| CELEX | 52023AE1158 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | mercredi 14 juin 2023 |
| 18.8.2023 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 293/77 |
Avis du Comité économique et social européen sur la proposition de directive du Parlement européen et du Conseil établissant des règles communes visant à promouvoir la réparation des biens et modifiant le règlement (UE) 2017/2394 et les directives (UE) 2019/771 et (UE) 2020/1828
[COM(2023) 155 final — 2023/0083 (COD)]
(2023/C 293/11)
| Rapporteur: | Thierry LIBAERT |
| Corapporteure: | Émilie PROUZET |
| Consultation | Parlement européen, 17.4.2023 Conseil de l’Union européenne, 12.4.2023 |
| Base juridique | Article 114 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne |
| Compétence | Section «Marché unique, production et consommation» |
| Adoption en section | 2.6.2023 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 66/0/0 |
| Adoption en session plénière | 14.6.2023 |
| Session plénière no | 579 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 178/1/1 |
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | Le Comité économique et social européen (CESE) félicite la Commission pour le paquet de propositions visant à faciliter la réparabilité des produits et à rendre cette possibilité effective et opportune en agissant de la conception à la fin du cycle de vie du produit. |
| 1.2. | Le CESE est d’avis que certaines mesures développées ci-dessous pourraient contribuer à renforcer l’effectivité de ce droit à la réparabilité. |
| 1.3. | L’amélioration de l’information du consommateur peut indubitablement contribuer au droit à la réparation. En ce sens, la mise en place d’une plateforme nationale rassemblant l’ensemble des informations est positive, mais les conditions de sa mise en place et de son actualisation doivent être précisées. |
| 1.4. | Second point, pour faciliter le recours à la réparation, le CESE se félicite de l’équilibre des mesures portant sur la garantie légale qui renforce l’obligation de réparer tout en conservant le choix du consommateur de recourir au remplacement en cas de désagrément majeur. Le Comité soutient toutefois que le renforcement de l’obligation de réparer qui incombe au distributeur devrait s’accompagner d’une véritable mise en œuvre du plein droit de recours de ce dernier vis-à-vis du fabricant (notamment en ce qui concerne les pièces détachées et les coûts). En effet, les distributeurs ont un rôle d’interface avec les consommateurs, et doivent pouvoir être soutenus en ce sens. |
| 1.5. | Pour faciliter le recours à la réparation en dehors de la garantie légale, il apparaît essentiel de soutenir le déploiement des prestataires de services de réparation, tant dans le cadre de la formation professionnelle de ces derniers qu’en garantissant à tous les réparateurs un accès aux informations indispensables en matière de réparation et d’entretien, ainsi qu’aux pièces détachées nécessaires et ce à un prix raisonnable. |
| 1.6. | Favoriser la réparabilité des produits dès leur conception fait l’objet d’un projet de règlement distinct. Il y a lieu d’y contribuer également au-delà du stade de la conception, après la vente. Pour ce faire, dans le cadre de la modernisation en cours du cadre de la propriété intellectuelle (1), le CESE demande à la Commission d’évaluer l’opportunité de favoriser le partage des données pour les pièces détachées et la réparabilité des produits. Autre levier, l’accès aux pièces détachées issues d’impressions 3D ou aux pièces d’occasion sûres, ainsi que le soutien aux produits reconditionnés doivent être renforcés. |
| 1.7. | Par souci de cohérence, ce droit à la réparation doit également s’appuyer sur une interdiction des pratiques intentionnelles, notamment la sérialisation, qui consistent à faire obstacle à la réparation dans les cas où il est évident que ces pratiques ne visent qu’à faire obstruction à la concurrence sur le marché des pièces détachées. |
| 1.8. | Enfin, il convient d’agir sur la qualité, la sécurité et le coût de la réparation. La mise en concurrence des prestataires de services de réparation via le formulaire harmonisé sur la base d’informations comparatives est un bon outil pour faire évoluer le marché. Le CESE est toutefois d’avis qu’il est indispensable d’aller plus loin et de déterminer sur la base des expériences existantes au niveau national, les outils financiers les plus susceptibles d’inciter le consommateur à faire réparer ses produits. |
| 1.9. | Le CESE rappelle que le sujet de la réparation concerne l’ensemble des parties prenantes et pas seulement les entreprises. Il appelle la Commission à encourager des campagnes de sensibilisation des consommateurs aux gestes d’entretien et d’utilisation des produits, ainsi que sur le thème de la réparation. |
2. Contenu essentiel du document de la Commission
| 2.1. | La proposition de directive s’insère dans un ensemble de textes visant à favoriser le rôle du consommateur dans la transition écologique. Elle s’inscrit en cohérence avec une série de textes, notamment le pacte vert pour l’Europe (décembre 2019), le plan d’action pour une économie circulaire (mars 2020) et le nouvel agenda du consommateur (novembre 2020). |
| 2.2. | Afin de favoriser la réparation des biens non conformes, la Commission européenne cherche ainsi à redonner du pouvoir au consommateur en lui donnant les moyens de faire le choix de l’économie circulaire à deux stades clés:
|
| 2.3. | La proposition de directive établissant des règles communes visant à promouvoir la réparation de biens concerne les cas de défaut du produit ou de produits endommagés parallèlement et au-delà de la période de garantie légale. Elle prévoit principalement quatre obligations:
Un article modifie toutefois la directive (UE) 2019/771 du Parlement européen et du Conseil (2) sur les dispositions relatives aux recours du consommateur en cas de non-conformité (garantie légale). Il crée une primauté de la réparation sur le remplacement dans les cas où la réparation aurait un coût inférieur ou égal au remplacement du produit. |
3. Observations générales
| 3.1. | Le CESE accueille favorablement les objectifs de la proposition de directive, à savoir la promotion d’un véritable droit européen à la réparation. Il considère que ce texte complète utilement les précédents textes relatifs à l’écoconception des produits, au renforcement du pouvoir du consommateur européen et à l’information du consommateur sur les allégations environnementales. |
| 3.2. | Or, le développement de la réparation doit constituer une priorité européenne, comme l’a bien compris la Commission. La réparation est au centre du modèle économique que doit promouvoir l’Union, aux côtés des opérateurs économiques (fabricants, distributeurs…), des consommateurs et, plus largement, du citoyen européen. Le CESE souhaite ainsi partager une vision du «droit à la réparation»: il ne peut s’agir de se limiter à un droit «formel» ou «théorique». La législation européenne doit s’appuyer sur le principe de la garantie de l’offre et de la demande de réparation de qualité en garantissant l’accès effectif à la réparation et en encourageant le choix du consommateur concernant ce dernier. |
| 3.3. | Sur le plan environnemental, l’allongement de la durée d’utilisation d’un produit est une mesure clé pour réduire l’impact de la consommation. Bien sûr, cet allongement doit s’entendre selon l’analyse du cycle de vie, tous les produits ne devant pas être éternellement prolongés. C’est pourquoi, le CESE soutient la mesure qui associe l’obligation de réparabilité à la durée de vie des produits définie dans les actes délégués par catégories de produits adoptés dans le cadre du futur règlement sur l’écoconception des produits. |
| 3.4. | En outre, le CESE souscrit à la première liste des produits concernés reprise dans l’annexe 2. Il appuie en outre l’idée de compléter cette liste par les catégories de produits définis dans les actes délégués précités au paragraphe 3.3. La conception des produits et leur réparabilité sont ainsi automatiquement liées à l’information fournie au consommateur et à l’obligation de les réparer. |
| 3.5. | Sur le plan social et économique, la réparation crée de la valeur et des emplois de qualité en Europe. Selon une étude de Gaïa (3), la réparation crée 404 emplois pour 10 000 tonnes traitées, soit cinquante fois plus que l’élimination des déchets. Toutefois, le CESE s’inquiète du fait que la formation professionnelle et les compétences techniques nécessaires pour rendre ce droit effectif sont insuffisantes. Ainsi, il invite la Commission à mettre en œuvre, en lien étroit avec les organisations professionnelles, tous les outils nécessaires pour développer la formation initiale et continue aux métiers de la réparation. |
| 3.6. | En outre, la réparation présente un fort potentiel de gains de pouvoir d’achat notamment pour les catégories les plus défavorisées qui sont généralement contraintes de renouveler précocement leurs achats. |
| 3.7. | Le CESE se réjouit que la Commission, dans sa proposition de directive, ait bien pris en compte le besoin d’agir tant sur le cadre de la garantie que sur la période hors-garantie. Ceci est d’autant plus important que le cadre régissant la durée de la garantie légale est disparate (2 ans dans la plupart des pays, 3 ans en Grèce, pour la durée de vie du produit estimée en Finlande et aux Pays-Bas). Une transparence et une clarté accrues des pratiques en matière de réparation à l’échelle européenne, voire une harmonisation par le haut des cadres légaux, constituent également une condition nécessaire au déploiement du droit à la réparation. |
4. Observations particulières
Les observations particulières reprennent les pistes d’amélioration sur la base des propositions de la Commission au regard de l’objectif suivant: rendre la réparation plus attrayante que le remplacement aux yeux du consommateur.
4.1. Améliorer l’information des consommateurs
| 4.1.1. | Le CESE se réjouit que la Commission propose d’améliorer l’information du consommateur en s’assurant qu’il y ait, dans chaque État membre, une plateforme qui permette d’identifier les solutions de réparation. Il est important que les conditions de mise en place et de gestion de cette plateforme soient précisées pour s’assurer que les informations soient complètes et actualisées. |
| 4.1.2. | L’acte de réparation impose d’avoir une visibilité sur les conditions associées à la réparation, en comparaison avec le remplacement du produit. La mise en concurrence des services de réparation et la transparence des prix, des modalités et de la qualité de la réparation induite par l’obligation d’établir un formulaire de réparation permettront au consommateur d’obtenir de meilleures offres et ainsi d’augmenter le nombre des réparations. Le CESE accueille donc favorablement la volonté d’harmoniser les informations transmises par les réparateurs en proposant un formulaire européen. Il invite les colégislateurs à garantir la cohérence entre cette proposition, celle relative à l’écoconception des produits et celles portant sur les allégations environnementales. |
| 4.1.3. | Autre point, le CESE soutient la création d’un indice de réparabilité harmonisé au niveau européen et établi par catégorie de produits, tel que prévu par le projet de règlement sur l’écoconception des produits et conformément à ce qui a été recommandé par le Comité. Il appelle les États membres à s’engager à mettre en place un tel indice en cohérence avec le projet européen sous peine d’entraîner un accroissement des coûts pour les parties prenantes et une confusion pour le consommateur. |
| 4.1.4. | Enfin, une campagne d’information et de sensibilisation à l’échelle européenne est nécessaire pour faire comprendre les intérêts de la réparation et du principe «acheter mieux et non pas plus». Cette campagne de sensibilisation doit veiller à clarifier l’information sur les gestes d’entretien à accomplir par le consommateur. En ce sens, le CESE appuie les mesures proposées par la proposition de directive relative aux allégations écologiques (green claims). |
4.2. Faciliter le geste de la réparation
| 4.2.1. | Le geste de la réparation se comprend d’abord pendant la période de garantie. Sur ce point, la prévalence de la réparation sur le remplacement à neuf, déjà approuvée par le CESE dans son avis «Consommateurs et transition verte» (4), est opportunément mise en œuvre. En effet, pour un coût équivalent ou inférieur au remplacement, le vendeur devra réparer le bien sauf en cas de disproportionnalité ou d’impossibilité. Le choix du consommateur entre le remplacement et la réparation est donc lui aussi affecté. Toutefois, il conserve la possiblité de demander le remplacement en cas d’inconvénient important, ce qui peut être le cas avec des produits nécessaires à leur vie quotidienne ou professionnelle. |
| 4.2.2. | En outre, le CESE est d’avis que la possibilité d’un recours du distributeur vis-à-vis du fabricant doit être inscrite dans une législation contraignante et donc garantie pour rendre cette mesure opérationnelle et viable économiquement. Une obligation de réparer pesant sur le distributeur quel que soit le coût doit être assortie d’un recours effectif de ce dernier vis-à-vis du fabricant quant à l’accès aux pièces détachées et au partage des coûts. Cette obligation doit être suffisamment simple à mettre en œuvre pour que les PME soient en capacité d’y répondre. |
| 4.2.3. | Une des avancées fondamentales du texte réside aussi dans l’obligation qui incombe au producteur de réparer ses biens au-delà de la période de garantie légale. Pour des raisons de concurrence, il est essentiel que cette obligation vaille également pour les producteurs hors UE. Le CESE rappelle donc le besoin de mettre en œuvre la responsabilité des représentants autorisés voire des centres de distribution. |
| 4.2.4. | Autre point, le maillage territorial de la réparation constitue une condition forte pour favoriser le recours à la réparation. Pour le CESE, il est nécessaire d’avoir davantage de réparateurs en Europe, et donc d’engager une politique volontariste de formation professionnelle à la réparation. Cette politique est d’autant plus nécessaire que le métier de réparateur a beaucoup évolué, à la suite de l’essor du numérique et des objets connectés. En dehors de la formation, il s’agira également d’offrir des emplois de qualité bien rémunérés, étant donné que beaucoup d’États membres souffrent déjà à l’heure actuelle d’une pénurie de main-d’œuvre qualifiée, notamment dans les métiers de l’artisanat. |
| 4.2.5. | Développer les services de réparation implique que les réparateurs indépendants puissent avoir les mêmes opportunités que les réparateurs agréés par les producteurs. Le CESE est en outre d’avis que la Commission devrait aider et encourager le développement de nouveaux modèles économiques tels que les services de réparation professionnels, les ateliers de réparation, les «repair cafés», etc. Il préconise donc de multiplier les points d’accès à la réparation. |
4.3. Favoriser la réparabilité des produits dès leur conception et au-delà
| 4.3.1. | Si les pratiques d’obsolescence programmée sont effectivement des obstacles à la réparation, le CESE considère qu’elles sont plus spécifiquement traitées par d’autres directives. |
| 4.3.2. | Toutefois, il serait cohérent que la Commission prenne appui sur ce texte relatif à la réparation en demandant aux États membres d’interdire toute pratique d’irréparabilité intentionnelle. Il ne peut y avoir de droit à la réparation si des objets sont conçus pour être irréparables. |
| 4.3.3. | Les pratiques de sérialisation ou d’appariement gênent ou bloquent le remplacement d’éléments d’un produit en marquant certaines pièces avec un numéro de série. En cas de remplacement d’un élément sérialisé, si le numéro n’est pas celui que la carte mère a enregistré, celle-ci altère ou bloque le fonctionnement de l’appareil. Cette pratique limite la capacité de réparation au seul réseau technique agréé ou certifié par le constructeur au détriment des réparateurs indépendants et des reconditionneurs, et rend également impossible l’utilisation de pièces issues de l’économie circulaire. Le CESE demande à la Commission et aux États membres d’interdire et de sanctionner ce type de pratiques qui font manifestement obstacle à la réparation. |
| 4.3.4. | Le projet de règlement sur l’écoconception des produits prévoit la durée pendant laquelle les pièces détachées par catégorie de produits doivent être disponibles. Toutefois, au regard des enjeux liés à la pénurie des matières premières, le CESE demande à la Commission de favoriser la production de pièces détachées par impression 3D. Cela implique que les producteurs, comme certains l’ont déjà fait ces dernières années, publient leurs plans 3D lorsqu’ils cessent de produire ces pièces eux-mêmes. Dans le cadre de la révision à venir du cadre de la propriété intellectuelle, le Comité demande à la Commission d’évaluer l’opportunité de favoriser le partage des données pour ces pièces et une communication de ces informations via la plateforme. |
| 4.3.5. | Le CESE souhaite que l’Union soutienne la filière de la remise à neuf des appareils, dans la mesure où celle-ci poursuit les mêmes objectifs économiques et environnementaux que la réparation. |
4.4. Agir sur le coût de la réparation
| 4.4.1. | Le coût de la réparation étant l’un des principaux obstacles à celle-ci, il est nécessaire de compléter les dispositions de la proposition de directive par des propositions venant alléger le coût de la réparation pour le consommateur. |
| 4.4.2. | Hors cadre de la garantie légale, pour le CESE, la généralisation du formulaire d’information permettant de connaître le prix de la réparation et de mettre en concurrence les réparateurs favorise l’acte de réparation et la baisse du coût de la réparation. |
| 4.4.3. | Pour réduire le coût de la réparation, l’Union peut encourager l’utilisation de pièces détachées d’occasion. Le CESE regrette que le marché des matériaux de biens d’occasion ou de pièces détachées sûrs et recyclés soit pour l’instant assez limité et peu compétitif en raison du manque d’infrastructures et de l’absence de législation adéquate. |
| 4.4.4. | La Commission doit aussi aller plus loin en agissant concrètement pour que le signal relatif au prix de la réparation soit plus favorable. Elle doit enjoindre les États membres à prendre des mesures en ce sens. Ainsi, le CESE estime qu’il faut absolument promouvoir des incitations fiscales ou autres mesures compensatoires en faveur de la réparation. Il convient de déterminer, sur la base des expériences déjà mises en place au niveau national, quels sont les outils les plus adéquats pour stimuler le marché de l’occasion et de la réparation. |
Bruxelles, le 14 juin 2023.
Le président du Comité économique et social européen
Oliver RÖPKE
(1) https://single-market-economy.ec.europa.eu/industry/strategy/intellectual-property/industrial-design-protection_fr
(2) Directive (UE) 2019/771 du Parlement européen et du Conseil du 20 mai 2019 relative à certains aspects concernant les contrats de vente de biens, modifiant le règlement (UE) 2017/2394 et la directive 2009/22/CE et abrogeant la directive 1999/44/CE (JO L 136 du 22.5.2019, p. 28).
(3) Gaïa, Zero Waste and Economic Recovery. The job creation potential of zero waste solution, 2021.
(4) Avis du Comité économique et social européen sur la proposition de directive du Parlement européen et du Conseil modifiant les directives 2005/29/CE et 2011/83/UE pour donner aux consommateurs les moyens d’agir en faveur de la transition écologique grâce à une meilleure protection contre les pratiques déloyales et à de meilleures informations [COM(2022) 143 final — 2022/0092 (COD)] (JO C 443 du 22.11.2022, p. 75).
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