LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilDroit européen52023AE3641
Avis institutionnel52023AE3641

Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Planification des infrastructures énergétiques transfrontalières» (avis exploratoire à la demande de la présidence belge du Conseil de l’UE)

CELEX52023AE3641
TypeAvis institutionnel
Datejeudi 18 janvier 2024

Résumé IA

Cet avis exploratoire du CESE, sollicité par la présidence belge, examine les besoins et les défis de la planification des infrastructures énergétiques transfrontalières pour atteindre les objectifs climatiques de l'UE. Il souligne la nécessité d'une approche intégrée et d'une gouvernance renforcée pour accélérer le déploiement des réseaux électriques, d'hydrogène et de CO2, tout en garantissant la sécurité d'approvisionnement et la participation des citoyens. Pour le praticien français, ce texte éclaire les orientations politiques futures qui influenceront les futurs règlements TEN-E et les projets d'intérêt commun (PIC) impactant directement les procédures d'autorisation et de financement des infrastructures.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Séries C


C/2024/2100

26.3.2024

Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Planification des infrastructures énergétiques transfrontalières»

(avis exploratoire à la demande de la présidence belge du Conseil de l’UE)

(C/2024/2100)

Rapporteur:

Thomas KATTNIG

Consultation

Présidence belge du Conseil de l’UE, 10.7.2023

Base juridique

Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Compétence

Section «Transports, énergie, infrastructures et société de l’information»

Adoption en section

19.12.2023

Adoption en session plénière

18.1.2024

Session plénière no

584

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

190/1/4

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le Comité économique et social européen (CESE) est d’avis que les infrastructures énergétiques, comme celles assurant le transport et la distribution de l’énergie, ne peuvent être traitées comme un bien parmi d’autres et doivent au contraire être considérées comme un service d’intérêt général pour l’économie et pour la population.

1.2.

Les changements intervenus récemment sur le marché de l’électricité mettent en évidence l’importance d’y repenser un meilleur équilibre entre la place qu’y occupent les opérateurs publics et celle des acteurs privés. Le CESE a la conviction qu’il convient de veiller tout particulièrement à ce que le développement des réseaux — y compris les liaisons transfrontalières, que ce soit à terre ou en mer — soit assimilé aux infrastructures critiques relevant d’un intérêt public supérieur, à faire de la lutte contre le changement climatique l’un des objectifs de la régulation et, d’une manière générale, à assurer une synchronisation plus efficace entre la planification des énergies renouvelables et le réseau électrique. Il est absolument nécessaire de disposer en la matière de dispositions concrètes relevant du droit européen.

1.3.

Le CESE soutient vivement les efforts visant à accroître l’interconnectivité entre les États membres en ce qui concerne les connexions énergétiques, aussi bien à terre qu’en mer, dans le respect des objectifs climatiques de l’Union européenne et de manière à réduire les dépendances existantes à l’égard du carbone et à éviter que d’autres dépendances de ce type n’apparaissent à l’avenir, tout comme il soutient aussi les mesures tendant à harmoniser les échanges.

1.4.

Le CESE recommande d’accroître les investissements visant à doter les réseaux énergétiques de capacités supérieures, aussi bien dans le périmètre des frontières que par-delà celles-ci, et notamment de redimensionner les raccordements au réseau gazier (moyennant par exemple l’abandon progressif de la chaleur basse température et un passage progressif aux gaz renouvelables, essentiellement sur les sites industriels). Pour décentraliser la production d’énergie et effectuer la conversion vers des procédés industriels alimentés en hydrogène, il faudra disposer des infrastructures adéquates en temps utile et au bon endroit, dans la perspective de la transition énergétique et des changements structurels qui l’accompagneront.

1.5.

Prenant acte de la hausse de la demande, le CESE souligne qu’il importe d’engager des investissements substantiels dans les réseaux électriques afin de stimuler l’économie européenne et de créer des emplois (verts) de qualité.

1.6.

Le CESE préconise une fois de plus l’application d’une «règle d’or» afin de garantir des investissements dans les infrastructures générales. Dans le même temps, les investissements publics peuvent et doivent mobiliser des capitaux privés, compte tenu des effets positifs de cette démarche pour le marché du travail et la prospérité économique.

1.7.

Le CESE réaffirme qu’il faut investir massivement dans des infrastructures énergétiques plus intelligentes et plus flexibles, et ce dans l’ensemble de l’Union européenne. Or, certaines entreprises du secteur de l’énergie engrangent actuellement des bénéfices considérables qui ne sont pas, à l’heure actuelle, convertis en investissements dans le réseau dans le cadre d’un marché libéralisé. Bien que les États membres disposent de solutions temporaires pour gérer les recettes excédentaires (1), l’avenir de ces mesures reste incertain puisqu’elles devront faire l’objet d’une évaluation dans le courant de l’année 2024. Qui plus est, les mesures actuelles n’établissent pas le lien financier stable dont on aurait besoin pour que le secteur privé alimente les investissements dans le réseau [comme indiqué également dans le plan d’action de l’Union pour les réseaux (2)].

1.8.

Il est nécessaire de prendre des mesures plus contraignantes à l’égard des gestionnaires de réseau de transport et de distribution, mais aussi d’associer les producteurs d’énergie aux mesures de stabilisation du réseau, afin de mieux coordonner leurs actions et de permettre au réseau de profiter des avantages de la numérisation. L’Agence de l’Union européenne pour la coopération des régulateurs de l’énergie (ACER) doit par conséquent être dotée des compétences qui lui permettront d’accélérer les mesures prises au profit de l’Europe dans son ensemble.

1.9.

Des infrastructures énergétiques telles que les installations à grande échelle requièrent des précautions particulières du point de vue des mesures de sécurité. Pour sécuriser l’approvisionnement, il est important de protéger les infrastructures critiques; la (cyber)sécurité doit, plus encore qu’avant, être érigée en priorité, et ce d’autant plus à la lumière des développements géopolitiques récents.

1.10.

Compte tenu de l’importance des gaz renouvelables pour la décarbonation de l’industrie et la production d’énergie, il est nécessaire de mettre en place des infrastructures de transport et de stockage, et de développer des possibilités de flexibilité (par exemple la conversion d’électricité en gaz).

2. Contexte

2.1.

La présidence belge du Conseil de l’Union européenne a demandé au CESE d’esquisser, dans le présent avis exploratoire, ses propositions en vue de développer la planification des infrastructures énergétiques transfrontalières, nécessaire pour assurer la rentabilité d’un système énergétique durable au regard de ses coûts, du point de vue tant du développement, de l’intégration et du transport de l’électricité produite à partir de sources renouvelables que de l’importation et du transport de l’hydrogène, obtenu de préférence à partir d’énergies renouvelables. Le besoin d’infrastructures physiques pose également la question des modèles de gouvernance pour en intégrer la planification, la surveillance et le financement, et il faudra, dans le même temps, tenir compte des défis posés par les différentes problématiques sociales et économiques.

2.2.

Le CESE s’est beaucoup penché récemment sur les défis qui se posent à l’heure actuelle sur le marché de l’énergie, adoptant une série d’avis qui apporteront leur lot d’éclairages au présent document (3).

2.3.

Les consommateurs d’électricité doivent encore et toujours s’acquitter de coûts élevés pour s’approvisionner, tandis que les bénéfices engrangés à la production profitent avant tout aux producteurs d’énergie et non aux gestionnaires des réseaux de transport et de distribution, et encore moins aux consommateurs, lesquels avaient pourtant financé en amont de nombreuses installations d’électricité verte (par exemple dans le cadre des tarifs de rachat des énergies renouvelables). Il est donc impératif que le fonctionnement des réseaux, et en particulier des interconnexions, soit efficace pour faire en sorte que les avantages découlant des échanges transfrontaliers d’énergie profitent aux utilisateurs finaux en modérant les différences de prix entre les États membres.

2.4.

En dépit des critiques initialement formulées par la Commission au moment de l’explosion des prix, le système existant de formation des prix sur les bourses de l’électricité suivant un ordre de préséance a finalement été conservé. Des prix journaliers avoisinant les 900 EUR/MWh ont toutefois causé d’importantes commotions sur les marchés de l’énergie, entraînant notamment des difficultés passagères pour de gros fournisseurs d’énergie, mais aussi et surtout pour leurs clients finaux.

2.5.

Les capacités de production étant fort variables d’un pays à l’autre, les effets ressentis par les consommateurs d’électricité au pic de la crise énergétique ont eux aussi été différents. Bien configuré, le commerce transfrontalier de l’électricité pourrait permettre d’optimiser la production et la distribution d’énergie sur le plan des coûts, à condition toutefois de s’effectuer dans la transparence et au service de l’intérêt général.

2.6.

L’expansion et la transformation du réseau accusent du retard, en raison notamment d’un manque d’incitations à passer au numérique, entre autres facteurs. Les réseaux existants ne sont plus adaptés au transport et à la distribution des énergies intermittentes dans leurs quantités actuelles. Pour éviter les pannes de réseau dans le cadre du système énergétique numérisé, et afin de mettre en place le cadre physique propice à la poursuite du déploiement des énergies renouvelables, il faut d’urgence investir par anticipation dans la transformation du système énergétique et dans le développement et l’extension du réseau.

2.7.

Le développement de centrales reposant sur les énergies renouvelables, lorsqu’il est inégalement réparti sur le territoire, appelle des mesures d’équilibrage à l’intérieur des zones du réseau dans les États membres. C’est le réseau de transport qui doit réaliser ces mesures d’équilibrage, lesquelles viennent cependant, à leur tour, priver ce réseau de ses capacités pour le commerce international de l’électricité.

2.8.

Les nouvelles sources telles que le GNL en provenance des États-Unis et du Qatar sont censées garantir l’approvisionnement en gaz naturel pour les prochaines années. Compte tenu du prix élevé du GNL et de son impact environnemental, cette solution ne peut toutefois être que temporaire. Il s’agit là d’un aspect important dans la perspective d’une moindre dépendance stratégique à l’égard de pays tiers peu fiables, position défendue par le CESE (4).

2.9.

Les routes historiques de transport du gaz, au nord (Nord Stream) et à l’est (Yamal et TransGas), perdent de leur importance, ce qui rend nécessaire la création de nouvelles liaisons intraeuropéennes, via de nouveaux gazoducs et ceux déjà existants, pour renforcer les capacités d’acheminement depuis le sud et l’ouest. Dans le même temps, l’occasion se présente pour les États membres de l’Est d’utiliser les infrastructures de gazoducs existantes pour accélérer la production de gaz renouvelables, ce qui assurerait leur autosuffisance locale et leur ouvrirait des perspectives d’exportation vers l’Europe centrale.

2.10.

Les parcs éoliens en mer ont maintenant atteint, du point de vue de leur potentiel de production d’énergie à certains moments, une échelle à partir de laquelle une possibilité de flexibilité serait utile. Il est avantageux de produire de l’électricité ou de l’hydrogène (par exemple grâce à l’électrolyse sur site) de manière dynamique, sur la base de la demande des gestionnaires de réseau de transport, afin d’éviter de devoir gérer la congestion et d’assurer la faisabilité économique. Outre la question de la demande des gestionnaires de réseau de transport, l’intégration de capacités de stockage fondées sur le marché de l’énergie peut être utile pour contenir d’éventuelles turbulences à venir dans l’approvisionnement gazier.

2.11.

Les infrastructures énergétiques (telles que les grands parcs éoliens et les fermes photovoltaïques, ou encore les systèmes d’acheminement) devraient, aujourd’hui à plus forte raison encore, être considérées comme une composante des infrastructures critiques, et elles requièrent des précautions particulières du point de vue des mesures de (cyber)sécurité, surtout à la lumière des développements géopolitiques récents.

2.12.

La production de biométhane nécessite des moyens considérables, mais peut contribuer à l’approvisionnement actuel. Dans la communication REPowerEU, il est suggéré de porter la production de biométhane à 35 milliards de m3 (mmc) d’ici à 2030. Le biométhane permet d’exploiter les infrastructures existantes, réduisant ainsi les coûts de conversion des gazoducs et des stations de compression, là où l’hydrogène entraîne des coûts de conversion élevés et devrait dès lors être cantonné à des applications locales.

3. Observations générales

3.1.

Les infrastructures énergétiques, comme celles assurant le transport et la distribution de l’énergie, ne peuvent être traitées comme un bien parmi d’autres: elles constituent une composante essentielle de notre système économique et social et, partant, un élément central dans la fourniture de services publics. Par conséquent, la fourniture en énergie se classe parmi les services d’intérêt général pour l’économie et pour la population. Dans le même temps, le développement des réseaux de transport de l’électricité entre les États membres est essentiel pour assurer un approvisionnement respectueux de l’environnement, d’un prix abordable et d’une fiabilité éprouvée ainsi que pour garantir aux citoyens leur droit à l’énergie en tant que consommateurs. Des infrastructures bien développées et une attention particulière portée à cette question sont indispensables à la sécurité d’un approvisionnement collectif et solidaire en Europe. Or, des points de congestion structurelle dans les États membres et entre ceux-ci causent régulièrement des perturbations, lesquelles génèrent des coûts élevés pour assurer la gestion de cette congestion, ce à quoi il convient de remédier au plus vite.

3.2.

Les changements intervenus récemment sur le marché de l’électricité mettent en évidence l’importance d’y repenser un juste équilibre entre la place qu’y occupent les opérateurs publics et celle des acteurs privés. Le CESE, qui s’est penché en détail sur cette question dans des avis antérieurs (5), a la conviction qu’il convient de veiller tout particulièrement à ranger le développement des réseaux parmi les questions relevant d’un intérêt public supérieur, à faire de la lutte contre le changement climatique l’un des objectifs de la régulation et, d’une manière générale, à assurer une synchronisation plus efficace entre la planification des énergies renouvelables et le réseau électrique. Il est absolument nécessaire de disposer en la matière de dispositions concrètes relevant du droit européen.

3.3.

Face aux déficits qui saturent aujourd’hui le système énergétique, causés notamment par la rigidité du réseau de transport et de distribution due au sous-investissement, le CESE maintient qu’il faut à l’évidence investir massivement dans les infrastructures énergétiques, et ce dans l’ensemble de l’Union européenne, afin de rendre le système énergétique plus intelligent et plus flexible. Bien que certains fournisseurs d’énergie aient pu engranger d’importants profits en raison de la situation sur le marché, les investissements dans les réseaux intelligents sont insuffisants pour réussir la transition énergétique. Ces bénéfices ne sont pas, à l’heure actuelle, convertis en investissements dans le réseau dans le cadre d’un marché libéralisé où le transport de l’énergie et sa production sont compartimentés. Il est donc nécessaire d’engager des investissements dans le réseau en mobilisant à cet effet le capital des entreprises du secteur de l’énergie (dans la mesure où les règles du marché de l’énergie l’autorisent), afin de développer les infrastructures. De manière générale, il faut mettre en place les conditions nécessaires (extension du réseau, capacités de stockage, etc.) pour s’assurer que l’énergie produite puisse également être utilisée. De cette manière, les États membres qui auraient la possibilité de produire de l’électricité en excédent seraient incités à développer ce potentiel au-delà de la satisfaction de leurs propres besoins énergétiques.

3.4.

Le CESE recommande, dans le cadre de la gouvernance et du pilotage, de miser davantage sur des synergies avec d’autres politiques énergétiques, comme la nouvelle stratégie industrielle pour l’Europe.

3.5.

Le déploiement s’effectue à un rythme très variable d’un État membre à l’autre et n’est pas coordonné avec l’infrastructure de réseau. C’est le cas par exemple de l’Allemagne, où il existe un risque que le développement de l’éolien au nord et le manque de capacités au sud n’aboutissent à une division du pays en deux zones tarifaires. Il convient de prévenir la congestion structurelle du réseau et d’éviter de devoir en assurer la gestion (redispatching) en développant les réseaux de transport aussi rapidement que possible, de manière ciblée et bien coordonnée, au niveau tant national qu’européen, d’autant que la contrainte imposée aux réseaux de transport sera encore renforcée par l’obligation de mettre jusqu’à 70 % de la capacité de transport transfrontalier à disposition des échanges transfrontaliers à partir de 2025 (6).

3.6.

Le CESE recommande d’accroître les investissements en vue de doter les réseaux énergétiques de capacités supérieures et notamment de redimensionner les raccordements au réseau gazier. Pour décentraliser la production d’énergie et effectuer la conversion vers des procédés industriels alimentés en hydrogène, il faudra disposer des infrastructures adéquates en temps utile et au bon endroit, dans la perspective de la transition énergétique et des changements structurels qui l’accompagneront.

3.7.

C’est par une action concertée, par exemple une coopération entre les villes et les collectivités «intelligentes», que l’on pourra trouver les solutions les plus adaptées et les moins coûteuses pour répondre aux besoins de chaque région. Engager, dans les zones reculées, des investissements dans les infrastructures d’énergie renouvelable (par exemple des systèmes photovoltaïques) peut contribuer à y réduire la concurrence entre énergie et agriculture pour l’utilisation des terres, compte tenu des coûts d’accès au réseau et d’exploitation dans les territoires périphériques. La demande locale, qui détermine le risque d’un report massif de charge sur les couches supérieures du réseau (par exemple, lors des pics de production photovoltaïque durant l’été), doit être anticipée et gérée.

3.8.

Le CESE a la conviction qu’en ce qui concerne la tarification du réseau, il faut par principe distinguer les prosommateurs des consommateurs, en ce sens qu’il est nécessaire de différencier la tarification en fonction des possibilités de chaque consommateur d’électricité. Ceux qui peuvent offrir de la flexibilité devraient le faire, sans pour autant que ceux qui n’en ont pas la possibilité soient pénalisés pour leur «rigidité». Comme le CESE l’a déjà indiqué dans son avis TEN/798, une attention particulière doit par ailleurs être accordée aux catégories vulnérables. Dans l’ensemble, le Comité est très favorable aux mesures agissant sur les prix lorsqu’elles profitent aux consommateurs finaux et qu’elles protègent les ménages vulnérables.

3.9.

Le CESE fait observer que l’incapacité passée à renforcer les couches inférieures du réseau a entraîné des goulets d’étranglement et des retards dans le déploiement des énergies renouvelables. Ce constat apparaît désormais au grand jour avec la forte croissance des installations photovoltaïques domestiques et commerciales, mais aussi des grandes fermes photovoltaïques en plein champ.

3.10.

Certains gestionnaires de réseau de transport (7) partent du principe qu’un nombre important de grandes batteries seront connectées au réseau électrique d’ici quelques années, ce qui non seulement aura des conséquences majeures pour le déploiement de centrales de base, mais posera aussi des contraintes qui exigeront une conception optimale du réseau électrique national et transfrontalier.

3.11.

Les réseaux intelligents ou numérisés sont, surtout au niveau de la distribution, essentiels pour permettre aux consommateurs d’électricité de participer à de nouvelles formes d’approvisionnement collectif en énergie, à l’image des communautés d’énergie renouvelable. Il convient, pour pouvoir les mettre en œuvre, d’éliminer les entraves aussi bien techniques qu’administratives.

3.12.

Réitérant la demande qu’il a formulée dans son avis TEN/798, le CESE plaide en faveur d’incitations efficaces aux investissements dans la numérisation des réseaux électriques. En parallèle, il convient de développer des marchés de la flexibilité pour accroître l’attractivité de la consommation, de la production et de la prosommation flexibles reposant sur les technologies numériques.

3.13.

Il est nécessaire de prendre des mesures plus contraignantes à l’égard des gestionnaires de réseau de transport et de distribution, mais aussi des producteurs d’énergie, afin de mieux coordonner leurs actions et de permettre au réseau de profiter des avantages de la numérisation. Plus qu’un simple suivi et une coopération volontaire, il faut, en particulier pour ce qui concerne les échanges transfrontaliers, imposer davantage d’obligations. Il est donc nécessaire de doter l’ACER des compétences qui lui permettront d’accélérer les mesures prises au profit de l’Europe dans son ensemble.

3.14.

Les négociants en énergie utilisent les infrastructures du réseau pour conduire des opérations de transit transnationales, sans pour ce faire devoir acquitter des frais de transit et en n’apportant bien souvent que des avantages limités aux consommateurs finaux. Comme il l’avait déjà fait dans le cas du transport transfrontalier, le Comité préconise la coordination des plans de déploiement des États membres et un financement solidaire du développement du réseau, y compris les raccordements portuaires et ferroviaires (8).

3.15.

L’accent doit être mis également, en combinaison avec les réseaux intelligents, sur des flexibilités ciblées dans le réseau électrique. Le pilotage actif de la charge dans le temps permet de désengorger les réseaux électriques, ce qui réduit le besoin d’étoffer certaines parties du réseau. On réalise ainsi des économies directes sur les coûts, en évitant de devoir développer le réseau dans certains sous-secteurs.

3.16.

Pour assurer un fonctionnement efficace et flexible du marché de l’électricité, sans se limiter à la haute et la moyenne tension, des possibilités de flexibilité à grande échelle sont nécessaires, par exemple de grandes capacités de stockage. En outre, pour renforcer l’infrastructure électrique dans son intégralité, il serait souhaitable d’agréger les possibilités de flexibilité à petite échelle que les prosommateurs offrent à basse tension, par exemple celles des ménages disposant de leur propre installation photovoltaïque, d’une petite capacité de stockage et d’une pompe à chaleur.

3.17.

Le CESE a la conviction que les avantages en termes de prix que procurent les technologies de production peu chères et dont les coûts de production sont compétitifs doivent être répercutés directement et systématiquement sur les clients finaux. Pour s’en assurer, il faut que les négociants en énergie les répercutent systématiquement et avec le moins de retard possible sur leurs clients. Des tarifs flexibles, assortis de plafonds déterminés et de décomptes mensuels, offrent la possibilité de réagir promptement aux évolutions des prix et d’inciter fortement les consommateurs finaux à adopter des pratiques compatibles avec le système. Toutefois, afin d’assurer un approvisionnement énergétique de base qui soit abordable, il faut dans le même temps garantir aux ménages et aux entreprises qui sont vulnérables une consommation d’énergie de base à des prix réglementés.

3.18.

La multiplication des échanges transfrontaliers, les problématiques de réseau et surtout l’autoconsommation d’énergie photovoltaïque produisent sur les consommateurs d’électricité des effets très différents. Là où les prosommateurs peuvent activement optimiser leur situation en se désolidarisant de coûts mutualisés comme celui du financement du réseau, les consommateurs sont quant à eux confrontés à des coûts sans cesse plus élevés (9). C’est pourquoi il est fondamental de mettre au point une solution européenne pour un marché de l’électricité solidaire, où c’est cette logique de solidarité qui présiderait à la formation des prix.

3.19.

Le CESE estime que certaines mesures sont contre-productives, par exemple les subventions du prix de l’électricité accordées à l’industrie. De telles mesures, isolées et non structurelles, entraînent des distorsions sur les marchés de l’électricité, qui affectent directement les échanges transfrontaliers d’énergie.

3.20.

Le CESE reconnaît que face aux demandes croissantes qui émergent à tous les niveaux, il faut massivement augmenter les investissements dans les réseaux électriques. Rien que les investissements dans les réseaux de transport devraient être augmentés d’au moins 2 milliards d’euros par an (10). Dans les réseaux de distribution, on peut tabler sur des volumes d’investissement similaires, nécessaires à la bonne intégration d’applications à hautes performances telles que les pompes à chaleur, les véhicules électriques et les installations photovoltaïques. C’est là, en outre, une occasion de produire de la valeur ajoutée pour l’économie européenne et de créer et sauvegarder des emplois (verts) de qualité.

3.21.

Des programmes d’investissement d’au moins 4 milliards d’euros par an (11) seront nécessaires pour décarboner l’approvisionnement en gaz, afin de développer des installations de production de gaz renouvelable et les interconnexions requises. En ce qui concerne les projets de raccordement, il faudra veiller à ce que les sites de production et les pôles de consommation soient aussi proches que possible, afin d’éviter toute extension superflue, et tenir compte dans le même temps des différences que des contextes géographiques divers impliquent pour le potentiel de production d’énergie des États membres.

3.22.

La préparation au transport de l’hydrogène au sein de l’Union est déjà un chantier en cours, avec la conversion des gazoducs existants et l’utilisation d’hydrogénoducs nouvellement construits. Il ne faut jamais perdre de vue que les distances d’acheminement entre l’offre et la demande doivent être prises en compte dans la planification des infrastructures, ce qui entraîne des coûts considérables qui se répercutent sur les redevances de réseau des clients du gaz. Par conséquent, le CESE demande que, à l’image de ce qui se fait pour l’électricité, l’on fasse reposer le financement sur une large base, non pas seulement sur les redevances du réseau ou sur l’impôt, mais aussi sur d’autres sources, comme les recettes du SEQE, des recettes fiscales affectées, RepowerEU, la FRR, les fonds de cohésion, etc. On s’exposerait à défaut à des augmentations considérables des coûts pour les consommateurs finaux et, partant, à leur moindre adhésion au développement à long terme des énergies renouvelables (12).

3.23.

L’importance des gaz renouvelables (par exemple l’hydrogène et le biométhane) pour la décarbonation de l’industrie et de la production d’énergie est évidente. Il est par conséquent nécessaire de mettre en place des infrastructures de transport et de stockage, et de développer des possibilités de flexibilité (par exemple la conversion d’électricité en gaz).

3.24.

Le CESE préconise une fois de plus (13) l’application d’une «règle d’or» afin de garantir des investissements dans les infrastructures générales. Dans le même temps, les investissements publics peuvent et doivent mobiliser des capitaux privés, compte tenu des effets positifs de cette démarche pour le marché du travail et la prospérité économique.

3.25.

Afin de parvenir à une transition juste, tous les acteurs intéressés (ménages, agriculteurs, entreprises) doivent participer aux coûts de la transformation en assumant la part qui leur revient. Dans l’ensemble, toute mesure prise devra tenir compte de la dimension sociale, afin de ne pas compromettre l’adhésion de la population et d’aboutir à une évolution positive de l’économie dans les régions, y compris grâce à la création d’emplois (14).

Bruxelles, le 18 janvier 2024.

Le président du Comité économique et social européen

Oliver RÖPKE


(1) Règlement (UE) 2022/1854 du Conseil du 6 octobre 2022 sur une intervention d’urgence pour faire face aux prix élevés de l’énergie (JO L 261 I du 7.10.2022, p. 1).

(2) Communication de la Commission européenne, «Le chaînon manquant des réseaux — Un plan d’action de l’UE pour les réseaux».

(3) Voir notamment: JO C 293 du 18.8.2023, p. 127, JO C 184 du 25.5.2023, p. 93, JO C 293 du 18.8.2023, p. 112, JO C 75 du 28.2.2023, p. 102, JO C 323 du 26.8.2022, p. 123 et JO C 486 du 21.12.2022, p. 185.

(4) Voir notamment: JO C 275 du 18.7.2022, p. 80.

(5) Voir notamment: JO C 486 du 21.12.2022, p. 67.

(6) En vertu de l’article 16, paragraphe 8, du règlement sur le marché intérieur de l’électricité.

(7) https://www.volkskrant.nl/economie/is-de-energietransitie-gebaat-bij-co2-arme-nucleaire-centrales~bf2710e5/.

(8) Voir JO C 290 du 29.7.2022, p. 120, paragraphe 1.5.

(9) Voir JO C 184 du 25.5.2023, p. 93, paragraphe 3.12.

(10) Plan décennal de développement du réseau du REGRT pour l’électricité, rapport 2022 sur les scénarios, avril 2022.

(11) Plan décennal 2022 de développement du réseau du REGRT pour le gaz.

(12) Voir notamment: JO C 75 du 28.2.2023, p. 102, paragraphe 1.2, et JO C 184 du 25.5.2023, p. 93, paragraphe 3.9.

(13) Voir notamment: JO C 349 du 29.9.2023, p. 87, JO C 184 du 25.5.2023, p. 93, JO C 75 du 28.2.2023, p. 102, et JO C 275 du 18.7.2022, p. 50.

(14) JO C 367 du 10.10.2018, p. 1.


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/2100/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)


Documents similaires

Avis institutionnel52024AS114781

Autorisation des aides d’État dans le cadre des dispositions des articles 107 et 108 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne — Cas à l’égard desquels la Commission ne soulève pas d’objections — SA.114781

30/12/2024

Avis institutionnel52024AS114943

Autorisation des aides d’État dans le cadre des dispositions des articles 107 et 108 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne — Cas à l’égard desquels la Commission ne soulève pas d’objections — SA.114943

30/12/2024

Avis institutionnel52024AS116252

Autorisation des aides d’État dans le cadre des dispositions des articles 107 et 108 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne — Cas à l’égard desquels la Commission ne soulève pas d’objections — SA.116252

30/12/2024

Avis institutionnel52024AB0042

Avis institutionnel — 52024AB0042

30/12/2024

← Retour au droit européenVoir aussi sur EUR-Lex →