au commerce constitue un défi majeur dans le contexte international actuel.

L’Union européenne doit attirer les investissements et stimuler la production industrielle, garantir l’approvisionnement en énergie et en matières premières critiques et, dans le même temps, promouvoir la transition industrielle vers une société décarbonée, en conservant la primauté technologique dans les domaines stratégiques et en préservant le marché unique, qui constitue la pierre angulaire précieuse de l’Union européenne. Tel est le meilleur moyen de garantir une société européenne plus prospère en protégeant et promouvant des emplois de qualité dans l’UE.

2.8.

La nécessaire double transition industrielle et sociale, écologique et numérique doit protéger le modèle européen, en veillant à ce que les citoyens demeurent la priorité: la protection des emplois et la promotion de nouveaux emplois de qualité supposent la reconversion et le perfectionnement professionnels de la main-d’œuvre, ainsi qu’un engagement fort pour que personne ne soit laissé de côté.

2.9.

Les alliances industrielles actuelles promues par la Commission doivent canaliser les investissements et l’innovation afin de contribuer à garantir la disponibilité des matières premières, à stimuler le recyclage et à promouvoir la technologie dans des domaines spécifiques. Dans le même temps, il faut toujours veiller à ce que les chaînes d’approvisionnement mondiales nécessaires respectent les règles et les lignes directrices de l’UE et de l’OCDE.

2.10.

En conclusion, dans ce nouveau scénario géopolitique, ces trois questions, à savoir celles des dépendances critiques, de l’autonomie stratégique et de la sauvegarde des chaînes d’approvisionnement en ressources stratégiques et énergétiques, se révèlent être des questions stratégiques qui définiront les relations entre les États et les blocs. L’Europe doit devenir plus autonome en ce qui concerne l’accès aux ressources énergétiques durables et aux matières premières dans le but de garantir des conditions de concurrence équitables pour l’industrie.

2.11.

C’est la raison pour laquelle la présidence espagnole a demandé un avis sur la résilience, l’autonomie stratégique, la société et la compétitivité de l’industrie, afin, à terme, de procéder à une relocalisation vers le marché unique, d’assurer une meilleure coordination et de mettre en place une politique industrielle mieux intégrée dans les dépendances stratégiques, créant ainsi un fondement solide pour la double transition.

2.12.

Toutefois, cet objectif de renforcement de l’industrie doit aller de pair avec des efforts visant à défendre un commerce international libre et équitable assorti de normes minimum en matière sociale. Il est essentiel de préserver des conditions de concurrence équitables dans l’UE en améliorant la panoplie d’outils dont celle-ci dispose pour faire face aux effets de distorsion des subventions étrangères sur le marché unique.

2.13.

Enfin, il convient d’assurer un suivi de la résilience énergétique et du modèle réglementaire énergétique actuel, lequel ne répond pas aux appels des consommateurs (ménages et entreprises) en faveur d’une énergie garantie, propre et abordable.

3. Contexte

3.1.

L’Europe connaît une crise énergétique sans précédent, caractérisée par des prix extrêmement élevés du gaz et de l’électricité et des préoccupations majeures quant à la sécurité de l’approvisionnement énergétique, qui entraînent des effets subséquents sur l’ensemble de l’économie en raison de l’importance que revêt la consommation d’énergie en tant qu’intrant essentiel pour la production de la plupart des biens et des services, et sont encore aggravés par le manque d’accès aux matières premières. L’agression russe contre l’Ukraine a exacerbé l’impact des prix de l’énergie, mettant en péril la compétitivité de l’industrie européenne et les revenus et moyens de subsistance des ménages.

3.2.

Face à cette situation, différentes politiques ont été mises en œuvre, tant au niveau européen qu’à l’échelon national, dans le but d’atténuer les conséquences sociales et économiques de la flambée des prix de l’énergie. En outre, la crise énergétique a suscité un débat public non seulement sur la dépendance énergétique, mais aussi sur l’autonomie stratégique.

3.3.

L’avis général selon lequel l’économie européenne doit accélérer la transition «verte» et «juste» vers une économie et une société totalement décarbonées afin de réduire notre dépendance énergétique extérieure est l’un des piliers des mesures adoptées en 2022. Parmi les avantages directs tirés du déploiement massif de sources d’énergie renouvelables figurent des prix de l’énergie abordables et stables, ainsi qu’un leadership dans le domaine des technologies liées aux énergies renouvelables, avec les avantages ultérieurs du maintien de la création de valeur dans l’UE, permettant ainsi une croissance économique durable et garantissant la cohésion sociale.

3.4.

Les prix de l’énergie ont amorcé une hausse significative au second semestre 2021, lorsque les économies de l’UE ont commencé à renouer avec leur niveau d’activité d’avant la pandémie. Toutefois, l’Union a également été touchée par les conséquences de l’agression russe contre l’Ukraine, avec ses effets indésirables sur des aspects essentiels tels que la sécurité de l’approvisionnement énergétique. Le risque découlant de cette situation s’est matérialisé sur les marchés de l’énergie à la suite de la décision de la Russie de suspendre les livraisons de gaz à plusieurs États membres de l’UE.

3.5.

La réponse européenne a immédiatement suivi à la fin du mois de mars 2022, lorsqu’il a été convenu de supprimer progressivement la dépendance extérieure de l’Union à l’égard des combustibles fossiles russes. Cette initiative a finalement pris fin avec l’accord intervenu au Conseil de mai 2022 visant à interdire près de 90 % de l’ensemble des importations de pétrole russe d’ici la fin de 2022. Cette mesure s’est accompagnée d’un appel à diversifier l’approvisionnement et les sources d’énergie, à accélérer le déploiement à grande échelle des énergies renouvelables et à améliorer l’efficacité énergétique et les infrastructures énergétiques, conformément au plan REPowerEU.

3.6.

La première mesure a été la promotion de la solidarité entre les États membres de l’UE en cas de pénurie de gaz. Les achats conjoints ont également été encouragés afin de diversifier et de sécuriser l’approvisionnement en gaz, dans le but de limiter l’impact de son prix sur les marchés du gaz et de l’électricité avec un nouveau prix de référence qui reflète mieux le passage de l’utilisation de gazoducs aux terminaux GNL. La plateforme gazière virtuelle Title Transfer Facility (TTF) communément acceptée a été considérée comme n’étant plus efficace.

3.7.

En outre, un mécanisme direct de réduction de la dépendance extérieure au gaz consiste à réduire la demande, ce qui influe non seulement sur la consommation de gaz conventionnel, mais aussi sur la production d’électricité à partir d’unités marginales à cycle combiné. Un accord a donc été conclu qui prévoit une réduction de 15 % de la demande de gaz.

3.8.

Enfin, un élément essentiel permettant de garantir l’approvisionnement en gaz a été la reconstitution des stocks de gaz dans les installations de stockage en vue de garantir l’approvisionnement énergétique tout au long de la saison hivernale. Au final, des objectifs de taux de remplissage de 80 % pour l’hiver 2022/2023 et de 90 % pour les saisons hivernales à venir ont été adoptés.

3.9.

Parallèlement aux mesures envisagées pour garantir l’approvisionnement en gaz, la hausse spectaculaire des prix de l’énergie a également appelé l’adoption de mesures permettant d’éviter la perte de compétitivité industrielle et celle des revenus disponibles des ménages. Le 6 octobre 2022, le Conseil a adopté trois mesures visant à lutter contre les prix élevés de l’énergie. La première concernait la demande d’électricité et prévoyait un objectif volontaire de 10 % de réduction de la demande et un objectif contraignant de 5 % de réduction de la demande aux heures de pointe jusqu’à la fin de la saison hivernale. La seconde instaurait un plafond de prix de 180 EUR/MWh pour les technologies inframarginales afin d’éviter le phénomène des bénéfices exceptionnels résultant des prix élevés du gaz, assorti de l’obligation de redistribuer aux utilisateurs finaux toute recette supplémentaire supérieure au plafond de prix de manière à alléger leurs factures d’énergie. Enfin, un prélèvement de solidarité pour le secteur des combustibles fossiles a été approuvé ciblant les entreprises ayant enregistré des bénéfices dépassant une augmentation moyenne de 20 % depuis 2018. Toutes ces mesures relatives aux factures d’énergie ont finalement été complétées par un mécanisme visant à limiter les prix du gaz TTF à 180 EUR/MWh sous certaines conditions approuvées le 19 décembre 2022, parallèlement à un plafonnement du prix du pétrole à 60 USD le baril pour le pétrole russe.

3.10.

Il convient de souligner qu’une certaine marge de manœuvre a généralement été laissée aux États membres pour mettre en œuvre ces règles.

3.11.

L’idée sous-jacente selon laquelle les mesures les plus efficaces pour réduire la dépendance énergétique extérieure sont celles liées au déploiement des énergies renouvelables est également encouragée par les efforts accomplis pour faciliter les procédures d’autorisation plus rapides pour ces énergies. De telles procédures accélérées ont dès lors été temporairement approuvées pour les actifs renouvelables. En outre, un large débat a déjà été lancé au sujet de l’organisation actuelle du marché de l’électricité et de sa capacité à fournir les incitations appropriées pour attirer les investissements tout en garantissant l’approvisionnement énergétique et le caractère abordable des prix pour les utilisateurs finaux. Enfin, ce dispositif est complété par la proposition de règlement «zéro émission nette» dans le but de renforcer l’écosystème européen de fabrication de produits issus de la technologie à zéro émission nette.

4. Sécurité de l’approvisionnement, demande énergétique et prix de l’énergie

4.1.

La crise énergétique ayant propulsé les prix du gaz et de l’électricité à des niveaux record, la Commission et le Conseil ont décidé de recourir aux mesures d’urgence prévues à l’article 122 et à l’article 194 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE), en lançant plusieurs boîtes à outils et des mesures d’urgence qui ont eu une incidence mineure sur la volatilité des prix de l’énergie dans les États membres. En fait, l’exposition à la volatilité extrême des marchés a été entièrement absorbée par les prix de l’énergie payés par les utilisateurs finaux, étant donné que la plupart des contrats du marché couvrent généralement des périodes d’une année.

4.2.

Le marché du CO2 a explosé depuis 2020: le prix moyen d’un quota d’émission de l’UE était de 24,84 EUR en 2020, comparé à 80,87 EUR en 2022 et 89,23 EUR en mars 2023, avec un record mensuel moyen de 91,82 EUR en février 2022, soit un niveau très éloigné de la moyenne record de seulement 19,83 EUR observée en mars 2020, pendant le confinement lié à la COVID-19. Aucune mesure extraordinaire n’a été adoptée pour atténuer cette incidence sur les prix de l’énergie pour les utilisateurs finaux.

4.3.

Le CESE soutient l’initiative visant à garantir l’approvisionnement énergétique et, plus particulièrement, l’approvisionnement en gaz. Il considère dès lors comme positives à court terme les actions prioritaires mises en œuvre pour tenter de répondre de manière appropriée aux principales préoccupations relatives aux sources de gaz et à la capacité de remplacer les importations de gaz russe par des approvisionnements en GNL.

4.4.

Les statistiques mensuelles de l’UE relatives aux sources de gaz indiquent clairement depuis mai 2022 un remplacement significatif des approvisionnements en gaz provenant des gazoducs russes, qui sont bien en deçà des flux historiques, et une augmentation de l’approvisionnement en GNL, principalement en provenance des États-Unis. Par conséquent, les mesures prises par les agents du marché sont parfaitement alignées sur les mesures extraordinaires de l’UE visant à remplacer totalement à court terme le gaz russe par d’autres sources.

4.5.

Toutefois, le CESE observe également que la demande de gaz et d’électricité a considérablement diminué depuis le début de la guerre. La hausse des prix de l’énergie en Europe et les préoccupations majeures concernant la sécurité de l’approvisionnement expliquent probablement cette baisse, étant donné que la baisse de la demande coïncide avec des pics de prix extrêmement élevés au troisième trimestre. En outre, des conditions météorologiques clémentes durant la saison hivernale ont favorisé cette baisse de la demande.

4.6.

Il convient de souligner que la demande d’électricité est proportionnellement plus élevée au niveau des PME, tandis que la demande de gaz conventionnel sert principalement à des fins industrielles et de chauffage. Cela signifie que les effets des prix élevés du gaz et de l’électricité se sont principalement fait ressentir sur la demande d’énergie industrielle, qui est plus vulnérable à la volatilité des prix du marché. Au niveau des ménages, les clients vulnérables ont été durement touchés par l’augmentation des prix des deux vecteurs énergétiques.

4.7.

Le CESE en conclut que les mesures extraordinaires adoptées par l’UE se sont révélées efficaces pour diversifier les sources de gaz, mais moins pour faire baisser les factures énergétiques, ce qui a eu une incidence considérable sur la demande d’énergie.

4.8.

Le CESE reconnaît pleinement l’énorme défi que représente la garantie de l’approvisionnement en gaz, et qui émerge alors que la saison d’hiver 2022/2023 arrive à son terme. L’objectif d’un taux de remplissage de 90 % pour le stockage du gaz en vue des prochaines saisons hivernales est essentiel pour assurer l’approvisionnement énergétique. À l’heure actuelle, les capacités de stockage de gaz de l’UE se situent à des niveaux historiquement élevés pour le premier trimestre. En outre, l’initiative relative aux achats conjoints de gaz peut contribuer à atténuer le risque en matière d’approvisionnement. Toutefois, l’UE doit se concentrer avant tout sur la réduction à zéro de la dépendance à l’égard du gaz naturel.

4.9.

Le CESE estime qu’il serait plus indiqué d’adopter des mesures uniformes entre les États membres de manière à garantir des conditions de concurrence équitables, sauf en ce qui concerne les aspects relatifs aux installations ou infrastructures essentielles. Les mesures adoptées au niveau de l’Union pour lutter contre la hausse des factures énergétiques ne sont pas alignées sur celles adoptées à l’échelon national, ce qui permet l’adoption de politiques fiscales, réglementaires et de subventions différentes, tandis que les prix de l’énergie restent à des niveaux élevés.

5. Résilience, autonomie énergétique et rôle de l’industrie

5.1.

Les prix de l’énergie sont les principaux facteurs à l’origine des taux d’inflation observés dans l’UE. Ils érodent à la fois la compétitivité industrielle et le revenu disponible des ménages, ce qui nuit gravement à la capacité à assurer une croissance économique durable, l’emploi et le bien-être social.

5.2.

Une réaction rapide, impliquant la mise en œuvre de mesures extraordinaires, s’est révélée efficace au niveau européen pour atténuer les hausses des prix de l’énergie dans l’ensemble de l’économie. L’exception ibérique, qui a permis une réduction de 18 % des prix du marché de gros en 2022, constitue un bon exemple d’initiative nationale. Elle a permis à l’Espagne d’afficher actuellement l’un des taux d’inflation les plus bas. Toutefois, il a été clairement démontré que les prix de l’énergie sont responsables de la hausse de l’inflation et que les mesures temporaires n’ont pas suffi à réduire cette tendance.

5.3.

À cet égard, les mesures temporaires mises en place ont été entièrement consacrées à atténuer la flambée des prix de l’énergie à court terme. Cependant, la politique de l’UE a besoin d’une vision à long terme qui permettra de préparer de manière adéquate la double transition.

5.4.

Le CESE souligne l’importance d’accélérer le déploiement à grande échelle des sources d’énergie à émissions de CO2 nulles, une question qui doit être traitée sans délai, en facilitant les procédures d’autorisation. Dans la pratique, cela devra permettre de remédier rapidement à la dépendance à l’égard des combustibles fossiles provenant de pays tiers, de respecter les engagements en matière de lutte contre le changement climatique et de renforcer la compétitivité.

5.5.

Le CESE souligne que la transition vers une consommation d’énergie totalement décarbonée devrait s’accompagner de prix de l’énergie abordables, qui permettent des investissements massifs dans la décarbonation des grandes industries, des PME et des ménages.

5.6.

Le caractère abordable des prix ne pourra être assuré qu’en encourageant les investissements à grande échelle dans les technologies d’énergies renouvelables parvenues à maturité et la flexibilité grâce à un cadre concurrentiel. Cette stratégie apportera une contribution positive à l’amélioration de la résilience et de l’autonomie énergétique.

5.7.

Le CESE estime que, pour tirer pleinement parti de cette stratégie, les systèmes de rémunération des sources d’énergie renouvelables doivent être axés sur des coûts de production réels à long terme. Le fait de dissocier les prix de l’électricité des prix des combustibles fossiles est donc le principal moteur permettant d’en assurer le caractère abordable. En outre, l’élimination des obstacles aux contrats à long terme est un élément essentiel de stabilité et de prévisibilité.

5.8.

Dans ce nouveau paradigme, les ménages et les industries seraient mieux à même de supporter les dépenses liées à la réalisation des objectifs de transition énergétique. Ce processus consiste essentiellement à remplacer autant que possible les combustibles fossiles par l’électrification et à promouvoir l’utilisation du gaz renouvelable.

5.9.

Il convient de souligner que les nouvelles utilisations de l’électricité et du gaz renouvelable nécessitent l’accès à des matières premières critiques dans de nombreux processus d’importance stratégique, non seulement dans le domaine de la production et de la consommation d’énergie, mais aussi tout au long de la chaîne d’approvisionnement. Par conséquent, la priorité de la politique de l’UE doit être de s’assurer que les industries opèrent dans un environnement favorable afin d’éviter des ruptures d’approvisionnement.

5.10.

L’industrie joue un rôle clé principalement à deux égards: premièrement, elle doit garantir l’utilisation de matières premières critiques dans les produits de base afin de se doter des actifs nécessaires pour la production d’énergie et d’autres biens essentiels pour l’économie et, deuxièmement, en tant que l’un des principaux émetteurs de gaz à effet de serre, elle doit utiliser de l’énergie décarbonée dans ses processus internes. Dans ce contexte, elle doit toujours être guidée par le principe de primauté de l’efficacité énergétique.

5.11.

Enfin, la transformation de l’industrie doit satisfaire à deux exigences essentielles supplémentaires afin de réaliser les transitions écologique, numérique et juste qui ne peuvent être reportées: la première concerne la protection de la chaîne d’approvisionnement, comme cela a déjà été souligné, et la seconde consiste à faire en sorte que la main-d’œuvre soit suffisamment qualifiée pour s’adapter aux évolutions en cours, en prévoyant notamment des programmes de formation et de qualification et des garanties d’embauche, ainsi que des possibilités de reconversion et de perfectionnement.

Bruxelles, le 14 juin 2023.

Le président du Comité économique et social européen

Oliver RÖPKE


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