| CELEX | 52023AE1885 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | jeudi 21 septembre 2023 |
| Journal officiel | FR Séries C |
| C/2023/883 | 8.12.2023 |
Avis du Comité économique et social européen sur la communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions — «Stratégie de l’UE en matière de santé mondiale — Une meilleure santé pour tous dans un monde en mutation»
[COM(2022) 675 final]
(C/2023/883)
| Rapporteurs: | Paulo BARROS VALE Carlos Manuel TRINDADE Danko RELIĆ |
| Consultation | Commission européenne, 8.2.2023 |
| Base juridique | Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne |
| Compétence | Section «Relations extérieures» |
| Adoption en section | 18.7.2023 |
| Adoption en session plénière | 21.9.2023 |
| Session plénière no | 581 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 207/0/2 |
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | Le Comité économique et social européen (CESE) est favorable à l’adoption d’une approche globale renouvelée concernant la stratégie de l’Union en matière de santé mondiale, qui aborde les déterminants sociaux, économiques et environnementaux des perspectives en matière de santé, s’agissant d’une couverture santé universelle garantie, du changement climatique, de la diminution de la biodiversité, de la pollution croissante de l’environnement, ainsi que des nouvelles possibilités qu’offrent l’amélioration des connaissances et l’innovation technologique. |
| 1.2. | Le CESE reconnaît qu’il est urgent d’agir au niveau mondial pour lutter contre les maladies transmissibles et non transmissibles. Il insiste sur l’importance de renforcer les systèmes de surveillance des maladies, de promouvoir les programmes de vaccination, d’améliorer l’accès aux médicaments essentiels, de lutter contre la résistance aux antimicrobiens et de renforcer les systèmes de santé pour prévenir et gérer efficacement les maladies transmissibles. Il attire également l’attention sur l’élaboration de stratégies de prévention, la détection précoce, la sensibilisation aux facteurs de risque, la collaboration entre les parties prenantes et la prise en compte des déterminants sociaux dans la prévention et la gestion des maladies non transmissibles. |
| 1.3. | Le CESE souligne qu’il importe d’adopter une approche globale de la santé et du bien-être en s’attaquant aux déterminants sociaux, économiques et environnementaux de la santé, et de mettre en place des politiques et des actions visant à lutter contre la pauvreté, les inégalités et le manque d’accès à l’éducation, et à promouvoir un environnement sain. Le CESE soutient également la promotion de la santé génésique et des droits en matière de contraception. |
| 1.4. | Il estime en outre que les considérations sanitaires, y compris celles relatives à la santé mentale, doivent être intégrées dans tous les domaines de l’engagement extérieur de l’Union européenne, et notamment dans les accords commerciaux, la coopération au développement et d’autres initiatives pertinentes. |
| 1.5. | Le CESE préconise que l’Union européenne intensifie les investissements dans le domaine de la santé, de manière à renforcer son rôle de chef de file mondial en matière de promotion de la santé et des systèmes de soins de santé, tout en stimulant sa propre croissance économique et en créant des conditions lui permettant d’affermir son action dans le domaine du développement technologique et de l’innovation, entre autres objectifs. Les priorités fixées en matière de développement des infrastructures, d’accès universel aux soins de santé et de développement des soins de santé primaires doivent tenir pleinement compte des principes et des outils qui conditionnent des soins de santé intégrés centrés sur la personne. |
| 1.6. | Le CESE insiste sur la nécessité de faire progresser rapidement le projet d’espace européen des données de santé et de se concentrer sur les objectifs d’autonomisation personnelle qu’il poursuit, ainsi que sur ses retombées à l’échelle mondiale. Le CESE recommande d’adopter une approche de pilotage qui s’inspire de l’expérience des pays plus avancés dans le processus de numérisation grâce aux travaux déjà réalisés dans le cadre du réseau européen «Santé en ligne», y compris certains partenaires mondiaux. |
| 1.7. | Le CESE s’inquiète des difficultés que pose la pénurie de personnel de santé observée actuellement en Europe et dans le monde. Le CESE recommande que la stratégie de l’Union européenne en matière de santé mondiale renforce ses politiques relatives au personnel de santé en tenant compte des considérations suivantes: a) le personnel de santé doit bénéficier d’une amélioration de ses conditions de travail grâce à une convergence vers le haut et à un nivellement par le haut des conditions de travail au sein de l’Union et dans le monde, et b) il ne fait aucun doute que la migration du personnel de santé est une question complexe et difficile, mais il convient toutefois d’y répondre d’urgence et de manière adéquate. À cet égard, la notion de «migration circulaire» doit également entrer en ligne de compte. |
| 1.8. | Le CESE recommande vivement que la stratégie et la mission de santé mondiale soient axées sur le principe consistant en «plus de santé et moins de maladies» en adoptant des stratégies nationales et transnationales de promotion de la santé, de prévention des maladies et de diffusion des connaissances en matière de santé. Elles devraient aussi sensibiliser le grand public aux habitudes saines, qu’il s’agisse de l’activité physique, d’une alimentation saine, de la prévention des maladies, du respect pour l’animal, l’environnement et l’écosystème, ainsi qu’à un recours adéquat aux services de santé. |
| 1.9. | Si les systèmes de soins de santé relèvent toujours de la responsabilité des États membres, le CESE soutient la mise au point de systèmes d’information intégrés au niveau national et international afin de renforcer la surveillance épidémiologique, la détection précoce et l’identification mondiale des maladies de type transmissible ou autre, en mettant l’accent sur le concept «Une seule santé». Dans ce même contexte, le CESE souligne qu’il importe de mener à bien la transition numérique, en ce qu’elle constitue un nouveau déterminant dans le domaine de la santé, et de consacrer à la fois une attention particulière et des aides et investissements ciblés à la santé mentale, aux questions de genre, aux handicaps, à l’harmonisation des besoins des différentes générations, à la migration et aux marchés du travail, aux déterminants commerciaux de la santé, aux mégadonnées et aux indicateurs de santé, aux aspects concurrentiels des systèmes mondiaux d’information en matière de santé et à l’impact de l’environnement sur la santé («empreinte environnementale sur la santé»). |
| 1.10. | L’Union européenne mène déjà un très grand nombre d’actions relatives à la santé dans le monde entier. Le CESE recommande vivement de les réaligner sur les objectifs et les priorités de la stratégie mondiale et d’y ajouter des initiatives pertinentes conformes à ces priorités. Il préconise en outre le développement d’une diplomatie solide en matière de santé. Dans ce contexte, le CESE soutient pleinement la demande de l’Union d’être invité à siéger en qualité d’observateur au sein de l’Organisation mondiale de la santé. |
| 1.11. | Le CESE soutient l’affirmation qui figure dans la communication, selon laquelle nous connaissons actuellement un contexte géopolitique mondial particulièrement complexe dans lequel les défis à relever en matière sanitaire à l’échelle planétaire nécessitent des partenariats et une coopération internationale, au sein desquels l’Union peut jouer un rôle important qu’il convient d’élargir et de fortifier à partir d’une approche multilatérale. |
| 1.12. | Le CESE insiste sur la nécessité de disposer d’organes et de processus scientifiques consultatifs bien développés afin de garantir que la recherche et les connaissances soient correctement prises en compte lors de la prise de décisions politiques. |
| 1.13. | Le CESE déplore les progrès insuffisants réalisés en matière de santé universelle par rapport aux ambitions du programme de développement durable à l’horizon 2030 et des objectifs qui en découlent (ODD). Les pays les plus démunis devraient bénéficier d’un programme plus conséquent d’aide au développement. Il convient de poursuivre les stratégies et les actions de coopération en faveur du développement avec ces pays, caractérisés par des conditions socio-économiques élémentaires qui entravent considérablement leur capacité de promotion et de protection de la santé. |
| 1.14. | Le CESE invite à améliorer la gouvernance au niveau national, là où les mesures concrètes sont appliquées. La question de la mise en œuvre revêt une importance cruciale. La gestion du changement doit tenir compte de la complexité des systèmes de santé et favoriser la conversion d’actions morcelées et non coordonnées en approches plus systémiques. Pour ce faire, il est nécessaire de disposer, au sein des administrations publiques, d’une instance bien définie qui soit capable de mener des travaux d’analyse, de planification et de gestion sur un mode stratégique. L’atmosphère participative, le contexte culturel et l’engagement continu qui sont attendus en matière de bonne gouvernance exigent de troquer une culture relevant de l’approche hiérarchique contre une intelligence collective, équitablement répartie et collaborative. Le CESE plaide en faveur d’un mécanisme de participation de la société civile qui permettrait de mettre effectivement en œuvre une stratégie commune. |
2. Observations générales
| 2.1. | La dernière communication de la Commission à ce sujet a été publiée en 2010. Depuis lors, plusieurs évolutions importantes ont été observées s’agissant du changement climatique, de la diminution de la biodiversité, de la pollution croissante de l’environnement, ainsi que des nouvelles possibilités qu’offrent l’amélioration des connaissances et l’innovation technologique. Elles nécessitent une approche renouvelée de la stratégie de l’Union européenne en matière de santé mondiale. |
| 2.2. | Les expériences de ces dernières années, en particulier la pandémie de COVID-19, ont plus que jamais mis en évidence le fait que la santé n’a pas de frontières. Le bien-être et la vie des citoyens, la prospérité et la stabilité des sociétés et des économies, tout comme le développement durable, dépendent de la prise en compte de la santé sous cet angle. |
| 2.3. | Fondée sur des idées émanant des États membres de l’Union, la stratégie à l’étude propose des moyens d’améliorer la coordination dans la pratique. La démarche implique notamment de faciliter l’échange d’informations et de renseignements entre l’Union et ses États membres et de renforcer la coordination qu’elle assure avec eux en amont, au sein des forums du G7, du G20 et de l’OCDE. La concrétisation des objectifs de cette stratégie suppose une meilleure coordination entre la Commission, les États membres et les partenaires concernés. |
| 2.4. | La stratégie à l’examen définit trois priorités de l’Union européenne en matière de santé mondiale: (1) améliorer la santé et le bien-être des personnes tout au long de leur vie, (2) renforcer les systèmes de santé et faire progresser la couverture santé universelle et, enfin, (3) prévenir et combattre les menaces pour la santé, pandémies comprises, en suivant une approche fondée sur le principe «Une seule santé». La communication de la Commission décrit également, en ses chapitres 3 à 7, les questions de gouvernance dont il convient de tenir compte pour atteindre ces priorités. |
3. Améliorer la santé et le bien-être des personnes tout au long de leur vie
| 3.1. | Le CESE est fermement convaincu de la nécessité de considérer la santé comme un droit social fondamental et la base du développement socio-économique des États membres et de leur évolution future. Il fait valoir qu’il importe de concrétiser à l’échelle mondiale les ODD liés à la santé, en particulier les objectifs 1, 3, 5, 8, 10, 16 et 17. Conformément aux recommandations de la conférence sur l’avenir de l’Europe, il s’engage à tirer parti de la force collective de l’Union européenne et à dialoguer avec les pays du monde entier afin de contribuer activement à la réalisation de ces objectifs, en promouvant l’équité mondiale en matière de santé. |
| 3.2. | Le CESE insiste sur la nécessité de remédier aux causes profondes des problèmes de santé, y compris les facteurs sociaux et environnementaux, et de donner la priorité aux actions qui s’y attaquent et qui promeuvent un environnement sain (1), (2), (3), (4). En outre, le CESE recommande d’améliorer les conditions de travail, de lutter contre les effets du changement climatique et de réduire les inégalités en matière de santé. Le CESE souligne l’importance capitale de l’insertion sociale pour promouvoir la santé mentale et le bien-être. |
| 3.3. | Reconnaissant que le comportement individuel contribue largement à la santé d’une personne (5), le CESE fait valoir que les services de santé, y compris les hôpitaux et les prestataires de soins de santé, influencent eux aussi fortement la santé des citoyens. Le Comité souligne par conséquent qu’il est nécessaire de s’atteler aux facteurs politiques, socio-économiques et environnementaux. Il s’agit notamment de prôner des politiques qui favorisent la santé sous toutes ses formes, aussi bien dans les accords commerciaux que dans le cadre de la coopération au développement et d’autres domaines de l’engagement extérieur de l’Union. |
| 3.4. | Le CESE se prononce en faveur d’une approche fondée sur la couverture santé universelle tout au long de la stratégie et fait observer qu’il importe d’aborder les besoins en matière de santé en tenant compte du sexe et du genre des patients, en adoptant une approche fondée sur le cycle de vie qui englobe les femmes, les enfants, les jeunes, les personnes âgées, les personnes handicapées et d’autres groupes minoritaires et vulnérables, en accordant une attention particulière aux questions intersectionnelles. En outre, le Comité promeut l’égalité entre les hommes et les femmes pour lutter contre la pauvreté, soutient le principe de non-discrimination quelle que soit l’origine des patients et souhaite qu’une attention particulière soit accordée à la santé des enfants, à la santé des adolescents, au vieillissement en bonne santé et au respect de la vie privée et du consentement éclairé. Le CESE soutient également la promotion de la santé génésique et des droits en matière de contraception. |
| 3.5. | Le CESE reconnaît qu’il est urgent pour l’Union européenne d’endosser un rôle de chef de file dans la lutte contre les maladies transmissibles. Il plaide en faveur du renforcement des systèmes de surveillance des maladies, de la promotion des programmes de vaccination, de l’amélioration de l’accès aux médicaments essentiels pour le traitement des maladies transmissibles, de la lutte contre la résistance aux antimicrobiens et de la consolidation des systèmes de santé pour prévenir et gérer efficacement les maladies transmissibles. |
| 3.6. | Le CESE met en exergue l’importance de prévenir et gérer les maladies non transmissibles. Il préconise d’élaborer des stratégies de prévention, d’améliorer la détection précoce, de sensibiliser davantage aux facteurs de risque et aux moyens de prévention, de favoriser la collaboration entre les parties prenantes, de prendre en compte les facteurs déterminants de nature sociale et de soutenir la recherche et l’innovation dans la gestion des maladies non transmissibles. |
| 3.7. | Le CESE fait observer qu’il y a lieu d’améliorer l’accès aux services de prévention, de les rendre inclusifs et de renforcer les systèmes de soins de santé primaires. Il recommande d’étendre à tout un chacun l’accès aux services de prévention, de mettre les patients aux commandes de leur santé grâce à des initiatives favorisant la diffusion du savoir en matière sanitaire et des modèles de soins centrés sur le patient, de promouvoir les technologies de santé numériques et d’investir dans les communautés à faibles revenus et marginalisées, en accordant une attention particulière à leurs besoins en matière de santé. |
| 3.8. | Il convient d’encourager des modes de vie et des comportements sains au moyen de campagnes d’éducation et de promotion de la santé, d’interventions de proximité et de mesures politiques visant à réduire la consommation de tabac et d’alcool, dans la mesure où les choix individuels contribuent énormément à une vie en bonne santé. Le CESE rappelle également l’importance de la santé et de la sécurité au travail, y compris le soutien à la santé mentale et les politiques favorisant l’équilibre entre vie professionnelle et privée. |
| 3.9. | Le CESE reconnaît que la santé mentale dépend de divers facteurs sociaux, économiques et environnementaux. Il plaide dès lors en faveur de politiques qui accordent la priorité à la santé mentale dans tous les domaines de l’engagement extérieur de l’Union, et notamment dans les accords commerciaux, la coopération au développement et d’autres initiatives pertinentes. Le CESE estime qu’en intégrant les considérations relatives à la santé mentale dans ces domaines, il sera possible de promouvoir une approche globale de la santé et du bien-être, favorisant à terme une Europe plus inclusive et plus durable pour tous ses citoyens. |
| 3.10. | Le CESE souligne la nécessité d’écarter les risques sanitaires liés à l’environnement et aux catastrophes naturelles, de réduire l’exposition aux toxines, d’améliorer la qualité de l’air et de l’eau, de promouvoir une mobilité durable et non nocive pour la santé et d’intégrer dans la planification urbaine des infrastructures et des espaces publics verts ainsi que des modes de transport actifs. |
4. Renforcer les systèmes de santé et faire progresser la couverture santé universelle
| 4.1. | La communication décrit clairement les aspects liés à la mise en place de systèmes de santé efficaces, résilients et accessibles. Les principes directeurs proposés par la Commission, que les États membres participants seront encouragés à suivre, concernent plusieurs questions cruciales: (i) améliorer les soins de santé primaires grâce à une capacité d’intensification intégrée, (ii) favoriser la numérisation en tant qu’outil fondamental, (iii) stimuler la recherche mondiale dans le domaine de la santé et (iv) remédier aux principaux problèmes de main-d’œuvre. |
| 4.2. | La plupart des États membres de l’Union européenne ont atteint un niveau élevé de santé et de bien-être (c’est-à-dire que leurs indicateurs de santé sont relativement positifs), offrent à leurs citoyens une couverture santé universelle et disposent de systèmes de soins de santé performants. Dans ce contexte, la position de l’Union est telle qu’elle serait susceptible de jouer un rôle de premier plan en ce qui concerne la santé mondiale. |
| 4.3. | Le CESE fait valoir qu’en renforçant les investissements dans le domaine de la santé, l’Union pourrait continuer à consolider ce rôle de chef de file de manière à stimuler sa propre croissance économique et à créer, grâce à ses systèmes de santé, des conditions lui permettant d’affermir son action dans le domaine du développement technologique et de l’innovation. Cette ambition a plus de chance de se concrétiser si les politiques économiques, financières et sociales sont bien harmonisées plutôt que hiérarchisées. |
| 4.4. | Dans de nombreux pays, des efforts considérables sont nécessaires pour développer les infrastructures de services de santé. Garantir à chacun un accès universel aux soins essentiels constitue une priorité absolue, qui ne devrait toutefois pas, de l’avis du CESE, prendre le pas sur l’enjeu que représente l’adoption, en matière de qualité des soins, des principes élémentaires qui sont aujourd’hui universellement reconnus comme pertinents pour le développement des systèmes de santé. L’un d’entre eux est celui des démarches de soin centrées sur la personne, lesquelles demandent notamment de veiller à ce que chacun puisse exprimer «sa voix et son choix» quant à l’ensemble des décisions relatives à ses soins de santé, dans le cadre adopté par chaque pays en la matière et dans le contexte d’investissements massifs pour diffuser parmi la population des connaissances tant générales que concernant spécifiquement les soins de santé ou l’environnement numérique. Il importe tout autant de veiller à ce que les prescriptions médicales de différents types tiennent compte des conséquences qu’elles peuvent avoir sur les conditions de vie et le vécu du patient (6). |
| 4.5. | Le CESE demande qu’une attention particulière soit accordée au passage de soins morcelés et épisodiques à un parcours de soins continu et intégré. L’enjeu consiste à soigner sur de longues durées tant les patients atteints de maladies transmissibles que les personnes présentant une multimorbidité, très souvent associée au processus de vieillissement. L’intégration fonctionnelle a trait à la capacité de gérer efficacement les parcours des patients dans leur recherche des différents types de services dont ils ont besoin. |
| 4.6. | Le CESE attire l’attention sur l’importance de décentraliser la prise de décision pour la rapprocher du prestataire de soins et du patient, tant pour les performances du premier que pour la satisfaction du second. |
| 4.7. | La communication met en évidence la nécessité d’obtenir un impact transformationnel au moyen d’une initiative «Équipe Europe» relative à la santé numérique, en s’appuyant sur les principes qui sous-tendent le projet d’espace européen des données de santé. Le CESE affirme que les systèmes d’information centrés sur les personnes doivent transcender le simple partage de données pour évoluer vers l’adoption de plans partagés de santé individuelle qui soient axés sur des résultats bien définis et fixés d’un commun accord, susceptibles d’être suivis et évalués par toutes les personnes participant officiellement à un parcours de soins donné. Il estime également, compte tenu de la concurrence mondiale considérable dans ce domaine, qu’il convient de faire progresser rapidement cette initiative européenne, par exemple au moyen d’une approche de pilotage qui s’inspire de l’expérience des pays plus avancés dans le processus de numérisation grâce aux travaux déjà réalisés dans le cadre du réseau européen «Santé en ligne», qui comprend, à présent, certains partenaires mondiaux. La création par l’OMS d’un réseau mondial de certification fondé sur le certificat COVID efficace instauré par l’Union européenne constitue un pas dans la bonne direction. |
| 4.8. | Le CESE est d’avis qu’une attention particulière doit être consacrée à la modernisation des infrastructures locales de santé publique, que ce soit sur le plan technique, technologique ou des ressources humaines, comme la nécessité en est devenue on ne peut plus manifeste lors de la gestion de la pandémie de COVID-19. Il y a lieu de mettre davantage l’accent sur le développement des capacités en ce qui concerne l’analyse des besoins en matière de services de santé et de soins de proximité ainsi que des éventuelles futures menaces et, dans la foulée, sur l’élaboration de stratégies locales en matière de santé, prévoyant des dispositions pour les situations d’urgence. |
| 4.9. | Le CESE souhaite insister fortement sur l’attention toute particulière qu’il convient d’accorder au personnel de santé à l’heure actuelle (7). Des conditions et un environnement de travail attrayants, la sensibilisation aux attentes actuelles en matière de mode de vie et la confiance dans le présent et l’avenir des organisations pour lesquelles ces personnes travaillent revêtent une importance capitale. Les processus de convergence et de nivellement par le haut au sein de l’Union doivent leur garantir de meilleures conditions de travail et un accès à des formations et des programmes de reconversion adéquats. Il importe de ne pas surcharger les prestataires de soins de contraintes administratives et de préserver leur temps de travail. Une planification régulière des ressources humaines est essentielle. |
| 4.10. | L’une des principales problématiques en rapport avec les personnels de santé à l’échelle mondiale est constituée par le flux migratoire des plus significatif de professionnels de la santé qui quittent des pays à revenu faible ou intermédiaire pour des pays à revenu élevé. À l’avenir, cette tendance ne fera sans doute que s’accentuer, étant donné que les pénuries de personnel de santé dans les économies développées semblent s’aggraver. Le CESE reconnaît qu’il s’agit assurément d’une question complexe et difficile, qu’il s’impose toutefois d’aborder de manière adéquate et sans tarder. À cet égard, la notion de «migration circulaire» doit également entrer en ligne de compte (8). |
| 4.11. | Pour un développement adéquat des systèmes de santé, il est indispensable de soutenir des recherches pertinentes dans ce domaine. Le CESE estime toutefois que cet impératif vaut pour chacun des trois domaines d’action prioritaires mentionnés dans la communication et qu’il requiert une série de partenariats dont les administrations publiques, le monde universitaire, la société civile et l’industrie seraient parties prenantes, tout en excluant cependant les secteurs qui portent préjudice à la santé tels que ceux du tabac et de l’alcool, de sorte que la question ainsi soulevée s’inscrirait peut-être mieux dans le contexte de la gouvernance. |
5. Prévenir et combattre les menaces pour la santé, pandémies comprises, en suivant une approche fondée sur le principe «Une seule santé»
| 5.1. | L’Union européenne, en collaboration avec ses États membres, développe des interactions étroites avec les Nations unies et les organisations qui en dépendent, y compris l’Organisation mondiale de la santé. Ces relations visent notamment à mettre au point de meilleures méthodes de préparation, de prévention et de réaction face aux pandémies, comme en témoigne la convention-cadre de l’OMS sur la préparation et la riposte aux pandémies. Le CESE préconise que l’Union mette en œuvre l’organisation des systèmes de santé sur son territoire et dans toute l’Europe avant de se positionner au centre d’une stratégie mondiale en adaptant sa propre stratégie aux spécificités et aux limites objectives de chacun des systèmes de santé concernés. |
| 5.2. | Le CESE réaffirme la nécessité de définir une stratégie et une mission de santé mondiale qui soient axées sur le principe «plus de santé et moins de maladies» en adoptant des stratégies nationales et transnationales de promotion de la santé, de prévention des maladies et de diffusion du savoir en matière de santé. Elles devraient aussi sensibiliser le grand public aux habitudes saines, qu’il s’agisse de l’activité physique, d’une alimentation saine, de la prévention des maladies, du respect pour l’animal, l’environnement et l’écosystème, ainsi qu’à un recours adéquat aux services de santé. |
| 5.3. | Le CESE recommande vivement aux pays de créer des instituts publics nationaux indépendants dotés d’un budget propre adapté à la mission «plus de santé et moins de maladies», lesquels doivent faire appel à des professionnels de différents domaines stratégiques afin qu’il soit possible de mener un travail coordonné en équipe. L’éducation, l’architecture, l’ingénierie, la physique, la médecine humaine et vétérinaire et d’autres domaines liés à la santé mondiale, de même que les étudiants, les municipalités et l’environnement, constituent autant de facteurs qui doivent tous être pris en compte dans l’élaboration d’une stratégie à cet égard, au moyen de programmes éducatifs pour la santé globale qui seront dispensés en premier lieu dans les écoles pour se poursuivre ensuite dans l’enseignement polytechnique et les universités, et auxquels seront associés des villes et communes soucieuses de la santé, à l’exemple du réseau des «villes qui marchent» (9) et des «villes du quart d’heure». Les stratégies devraient par ailleurs tenir compte de l’ingénierie, y compris la bio-ingénierie et les technologies de l’information, et s’étendre à l’ensemble des structures de santé et des collectivités locales, dans une approche soucieuse de protéger l’environnement, les personnes et les animaux. |
| 5.4. | Le CESE souligne l’importance:
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| 5.5. | Le CESE encourage l’Union à jouer un rôle moteur, aux échelons national et mondial, dans la structuration des réponses, des plans d’urgence et des capacités en matière de soins, ainsi que dans la constitution de réserves stratégiques nationales et internationales d’équipements et de médicaments. |
| 5.6. | Le CESE recommande d’investir dans la formation des professionnels de la santé publique et d’autres types d’acteurs, de développer leurs capacités et de procéder à leur recrutement, ainsi que de promouvoir une gestion efficace des ressources humaines. |
| 5.7. | Le CESE souligne la nécessité de renforcer la gouvernance clinique grâce à l’expérience, à un positionnement de pointe, à l’autonomie et à la pratique des budgets pluriannuels, dans le respect des recommandations techniques, de manière à conforter la sécurité sanitaire générale. |
| 5.8. | Le CESE indique qu’il y a lieu d’améliorer efficacement les mécanismes de coopération internationale en ce qui concerne les prix des médicaments, y compris au moyen de marchés publics, en facilitant l’accès à de nouvelles thérapies dans des conditions favorables. |
| 5.9. | Le CESE insiste sur l’importance de mettre au point des systèmes d’information intégrés au niveau national et international afin de renforcer la surveillance épidémiologique, la détection précoce et l’identification mondiale des maladies de type transmissible ou autre, en mettant l’accent sur le concept «Une seule santé». |
| 5.10. | Le CESE plaide en faveur d’une couverture santé complète, reposant sur la protection sociale, qui soit non seulement en vigueur pendant les périodes de pandémie, mais aussi à tout autre moment. |
| 5.11. | Le CESE estime qu’il convient d’accentuer le rôle essentiel de la défense dans la sécurité nationale, notamment en ce qui concerne les urgences de santé publique, en s’attachant particulièrement aux investissements dans les infrastructures et les équipements, afin que la planification, l’organisation et les moyens disponibles contribuent à l’état de préparation à d’éventuelles pandémies. La santé universelle doit prévaloir en toutes circonstances, y compris en temps de conflit. |
6. Gouvernance
| 6.1. | L’Union européenne mène déjà un très grand nombre d’actions relatives à la santé dans le monde entier. Le CESE reconnaît la nécessité de les réaligner sur les objectifs et les priorités de la stratégie mondiale et que sa gouvernance repose en grande partie sur l’ajout d’initiatives pertinentes conformes à ces priorités. |
| 6.2. | Le CESE soutient l’affirmation qui figure dans la communication, selon laquelle nous connaissons actuellement un contexte géopolitique mondial particulièrement complexe dans lequel la stratégie de l’Union européenne en matière de santé mondiale peut jouer un rôle essentiel, une approche multilatérale des politiques extérieures de l’Union étant également nécessaire. |
| 6.3. | Le CESE soutient l’affirmation selon laquelle les enjeux sanitaires mondiaux nécessitent des partenariats et une coopération internationale, par lesquels l’Union peut jouer un rôle important, qu’il convient d’élargir. La décision d’accorder à l’Union un statut d’observateur au sein de l’OMS, que le CESE soutiendrait sans réserve, pourrait constituer un pas important dans cette direction. Les principes énoncés dans le rapport de l’OMS sur la santé pour tous méritent une attention particulière dans le cadre de la gouvernance de la santé mondiale (12). Les capacités et les compétences relatives à la diplomatie en matière de santé doivent être développées plus avant et peuvent contribuer largement à l’établissement de ces partenariats. |
| 6.4. | Le CESE déplore les progrès insuffisants réalisés en matière de santé universelle par rapport aux ambitions du programme de développement durable à l’horizon 2030 et des objectifs qui en découlent (ODD). Il importe de rappeler que les ODD doivent être traités de manière conjointe comme des défis à relever en matière de développement. Les pays les plus démunis devraient bénéficier d’un programme plus conséquent d’aide au développement. |
| 6.5. | Le CESE tient à souligner qu’il importe de poursuivre les stratégies et les actions de coopération en faveur du développement avec ces pays, en particulier ceux caractérisés par des conditions socio-économiques de base qui entravent considérablement leur capacité de promotion et de protection de la santé. Il est proposé de faire de la «coopération en faveur du développement socio-économique» un élément explicite de la stratégie de l’Union en matière de santé mondiale. |
| 6.6. | Le CESE plaide en faveur d’un mécanisme de participation de la société civile qui permettrait de mettre effectivement en œuvre une stratégie commune. La société civile doit en effet y être associée, au vu de son rôle d’organe intermédiaire relayant les besoins du terrain pour qu’ils soient pris en compte dans les politiques de santé (recherche participative). Il y a lieu de renforcer les espaces de santé civique. L’économie sociale et les sociétés d’assurance mutuelle peuvent également jouer un rôle important à cet égard. |
| 6.7. | Le CESE soutient l’idée selon laquelle les actions et la gouvernance fondées sur des données probantes demandent à s’appuyer sur des processus et des organes consultatifs scientifiques bien développés. La recherche revêt une importance fondamentale, mais il est tout aussi crucial de veiller à ce que la connaissance joue son rôle légitime dans la prise de décisions politiques. La pandémie de COVID-19 a récemment révélé que beaucoup de pays souffrent de graves lacunes s’agissant de créer des mécanismes adéquats en matière de conseil scientifique. |
| 6.8. | Le CESE fait valoir qu’il serait vivement souhaitable que les opérations de suivi et d’évaluation réalisées sur cette stratégie fassent l’objet d’une diffusion large et efficace, auprès des intervenants spécialisés comme du grand public. |
| 6.9. | Le CESE demande que la gouvernance soit améliorée au niveau national, là où les mesures concrètes sont appliquées (13). La question de la mise en œuvre revêt une importance cruciale. Plusieurs observations sont formulées à cet égard dans les paragraphes qui suivent. |
| 6.10. | L’adoption, dans la gouvernance nationale de la santé, d’une approche systématique de «gestion du changement» implique de disposer, au sein des administrations publiques, d’une instance bien définie qui soit capable de mener des travaux d’analyse, de planification et de gestion sur un mode stratégique. Il conviendrait notamment que cette structure soit dotée des compétences nécessaires pour analyser en permanence les propositions figurant au programme de chacune des parties prenantes pour le présent ou dans une vision prospective, et qu’elle soit à même de les fondre en politiques qui fassent consensus. Elle doit aussi se montrer capable de gérer simultanément et de façon coordonnée les principaux paramètres caractéristiques du système de santé qui interviennent pour enclencher des changements. |
| 6.11. | Nos sociétés actuelles se caractérisent par la diversité des sources d’initiatives. L’atmosphère participative, le contexte culturel et l’engagement continu qui sont attendus en matière de bonne gouvernance exigent de troquer une culture d’approche hiérarchique contre une intelligence collective, distribuée et collaborative. À cette fin, il convient de promouvoir des mécanismes de mise en réseau communautaires et numériques. Ces considérations sont particulièrement importantes en ce qui concerne la bonne gouvernance nationale ou locale. |
Bruxelles, le 21 septembre 2023.
Le président du Comité économique et social européen
Oliver RÖPKE
(1) National Academies of Sciences, Engineering, and Medicine; Health and Medicine Division; Board on Population Health and Public Health Practice; Committee on Community-Based Solutions to Promote Health Equity in the United States. Communities in Action: Pathways to Health Equity, Baciu A, Negussie Y, Geller A, Weinstein JN, editors, Washington (DC): National Academies Press (US), 11 janvier 2017. PMID: 28418632.
(2) Healthy environments for healthier populations: Why do they matter, and what can we do? [«Des environnements sains pour des populations plus saines: quel rôle jouent-ils et comment pouvons-nous agir?»], Genève, Organisation mondiale de la santé, 2019 (WHO/CED/PHE/DO/19.01) (en anglais uniquement).
(3) Policies, regulations and legislation promoting healthy housing: a review [«Politiques, réglementations et législation visant à promouvoir un logement sain: évaluation»], Genève, Organisation mondiale de la santé, 2021 (en anglais uniquement).
(4) Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Politique de l’eau: entre désertification et sécurisation, est venu le temps d’une diplomatie bleue» [avis d’initiative] la «Politique de l’eau: entre désertification et sécurisation, est venu le temps d’une diplomatie bleue» (JO C, C/2023/862, 5.12.2023, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2023/862/oj).
(5) Short SE, Mollborn S. Social Determinants and Health Behaviors: Conceptual Frames and Empirical Advances [«Déterminants sociaux et comportements sanitaires: cadres conceptuels et avancées empiriques»], Curr Opin Psychol, 5 octobre 2015, p. 78-84, doi: 10.1016/j.copsyc.2015.05.002. PMID: 26213711; PMCID: PMC4511598 (en anglais uniquement).
(6) Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Stratégie relative au personnel et aux soins de santé pour l’avenir de l’Europe» (avis d’initiative) (JO C 486 du 21.12.2022, p. 37).
(7) Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Stratégie relative au personnel et aux soins de santé pour l’avenir de l’Europe» (avis d’initiative) (JO C 486 du 21.12.2022, p. 37).
(8) Avis du Comité économique et social européen sur la proposition de directive du Parlement européen et du Conseil relative au statut des ressortissants de pays tiers résidents de longue durée [COM(2022) 650 final], sur la proposition de directive du Parlement européen et du Conseil établissant une procédure de demande unique en vue de la délivrance d’un permis unique autorisant les ressortissants de pays tiers à résider et à travailler sur le territoire d’un État membre et établissant un socle commun de droits pour les travailleurs issus de pays tiers qui résident légalement dans un État membre [COM(2022) 655 final] et sur la communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions — «Attirer des compétences et des talents dans l’UE» [COM(2022) 657 final] (JO C 75 du 28.2.2023, p. 136).
(9) Cidades que caminham/Ciudades que caminan.
(10) Avis du Comité économique et social européen sur la communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions présentant l’HERA, la nouvelle Autorité européenne de préparation et de réaction en cas d’urgence sanitaire [COM(2021) 576 final] (JO C 275 du 18.7.2022, p. 58).
(11) Conseil national d’éthique pour les sciences de la vie (CNECV), «État de prévoyance sanitaire face aux urgences de santé publique», recommandation 2/2022, juin 2022.
(12) Conseil de l’OMS sur l’économie de la santé pour tous, Health for all: transforming economies to deliver what matters — Final report [«La santé pour tous: transformer les économies pour fournir les résultats qui comptent le plus»], Genève, Organisation mondiale de la santé, 2023 (uniquement en anglais).
(13) Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Stratégie relative au personnel et aux soins de santé pour l’avenir de l’Europe» (avis d’initiative) (JO C 486 du 21.12.2022, p. 37).
ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2023/883/oj
ISSN 1977-0936 (electronic edition)
Avis institutionnel — 52023AB0047
29/12/2023
Avis institutionnel — 52023AS110596
28/12/2023
Avis institutionnel — 52023AS110744
28/12/2023
Avis institutionnel — 52023AS109365
28/12/2023