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Avis institutionnel52023AE1713

Avis institutionnel — 52023AE1713

CELEX52023AE1713
TypeAvis institutionnel
Datemercredi 14 juin 2023

Texte intégral

18.8.2023

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 293/138


Avis du Comité économique et social européen sur la proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil modifiant les règlements (UE) no 1227/2011 et (UE) 2019/942 afin d’améliorer la protection de l’Union contre la manipulation du marché de gros de l’énergie

[COM(2023) 147 final]

(2023/C 293/20)

Rapporteure:

Alena MASTANTUONO

Corapporteur:

Lutz RIBBE

Consultation

Conseil de l’Union européenne, 31.3.2023

Parlement européen, 29.3.2023

Base juridique

Article 194, paragraphe 2, et article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Compétence

Section «Transports, énergie, infrastructures et société de l’information»

Adoption en section

16.5.2023

Adoption en session plénière

14.6.2023

Session plénière no

579

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

217/5/5

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Comme indiqué dans bon nombre de ses avis précédents, le Comité économique et social européen (CESE) estime qu’il est essentiel d’améliorer les conditions de fonctionnement des marchés de l’énergie, tout en luttant contre les manipulations de marché et d’autres phénomènes qui faussent les marchés et ont des répercussions négatives sur les entreprises, les ménages et la société dans son ensemble.

1.2.

Dans ce contexte, le CESE se félicite de l’objectif fondamental visé par la proposition de règlement qui consiste à renforcer la surveillance et la transparence des marchés de gros de l’énergie. Toutefois, le Comité souligne également que toute initiative doit être précédée d’un débat rigoureux et d’une analyse d’impact.

1.3.

Il regrette dès lors que les propositions relatives à l’organisation du marché de l’électricité n’aient pas fait l’objet d’une consultation et d’une analyse d’impact complètes. Il est d’avis qu’aucune réforme ne devrait être précipitée et que les consultations publiques et les analyses d’impact constituent des outils précieux dans le processus d’élaboration de la législation.

1.4.

En décrivant le contexte stratégique dans lequel s’inscrit la proposition de règlement, la Commission met en relief les préoccupations des consommateurs, de l’industrie et des investisseurs concernant l’exposition à la volatilité des prix à court terme induite par les prix élevés du gaz. Cette proposition ne comprend cependant pas de véritable analyse des abus de pouvoir et des manipulations de marché. À l’avenir, un suivi et une analyse continus sont nécessaires pour que des interventions appropriées et des réponses réglementaires puissent être apportées en temps utile et sur une base solide.

1.5.

Le CESE souligne qu’il importe que les pouvoirs publics coopèrent pour détecter et combattre les manipulations de marché. Il souscrit en outre au renforcement de la collaboration et du partage d’informations entre les autorités chargées de l’énergie, de la concurrence et de la réglementation financière. Dans la même optique, le Comité salue le fait que les définitions des informations privilégiées et des manipulations de marché sont alignées sur la réglementation des marchés financiers.

1.6.

Le CESE met également en avant l’importance de la coopération entre les autorités nationales et celles de l’Union. Il insiste sur la nécessité d’assurer une répartition appropriée et efficace des tâches entre les autorités de régulation nationales et l’Agence de l’Union européenne pour la coopération des régulateurs de l’énergie (ACER). Le renforcement des pouvoirs de l’ACER doit refléter ses capacités, les conditions dans lesquelles elle opère et, dans le même temps, ses limites au regard des compétences nationales, notamment en matière de responsabilité pénale. Il ne doit toutefois pas se substituer aux règles plus claires et plus harmonisées dont peuvent disposer les autorités nationales pour surveiller le marché.

1.7.

Tout en soulignant qu’il y a lieu d’améliorer la qualité des données et la transparence des échanges commerciaux, le CESE juge important de rationaliser les processus et les exigences en matière de données et d’informations afin de réduire au minimum la charge administrative. Il fait remarquer qu’au vu de l’évolution du marché, de nouvelles règles ne devraient pas décourager les nouveaux venus sur le marché. En ce qui concerne les nouvelles exigences relatives au trading algorithmique, la proposition pourrait contribuer à créer des conditions de concurrence inégales entre les acteurs du marché dans l’ensemble de l’Union européenne, étant donné que la périodicité des obligations d’information relève exclusivement de la compétence nationale. Le Comité demande qu’une certaine proportionnalité s’applique à la communication de données et que le principe de la transmission unique d’informations («une fois pour toutes») soit mis en pratique. La révision devrait viser à créer un système transparent et non discriminatoire, tout en évitant l’utilisation abusive des données collectées.

2. Contexte et résumé

2.1.

L’objectif de la proposition de règlement (ci-après «la proposition») est d’améliorer la protection de l’Union contre les manipulations de marché sur le marché de gros de l’énergie. À cette fin, elle suggère de modifier le règlement (UE) no 1227/2011 du Parlement européen et du Conseil (1) (règlement REMIT) et le règlement (UE) 2019/942 du Parlement européen et du Conseil (2) (règlement ACER).

2.2.

La proposition s’inscrit dans un train de mesures plus étendu présenté par la Commission pour réformer l’organisation du marché de l’électricité, qui vise à accélérer l’augmentation des énergies renouvelables, à protéger les consommateurs contre les flambées et les manipulations des prix, et à contribuer à la compétitivité des industries. En outre, elle est liée à la législation sur les marchés financiers, notamment le règlement relatif aux abus de marché, au moyen d’instruments financiers tels que les produits dérivés sur l’énergie.

2.3.

La proposition établit des obligations tant pour les acteurs du marché que pour les autorités. Elle met l’accent sur des procédures telles que la collecte et la gestion des données, la déclaration, le partage et la divulgation d’informations, ainsi que les enquêtes et les sanctions. Elle recommande également de modifier certaines définitions. Les principales suggestions sont les suivantes:

—

il est proposé de clarifier et d’adapter les définitions des manipulations de marché et des informations privilégiées afin de les aligner sur le règlement relatif aux abus de marché. La définition d’un produit énergétique de gros serait élargie afin de couvrir également l’émission d’ordres dans des pays tiers participant au couplage unique journalier et infrajournalier de l’Union susceptibles d’entraîner une livraison dans l’Union,

—

la collecte de données serait étendue à de nouveaux marchés d’équilibrage, ainsi qu’au trading algorithmique. L’autorité de régulation nationale serait habilitée à exiger de l’acteur du marché qu’il fournisse une description de certains aspects tels que ses stratégies de trading algorithmique et ses mesures de contrôle de la conformité et des risques,

—

des règles spécifiques sont proposées en ce qui concerne la fourniture de données par les acteurs du marché du gaz naturel liquéfié (GNL) à l’ACER, ainsi que concernant les obligations de l’ACER d’établir et de publier une évaluation quotidienne des prix du GNL et un indice de référence desdits prix,

—

les informations privilégiées devraient être communiquées à l’ACER par le truchement de plateformes d’information intérieures, tandis que les informations sur les transactions devraient être transmises par l’intermédiaire de mécanismes de déclaration enregistrés. Tant ces plateformes que ces mécanismes devraient être autorisés par l’ACER,

—

les autorités nationales et l’ACER seraient tenues de partager régulièrement des informations sur les infractions présumées concernant des produits énergétiques de gros. Il convient en outre que les différentes autorités nationales coopèrent les unes avec les autres, s’agissant des régulateurs de l’énergie, des autorités financières, des autorités chargées de la concurrence et de l’administration fiscale. Il en va de même en ce qui concerne l’ACER et l’Autorité européenne des marchés financiers (AEMF) au niveau de l’Union. Les autorités de régulation nationales seraient compétentes pour enquêter sur tout produit énergétique de gros sur leurs marchés, quel que soit le lieu où l’acteur du marché réside ou est établi,

—

il est proposé de renforcer le rôle de l’ACER en ce qui concerne la surveillance et le contrôle de l’application des règles au titre du règlement REMIT. L’objectif est de garantir des enquêtes appropriées sur les infractions présumées commises par des acteurs du marché établis en dehors de l’Union et de coordonner les enquêtes, en particulier dans les affaires transfrontières. L’ACER serait également habilitée à effectuer des inspections sur place, avec l’aide des autorités de régulation nationales,

—

la proposition recommande en outre d’harmoniser les sanctions à instaurer au niveau national, y compris une harmonisation des amendes en cas d’infraction au règlement REMIT.

3. Observations générales

3.1.

Le CESE se félicite que sa demande de révision du règlement REMIT ait été entendue par la Commission. Il souligne que cette révision doit établir un cadre pour réduire les risques d’abus de marché en améliorant la transparence et la qualité des données du marché. L’objectif général devrait être d’atténuer les effets de distorsion sur la fixation des prix résultant d’éventuels abus de marché et spéculations. Dans le même temps, il convient de prêter attention aux conséquences pouvant résulter de la liquidité du marché et des entraves à l’entrée sur le marché auxquelles les nouveaux acteurs du marché sont confrontés. Il est nécessaire que les règles du marché soient claires, se voient renforcées et ne nuisent pas à la concurrence. Le CESE indique que l’énergie ne constitue pas un bien parmi d’autres, mais bien une composante essentielle de notre système économique et social, et qu’elle présente donc les caractéristiques d’un bien public et devrait, à cet égard, être accessible à tous.

3.2.

Plusieurs États membres ont mis en place des plateformes de transparence du marché et le Réseau européen des gestionnaires de réseau de transport (REGRT) gère, pour sa part, une plateforme européenne. Toutefois, réaliser une analyse systématique et faire connaître au grand public les données disponibles sur ces plateformes permettraient aux consommateurs et aux petits acteurs du marché de mieux comprendre les irrégularités et d’y réagir.

3.3.

Le CESE approuve l’objectif fondamental de la proposition de remédier aux manipulations des marchés de l’énergie et de lutter contre celles-ci. À cet effet, il juge important de surveiller de manière efficace et transparente les activités sur le marché. Il accueille favorablement le fait que la révision du règlement REMIT complète la série de mesures prises par l’Union contre différentes formes de spéculation sur son marché, telles que celles qui empêchent les manipulations liées au non-remplissage des installations de stockage du gaz. Il soutient la proposition visant à élargir la définition des produits énergétiques de gros afin de couvrir également l’émission d’ordres dans des pays tiers susceptibles d’entraîner une livraison dans l’Union.

3.4.

Le CESE insiste sur le fait qu’il convient de prendre des mesures et de faire preuve de vigilance au niveau national, et il encourage les autorités nationales à coopérer autant que possible avec leurs homologues dans tous les États membres ainsi qu’avec les régulateurs européens. Ce n’est qu’à cette condition que le travail pourra être efficace.

3.5.

Le Comité souligne également que toute initiative doit être précédée d’un débat rigoureux et d’une analyse d’impact (3). Tout en sachant qu’une telle demande allongerait la durée de la procédure, il insiste sur la nécessité de mieux légiférer. Il regrette dès lors que les propositions relatives à l’organisation du marché de l’électricité n’aient pas fait l’objet d’une consultation et d’une analyse d’impact complètes. Il prend acte du document de travail des services de la Commission, mais indique que ce type de document ne suit pas la même procédure que les analyses d’impact. À cet égard, il précise que les nouvelles mesures doivent respecter le principe de proportionnalité et que les acteurs du marché ne devraient pas être surchargés d’obligations d’information.

4. Observations particulières

4.1.

Le CESE se félicite de la mise en place du système d’élaboration et de publication d’évaluations du prix et d’indices de référence pour le GNL.

4.2.

Tout en soulignant qu’il y a lieu d’améliorer la qualité des données et la transparence des échanges commerciaux, le CESE juge important de rationaliser les processus et les exigences en matière de données et d’informations afin de réduire au minimum la charge administrative. En ce qui concerne les nouvelles exigences relatives au trading algorithmique, la proposition pourrait contribuer à créer des conditions de concurrence inégales entre les acteurs du marché dans l’ensemble de l’Union, étant donné que la périodicité des obligations d’information relève exclusivement de la compétence nationale.

4.3.

Le CESE approuve le renforcement de la coopération et du partage d’informations entre les autorités compétentes en matière d’énergie, de concurrence et de réglementation financière. Dans la même optique, le Comité salue le fait que les définitions des informations privilégiées et des manipulations de marché sont alignées sur la réglementation des marchés financiers.

4.4.

Le CESE met également en avant l’importance de la coopération entre les autorités nationales et celles de l’Union. En même temps, il souligne cependant qu’il convient de veiller à ce qu’une répartition appropriée et efficace des tâches soit assurée entre les autorités de régulation nationales et l’ACER. L’élargissement des pouvoirs de contrôle de l’ACER suscite des inquiétudes quant à sa capacité à gérer toutes les tâches, compte tenu des défis auxquels elle est confrontée pour gérer le vaste programme actuel. Les autorités nationales doivent être renforcées et dotées de règles plus claires. L’ACER devrait se concentrer sur son rôle de coordinatrice.

4.5.

Le pouvoir d’effectuer des inspections sur place et de prendre des décisions en ce qui concerne les infractions au règlement REMIT devrait continuer de relever de la compétence nationale, étant donné que les conditions de la responsabilité pénale sont déterminées, en fin de compte, dans le cadre de la compétence exclusive des États membres.

4.6.

Le CESE convient que les sanctions doivent être efficaces, dissuasives et proportionnées. Dans ce contexte, le Comité note que les amendes proposées pour les personnes morales et physiques sont très élevées.

Bruxelles, le 14 juin 2023.

Le président du Comité économique et social européen

Oliver RÖPKE


(1) Règlement (UE) no 1227/2011 du Parlement européen et du Conseil du 25 octobre 2011 concernant l’intégrité et la transparence du marché de gros de l’énergie (JO L 326 du 8.12.2011, p. 1).

(2) Règlement (UE) 2019/942 du Parlement européen et du Conseil du 5 juin 2019 instituant une agence de l’Union européenne pour la coopération des régulateurs de l’énergie (JO L 158 du 14.6.2019, p. 22).

(3) Avis du Comité économique et social européen sur la communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions — «Interventions sur le marché de l’énergie à court terme et améliorations à long terme de l’organisation du marché de l’électricité — ligne de conduite» [COM(2022) 236 final] (JO C 75 du 28.2.2023, p. 185).


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