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Avis institutionnel52023AE0563

Avis institutionnel — 52023AE0563

CELEX52023AE0563
TypeAvis institutionnel
Datejeudi 15 juin 2023

Texte intégral

18.8.2023

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 293/58


Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Protocole sur le progrès social»

(avis exploratoire à la demande de la présidence espagnole)

(2023/C 293/09)

Rapporteure:

María del Carmen BARRERA CHAMORRO

Corapporteur:

Diego DUTTO

Saisine du Comité par la présidence espagnole du Conseil

Lettre, 8.12.2022

Base juridique

Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Avis exploratoire

Compétence

Section «Emploi, affaires sociales et citoyenneté»

Adoption en section

31.5.2023

Adoption en session plénière

15.6.2023

Session plénière no

579

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

134/100/7

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le Comité économique et social européen (CESE) rappelle qu’en vertu des traités, la réalisation de l’«économie sociale de marché hautement compétitive» qui est visée à l’article 3, paragraphe 3, du traité sur l’Union européenne (TUE) passe par la promotion du marché intérieur et de la politique sociale en vertu de la «clause sociale horizontale», au titre de l’article 9 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE), selon lequel l’Union doit, dans la définition et la mise en œuvre de toutes ses politiques et actions, chercher à promouvoir des marchés du travail inclusifs ainsi que des systèmes de protection sociale adéquats.

1.2.

Le CESE souscrit à la proposition avancée dans le rapport final sur la conférence sur l’avenir de l’Europe, publié en mai 2022, qui consiste, pour développer cette économie sociale de marché (1), à adresser une demande à l’Union, aux États membres et aux partenaires sociaux afin qu’ils prennent, entre autres, des mesures pour garantir la mise en œuvre intégrale du socle européen des droits sociaux adopté en novembre 2017 et du plan d’action de mars 2021 qui s’y rapporte, ainsi que, surtout, des objectifs qui sont les plus importants au regard du programme à l’horizon 2030, au niveau européen, national et régional, en incluant dans les traités un protocole sur le progrès social.

1.3.

Le CESE se réjouit que la conférence sur l’avenir de l’Europe ait préconisé une amélioration, sous la forme d’un protocole sur le progrès social, des garanties visant à protéger efficacement les droits sociaux lorsqu’ils entrent en conflit avec les libertés économiques (voir mesure 5, proposition 13), évitant ainsi toute régression desdits droits (mesure 2, proposition 14).

1.4.

Le CESE accueille favorablement la proposition de la Commission européenne d’ouvrir la voie à une éventuelle révision des traités, comme elle l’a évoqué dans le dernier discours sur l’état de l’Union, et juge opportun, ainsi que le propose le Parlement européen, d’inclure, parmi les questions qui feront l’objet de cette réforme, un protocole sur le progrès social. Le CESE estime que les conclusions de la conférence sur l’avenir de l’Europe offrent une feuille de route appropriée pour mener à bien cette réforme.

1.5.

Le protocole sur le progrès social servirait un triple objectif:

1)

garantir qu’en cas de conflit entre les droits fondamentaux et les droits sociaux, d’une part, et les libertés économiques ou les autres politiques de l’Union, d’autre part, ce soient les premiers qui priment sur les secondes;

2)

garantir le respect de l’autonomie des partenaires sociaux et le bon fonctionnement des mécanismes nationaux de dialogue social et des relations entre ses interlocuteurs; et

3)

garantir le progrès social en assurant la promotion et la protection des normes les plus élevées en matière de droits sociaux, que celles-ci découlent du droit national, européen ou international, et en évitant toute régression ou tout contournement des dispositions concernées.

1.6.

Le CESE voit dans la présidence espagnole de l’Union une formidable occasion de promouvoir cette proposition, et il invite les institutions de l’Union, dans le cadre du dialogue social européen, à faire avancer ce processus.

1.7.

À cette fin, le CESE encourage la présidence espagnole à solliciter, à l’issue d’une analyse en bonne et due forme par des experts de haut niveau et notamment par les partenaires sociaux, la tenue d’un Conseil des ministres des affaires sociales dans le but de convenir d’une proposition commune qui, le cas échéant, puisse être adoptée à l’occasion d’un sommet européen qui lui serait spécialement consacré. L’importance que revêt cette question appelle la plus grande implication des différentes institutions de l’Union, toutes compétences confondues.

1.8.

Le CESE estime que la proposition de la conférence sur l’avenir de l’Europe et du Parlement européen devrait être concrétisée sous la forme d’un protocole à insérer dans le TFUE ou d’une clause transversale moyennant la modification de l’article 9 du TFUE, mais qu’il n’en existe pas moins d’autres instruments politiques susceptibles de contribuer aux objectifs du protocole sur le progrès social. En outre, le CESE considère qu’un protocole sur le progrès social est essentiel pour renforcer l’autonomie des partenaires sociaux et pérenniser le lien indissociable qui doit exister entre le fonctionnement du marché intérieur et ses libertés économiques, y compris pour ce qui concerne une concurrence équitable entre les États membres ainsi que le respect et la promotion des droits sociaux collectifs.

1.9.

Le CESE est convaincu qu’en adoptant un protocole sur le progrès social, l’Union pourra devenir un moteur de croissance économique et favoriser ainsi le bien-être du plus grand nombre possible de ses citoyens, dans une démarche qui se traduira aussi par la création et le développement d’entreprises plus robustes et plus durables. À cette fin, le protocole doit établir clairement que les libertés économiques du marché unique n’équivalent pas à une interdiction des restrictions, mais qu’elles prévoient l’égalité de traitement entre les opérateurs économiques comme un moyen de garantir, sur tous les marchés, l’exercice d’une concurrence loyale dans des conditions équitables.

1.10.

Le CESE regrette que l’Union n’ait toujours pas honoré l’obligation qui lui incombe en vertu du traité de Lisbonne, d’adhérer à la Convention européenne des droits de l’homme ainsi que le prévoit l’article 6, paragraphe 2, du TUE. Cette adhésion est cruciale pour soumettre l’ordre juridique de l’Union, au même titre que tout ordre juridique fondé sur la démocratie et l’état de droit, à un contrôle externe des droits de l’homme. À cette fin, et dans le but de promouvoir une coexistence harmonieuse entre le droit de l’Union européenne et les dispositions du Conseil de l’Europe en matière sociale, le CESE recommande également que l’Union adhère à la charte sociale européenne du Conseil de l’Europe.

2. Contexte, justification et principaux thèmes de l’avis

2.1.

Le CESE rappelle que, fruit de l’histoire et de la culture de l’Union européenne et érigé en normes dans les traités fondamentaux, le «modèle social européen» constitue l’une des principales contributions de l’Union au progrès de l’humanité et à la paix. Ce modèle se réfère à un paradigme économique qui veut que la recherche d’un rendement économique maximal soit indissociable du bien-être et du progrès social. La réalisation de cette «économie sociale de marché hautement compétitive», qui est visée à l’article 3, paragraphe 3, du TUE et revêt désormais un caractère constitutionnel, est moins une fin en soi que, d’abord et avant tout, comme il ressort des articles 9 et 151 du TFUE, un instrument destiné à assurer le bien-être de l’ensemble des citoyens européens.

2.2.

Le CESE juge en outre nécessaire d’évoquer le caractère transversal du lien étroit établi entre la promotion du marché intérieur et la politique sociale en vertu de la «clause sociale horizontale» visée à l’article 9 du TFUE, selon lequel l’Union doit, dans la définition et la mise en œuvre de toutes ses politiques et actions, chercher à promouvoir des marchés du travail inclusifs ainsi que des systèmes de protection sociale adéquats.

2.3.

L’économie sociale de marché repose sur deux piliers bien distincts mais complémentaires: le premier est celui de l’application des règles de la concurrence, et le second est celui des mesures de politique sociale qui visent à garantir la justice sociale en corrigeant les effets négatifs et en renforçant la protection sociale (2). Le CESE note par ailleurs que des limites institutionnelles, juridiques et touchant à l’action politique ont été définies pour garantir la réalisation de ce juste équilibre entre, d’une part, la dimension économique de l’Union, qui accorde la priorité aux libertés relatives à l’économie, en particulier la liberté de concurrence, et, d’autre part, sa dimension sociale, qui prévoit la garantie effective des droits sociaux fondamentaux et l’interdiction du dumping social.

2.4.

Eu égard à ce contexte, et dans le but de corriger ce déséquilibre, un protocole sur le progrès social servirait un triple objectif:

1)

garantir qu’en cas de conflit entre les droits fondamentaux et les droits sociaux, d’une part, et les libertés économiques ou les autres politiques de l’Union, d’autre part, ce soient les premiers qui priment sur les secondes;

2)

garantir le respect de l’autonomie des partenaires sociaux et le bon fonctionnement des mécanismes nationaux de dialogue social et des relations entre ses interlocuteurs;

3)

garantir le progrès social en assurant la promotion et la protection des normes les plus élevées en matière de droits sociaux, que celles-ci découlent du droit national, européen ou international, et en évitant toute régression ou tout contournement des dispositions concernées.

2.5.

En privilégiant la stabilité financière et la croissance économique au détriment du progrès social, les politiques d’austérité adoptées dans l’Union et ses États membres pour lutter contre la crise financière par le recours à la méthode de la «troïka», que le Parlement européen a lui-même contestée (3), ont en outre remis le risque d’affaiblissement des droits sociaux sur le devant de la scène. Cette situation contraste avec le principe de progrès social ancré dans la charte sociale européenne, comme l’a souligné à plusieurs occasions le Conseil de l’Europe, lequel a condamné les politiques et règles d’austérité mises en œuvre par des États membres de l’Union européenne au détriment des droits sociaux. En revanche, la Cour de justice de l’Union européenne n’a constaté aucune incompatibilité entre ces mesures et la clause sociale.

2.6.

Les cas où il existe un conflit entre les libertés économiques et les politiques menées par l’Union dans d’autres domaines, d’une part, et les droits sociaux, d’autre part, soulèvent d’importantes questions quant au risque d’incohérence entre l’ordre juridique de l’Union et les instruments et normes qui, au niveau européen et international, régissent les droits de l’homme. Dans ces situations, les États membres se trouvent confrontés à des obligations contradictoires lorsqu’ils s’emploient à respecter la législation de l’Union, mais aussi et par ailleurs les engagements qu’ils ont contractés en vertu des instruments européens et internationaux applicables dans le domaine des droits de l’homme. Le protocole sur le progrès social a vocation à résoudre ce dilemme, en précisant que dans les situations où ces aspects entrent en conflit, les libertés économiques garanties par les traités de l’Union ne constituent pas un droit fondamental susceptible de contrebalancer les droits humains fondamentaux, notamment en matière sociale et dans le domaine du travail. Cet impératif consistant à ménager, entre les intérêts économiques et sociaux, un équilibre soucieux des droits fondamentaux quand ces deux aspects entrent en conflit revêt une importance primordiale pour garantir que le principe de primauté du droit de l’Union ne s’applique pas en violation des normes européennes et internationales relatives aux droits de l’homme.

2.7.

Les conclusions et recommandations du rapport final de la conférence sur l’avenir de l’Europe, publiées en mai 2022, préconisent, parmi les 49 propositions et 300 mesures exposées, d’améliorer le fonctionnement des marchés du travail afin qu’ils garantissent des conditions de vie et de travail plus équitables sur le plan social, en particulier pour les jeunes et les groupes vulnérables [propositions 13 et 14 (4)].

Le CESE se félicite que le rapport de la conférence adresse, à cette fin, une demande à l’Union, aux États membres et aux partenaires sociaux afin qu’ils prennent, entre autres, des mesures pour garantir la mise en œuvre intégrale du socle européen des droits sociaux adopté en novembre 2017 et du plan d’action de mars 2021 qui s’y rapporte et, surtout, des objectifs qui sont les plus importants au regard du programme à l’horizon 2030, au niveau européen, national et régional, en incluant dans les traités un protocole sur le progrès social. Ce protocole vise à introduire des garanties plus efficaces afin de protéger pleinement les droits sociaux en cas de conflit avec les libertés économiques (voir mesure 5, proposition 13), et d’éviter d’affaiblir lesdits droits (mesure 2, proposition 14).

2.8.

À la lumière des crises récentes ou toujours en cours, et afin de mettre en œuvre les propositions et mesures figurant dans le rapport de la conférence sur l’avenir de l’Europe, le Parlement européen a adopté, en juin 2022, une résolution invitant le Conseil européen à lancer le processus de révision des textes fondateurs de l’Union. Le CESE se félicite que les réformes proposées par le Parlement européen visent à veiller à ce que le socle européen des droits sociaux soit pleinement mis en œuvre et à intégrer dans les traités le progrès social, en lien avec un protocole sur le progrès social, dans le respect des compétences des institutions concernées ainsi que des principes de subsidiarité et de proportionnalité. Le CESE relève que le Parlement européen a également lancé des appels similaires, en faveur d’un protocole sur le progrès social, dans sa résolution de décembre 2020 sur une Europe sociale forte pour des transitions justes.

2.9.

Le CESE émet le présent rapport à la demande expresse que lui a adressée l’Espagne, laquelle assumera la présidence tournante de l’Union au second semestre 2023, afin qu’il élabore un avis exploratoire définissant sa position relative à un protocole sur le progrès social.

3. Contexte européen et contributions institutionnelles, juridiques et scientifiques concernant l’opportunité d’intégrer un protocole sur le progrès social dans les traités

3.1.

Le CESE se réjouit que les trois institutions de l’Union soient disposées à accorder toute leur attention au suivi de la conférence sur l’avenir de l’Europe et de ses propositions, dans le respect des compétences que les traités de l’Union européenne confèrent à chacune d’elles. Le CESE constate que des jalons concrets ont été posés en vue de mettre en œuvre les propositions issues de la conférence, le but étant d’améliorer la vie quotidienne des citoyens dans de nombreux domaines, notamment en promouvant une économie compétitive socialement équitable et durable sur le plan environnemental (domaine thématique 9 de la conférence sur l’avenir de l’Europe).

3.2.

Le CESE signale également qu’en novembre 2022, le rapport sur les résultats finaux de la conférence sur l’avenir de l’Europe a fait l’objet d’une évaluation préliminaire actualisée de ses mesures et propositions par le secrétariat général du Conseil (5), dont il résulte:

—

que le secrétariat général du Conseil considère que l’équilibre entre les droits sociaux et les quatre libertés économiques est déjà garanti (par exemple par les articles 9, 151 et 153 du TFUE),

—

que, si le Conseil ne conteste pas l’intérêt de se pencher sur une amélioration des possibilités qu’offrent déjà les traités pour garantir les objectifs sociaux, par exemple l’article 153, il juge toutefois inutile de modifier leur architecture pour y insérer un nouveau protocole sur le progrès social,

—

que la Commission a par ailleurs annoncé son projet de présenter, au deuxième trimestre de 2023, une recommandation du Conseil sur le développement des conditions-cadres de l’économie sociale.

3.3.

Le CESE fait observer que la conférence sur l’avenir de l’Europe réclame une action plus ambitieuse et plus ferme de la part de l’Union européenne, des États et des partenaires sociaux, en vue d’accroître le bien-être des citoyens européens dans le cadre d’un contrat social renouvelé, ainsi que d’améliorer en permanence les conditions de vie et de travail. À cet égard, si le cadre réglementaire en vigueur permet de mener des politiques sociales plus engagées, d’autres politiques nécessitent toutefois, d’après le rapport final de la conférence (6), une réforme des traités.

3.4.

En outre, attribuer à la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne la même valeur juridique qu’aux traités, même si elle n’en fait pas partie intégrante, améliore l’équilibre constitutionnel entre les droits sociaux et les libertés économiques en évitant que les premiers ne soient considérés comme des exceptions aux secondes. Dans la même veine, la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne réaffirme, comme indiqué dans son préambule, les droits tels qu’ils résultent notamment des traditions constitutionnelles et des obligations internationales communes aux États membres, parmi lesquelles figurent notamment la Convention européenne des droits de l’homme et la charte sociale européenne du Conseil de l’Europe. L’entrée en vigueur du traité de Lisbonne a amélioré l’équilibre constitutionnel en accordant à la charte des droits fondamentaux de l’Union la même valeur juridique qu’aux traités. Malgré tout, l’expérience montre que les libertés économiques ont toujours tendance à primer sur les droits sociaux en cas de conflit entre ces deux aspects.

3.5.

Le CESE observe par ailleurs que le droit de l’Union et la jurisprudence de la Cour de justice évoluent favorablement dans le sens d’une interdiction du dumping social, afin de garantir un modèle où la concurrence économique sera non seulement libre mais aussi loyale. L’arrêt prononcé par la grande chambre de la Cour le 8 décembre 2020 dans l’affaire C-620/18 constitue un exemple clair qui affirme la nécessité de garantir des conditions sociales équitables dans le cadre de l’exercice des libertés économiques, en l’occurrence la prestation de services. Malgré tout, l’expérience montre que les libertés économiques ont toujours tendance à primer sur les droits sociaux en cas de conflit entre ces deux aspects.

4. Observations générales

4.1.

Le CESE note que, bien qu’il existe, au niveau européen, des normes minimales, contraignantes ou non contraignantes, pour faire progresser la mise en œuvre du socle européen des droits sociaux, il est nécessaire, si l’on veut promouvoir et garantir une véritable économie sociale de marché compétitive et durable, de disposer d’un protocole sur le progrès social afin de renforcer les atouts de ce système d’économie sociale de marché propre à l’Europe, et d’en éliminer dans le même temps les points faibles en l’adaptant afin qu’il puisse affronter les défis de demain. Le CESE estime que les conclusions de la conférence sur l’avenir de l’Europe offrent une feuille de route appropriée pour promouvoir un protocole de ce type. Il invite dès lors les institutions européennes à prendre les mesures nécessaires pour que cette proposition de la conférence soit mise en œuvre.

4.2.

Le CESE estime que la proposition de la conférence sur l’avenir de l’Europe et du Parlement européen devrait être concrétisée sous la forme d’un protocole à insérer dans le TFUE ou d’une clause transversale moyennant la modification de l’article 9 de ce traité, mais qu’il n’en existe pas moins d’autres instruments politiques susceptibles de contribuer aux objectifs du protocole sur le progrès social.

4.3.

En outre, et il s’agit là d’un aspect fondamental pour le progrès social, le CESE considère que ledit protocole permettrait de préserver et de renforcer l’autonomie des partenaires sociaux, et d’établir un lien clair entre le fonctionnement du marché intérieur et ses libertés économiques, y compris pour ce qui concerne une concurrence équitable entre les États membres ainsi que le respect et la promotion des droits sociaux collectifs. Cette garantie doit toujours être interprétée dans un sens qui respecte l’autonomie des partenaires sociaux et le bon fonctionnement des mécanismes nationaux de dialogue social et des relations entre ses interlocuteurs.

4.4.

Le CESE estime qu’il est non seulement souhaitable, mais aussi nécessaire, de s’assurer que le protocole sur le progrès social prévoie un principe excluant tout retour en arrière en matière de normes sociales, lequel figure déjà dans les dispositions de la charte sociale européenne et la jurisprudence du Comité européen des droits sociaux (CEDS), mais n’est encore reconnu ni par le droit de l’Union, ni par la Cour de justice.

4.5.

De l’avis du CESE, un protocole sur le progrès social constitue un élément fondamental d’un nouveau modèle de l’Union en matière d’économie et de gouvernance, dont les fondements doivent aller au-delà du PIB et construire un bien-être européen socialement équitable, c’est-à-dire inclusif, et durable.

5. Observations particulières

5.1.

Le CESE est convaincu qu’en adoptant un protocole sur le progrès social, l’Union sera en mesure de réaliser une convergence non seulement vers la croissance économique mais aussi vers le progrès et de favoriser le bien-être du plus grand nombre possible de ses citoyens, en préservant le modèle social européen, dans une démarche qui se traduira aussi par la création et le développement d’entreprises plus robustes et plus durables. En ce sens, le protocole sur le progrès social apporterait aussi une contribution importante à la réalisation des objectifs de développement durable de l’Union dans le cadre du programme des Nations unies à l’horizon 2030.

5.2.

Le CESE estime que, par analogie avec le contenu du protocole no 27 sur le marché intérieur et la concurrence, l’Union doit disposer des compétences suffisantes pour prendre, si nécessaire, des mesures garantissant un progrès social effectif, et ce, au titre des dispositions des traités, dont l’article 352 du TFUE.

5.3.

Le CESE recommande que l’Union honore l’obligation qui lui incombe en vertu du traité de Lisbonne, d’adhérer à la Convention européenne des droits de l’homme. Enfin, et dans le but de promouvoir une coexistence harmonieuse entre le droit de l’Union européenne et les dispositions du Conseil de l’Europe en matière sociale, l’Union devrait aussi adhérer à la charte sociale européenne du Conseil de l’Europe.

Bruxelles, le 15 juin 2023.

Le président du Comité économique et social européen

Oliver RÖPKE


(1) https://www.europarl.europa.eu/resources/library/media/20220510RES29211/20220510RES29211.pdf

(2) «Building a social market economy in the European Union», discours de László Andor, commissaire à l’emploi, aux affaires sociales et à l’inclusion.

(3) Voir la résolution du Parlement européen du 13 mars 2014 sur l’emploi et les aspects sociaux du rôle et des opérations de la Troïka (BCE, Commission et FMI) dans les pays du programme de la zone euro [2014/2007(INI)].

(4) https://data.consilium.europa.eu/doc/document/ST-10033-2022-ADD-1-REV-1/en/pdf

(5) https://www.consilium.europa.eu/fr/policies/conference-on-the-future-of-europe/

(6) Rapport sur les résultats finaux de la conférence sur l’avenir de l’Europe, voir par exemple à la page 53.


ANNEXE

L’amendement ci-après, qui a recueilli au moins le quart des suffrages exprimés, a été rejeté au cours des débats (article 74, paragraphe 3, du règlement intérieur):

AMENDEMENT 1

SOC/756 — Protocole sur le progrès social

Remplacer intégralement par le texte ci-après l’avis présenté par la section SOC (l’explication/exposé des motifs figure à la fin du document):

Amendement du CdR

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le CESE note que les avis divergent selon les États membres et les parties prenantes quant au caractère approprié ou nécessaire d’une réforme des traités dans le but d’instaurer un protocole sur le progrès social. Comme l’a indiqué le Conseil dans son évaluation technique préliminaire du rapport concernant le résultat final de la conférence sur l’avenir de l’Europe, l’équilibre entre les droits sociaux et les quatre libertés économiques est garanti par les traités. Le CESE estime important de maintenir cet équilibre dans les traités, en évitant de créer une hiérarchie entre droits sociaux et libertés économiques. En outre, faire primer les droits sociaux fondamentaux sur les libertés économiques du marché intérieur en ajoutant un protocole sur le progrès social aux traités vise à modifier les principes fondamentaux sur lesquels repose l’Union, et constitue également une attaque contre les fondements de notre économie, qui a apporté à l’Union et à ses États membres prospérité et bien-être. Un protocole de cette nature risquerait donc de saper les assises mêmes du progrès social.

1.2.

Tout comme il existe de nombreuses limitations aux libertés économiques, il peut y avoir également des limites à l’exercice des droits sociaux fondamentaux, comme par exemple le droit de mener des actions collectives. Selon la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE), une restriction des libertés économiques ne peut être admise que si elle poursuit un but légitime compatible avec les traités, et si elle est justifiée par des raisons impérieuses d’intérêt général. Et même en pareil cas, elle doit encore être propre à réaliser l’objectif poursuivi et ne pas aller au-delà de ce qui est nécessaire pour atteindre cet objectif. Un moyen de le garantir est d’appliquer au niveau de l’Union européenne les principes en vigueur de proportionnalité et de subsidiarité.

1.3.

Le CESE estime que les objectifs en matière d’emploi et de politique sociale devraient continuer à être abordés dans le cadre des traités actuels et du cadre législatif et politique existant au niveau de l’Union européenne comme au niveau national, tout en respectant pleinement l’autonomie des partenaires sociaux; le Comité se tient à la disposition de la future présidence espagnole pour apporter sa contribution à ce processus.

1.4.

Au lieu que l’Union européenne propose un protocole sur le progrès social qui viendrait rompre l’équilibre entre les libertés économiques et les droits sociaux et qui empiéterait sur des compétences bien définies de l’Union et des États membres, il importe de progresser vers une conception commune de ce qu’est la valeur ajoutée de l’Union pour l’emploi et les politiques sociales.

1.5.

L’Union doit absolument continuer de se développer de façon à répondre de manière intégrée aux enjeux économiques et sociaux. Comme l’a déjà indiqué le CESE, la compétitivité et l’augmentation de la productivité fondée sur les compétences et les connaissances constituent une recette efficace si l’on veut maintenir le niveau de bien-être des sociétés européennes. La croissance économique et le bon fonctionnement du marché intérieur sont des éléments essentiels au renforcement de la dimension sociale de l’Union. Nous devons consolider les atouts de notre système européen d’économie sociale de marché tout en éliminant ses faiblesses, de manière à l’adapter pour faire face aux enjeux à venir (1).

1.6.

Les décisions en matière de politique sociale devraient être prises au plus près des citoyens de l’Union européenne et dans le plein respect du partage de compétences entre l’Union, les États membres et les partenaires sociaux. C’est de cette approche que nous avons besoin si nous voulons obtenir des résultats positifs pour les citoyens, les travailleurs, les entreprises et la société dans son ensemble. Il convient de garantir à l’avenir la tenue de débats politiques bien articulés et bien équilibrés au sujet des dimensions économiques et sociales de l’Union européenne. Le caractère hétérogène du développement économique dans les États membres devrait également être mieux pris en considération dans les débats européens portant sur la dimension sociale, afin qu’il soit possible de fixer des attentes réalistes et de réaliser des progrès en matière de convergence économique et sociale européenne. Il en résulte aussi que des mesures conduisant à une régression des normes sociales et du travail pourraient parfois s’avérer nécessaires à court terme, afin de permettre aux gouvernements d’éviter des conséquences encore plus importantes en cas de grave récession économique et budgétaire à l’échelon national. L’évaluation de la nécessité de ce type de mesures devrait rester à la discrétion des autorités nationales.

1.7.

Pour toutes les raisons exposées ci-dessus, la proposition de réviser les traités dans le but d’instituer un protocole sur le progrès social est inacceptable, et n’a pas le soutien du groupe des employeurs du CESE.

2. Historique, contexte européen et national et cadre institutionnel et juridique

2.1.

Le CESE a élaboré l’avis SOC/756 à la suite d’une demande d’avis exploratoire introduite par la future présidence espagnole du Conseil de l’Union européenne, en vue d’apporter des réponses aux questions posées dans cette demande (2).

2.2.

La demande de la future présidence espagnole fait référence à la proposition de la Confédération européenne des syndicats (CES) en faveur d’un «protocole de progrès social» (3), exprimée dans le contexte de la publication des résultats de la conférence sur l’avenir de l’Europe (4), et à la résolution du Parlement européen du 9 juin 2022 sur la convocation d’une convention pour la révision des traités (5), dans laquelle celui-ci invite notamment le Conseil à «adapter les compétences que les traités confèrent à l’Union […] dans les politiques économiques et sociales; veiller à ce que le socle européen des droits sociaux soit pleinement mis en œuvre et intégrer le progrès social à l’article 9 du TFUE lié à un protocole sur le progrès social dans les traités».

2.3.

La proposition de la CES pour un «protocole de progrès social» (6) contient quatre dispositions principales à annexer au traité sur l’Union européenne et au traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. Elle établit les principes (article 1), la définition de progrès social et sa mise en œuvre (article 2), la relation entre les droits sociaux fondamentaux et les autres politiques de l’Union (article 3) et, enfin, les compétences de l’Union (article 4) qui permettront d’assurer le progrès social.

2.4.

On peut lire dans la proposition de la CES:

—

«Aucune disposition des Traités, et en particulier les libertés économiques, le marché intérieur, les règles de concurrence ou toute autre mesure […] dans le cadre des politiques de l’Union, ne peut avoir la priorité sur les droits sociaux fondamentaux et le progrès social tel qu’il est défini à l’article 2 de ce Protocole. En cas de litige, ce sont les droits sociaux fondamentaux qui ont la priorité» (article 3).

—

«Aucune mesure des politiques de l’Union, en particulier concernant les libertés économiques, ne peut être interprétée comme limitant ou portant atteinte à l’exercice des droits sociaux fondamentaux tels qu’ils sont reconnus par les États membres, le droit de l’Union ainsi que par tout autre instrument international, en particulier les Conventions de l’OIT et la Charte sociale européenne du Conseil de l’Europe» (article 3).

2.5.

Le CESE prend acte du fait que la proposition initiale de la CES relative à un protocole sur le progrès social a été élaborée en 2008 à la suite des arrêts rendus par la Cour de justice de l’Union européenne dans les affaires Viking, Laval, Rüffert et Luxembourg. Il note également qu’en 2010, les partenaires sociaux interprofessionnels européens ont émis un rapport sur leurs travaux conjoints relatifs à ces arrêts, dans lequel ils reconnaissaient que les libertés économiques et les droits sociaux fondamentaux interagissent au sein de leur propre domaine de compétence. En revanche, leurs avis divergent sur les implications concrètes de cette interaction et en particulier sur sa signification du point de vue de la limitation du droit à l’action collective et/ou de la liberté d’établissement ou encore de la libre prestation de services (7).

2.6.

Le CESE attire également l’attention sur l’échec de la proposition de règlement COM(2012) 130 de la Commission («Monti II») (8) et sur la forte réaction des parlements nationaux à cette initiative en 2012 (9): ceux-ci ont défendu alors les compétences nationales, conformément au principe de subsidiarité, en vertu duquel l’article 153, paragraphe 5, du TFUE conserve toute sa validité. Cet article énonce clairement que l’Union européenne ne dispose d’aucune compétence en ce qui concerne le droit d’association, le droit de grève ou le droit de lock-out.

2.7.

Dans le contexte décrit ci-dessus, le CESE note que les points de vue divergent selon les États membres et les parties prenantes quant au caractère approprié ou nécessaire d’une réforme des traités dans le but d’instaurer un protocole sur le progrès social. C’est ce que reflète par exemple l’intervention du ministre danois de la justice, Peter Hummelgaard: «J’ai mis en évidence à de nombreuses reprises, lors de rencontres avec mes collègues européens et avec la Commission, la vision à long terme du gouvernement visant à instaurer un protocole social. Cependant, instaurer un protocole social dans les traités nécessite de les modifier. Le gouvernement n’est pas d’avis que le moment est venu d’engager un long processus de modification des traités, et souhaite au contraire obtenir des résultats concrets en ce qui concerne les enjeux auxquels sont confrontés les citoyens et les entreprises en Europe» (10).

2.8.

Le CESE fait observer que les problèmes qui étaient apparus dans le contexte des arrêts Viking, Laval et Rüffert en 2007-2008 ont été résolus en 2018 par la révision de la directive relative au détachement des travailleurs. Cette directive révisée prévoyant le principe de l’égalité de la rémunération pour un même travail réalisé en un même lieu, il serait fondé, dans une situation analogue à celle des arrêts rendus dans les affaires Viking et Laval, d’avoir recours au droit des travailleurs à engager des actions collectives pour obtenir une rémunération égale à celle des travailleurs locaux.

2.9.

La demande d’instaurer un protocole sur le progrès social a été de nouveau présentée dans le contexte de la conférence sur l’avenir de l’Europe. À cet égard, le CESE souligne le point de vue exposé par le Conseil dans son évaluation technique préliminaire de la conférence sur l’avenir de l’Europe, selon lequel l’équilibre entre les droits sociaux et les quatre libertés économiques est déjà garanti (par exemple par l’article 3 du TUE et par les articles 9, 151 et 153 du TFUE). Le Comité partage pleinement cet avis du Conseil, et estime qu’il n’est pas nécessaire de réviser les traités dans le but d’instituer un protocole sur le progrès social.

2.10.

Le CESE considère le présent avis comme une occasion de confirmer une nouvelle fois ce qui est énoncé à l’article 3, paragraphe 3, du TUE, à savoir que l’Union européenne doit établir un marché intérieur et œuvrer pour le développement durable de l’Europe fondé sur une croissance économique équilibrée, ainsi que sur «une économie sociale de marché hautement compétitive, qui tend au plein emploi et au progrès social».

2.11.

La proposition d’intégrer le protocole sur le progrès social dans les traités modifierait la nature et le fonctionnement de l’économie sociale de marché de l’Union européenne en introduisant la primauté des droits sociaux sur les libertés économiques. La charte des droits fondamentaux de l’Union européenne a, elle, suivi une bonne approche en protégeant les droits sociaux et les libertés économiques dans le cadre d’un même instrument disposant d’une même valeur juridique. Accorder une priorité générale aux droits sociaux par rapport aux libertés économiques serait tout aussi erroné que de donner une priorité générale aux libertés économiques.

2.12.

Le CESE souligne qu’il importe de maintenir l’équilibre existant dans les traités entre droits sociaux et libertés économiques, sans instaurer de hiérarchie entre eux. Comme il est indiqué par exemple dans l’affaire Laval (11), si la protection des droits fondamentaux est un intérêt légitime qui, en principe, pourrait justifier une restriction des libertés fondamentales garanties par le traité, telles que la liberté d’établissement ou la libre prestation des services, l’exercice des droits fondamentaux n’échappe pas au champ d’application des dispositions des traités et doit être conforme au principe de proportionnalité (12).

2.13.

Faire primer les droits sociaux fondamentaux sur les libertés économiques du marché intérieur par l’ajout d’un protocole sur le progrès social aux traités vise à modifier les principes fondamentaux sur lesquels repose l’Union, et constitue également une attaque contre les fondements de notre économie, celle-là même qui a apporté à l’Union et à ses États membres richesse et prospérité. Un protocole de cette nature risquerait donc de saper les assises mêmes du progrès social. Plutôt que de lancer le processus avec l’intention de présenter un protocole sur le progrès social qui viendrait rompre l’équilibre entre les libertés économiques et les droits sociaux et qui empiéterait sur des compétences bien définies de l’Union et des États membres, il importe de progresser vers une conception commune de ce qu’est la valeur ajoutée de l’Union pour l’emploi et les politiques sociales.

2.14.

Le CESE a déjà reconnu que le modèle économique et social européen repose sur une conception commune selon laquelle la consolidation de l’emploi, du progrès social et de la productivité revêt une grande importance, en ce qu’il s’agit de facteurs sous-jacents capitaux d’une croissance durable de l’économie, qui profite à tous de manière équitable (13). Les objectifs en matière d’emploi et de politique sociale devraient continuer à être abordés dans le cadre des traités actuels et du cadre législatif et politique existant au niveau de l’Union européenne comme au niveau national, tout en respectant pleinement l’autonomie des partenaires sociaux.

2.15.

Il est essentiel que l’Union européenne continue de se développer de façon à répondre aux enjeux économiques et sociaux de manière intégrée. C’est de cette approche que nous avons besoin si nous voulons obtenir des résultats positifs pour les citoyens, les travailleurs, les entreprises et la société dans son ensemble. Il convient de garantir à l’avenir la tenue de débats politiques bien articulés et bien équilibrés au sujet des dimensions économiques et sociales de l’Union européenne. Le caractère hétérogène du développement économique dans les États membres devrait également être mieux pris en considération dans les débats européens portant sur la dimension sociale, afin qu’il soit possible de fixer des attentes réalistes et de réaliser des progrès en matière de convergence économique et sociale européenne.

2.16.

Tout en s’efforçant de réaliser le progrès social, nous devons également admettre qu’il existe des situations dans lesquelles il est nécessaire de prendre des mesures pour faire face à des situations économiques et budgétaires nationales afin d’éviter de graves distorsions du marché du travail et de l’évolution économique à moyen terme. Cela peut conduire dans certains cas à une régression des droits sociaux. Bien que l’abaissement du niveau des normes sociales ne soit pas l’objectif principal, les gouvernements nationaux doivent parfois être en mesure de recourir à cet instrument afin d’éviter des conséquences encore plus importantes en cas de grave récession économique et budgétaire.

2.17.

Plutôt que d’essayer de résoudre les problèmes du marché du travail de manière transversale au niveau européen, le rôle premier de l’Union européenne est de fournir des informations, des solutions possibles, des incitations et un savoir-faire pour aider les États membres et les partenaires sociaux à concevoir, à mettre en œuvre et à évaluer des politiques qui répondent réellement aux défis structurels auxquels ceux-ci sont confrontés sur le marché du travail, d’une manière qui soit comprise et acceptable pour leurs sociétés.

2.18.

Les décisions en matière de politique sociale devraient être prises au plus près des citoyens de l’Union, et dans le plein respect des compétences des États membres et des partenaires sociaux. Sur le marché du travail en particulier, l’employeur et les salariés, ou bien le niveau hiérarchique le plus proche d’eux, sont les mieux à même de prendre de nombreuses décisions.

2.19.

À cet égard, l’initiative de dialogue social de l’Union européenne (14) récemment publiée constitue un pas dans la bonne direction, car elle peut ouvrir la voie au renforcement des organisations de partenaires sociaux là où cela est nécessaire dans l’Union, et ménager davantage d’espace pour permettre aux partenaires sociaux de négocier de manière autonome aux niveaux appropriés dans les États membres, avec le soutien de leurs gouvernements nationaux.

2.20.

En outre, il importe de s’adapter aux diverses manières dont les États membres hiérarchisent les priorités et définissent leurs interventions en matière de politique sociale sur la base des structures constitutionnelles profondément enracinées, des choix politiques, des approches politiques et des traditions culturelles qui leur sont propres. C’est pourquoi le principe de subsidiarité, tel qu’il est inscrit dans le traité, devrait rester au centre de toute orientation politique.

2.21.

Dans ce contexte, il est essentiel de reconnaître que l’Union européenne revêt une nature différente de celle d’organisations internationales telles que le Conseil de l’Europe et l’Organisation internationale du travail. Par conséquent, il n’est pas pertinent d’utiliser les cadres issus de ces organisations internationales comme socle de mise en œuvre dans l’Union. L’Union elle-même devrait ne proposer que des politiques en parfaite cohérence avec sa propre nature spécifique. Dans le même temps, en vertu de l’article 6, paragraphe 3, du TUE «[l]es droits fondamentaux, tels qu’ils sont garantis par la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et tels qu’ils résultent des traditions constitutionnelles communes aux États membres, font partie du droit de l’Union en tant que principes généraux».

Exposé des motifs

Le texte ci-dessus comprend un amendement qui vise à exprimer une position globalement divergente par rapport à l’avis présenté par la section, et doit donc être considéré comme un contravis. Il expose les raisons pour lesquelles le CESE estime qu’il n’est pas nécessaire de réviser les traités dans le but d’instituer un protocole sur le progrès social. Au lieu que l’Union européenne propose ce protocole sur le progrès social, qui viendrait rompre l’équilibre entre les libertés économiques et les droits sociaux et qui empiéterait sur des compétences bien définies de l’Union et des États membres, il importe de progresser vers une conception commune de ce qu’est la valeur ajoutée de l’Union pour l’emploi et les politiques sociales.

Résultat du vote:

Voix pour:

101

Voix contre:

133

Abstentions:

7


(1) Contribution du CESE au sommet social de Porto, paragraphe 7.

(2)

«1.

Quelle évaluation le CESE fait-il de cette proposition, et quelle est sa position à son égard, à un moment où l’actuelle présidente de la Commission européenne a évoqué la possibilité de discuter d’une réforme des traités dans son dernier discours sur l’Union?

2.

Juge-t-il opportun et utile, pour faire avancer cette proposition, d’inscrire cette ambition au programme de la présidence espagnole?

3.

Dans l’affirmative, à quels niveaux de compétence serait-il intéressant de l’inclure (sommet européen, Conseil des ministres des affaires sociales, experts, niveau technique)?».

(3) Initialement proposé en 2008 et actualisé en 2022.

(4) Rapport sur les résultats finaux.

(5) https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/TA-9-2022-0244_FR.html

(6) Proposition de la CES relative à un protocole sur le progrès social, actualisée en 2022.

(7) Rapport sur le travail conjoint des partenaires sociaux européens sur les arrêts de la CJE dans les affaires Viking, Laval, Rüffert et Luxembourg.

(8) Proposition de règlement du Conseil relatif à l’exercice du droit de mener des actions collectives dans le contexte de la liberté d’établissement et de la libre prestation des services.

(9) Douze des 40 parlements nationaux ou chambres des parlements (19 voix sur 54 attribuées) ont estimé que le contenu de la proposition n’était pas conforme au principe de subsidiarité. La Commission a retiré en fin de compte sa proposition.

(10) Au cours d’un débat au sein de la commission des affaires européennes du Parlement danois.

(11) Affaire C-341/05, points 91 et 93.

(12) En vertu du principe de proportionnalité, le contenu et la forme de l’action de l’Union n’excèdent pas ce qui est nécessaire pour atteindre les objectifs des traités.

(13) JO C 125 du 21.4.2017, p. 10, paragraphe 2.6.

(14) Voir également l’avis du CESE sur le thème « Renforcer le dialogue social » (non encore publié au JO).


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