| CELEX | 52023AE2427 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | mercredi 20 septembre 2023 |
| Journal officiel | FR Séries C |
| C/2023/859 | 8.12.2023 |
Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Facilité pour la reprise et la résilience et politique de cohésion: vers une politique de cohésion 2.0»
(avis exploratoire)
(C/2023/859)
| Rapporteure: | María del Carmen BARRERA CHAMORRO |
| Corapporteur: | David SVENTEK |
| Consultation | Conseil — présidence espagnole, 18.4.2023 Lettre de Mercedes CABALLERO FERNÁNDEZ, secrétaire générale auprès du ministère des finances et de la fonction publique |
| Base juridique | Article 34 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne |
| Compétence | Section «Union économique et monétaire et cohésion économique et sociale» |
| Adoption en section | 8.9.2023 |
| Adoption en session plénière | 20.9.2023 |
| Session plénière no | 581 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 163/0/1 |
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | Le Comité économique et social européen (CESE) souligne que le principe fondamental de la politique de cohésion, à savoir que personne ne peut être laissé pour compte, reste correct et conserve toute sa validité, et que les partenaires de la société civile sont disposés à poursuivre leur travail en faveur de son application, qui passe par une action d’investissement robuste de la part de l’Union. L’esprit de cette politique doit être conservé, en dépit de ses imperfections. |
| 1.2. | Le CESE entend souligner que l’inégalité des chances peut exercer, au niveau des régions, des États membres et de toute l’Union, un effet dommageable sur la croissance et la compétitivité à long terme. Il est donc nécessaire de diversifier et d’assouplir davantage la politique de cohésion afin de pouvoir accorder une plus grande attention aux personnes, en particulier aux plus vulnérables, et de mieux lutter contre l’inégalité des chances à laquelle sont confrontées nombre d’entre elles. |
| 1.3. | Le CESE est d’avis qu’il y a lieu d’élargir, moderniser ou revoir l’éventail des instruments et des approches, afin de construire une politique de cohésion forte, efficace, flexible et renouvelée, en concentrant davantage l’attention, au-delà des seuls investissements, sur les capacités, les liens interrégionaux, l’efficacité des résultats et les perspectives offertes aux bénéficiaires des actions. Pour ce faire, il est nécessaire:
|
| 1.4. | Le CESE estime qu’il est essentiel, pour atteindre les objectifs assignés en matière de cohésion, que les politiques horizontales de l’Union européenne et celle de cohésion conjuguent leurs interventions, afin de conférer une efficacité accrue aux efforts destinés à réaliser la convergence régionale, grâce à des mesures à visée territoriale, en articulation avec les objectifs fondamentaux de l’Union européenne. Il est tout aussi important de veiller à ce que les politiques nationales interagissent avec l’action de cohésion. |
| 1.5. | Le CESE estime que la diversification et la spécialisation devraient se traduire par des différenciations encore plus poussées dans le domaine du soutien financier, des modalités d’aide, de la gestion budgétaire, des objectifs et des investissements. Pour que la politique de cohésion atteigne cette spécialisation accrue, il est indispensable de s’assurer de la participation des partenaires sociaux à tous les niveaux au sein des États membres, en s’appuyant sur les accords de concertation pertinents, car il s’agit d’un puissant outil pour concevoir et adapter les politiques et les fonds en fonction des réalités locales et régionales. |
| 1.6. | Le CESE estime qu’il importe tout particulièrement de demander aux États membres et aux régions de l’Union européenne d’associer les partenaires sociaux et les autres organisations de la société civile, de la manière la plus large et opérante possible, à l’élaboration de la politique de cohésion et au suivi de ses effets. Grâce à un engagement en ce sens, il sera possible de contrer les pressions qui s’exercent sur la démocratie, en augmentant l’adhésion aux politiques de l’Union européenne. Dans ce contexte, le CESE se félicite que le gouvernement espagnol lui ait demandé d’élaborer un avis exploratoire portant sur la création d’un instrument plus efficace, capable d’améliorer la politique de cohésion en vue de réaliser la convergence des régions européennes. |
| 1.7. | Le CESE est convaincu que la politique de cohésion doit rester la principale politique d’investissement de l’Union, s’agissant de soutenir la politique régionale européenne d’adaptation aux objectifs climatiques, de manière à parvenir à une société neutre en émissions de carbone et à assurer une transition qui produise des retombées positives, se traduisant par la création d’emplois stables et de qualité. Grâce au dispositif NextGenerationEU, la capacité budgétaire de l’Union a augmenté de manière substantielle, à hauteur d’environ 0,7 point de pourcentage de son PIB, de sorte qu’il est possible de continuer à développer certains de ses volets tournés vers l’innovation, tels que, entre autres, l’initiative relative aux investissements interrégionaux innovants I-3, la transition juste, ou encore une approche des investissements territoriaux intégrés qui soit plus poussée, respectant le principe de territorialisation. Il est vivement recommandé de garantir que la future politique de cohésion soit particulièrement engagée dans ces domaines. |
| 1.8. | Le CESE estime que la politique de cohésion doit renforcer les investissements numériques dans les programmes existants qui visent à combler la fracture du numérique, étant donné que la transition numérique comporte des risques du point de vue des disparités sociales et territoriales, en produisant des retombées pour ce qui concerne le marché du travail, sous l’effet de l’automatisation et de l’intelligence artificielle, des inégalités dans l’accès aux services numériques et des déséquilibres dans les compétences dans ce domaine, qui affectent tant les travailleurs que les entreprises. |
| 1.9. | De l’avis du CESE, il est très important que la politique de cohésion donne la garantie que les bienfaits de la numérisation soient répartis de manière efficace et équitable, étant donné que les nouvelles technologies en phase d’émergence exigent des qualifications plus élevées de la part des travailleurs et d’une population qui est vieillissante et, de ce fait, éprouve davantage de difficulté pour participer au marché de l’emploi. Il est essentiel de garantir l’accès à la formation et à la reconversion professionnelle pour garantir que les régions continuent de se développer. |
| 1.10. | Le CESE considère qu’il est primordial d’opérer une rationalisation dans la politique de cohésion à l’intention de ses bénéficiaires, par des mesures de simplification et d’assouplissement dans l’exécution des fonds à utiliser pour en réaliser les visées. Il est nécessaire de s’assurer que, grâce à un règlement unique, des normes claires et simples s’appliquent à l’engagement de ressources des États membres et de l’Union sous le régime de la gestion partagée, et, parallèlement, d’améliorer les capacités administratives des structures de gouvernance régionale et locale et des partenaires de la société civile. |
2. Contexte général
| 2.1. | La cohésion, sociale, économique et territoriale, est inscrite dans le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne et constitue le but assigné à la politique de cohésion. La réalisation de ces objectifs a été obérée par la crise de la pandémie, dont les conséquences n’ont pas encore été résorbées et qui a provoqué la récession la plus grave que l’Europe ait connue depuis 1945, et l’est à présent par celle de l’inflation, deux facteurs qui ont ralenti le rythme de la convergence, étant donné que leur impact dommageable a été plus appuyé dans les régions en retard de développement. Ces effets négatifs sur la cohésion ont été encore aggravés par la situation de crise résultant de la guerre en Ukraine et les défis de la crise climatique. |
| 2.2. | Le CESE accueille favorablement la communication de la Commission relative au huitième rapport sur la cohésion, intitulé «La cohésion en Europe à l’horizon 2050» (1), lequel conclut qu’il convient d’orienter les investissements vers les potentiels de croissance offerts par les transitions écologique et numérique, afin d’éviter de nouvelles disparités. |
| 2.3. | Le CESE se félicite de la création d’un groupe de haut niveau (GHN) sur l’avenir de la politique de cohésion. Relevant de plus que la société civile est sous-représentée dans les travaux de cette structure, il demande à la Commission de l’y faire participer dans une plus large mesure. |
| 2.4. | Le CESE souligne que le principe fondamental de la politique de cohésion, à savoir que personne ne peut être laissé pour compte, reste correct et conserve toute sa validité, et que les partenaires de la société civile sont disposés à poursuivre leur travail en faveur de son application. |
| 2.5. | Il est indéniable que la politique de cohésion est parfois perçue comme une démarche redistributive, et que ses résultats ne sont pas toujours bien appréhendés. Cette perception faussée est confortée par la persistance d’inégalités, ainsi que par les difficultés éprouvées pour venir en aide à certaines régions engluées dans des pièges de développement et par l’impossibilité dans laquelle se trouvent quelques-unes de combler leur retard, même avec le soutien de cette même politique de cohésion. |
| 2.6. | Pour atteindre les objectifs assignés en matière de cohésion, il est nécessaire que les politiques horizontales de l’Union européenne et celle de cohésion conjuguent leurs interventions, afin de conférer une efficacité accrue aux efforts destinés à réaliser la convergence régionale, grâce à des mesures à visée territoriale, en articulation avec les objectifs fondamentaux de l’Union européenne. Il est tout aussi important de veiller à ce que les politiques nationales interagissent avec l’action de cohésion. La forme sous laquelle les priorités de l’Union européenne se déclinent au niveau régional et local constitue un facteur essentiel pour récolter des succès dans un territoire donné grâce aux stratégies de développement. |
| 2.7. | L’usage dont les aides de la politique de cohésion ont récemment fait l’objet à titre d’interventions de crise, donnant notamment lieu à un assouplissement des règles, soulève des interrogations quant à l’équilibre qui doit être observé entre les objectifs politiques du court et du long terme. Dans leur action politique, les États membres ne peuvent déléguer totalement à la politique de cohésion le soin de promouvoir le développement de leurs régions et leur convergence à l’échelle nationale. |
| 2.8. | Il s’impose d’explorer des voies pour redessiner les contours de cette politique de cohésion, dans le cadre du modèle européen de croissance et des défis d’aujourd’hui et de demain, car depuis que la perception prévaut qu’elle a gagné en complexité, il s’avère plus ardu de la mettre dûment en œuvre. Parmi les grands enjeux figurent la transition vers la neutralité climatique, la crise inflationniste, les mutations démographiques, la résilience sociale, la numérisation et l’innovation, ainsi que la consolidation d’une économie européenne compétitive, étant donné que face à la situation géopolitique actuelle, l’Union se doit d’acquérir une autonomie stratégique. |
3. Observations générales
| 3.1. | En dépit de la contribution positive que la politique de cohésion a, de manière patente, produite tout au long de sa mise en œuvre, le processus de convergence régionale reste encore et toujours assez graduel. Le CESE envisage une politique de cohésion qui, demain, ait pour caractéristique de tenir la balance égale entre la nécessité de réduire les disparités entre les régions et celle de renforcer les stimuli en faveur du développement et de la croissance qui sont également importants pour l’ensemble de l’Union, si l’on se place dans une perspective globale et comparative. En conséquence, il y a lieu de renforcer encore les critères de performance qui sont appliqués à la politique de cohésion, en les axant plus étroitement sur la réalisation des priorités de développement régional, le respect des critères fixés et le recours plus étendu à des types de soutien fondés sur un rendement, en l’occurrence des instruments financiers. Le Comité recommande à cet égard de prendre en considération les étapes et les cibles qui, au titre de la facilité pour la reprise et la résilience, sont maintenant adoptées dans les plans nationaux pour la reprise et la résilience. |
| 3.2. | La cohésion sociale doit faire face à des défis toujours plus importants, en particulier dans le contexte des tendances de la démographie, de la double transition, écologique et numérique, et des qualifications nouvelles ou mises à jour qu’elle exige en conséquence. La population de l’Union européenne est, pour une grande part, exposée à un risque de pauvreté ou d’exclusion sociale, bien souvent dans les régions les plus pauvres, mais aussi dans de riches agglomérations urbaines et leur périphérie. En outre, le chômage des jeunes et la pauvreté infantile continuent à sévir à des niveaux élevés sur tout son territoire. |
| 3.3. | Le CESE entend souligner que l’inégalité des chances peut exercer, au niveau des régions, des États membres et de toute l’Union, un effet dommageable sur la croissance et la compétitivité à long terme. Aussi est-il nécessaire, y compris au nom de l’ambition de rapprocher l’Union européenne de ses citoyens et de ne laisser personne de côté, qu’une attention plus soutenue soit portée aux personnes et à ces disparités de chances auxquelles sont confrontées nombre d’entre elles. |
| 3.4. | À cette fin, l’Union a besoin, en matière de politiques de cohésion, d’une approche plus élaborée et axée sur le social, qui s’attaque de manière plus granulaire à ces inégalités et défis territoriaux, économiques et sociaux. Les contrastes qui entrent en ligne de compte se situent non seulement entre les États membres et leurs régions mais également entre les collectivités régionales, les villes, des ensembles spécifiques en leur sein et les zones rurales. La politique de cohésion doit se focaliser davantage sur certains types de territoires, se situant en dessous du niveau NUTS 2, en s’intéressant en priorité à l’ensemble des États membres et des régions, tout en prêtant une attention particulière pour ceux où les inégalités sont les plus fortes. Le CESE estime en outre que la politique de cohésion devrait se concentrer plus intensément sur les besoins et les perspectives de certains types de personnes et groupes sociaux. |
| 3.4.1. | Cette diversification et cette spécialisation plus poussées devraient se traduire par des différenciations plus marquées dans le domaine du soutien financier, des modalités d’aide, de la gestion budgétaire, des objectifs et des investissements. En même temps, il conviendrait que les fonds de la politique de cohésion suivent la même démarche et se diversifient davantage, en vue de parvenir à se spécialiser plus intensément. |
| 3.5. | Le CESE estime qu’il importe tout particulièrement de demander aux États membres et aux régions de l’Union européenne d’associer les partenaires sociaux et les autres organisations de la société civile, de la manière la plus large et opérante possible, à l’élaboration de la politique de cohésion et au suivi de ses effets. Une telle participation sera également utile pour déterminer à quel point les objectifs de cette politique ont été atteints, cette évaluation devant s’appuyer sur des indicateurs qui ne seront pas exclusivement d’ordre quantitatif mais revêtiront aussi une nature qualitative, de façon à ce qu’en plus de la croissance, ils mesurent aussi le développement. |
4. Observations particulières
| 4.1. | Le huitième rapport sur la cohésion souligne que le changement climatique, la transition numérique et les mutations technologiques, la pression qui s’exerce sur la démocratie, les changements à l’œuvre dans l’économie mondiale et les tendances démographiques constituent autant d’enjeux majeurs qui s’imbriquent et affectent la cohésion sociale, économique et territoriale de l’Union européenne. La politique de cohésion devra garantir que les transitions susmentionnées soient justes pour tout un chacun et équilibrées pour l’ensemble des régions. |
| 4.2. | Le CESE souscrit à la recommandation du Conseil «visant à assurer une transition équitable vers la neutralité climatique», qui pose que la création d’emplois supplémentaires de qualité, la préservation de bonnes conditions de travail, ainsi que l’accès inclusif à l’éducation, à la formation et à l’apprentissage tout au long de la vie en matière de compétences écologiques représenteront des éléments déterminants pour garantir que la transition sera socialement juste et économiquement satisfaisante pour tous les territoires. |
| 4.3. | Il convient que la politique de cohésion s’attache à poursuivre son soutien aux investissements en faveur des énergies durables, de l’environnement, de l’utilisation efficace des ressources, de l’adaptation au changement climatique et de son atténuation, ainsi que d’une mobilité urbaine placée sous le signe de la durabilité, de manière à parvenir à une société neutre en émissions de carbone. Bon nombre de ces champs d’intervention ont été financés sur les ressources des fonds pour la reprise et la résilience. Il importe de continuer à investir dans ces politiques, en tirant parti de tous les programmes et stratégies possibles, comme ceux de nature macrorégionale et interrégionale. |
| 4.4. | Pour le futur, le CESE juge qu’il sera des plus nécessaire de nouer des synergies plus intenses avec l’ensemble du mécanisme pour une transition juste (MTJ). Aussi est-il convaincu que cette politique doit rester le principal instrument d’investissement qui seconde l’action de l’Union européenne en faveur des régions visant à l’adaptation aux objectifs climatiques. Le principe de «ne pas provoquer de préjudice important» devrait garantir que les investissements soient totalement conformes aux objectifs du pacte vert pour l’Europe. |
| 4.5. | La majeure partie des États membres n’associent que dans une très piètre mesure les acteurs sociaux à ces plans territoriaux de transition juste, comme le CESE le relève dans son avis SOC/718 sur le thème «Politique énergétique et marché du travail: conséquences pour l’emploi dans les régions en transition énergétique» (2), dans lequel il affirme par ailleurs que les pays de l’Union se doivent d’encourager cette participation et que dans leurs interventions et de leurs financements, les plans doivent donner la priorité à la création d’emplois stables et de qualité dans les environnements locaux spécifiques. Le Comité est favorable à ce qu’à l’avenir, des efforts soient déployés pour promouvoir encore davantage, dans la programmation et la mise en œuvre de la politique de cohésion, le principe du partenariat, qui garantit par ailleurs qu’elle soit amenée à rendre des comptes de manière démocratique et bénéficie de l’adhésion des citoyens, s’agissant là de facteurs essentiels pour améliorer qualitativement les investissements. |
| 4.6. | La politique de cohésion doit renforcer les investissements numériques dans les programmes existants qui visent à combler la fracture du numérique, étant donné que la transition en la matière comporte des risques du point de vue des disparités sociales et territoriales, produisant des retombées qui concernent le marché du travail, sous l’effet de l’automatisation et de l’intelligence artificielle, des inégalités dans l’accès aux services numériques et des déséquilibres dans les compétences dans ce domaine, qui affectent tant les travailleurs que les entreprises. Il convient de pourvoir les entreprises, le secteur public, ainsi que les particuliers, des technologies de nouvelle génération. |
| 4.7. | Plus concrètement, il est nécessaire d’améliorer le soutien à la numérisation, en entreprise comme dans le domaine public, en réalisant des avancées dans l’accès à l’administration et à la santé électroniques, en accroissant les compétences numériques de la population et en encourageant le déploiement du haut débit dans les zones reculées et rurales, afin que dans l’Union européenne, aucune région ne soit laissée de côté. |
| 4.8. | De l’avis du CESE, il est très important que la politique de cohésion donne la garantie que les bienfaits de la numérisation soient répartis de manière efficace et équitable, étant donné que les nouvelles technologies en phase d’émergence exigent des qualifications plus élevées de la part des travailleurs et d’une population qui est vieillissante et, de ce fait, éprouve davantage de difficulté pour participer au marché de l’emploi. L’accès à la formation et à la mise à jour des compétences pour les besoins des postes de travail et tâches qui seront nouvellement créés constitueront des facteurs essentiels pour garantir que les régions puissent poursuivre leur développement en concordance avec les évolutions technologiques et profiter des avantages qu’elles procurent. |
| 4.9. | Le CESE estime qu’il est capital, dans ce contexte, de promouvoir et renforcer les écosystèmes d’innovation, les jeunes entreprises et l’environnement entrepreneurial, de développer les compétences dans le domaine de la recherche et de l’innovation et d’assurer le déploiement de ses résultats et leur essaimage par-delà les frontières. Les performances des régions en matière d’innovation sont très variables: par rapport aux plus avancées, celles qui sont moins développées accusent un retard significatif, qui entrave leur potentiel de convergence. Le Comité tient en outre à souligner que certaines d’entre elles, à revenus intermédiaires, se trouvent prises aujourd’hui dans des pièges de développement, étant incapables de déployer les connaissances et les compétences nécessaires pour affronter la concurrence sur la scène économique mondiale. |
| 4.10. | Il y a lieu d’accorder une attention particulière aux groupes de population qui, affichant les taux d’emploi les plus faibles, comme les femmes, les jeunes, les immigrés ou les personnes à faible niveau d’éducation, ont besoin, dans les territoires où ils vivent, de programmes spécifiques de requalification, de formation et d’accompagnement. Eu égard aux nouvelles technologies et à leurs caractéristiques, il convient pareillement de consentir un effort d’innovation à l’intention de ces catégories de travailleurs. |
| 4.11. | En ce qui concerne la dimension humaine et sociale de la politique de cohésion, le CESE donne la priorité au soutien en faveur des personnes talentueuses. Il s’impose de choyer les talents régionaux, eu égard, en particulier, à l’important processus de transition démographique que traverse actuellement l’Union européenne. Une telle démarche est encore plus indispensable dans les régions qui sont affectées par une diminution de leurs forces de travail et un faible taux de diplômés de l’enseignement supérieur, ainsi que dans celles qui sont touchées par un exode de leurs jeunes. À cet égard, la politique de cohésion devrait soutenir les investissements dans les infrastructures sociales. |
| 4.12. | Le vieillissement et le déclin démographiques affecteront la plupart des régions, dont, en particulier, celles qui sont de type rural ou accusent un retard de développement. D’ici à 2050, la population en âge de travailler enregistrera une baisse de 35 millions de personnes. Les zones touchées par la diminution des effectifs de leurs classes d’âge actives devront accroître le taux de participation au marché du travail des catégories sous-représentées et stimuler la productivité par des investissements et des réformes sur le marché de l’emploi et dans le système éducatif. |
| 4.13. | Pour augmenter le potentiel d’innovation, il est nécessaire que les qualifications et les compétences des travailleurs soient en adéquation avec les besoins d’économies en mutation. Les réformes menées dans les systèmes éducatifs et formatifs devront aller de pair avec des investissements à tous les niveaux, un accès égalitaire à une éducation et une formation de qualité, y compris dans le domaine du perfectionnement professionnel, et des possibilités de reconversion et d’apprentissage tout au long de la vie pour tout un chacun. En outre, le CESE estime que pour assurer la croissance à long terme, il sera crucial d’investir dans l’enfance et la jeunesse. La politique de cohésion doit jouer un rôle clé, s’agissant d’aider à promouvoir et mettre en œuvre des mesures de renforcement des compétences au niveau régional et sous-régional. |
| 4.14. | Dans ce contexte, il est capital d’accroître le potentiel des marchés du travail transfrontaliers, qui sont fort peu développés, du fait des barrières juridiques et administratives qui les contraignent. S’agissant d’en augmenter les potentialités, une action essentielle consiste à améliorer la coopération transfrontière, à tous les niveaux de gouvernance. La politique de cohésion doit donner à chaque région la garantie d’être prête à affronter la pénurie de compétences. |
| 4.15. | Le CESE juge qu’il est primordial de renforcer la coopération transfrontière et interrégionale, en particulier pour développer dans les zones frontalières des infrastructures ferroviaires respectueuses du climat, ainsi que de maintenir fermement l’ouverture des frontières entre les États membres. Il convient de préserver par tous les moyens la place qu’occupe le marché unique, étant donné qu’il constitue le noyau dur du projet européen. |
5. Soutien à une politique de cohésion qui réponde à des besoins plus concrets
| 5.1. | Le CESE estime que même si la politique de cohésion offre des possibilités pour canaliser les investissements, grâce à la gestion partagée, au principe de partenariat, à la programmation et aux différents instruments territoriaux, il s’impose d’affiner encore le soutien dispensé aux entités territoriales et aux besoins et groupes spécifiques. Il convient de renforcer, d’un point de vue financier, les démarches à base territoriale, afin de fournir un soutien plus adapté, qui fasse droit aux impératifs spécifiques du développement des personnes et des contextes locaux et qui tienne compte des répercussions de la transition écologique et numérique, du changement démographique et d’autres bouleversements. |
| 5.2. | Le CESE est aussi d’avis qu’il y a lieu d’élargir, moderniser ou revoir l’éventail des instruments et des approches, en concentrant davantage l’attention, au-delà des seuls investissements, sur les capacités, les liens interrégionaux et les perspectives offertes au citoyen. À cette fin, il est indispensable:
|
| 5.3. | Le CESE considère que dans le contexte actuel, la politique de cohésion doit s’attacher à combler le fossé entre les campagnes et les villes en renforçant leurs liens et le rôle que jouent les bourgs et villages de moindre taille. Il y a lieu, à cette fin, de réexaminer la fonction de moteurs pour le développement économique à l’échelle régionale et nationale qu’assument les grandes cités et leurs aires métropolitaines, ainsi que les villes de moyenne envergure. Pour ce faire, il convient d’augmenter les investissements dans le capital humain à l’échelle des régions et des communes. |
| 5.4. | De l’avis du CESE, il ne sera possible de réaliser la convergence qu’à la condition de renforcer la résilience non pas des seules régions qui sont moins développées et périphériques mais de la totalité de celles visées à l’article 174 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, en diversifiant leur tissu économique de telle manière qu’il soit suffisamment solide pour affronter les défis de l’avenir. Une telle démarche implique d’intégrer davantage encore les préoccupations des régions ultrapériphériques et des zones fonctionnelles transfrontalières dans toutes les actions de la politique de cohésion. |
| 5.5. | Le CESE juge nécessaire d’adopter une politique de cohésion 2.0 qui prenne en compte des éléments essentiels comme la gestion partagée, l’approche régionalisée, le préfinancement et les taux de cofinancement. L’investissement ne saurait suffire à lui seul. Chaque région a besoin de disposer de structures de gouvernance solides et d’un dosage approprié de politiques tirant parti des synergies avec l’ensemble des parties prenantes. Une approche ascendante s’impose. Il convient dès lors que, dans bien des cas, les investissements s’accompagnent de réformes adaptées et de politiques favorables aux citoyens. |
| 5.6. | Le CESE estime capital que les partenaires sociaux, la société civile et tous les intervenants de l’échelon local soient davantage associés à la démarche adoptée, de manière que le principe d’association et de gouvernance à plusieurs niveaux s’applique avec une efficacité accrue dans la politique de cohésion. Grâce à un engagement en ce sens, il sera possible de contrer les pressions qui s’exercent sur la démocratie, en augmentant l’adhésion aux politiques de l’Union européenne. |
| 5.7. | Le CESE considère qu’il est primordial d’opérer une rationalisation dans la politique de cohésion à l’intention de ses bénéficiaires, par des mesures de simplification et d’assouplissement dans l’exécution des fonds à utiliser pour en réaliser les visées. Il est nécessaire de s’assurer que grâce à un règlement unique, des normes claires et simples s’appliquent à l’engagement de ressources des États membres et de l’Union sous le régime de la gestion partagée et décentralisée. La réalisation de ces visées suppose de renforcer les capacités administratives des structures de gouvernance régionale et locale et des partenaires de la société civile, afin de donner l’assurance que les fonds de cohésion sont engagés d’une manière qui soit opérante et dégage une valeur ajoutée. |
| 5.8. | Le CESE est d’avis que les bonnes pratiques, les mesures politiques efficaces et le financement ciblé que la facilité pour la reprise et la résilience fournit actuellement devraient également rester de mise dans le cadre de la nouvelle politique de cohésion. De même, il conviendrait de considérer que le financement des grandes entreprises constitue un facteur important en matière de convergence. |
Bruxelles, le 20 septembre 2023.
Le président du Comité économique et social européen
Oliver RÖPKE
(1) COM(2022) 34 final.
(2) Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Politique énergétique et marché du travail: conséquences pour l’emploi dans les régions en transition énergétique» (avis d’initiative) (JO C 146 du 27.4.2023, p. 4).
ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2023/859/oj
ISSN 1977-0936 (electronic edition)
Avis institutionnel — 52023AB0047
29/12/2023
Avis institutionnel — 52023AS110596
28/12/2023
Avis institutionnel — 52023AS110744
28/12/2023
Avis institutionnel — 52023AS109365
28/12/2023