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Avis institutionnel — 52023AE2550

CELEX52023AE2550
TypeAvis institutionnel
Datejeudi 21 septembre 2023

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Séries C


C/2023/884

8.12.2023

Avis du Comité économique et social européen sur le thème «La stratégie de sûreté maritime de l’UE et son plan d’action “Renforcement de la stratégie de sûreté maritime de l’UE pour faire face à l’évolution des menaces dans le domaine maritime” »

[JOIN (2023) 8 final]

(C/2023/884)

Rapporteur:

Anastasis YIAPANIS

Corapporteur:

Mateusz SZYMAŃSKI

Consultation

2.5.2023

Base juridique

Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Décision de l’assemblée plénière

21.9.2023

Base juridique

Article 52, paragraphe 2, du règlement intérieur

Compétence

Section «Relations extérieures»

Adoption en section

18.7.2023

Adoption en session plénière

21.9.2023

Session plénière no

581

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

153/1/3

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le Comité économique et social européen (CESE) reconnaît que la nouvelle stratégie est alignée sur la boussole stratégique (1), et estime que la stratégie de sûreté maritime de l’UE doit préserver sa souveraineté, sa sécurité et sa compétitivité. En accordant la priorité au domaine maritime, l’Union peut faire progresser son grand principe politique qu’est le multilatéralisme dans ses actions extérieures.

1.2.

Le CESE note que la communication conjointe ne comporte pas de dimension exécutive, et plaide pour que les décideurs et les responsabilités qui incombent à chacun et à tous les niveaux soient concrètement définis. L’application de la stratégie proposée doit s’adapter en permanence pour garantir que sa pertinence et son efficacité demeurent adaptées à sa finalité.

1.3.

Le CESE insiste sur l’importance de l’adéquation des fonds pour répondre aux attentes exprimées dans la communication conjointe, puisqu’une présence solide de l’Union européenne dans le domaine de la sûreté maritime requiert un accroissement des investissements de la part des États membres et un engagement à optimiser les capacités navales. Il importe de recourir davantage à la mise en commun et au partage des ressources entre les États membres afin de garantir des synergies entre les capacités militaires fragmentées de l’Union et de recenser les domaines prioritaires pour les opérations et les passations conjointes de marchés.

1.4.

Le CESE reconnaît que l’agression militaire de la Russie, son comportement imprévisible et son recours à des stratégies hybrides constituent une grave menace pour la sécurité maritime internationale. La coopération entre l’Union et l’OTAN est essentielle, et il conviendrait de la renforcer par un meilleur partage des connaissances relatives à la situation maritime et une coordination plus efficace dans différents domaines d’intérêt commun, y compris la protection des infrastructures critiques.

1.5.

L’Union européenne doit accroître sa collaboration avec ses partenaires internationaux afin d’aborder collectivement des préoccupations communes, telles que le trafic d’êtres humains ou la traite des êtres humains. Des efforts devraient être consentis pour inclure la coopération en matière de sûreté maritime dans les futurs accords commerciaux de l’Union.

1.6.

Le CESE demande instamment que soit rapidement mise en œuvre la stratégie de l’UE pour la région indo-pacifique (2), salue la récente extension du mandat de l’EUNAVFOR Atalanta et soutient l’extension des présences maritimes coordonnées (PMC) à la région de l’océan Indien. Le Service européen pour l’action extérieure (SEAE) devrait s’efforcer de repérer les possibilités de collaboration avec le dialogue quadrilatéral pour la sécurité entre les États-Unis, l’Australie, l’Inde et le Japon (QUAD) en matière de sécurité dans cette région.

1.7.

Le CESE se déclare préoccupé par la dépendance stratégique actuelle de l’Union à l’égard de la Chine, notamment la présence toujours plus massive d’activités chinoises dans les ports de plusieurs pays européens, et juge inacceptable une telle influence sur les infrastructures critiques de l’Union. En outre, le Comité s’inquiète du fait que, parmi les États membres qui ont noué des liens étroits avec la Chine, plusieurs ont soit rejeté, soit atténué les récentes déclarations de l’Union européenne sur les actions de la Chine en mer de Chine méridionale.

1.8.

Afin de renforcer leur expertise dans le domaine maritime et leur capacité à attirer et à retenir des travailleurs hautement qualifiés dans le secteur maritime, les États membres doivent recourir en priorité aux fonds existants, par exemple au titre de la coopération structurée permanente (CSP) et du Fonds européen de la défense (FED), ainsi qu’au programme Horizon 2020. Le recours au dialogue social et la promotion des conventions collectives sont nécessaires pour traiter efficacement la question des conditions de travail et parvenir à des normes de travail plus élevées.

1.9.

Le CESE souligne qu’il est de la plus haute importance de donner aux gens de mer un accès à des programmes de reconversion et de perfectionnement professionnels afin qu’ils se familiarisent avec les systèmes automatisés et les technologies émergentes, tout en acquérant les compétences nécessaires pour combattre les cybermenaces et faire face à divers incidents de sécurité.

1.10.

Le CESE appelle de ses vœux la mise en place immédiate, au niveau de l’Union, d’une plateforme centralisée de surveillance capable de répondre aux besoins des acteurs civils comme militaires. Il plaide également en faveur de l’intégration et de la coordination des plateformes et systèmes informatiques existants pour faciliter le partage d’informations à l’échelle européenne dans le secteur maritime, et attend avec intérêt que le programme pour un environnement commun de partage de l’information (CISE) devienne opérationnel en 2024. En outre, l’Union européenne devrait défendre sa vision de la cybersécurité axée sur un cyberespace réglementé et traiter les menaces en la matière au niveau de l’Organisation maritime internationale (OMI).

1.11.

Le CESE estime qu’une collaboration continue et des discussions constructives sur le développement de la sûreté maritime doivent associer la société civile organisée de l’Union, et il déplore que le rôle de celle-ci n’apparaisse pas une seule fois dans la communication conjointe. La coopération intersectorielle devrait être un des principes d’action de base.

2. Observations liminaires

2.1.

L’évolution de l’environnement sécuritaire a entraîné une montée des tensions en mer, le domaine maritime étant de plus en plus soumis à la politique de rapports de force. L’Union européenne doit gérer ces risques de manière stratégique en alignant ses instruments d’action et ses priorités stratégiques.

2.2.

Le CESE reconnaît que la nouvelle stratégie est alignée sur la boussole stratégique et qu’elle reflète l’évolution des possibilités et des défis qui se présentent pour l’Union dans le domaine maritime.

2.3.

Dans la mesure où la nature et l’ampleur des risques et des dangers continuent d’évoluer, englobant à la fois les menaces naturelles et les menaces d’origine humaine, l’Union doit adapter son approche de manière à préserver les infrastructures critiques et les services vitaux qu’elles fournissent, en mettant l’accent sur la résilience et la protection continue.

3. Intensifier les activités en mer

3.1.

Le CESE estime que la stratégie de sûreté maritime de l’UE doit préserver notre souveraineté, notre sécurité et notre compétitivité en maintenant une solide présence stratégique et en renforçant la protection du commerce maritime licite, ainsi qu’en facilitant la libre circulation par mer.

3.2.

L’Union européenne doit mettre en œuvre un cadre de gouvernance efficace qui recense les décideurs et les responsabilités qui incombent à tous les niveaux, ce qui n’est pas le cas de la proposition de stratégie à l’examen. Le plan d’action pourrait dès lors n’être qu’un vœu pieux. Le CESE constate en outre l’absence de consensus politique entre les États membres en ce qui concerne le rôle de l’Union s’agissant de garantir la sécurité maritime.

3.3.

Il est essentiel, pour maîtriser efficacement les risques qui menacent les intérêts maritimes civils de l’Union, de se doter de capacités de surveillance et de communication qui vont au-delà de sa juridiction maritime, tout en respectant systématiquement la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (3).

3.4.

Le CESE salue la récente extension du mandat de l’EUNAVFOR Atalanta et soutient l’extension des présences maritimes coordonnées (PMC) à l’océan Indien. Il souligne l’importance de veiller à ce que la région indo-pacifique soit libre, ouverte, connectée et fondée sur des règles, et demande instamment que soit rapidement mise en œuvre la stratégie de l’UE pour la région indo-pacifique, laquelle doit s’accompagner d’une communication mieux conçue et efficace.

3.5.

Le CESE se déclare préoccupé par la dépendance stratégique actuelle de l’Union à l’égard de la Chine, notamment en raison de l’extension des activités chinoises aux ports de plusieurs pays européens. Il juge inacceptable l’influence de la Chine sur ces infrastructures européennes critiques et soutient la demande du Parlement européen en faveur d’une nouvelle stratégie de l’UE vis-à-vis de la Chine (4). La propriété chinoise des ports européens présente le risque de perturber la circulation des marchandises entre les ports européens et de fournir l’accès à des informations confidentielles sur les opérations des terminaux à conteneurs européens. Par ailleurs, parmi les États membres qui ont noué des liens étroits avec la Chine, plusieurs ont soit rejeté, soit atténué les récentes déclarations de l’Union européenne sur les actions de la Chine en mer de Chine méridionale.

3.6.

Le CESE aurait espéré que la nouvelle stratégie accorde une plus grande attention au renforcement des chaînes d’approvisionnement internationales, en particulier à la lumière des enseignements tirés de la pandémie de COVID-19, qui a fortement endommagé les chaînes d’approvisionnement industrielles et alimentaires.

3.7.

Une présence solide de l’Union européenne dans le domaine de la sûreté maritime ne peut être assurée sans un accroissement des investissements de la part des États membres et sans un engagement à mobiliser les capacités navales. En outre, les investissements de l’Union dans les capacités spatiales renforceront également celles dont elle dispose en matière de sûreté maritime.

4. Coopérer avec les partenaires

4.1.

La sûreté maritime ne saurait être garantie par un pays à lui seul. En accordant la priorité au domaine maritime, l’Union peut faire progresser son grand principe politique qu’est le multilatéralisme dans ses actions extérieures.

4.2.

Étant donné que l’on prévoit une hausse de la criminalité transnationale et de son incidence sur la sûreté maritime de l’UE, il y a lieu d’adopter une approche internationale pour résoudre efficacement ce problème. Le CESE apprécie les excellents résultats que l’Union a obtenus ces dernières années en matière de réduction des actes de piraterie maritime et des vols à main armée.

4.3.

L’Union européenne doit combler les lacunes en matière de surveillance et explorer les moyens de renforcer l’interopérabilité entre les agences. Une collaboration plus étroite avec les acteurs de l’industrie en ce qui concerne la connaissance de la situation et les renseignements sur les menaces est une condition préalable à une meilleure intégration des capacités civiles et militaires disponibles.

4.4.

Le CESE juge utile d’étendre la couverture géographique de l’opération Atalanta à l’océan Indien. En outre, il tient pour primordial d’amorcer une présence maritime coordonnée (PMC) en mer de Chine méridionale afin de promouvoir la stabilité dans la région, de prouver l’engagement de l’Union envers le principe de la liberté de navigation et de favoriser sa propre sécurité économique et sa propre prospérité.

4.5.

Le SEAE devrait s’efforcer de repérer les possibilités de collaboration avec le QUAD en matière de sécurité dans la région indo-pacifique en ce qui concerne la perception des menaces communes, les capacités complémentaires, les objectifs généraux et d’autres moyens éventuels.

4.6.

Bien que l’Union européenne et l’OTAN aient obtenu des résultats tangibles en matière de coopération opérationnelle dans le domaine maritime, le CESE estime qu’il conviendrait d’intensifier les efforts par un meilleur partage des connaissances relatives à la situation maritime et une coordination plus efficace dans différents domaines d’intérêt commun. Il demeure essentiel de coordonner les actions avec l’OTAN.

5. Endosser un rôle de chef de file dans la sensibilisation au domaine maritime

5.1.

L’approche de l’Union en matière de sûreté maritime devrait permettre de recenser plus facilement et de manière proactive les possibilités, menaces et vulnérabilités, et être suffisamment souple pour pouvoir réagir rapidement aux changements qui s’opèrent dans le paysage maritime. En outre, elle devrait associer toutes les parties prenantes concernées par le domaine de la sûreté maritime, tout en reconnaissant leurs responsabilités, leurs motivations, leurs priorités et leurs contraintes budgétaires respectives.

5.2.

Le CESE fait observer que, le 21 février 2023, la Chine a publié son «initiative pour la sécurité mondiale», un cadre au moyen duquel elle entend lancer diverses initiatives diplomatiques visant à élargir son cercle de nations alliées et à mettre sur pied un ordre de gouvernance de la sécurité qui s’affranchirait de l’influence occidentale, avec l’inclusion potentielle de la Russie en tant qu’acteur de premier plan.

5.3.

Le partage d’informations confidentielles au sein de l’Union européenne et de l’OTAN reste problématique, car aucun accord en matière de sécurité n’a été conclu entre l’OTAN et Chypre, un État membre de l’Union mais non membre de l’OTAN. Cette situation entrave la coopération et persistera tant que le différend turco-chypriote ne sera pas résolu. Le CESE souhaite que l’Union intervienne à cet égard dès que possible et qu’elle apporte son soutien à Chypre pour garantir la mise en œuvre de l’accord d’Ankara (5).

5.4.

Il est essentiel d’assurer la protection des gens de mer pendant les opérations de recherche et de sauvetage en mer liées à la traite des êtres humains et à l’immigration clandestine, comme convenu dans le protocole de Palerme (6). Les États membres devraient mettre en place un cadre juridique clair pour éviter les poursuites contre les personnes qui s’acquittent de leur devoir de sauvetage et de préservation des vies en mer.

5.5.

L’Union européenne doit accroître sa collaboration actuelle avec ses partenaires internationaux afin de traiter les questions d’intérêt commun, telles que le trafic d’êtres humains et la traite des êtres humains, tout en prenant des mesures proactives pour gérer les risques à la source autant que possible. La coopération en matière de sûreté maritime devrait être abordée dans le cadre des futurs accords commerciaux que l’Union conclura avec les pays partenaires.

6. Gérer les risques et les menaces

6.1.

Le CESE estime que l’agression militaire de la Russie, son imprévisibilité et son recours à des stratégies hybrides constituent une menace non négligeable pour la sécurité maritime internationale et témoignent d’un refus systématique de se conformer à un système fondé sur des règles.

6.2.

Il convient de saluer l’accent mis sur les infrastructures critiques de l’Union européenne. Le CESE reconnaît et approuve la décision de la Commission européenne d’ajouter les câbles internet et les gazoducs sous-marins et situés en dehors des territoires nationaux à la liste des infrastructures critiques de l’Union nécessitant une attention et une protection particulières, car elle compense l’absence de référence à ces aspects dans la directive sur la résilience des entités critiques (7). À cet égard, une réaction urgente de la part de l’Union et de l’OTAN s’impose.

6.3.

Le CESE reconnaît que la stratégie mise à jour accorde une attention accrue aux menaces hybrides et aux cybermenaces, étant donné qu’elles représentent un risque important pour les infrastructures et les capacités maritimes critiques. Afin d’établir des normes mondiales, l’Union européenne devrait défendre sa vision de la cybersécurité axée sur un cyberespace réglementé et des cadres de bonne gouvernance, et traiter les menaces de cybersécurité au niveau de l’OMI.

6.4.

Il est extrêmement important et urgent d’établir, comme proposé, un cadre global pour faire face aux dangers que présentent les munitions non explosées, les armes actives et les armes chimiques en mer. Le recours à des technologies innovantes est capital pour surveiller et éliminer ces menaces en toute sécurité, tout en réduisant autant que possible les incidences sur l’environnement.

6.5.

Le CESE est préoccupé par l’absence totale de mention, dans le plan d’action, de la garantie de la sécurité alimentaire pour les citoyens de l’Union. Il estime qu’il est primordial d’accorder une attention particulière à la bonne gestion de nos domaines hydrauliques et à la mise en place de politiques qui contribuent à la sécurité alimentaire en Europe et dans le monde. Néanmoins, le Comité apprécie les mesures proposées pour lutter contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN), et estime qu’il faut appuyer encore davantage la gestion durable de la pêche et la protection des opérations de pêche légitimes de l’Union.

6.6.

Le CESE souligne l’importance de la stratégie maritime mondiale de l’Union pour répondre aux besoins futurs du secteur du transport maritime. Il est essentiel que la stratégie mondiale en matière d’équipage soit concrétisée afin d’attirer et de retenir des gens de mer dûment qualifiés et certifiés. L’Union devrait participer à cet effort mondial. Le CESE souligne l’importance des navires battant pavillon européen, étant donné que dans les «registres ouverts», les normes en matière d’emploi et d’environnement sont parfois moins strictes. Il convient également de prendre en considération l’expérience professionnelle des gens de mer aux postes de commandement.

7. Renforcer les capacités

7.1.

Pour que l’Union puisse être en position de force dans son voisinage maritime, elle doit constamment investir dans ses capacités navales et recourir davantage à la mise en commun et au partage des ressources entre les États membres. Le CESE souligne la nécessité croissante de disposer de capacités avancées et de structures adaptables dans un paysage maritime en évolution rapide, et estime qu’il importe de garantir des synergies entre les capacités militaires européennes actuellement fragmentées et de recenser les domaines prioritaires pour les opérations et les marchés publics, y compris en mettant davantage l’accent sur les capacités militaires produites par l’Union.

7.2.

Les États membres doivent intensifier encore leurs efforts de développement des capacités dans le domaine maritime en faisant progresser les priorités dont est convenue l’Union en matière de développement des capacités, y compris les possibilités de collaboration recensées dans l’examen annuel coordonné en matière de défense dans le cadre de la coopération structurée permanente (CSP), du Fonds européen de la défense (FED) ou au niveau national, ainsi que par la mise en œuvre du plan de développement des capacités civiles.

7.3.

Le CESE estime que les membres de la CSP peuvent élaborer un ensemble de forces navales afin de se préparer aux opérations navales de l’Union et mener des formations et des exercices communs. Cette approche viendrait compléter le concept de présence maritime coordonnée de l’UE et s’alignerait sur les forces maritimes permanentes de l’OTAN. En outre, il est essentiel d’accorder la priorité à certains projets dans le cadre de la CSP pour parvenir à l’autonomie stratégique de l’UE, notamment à la lumière des récentes coupes budgétaires dans des programmes tels que le FED, la mobilité militaire et la facilité européenne pour la paix.

7.4.

Actuellement, les marines européennes ne disposent pas des capacités navales haut de gamme nécessaires pour mener simultanément de multiples opérations liées aux lignes maritimes de communication. Le développement de capacités telles que les porte-avions, les sous-marins, les navires de combat de surface, les navires d’appui et autres dans le cadre de la CSP et du FED contribuera à renforcer la sûreté maritime de l’Union européenne.

7.5.

Le conflit entre la Russie et l’Ukraine a mis en évidence l’importance de la sûreté de la mer Noire, qui a des répercussions mondiales considérables dans des domaines tels que la sécurité alimentaire, la sécurité énergétique, la prospérité et la stabilité. Le CESE plaide pour une meilleure coordination de l’OTAN quant aux exercices militaires menés dans la région, et propose que celle-ci élabore une stratégie distincte pour la mer Noire.

7.6.

Le CESE fait observer qu’il n’existe, au niveau de l’Union, aucune plateforme centralisée de surveillance maritime capable de répondre aux besoins des acteurs civils et militaires de ce domaine. La surveillance est en effet assurée séparément par l’ Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (Frontex), l’Agence européenne pour la sécurité maritime (AESM) et l’Agence européenne de contrôle des pêches (AECP).

8. Éduquer et former

8.1.

Les États membres devraient œuvrer en priorité au renforcement de leur capacité à attirer et à retenir des travailleurs hautement qualifiés. Pour ce faire, ils peuvent tirer parti des possibilités existantes, telles que celles offertes par la CSP et le FED. En outre, le programme de l’UE pour la recherche et l’innovation «Horizon 2020» peut également contribuer à la réalisation de cet objectif en finançant des projets visant à développer des capacités d’évaluation des menaces, de cybermodélisation et de simulation, qui sont essentielles pour l’efficacité des cyberopérations.

8.2.

Le CESE souligne l’importance de former les gens de mer et le rôle que jouent les centres d’enseignement et de formation maritimes à cet égard. Il est essentiel de veiller à ce que les gens de mer puissent accéder à des programmes de reconversion et de perfectionnement professionnels afin qu’ils se familiarisent avec les systèmes automatisés et les nouvelles technologies et qu’ils acquièrent toutes les compétences nécessaires pour faire face aux cybermenaces et à tous les types d’incidents de sécurité. La convention internationale sur les normes de formation des gens de mer, de délivrance des brevets et de veille (convention STCW), qui fait actuellement l’objet d’un réexamen et d’une révision, devrait être mise à jour de manière adéquate et créer des programmes d’études et de formation modernes visant à développer les compétences nécessaires pour les gens de mer.

8.3.

Des conditions de travail et de vie décentes pour les gens de mer représentent un facteur important qui contribue à les attirer et à les retenir dans cette profession, un facteur qui ne devrait pas être compromis pour des raisons financières. La réduction des coûts liés aux normes de travail ne constitue pas une approche adéquate pour maintenir la compétitivité au niveau mondial. Si le rôle de la convention du travail maritime de 2006 a été reconnu à juste titre, en ce qu’elle crée des conditions de travail équitables dans le secteur, des problèmes subsistent néanmoins pour ce qui est de sa mise en œuvre en bonne et due forme. La piètre qualité des conditions de travail dans le secteur peut accroître les risques qui menacent la sécurité et la sûreté maritimes de l’Union. En conséquence, une discussion inclusive est nécessaire, de même que l’utilisation de tous les moyens disponibles, tels que le recours au dialogue social et la promotion des conventions collectives afin de traiter la question des conditions de travail et de parvenir à des normes de travail plus élevées et à une concurrence loyale.

9. Observations finales

9.1.

Le CESE note que la communication conjointe ne comporte pas de dimension exécutive, étant donné qu’elle n’aborde ni les moyens ni le cadre de gouvernance susceptibles d’établir un rôle de coordination pour les différentes initiatives en matière de sécurité et de sûreté maritimes. Bien que la proposition apporte une contribution importante, il reste encore beaucoup à faire et des accords importants doivent être conclus pour qu’elle ne se limite pas à une simple déclaration de volonté.

9.2.

Le CESE salue le rapport annoncé trois ans après la décision d’approbation de la stratégie actuelle et estime qu’il convient de se baser sur le nombre de propositions qui ont été approuvées et mises en œuvre. Le Comité fait valoir de surcroît que l’application de la stratégie doit s’adapter en permanence pour garantir que sa pertinence et son efficacité demeurent adaptées à sa finalité.

9.3.

Étonnamment, la proposition de stratégie ne fait pas la moindre mention du rôle de la société civile, pas même celui des associations bénévoles qui ont participé à des opérations de recherche et de sauvetage en mer à leurs propres frais et à leurs risques. Le CESE estime qu’une collaboration continue et des discussions constructives doivent associer la société civile de l’Union, afin de garantir le soutien du public en faveur de la proposition de la Commission et des futures actions prévues, avec la participation des partenaires sociaux, des ONG, des groupes de réflexion et du monde universitaire.

9.4.

Le CESE rappelle que la Cour des comptes européenne a publié un rapport sur la défense de l’Union européenne, lequel indique que, si la Commission et l’Agence européenne de défense ont tiré des enseignements précieux en matière de gestion de projets de recherche collaborative, la stratégie de la Commission manque de planification à long terme et l’organisation ne dispose pas de suffisamment de personnel pour répondre aux demandes croissantes dans ce domaine (8).

9.5.

Le CESE se félicite qu’une attention accrue ait été accordée à la prévention, étant donné qu’elle permet non seulement de sauver des vies et d’éviter les destructions, mais contribue également à la paix, à la sécurité et au développement durable et facilite également la résolution des tensions sous-jacentes.

9.6.

Le CESE estime que la stratégie et le plan d’action auraient dû examiner plus en détail la question de la concurrence pour l’espace maritime, qui est susceptible de créer des risques pour la sécurité et même de provoquer des conflits entre différents secteurs industriels maritimes.

9.7.

Le CESE plaide en faveur de l’intégration et de la coordination des plateformes et systèmes informatiques actuels qui permettent le partage d’informations au niveau européen dans le secteur maritime. À cet égard, il attend avec intérêt que le programme CISE devienne opérationnel en 2024 et estime qu’il représente une avancée extrêmement importante en matière de surveillance maritime, en ce qu’il s’appuie sur la collaboration en temps réel entre les différentes entités, tout en garantissant l’application effective et l’efficacité par rapport aux coûts des activités de surveillance maritime. Le Comité souligne qu’un mécanisme aussi complexe opérant en temps réel doit disposer d’un solide système de défense de haut niveau en matière de cybersécurité dans toutes les entités et tous les points de contact au sein du système.

9.8.

Enfin, le CESE insiste sur l’importance de l’adéquation des fonds pour répondre aux attentes exprimées dans la communication conjointe, sur laquelle la nouvelle proposition de stratégie de sûreté maritime de l’UE fait complètement l’impasse.

Bruxelles, le 21 septembre 2023.

Le président du Comité économique et social européen

Oliver RÖPKE


(1) Une boussole stratégique en matière de sécurité et de défense.

(2) La stratégie de l’UE pour la coopération dans la région indo-pacifique.

(3) Convention des Nations unies sur le droit de la mer.

(4) Une nouvelle stratégie UE-Chine.

(5) Accord d’Ankara.

(6) Protocole de Palerme.

(7) Proposition de directive sur la résilience des entités critiques.

(8) Rapport spécial de la Cour des comptes européenne: «L’action préparatoire concernant la recherche en matière de défense».


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2023/884/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)


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