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Avis institutionnel52023AE1216

Avis institutionnel — 52023AE1216

CELEX52023AE1216
TypeAvis institutionnel
Datemercredi 12 juillet 2023

Texte intégral

29.9.2023

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 349/127


Avis du Comité économique et social européen sur la communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions — «Plan d’action de l’UE: protéger et restaurer les écosystèmes marins pour une pêche durable et résiliente»

[COM(2023) 102 final]

(2023/C 349/20)

Rapporteur:

Javier GARAT PÉREZ

Consultation

Commission européenne, 27.3.2023

Base juridique

Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Compétence

Section «Agriculture, développement rural et environnement»

Adoption en section

28.6.2023

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

41/0/4

Adoption en session plénière

12.7.2023

Session plénière no

580

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

149/0/1

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Nos mers et océans couvrent 70 % de la surface de la planète. Ils sont une source de nourriture et de biodiversité, contribuent à réguler le climat et fournissent des moyens de subsistance à de nombreuses communautés côtières, en leur apportant des avantages considérables sur les plans sanitaire, social et économique. Aussi le Comité économique et social européen (CESE) considère-t-il que des écosystèmes marins sains sont essentiels pour la planète et pour les populations qui dépendent d’eux.

1.2.

Les pêcheurs européens fournissent des produits de la pêche de haute qualité dont l’empreinte carbone est relativement faible. Le CESE se félicite de la reconstitution spectaculaire des stocks halieutiques dans l’Union européenne, fruit d’années de bonne gestion et de réduction de la pression de pêche. Selon les données de la Commission européenne, l’Union ne disposait en 2009 que de cinq stocks exploités de manière durable; en 2022, il y en avait plus de 60 et les améliorations se poursuivent (1). Les populations de poissons, en particulier dans l’Atlantique du Nord-Est, ont considérablement augmenté, pour atteindre en seulement dix ans des niveaux de 50 % supérieurs à ceux de 2010 (2). En outre, 99 % des débarquements de produits de la pêche réglementés par l’Union dans l’Atlantique du Nord-Est (3), contre 82,5 % à l’échelle mondiale (4), proviennent de stocks halieutiques durables.

1.3.

Toutefois, cette reprise a eu un coût socioéconomique important. Les réductions de quotas, conjuguées aux crises persistantes subies par les pêcheurs, ont un effet dévastateur, qui se traduit par des destructions de navires dans toute l’Europe. Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la flotte de pêche européenne compte aujourd’hui 28 % de navires de moins qu’en 2000. Le CESE estime dès lors qu’il est essentiel de garantir aux entreprises et aux travailleurs une prévisibilité des revenus et un cadre de stabilité économique.

1.4.

Si le secteur de la pêche en Europe a déployé des efforts considérables et accompli des progrès sur la voie de la durabilité et de la protection des écosystèmes marins, les océans restent soumis au changement climatique, à l’acidification et à la pollution par des agents tels que les plastiques et autres déchets ou résidus provenant d’activités terrestres, facteurs qui constituent une menace sérieuse pour les écosystèmes marins et les communautés qui en dépendent. Pour résoudre ces problèmes, et conformément aux objectifs du nouveau cadre mondial de la biodiversité pour l’après-2020 et de la stratégie de l’Union en faveur de la biodiversité à l’horizon 2030, l’Union est tenue d’apporter une protection juridique à 30 % de ses mers d’ici à 2030. Le CESE invite les États membres à atteindre cet objectif dans le délai imparti et à rechercher des solutions qui permettent la coexistence avec la pêche, lorsque les recommandations scientifiques vont dans ce sens.

1.5.

Le CESE reconnaît que, malgré des améliorations, la pêche continue d’avoir une incidence environnementale sur les océans. Il est donc évident qu’il est nécessaire de continuer à atténuer les incidences des engins de pêche, d’accroître la sélectivité des filets et de protéger les espèces et les écosystèmes marins vulnérables. Le CESE invite à appliquer une stratégie de décarbonation et de protection de l’environnement qui repose davantage sur l’innovation que sur l’élimination de l’activité de pêche et accorde une attention égale aux trois piliers de la durabilité (environnementale, économique et sociale), en veillant à maintenir des emplois qualifiés sur le territoire européen. En particulier, compte tenu de l’amélioration continue des stocks halieutiques et du risque accru de réduction de la flotte, le CESE invite à trouver un équilibre entre la proposition consistant à accroître les fermetures de zones de pêche traditionnelles et le maintien de l’activité de pêche.

1.6.

Bien que le plan d’action n’ait pas de nature juridique contraignante, le CESE constate qu’il aura un coût socioéconomique important pour les États membres et leurs flottes. En conséquence, il regrette que le plan d’action ne soit pas accompagné d’une étude socioéconomique et qu’il n’avance aucune mesure de financement supplémentaire pour la double transition écologique et énergétique proposée par la Commission européenne. C’est pourquoi le Comité demande que soit réalisée une étude de l’incidence socioéconomique des mesures proposées, en particulier concernant l’interdiction de la pêche de fond dans les zones marines protégées (ZMP), et il appelle à mettre en place tous les moyens nécessaires, y compris des incitations et des mécanismes de compensation, en vue d’une transition juste et équilibrée.

1.7.

Le CESE estime qu’il est essentiel que les éventuelles restrictions sur les engins de fond aient automatiquement un pendant pour les produits importés de pays tiers, d’autant plus que l’Union européenne importe 70 % du poisson qu’elle consomme et que des milliers de tonnes de poisson proviennent de Russie et de Chine, et bénéficient même de préférences tarifaires (contingents tarifaires autonomes). Aussi le CESE demande-t-il à la Commission de faire figurer dans le plan d’action des mesures de marché destinées à assurer la cohérence et la compatibilité entre les politiques internes et externes, ainsi que des conditions de concurrence équitables entre les opérateurs de l’Union et ceux des pays tiers. Les engins mobiles de fond sont responsables de 25 % du total des captures européennes (5). Il plaide en faveur d’un plan d’action qui ne creuse pas le fossé en matière de sécurité et de souveraineté alimentaire (pour les produits de la mer) et qui permette aux pêcheurs d’utiliser pleinement les quotas de pêche qui leur sont attribués par la législation.

1.8.

En ce qui concerne l’anguille d’Europe, le CESE demande de poursuivre et d’accélérer les efforts visant à restaurer les habitats de l’espèce, à améliorer la connectivité des cours d’eau et à lever les obstacles à sa migration. Il invite également à améliorer la coopération transfrontière et à éviter les pratiques de pêche contre-productives. Aspect non moins important, le Comité rappelle que les récentes fermetures de pêche adoptées par l’Union pour les activités commerciales et récréatives ont une incidence négative sur la pêche côtière dans toute l’Europe et il appelle donc à analyser les progrès accomplis dans la reconstitution de l’espèce avant d’envisager de nouvelles mesures restrictives en matière de pêche.

1.9.

Le CESE souligne le rôle essentiel que joue la recherche scientifique pour ce qui est de recenser, de gérer et d’atténuer les menaces pesant sur les écosystèmes marins. Il en conclut qu’il est nécessaire de renforcer et d’améliorer les recommandations scientifiques, d’adopter une approche écosystémique de la gestion des ressources marines et de recourir à une cartographie plus précise de l’empreinte de pêche et des puits de carbone.

1.10.

En ce qui concerne les munitions et autres polluants qui ont été déversés dans nos mers au cours de périodes de guerre, en particulier dans la mer Baltique, le CESE invite la Commission européenne et les États membres à prendre des mesures opérationnelles pour nettoyer les fonds marins, ainsi que des mesures législatives pour veiller à ce que les eaux soient à l’abri de ces dangers.

2. Contexte

2.1.

Selon la Commission européenne, le plan d’action s’inscrit dans le cadre des efforts qu’elle déploie pour parvenir à une mise en œuvre plus cohérente de la politique environnementale de l’Union et de la politique commune de la pêche, avec ses trois piliers de la durabilité: environnementale, économique et sociale. Il vise à accélérer la transition vers des pratiques de pêche plus durables, par les vecteurs suivants:

—

l’utilisation d’engins de pêche et de pratiques plus sélectifs dans le cadre de la pêche commerciale afin de réduire les captures de juvéniles et, partant, d’augmenter les possibilités de reproduction et de maintien des stocks halieutiques dans le milieu naturel;

—

le recours à des innovations technologiques et à des pratiques visant à prévenir les captures accidentelles d’espèces sensibles;

—

l’élimination progressive de la pêche de fond dans toutes les zones marines protégées (ZMP) d’ici à 2030, compte tenu du rôle essentiel qu’elles jouent dans la restauration de la biodiversité marine et de l’importance des fonds marins pour la santé des écosystèmes marins et l’atténuation du changement climatique.

2.2.

Selon la Commission européenne, cette transition doit être soutenue par un financement facilement accessible, par des travaux scientifiques visant à développer et à promouvoir des techniques de pêche innovantes et par un cadre de gouvernance solide permettant le dialogue entre les communautés de pêcheurs et les organisations environnementales.

3. Observations générales

Aspects juridiques

3.1.

Le CESE note que le plan d’action n’est pas contraignant et qu’en cette qualité, il consiste principalement en une série de recommandations adressées aux États membres sur la base des stratégies de l’UE en faveur de la biodiversité (6), de l’adaptation au changement climatique (7) et de la stratégie «De la ferme à la table» (8). Toutefois, le programme d’actions proposé aura un coût socioéconomique important pour les États membres et leurs flottes. À cet égard, le CESE voit dans le plan d’action une occasion unique d’ouvrir un dialogue au niveau européen et national, et soutient dès lors la création d’un groupe spécial conjoint pour les États membres, dans lequel les parties prenantes (armateurs, travailleurs, associations de défense de l’environnement) seraient représentées en tant qu’observateurs, et qui serait propre à garantir des processus décisionnels coordonnés et inclusifs afin d’adopter et de mettre en œuvre des mesures de gestion cohérentes.

3.2.

Le CESE rappelle que la législation européenne en matière de pêche et d’environnement exige déjà la protection et la restauration des fonds marins. À titre d’exemple, la pêche de fond mobile en mer Méditerranée est interdite à plus de 1 000 mètres de profondeur. Dans l’Atlantique, le chalutage de fond est interdit à une profondeur de plus de 800 mètres et l’activité de pêche avec des filets de fond a récemment été suspendue sur une zone d’écosystèmes marins vulnérables représentant 16 419 km2.

3.3.

Toutefois, l’Union est tenue d’apporter une protection juridique à 30 % de ses mers d’ici à 2030, conformément aux objectifs du nouveau cadre mondial en matière de biodiversité et de la stratégie de l’UE en faveur de la biodiversité. Le CESE invite les États membres à atteindre cet objectif au moyen de stratégies nationales qui promeuvent une approche écosystémique et permettent la coexistence avec la pêche fondée sur les recommandations scientifiques.

3.4.

Le Comité souligne que l’interdiction généralisée de la pêche de fond dans les ZMP n’est prescrite par aucun instrument international (accord sur la biodiversité en haute mer (9), CDB (10) ou ORGP (11)), ni même par l’acquis de l’Union. Aussi le CESE estime-t-il opportun de suivre l’interprétation exposée par la Commission dans sa réponse au rapport de la Cour des comptes (12), dans lequel elle affirme que «[l]a désignation de ZMP ne doit pas conduire à une restriction totale des activités humaines mais plutôt à l’instauration de mesures de gestion efficaces en fonction des objectifs de conservation de ces zones et en se fondant sur les meilleurs avis scientifiques disponibles. Cela peut conduire à restreindre les activités de pêche uniquement lorsqu’il est nécessaire de satisfaire aux exigences écologiques des caractéristiques naturelles qui font l’objet d’une protection». On retrouve cette même logique dans la directive «Habitats» (13), où il est précisé que «[l]es mesures prises en vertu de la présente directive tiennent compte des exigences économiques, sociales et culturelles, ainsi que des particularités régionales et locales» (article 2, paragraphe 3), en plus de la nécessité de réaliser dans tous les cas une évaluation des incidences et de prendre des mesures dûment motivées (article 6, paragraphe 3).

3.5.

Afin de garantir que les produits de la pêche puissent être obtenus selon les meilleures normes sociales et environnementales sans nuire à la compétitivité des opérateurs dans les différents pays de l’Union, le plan d’action devrait définir une stratégie établissant les mêmes règles du jeu pour tous, y compris s’agissant des normes des pays tiers. En outre, dans le cadre des dialogues et consultations sur la manière dont il sera mis en œuvre par chaque État membre, il conviendra de coordonner les efforts qui seront déployés et de garantir qu’une flotte battant pavillon d’un État membre et opérant dans les eaux d’un État membre distinct pourra être représentée dans les processus nationaux de création de ZMP. À défaut, il y aura potentiellement des désavantages comparatifs et, partant, une absence d’homogénéité dans les eaux européennes.

3.6.

Le Comité attire l’attention sur l’article 39 du TFUE, qui établit la nécessité d’assurer un niveau de vie équitable à la population agricole (et à celle des pêcheurs), de garantir la sécurité des approvisionnements et d’assurer des prix raisonnables dans les livraisons aux consommateurs. Par conséquent, et compte tenu du principe de proportionnalité (article 5 du TUE), les États membres devraient proposer l’option qui ait le moins d’impact sur la flotte tout en garantissant la conservation effective de la nature.

3.7.

Le CESE rappelle que l’article 2, paragraphe 1, point b), de l’accord de Paris (14) souligne la nécessité de «[renforcer] les capacités d’adaptation aux effets néfastes des changements climatiques et [de promouvoir] la résilience à ces changements et un développement à faible émission de gaz à effet de serre, d’une manière qui ne menace pas la production alimentaire».

Champ d’application

3.8.

La Commission invite les États membres à adopter des mesures nationales et, le cas échéant, à lui soumettre des recommandations communes pour faire en sorte que la pêche de fond mobile soit progressivement supprimée dans toutes les ZMP d’ici 2030.

3.9.

Le CESE rappelle que les ZMP peuvent conduire à restreindre les activités de pêche lorsqu’il est nécessaire de satisfaire aux exigences écologiques des caractéristiques naturelles qui font l’objet d’une protection. Dans ce contexte, il est possible de prévoir, dans les ZMP, de nombreuses autres mesures de conservation qui ne sont pas liées à la pêche de fond, telles que la protection des oiseaux marins, des cétacés ou des tortues. Ainsi, lorsqu’il s’agira de proposer des mesures concernant les engins de fond, le Comité invite la Commission à concentrer ses efforts sur les ZMP qui ont pour mission la protection des fonds marins vulnérables, et non celles d’une autre nature.

3.10.

Le CESE rappelle que l’objectif 3 de la nouvelle convention sur la diversité biologique (CDB) est de garantir et permettre qu’au moins 30 % des zones côtières et marines soient effectivement préservées et gérées d’ici à 2030 au moyen de ZMP et d’«autres mesures de conservation efficaces par zone» (AMCEZ), en veillant à ce que toute utilisation durable des ressources biologiques, le cas échéant dans ces zones, soit pleinement conforme aux résultats en matière de conservation, dans la reconnaissance et le respect des droits des communautés locales.

3.11.

Dans ce contexte, le CESE regrette que la Commission ne fasse pas référence dans le plan d’action à des outils de protection de l’environnement inclusifs et efficaces tels que les AMCEZ. Il appelle à recourir au «Manuel d’identification, d’évaluation et de notification d’autres mesures de conservation efficaces par zone de pêche marine» publié en 2022 par la FAO (15).

3.12.

Le CESE demande également que les AMCEZ soient incluses dans le calcul du taux de protection juridique de 30 %, afin que cet objectif puisse être atteint de manière proportionnée. À cet égard, il demande que l’on prenne en compte d’autres fermetures de pêche de fond prévues par la législation en matière de pêche, par exemple les 87 zones récemment fermées à la pêche de fond dans l’Atlantique ou les fermetures en Méditerranée occidentale en application du plan de gestion pluriannuel.

Empreinte de pêche

3.13.

Le plan d’action, citant un avis spécial du Conseil international pour l’exploration de la mer (CIEM) du 24 juin 2021, indique que la pêche de fond mobile reste répandue dans l’Atlantique du Nord-Est, où elle a lieu dans 80 à 90 % des «zones où il est possible de pêcher». Le CESE fait observer que ces chiffres si élevés sont principalement dus à la faible résolution de la cartographie de l’empreinte de pêche. En effet, pour estimer l’incidence de la pêche de fond, le CIEM utilise un quadrillage dont les cases représentent environ 17 km2 (latitudes nord) et 27 km2 (latitudes sud). En d’autres termes, si un navire trace une ligne passant par un quelconque point de la zone concernée, il est considéré comme pêchant sur l’ensemble de la zone. Cela conduit à un gonflage artificiel de la taille des zones exploitées et à la prise de décisions politiques ne reposant pas sur une cartographie précise. Par conséquent, le CESE demande à la Commission d’indiquer dans le plan d’action qu’il est nécessaire de disposer d’une cartographie des engins de fond qui soit dans une meilleure résolution. Dans le rapport sur la mise en œuvre de la directive-cadre «stratégie pour le milieu marin» (16), la Commission souligne que les principales activités à l’origine de la perte physique réelle des habitats benthiques (17) sont «la récupération de terres sur la mer et la protection contre les inondations, la construction de ports, l’élimination de déchets solides, la production d’énergie renouvelable et les incidences de pratiques d’aquaculture non durables» (18). Le CESE demande dès lors à la Commission qu’elle propose aussi des mesures supplémentaires visant à réduire au minimum ou à éliminer l’impact de ces éléments, qui, à leur tour, ont une incidence négative sur l’activité de pêche.

Données scientifiques

3.14.

Des perturbations telles que l’acidification, les vagues de chaleur océaniques, la pénurie d’oxygène, la prolifération d’algues toxiques, les parasites ou les problèmes de reproduction peuvent entraîner l’effondrement des stocks de poissons ou les contraindre à se déplacer vers des eaux plus profondes et plus froides. Les plastiques, les microplastiques et les autres polluants issus des activités humaines ont également une incidence négative sur les écosystèmes marins. En raison de ces facteurs, les recherches scientifiques en matière de pêche, dans leur forme classique, ne parviennent pas à cerner, dans un certain nombre de cas, quel est l’état des stocks halieutiques et quelles sont leurs variations. Le CESE en conclut qu’il est plus que jamais nécessaire de recourir à une approche écosystémique et d’améliorer la recherche scientifique à des fins d’évaluation, de compréhension et d’adaptation aux changements.

3.15.

Le plan d’action annonce qu’en 2024, la Commission lancera une étude quantifiant la capacité de stockage du carbone des fonds marins de l’Union et les incidences possibles des activités de pêche de fond sur cette capacité. Le CESE accueille favorablement cette initiative. Il demande, dans ce contexte, d’examiner si le contrôle de la perturbation des sédiments est efficace en matière d’atténuation du changement climatique. Il conviendrait également d’étudier l’effet du déplacement de l’effort de pêche dû aux fermetures vers de nouvelles zones auparavant non exploitées, ainsi que celui de causes naturelles — comme les tempêtes — sur les sédiments, et de les comparer à l’incidence de la pêche de fond.

3.16.

Le CESE appuie pleinement l’initiative de la Commission de mettre au point une plateforme interactive sur les engins de pêche sélectifs et innovants, permettant de partager les connaissances et les bonnes pratiques. Dans ce contexte, il rappelle les recommandations du CIEM sur les engins de pêche innovants (19), dans lesquelles des experts ont évalué les avantages et les incidences des engins innovants sur les écosystèmes marins, les habitats sensibles et la sélectivité des pêcheries. Le CESE se félicite que la plupart des progrès aient été réalisés dans les pêcheries de fond et encourage à poursuivre dans cette voie.

Incidence socioéconomique

3.17.

Le CESE demande que soit réalisée, même si elle n’est pas obligatoire, une étude de l’incidence socioéconomique des mesures proposées, en particulier concernant l’interdiction de la pêche de fond dans les ZMP. Étant donné que la pêche au chalut représente à elle seule, dans l’Union, 7 000 navires de pêche, 20 000 pêcheurs, un tiers de la capacité de pêche totale, 38 % des recettes générées par la flotte de l’Union et 25 % du total des captures, il s’avère indispensable d’évaluer l’impact des mesures proposées.

3.18.

Le CESE demande à la Commission et aux États membres non seulement d’étudier et de réduire au minimum l’incidence directe des mesures proposées, comme la perte d’accès aux zones de pêche traditionnelles, mais aussi le déplacement de l’effort de pêche vers d’autres zones susceptibles de voir naître des conflits entre les engins de pêche, l’inaccessibilité des espèces cibles ou l’augmentation de l’utilisation de carburant.

Sécurité alimentaire

3.19.

Les conclusions du plan d’action soulignent la nécessité de garantir la sécurité alimentaire ainsi que le bien-être socioéconomique des pêcheurs, des communautés côtières et de la société dans son ensemble. Toutefois, l’interdiction des engins de fond dans les ZMP actuelles (10 % des mers) entraînerait une augmentation de 2 % des importations. Compte tenu de l’importance de parvenir à une transition juste, le CESE demande qu’une étude soit réalisée sur l’augmentation estimée des importations pour les objectifs fixés dans ce plan (30 % des mers).

3.20.

Le CESE rappelle que 70 % du poisson consommé dans l’Union provient déjà de pays tiers et que les engins de fond mobiles comptent pour 25 % du total des captures européennes. Il plaide en faveur d’un plan d’action qui ne creuse pas le fossé en matière de sécurité et de souveraineté alimentaire (pour les produits de la mer) et qui permette aux pêcheurs d’utiliser pleinement les quotas de pêche qui leur sont attribués par la législation.

Mesures de marché

3.21.

Le CESE estime qu’il est essentiel que les restrictions sur les engins de fond aient automatiquement un pendant pour les produits importés de pays tiers. D’autant plus que des milliers de tonnes de poisson blanc (par exemple le lieu d’Alaska, la morue et l’églefin) proviennent de Russie et de Chine, et bénéficient même de préférences tarifaires (contingents tarifaires autonomes). Aussi le CESE demande-t-il à la Commission de faire figurer dans le plan d’action des mesures de marché destinées à assurer la cohérence et la compatibilité entre les politiques internes et externes, ainsi que des conditions de concurrence équitables entre les opérateurs de l’Union et ceux des pays tiers.

Financement

3.22.

Le CESE regrette que le plan d’action n’avance aucune mesure de financement supplémentaire pour la double transition écologique et énergétique proposée par la Commission européenne. Une initiative d’une telle envergure, qui concerne un nombre si élevé de navires de pêche de fond, doit s’accompagner des incitations et mécanismes compensatoires nécessaires. Le CESE demande que des aides publiques soient allouées à la recherche et à l’innovation afin que l’on trouve des solutions pour réduire le contact des engins de pêche avec les fonds marins, plutôt que d’en changer ou de procéder à la destruction de navires. En effet, ces dernières solutions nécessiteraient d’énormes sommes d’argent, qui ne sont pas disponibles dans le cadre des Fonds actuels, sans parler des obstacles techniques au changement de méthodes de pêche. De plus, le CESE plaide en faveur de la prise en compte de la saisonnalité et de la spécificité du secteur de la pêche. Il demande que, outre le Fonds européen pour les affaires maritimes, la pêche et l’aquaculture (Feampa), le Fonds social européen et le Fonds européen de développement régional approuvent des programmes axés sur la pêche afin d’améliorer l’acheminement des fonds là où ils sont le plus nécessaires. Par surcroît, il demande à la Commission européenne de produire des rapports de suivi afin de vérifier si les fonds sont correctement mis en œuvre et distribués.

Prises accessoires

3.23.

Le CESE partage pleinement l’avis de la Commission quant à la nécessité de réduire au minimum et, si possible, d’éliminer les captures accidentelles d’espèces marines sensibles, comme le dauphin commun du golfe de Gascogne. Il se dit préoccupé par le sort des espèces vulnérables qui sont particulièrement menacées, telles que certaines espèces de requins, de tortues marines, de mammifères marins (marsouin commun de la Baltique centrale et phoque moine de la Méditerranée) et d’oiseaux marins (puffin des Baléares). Il invite les États membres à prendre des mesures nationales ou conjointes pour réduire au minimum les prises accessoires.

3.24.

À cet égard, le CESE accueille favorablement les dernières mesures prises par certains États membres qui ont déployé des observateurs à bord des navires et installé des dispositifs acoustiques émettant des ultrasons pour éloigner les dauphins. Enfin, il demande à la Commission et aux États membres de veiller à ce que les fermetures de zones de pêche visant à protéger des espèces sensibles soient équilibrées et tiennent compte de l’impact socioéconomique considérable qu’elles auront sur la flotte.

3.25.

En ce qui concerne l’anguille d’Europe, le CESE s’inquiète de la situation délicate dans laquelle se trouve l’espèce et rappelle les mesures fortes prises par le Conseil en décembre 2022 en vue de son amélioration, qui ont abouti à une fermeture de six mois des captures marines et à une interdiction totale de la pêche récréative de cette espèce. Dans ce contexte, le CESE rappelle que ces mesures auront une forte incidence négative sur la pêche côtière dans toute l’Europe et appelle donc à analyser les progrès accomplis dans la reconstitution de l’espèce avant de prendre de nouvelles mesures restrictives. Toutefois, le Comité estime qu’il est fondamental de tenir compte de toutes les incidences, qu’elles soient liées ou non à la pêche, et de mieux mettre en œuvre la législation pertinente, comme la directive-cadre sur l’eau (20), la directive Habitats et la directive-cadre «stratégie pour le milieu marin», afin d’améliorer la situation dans les meilleurs délais et d’éviter de nouvelles restrictions.

Autres polluants

3.26.

Selon les estimations, la mer Baltique renferme à elle seule, en raison des guerres du siècle dernier, environ 50 000 tonnes de munitions chimiques, 500 000 tonnes d’armes conventionnelles et 10 000 débris de naufrages, qui gisent sur son fond (21). Cette forme de danger est exacerbée à l’heure actuelle par l’agression militaire brutale de la Russie contre l’Ukraine. Les munitions déversées constituent une menace réelle pour la vie humaine et l’environnement marin, laquelle met en péril non seulement la pêche et la navigation, mais aussi le développement d’autres secteurs de l’économie bleue. Le CESE appelle la Commission européenne et les États membres à prendre des mesures opérationnelles pour nettoyer les fonds marins, ainsi que des mesures législatives pour veiller à ce que les eaux soient à l’abri de ces dangers. Il rappelle l’importance que revêtent l’Autorité européenne de sécurité des aliments et les programmes nationaux des États membres au titre de la directive-cadre «stratégie pour le milieu marin» pour ce qui est de préserver l’environnement marin en tant que source d’approvisionnement en denrées alimentaires sûres et saines pour l’homme.

Économie bleue

3.27.

Le CESE rappelle que les différents secteurs qui composent l’économie bleue (pêche, biotechnologie, navigation, transport maritime, aquaculture, chantiers navals, chaîne d’approvisionnement, logistique et transport) sont interdépendants. Par conséquent, la perte ou la démolition de navires de pêche a une incidence directe sur les chantiers navals et d’autres services logistiques européens. Dans ce contexte, le CESE souligne qu’il est nécessaire d’appliquer une stratégie de décarbonation et de protection de l’environnement qui repose davantage sur l’innovation que sur l’élimination de l’activité de pêche et accorde une attention égale aux trois piliers de la durabilité (environnementale, économique et sociale), en veillant à maintenir des emplois qualifiés sur le territoire européen (22). Par ailleurs, le CESE rappelle que le secteur de la pêche contribue précisément à fixer la population des communautés rurales côtières fortement dépendantes de cette industrie (23). La réduction ou la perte du secteur de la pêche a pour conséquence directe une augmentation du flux migratoire vers les grandes villes, avec tous les problèmes que la concentration de la population entraîne.

Énergie éolienne

3.28.

Conformément au pacte vert pour l’Europe, l’Union s’est fixé pour objectif de multiplier par vingt sa production d’énergie marine afin d’atteindre la neutralité climatique d’ici à 2050. Toutefois, cette augmentation n’est pas sans incidence sur le milieu marin, avec par exemple l’installation de parcs éoliens et la pose de câbles en eau profonde. Plusieurs États membres ont même annoncé qu’ils connecteraient leurs réseaux électriques en haute mer, principalement par l’intermédiaire d’îles artificielles destinées à la distribution d’énergie, dans la mer Baltique et l’Atlantique. Le CESE est pleinement conscient de la nécessité de disposer de sources d’énergie renouvelables qui doivent coexister avec des sources d’alimentation durables (24). Par conséquent, il demande que l’on procède à un développement prudent de l’éolien en mer, en réduisant au minimum son incidence sur la biodiversité, pour éviter de commettre les mêmes erreurs que par le passé. En outre, il demande que l’installation de ces structures n’affecte pas les zones de pêche traditionnelles de la profession.

Bruxelles, le 12 juillet 2023.

Le président du Comité économique et social européen

Oliver RÖPKE


(1) COM(2023) 103 final.

(2) Comité scientifique, technique et économique de la pêche (CSTEP), Suivi des résultats de la politique commune de la pêche (STECF Adhoc 20-01).

(3) COM(2020) 248 final.

(4) Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), La situation mondiale des pêches et de l’aquaculture 2022.

(5) Comité scientifique, technique et économique de la pêche (CSTEP), Rapport économique annuel 2021 sur la flotte de pêche de l’UE (STECF 21-08).

(6) COM(2020) 380 final.

(7) COM(2021) 82 final.

(8) COM(2020) 381 final.

(9) Accord sur la conservation et l’exploitation durable de la biodiversité marine dans les zones situées au-delà des limites de la juridiction nationale.

(10) Convention sur la diversité biologique (CDB).

(11) Organisations régionales de gestion des pêches.

(12) Cour des comptes européenne, Rapport spécial 26/2020.

(13) Directive 92/43/CEE du Conseil, du 21 mai 1992, concernant la conservation des habitats naturels ainsi que de la faune et de la flore sauvages (JO L 206 du 22.7.1992, p. 7).

(14) Nations unies, Accord de Paris 2015.

(15) FAO, Manuel d’identification, d’évaluation et de notification d’autres mesures de conservation efficaces par zone de pêche marine.

(16) Directive 2008/56/CE du Parlement Européen et du Conseil du 17 juin 2008 établissant un cadre d’action communautaire dans le domaine de la politique pour le milieu marin (directive-cadre stratégie pour le milieu marin) (JO L 164 du 25.6.2008, p. 19).

(17) Habitats se trouvant au fond de la mer.

(18) COM(2020) 259 final.

(19) CIEM, sr.2020.12.

(20) Directive 2000/60/CE du Parlement européen et du Conseil du 23 octobre 2000 établissant un cadre pour une politique communautaire dans le domaine de l’eau (JO L 327 du 22.12.2000, p. 1).

(21) Euractiv, Clearing chemical and conventional munitions from the sea (Débarrasser la mer des produits chimiques et des munitions conventionnelles).

(22) Avis du Comité économique et social européen sur la communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions relative à une nouvelle approche pour une économie bleue durable dans l’Union européenne — Transformer l’économie bleue de l’Union européenne pour assurer un avenir durable [COM(2021) 240 final] (JO C 517 du 22.12.2021, p. 108).

(23) Avis du Comité européen des régions intitulé «La politique commune de la pêche sur le terrain: vers des collectivités côtières durables et résilientes dans l’UE» (NAT-VII/035).

(24) Avis du Comité économique et social européen sur la communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions — «Une stratégie de l’UE pour exploiter le potentiel des énergies renouvelables en mer en vue d’un avenir neutre pour le climat» [COM(2020) 741 final] (JO C 286 du 16.7.2021, p. 152).


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