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AccueilDroit européen52023AE0532
Avis institutionnel52023AE0532

Avis institutionnel — 52023AE0532

CELEX52023AE0532
TypeAvis institutionnel
Datemercredi 12 juillet 2023

Texte intégral

29.9.2023

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 349/28


Avis du Comité économique et social européen sur la stratégie européenne en faveur des personnes âgées

(avis exploratoire à la demande de la présidence espagnole)

(2023/C 349/06)

Rapporteur:

Miguel Ángel CABRA DE LUNA

Saisine du Comité par la présidence espagnole du Conseil

Lettre, 8.12.2022

Base juridique

Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Avis exploratoire

Compétence

Section «Emploi, affaires sociales et citoyenneté»

Adoption en section

21.6.2023

Adoption en session plénière

12.7.2023

Session plénière no

580

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

189/01/02

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le défi démographique auquel la société européenne est confrontée doit être abordé par des mesures politiques capables d’entraîner un changement de paradigme, consistant à rendre visibles les personnes âgées, à abandonner une vision centrée sur l’assistance pour se concentrer sur l’autonomisation et à en finir avec les attitudes empreintes de préjugés sur ces personnes («âgisme»). Pour le relever, il faudra surmonter les obstacles posés par le vieillissement de la population et tirer parti des possibilités qu’il offre par ailleurs.

1.2.

Les personnes âgées continuent de faire face à des taux de chômage élevés, à des risques accrus de discrimination et d’isolement et à des inégalités dans l’accès à un revenu décent, qui compliquent la prolongation de la vie active. Étant donné que le taux d’emploi des travailleurs âgés dans l’Union européenne reste inférieur à la moyenne, il est nécessaire de mettre en place des mesures d’adaptation du poste de travail, de formation et de promotion de l’emploi jusqu’à l’âge officiel de départ à la retraite.

1.3.

Les systèmes de santé, de prévention et d’éducation à la santé sont des facteurs essentiels pour prolonger la durée de vie en bonne santé physique et psychologique. À cet égard, l’accessibilité — surtout celle de son propre logement et de ses alentours — revêt une importance critique pour éviter les traumatismes et les blessures qui entraînent la dépendance et une dégradation de la condition physique et mentale, et font obstacle à une vie active et en bonne santé (1).

1.4.

Il est nécessaire d’investir dans la recherche, le développement et l’innovation pour soutenir un vieillissement actif et en bonne santé, et notamment dans la mise au point de technologies, produits et services qui soient accessibles à tous et répondent à la grande variété des besoins des personnes âgées.

1.5.

Le 27 janvier 2021, la Commission européenne a présenté son livre vert sur le vieillissement. L’une des carences principales du livre vert réside dans son approche tendant à envisager l’âge et les personnes âgées comme une dépense ou un coût pour la société, sans tenir compte des avantages sociaux et économiques qui résulteront d’une plus grande inclusion active des personnes âgées, ni de la dimension émotionnelle du vieillissement.

1.6.

Étant donné qu’à l’heure actuelle, aucune politique globale en matière de vieillissement ou exclusivement axée sur les personnes âgées n’a été proposée, l’Union doit adopter une nouvelle stratégie européenne en faveur des personnes âgées, dont les objectifs fondamentaux seront de protéger tous leurs droits et d’assurer leur pleine participation à la société et à l’économie. Une nouvelle stratégie européenne en faveur des personnes âgées contribuera au changement d’approche nécessaire s’agissant des politiques, actuelles et futures, relatives à l’âge et aux personnes âgées.

1.7.

Cette stratégie consistera à élaborer des propositions et des mesures dans les domaines de l’égalité et de la non-discrimination, de l’égalité hommes-femmes, des droits et de leur opposabilité, de la participation à la société, de l’emploi, de l’éducation et de la formation, d’un revenu décent et de l’inclusion sociale. Elle conduira également à l’élaboration, par les États membres, de plans nationaux assortis d’objectifs et d’indicateurs spécifiques.

1.8.

Le CESE exhorte la Commission européenne à présenter d’urgence la nouvelle stratégie, avant la fin du mandat actuel, et à lui adjoindre, à l’image de la garantie pour la jeunesse ou de la garantie pour l’enfance, une «garantie pour les personnes âgées» comme instrument de sa mise en œuvre.

1.9.

Le CESE invite les États membres à adopter une nouvelle garantie qui leur permettra d’utiliser différents cadres de financement de l’Union, tels que le Fonds social européen Plus, pour des programmes d’aide aux personnes âgées, et demande que la démographie soit intégrée en tant qu’élément déterminant dans le processus du semestre européen et dans la formulation des recommandations par pays.

1.10.

Le CESE appelle la Commission européenne et les États membres à d’urgence élaborer, développer, signer, mettre en œuvre et soumettre à un suivi une déclaration européenne sur les personnes âgées, afin de traduire leur engagement à élaborer une future stratégie européenne en faveur des personnes âgées au cours du mandat actuel (2019-2024).

1.11.

Comme il l’a fait dans son avis intitulé «Vers un nouveau modèle de soins et d’accompagnement pour les personnes âgées: tirer les enseignements de la pandémie de COVID-19» (2), le CESE demande à la Commission européenne, en reconnaissance des droits fondamentaux des personnes âgées et de leur opposabilité, et pour saluer les contributions des seniors à la société, d’instaurer une Année européenne des personnes âgées.

1.12.

Le CESE met en avant le rôle des partenaires sociaux et du dialogue social, conformément à l’accord-cadre autonome des partenaires sociaux européens sur le vieillissement actif et une approche intergénérationnelle (3).

1.13.

Le CESE encourage le lancement de consultations auprès d’organisations de la société civile, notamment celles représentant les personnes âgées, leurs proches et les organismes professionnels qui les soutiennent, mais aussi les organisations défendant l’égalité, les représentants des personnes handicapées, les prestataires de services, les organisations de l’économie sociale, etc.

1.14.

Le CESE prône la mise sur pied de partenariats public-privé en tant que formule complémentaire pour exploiter le potentiel offert par la participation active des personnes âgées dans des domaines tels que la culture, l’éducation, le sport ou le tourisme.

1.15.

Afin d’encourager l’échange de bonnes pratiques, le renforcement des capacités techniques et des mesures concrètes dans les domaines d’action de la stratégie, le CESE appelle à la création d’une Agence européenne pour les personnes âgées, le vieillissement et le défi démographique (4).

1.16.

Le CESE encourage la coordination, entre États membres et entre l’administration et le secteur privé, des médiateurs chargés des personnes âgées. Ces acteurs peuvent aider les personnes âgées dans leurs interactions avec les pouvoirs publics, recevoir des plaintes pour discrimination fondée sur l’âge, faciliter l’accès aux services de base ou encore garantir un revenu minimum pour les seniors (5).

1.17.

Sur le plan international, le CESE demande instamment que l’on adopte, à l’instar de la convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant ou de la convention relative aux droits des personnes handicapées (6), une convention des Nations unies sur les droits des personnes âgées qui consacrerait l’égale jouissance des droits humains y compris à un âge avancé, en garantissant la participation active des organisations de la société civile représentant les personnes âgées et des parties prenantes concernées.

1.18.

Le CESE accueille favorablement la création d’une unité de la DG Justice de la Commission européenne consacrée à l’égalité et à la non-discrimination fondée sur l’âge, et invite la Commission à instituer un service chargé des questions relatives au vieillissement et au défi démographique, afin de permettre la coordination des politiques menées en faveur des personnes âgées.

1.19.

À l’appui de toutes ces mesures et afin de refléter le soutien qu’il apporte à l’évolution des politiques en faveur des personnes âgées, le CESE reconnaît qu’il est pertinent d’envisager la création en son sein d’un groupe ad hoc chargé de mener des initiatives liées au vieillissement et aux défis et perspectives démographiques, en cohérence avec son avis intitulé «Vers un nouveau modèle de soins et d’accompagnement pour les personnes âgées: tirer les enseignements de la pandémie de COVID-19» (7).

2. Observations générales

2.1.

Avec le changement climatique et la révolution technologique liée à l’intelligence artificielle, le défi démographique — à savoir le phénomène, ces dernières décennies, d’allongement de la durée de vie conjugué à une baisse de la fécondité — est au cœur de la reconfiguration de l’avenir de la société.

2.2.

Il est estimé que la population de plus de 65 ans des pays de l’Union va passer de 90,5 millions de personnes au début de 2019 à 129,8 millions en 2050. Au cours de cette période, le nombre de personnes âgées de 75 à 84 ans dans l’Union augmentera de 56,1 %, tandis que celui des 65-74 ans croîtra de 16,6 %. En revanche, le nombre de personnes âgées de moins de 55 ans vivant dans l’Union diminuera de 13,5 % d’ici 2050.

2.3.

En tout état de cause, le taux d’emploi des travailleurs âgés dans l’Union reste inférieur à la moyenne. Seules 59,1 % des personnes âgées de 55 à 64 ans occupaient un emploi en 2019, contre 73,1 % de l’ensemble des personnes de 20 à 64 ans. Les personnes se situant dans la tranche précédant l’âge de départ à la retraite (soit les 55-64 ans) affichent l’un des taux de pauvreté et d’exclusion sociale les plus élevés de l’Union.

2.4.

L’âge moyen de la retraite dans l’Union se situe autour de 65 ans et l’espérance de vie moyenne est d’environ 84 ans, ce qui signifie qu’une majorité de personnes vivra environ vingt ans à la retraite. Il est par conséquent nécessaire de favoriser une longévité en bonne santé.

2.5.

Selon le rapport Eurobaromètre de 2019 sur la discrimination dans l’Union, la discrimination fondée sur l’âge est, avec celle fondée sur le sexe, la forme de discrimination la plus répandue dans l’Union.

2.6.

Les seniors constituent un groupe plus exposé au risque d’apparition d’un handicap, ce risque augmentant avec l’âge. En effet, 48,5 % des personnes handicapées ont plus de 65 ans.

2.7.

Si les taux de remplacement agrégés en ce qui concerne les pensions s’élèvent en moyenne à 58 % (8), on estime que dans de nombreux États membres, 40 % de la richesse et une partie significative du pouvoir d’achat sont entre les mains des personnes âgées, avec toutefois une répartition inégale entre les femmes et les hommes et entre les différents groupes de revenus. Les personnes âgées représentent donc un important vivier de grands consommateurs.

2.8.

Les consommateurs âgés représentent une part importante de l’économie et leur participation à la consommation continuera de croître. De fait, l’on estime que l’économie des seniors devrait progresser d’environ 5 % par an dans l’ensemble de l’Union pour atteindre 5,7 milliards d’EUR en 2025 (9).

2.9.

L’Union doit se doter de stratégies efficaces qui doivent tenir compte de la dynamique démographique et du développement économique de chaque région, y compris en s’attaquant aux possibilités qui peuvent découler de l’économie des seniors (10).

3. Nouvelle politique de l’UE sur les droits des personnes âgées

3.1.

En 2002, dans le cadre de la dernière Assemblée mondiale sur le vieillissement, l’ONU a présenté à Madrid le plan d’action international sur le vieillissement, premier accord international à considérer les personnes âgées comme contributrices au développement de la société, avant de créer le groupe de travail à composition non limitée sur le vieillissement.

3.2.

Le 27 janvier 2021, la Commission européenne a présenté son livre vert sur le vieillissement, «Promouvoir la solidarité et la responsabilité entre générations» (11), qui jette les bases des futures politiques de soutien aux personnes âgées.

3.3.

La conclusion du livre vert était que le vieillissement actif et en bonne santé a une incidence positive sur le marché du travail, les taux d’emploi et les systèmes de protection sociale, et donc sur la croissance et la productivité de l’économie.

3.4.

Le livre vert confirme la nécessité de prendre des mesures concrètes et décisives pour soutenir les personnes âgées dans tous les domaines d’action, mais en tant que tel, il ne formule pas de programme concret d’initiatives à développer par l’Union ou les États membres.

3.5.

Les nouvelles politiques de l’Union doivent entraîner un changement de paradigme, consistant à rendre visibles les personnes âgées, à abandonner une vision centrée sur l’assistance pour se concentrer sur l’autonomisation et à en finir avec les attitudes empreintes de préjugés sur ces personnes («âgisme»).

4. Vers une stratégie européenne

4.1.

Bien que le livre vert ait constitué une nouvelle étape dans la mise en œuvre des engagements pris dans le plan de Madrid il y a deux décennies, il comporte plusieurs failles qu’il convient de combler, étant donné qu’à ce jour, aucune politique globale sur le vieillissement ou exclusivement axée sur les personnes âgées n’a été proposée.

4.2.

L’une des carences principales du livre vert réside dans son approche tendant à envisager l’âge et les personnes âgées comme une dépense ou un coût pour la société, sans tenir compte des avantages sociaux et économiques qui résulteraient d’une plus grande inclusion active des personnes âgées. Ce document continue pour l’essentiel d’associer l’âge au déclin, à la passivité et à la vulnérabilité. Pour exploiter le potentiel que recèle le vieillissement, il est essentiel d’adopter une vision fondée sur les droits de l’homme, le bien-être, la contribution des personnes âgées à la société et à l’économie, et de disposer des outils permettant leur contribution.

4.3.

Plusieurs initiatives étroitement liées à l’âge ont été présentées et débattues au cours des dernières années, telles que la stratégie européenne en matière de soins, le plan d’action en faveur des droits de l’homme et de la démocratie pour la période 2020-2024, le plan d’action sur le socle européen des droits sociaux, les engagements pris par les États membres dans le cadre de l’initiative des Nations unies sur l’impact de la COVID-19 sur les personnes âgées et les conclusions du Conseil de l’Union européenne sur les droits de l’homme, la participation et le bien-être des personnes âgées à l’ère numérique (12), sur l’intégration du vieillissement dans les politiques publiques (13) ou sur une relance post-COVID-19 fondée sur les droits de l’homme (14).

4.4.

Une nouvelle stratégie européenne en faveur des personnes âgées contribuera au changement d’approche nécessaire s’agissant des politiques, actuelles et futures, relatives à l’âge et aux personnes âgées, en mettant l’accent sur les perspectives humaines, sociales et économiques et en améliorant celles relatives à la citoyenneté et à son caractère participatif, étant donné que les personnes âgées conservent un capital intellectuel, économique et social souvent inexploité. La stratégie soutiendra la solidarité intergénérationnelle et une approche fondée sur le cycle de vie afin de prévenir et de réduire les difficultés liées à l’âge, en corrigeant la tendance actuelle à voir le vieillissement comme un coût.

4.5.

En outre, elle permettra de consolider les principes fondamentaux des initiatives élaborées par l’Union et les organisations internationales depuis la signature du plan de Madrid de 2002, tout en proposant des actions et des plans concrets pour l’élaboration des politiques dans le domaine des personnes âgées.

4.6.

La stratégie européenne en faveur des personnes âgées constituera la cristallisation d’un pacte intergénérationnel fondé sur le respect et la solidarité entre les générations et ayant pour objectifs fondamentaux l’accès à une éducation de qualité tout au long de la vie, à des emplois décents et à des systèmes de protection sociale offrant une couverture globale (15).

4.7.

De plus, la stratégie sera utile non seulement aux seniors, mais aussi à l’ensemble de la population, y compris les aidants qui s’occupent de personnes âgées, prévoyant notamment la préparation des jeunes générations à leur propre vieillissement.

5. Piliers de la nouvelle stratégie européenne en faveur des personnes âgées

5.1.

La nouvelle stratégie européenne devra répondre aux défis auxquels toutes les personnes âgées se trouvent confrontées en tant que groupe, pour hétérogène qu’il soit, et susciter l’action politique nécessaire pour tirer parti de toutes les possibilités qu’offre un vieillissement actif et en bonne santé.

5.2.

La stratégie européenne devra s’appuyer sur des politiques de préparation et de prévention permettant aux personnes d’anticiper les conséquences du grand âge, ainsi que sur des politiques de participation et de citoyenneté active, par exemple en matière d’apprentissage tout au long de la vie, de vieillissement en bonne santé ou de participation active. Ces démarches constituent le meilleur investissement pour réduire au minimum les inégalités liées à l’âge et les charges sociales et économiques associées au vieillissement (16). La stratégie favorisera la responsabilité individuelle face aux conséquences du vieillissement.

5.3.

Dans le cadre de la stratégie, les États membres devront élaborer leurs propres plans nationaux en matière de vieillissement, assortis d’objectifs et d’indicateurs spécifiques pour mesurer l’efficacité des politiques en faveur des personnes âgées. Ils proposeront également des mesures concrètes à l’appui des objectifs et des piliers de la stratégie européenne.

5.4. Égalité et non-discrimination

5.4.1.

L’égalité et la non-discrimination fondées sur l’âge sont des principes fondamentaux ancrés dans les traités et dans la législation européenne. Néanmoins, l’«âgisme» persiste dans un trop grand nombre de domaines qui affectent nos vies, créant des obstacles à la pleine participation des personnes âgées à notre société.

5.4.2.

Ainsi, la future stratégie en faveur des personnes âgées devrait servir à:

5.4.2.1.

consolider l’égalité des personnes indépendamment de l’âge en tant que principe fondamental et en tant que dimension à inclure dans toutes les politiques de l’Union, et soutenir l’adoption de la directive du Conseil relative à la mise en œuvre du principe de l’égalité de traitement entre les personnes sans distinction de religion ou de convictions, de handicap, d’âge ou d’orientation sexuelle (17);

5.4.2.2.

proposer des actions concrètes de sensibilisation à la discrimination fondée sur l’âge, aux personnes âgées et à leurs droits et aux possibilités offertes par leur inclusion, ainsi que promouvoir une image positive de l’âge;

5.4.2.3.

veiller à la mise en œuvre rigoureuse et impartiale de la directive sur l’égalité en matière d’emploi par les États membres et les juridictions nationales et européennes, et proposer des lignes directrices pour mieux définir le principe d’égalité dans l’emploi indépendamment de l’âge;

5.4.2.4.

porter une attention particulière aux femmes âgées, qui jouissent d’une espérance de vie plus longue que les hommes et peuvent dès lors rester actives plus longtemps, mais sont aussi plus exposées à la discrimination ou à la solitude;

5.4.2.5.

proposer des mesures pour lutter contre les formes multiples et intersectionnelles de discrimination envers les personnes âgées, notamment les problèmes auxquels sont confrontées les personnes âgées handicapées, LGBTIQ+, issues de minorités ethniques ou migrantes;

5.4.2.6.

cesser d’exclure les personnes âgées des données, statistiques et enquêtes d’opinion produites par les organismes publics, y compris Eurostat ou l’Eurobaromètre, en abordant les questions de la limitation d’âge dans les enquêtes, de la segmentation par tranches d’âge au sein de la catégorie des «personnes âgées» ou du manque d’informations sur les personnes âgées institutionnalisées; veiller à ce que les données soient collectées, désagrégées, analysées, utilisées et diffusées pour toutes les tranches d’âge et autres caractéristiques variées et que les États membres collectent des données adéquates, comparables et fiables;

5.4.2.7.

veiller à ce que l’Agence des droits fondamentaux intègre davantage dans son travail les aspects de la discrimination fondée sur l’âge et les droits fondamentaux des personnes âgées.

5.5. Participation à la société

5.5.1.

La promotion de la participation des personnes âgées, en particulier à la vie économique, sera essentielle pour tirer parti des possibilités offertes par leur meilleure inclusion sur le plan social et économique.

5.5.2.

S’agissant de la pleine participation active des personnes âgées, la nouvelle stratégie devrait proposer des initiatives spécifiques, au niveau de compétence adéquat, visant à:

5.5.2.1.

garantir l’accessibilité de l’environnement bâti — notamment celle du propre logement de ces personnes — et des biens et services numériques, en veillant à la mise en œuvre et au suivi d’instruments juridiques tels que l’acte législatif européen sur l’accessibilité, la directive sur l’accessibilité de l’internet, la législation sur l’accessibilité des transports ou les différentes obligations figurant dans la convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées (CNUDPH) en matière d’accessibilité;

5.5.2.2.

promouvoir des initiatives et des politiques conformes à l’article 19 de la convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées, en garantissant l’autonomie de vie et l’inclusion dans la société à tous les âges;

5.5.2.3.

soutenir le concept des «villes pour tous» (Cities for All), les modèles d’urbanisme intelligent, écologique et inclusif, en réponse aux risques d’isolement et de solitude non désirée, aussi bien dans les zones urbaines qu’en milieu rural. La conception pour tous, la mobilité et les relations interpersonnelles sont essentielles à une vie sociale;

5.5.2.4.

supprimer, là où c’est nécessaire, les obstacles qui excluent les personnes âgées des processus démocratiques ou constitutifs, tels que les élections au Parlement européen, dans la pensée qu’elles constituent une force électorale significative dotée de pleins droits;

5.5.2.5.

combler la «fracture numérique» et remédier à la «précarité numérique» en dégageant des soutiens financiers et en lançant des initiatives pour améliorer les infrastructures, les équipements de soutien et la formation afin de contribuer à l’habileté numérique à tout âge, en créant parallèlement l’obligation de maintenir aussi l’accès aux biens et services essentiels sous une forme non numérique;

5.5.2.6.

assurer des services essentiels dans des domaines autres que les transports publics, comme les soins, la santé, le logement, la culture, les loisirs, la participation active à la vie sociale, etc.;

5.5.2.7.

soutenir les recommandations de la Commission européenne en faveur de la lutte contre la solitude non désirée, en veillant à ce que, dans le contexte des évolutions démographiques actuelles, les services de santé mentale, d’aide sociale et de prise en charge de longue durée soient accessibles, abordables et intégrés, qu’ils s’inscrivent dans une logique de proximité et qu’il soit facile d’y faire appel; soutenir également les États membres grâce à la collecte et au transfert de bonnes pratiques par l’intermédiaire de la nouvelle Agence européenne pour les personnes âgées, le vieillissement et le défi démographique (18);

5.5.2.8.

proposer des mesures visant à protéger les droits des consommateurs plus âgés, que l’acquis de l’Union considère comme des consommateurs vulnérables;

5.5.2.9.

proposer des mesures visant à promouvoir le volontariat à valeur ajoutée pour les personnes âgées en proposant des programmes de «mentoring» aux personnes âgées désireuses de transmettre leur expérience professionnelle aux jeunes générations;

5.5.2.10.

investir dans la R&D pour soutenir un vieillissement actif et en bonne santé, et notamment dans le développement de technologies, de produits et de services accessibles à tous, en associant directement les personnes âgées à ces démarches et afin de répondre à la grande diversité de leurs besoins, et miser également sur la promotion de l’innovation sociale;

5.5.2.11.

poursuivre la mise en œuvre du plan d’action sur l’éducation numérique pour aider les États membres à créer les conditions propices au développement de compétences numériques avancées et spécialisées, en lien non pas seulement avec la participation au marché du travail, mais dans le cadre d’un apprentissage tout au long de la vie (19), et jeter les bases de mesures spécifiques ciblant les personnes âgées et leur environnement.

5.6. Emploi, éducation et formation

5.6.1.

Le défi démographique actuel exige de lever les obstacles à l’inclusion sur le marché du travail des personnes âgées et de celles qui souhaitent continuer à travailler après l’âge de départ à la retraite, et de tirer parti des possibilités qui s’offrent à cet égard. La stratégie devrait encourager l’échange de bonnes pratiques entre les États membres afin d’améliorer l’emploi des personnes âgées.

5.6.2.

La stratégie devrait reposer sur un modèle flexible dans lequel les périodes de transition entre l’apprentissage, le travail, les responsabilités familiales, l’inactivité/la retraite ont lieu plusieurs fois et à différentes époques de la vie d’une personne, y compris après l’âge légal de la retraite. Les services d’accompagnement et de soins pour toutes les générations, y compris les structures de garde d’enfants et les soins de longue durée, doivent favoriser la possibilité de participer activement à la société pour les personnes de tous âges, tant les femmes que les hommes. Compte tenu du rôle fondamental que les aidants informels jouent auprès des personnes âgées qui reçoivent des soins, la stratégie devra comporter des mesures spécifiquement destinées à les soutenir. On pourrait envisager à cet égard de formuler des recommandations ciblées en ce qui concerne l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, les compensations salariales ou les aides financières, une offre diversifiée de services de répit ou de relève auprès des proches dépendants, l’accès à des services de conseil et de formation, etc.

5.6.3.

À cet égard, la stratégie européenne devra, dans le respect des compétences des États membres:

5.6.3.1.

évaluer l’incidence des dérogations fondées sur l’âge prévues par les directives sur l’emploi et sur les salaires minimaux, proposer des lignes directrices pour la mise en œuvre des principes d’égalité dans l’emploi indépendamment de l’âge, et définir, lorsque c’est nécessaire, d’autres modalités ou des modifications spécifiques pour améliorer la mise en œuvre des directives et prévenir la discrimination à l’égard des personnes âgées désireuses de rester sur le marché du travail;

5.6.3.2.

promouvoir le «mentoring» intergénérationnel au moyen de programmes spécifiques;

5.6.3.3.

combattre et prévenir, conformément aux politiques actuelles, les risques physiques et psychosociaux tels que le stress et l’épuisement professionnel dans le prochain cadre de l’UE en matière de santé et de sécurité au travail;

5.6.3.4.

promouvoir l’esprit d’entreprise chez les personnes âgées en évaluant les obstacles existants, tels que la perte de droits à pension, faciliter l’accès au financement et promouvoir les incubateurs de co-entrepreneuriat intergénérationnel ou les transferts d’établissement par des entrepreneurs ou chefs d’entreprise âgés à des successeurs plus jeunes (20), et encourager les initiatives relevant de l’économie sociale;

5.6.3.5.

promouvoir l’économie sociale en tant que secteur axé sur la personne et porteur d’avantages pour la société en raison des nouvelles possibilités d’emploi et d’entrepreneuriat qu’elle est susceptible d’offrir aux personnes âgées (21);

5.6.3.6.

promouvoir et améliorer l’accessibilité des programmes Erasmus+ et des technologies de l’éducation pour les personnes âgées, en tirant pleinement parti de leur approche intergénérationnelle qui offre aux personnes âgées des possibilités d’apprentissage et de mobilité universitaire, y compris dans les lieux où l’accès à l’éducation est difficile, comme ceux dévolus aux soins de longue durée. Il convient par ailleurs de tirer au maximum parti des possibilités offertes par les microcertifications et les outils d’apprentissage numérique, tels que les cours ouverts en ligne (MOOC);

5.6.3.7.

proposer des mesures visant à améliorer l’éducation financière des personnes âgées, qui pourraient permettre de mobiliser des ressources inactives et d’améliorer la compétitivité. Il convient de s’attacher en particulier à renforcer les capacités des personnes âgées pour leur permettre d’agir en investisseurs informés et leur éviter d’effectuer des investissements financiers ou des achats mal avisés;

5.6.3.8.

formuler des propositions pour éviter la «fuite des cerveaux» toutes générations confondues, que ce soit entre États membres ou en dehors de l’Union, en s’appuyant sur la stratégie européenne en matière de compétences en faveur de la compétitivité durable, de l’équité sociale et de la résilience (22).

5.7. Revenu décent et inclusion sociale

5.7.1.

En 2019, dans l’Union, la proportion de retraités âgés de plus de 65 ans exposés au risque de pauvreté était de 15,1 %. Toujours dans l’Union, entre 2010 et 2019, la proportion de femmes âgées de plus de 65 ans percevant une pension et exposées au risque de pauvreté était supérieure de 3 à 4 points de pourcentage à celle des hommes.

5.7.2.

Afin de remédier à cette situation et de réduire au minimum les risques de pauvreté et d’exclusion sociale des personnes âgées, dans le respect des compétences exclusives des États membres et compte tenu du rôle des partenaires sociaux, la stratégie devrait promouvoir un revenu décent pour les personnes âgées en proposant des initiatives visant à:

5.7.2.1.

développer des systèmes de retraite qui fournissent aux personnes retraitées une pension adéquate afin qu’elles ne soient pas obligées de recourir à une aide au revenu minimum, comme indiqué dans l’avis du CESE sur la recommandation du Conseil relative à un revenu minimum adéquat pour garantir une inclusion active (23); dans cette optique, évaluer de manière conjointe avec les États membres la possibilité de prendre des mesures convergentes afin d’assurer à toutes les personnes âgées un revenu minimum et de les aider à continuer de travailler si elles le souhaitent;

5.7.2.2.

élaborer une «garantie pour les personnes âgées» afin de les protéger contre la pauvreté et pour que l’on puisse mener une vie décente et participer à la société même après 65 ans, en y incluant des aides spécialement destinées aux septuagénaires ou octogénaires et en fonction des spécificités de chaque État membre;

5.7.2.3.

assurer l’adéquation des retraites au fil du temps, en veillant, le cas échéant, à l’indexation des pensions en fonction du coût de la vie, et en tenant compte des dépenses spécifiques des personnes âgées (par exemple et entre autres en matière de santé, ou de soins de longue durée);

5.7.2.4.

réduire l’écart de pension entre les hommes et les femmes et, là où c’est nécessaire, promouvoir l’introduction, dans les régimes de protection sociale ou d’imposition, de crédits liés aux responsabilités familiales;

5.7.2.5.

créer un cadre d’accès universel aux droits à pension, que ce soit notamment pour les hommes et les femmes, les indépendants et les personnes exerçant de nouvelles formes d’emploi, notamment dans l’économie sociale, les personnes handicapées (y compris celles qui occupent un emploi protégé) et les personnes exclues du marché du travail;

5.7.2.6.

proposer des actions de sensibilisation et de remédiation à la violence et à la maltraitance envers les personnes âgées, en particulier à l’égard des femmes âgées.

Bruxelles, le 12 juillet 2023.

Le président du Comité économique et social européen

Oliver RÖPKE


(1) Voir par exemple le «Plan antichute des personnes âgées» en France.

(2) Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Vers un nouveau modèle de soins et d’accompagnement pour les personnes âgées: tirer les enseignements de la pandémie de COVID-19» (avis d’initiative) (JO C 194 du 12.5.2022, p. 19).

(3) Accord-cadre autonome des partenaires sociaux européens sur le vieillissement actif et une approche intergénérationnelle (2017).

(4) Voir Friends of Europe.

(5) Défis présents et futurs pour les institutions de médiation — Zoom sur le réseau 2019 (europa.eu).

(6) Comme évoqué dans le rapport de mars 2022 de la Haute-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme sur la promotion et la protection des droits de l’homme des personnes âgées.

(7) Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Vers un nouveau modèle de soins et d’accompagnement pour les personnes âgées: tirer les enseignements de la pandémie de COVID-19» (avis d’initiative) (JO C 194 du 12.5.2022, p. 19).

(8) Eurostat.

(9) Silver Economy Study: How to stimulate the economy by hundreds of millions of Euros per year | Shaping Europe’s digital future (europa.eu).

(10) European Commission Atlas of Demography.

(11) COM(2021) 50 final.

(12) Conclusions du Conseil sur les droits de l’homme, la participation et le bien-être des personnes âgées à l’ère numérique (2020).

(13) Conclusions du Conseil sur l’intégration du vieillissement dans les politiques publiques (2021).

(14) Conclusions du Conseil concernant une relance post-COVID-19 fondée sur les droits de l’homme (2021).

(15) Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Vers un nouveau modèle de soins et d’accompagnement pour les personnes âgées: tirer les enseignements de la pandémie de COVID-19» (avis d’initiative) (JO C 194 du 12.5.2022, p. 19)

(16) Rapport de l’OMS «Décennie pour le vieillissement en bonne santé», 2021-2030.

(17) Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Améliorer l’égalité dans l’UE» (avis d’initiative) (JO C 75 du 28.2.2023, p. 56), et avis du Comité économique et social européen sur la proposition de directive du Conseil relative à la mise en œuvre du principe de l’égalité de traitement entre les personnes sans distinction de religion ou de convictions, de handicap, d’âge ou d’orientation sexuelle [COM(2008) 426 final] (supplément d'avis) (JO C 182 du 4.8.2009, p. 19).

(18) Communication de la Commission européenne sur une approche globale en matière de santé mentale, COM(2023) 298 final.

(19) Proposition de recommandation du Conseil sur l’amélioration de l’enseignement des compétences numériques dans le domaine de l’éducation et de la formation, COM(2023) 206 final.

(20) Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Les transmissions d’entreprises en tant que promoteurs d’une reprise et d’une croissance durables dans le secteur des PME» (avis d’initiative) (JO C 486 du 21.12.2022, p. 9).

(21) Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Vers un nouveau modèle de soins et d’accompagnement pour les personnes âgées: tirer les enseignements de la pandémie de COVID-19» (avis d’initiative) (JO C 194 du 12.5.2022, p. 19).

(22) COM(2020) 274 final.

(23) Avis du Comité économique et social européen sur la proposition de recommandation du Conseil relative à un revenu minimum adéquat pour garantir une inclusion active [COM(2022) 490 final — 2022/0299 (NLE)] (JO C 184 du 25.5.2023, p. 64), et recommandation du Conseil relative à un revenu minimum adéquat pour garantir une inclusion active (JO C 41 du 3.2.2023, p. 1).


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