| CELEX | 52023AE1622 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | jeudi 27 avril 2023 |
| 29.6.2023 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 228/144 |
Avis du Comité économique et social européen sur la proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil concernant les règles spécifiques applicables à l’entrée en Irlande du Nord en provenance d’autres parties du Royaume-Uni de certains envois de biens de consommation, de végétaux destinés à la plantation, de plants de pommes de terre, de machines et de certains véhicules utilisés à des fins agricoles ou forestières, ainsi qu’aux mouvements non commerciaux de certains animaux de compagnie à destination de l’Irlande du Nord
[COM(2023) 124 final — 2023/0062 (COD)]
(2023/C 228/21)
| Rapporteur général: | Klaas Johan OSINGA |
| Consultation | Conseil, 10.3.2023 Parlement européen, 13.3.2023 |
| Base juridique | Article 43, paragraphe 2, article 114, article 168, paragraphe 4, point b), et article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne |
| Compétence | Section «Relations extérieures» |
| Adoption en session plénière | 27.4.2023 |
| Session plénière no | 578 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 147/0/0 |
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | Le Comité économique et social européen (CESE) se félicite du cadre de Windsor (1) car il démontre que, lorsque le Royaume-Uni et l’Union européenne s’associent de bonne foi pour chercher des solutions d’un commun accord, les relations entre ces deux parties peuvent produire des résultats concrets au profit de leurs sociétés civiles respectives. |
| 1.2. | Le CESE approuve la proposition de règlement (2) présentée par la Commission, visant à réglementer l’entrée et la mise sur le marché en Irlande du Nord de certains produits agricoles, dont les végétaux destinés à la plantation, les machines et certains véhicules utilisés à des fins agricoles ou forestières et les plants de pommes de terre, ainsi que les mouvements non commerciaux de chiens, de chats et de furets domestiques à destination de l’Irlande du Nord depuis d’autres parties du Royaume-Uni, c’est-à-dire la Grande-Bretagne. |
| 1.3. | Le CESE relève le caractère à la fois pressant et technique de la proposition de règlement à l’examen comme des matières qu’elle entend régir. Il prend également acte des efforts considérables déployés pour concilier les impératifs de simplifier les procédures, de préserver l’intégrité du marché intérieur de l’Union européenne et de protéger la santé publique, ainsi que celle de la faune et de la flore. |
| 1.4. | Le CESE fait observer que le délai prévu pour le marquage des biens de consommation préemballés entrant en Irlande du Nord en provenance d’autres parties du Royaume-Uni peut poser des problèmes à certaines entreprises de cet État, notamment celles qui subissent des contraintes plus importantes d’ordre financier et technique, telles que les petites et moyennes entreprises (PME). |
| 1.5. | Le CESE exprime des préoccupations analogues pour ce qui est de concevoir à l’intention des entreprises sises en Grande-Bretagne un jeu unique de données en vue de satisfaire aux exigences sanitaires et phytosanitaires, ainsi que douanières, qui s’appliquent lorsqu’elles fournissent leurs clients en Irlande du Nord. Il relève que tout retard pris sur l’échéance proposée pourrait entraîner des contrôles d’identité plus longs que ceux que le règlement lui-même prévoit. |
| 1.6. | Le CESE presse la Commission d’apporter des clarifications supplémentaires et de proposer des solutions pour les domaines où se manifestent des divergences plus saillantes entre les normes sanitaires et phytosanitaires respectives du Royaume-Uni et de l’Union européenne, notamment en ce qui concerne l’utilisation de produits phytopharmaceutiques en Irlande du Nord. Il relève qu’une persistance de l’incertitude en la matière produirait des effets discriminatoires à l’égard des agriculteurs d’Irlande du Nord. |
| 1.7. | Plusieurs problèmes subsistent pour ce qui est de l’entrée ou de la sortie d’Irlande du Nord d’animaux vivants et de matières végétales, qu’ils proviennent de l’Union européenne ou d’autres parties du Royaume-Uni. Le CESE demande à la Commission d’y remédier dès que possible car les acteurs ont besoin de clarté. |
| 1.8. | Les effets du «modèle cible opérationnel pour les frontières» («Border Target Operating Model») dont le Royaume-Uni a rendu public un projet dans le dessein de le mettre en place à partir d’octobre 2023 et qui expose un nouveau modèle pour les importations vers la Grande-Bretagne, y compris pour ce qui est des contrôles sanitaires et phytosanitaires, sont susceptibles d’ajouter encore aux incertitudes, alors qu’il s’impose de l’éviter à tout prix. De telles ambiguïtés entourent dès à présent la mise en œuvre du projet de loi britannique sur le droit de l’Union européenne maintenu en droit interne. |
2. Observations générales
| 2.1. | La proposition de règlement à l’examen établit des règles spécifiques applicables à l’entrée et à la mise sur le marché en Irlande du Nord de certains envois de biens de consommation en provenance d’autres parties du Royaume-Uni, ainsi que de végétaux destinés à la plantation, de machines et de véhicules utilisés à des fins agricoles ou forestières et de plants de pommes de terre. |
| 2.2. | Ce règlement établit également des règles spécifiques relatives aux mouvements non commerciaux de chiens, de chats et de furets de compagnie à destination d’Irlande du Nord en provenance d’autres parties du Royaume-Uni. Il définit également des règles régissant la suspension de l’application des règles spécifiques qu’il prévoit. |
| 2.3. | Conformément à l’accord sur le retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne, un certain nombre de textes législatifs de l’Union touchant aux mesures sanitaires et phytosanitaires s’appliquent au Royaume-Uni et sur son territoire en ce qui concerne l’Irlande du Nord après l’expiration de la période de transition que prévoit ledit accord. |
| 2.4. | Par conséquent, l’entrée en Irlande du Nord de certains envois en provenance d’autres parties du Royaume-Uni de produits d’origine animale ou végétale, dont les aliments pour animaux, les végétaux destinés à la plantation, les machines et certains véhicules qui ont été utilisés à des fins agricoles ou forestières et les plants de pommes de terre, tombe sous le coup de ces textes et elle est soumise à des contrôles officiels, à des exigences en matière de certification et à des interdictions. Ces dispositions valent également pour les mouvements non commerciaux de certains animaux de compagnie. |
| 2.5. | Le Royaume-Uni et certaines parties intéressées qui y sont sises ont exprimé de vives préoccupations quant à la lourdeur disproportionnée de la charge administrative que l’accord de retrait impose pour l’entrée en Irlande du Nord de certains produits soumis à des mesures sanitaires et phytosanitaires en provenance de Grande-Bretagne, dans le cas où ils sont destinés à des consommateurs finals qui sont également en Irlande du Nord. Cette situation compromettrait la place qu’elle occupe au sein du marché intérieur du Royaume-Uni. |
| 2.6. | Sur cette base, la Commission et le Royaume-Uni se sont mis d’accord sur un ensemble complet de solutions communes qui, prenant en charge, les questions courantes de toutes les communautés d’Irlande du Nord, protègent l’intégrité du marché intérieur de l’Union comme de celui du Royaume-Uni. Il s’agit notamment:
|
| 2.7. | Dans tous les cas, ces solutions prévoiraient de protéger de manière adéquate la santé publique, ainsi que celle de la faune et de la flore, et de préserver l’intégrité du marché intérieur de l’Union européenne. |
3. Observations particulières
| 3.1. | Pour ce qui est du marquage des biens de consommation, l’article 4, paragraphe 1, point a), de la proposition de règlement à l’examen prévoit que les biens de consommation entrant en Irlande du Nord en provenance d’autres parties du Royaume-Uni et destinés à être consommés en Irlande du Nord doivent porter le marquage «Not for UE», comme le précise l’article 6. |
| 3.2. | L’article 6, paragraphe 1, point a), exige d’appliquer un tel marquage à partir du 1er octobre 2023. Néanmoins, certaines entreprises sises en Grande-Bretagne fournissant des clients en Irlande du Nord risquent d’éprouver des difficultés à respecter cette échéance. En particulier, les PME pourraient ne pas disposer des ressources nécessaires, qu’elles soient techniques ou financières, soit pour se conformer à ce délai, soit pour consentir l’investissement nécessaire au regard de leur chiffre d’affaires. |
| 3.3. | Ce délai serré pourrait également poser des problèmes en matière de gestion des données. Les jeux de données dont auront besoin les entreprises sises en Grande-Bretagne pour respecter les exigences sanitaires, phytosanitaires et douanières, seront similaires à ceux qu’elles devront fournir lorsqu’elles desserviront leurs clients en Irlande du Nord. Il serait avantageux de disposer d’un jeu unique de données, non seulement pour les entreprises, mais aussi s’agissant de contrôler le respect des exigences sanitaires, phytosanitaires et douanières. Il pourrait s’avérer compliqué d’élaborer un tel jeu de données d’ici le 1er octobre 2023. |
| 3.4. | S’il s’avère impossible d’appliquer au 1er octobre 2023 l’article 6, paragraphe 1, point a), du règlement à l’examen, le taux de contrôle d’identité appliqué aux envois entrant en Irlande du Nord en provenance d’autres parties du Royaume-Uni pourrait être temporairement supérieur à celui prévu par l’article 4, paragraphe 3. Il n’apparaît pas non plus clairement de quelle manière des produits de consommation emballés d’origine «Union européenne» pourraient en pratique être munis d’un marquage «Not for EU» dans les centres logistiques de la vente en détail en supermarché qui approvisionnement à la fois l’Irlande du Nord et la République d’Irlande. |
| 3.5. | Un autre problème qui, mettant en évidence les conséquences d’une divergence entre l’Union européenne et le Royaume-Uni, pourrait se poser en Irlande du Nord, est celui des produits phytopharmaceutiques. En Irlande du Nord, en effet, la plupart de ces produits sont utilisés pour les prairies et ils sont, pour l’heure, achetés dans l’Union européenne et les autres parties du Royaume-Uni. Or, des limites maximales applicables aux résidus de ces produits sont spécifiquement définies pour chacun d’eux, et dans certains cas, elles ne sont pas les mêmes au Royaume-Uni et dans l’Union européenne. Cet état des choses place les agriculteurs d’Irlande du Nord dans une situation compliquée; aussi serait-il utile de réexaminer ce dispositif. |
| 3.6. | Un autre facteur qu’il convient de prendre en considération est l’incidence des effets du projet de «modèle cible opérationnel pour les frontières» («Border Target Operating Model») publié par le Royaume-Uni le 5 avril 2023, qui définit un nouveau cadre pour les importations en Grande-Bretagne, y compris les contrôles sanitaires et phytosanitaires et sera mis en place à partir de la fin du mois d’octobre 2023. Il crée une incertitude supplémentaire pour les acteurs économiques, qui s’ajoute à celle qu’entraîne la loi britannique sur le droit de l’Union européenne maintenu en droit interne, laquelle pourrait conduire à abroger des milliers de règles européennes à la fin de l’année 2023. |
| 3.7. | Bien que l’Union ait modifié son «règlement délégué» autorisant les bovins et les ovins à sortir de sa juridiction, et donc d’Irlande du Nord, pour y revenir dans les quinze jours suivants, il n’en continue pas moins de poser des problèmes pratiques aux éleveurs de bovins d’Irlande du Nord. |
| 3.8. | Les marchés au bétail de Grande-Bretagne doivent être des centres d’exportation approuvés par l’agence britannique pour la santé animale et végétale (APHA) et tous les animaux qui y transitent doivent avoir le même statut sanitaire. Le statut «officiellement indemne de tuberculose» de l’Écosse exempte les centres qui s’y trouvent de devoir effectuer un dépistage sur les animaux avant qu’ils ne soient vendus ou exposés en Grande-Bretagne, tandis qu’aux mêmes fins, les éleveurs d’Angleterre et du Pays de Galles y sont contraints. Étant donné qu’en Grande-Bretagne, la demande pour des centres d’exportation approuvés par l’APHA est faible, voire nulle, il n’en existe à présent qu’un seul, à Carlisle, qui est donc le seul marché où le bétail d’Irlande du Nord peut être vendu et se prévaloir du règlement délégué de l’Union européenne. Il en résulte que lorsqu’il advient que des animaux d’Irlande du Nord proposés à la vente dans un marché qui n’est pas approuvé par l’APHA ne sont pas vendus, ils doivent alors rester pendant six mois en Grande-Bretagne avant de revenir en Irlande du Nord, alors que pareil cas de figure n’est pas viable d’un point de vue financier. |
| 3.9. | À l’heure actuelle, on ne voit pas bien comment devrait fonctionner le remarquage du bétail envoyé en Irlande du Nord en provenance d’autres parties du Royaume-Uni. Pour l’heure, les têtes de bétail qui entrent en Irlande du Nord en provenance de Grande-Bretagne doivent être porteuses, en sus de leurs deux marquages britanniques, d’un marquage supplémentaire pour l’exportation de cette même Grande-Bretagne. Dans les vingt jours suivant leur entrée en Irlande du Nord, il sera de surcroît nécessaire de les munir de deux marquages nord-irlandais. À moins d’enlever les marquages concernés, cette procédure n’est absolument pas pratique et pourrait également avoir des conséquences sur le bien-être des animaux. |
| 3.10. | Pour ce qui est du problème du matériel de multiplication des végétaux, tel que les plants de pomme de terre, le cadre autorise leur entrée en Irlande du Nord en provenance des autres parties du Royaume-Uni, ainsi que de l’Union européenne. Il permet ainsi de poursuivre les échanges commerciaux en particulier entre l’Écosse et l’Irlande du Nord, qui se sont développés des années durant avant que le Royaume-Uni ne se retire de l’Union européenne. |
| 3.11. | Il est peu probable que tels que proposés, la documentation et les contrôles dont s’assortira cette circulation de plants de pommes de terre posent des problèmes aux entreprises. Les récoltes de pommes de terre issues de ces plants nord-irlandais peuvent être écoulées tant au sein du marché unique qu’en Grande-Bretagne. Les pommes de terre de conservation peuvent entrer en Irlande du Nord en provenance du marché unique en vue d’être transformées puis vendues dans les autres parties du Royaume-Uni. |
Bruxelles, le 27 avril 2023.
Le président du Comité économique et social européen
Oliver RÖPKE
(1) https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/en/fs_23_1272
(2) COM(2023) 124 final.
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