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Avis institutionnel52023AE1272

Avis institutionnel — 52023AE1272

CELEX52023AE1272
TypeAvis institutionnel
Datemercredi 14 juin 2023

Texte intégral

18.8.2023

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 293/82


Avis du Comité économique et social européen sur la proposition de directive du Parlement européen et du Conseil modifiant les directives 2009/102/CE et (UE) 2017/1132 en ce qui concerne l’extension et l’amélioration de l’utilisation des outils et processus numériques dans le domaine du droit des sociétés

[COM(2023) 177 final — 2023/0089 (COD)]

(2023/C 293/12)

Rapporteure:

Franca SALIS-MADINIER

Consultation

Parlement européen, 17.4.2023

Conseil de l’Union européenne, 21.4.2023

Base juridique

Article 114 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Compétence

Section «Marché unique, production et consommation»

Adoption en section

2.6.2023

Adoption en session plénière

14.6.2023

Session plénière no

579

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

199/2/7

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le Comité économique et social européen (CESE) accueille favorablement la proposition à l’examen, qui poursuit le double objectif d’accroître la quantité de données sur les sociétés qui sont accessibles au public grâce au système d’interconnexion des registres du commerce (BRIS) et d’améliorer la fiabilité et la crédibilité de ces informations. Cette proposition devrait profiter non seulement aux PME, qui ont besoin d’informations fiables pour soutenir leurs activités transfrontières, mais aussi à d’autres parties prenantes pour lesquelles la transparence des sociétés est importante, comme les grandes entreprises, les actionnaires, les créanciers, les consommateurs ou les travailleurs. Elle devrait en outre aider les entreprises à réduire les coûts et à gagner du temps s’agissant de la fourniture des informations requises dans des situations transfrontalières. La proposition continuera par ailleurs à favoriser la pleine utilisation du marché unique et du marché unique numérique.

1.2.

Le CESE est favorable à une extension de l’utilisation des outils numériques pour assurer la communication entre les sociétés et les autorités dans le cadre d’activités transfrontières, ainsi qu’à la promotion du principe du «numérique par défaut», pour autant que personne ne soit laissé de côté.

1.3.

Le CESE soutient la proposition qui consiste à étendre le champ d’application de la directive aux sociétés de personnes, aux groupes de sociétés et aux succursales de sociétés de pays tiers (articles 7, 13, 13 bis, 14 et 36). Les sociétés coopératives et les fondations représentant également une part importante des activités commerciales, le CESE recommande d’étendre encore le champ d’application de la directive afin d’y inclure ces types de sociétés et d’exiger l’accès au BRIS lorsque des informations sur celles-ci figurent déjà dans les registres nationaux.

1.4.

Le CESE souscrit à l’obligation faite aux entreprises par l’article 14 d’inclure dans les registres nationaux et dans le BRIS des informations sur le lieu d’implantation de l’administration centrale et du principal établissement. Le CESE est favorable à l’ajout, dans la liste des informations à fournir et à mettre à jour sur une base annuelle, du nombre de salariés, des secteurs d’activité (code NACE) et, dans le cas des sociétés constituées en vertu du droit des sociétés de l’Union européenne (UE) (directive sur les transformations, fusions et scissions transfrontalières, législations relatives à la société européenne et à la société coopérative européenne), des accords sur les droits des travailleurs à l’information, à la consultation et à la participation.

1.5.

Le CESE souscrit à la connexion du BRIS au système d’interconnexion des registres de bénéficiaires effectifs (BORIS) et au système d’interconnexion des registres d’insolvabilité (IRI), ainsi qu’à l’utilisation de l’EUID (identifiant unique européen de l’entreprise) pour relier les informations stockées dans différents systèmes, comme le prévoit l’article 22. Le BRIS devrait également comporter des informations sur les administrateurs révoqués et permettre de rechercher des sociétés de manière plus efficace par secteur d’activité (code NACE) et par taille (nombre de salariés et revenus).

1.6.

Le CESE est favorable à l’obligation de vérifier, comme le prévoit l’article 10 sur le contrôle préventif, une liste harmonisée d’éléments lors de la constitution d’une société. Il préconise toutefois de vérifier également l’identité des personnes concernées par la constitution de ladite société, y compris les données précisant si ces personnes ont été révoquées de leurs fonctions d’administrateur dans un État membre de l’UE («administrateur déchu»). Le CESE recommande en outre d’étendre ce contrôle préventif à la réorganisation des entreprises constituées en vertu du droit des sociétés de l’UE (directive sur les transformations, fusions et scissions transfrontalières, législations relatives à la société européenne et à la société coopérative européenne) et d’élargir la liste des informations permettant de vérifier que les accords sur l’information, la consultation et la participation des travailleurs requis par cette législation ont bien été conclus.

1.7.

Il importe, pour le bon fonctionnement du marché unique et des activités transfrontalières des sociétés, que les informations disponibles soient fiables et crédibles. Si le CESE est favorable à l’obligation prévue par l’article 15 qui veut que les données stockées dans les registres soient tenues à jour, il recommande toutefois de renforcer les dispositions des articles 28 et 40 afin de veiller à ce que les sanctions en cas de non-respect de cette règle soient effectives, proportionnées et dissuasives.

1.8.

Le CESE se félicite de l’introduction du certificat d’entreprise de l’UE visé à l’article 16 ter. Il recommande toutefois que la liste des informations requises comporte également le nombre de salariés et le ou les secteur(s) d’activité NACE, données qui devraient être mises à jour sur une base annuelle. Il convient d’harmoniser la liste des informations demandées aux sociétés de personnes et celle que doivent fournir les sociétés à responsabilité limitée.

1.9.

Le CESE recommande de renforcer les dispositions de l’article 16 quater relatif à la procuration numérique de l’UE afin d’exiger le plus haut niveau de garanties concernant le contrôle de l’identité des personnes habilitées à représenter une société et de vérifier si la personne concernée a été révoquée de ses fonctions d’administrateur dans des États membres de l’UE.

1.10.

Le CESE soutient, sous certaines conditions, le principe «une fois pour toutes», selon lequel une société d’un État membre ne devrait pas fournir les mêmes informations plus d’une fois lorsqu’elle crée des filiales ou des succursales dans un autre État membre. Afin d’éviter que les États membres ne soient contraints de renoncer à effectuer des contrôles de validité s’ils ont des motifs raisonnables de penser que la fiabilité des informations reprises dans le registre d’un autre État membre ne présente pas le niveau de garanties adéquat, il convient d’élargir le champ d’application de l’article 16 sexies (Garde-fous en cas de doute raisonnable) pour permettre à un État membre de refuser d’accepter des informations provenant d’un autre État membre dans ce cas de figure.

2. Observations générales

2.1.

La proposition à l’examen vise à renforcer la transparence des entreprises et la confiance entre États membres ainsi qu’à créer des administrations publiques plus connectées, tout en réduisant la charge administrative qui pèse sur les sociétés et les autres parties prenantes dans des situations transfrontières. En particulier, la proposition entend rendre publiques davantage d’informations sur les sociétés au moyen du BRIS, faire en sorte que les données sur les sociétés figurant dans les registres du commerce soient exactes, fiables et à jour, et réduire les formalités administratives pour les sociétés lorsqu’elles utilisent des informations issues des registres du commerce dans le cadre d’activités transfrontières.

2.2.

La proposition a en outre pour but de réduire la charge et les formalités administratives en introduisant un certificat d’entreprise de l’UE, un modèle standard multilingue pour la procuration numérique de l’UE, en élargissant l’utilisation du principe «une fois pour toutes» à la création d’une société dans d’autres États membres de l’UE et en supprimant certaines formalités telles que la nécessité pour les documents d’entreprise de faire l’objet d’une apostille ou d’une traduction certifiée conforme. Comme l’indique l’analyse d’impact, ces modifications réduiront d’environ 437 millions d’euros par an le coût que ces obligations administratives font peser sur les sociétés européennes.

2.3.

Les objectifs en matière de numérisation définis dans la communication de la Commission intitulée «Une boussole numérique pour 2030: l’Europe balise la décennie numérique» (1) revêtent une grande importance dans le cadre de la proposition à l’examen. Laquelle répond à la nécessité largement reconnue d’améliorer le fonctionnement des registres et leur interaction avec les sociétés, les utilisateurs et les autorités publiques, y compris dans des situations transfrontières. Une autre initiative pertinente dans ce contexte concerne la réduction des obstacles qui entravent les activités transfrontières des PME, comme il ressort des communications de la Commission intitulées «Mise à jour de la nouvelle stratégie industrielle de 2020» (2) et «Une stratégie axée sur les PME pour une Europe durable et numérique» (3). Tant le principe de transmission des informations «une fois pour toutes» que la réduction des exigences en matière de traduction et d’apostille aident les PME à atteindre ces objectifs.

2.4.

Il est admis que la transparence des sociétés est un moyen efficace de lutter contre les pratiques abusives. La proposition à l’examen contribue à répondre à la nécessité de fournir davantage d’informations fiables sur les sociétés et de renforcer la transparence et la fiabilité des données fournies. Elle aborde par ailleurs le problème très répandu des pratiques abusives auxquelles se livrent certaines sociétés, notamment l’évasion fiscale, le non-respect des normes de travail, le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et la fraude à la consommation (4) (5). Ces pratiques sont rendues possibles grâce à des mécanismes tels que les sociétés boîtes aux lettres, l’usurpation d’identité, le manque de transparence des groupes de sociétés et de la chaîne de propriété, l’exploitation des disparités qui existent entre les régimes réglementaires nationaux et les difficultés auxquelles se heurte la coopération transfrontière dans le cadre de l’application de la législation (6). Il ressort d’une étude récente que les sociétés boîtes aux lettres sont un phénomène courant dans l’UE (7). Des informations telles que le siège de direction et le lieu de la principale activité économique, qui sont essentielles pour les parties prenantes, figurent rarement dans les registres des sociétés. En outre, les informations fournies sont souvent obsolètes et il est difficile de savoir si elles sont fiables.

2.5.

Afin d’améliorer encore la transparence, la proposition à l’examen devrait également inclure les sociétés coopératives et les fondations dans le champ d’application de la directive et, dans la mesure où elles figurent dans les registres nationaux des sociétés, des informations les concernant devraient être mises à disposition au travers du BRIS. Étant donné qu’un nombre important de sociétés sont créées sous ces formes juridiques dans l’UE, ne pas les prendre en compte serait une lacune majeure en matière de transparence.

2.6.

Étendre la liste des informations que doivent fournir les sociétés au lieu du siège et de l’activité économique principale se justifie au regard de la nécessité, pour les autorités compétentes, de recenser les sociétés boîtes aux lettres et les pratiques abusives éventuelles avant de pouvoir délivrer le certificat préalable à la transformation visé à l’article 86 quaterdecies dans le cadre d’une transformation transfrontalière, ou le certificat préalable à la scission visé à l’article 160 quaterdecies dans le cadre d’une scission transfrontalière. Il importe en outre de connaître ces lieux pour déterminer le droit national qui s’applique en cas d’insolvabilité. Comme indiqué dans l’analyse d’impact, de nombreuses parties prenantes ont réclamé la mise à disposition d’informations supplémentaires et de nouvelles fonctionnalités de recherche dans le BRIS. Les représentants des travailleurs ont en effet besoin d’informations sur le nombre de salariés, dans la mesure où un nombre minimal ouvre de nombreux droits aux travailleurs, tels que le droit de créer un comité d’entreprise ou d’être représentés au conseil d’administration d’une entreprise. Il convient que les sociétés de personnes publient le même type d’informations que les sociétés à responsabilité limitée.

2.7.

Le nombre important de cas de fraudes impliquant une usurpation d’identité justifie d’élargir la liste des informations requises aux fins du contrôle préventif effectué lors de la constitution de sociétés à la vérification de l’identité des personnes clés. Ce contrôle préventif devrait également concerner les réorganisations transfrontières de sociétés par le biais de fusions, transformations, scissions ou transformations en société européenne ou société coopérative européenne. Il ressort de recherches menées par l’Institut syndical européen (ETUI) que, même si elles sont obligatoires en vertu du droit de l’Union, il n’est pas rare que les négociations avec les représentants des travailleurs sur les droits des salariés à l’information, à la consultation et à la participation ne soient pas conclues, voire même pas engagées, avant que l’autorité compétente n’approuve les réorganisations en question. Il convient d’intégrer un accord définitif avec les représentants des travailleurs dans la liste minimale des informations fournies. D’une manière générale, la directive devrait exiger le plus haut niveau de garanties s’agissant de l’identification des personnes, étant donné que des normes plus faibles, comme l’identification électronique, réduisent l’efficacité des contrôles contre la fraude à l’identité.

2.8.

Des données actualisées représentent un avantage considérable pour la sécurité de l’environnement économique et jouent un rôle important pour réduire le coût des activités transfrontières des sociétés et garantir leur responsabilité sociale. Les sanctions imposées par le droit de l’Union mais dont la définition est laissée à la discrétion des États membres sont susceptibles de ne pas satisfaire aux exigences d’efficacité, de proportionnalité et de dissuasion (voir la discussion menée actuellement sur le droit de la consommation de l’UE). Il convient de renforcer les articles 28 et 40 afin de garantir que les sanctions soient effectives, proportionnées et dissuasives et que les sociétés bénéficient d’un environnement compétitif et équilibré dans l’ensemble de l’Union européenne.

2.9.

La recommandation consistant à appliquer aux sociétés de personnes les mêmes obligations en matière de déclaration d’informations qu’aux sociétés à responsabilité limitée repose sur le principe de l’instauration de conditions de concurrence équitables pour les différentes formes de sociétés. Ce principe sous-tend également la recommandation visant à inclure les fondations et sociétés coopératives dans le champ d’application de la directive.

2.10.

Si le principe «une fois pour toutes» et la suppression des exigences en matière d’apostille sont des mesures importantes pour réduire les formalités administratives, leur mise en œuvre doit toutefois être équilibrée et préserver la fiabilité des informations fournies dans le cadre des registres des sociétés des États membres. L’identification électronique des personnes physiques devrait s’accompagner du plus haut niveau de garanties, et les États membres devraient avoir le droit de refuser les informations fournies par les registres des sociétés des États membres qui n’ont pas atteint un juste équilibre en la matière, par exemple parce qu’ils n’ont pas encore transposé des éléments clés de la directive sur les outils numériques (8) ou de la directive à l’examen (lorsqu’elle aura été adoptée).

2.11.

Afin d’éviter tout coût supplémentaire pour les sociétés, il appartient aux États membres et aux registres nationaux des entreprises de ne pas augmenter les redevances pour couvrir les dépenses générées par l’ajout des nouvelles données requises par la directive mise à jour.

Bruxelles, le 14 juin 2023.

Le président du Comité économique et social européen

Oliver RÖPKE


(1) COM(2021) 118 final.

(2) COM(2021) 350 final.

(3) COM(2020) 103 final.

(4) Service de recherche du Parlement européen (2018), An overview of shell companies in the European Union (Un aperçu des sociétés-écran dans l’Union européenne, en anglais uniquement), https://op.europa.eu/fr/publication-detail/-/publication/e8534eeb-e071-11e8-b690-01aa75ed71a1/language-fr/format-PDF/source-search

(5) The impact of letterbox type practices on labour rights and public revenue (L’impact des pratiques de type «société boîte aux lettres» sur les droits des travailleurs et les recettes publiques, en anglais uniquement) (2016), SOMO et CES, avec le soutien de la Commission européenne.

(6) Commission européenne/ICF SA, en coopération avec Wavestone, le Centre pour l’étude de la démocratie, l’université de Trente et Victims Support Europe (2022), Study on online identity theft and identity-related crime (Étude sur l’usurpation d’identité en ligne et la criminalité liée à l’identité, en anglais uniquement), https://op.europa.eu/fr/publication-detail/-/publication/f85399b3-abed-11ec-83e1-01aa75ed71a1/language-fr/format-PDF/source-search

(7) Commission européenne/ICF Consulting Services (2021), Letterbox companies: overview of the phenomenon and existing measures (Sociétés «boîtes aux lettres»: aperçu du phénomène et des mesures existantes, en anglais uniquement), https://op.europa.eu/fr/publication-detail/-/publication/66764f95-5191-11ec-91ac-01aa75ed71a1

(8) Directive (UE) 2019/1151 du Parlement européen et du Conseil du 20 juin 2019 modifiant la directive (UE) 2017/1132 en ce qui concerne l’utilisation d’outils et de processus numériques en droit des sociétés (JO L 186 du 11.7.2019, p. 80).


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